Voila, comme promis, le chapitre 10... Rien à dire en particulier, rendez-vous à la fin du chapitre.
Chapitre 10 :
-Tu es sûre que tu vas réussir à aller jusqu'à ta chambre ?
Je me tourna vers Elliot, à demi-agacée. Il tenait fermement son étui, comme si j'allais me jeter dessus et le lui reprendre. Je m'étais d'ailleurs sérieusement fait réprimander quand il m'avait rattrapé pour le récupérer, mais comment dire... Son agacement m'avait plus amusé qu'effrayé. Cependant, je n'oubliais pas Itami, qui d'après les dires du Nightray, était à l'infirmerie. A cause de moi, d'une certaine façon.
-Tu comptes me répondre ? s'impatienta le blond.
-Il n'y a pas de raison que je n'y arrive pas, ma chambre est au premier étage.
-Non, c'est vrai, ce n'est absolument pas comme si tu avais fait un malaise !
-Tu vas remettre ça sur le tapis longtemps ?
-Aussi longtemps qu'il le faudra.
Je soupira et continua ma route à travers les couloirs du bâtiment de l'administration. Et bien oui, c'est bien beau tout ça, mais il faut encore que je vois le directeur pour lui signaler que je suis de retour. Et pour le coup, je suis plutôt contente que l'autre idiot soit avec moi. Je me sens encore étourdie, mais c'est supportable, et mes plaies ne me brûlent pas énormément.
-Tu ne devrais pas être en cours ? demandais-je tout de même.
-Si, mais je vais rester avec toi aujourd'hui, puisque ton valet n'est pas là pour le faire.
-Trop aimable...
Ce fut à son tour de soupirer et il frappa à la porte du bureau du directeur, devant laquelle j'étais passée sans faire attention. Je revins sur mes pas et attendis à côté du Nightray qu'on nous invite à entrer. Pour une fois qu'on venait ici tout les deux et que ce n'était pas parce qu'on s'était battus... L'idée en elle-même me fit sourire, et l'instant d'après, la voix grave du directeur nous ordonnait d'entrer. Ce fut Elliot qui poussa la porte, et je lui emboita simplement le pas, quelque peu stressée quant à la suite des évènements. Fatigue, encore et toujours...
-Bonjour jeunes gens.
Je releva légèrement les yeux vers ce vieux bonhomme, et nos regards se croisèrent. Il fronça les sourcils, avant de se redresser sur son fauteuil.
-Miss Sword, je désespérais de vous revoir un jour.
-Vous avez dû recevoir une lettre de la duchesse Rainsworth comme justificatif.
-En effet, ainsi que plusieurs lettres de Pandora. Mais cela ne pardonne en rien une aussi longue absence. Vous rendez-vous compte de ce que représente un mois de cours en moins ?
-Oui monsieur...
-Mais ce n'est en rien sa faute, intervint Elliot. Si vous avez reçu les lettres de Pandora, vous devriez savoir qu'il n'y avait aucun moyen de la faire revenir ici plus tôt. Elle aurait dû rester absente encore un moment, alors vous ne devriez pas lui en tenir rigueur.
Je regarda le Nightray, qui se tenait droit comme un piquet et qui ne lâchait pas le directeur du regard. Une espèce de combat visuel avait débuté entre les deux, et je me sentais de trop.
-C'est vrai. Je compte sur vous pour rattraper votre retard conséquent miss Sword. Si vous tombez en échec scolaire, je ne réponds de rien.
-Cela n'arrivera pas, assura Elliot. Je m'en assurerais personnellement.
-Vous pouvez y aller.
Je sortis bien vite du bureau, et attendis Elliot. Pourquoi, je ne savais pas trop. C'était ce que j'étais censé faire, non ? Il referma la porte et se tourna vers moi, avant de me faire signe de le suivre.
-Le self n'est pas encore ouvert, et les autres sont encore en cours, on a le temps de passer à ta chambre.
-... Nightray...?
-Hm ?
-Pourquoi est-ce que tu as pris ma défense ?
Il sembla troubler quelques instants, et se tourna vers moi, comme si ma question était stupide.
-Je te l'ai déjà dit, je pense qu'on pourrait faire des efforts. Et il n'avait pas à te réprimander pour quelque chose dont tu n'étais pas coupable.
