J'ai bien cru ne jamais réussir à m'en sortir avec ce chapitre, mais j'ai fini, dans les temps. Je ne sais pas trop comment j'ai réussi, mais je suis relativement contente de ne pas avoir eu à vous faire patienter ! J'espère que ça sera pareil pour le prochain chapitre (qui sera le dernier, je vous prépare psychologiquement !). Si jamais j'ai du retard (oui je prévois le pire, on ne sait jamais) je posterai dès que je pourrai, mais je vous posterai le chapitre uniquement lorsqu'il sera entièrement fini, vous n'aurez pas de bouts du chapitre qui tomberont au compte goutte.

Voilà, bonne lecture pour ce chapitre 9 ! Et encore un grand merci pour votre soutien !

Chapitre 9

Hinata avait dû quitter l'hôpital, puisqu'elle était venue en dehors des heures de visites. Et puis, Neji avait besoin de repos. Elle n'était pas utile à son chevet. Gaara devait reprendre son service. Il avait raccompagner la jeune fille sans trop lui parler jusqu'à l'entrée. Il préférait éviter de lui parler de la nuit passée, ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour avoir une discussion sur ça, et Hinata semblait plus ébranlée par l'agression de son cousin que par leur relation. Pour Gaara, ça n'importait peu. S'il pouvait échapper à cette conversation, il était soulagé. Non pas que ce qu'il s'était passé entre eux ne signifiait rien pour lui, non, mais les dialogues, ce n'était pas ce qu'il aimait le plus. Surtout qu'il avait compris qu'Hinata était complètement inexpérimentée, et il savait qu'elle avait des attentes qu'il ne comprendrait pas, et qu'il ne voudrait pas combler.

Sa journée était déjà bien avancée, il avait fait son travail comme à son habitude, s'occuper de malades, trier des dossiers. Il avait fait quelques sauts dans la chambre de l'Hyûga pour vérifier l'état de son ami, mais à chaque fois il dormait. Il était près de 15h lorsqu'un de ses collègues infirmiers l'alpaga dans le couloir. Il avait l'air louche, avec un sourire peu rassurant sur les lèvres. Il attira Gaara dans un des escaliers, peu emprunté, prétextant avoir quelque chose de très important à lui dire. Le rouquin était peu patient de nature, mais dans son travail il essayait de se montrer compréhensif et se pliait aux règles de société qu'il ne respectait pas en dehors.

- Alors, qu'est-ce que tu me veux ?

L'autre, un brun au visage banal, qu'on oublie vite, avait toujours ce grand sourire malsain. Ses yeux étaient petits, comme s'il préparait un mauvais coup. Il tapota ses doigts entre eux.

- Sabaku... Écoute, j'ai découvert quelques disparitions inexpliqués en pharmacie.

Il avait le regard rieur, terriblement mesquin. Gaara avait les mâchoires crispés. Et merde.

- Oui, Sabaku, je sais, je suis au courant pour tes vols répétés, de divers morphiniques. Tu sais, tu risques de gros ennuis avec ça, si la direction l'apprenait, surtout après le coup de sang que tu as eu ce matin avec ce riche type.

Le rouquin s'apprêta à rétorquer quelque chose, pour lui faire fermer son clapet, mais l'autre leva la main brusquement, en secouant la tête.

- Je te déconseille d'essayer de faire quoi que ce soit contre moi. On peut s'arranger tu sais. Je pourrai garder le silence...

Le brun s'était rapproché en ondulant, il chuchotait presque ces derniers mots, plongeant le roux dans un certain malaise. Il était grillé. Il pouvait pas imaginer quelque chose de pire, si on apprenait ses vols, il ne risquait pas seulement de perdre son travail, mais aussi la prison, car il avait dérobé beaucoup trop de médicaments, ça faisait déjà plus d'un an qu'il arnaquait l'hôpital ainsi. On allait le suspecter de trafic, on allait inspecter son appartement, trouvé les stocks, ainsi que les drogues illégales qu'il avait pu accumuler au fil des soirées. C'était une vraie catastrophe. Il fallait qu'il ravale sa fierté, qu'il se plie à ce sale type, même si ça lui tordait les entrailles et qu'il avait plus envie de lui tordre le cou à la place.

