Chapitre 10 : Wanted : Edward Cullen

Je me prélassai entre les draps d'Edward depuis une petite demi heure déjà, ouvrant puis refermant paresseusement les yeux, hésitant à m'extirper de la chaleur confortable du lit quand on frappa deux petits coups à la porte.

- Emmett, Edward n'est pas dans mon lit si c'est ce que tu viens encore vérifier, dis-je d'une voix endormie, la tête à moitié enfouie dans mon oreiller.

- C'est Edward, en fait...

- Oh, euh... Tu peux entrer...

- Je viens juste cherche une chemise, expliqua-t-il en entrant.

- Euh... Pas de problème...

Le nombre de « euh » que je pouvais mettre dans une conversation avec Edward était simplement catastrophique. Nous vivions l'un à côté de l'autre depuis une semaine et je me sentais toujours embarrassée par sa présence. J'avais tendance à agir comme un cruche quand il était dans les parages, offrant par la même occasion à Jasper et Emmett leurs plus beaux moments de bonheur.

Je décidai sortir mon visage du coussin, jugeant qu'il était temps pour moi d'amorcer les premiers mouvements afin de me tirer de mon lit et me redressai en m'appuyant sur mes coudes pour pouvoir regarder Edward.

Comme d'habitude, la vision du jeune homme dans les simples gestes de son quotidien était époustouflante. Il me tournait le dos, occupé à chercher ses vêtements dans la penderie, uniquement habillé d'un jeans. Visiblement, il venait de sortir de la douche car quelques gouttelettes d'eau courraient sur sa nuque, ses belles épaules et son dos musclés pour aller s'écraser définitivement dans le creux de ses reins.

En ce moment même, à demi allongée sur mon lit, la bouche grande ouverte, je ne souhaitai rien d'autre qu'être une de ces gouttes d'eau, et je priai avec ferveur Le Tout Puissant de me liquéfier dans la seconde. Une vie éphémère sur la peau d'Edward aurait amplement suffit à me combler.

Il sembla trouver ce qu'il cherchait et enfila une chemise noire à manches longues, malgré moi, un petit soupir de déception sortit de ma bouche.

- Ca va, demanda-t-il en se tournant vers moi.

Mon regard se posa sur son torse à la peau diaphane qui transparaissait entre les deux pans du vêtement ainsi que sur les doigts parfaits qui refermaient application les boutons. Sa bouche articula quelque chose d'autre que je ne compris pas. Mon cerveau était simplement incapable de comprendre ce que ses lèvres à damner une sainte prononçaient.

- Hé, oh, Bella !

Il agita la main devant mes yeux, mais je n'étais pas en état de formuler une phrase correcte pour le rassurer. Je me laissai retomber sur le matelas, les yeux fermés, essayant de reprendre une respiration régulière, tandis qu'Apollon en personne s'inquiétait sincèrement de ma santé (mentale ?).

- Tout est OK, Edward, pas de panique, répondis-je en gardant les paupières fermées, car je savais qu'il était penché au-dessus de moi, je sentais son odeur enivrante toute proche et le matelas qui ployait légèrement son poids

- Tu es sûre ? Je peux appeler, Carlisle, si...

Je ris en imaginant la tête du Dr. Cullen quand je lui expliquerai la raison de mon « malaise » et le remède qu'il allait me prescrire. J'espérai que dans ce cas il fallait soigner le mal par le mal.

- Tu te moque de moi, donc c'est que tu vas bien...

J'ouvris les yeux pour découvrir son visage penché au-dessus du mien et sur lequel était dessiné une moue faussement boudeuse.

- Non ! Mais tu t'inquiète trop, je me suis simplement relevée trop vite... J'ai vu des étoiles, mentis-je.

Il allait vraiment me prendre pour une faible chose, une pauvre petite chérie trop fragile qui manque de s'évanouir quand elle s'assied trop vite. Déjà, que tous ici avaient tendance à me considérer comme une poupée de porcelaine, cela n'allait pas arranger les chose, mais cette version valait mieux que la vérité.

