NEUVIÈME TARTARE DE THON
1ÈRE ÉVOLUTION
Je vous préviens, je suis responsable de ce que j'écris mais pas de ce que vous lisez. Si quelque que chose vous choque eh bien, préparez-vous des Pringles ça remonte le moral. Ce texte contient un bon nombre de conneries, d'allusions sexuelles et de délire. Ne me jugez pas svp. x)
LE MOMENT QUE VOUS ATTENDIEZ TOUS ET TOUTES : LE POINT DE VUE D'ANTOINE (non en vrai, vous vous en branlez, vous demandez juste des chapitres réguliers.)
Antoine - 19 Heure 38 - 13 Novembre 2016 - Inside.
Le monde est toujours un peu plus noir quand on est seul. La vie se teinte d'un gris terne, comme saturée par le poids des jours et des angoisses. On se morfond, on pense et on attend. C'est étrange comme sensation de rester à cette limite. La limite entre le désespoir et la joie. Là où je suis, il n'y a pas de gris, il n'y a pas de joie, il n'y a pas de désespoir. Il n'y a même pas d'angoisse. Il ne reste que l'attente.
Une impression de flottement, au beau milieu d'un espace noir et silencieux. Je suis nu, je crois. En fait, je ne sais pas. Je n'ai pas froid. Je n'ai pas chaud non plus. J'ai seulement ce tourbillon de noir qui rôde autour de moi, comme si mon ombre m'avait avalé. Pourtant, je vois ma peau comme si j'étais au soleil. Elle est pâle et légèrement lumineuse. Seule source claire dans cette immensité sombre. Je n'ai mal nul part, je ne sens pas le poids de mon corps.
Je perçois mes mains, sagement posées sur mes genoux. Je suis assis en tailleur. Je ne pense pas être dans une salle. Je ne pense même pas que le noir qui m'entoure ait une limite. J'ai l'impression qu'il est près de moi et à la fois aussi loin que l'horizon. Cette ombre est insaisissable. Elle est partout. Je la sens me toucher et m'envelopper, me porter mais elle semble aussi vouloir m'éviter. C'est bizarre.
Je suis droit, inflexible. Mes bras sont légers mais je n'ai pas la force de les bouger. Comme si j'étais paralysé. A la fois libre et à la fois contraint par l'apesanteur. Mes yeux sont mi-clos et observent à peine les lieux autour de moi. Je fixe mes pieds. Doucement, je vois apparaître deux bandes rouges. Elles s'enroulent lentement autour de mes chevilles, comme dotées de vie. Je les sens se resserrer sur ma peau et mon corps me parait plus lourd, tiré vers le bas. Mes mains ne me répondent plus. Je ne peux que regarder ses bandelettes rouges se nouer à mes chevilles.
Je n'ai pas peur, mais je ne suis pas tranquille non plus. Je reste à cette limite invisible, inaudible et insondable. Mes yeux se détachent de mes pieds. Le monde est toujours noir, toujours aussi profond. Mais voilà qu'un cercle se forme autour de moi. Le sol sur lequel je suis assis se trouble de plusieurs ondes blanches lumineuses. Elles n'éclairent rien d'autre que le noir mais elles produisent de la lumière quand même. C'est rassurant, je pense. Ses ondes se répètent en de courts cercles concentriques. C'est comme la pluie, les soirs d'automne. Comme le robinet qui fui. Ce sont des gouttes invisibles qui provoquent ça, je crois. Je ne les vois pas, en tout cas.
Peut-être est-ce des araignées d'eau. Celles qui sautent et nagent, provocant ce genre de petits cercles dans les étangs les plus calmes. Mais bientôt au centre des ondes naissent le fils des bandes. De longs bandages blancs qui sortent de cette eau noire. Ils dansent doucement autour de moi, grandissent. Ils ressemblent à des tentacules. Ils m'effraient. J'ai envie de courir. Leur lumière est menaçante. Mais les deux liens rouges qui me lient les chevilles m'empêchent de bouger. J'ai peur lorsqu'elles bougent. Je ne sais pas vraiment pourquoi. C'est comme un réflexe, comme si j'appréhendais un mouvement trop proche. Mes muscles se bandent d'eux même, prêts à encaisser. Pourtant, je ne leur ai rien demandés.
J'entends mon cœur battre plus vite. Puis se calmer. Les bandelettes blanches s'immobilisent peu à peu. Elles sont droites, fixées a la verticale comme des barreaux qui me piègent en leur centre. Cette cage m'apaise. Les ondes à la base des bandes blanches on disparut, comme si le calme de ce vaste lac noir était revenu. Je pense que c'est le mouvement de ses fils qui crée les ondes luminescentes.