- Qu'est-ce que tu veux ? souffla-t-il avec colère.

L'autre sourit en retour.

- Rien de bien compliqué. Des petits avantages en nature, comme des heures remplacées, des patients énervants évités... Et puis un petit versement en fin de mois, pas excessif... Je dirais pas plus de 20% de ta paye.

Gaara faillit s'étrangler.

- Mais si tu acceptes, tu pourras continuer ton petit truc en pharmacie. Motus et bouche cousus. Je te laisse réfléchir.

Le brun lui fit un petit clin d'oeil, et repartit par le couloir d'où ils venaient. Le roux mit quelques minutes à reprendre sa respiration. Il commençait à voir rouge, à vouloir courir après ce type et lui fracasser la tête contre un mur. Il se voyait avec les courts cheveux bruns entre les doigts, à éclater répétitivement le crâne contre le mur, dont le placo se briserait, puis il finirait le massacre à même le sol, avec ses poings. Il souffla un grand coup pour chasser l'image sanglante de sa tête. Non, il était à l'hôpital, et tabasser un collègue n'arrangerait rien, loin de là. Ça ne ferait qu'empirer les choses. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes, mais il les sentait à peine. Il ne fallait pas qu'il reste là. Il fallait qu'il parte, vite, qu'il quitte ces murs. Il n'était plus en état de s'occuper de quoi que ce soit, d'un patient, de la paperasse, non, il devait partir, tout de suite, ou sinon il allait blesser quelqu'un.

Hinata était installée sur le divan, un livre à la main, lorsqu'il rentra. Il était plus tôt que prévu, beaucoup plus tôt. Elle pensait qu'il rentrerait le soir, avec Neji, pas en plein milieu de l'après-midi. Il ôta ses chaussures et laissa sa veste tomber sur le sol et se dirigea à grand pas vers le fond de la pièce. Il ouvrit grand la fenêtre et, toujours aussi précipitamment, prit un verre, une bouteille de whisky et se servit. Elle le regarda sans un mot avaler d'une traite, grimacer, puis se resservir. Il respirait fort, elle l'entendait de là où elle était. Il était tendu, il tremblait. Il y avait comme une aura de colère autour de lui. Il bouillonnait de rage. Elle se fit toute petite, l'observant boire son second verre. Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Pourquoi était-il comme ça ? Où était Neji ? Le roux fit se renverser une chaise sur le sol. Le métal claqua en entrant en contact avec le carrelage. Gaara se retint contre la table, soufflant fort, les mains crispées. Hinata finit par se lever, et, lentement, s'approcha de lui. Elle resta à une distance raisonnable, et l'appela doucement. Comme il ne bronchait pas, elle s'avança encore, et posa doucement sa main sur son épaule. Il se détendit à son toucher, et tourna ses yeux cernés vers elle.

Elle avait l'air si petite, si fragile, toujours avec cette expression d'animal apeuré, près à s'enfuir au moindre mouvement brusque. Pourtant, elle était là, inquiète, et elle le regardait de ses grands yeux perles, la peau pâle et frissonnante de part le vent froid qui s'engouffrait dans l'appartement. Gaara se redressa. Il attrapa la main sur son épaule et attira la jeune femme dans ses bras. Il plongea son visage dans ses longs cheveux et en huma l'odeur. Elle sentait les fleurs, un parfum très léger, presque fruité. Un parfum de femme enfant. Ça lui allait à merveille. Elle le sentit se détendre dans l'étreinte, qu'il finit par rompre. Il alla s'écrouler sur le sofa, reprenant son air tourmenté. Elle vint vite le rejoindre, et saisit sa main dans les siennes. Il la regarda un moment, les mâchoires serrées, avant de pousser un long soupir.