- Je ne m'inquiète pas trop, déclara-t-il, mais je compris au ton de sa voix qu'il ne croyait pas réellement en ses paroles.

- Si... Je ne suis pas si fragile, tu sais, répondis-je.

Il éclata de rire à son tour.

- Franchement, Bella, tu t'es regardée récemment ? J'ai l'impression que je pourrai te briser d'une seule main...

- Attends, que j'ai retrouvé toutes mes facultés, Cullen, et je te promets que je te referai ta gueule d'ange, dis-je sur un ton menaçant.

- Sérieusement, j'ai des doutes...

Le sourire qu'il affichait était éclatant, et je savais déjà que même si j'en avais eu les capacités, je n'aurai jamais pu abîmer un visage aussi beau.

- Ah, ouais ?

- Ouais...

- Hé bien, ça sera pas la peine d'appeler tes grands frères quand je t'aurai fait bobo, parce que eux non plus ne me font pas peur...

Nous rîmes un instant avant que je réalise que je devais avoir l'air mal en point pour qu'il pense que j'étais si faible.

- J'ai vraiment une sale tête, alors ?

- Pourquoi tu dis ça ?

- Je sais pas, tout le monde me demande de me reposer, de faire attention à moi... Vous me traiter tous comme si j'étais faite d'un verre hautement fragile, alors je me dis que je dois vraiment avoir mauvaise mine pour que vous vous préoccupiez de moi à ce point...

- Ce n'est pas ça, rassure-toi... Tu es resplendissante, je ne t'ai jamais vue plus jolie...

C'était la première fois qu'un compliment aussi ouvert sortait de sa bouche et j'en restai un peu abasourdie, mais il ne sembla pas le remarquer, car il continua :

- On veut juste que tu sois bien, que tu ne te fatigue pas et que tu te remettes vite...

- Merci...

- Si Carlisle pensait que tu es trop fragile, il ne t'aurait pas autorisée à retourner au lycée...

Un énorme sourire étira mes lèvres, l'évènement que j'attendais depuis si longtemps se produirait dès le lendemain : j'allais enfin retourner en cours.

Edward me rendit mon sourire et s'apprêtait à poser un baiser dans mon cou comme il se le permettait parfois pour mon plus grand bonheur quand quelqu'un frappa lourdement contre la porte.

- C'est Emmett, murmurai-je.

- Qui d'autre, râla-t-il tout bas.

- S'il te trouve ici, ça va être notre fête pour le restant de la semaine...

- Et je vais perdre 50 dollars...

- Quoi ?

- J'ai parié avec Jasper et lui que je ne mettrai pas un pied dans cette chambre de tout ton séjour. Dans le sens stricte de la phrase, évidemment, m'expliqua-t-il dans le creux de l'oreille.

- Mais tu es rentré tous les jours...

- Oui, mais eux ne le savent pas...

Les coups se répétèrent contre la porte.

- Bella ! Il est temps de se réveiller... à moins que tu ne sois occupée à une autre activité beaucoup moins innocente !

- Crétin, grommela Edward.

- Cache-toi sous le lit...

- Il va vérifier, c'est pour ça qu'il est ici...

Son regard se posa sur la penderie puis sur la fenêtre.

- Non !

- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas si haut. Je vais me laisser glisser le long de la corniche...

Il s'était levé et avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, il avait ouvert la fenêtre, l'enjamba avec grâce et se laissa glisser.

- Bella, à trois on rentre ! Sois couverte! Un... Deux... Trois, annonça la voix de Jasper.

La porte s'ouvrit à la volée et je fis de mon mieux pour afficher une mine endormie et surprise, ce qui ne devait pas être trop compliqué.

- Ca va pas la tête, grognai-je à l'attention des deux garçons.

- Bien dormi, demanda Emmett en s'assoyant lourdement sur le lit, ignorant ma remarque.