-Hm...
On reprit notre marche en silence, nos chaussures claquant contre le carrelage pour seule mélodie. Les couloirs étaient vides, il n'y avait aucun bruit, et tous les sons résonnaient.
-Tu te reposeras un peu cet après-midi, et je te ferais rattraper les cours, déclara soudainement Elliot.
J'aurais aimé pouvoir lui grommeler quelque chose du genre "je ne veux pas me reposer, idiot", mais c'était faux. J'avais l'impression de tomber un peu plus en avant à chaque pas, la fatigue pesait de plus en plus sur mes épaules, et je sentais mes jambes trembler sous cet assaut. Je ne me souvenais pas d'avoir un jour été aussi fatiguée...
-Les délégués seront bientôt nommés au fait, m'avertit-il en me jetant un regard en coin. Les professeurs examinent les listes d'élèves cette semaine.
Ah oui, j'ai oublié de vous expliquer comment marchait le système de délégué... Je le ferais quand je serais dans ma chambre. Arrivés au rez-de-chaussée, je constata avec dépit qu'il pleuvait toujours. Et qu'en plus de ça, l'orage ne semblait pas loin. Je vous ai déjà dit que j'en avais peur, pas vrai ? On s'arrêta devant la porte menant à l'extérieur, regardant juste la pluie tomber drue. Hors de question que je traverse le jardin dans ces conditions. Je ne tiens pas à attraper la fièvre en plus du reste.
Soudain, je sentis quelque chose se poser sur mes épaules, et je baissa la tête pour voir une longue veste noire. Celle d'Elliot en l'occurrence.
-Qu'est-ce que tu...
-Tu vas arrêter de protester un jour ?
-Et toi de me couper la parole ? rétorquais-je.
Il haussa les épaules, désormais seulement vêtu d'un gilet gris foncé et d'une chemise blanche, et je resserra les pans de sa veste sur moi. Avec tout ce bazar, je n'avais pas pris le temps de mettre un manteau, et je portais donc toujours la robe que j'avais empruntée chez les Rainsworth. Rien de bien épais, nous sommes d'accord.
-Tu viens ?
Je me tourna vers le Nightray, qui en effet avait déjà commencé à avancer sous la pluie. Je le rejoignis en trottinant, et nous prîmes tout de même notre temps, faisant fis de l'eau qui nous fouettait. On apercevait les ombres des bâtiments, ainsi que les silhouettes des élèves par les fenêtres éclairés, le bruit assourdissant de la pluie donnait un air presque fantomatique à la scène. La terre d'habitude d'une douce couleur clair était désormais marron foncé, et les arbres commençaient à perdre leur feuille. Un paysage bien triste... J'avais entendu un enfant dire à sa mère qu'à Lutwidge, les arbres et les fleures restaient verts en toute saison. Joli mythe, vraiment, mais la réalité est toute autre. La réalité est toujours toute autre et cruelle, de toute façon.
-Attention à où tu mets tes pieds, grogna Elliot en saisissant ma main et en me tirant d'un coup sec vers lui pour que j'évite une racine à demi enterrée.
On va mettre ça sur le dos de la fatigue... Oui, c'est bien ça...
-Tu es sûre que ça va ?
-Oui oui...
Le brouhaha incessant de la pluie me martelait les tympans, j'avais mal à la tête, et par réflexe, je porta une main à ma tempe, l'autre retenant les pans de la veste d'Elliot.
-Si tu veux que je te porte, dis-le, s'empressa de dire le Nightray, passa une main dans mon dos.
-Ca va...
-C'est ça oui.
Il m'aida à avancer jusqu'au dortoir des filles, mais évidemment, une autre difficulté nous attendait. La gouvernante, chargé de veiller au bon fonctionnement de l'internat. Et accessoirement, chargée de se prendre pour notre mère, puisqu'en règle générale, aucun garçon n'est autorisé à entrer ici. Ce n'est pas comme s'ils allaient nous bouffer tout de même !
-Vous deux, qu'est-ce que vous faites ?
Quand on parle du loup...
-Je ramène Sarah Sword à sa chambre, répondit tout naturellement Elliot.