Je me détends alors et me remet a fixer mes pieds. Mes mains viennent dessiner le contour des bandelettes rouges, enroulées autour de mes chevilles. Je ne sens même pas mes doigts effleurer ma peau. Alors je lis. Sur la bandelette nouée à mon pied droit, une inscription est formée en de petites lettres sombres, comme imprimées.
- Con. Soufflais-je.
Heureusement que j'étais seul. J'avais l'air débile, quand même.
Le bandage trésaille, il tremble sur ma peau et me provoque un petit frisson. C'est froid. Ma voix, quant à elle, est dispersée dans la salle. Je remarque alors que les bandelettes blanches qui forment un cercle autour de moi se sont remises à bouger. Mais cette fois-ci, elles me font moins peur. Même si elles ondulent comme des serpents, portées par un vent chaud et invisible, même si elles sembles prêtes a plonger sur leur proie, j'ai moins peur. Je suis un peu stupide sur les bords, c'est vrai.
Je fixe les ondes blanches et lumineuses à leur base. Ce petit mouvement de l'eau noire m'interpelle, me fascine. Je m'attends presque à entendre la pluie. L'écho de ma voix s'éteint enfin. Je baisse la tête vers mes pieds. Je prends la seconde banderole rouge. Elle est bien plus serrée que l'autre. Elle semble avoir été mise à l'envers : je ne vois aucune écriture. Je me saisis de la bandelette et la dénoue légèrement afin de lire l'intérieur. Mais je ne peux rien lire.
Il y a des milliers de mots, serrés les uns aux autres, emmêlés, comme si l'encre avait bavé. Les mots sont illisibles. Ah... si. Je vois un S... Sau-... ? Sus-...? Il y a trop de mots côtes à côtes. Je me concentre pour mieux voir. Mais soudainement, le tissu entre mes doigts se tord, doté d'une force insoupçonnée. Il me fait penser à un serpent qui s'enroule autour de mes doigts. Au début, je n'ai pas peur, je ne sens rien.
Puis une brûlure atroce se fait sentir. La bande serre mes doigts pour les tirer vers le reste de sa matière. J'ai l'impression que la bandelette consume mes doigts. Je sens a peine mes phalanges. Un hurlement se bloque dans ma gorge. C'est un cri silencieux que je pousse. Je lâche alors la bandelette et force sur mes muscles endoloris pour m'échapper à son étreinte. La banderole pourpre s'étire, me brûle la peau et ne semble pas vouloir me lâcher. J'use de mes dernières forces pour briser le bout de tissus vivant. La brûlure s'estompe et le morceau de bande retombe sur ma peau, comme mort. Il se dématérialise et disparaît dans une poussière rouge et lumineuse. Il ne reste aucune trace sur ma peau, juste le souvenir d'une douleur lancinante.
Je reprends mon souffle et secoue ma main dans l'espoir d'estomper la chaleur qui fourmille sur mes doigts. Plus jamais je ne toucherais à cette chose. Je jette alors un regard effrayé à la bandelette sur ma cheville droite. Je comprends pourquoi j'avais peur des bandes blanches. C'était juste un instinct de survie. Sûrement. La bande rouge semble intacte, comme si je ne l'avais pas touchée.
- S... murmurais-je en soufflant sur ma main. Salop, ouai.
Je râle un bon coup. Râler est beaucoup moins efficace quand il n'y a personne pour nous entendre. Je suis déçu. Même Mathieu n'est pas là pour me jeter une pantoufle dans la gueule. Le pire c'est qu'à cause des échos de ma voix, j'ai l'impression d'entendre mes râlements en RePlay pendant six heures.
Je me lève avec difficulté. Les bandages rouges m'entravent toujours. Et il est hors de question que je les touches. Par contre, les bandelettes blanches...
J'approche ma main des bandes blanches mais elles s'écartent à mon passage. J'insiste en faisant quelques pas vers elles. Les bandelettes sont disposées en un cercle parfait autour de moi. Mais quand je tente de me rapprocher un peu plus, je sens mon pied s'enfoncer dans une masse mole. Je jette un œil au sol. Il a recouvert mes orteils. Une substance gluante et noire aspire mon pied. Je recule prestement. Le sol semble flasque au niveau des ondes, à la base des bandelettes. Pas question de me risquer à une douleur aussi intense que tout à l'heure.