- Gaara... Qu'est-ce qu'il se passe ? C'est, c'est par rapport à ce matin ? Avec mon père...?

Il secoua la tête mollement.

- Il y a quelqu'un qui sait, pour les médocs.

Il y eut un silence. Hinata le regarda, puis ses yeux partirent vers la table où reposaient encore quelques boîtes entamées, puis sur le sac au sol dans le coin, qu'elle savait être une réserve.

- Je vais avoir des emmerdes Hina. C'est vraiment la merde. Si ça remonte, ça va être la cata, je risque la taule.

Il disait ça froidement, et la jeune femme comprit qu'il ressassait ça depuis quelques temps déjà. Il semblait presque en état de choc, maintenant que sa colère était calmée. Elle resserra sa prise sur la grande main.

- Mais qu'est-ce que je vais faire maintenant...

- Gaara.

Il tourna la tête vers elle, et lorsque leur yeux se rencontrèrent, elle eut mal au cœur. Les yeux émeraudes habituellement vifs, avec cette petite lueur mutine, presque malsaine, étaient éteints. Vides. Elle secoua sa main, et la jambe sur laquelle elle était posée.

- Te laisse pas abattre comme ça, ça ne te ressemble pas, pas du tout. Tu vas trouver une solution.

Elle souriait malgré son inquiétude. Elle le vit soupirer avant de reprendre un peu contenance. Il libéra sa main pour attirer la jeune femme contre son torse. Il la regarda se pelotonner contre lui, alors qu'elle ne le quittait pas des yeux.

- Tu as raison, ça ne me ressemble pas. Mais j'ai rarement été autant dans la merde. J'ai eu des problèmes, mais j'ai toujours réussi à me relever, à m'en sortir sans trop de soucis.

- Mais, quand tu étais en plein dedans... Tu savais que tu allais t'en sortir ?

Il eut un moment de suspend. Elle n'avait pas tord. Mais en même temps, si, il avait toujours une échappatoire. Là, il n'en voyait pas vraiment. Il déglutit.

- Tu sais, Hina, je vous ressemble beaucoup, à Neji et à toi, à la base.

Elle se redressa un peu, curieuse. C'était rare que Gaara parle autant. C'était très étonnant. Surtout qu'il lui parle, à elle. Il avait l'air de lui faire confiance, quelque chose comme ça. Elle se sentit valorisée, d'un coup, comme avant lorsqu'il la regardait et qu'elle se sentait au centre de son attention. Sauf que là, c'était lui qui devait être au centre. C'était à elle de l'écouter.

- Mon père... Il était peut-être pas aussi riche que le tien, mais il était assez important dans mon ancienne ville. Et comme vous deux, il voulait toujours que je sois le meilleur, que je réussisse en tout. Il y a cinq ans, j'ai pété un câble, parce que je supportais plus la pression. Je suis devenu violent. J'ai... J'ai failli tué un type avec qui j'étais au lycée. J'ai fait de la prison pour mineur, pendant près d'un an, mais ils m'ont libéré parce que j'étais trop doué, trop intelligent pour rester pourrir là-bas.

Il souffla, ça semblait douloureux pour lui de se rappeler ces moments. Hinata se blottit un peu plus contre lui, caressant doucement son torse avec sa main, l'incitant à continuer.

- Le temps de mon incarcération, mon père m'avait renié, déshérité, et quand je suis sorti, j'étais seul, j'avais plus rien, pas de famille, pas d'avenir. Alors j'ai travaillé comme un fou pour me payer les études d'infirmier, c'est la seule chose que je me voyais faire de ma vie, c'est bizarre hein ? Ça me ressemble tellement pas de m'occuper des gens, mais j'adore ce métier. J'en ai bavé, c'était dur, mais au final j'ai un boulot que j'aime, et là... Il y a un putain de connard qui veut que je retourne en taule.

