« Je déteste Len Kagamine, » chuchota Miku au moment de quitter la maison.
Elle en avait enfin terminé avec ses exercices et elle s'apprêtait à rentrer chez elle. Len la suivit lorsqu'elle descendit les escaliers, le regard toujours glacial.
Miku fit de son mieux pour l'ignorer.
« Ce fut productif, » marmonna Len, les mains enfoncés dans les poches. Miku ne répondit pas. Qu'était-elle censée dire ?
Len l'avait embrassée, puis s'était ravisé pour ensuite faire comme si rien ne s'était passé. Le fait d'embrasser ne signifiait peut-être pas grand-chose pour lui mais c'était tout le contraire pour Miku.
Qu'était-elle pour lui ?
Les yeux de Len s'adoucirent lorsqu'elle le dévisagea. « Désolé pour ce qu'il s'est passé, » murmura-t-il. « Si j'ai fait quoi que ce soit contre ta volonté, » il détourna le regard, « je m'en excuse. »
« Tu n'as rien fait de mal, » dit Miku, incapable de s'en empêcher. « Pourquoi t'es-tu ravisé ? »
Ses yeux bleus vacillèrent vers elle, surpris. « C'était ce que tu voulais, non ? »
Je ne sais pas. Avait-elle envie de lui, elle aussi ? Elle n'était pas encore prête pour ce qui allait au-delà des caresses et des baisers. Elle ne se sentait pas prête. Mais était-ce réellement le cas ?
Je ne voulais pas qu'il arrête.
« Je ne sais pas, » dit-elle honnêtement. Il détourna à nouveau les yeux mais Miku était certaine d'avoir aperçu une lueur de souffrance dans son regard céruléen.
Pourquoi ? Elle ne représentait rien pour lui. Il avait déjà été clair à ce sujet.
« Alors je n'ai rien à ajouter. » dit-il, la voix lointaine. Il tourna les talons et se dirigea vers sa maison.
« Len, attends, » appela-t-elle avec hésitation. Pouvait-elle lui demander une faveur alors qu'elle le connaissait à peine ? Aurait-il seulement envie de se déranger pour elle ?
Il s'arrêta. « Quoi ? » Sa voix semblait prudente.
« Tu peux me ramener chez moi ? Je sais que ce n'est pas loin mais … » sa voix trembla et elle s'en voulut de paraître si faible devant lui. « Je ne veux pas me retrouver toute seule. »
Un court instant, Len ne répondit rien. Il ne fit aucun mouvement d'ailleurs et Miku réalisa qu'elle attendait sa réponse le souffle court.
Finalement, il lâcha un soupir et se retourna face à elle. Ses yeux bleus cherchèrent les prunelles vertes de la jeune fille. « Très bien. Je vais te ramener. »
Il la suivit et ils se mirent en route en silence, comme si un épais rideau les séparait. Mais Miku ne lui en voulait pas. Elle détestait se retrouver seule, surtout après le coucher du soleil. Elle frissonna.
Affronter l'obscurité toute seule la terrifiait, même après toutes ces années.
Len la vit trembler. « Tu as froid ? »
Miku hocha la tête en signe de négation et il n'insista pas davantage.
Pourquoi avait-il accepté de la ramener ? Pourquoi est-ce que je me comporte comme ça avec elle ?
Il fut un temps où il ne supportait pas qu'une fille le rejette. Il y en avait bien d'autres et à ces yeux, elles étaient toutes les mêmes – des vases qu'il pouvait remplir de ses problèmes afin de les oublier.
Pourquoi Miku Hatsune était-elle différente des autres ? Il n'en savait rien et n'était pas sûr de vouloir le découvrir.
Ils atteignirent enfin la maison de Miku et elle se retourna pour lui dire au revoir. Puis Len fut pris d'une hésitation. Il savait qu'il était temps pour lui de partir mais il n'en avait aucune envie.
Miku resta elle aussi devant le portail et ils se dévisagèrent tout deux, ne sachant pas quoi faire ou dire.
Elle brisa finalement le silence embarassant qui s'était installé entre eux. « Donc … je reviens chez toi vendredi ? » demanda-t-elle.
« Non, reviens demain, » répondit-il vivement. Les yeux de la jeune fille s'écarquillèrent et elle le fixa, ses yeux verts fascinants emplis de confusion. Len pouvait presque l'entendre penser : Suis-je nulle en algèbre au point qu'il doive me donner des cours aussi souvent ?