Ça me ressemblerait bien d'être dans un rêve aussi étrange mais ce monde est trop réel à mon goût. Ou plutôt : la douleur est trop réelle à mon goût. D'ailleurs, je ne dors pas à poil. Alors pourquoi je rêverais d'être à poil ? Oui, je sais. Ma logique est infaillible. De toute façon, je n'ai jamais rêvé de personnes à poil. Enfin, si, une fois. Mais Cetelem à poil ça compte pas.
Juste devant chez mes grands-parents, il y a une agence qui vend des cheminées et des poêles à bois. Vous savez, ces genres de choses qui vous font aimer la vie : des radiateurs, du feu, de la chaleur. Ma grand-mère et moi, on adorait ce magasin. Il faisait tellement bon à l'intérieur qu'on pouvait y passer des heures. En plus, la gérante était aussi commère que mon ancêtre. Elle se vantait de connaitre la vie de toutes les personnes du village.
Ce qui ne m'étonnait pas plus que ça puisque mes grands-parents vivaient dans un village paumé au milieu de la campagne. Même la France elle sait pas qu'ils sont là chez elles. (#La référence qui a dix ans)
D'après moi, ce ramassis de maisons ne contenait pas plus que 200 habitants. Le reste, c'était des baraques à frite et des coiffeurs. Une fois par trimestre, le cirque venait s'installer sur la grande place. Les vieux appelaient ça " une sacré rigolade " alors que ça faisait presque dix-huit ans qu'ils voyaient le même spectacle.
Ce qui était drôle, dans ce village, c'est que personne n'était choqué par personne. On pouvait se promener en bikini ou avec des chaussettes et des tongs que ça n'aurait gêné personne. Enfin si, ça gênait quelqu'un : ma mère.
Parce que ma mère avait des règles de vies très strictes. Une fois par mois, on devait venir un Week-End chez mes grands-parents. Ma mère et mon grand-père se ressemblaient. Ils parlaient doucement, faisaient deux de tension et prenaient une sieste après manger qui durait exactement 42 minutes. Ils étaient toujours les premiers levés et s'étaient pris d'adoration pour la nourriture bio. C'étaient ce genre de personne qui n'oubliait rien et qui vous irritent par leur perfection.
Je m'étais toujours senti plus proche de ma grand-mère. Pipelette, frileuse et putain de perverse. Elle était bizarre, c'est vrai. Elle se tenait toujours la hanche en s'appuyant sur une canne. D'ailleurs, même droite elle penchait légèrement sur le côté. On aurait dit un morceau de bois biscornu. Elle avait toujours un sourire de biais sur son visage et ses petits yeux brillants vous fixaient avec bienveillance.
J'aimais bien sa folie. Parce que derrière son air de grand-mère parfaite, il y avait une femme prête a tout pour vous faire un coup bas. Je m'amusais beaucoup avec elle. On attendait que ma mère aille faire son yoga dans le salon. ( il faut garder la ligne, voyez-vous. Le sport que faisait mon grand-père pour compenser ? Il regardait le foot, allongé dans un grand canapé qui semblait plus vieux que lui. Il disait que ça l'épuisait. )
Et quand ma mère était (enfin) distraite, on prenait les restes de pain rassis et on sortait en jeter sur les oiseaux. Et si quelqu'un passait par là, il repartait avec des miettes dans les cheveux. Et quand y'avait plus de pain, on prenait des cailloux qu'on jetait sur les gen-... Grives ?
Ma grand-mère travaillait à l'église. Mais elle aurait craché sur Jésus volontiers. D'ailleurs, elle aurait pu cracher sur toutes les religions du monde. Elle travaillait à l'église en tant que conseillère. Chaque samedi, je venais avec elle et on allait à l'aumônerie. Là-bas, une quinzaine de jeunes nous rejoignait. On parlait religion.
Je n'avais jamais été un grand religieux. Préférant un bon McDo plutôt qu'une prière au seigneur. J'avais été baptisé à la naissance. Mon père était un croyant invétéré du Christ. Moi j'en avais formellement rien à foutre.
Sincèrement, si j'avais été un dieu, je n'aurais pas demandé aux hommes de me parler et de chanter des psaumes. J'aurais demandé de la bouffe, un bon matelas et une console de jeux. Mais je suppose qu'à l'époque, les Dieux n'étaient pas aussi intelligents que moi.
Aujourd'hui ils doivent être bien dégoûtés, quand même. Les humains ont plus de moyens pour s'éclater qu'eux-mêmes. Personnellement, les dieux les moins cons à mon goût, ce sont les Dieux grecs. Ils ont quand même réussi à légaliser le naturisme !