Elle sentit les muscles du roux se tendre sous elle. Elle pressa un peu plus sa main contre lui. Il avait l'air désemparé. Maintenant que la colère l'avait quitté, il semblait juste perdu, comme un enfant abandonné qui ne comprend pas ce qui lui arrive. C'est ce qu'il était, en somme. Hinata prit le visage triste entre ses mains et déposa ses lèvres sur les siennes, tout doucement. Un simple baiser qui lui demanda beaucoup d'effort, car elle avait peur, mais elle savait en même temps que ce léger contact calmerait le roux. Un petit acte de tendresse dont il avait besoin. Elle se recula un peu, pour le regarder droit dans les yeux, soutenant le regard à demi absent.

- Ça va aller Gaara. Tu vas trouver une solution. C'est vrai que tu n'es pas un ange, que tu voles ces médicaments, et que tu es assez impulsif et violent, mais... Tu es quelqu'un de bien. Tu ne mérites pas de retourner en prison. Ce type qui sait, tu vas faire quelque chose pour qu'il ne dise rien, et ça va s'arranger. Hein ? Laisse pas tomber, perds pas espoir. Je suis là, moi...

Elle souriait doucement, rougissante. Ça faisait du bien au roux de l'avoir avec lui. Ce petit bout de femme, fragile et maladroite, le faisait se sentir bien. Jamais il ne s'était imaginé rencontrer une fille comme ça, et encore moins qu'elle le soutienne. Ils étaient si différents, mais là, ensemble, tous les deux sur le canapé de leur petit appartement miteux, ils étaient bien. Elle n'était pas à sa place, pas encore, mais Gaara non plus au départ ne s'était pas senti à sa place. Pourtant il s'était habitué, et c'était chez lui, c'était sa vie, aussi loin pouvait-elle être de sa vie d'avant. Hinata s'habituerait elle aussi. Elle finirait par se sentir chez elle. Il sourit doucement, et attira la jeune femme contre lui pour l'embrasser à nouveau, la faisant s'allonger sur le canapé.

Neji était réveillé depuis plusieurs heures maintenant, et s'était étonné de l'absence de Gaara. Lorsqu'une infirmière arriva pour lui faire signer les papiers de sortie, il était presque déçu de se retrouver seul. Le roux était en quelque sorte son meilleur ami, et il pensait qu'il serait là. Peut-être était-il occupé avec une urgence quelque part. Cela n'avait au fond pas tant d'importance que ça, car Neji avait d'autres projets pour la soirée. Il avait murement réfléchi aux conditions de son agression. Qui pouvait être ce type qui menait le groupe ? De qui parlait-il, lorsqu'il avait désigné une «fille» ? À chaque moment qu'il avait passé éveillé ce jour-là, il avait ressassé tout ça. Et il en avait tiré une seule conclusion, et il devait absolument mettre les choses au clair, le plus vite possible. Il ne passerait pas une minute de plus sans savoir.

Après avoir fini de remplir les papiers et récupérer ses vêtements qui avaient été lavés, il sortit de l'hôpital, prenant la direction opposée de celle de l'appartement. Il avait du mal à marcher, alors il prit un bus, qui a cette heure là commençait à être moins peuplé. Il se mordait l'intérieur des joues en regardant le paysage défilé. Merde, merde, merde. Si ses soupçons étaient fondés, si toutes ces pensées folles qui lui encombraient l'esprit étaient vraies, il ne savait pas comment il réagirait. Il ne savait pas quoi faire. Il tordit ses mains entre elles, et se leva à son arrêt. Il resta un instant immobile, observant la rue autour de lui. Cette rue, il la connaissait parfaitement, il y passait tellement de temps. La nuit était tombée, les lampadaires grésillaient, quelques personnes marchaient, en groupe, en couple, rarement seul, sur les trottoirs sales. Mauvais quartier, quartier pauvre, ouvrier, maintenant qu'il y repensait, il se demandait vraiment comment il avait pu se retrouver à travailler ici. Tout ce monde lui était complètement étranger à peine un an auparavant. Et à présent, il connaissait le coin comme sa poche, il ressemblait à ses gens, avec ses vêtements abimés, sa mine ravagée, ses pansements et les traces des coups. Maintenant tout ça, c'était chez lui.