- Comme d'habitude... Bien, jusqu'à ce que tu débarques...

- Dis-nous, Bella, as-tu dormi seule ou accompagnée, demanda Jasper de sa voix de velours qui vous faisait si bien croire que vous pouviez lui confier tous vos secrets dans la plus grande confiance.

- Seule...

- Mais si tu avais dormi accompagnée, tu ne nous le dirais pas, déclara Emmett.

- Évidemment! J'admire ta perspicacité, nounours.

- Ok, des fouilles s'imposent alors, décréta Jasper.

- A moins que le coupable se rende directement, ce qui nous éviterai de farfouiller dans ses armoires!

- Je ne pense pas que ça soit envisageable, dis-je.

- Souhaites-tu nous le livrer, me demanda Jasper avec un ton de conspirateur. Contre rétribution, bien sûr...

- Cela va sans dire, ajouta Emmett.

- Évidemment, mais j'ai bien peur de n'avoir personne à livrer...

- Peut-on lui faire confiance, demanda Emmett avec un regard pour Jasper.

- Non... Fouillons...

Emmett regarda sous le lit, tandis que Jasper ouvrait les armoires, ils firent le tour des caches possibles dans la petite chambre d'Edward en trente secondes.

- R.A.S, mon Colonel, déclara cérémonieusement Emmett à Jasper.

- Étrange, j'étais pourtant persuadé d'avoir entendu des voix...

- Affirmatif, mon Colonel...

Ils jetèrent un dernier regard septique à la chambre en s'apprêtant à sortir quand les yeux d'Emmett se posèrent sur le fenêtre entrouverte. A l'expression qu'il afficha, je sus qu'il avait compris.

- Tu dors avec la fenêtre ouverte, Bella ?

- Je trouvais qu'il faisait un peu chaud...

- Hum... Naturellement...

- C'est vrai que quinze degrés pour un mois de Mai, c'est chaud, affirma Jasper avec un regard appuyé pour Emmett.

- Tu mens mal, Bella, très mal !

- De plus t'as-t-on dis que ce n'était pas bien de mentir ?

- Tu fais beaucoup de peine à tonton Jasper et à tonton Emmett quand tu mens, Bella, dit Emmett avec un air désolé.

- Bella, Edward est-il sortit par cette fenêtre, demanda Jasper de sa voix cajoleuse.

- Euh... Non...

- C'est affligeant tant elle ment mal...

Jasper secoua la tête avec un air peiné avant de se diriger vers la fenêtre et de l'ouvrir.

- Tu n'es qu'un tricheur, Edward Cullen. Mais ton heure viendra et tu passeras à la caisse. Nous y veillerons! Tant qu'on y est, apprends à ta chérie à mentir mieux que ça, personne ne pourrait croire qu'une fille qui rougit autant ne ment pas...

Je crus entendre un petit rire fantomatique qui lui répondait au dehors, mais je n'en étais pas persuadée.

- Qu'est ce que vous fabriquez, demanda la voix d'Esmé.

- Oh, rien maman... On venait juste réveiller, Bella, dit Emmett sur le ton le plus angélique.

- Vous voulez qu'elle attrape la mort, s'indigna-t-elle en refermant la fenêtre.

- Demande plutôt ça à Edward...

- Sortez d'ici et laissez cette pauvre Bella tranquille avec vos âneries... Vous avez de la chance qu'elle soit si patiente, je vous aurai tordu le cou depuis longtemps si j'avais été à sa place, les fustigea-t-elle en les poussant dehors. Le petit-déjeuner est près, Bella, si tu souhaite manger, ajouta-t-elle à mon encontre.

- Bien sûr, j'arrive tout de suite...

- Non, ne te presse pas, nous avons tout notre temps...

Elle referma la porte derrière elle et je m'emparai de mes béquilles et de quelques affaires pour aller prendre une douche rapide avant le petit-déjeuner.