Contrairement à ce que je pensais étant petit, parler religion avec ma grand-mère, c'était comme rentrer dans un livre d'histoire pour enfant. Ma grand-mère connaissait l'histoire de beaucoup de religions. D'ailleurs, les religieux la détestaient pour le discours qu'elle faisait bien souvent aux enfants. Elle expliquait aux jeunes qu'ils étaient pris au piège. S'ils choisissaient une religion, il y en aurait une à laquelle on sera l'ennemi sans le vouloir. Et même si on ne choisissait pas de religion, certaines d'entre-elles nous renierons.
J'aimais quand elle parlait de ce cercle vicieux. Elle disait que nous étions tous des chenilles. On s'avançait vers le chêne pour goûter sa feuille mais tout de suite, l'herbe est jalouse. Quand on va vers les pissenlits, le chêne se retourne contre nous. Ma grand-mère disait que chaque végétal était une religion. Mais il ne faut pas oublier que la jalousie de certaine et la haine des autres, ce n'était que la verdure, le paysage. Les vrais problèmes de la vie, ce n'est pas la façon dont on mange. Un danger de la vie c'est quand un oiseau fonce sur la petite chenille que nous sommes pour la bouffer. Un danger de la vie c'est quand une taupe passe à quelques pas de nous. Un danger de la vie c'est quand il n'y a plus d'eau. Ma grand-mère expliquait qu'on avait tout notre temps pour choisir quelle nourriture on préférait. Mais qu'il fallait d'abord se confronter aux dangers de la vie.
La religion, c'était pour elle le paysage, l'environnement dans lequel on vit. Pas le principal problème. Il y avait plus important que de croire en une divinité. Il y avait notre vie à modeler, à construire. Oui, c'est vrai que pour une conseillère, elle était bizarre. Et je comprenais parfaitement le prêtre du village qui la détestait.
C'est ma grand-mère qui m'a fait utiliser un fusil de chasse pour la première fois. Elle était venue la nuit dans ma chambre, m'avait secoué comme un prunier et avait placé le fusil dans mes mains. Puis, elle m'avait tiré hors du lit, jusqu'au jardin. Dans la nuit, elle m'avait désigné une famille de lièvres. Il y en avait toujours dans son jardin. Ils lui bouffaient toujours ses rosiers. Elle m'avait souri avec ce sourire dont elle a le secret et on était parti a pieds nus chasser le lièvre et le pigeon. Et ce, en pleine nuit, alors qu'un orage profilait à l'horizon. On était cons tous les deux. Alors on s'aimait bien.
On s'aimait bien parce qu'être ensemble nous permettait de sortir un peu de notre monotonie.
Bref, devant chez elle, il y avait cette boutique. Cette boutique de cheminées. Ma mère se plaignait souvent de son apparence vulgaire. Parce que sur le devant de l'enseigne, il y avait un grand Stickers avec un homme nu, accroupi devant une cheminée. Le poêle cachait tout, évidement. Mais ma grand-mère m'appris bien plus tard que c'était elle qui avait trouvé le jeu de mot qui faisait la devise du magasin.
" Tous à POÊLE ! "
Elle m'avait fait son sourire que j'aimais tant et j'avais rigolé avec elle. Ma grand-mère était ce genre de femmes merveilleuses qu'on ne rencontrait qu'une fois dans notre vie.
Je sais, je suis un peu nostalgique sur les bords, parfois.
On en était où ? Ah oui. Les bandelettes blanches et leurs ondes ne veulent pas se soustraire à mon toucher. Puis on avait dérivé (je ne dirais pas divagué. Allez crever en enfer. ) sur le fait que je ne rêvais pas de gens à poil. Je me suis peut-être un peu écarté du sujet. De toute façon je m'en branle, c'est mes pensées. Pas les vôtres.
Si les banderoles blanches m'évitent, soit. Mais ça signifie aussi que je suis enfermé dans ce cercle aux limites étranges. Fait chier. Mais en même temps, je vois pas ce que je pourrais faire d'autre qu'attendre. Vous savez quoi après tout ce temps, je vais peut-être commencer à paniquer. Après-tout, je sais absolument pas où je me trouve.
C'est chiant. J'ai pas envie d'avoir peur. Ça demande trop d'efforts pour moi. Vous savez... avoir des sueurs froides, le cœur qui bat à toute allure, les jambes et les mains qui tremblent... Non, sincèrement, c'est trop. Pas que je sois un flemmard mais... j'ai la flemme. Il y a des jours où on n'a vraiment pas envie de regarder un film d'horreur ou un film triste. Eh ben moi y'a des jours où j'ai pas envie d'avoir peur.