« Ce n'est pas ce que tu crois, » dit-il précipitamment. « Tu feras des progrès plus rapide si on … étudie plus souvent. »
Miku considéra sa proposition puis acquiesça timidement. « D'accord. Bon … je te vois demain ? » demanda-t-elle. Il hocha la tête.
« Miku ? » appela-t-il doucement. Elle le regarda, les yeux surpris, mais elle ne put rien dire. Il baissa la tête, son souffle caressant son visage et ses lèvres effleurèrent doucement sa joue.
Len ne s'attendait pas à la réaction de Miku.
Elle tourna la tête de façon que leurs lèvres se rencontrent et un gémissement lui échappa.
Len ne s'attendait pas à sa propre réaction.
Il la serra contre lui, gémissant à son tour tandis que ses bras enlaçaient la taille de la jeune fille. Avidement, il glissa sa langue entre ses lèvres, voulant toujours plus. Bien plus que ce qu'elle avait à lui offrir.
Pourquoi n'arrivait-il jamais à se contrôler avec elle ? Pourquoi, de toutes les filles qu'il connaissait, devait-il se comporter ainsi avec elle ? Miku Hatsune ?
Elle était trop innocente mais Len refusait de s'éloigner d'elle. C'était la première fois qu'il prenait en compte les sentiments de l'autre et par dessous tout, il ne voulait pas la blesser. Elle ne cachait pas ses intentions et ne voulait pas de lui pour le sexe. En tout cas, il en était presque sûr.
Alors qu'attendait-elle de lui ?
Miku avait fermé les paupières, l'air extasié. C'était la troisième fois qu'elle embrassait Len et, en fin de compte, elle songea que le fait d'embrasser était loin d'être déplaisant. Les lèvres du jeune homme étaient si douces contre les siennes.
« Miku, » murmura-t-il contre sa bouche après avoir légèrement reculé. Elle frissonna en l'entendant prononcer son nom – sensuelle, séductrice, sa voix enveloppait son prénom tel une révérence. Presque comme une prière. « Arrête. »
« Pourquoi ? Tu n'aimes pas ? » demanda-t-elle, surprise par sa propre témérité.
« Bien sûr que si. Voilà pourquoi il faut que tu arrêtes avant que je ne fasse quelque que je pourrais regretter, » souffla-t-il. Miku ne voyait pas où il voulait en venir mais il lui avait demandé d'arrêter alors elle arrêta.
Les doigts de Len restèrent agrippés à ses poignets pour qu'elle ne s'éloigner pas davantage de lui. « N'embrasse personne d'autre. Seulement moi, » déclara-t-il d'un ton sans appel, les yeux emplis de quelque chose qui, pour Miku, ressemblait à un désir de possession.
« Pourquoi pas ? » demanda-t-elle avec pudeur. « Je suis libre d'embrasser qui je veux si j'en ai envie. On est pas en couple, que je sache. »
« J'étais ton premier baiser. »
« Non, c'était Gakupo. » pépia-t-elle joyeusement. Len la foudroya du regard.
« Ça ne compte pas. » Sa main se posa sur sa joue, son pouce caressa sa peau. « Miku, s'il-te-plaît ? »
« Mais pourquoi ? » insista-t-elle en laissant tomber son expression enjouée. « Qu'est-ce que tu veux de moi, Len ? Tu m'embrasses, puis tu me laisses. Tu m'enlaces, puis tu me repousses. Qu'est-ce que tu veux ? »
Ses magnifiques yeux bleus étaient presque effrayés. « Je ne sais pas, Miku. Je ne sais pas ce que je veux. Tout ce que je sais, c'est que je ne supporte l'idée de te voir avec un autre. »
« Est-ce que tu … m'aimes ? » demanda-t-elle, hésitante, le cœur au niveau de la gorge.
« Non, » répondit Len avec douceur. « Je ne peux pas t'aimer de cette façon. Je suis désolé. »
La déception s'abattit sur elle. « Alors tu n'as aucun droit de me dicter ce que je peux faire ou non. »
« Je le sais. » Len regarda vers ses pieds, puis releva les yeux et l'observa à travers ses longs cils. « Mais quand même, je ne supporterais pas de te voir avec un autre. S'il-te-plaît. »
« Ne me considère pas comme ta deuxième option, Len. » Sur cette phrase, Miku s'arracha à son étreinte, passa le portail et entra chez elle, laissant derrière elle Len Kagamine.