Comme chaque matin durant le week-end, la famille était réunie au grand complet devant un petit-déjeuner copieux préparé par les bons soins d'Esmé. Je pris la place libre à côté d'Edward, car c'était celle qui m'avait été attribuée, je ne m'en plaignais d'ailleurs pas, si ce n'est que j'avais une nette tendance à renverser des choses lorsque j'étais assise là.

Esmé remplissait déjà ma tasse de café, Edward mon verre de jus d'orange et Alice mon assiette de viennoiseries alors que j'avais à peine posé mes fesses sur ma chaise.

Edward s'inquiéta pour la forme de savoir comment j'avais dormi et je vis là une manière d'agacer ses frères. Je lui répondit donc le plus innocemment du monde et avec beaucoup de plaisir.

- Très bien, et toi ?

- Hum, pas si bien... Je me suis levé tôt pour aller marcher, car je n'arrivai pas à dormir.

- C'est bon, arrêtez votre numéro, râla Emmett.

- Je ne vois pas pourquoi, tu dis ça...

Il roula des yeux avant d'avaler une longue gorgée de café tandis que j'échangeai un regard complice avec Edward.

- Ah, ça là, c'est pas une preuve qu'ils nous mènent en bateau peut-être, s'exclama Emmett.

- Quoi donc, nounours, demandai-je en appuyant sur le petit surnom qui l'agaçait tant.

- Ce regard là... Et ne m'appelle pas comme ça!

- Tu deviens vraiment parano, mon vieux...

Emmett ouvrait la bouche pour ajouter quelque chose, mais Esmé lui jeta un regard noir qui lui coupa la chique.

- J'ai une idée, déclara soudainement Alice.

- Ah oui, demanda Rosalie un peu sèchement sans cesser de tartiner croissant de confiture de fraise.

- Si on allait manger un morceau tous ensemble à Port Angeles pour fêter le retour de Bella au lycée?

Emmett et Jasper approuvèrent vivement, tandis que Rosalie laissait échapper un petit soupire d'agacement.

- Je ne sais pas si...

- Oh, ne fais pas ton rabat-joie, Edward, le coupa Alice avant de se tourner vers son père. Tu en pense quoi, papa ?

- On ne rentrera pas tard, promit Emmett.

- Il n'y aura pas de problème, assura Alice.

- Alors, demanda Jasper en regardant tour à tour Carlisle et Esmé.

Carlisle but une longue gorgée de thé avant de jeter un regard à sa femme qui lui offrit un sourire confiant.

- Je n'y vois pas d'inconvénient, déclara Carlisle.

- Super, s'enthousiasmèrent Alice et Emmet comme s'il s'agissait de leur première sortie.

- Du calme, les enfants, sourit Jasper devant l'enthousiasme de sa petit-amie et de son frère.

Le déjeuner se termina et ils quittèrent tous la table, seul Edward resta à mes côtés. Il posa son regard pétillant sur moi, mais je ne pus lui répondre que par un sourire crispé. Il fronça les sourcils en une question muette.

- Je sais pas trop ce que j'ai...

- C'est à cause de cette sortie ?

- Je crois... Gérer le stress du retour à l'école était assez pour aujourd'hui...

- C'est juste un dîner entre nous...

- Oui, mais je sais pas si tu te rends compte que ça fait deux mois que je n'ai pas mis le nez dehors...

- Je pensais que tu avais envie de sortir de la maison...

- C'est ridicule, je m'en rend compte, mais reprendre contact avec le monde extérieur me rend un peu anxieuse...

Edward glissa un bras alentour de mes épaules avant de poser un baiser tendre sur ma joue.

- Tout se passera bien...

- Je sais...

- Je veillerai sur toi...

- Et Emmett et Jasper veillerons sur nous...

- Hélas, dit-il sur un ton fataliste.

- Qu'ils aillent au diable...

- L'enfer est trop doux pour eux...

Fin du chapitre 10

Tomates ? Fleurs ? Les deux ?