Il marcha quelques mètres avant de se retrouver devant le restaurant. De l'extérieur, il regarda les serveurs s'activer entre les tables. Ce n'était pas une grosse soirée. Il vit la chevelure dorée d'Ino en direction des cuisines. Il ouvrit la porte, et rentra sans un mot, sans se presser. Il entendit vaguement un des autres serveurs lui parler, lui demandant pourquoi il avait été absent la veille, avant de remarquer l'état de l'Hyûga, et de le laisser passer. Il continua vers les cuisines, où il entra. Dans le brouhaha de la pièce, entre les commandes, les casseroles fumantes, les minuteries, on ne remarqua pas tout de suite son arrivé. Puis une personne releva la tête et le salua, étonnée, et d'autres le remarquèrent. Ino se retourna vers lui. Le visage de la jeune femme fut d'abord surpris, puis se décomposa, peu à peu. Elle avait les traits tirés, graves. Elle déglutit, et ne dit pas un mot lorsque Neji l'attrapa par le bras, la tirant par la porte arrière dans la ruelle mal éclairée. Une fois la porte fermée derrière eux, Neji la lâcha, et ils restèrent là, quelques minutes, dans un silence pesant.

La blonde fit un mouvement, comme si elle allait commencer à parler, mais il la stoppa d'un geste. Il ne voulait pas qu'elle parle. Pas encore. Il fallait qu'il lui demande. Il fallait qu'il lui explique. Et ensuite, il l'autoriserait, peut-être, à parler. Si ce qu'il analyserait de son comportement ne lui suffisait pas. Ses longs doigts fins pianotèrent un instant dans l'air avant qu'il ne se retourne vers Ino. Il la dévisagea : elle paraissait inquiète, et très mal à l'aise. Sa bouche était tordue en une sorte de sourire forcé, ses sourcils parfaitement épilés étaient froncés. Cette expression l'enlaidissait particulièrement. Neji se plaça devant elle, à une distance raisonnable, mais tout de fois intimidante, parfaitement droit malgré la douleur qui parcourait son corps meurtri.

- Il y a deux soirs, un groupe de types m'est tombé dessus. Je pense que ça se voit, ils m'ont passé à tabac.

Il la regarda se mordre la lèvre, et fuir son regard glacial. Elle déglutit.

- Le type qui les menait parlait d'une fille, une fille que je n'aurai pas dû approcher.

En la voyant rentrer la tête dans les épaules, il comprit tout de suite que c'était elle. Oui, ses soupçons étaient bien fondés. Sa gorge se serra, tout comme ses mâchoires. Il s'en doutait, il avait même remarqué avant l'agression que quelque chose n'allait pas, qu'elle était différente. Pendant cette journée à l'hôpital, il y avait pensé, sans arrêt, mais avait essayé, dans un coin de son esprit, de se persuader que c'était des folies. Qu'il ne s'était pas fait tabassé pour une simple histoire de cul avec une collègue. Il s'était imaginé s'énerver contre elle, lui hurlant dessus, la frappant, mais là, une fois face à la réalité, face à cette fille et son air coupable, il n'avait plus qu'une question en tête.

- Pourquoi ?

Elle redressa la tête. Il ne criait pas. Il ne l'insultait pas. Il ne s'énervait pas. Il avait juste l'air déçu. Blessé. Il lui fit presque pitié, là, couvert de bandages et d'ecchymoses, avec ses yeux blancs perdus, qui la regardaient sans vraiment la voir. Elle lui devait bien des explications.

- Il s'appelle Kiba. C'est mon ex. Je...

Elle était toute recroquevillée sur elle-même, adossée à la porte des cuisines, les bras croisés, faisant rempart entre eux. Elle avait l'air effrayée.