Je me rassois au centre du cercle. Alors que j'allai poser mon joli fessier sur le sol, un cri m'arrête.
- putain d'Hypersensible.
L'écho de mes râlements ( ça persiste, ces machins-là. ) est recouvert par cette voix. Ce n'est pas la mienne. Mes lèvres sont closes. Je suis immobile, agenouillé et mon bras est accoudé sur le sol. Je relève la tête, alarmé. Le silence reprend rapidement. J'ai l'impression d'avoir rêvé. Mais je sens que quelque chose cloche.
Plus rien ne bouge. Même les bandelettes blanches se sont figées. Elles sont droites. Elles ont formé les même barreaux qui formaient ma cage tout à l'heure. Ces mêmes barreaux qui me réconfortaient par leur immobilité. Mais à présent, ils me semblent bien plus inquiétants. Ils sont même terrifiants.
Sens alors quelque chose me transpercer le corps. Ma tête retombe dans un spasme et je crache du sang. Quelques gouttent coulent le long de mon menton, je me redresse un peu et je jette un regard à mon ventre. Ma chair émet un ignoble gargouillis tandis que le sang coule sur mes jambes et mon bas ventre. J'ai l'impression qu'une personne s'amuse avec mes entrailles. J'ai envie de vomir tant la douleur est assourdissante.
Mon torse est percé par une plaie béante. Je devine que mon dos doit être troué de la même manière. Au niveau du cœur. Le sang y est plus sombre et plus abondant. Une lame est enfoncée dans ma poitrine, en biais. Elle est rouge sombre, couverte de mon sang artériel. Mes doigts se portent jusqu'à elle, dans l'espoir de la déloger. Mais quand ma main touche la lame, Elle retombe dans mes doigts, molle.
- C-c'est un des bandages ?! Hoquetai-je, choqué.
Il se met alors à bouger tel un tentacule et il cherche à rejoindre les bandelettes à mes pieds. Je me tords sous la douleur. Parce que cet enfoiré de tissus ne fait pas que bouger entre mes doigts, il bouge aussi à l'intérieur même de mon torse. Je hurle. Et cette fois-ci, mon cri déchire le silence. La bande à mon pied droit se mut alors, rentrant en contact avec cette nouvelle banderole. Ma voix s'estompe, et je ne pousse que de petits bruits humides. Le sang est en attente dans ma gorge et je crachote à peine. La bandelette tire à travers moi.
Je repense aux vieilles dames qui cousent et recousent. Avec leurs points droits, un peu moins droits. Un point de travers, une aiguille qui glisse, un point habile. Agiles petites aiguilles qui cousent et avancent en tirant derrière elle leur longueur de fils. Petites aiguilles qui cousent. Un point par ici. Un point un peu plus loin. Il faut suivre la ligne. C'est un travail minutieux. Un point par-dessus. Un point par dessous. Et les petites aiguilles qui filent ensemble. Sans bruit.
Je suis le tissu que l'aiguille a traversé de sa lame et elle tire derrière elle tout le poids de son fils. Sauf que cette fois-ci c'est une bande de tissus qui m'a transpercé et qui tire dans mon corps toute sa propre longueur. Dans ma tête, la voix se répète. Je tombe sans même sentir le choc entre le sol et ma peau
Hypersensible. Hypersensible. Hypersensible.
Je sens à peine le sol contre ma tempe. La bandelette tire à l'intérieur de mon torse, me déchire tout en barbouillant mon estomac d'un rouge vif. Ma tête devient lourde. J'ai l'impression que mon esprit est ankylosé. Mon sang glisse entre mes doigts. C'est chaud. Comme la cheminée chez grand-mère. Un sourire se dessine sur mon visage et me donne un air d'attardé. Je crache du sang et me recroqueville. Je sens alors la fin de la banderole passer à l'intérieur de ma chair. Je pense que c'est fini et je soupire.
Mais je sens alors la brûlure des bandages à mes chevilles s'élargir, s'enrouler jusqu'à mes tibias et serrer ma peau. Ils consument ma chair à petit feu. Je pense que c'est à ce moment-là que je perds connaissance, maudissant de tout mon cœur cette nouvelle bandelette rouge enroulée autour de mes jambes. Cette bandelette nommée "Hypersensible". Cette partie de moi.
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