- Je suis désolée Neji. J'ai pas... J'ai pas osé lui dire de revenir. J'ai menti. Je lui ai dit qu'on était ensemble, et que tu étais... enfin, possessif. C'était stupide, mais c'est la seule chose que j'ai trouvé pour qu'il me revienne. Je ne pensais pas qu'il irait jusque là. Je savais qu'il allait vouloir jouer le protecteur, mais pas... je voulais pas qu'il t'arrive du mal, il t'a mis dans un état...

Elle avait les larmes aux yeux. La culpabilité. C'était tout ce qu'il y avait dans ses yeux. Une immense culpabilité. Et dans les yeux de l'Hyûga, c'est le dégoût qui naissait. Le dégoût de cette femme, qui s'était servi de lui pour retrouver un mec violent et apparemment pas bien intelligent, qui n'avait pas hésité à raconter des merdes jusqu'à l'emmener à l'hôpital. Et puis, le dégoût de lui-même. S'être laissé avoir. Il savait que cette pseudo-relation, même si elle n'était que sexuelle, ne lui apporterait rien de bon. Il savait qu'Ino était le genre de fille à faire des histoires, et à manipuler les hommes. Il s'était laissé aller. Il avait laissé les choses se faire. Et il ne s'était pas défendu, pas assez, quand Kiba et sa bande lui étaient tombés dessus. Il n'avait même pas cherché à s'enfuir. Il avait à peine riposté. Comme si il n'avait eu aucune volonté de vivre. Comme s'il avait voulu se faire passer à tabac et finir à l'hôpital, blessé, humilié par son père.

Il resta silencieux. Ino le regarda, immobile. Elle vit ses mâchoires se crisper, et son visage affiché une moue coléreuse.

- Dégage.

Ce fut la seule chose qu'il lui dit. Elle ne le laissa pas continuer, même si elle savait qu'il ne dirait rien de plus. Elle ouvrir rapidement la porte dans son dos, et s'enferma dans les cuisines, le laissant seul sur le pas de la porte, dans cette ruelle sombre et froide. Il resta là, crispé, à se maudire intérieurement, à la maudire elle, à maudire ces types qui l'avaient tabassé. Il serra ses poings jusqu'à en faire blanchir les jointures. Sa mâchoire lui faisait mal à force d'être serré. Tout son corps lui faisait mal. Absolument partout. C'était soit une ecchymose, soit un bandage trop serré pour le contenir, soit sa fierté qui s'émiettait, petit bout par petit bout, et allait se perdre, par terre dans la ruelle, vers les ordures, ou qui s'envolait loin de lui dans la ville nocturne. Il se sentait mal, il était blessé, trahi. Il essaya de reprendre son souffle, de reprendre contenance. Il s'imagina un instant retourné à l'appartement, mais rester là, à essayer de sourire, face à Hinata, il ne pouvait même pas y penser. Rien que ça, ça le brisait encore plus. Il devait s'en aller. Il devait souffler. Il devait oublier. Il devait s'abrutir avec n'importe quoi afin d'oublier la douleur. Ou au moins l'atténuer.

Il descendit les quelques marches, et rejoint la rue principale. Marcher lui faisait mal, mais il ne pouvait pas faire autrement. Il allait devoir marcher. Il savait parfaitement où il allait aller. Un lieu symbolique, où il aimait aller lorsqu'il était paumé. Le bar où il avait rencontré Gaara. Le bar où tout avait commencé. Où il avait décidé entre deux whisky de tout plaquer, sa famille, ses études. Où il avait changé de vie. Où il revenait à chaque fois qu'il ne savait pas quoi faire. À chaque fois qu'il devait faire avec quelque chose qui ne lui allait pas. À chaque fois qu'il devait oublier. Alors il allait marcher. De longues dizaines de minutes, douloureuses, à marcher dans le froid, dans la nuit. Puis il allait s'avachir au bar, et boire. Boire à rouler par terre, à oublier la douleur, qu'elle soit physique ou mentale. Il allait s'oublier, au moins cette nuit. Il verrait le lendemain quoi faire. Mais pour le moment, il ne devait pas penser. Pour le moment, la seule chose dont il avait besoin, c'est d'un verre.