La vieille femme aux cheveux grisonnants sortit de son bureau dont la porte était ouverte, et elle s'avança vers nous. Elle n'était pas très grande, le visage flétrit, elle portait un corset vingt fois trop serré vu son tour de taille, et ses yeux verts nous fixaient sans ciller. Elle fait peur des fois.
-Madame Debora, je vous assure qu'il ne fait que me raccompagner. Je ne peux pas trop marcher, et comme Itami n'est pas là, il fallait que quelqu'un s'assure que j'arriverais à bon port.
-Dans ce cas il peut repartir, je me charge de vous accompagner.
-Et il doit aussi me faire rattraper les cours, précisais-je, cachant tant bien que mal mon agacement.
Et ce foutu mal de tête qui ne veut pas partir... Ce n'est pas le moment de refaire un malaise. Tout à l'heure dans ma chambre, d'accord, mais pas maintenant.
-Hm... C'est bien parce que c'est vous, je ne ferais pas d'autres exceptions.
Sans un mot de plus, elle retourna dans son bureau, et à travers la vitre transparente, elle nous regarda nous diriger vers les escaliers.
-Tu vas réussir à monter jusque...
-Je t'ai déjà dit oui Nightray.
-Tu n'étais pas aussi pale tout à l'heure.
Ah bon ?
-Quoi qu'il en soit, je peux me débrouiller, grognais-je.
Je l'entendis soupirer, et nous commençâmes à monter les marches couvertes d'un tapis bordeaux. Pourquoi la sensation d'étouffer ne disparaissait-elle pas ? Un mal de tête passe encore, mais c'était franchement désagréable d'avoir l'impression de ne plus avoir assez d'air. Sans compter que j'étais trempée, la veste d'Elliot collait à mon corps alors qu'elle n'était que posée sur mes épaules, et l'impression de tomber un peu plus en avant à chaque pas semblait de plus en plus réelle.
-Tu es sûre que tu ne veux pas que je te porte ?
-Sûre...
C'est moi ou ma voix tremble ? Ah, vu la tête du Nightray, elle tremble vraiment. Ca fait pitié... Il glissa une main autour de ma taille et m'aida à gravir les dernières marches, malgré mes grognements de protestation.
-C'est laquelle ta chambre ?
-87 je crois...
Il hocha la tête et me traina jusqu'à la porte, avant d'appuyer sur la poignée. Et heureusement ce n'était pas fermé à clef. Enfin, c'était quand même anormal, et je tuerais Chrissy et Elita pour avoir oublié de fermer, mais pour l'instant ça m'arrange. Les rideaux étaient grands ouverts, mais comme on avait l'impression qu'il faisait nuit dehors, ça ne servait pas à grand chose. Je me défis de l'emprise d'Elliot et je tituba jusqu'à mon lit, où je m'écrasa sans plus cérémonie. Le blond vint s'assoir sur celui d'Elita, et il me regarda quelques instants.
-Tu devrais enfiler une chemise de nuit avant de te coucher.
-Je devrais...
-Mais tu ne comptes pas le faire, pas vrai ?
-Je suis crevée...
Je ferma les yeux et soupira. Mon mal de tête était vraiment tenace... Et je tuerais le premier qui ira me chercher un médecin. Je ne veux pas qu'on me fasse de saigner où qu'on m'ouvre le crâne. Non merci, très peu pour moi. Après avoir vu ma mère se faire presque charcuter pendant l'accouchement de ma petite sœur, comprenez que moi et la médecine ça fait deux. Depuis, j'ai appris qu'il vaut mieux se débrouiller tout seul.
J'entendis vaguement le Nightray se lever, et le temps que j'ouvre les yeux, il était déjà agenouillé près de moi.
-Enlève au moins ma veste et tes chaussures et mets-toi sous les couvertures.
-Oui maman...
Il piqua un fard monumentale, plus de colère que de gêne d'ailleurs, et sa réaction m'arracha un sourire fatigué. Décidément, il n'y a que quand l'un de nous est fatigué qu'on peut s'entendre... Il allait dire quelque chose, mais je me redressa doucement pour m'assoir et je me pencha en avant pour défaire le laçage de mes bottines. Problème numéro un, mon mal de tête qui ne semblait pas aimer que je me penche de la sorte. Problème numéro deux, les vertiges qui apparaissent, sûrement dû au premier problème, et enfin problème numéro trois, je manque de tomber. Oui oui, de tomber.
-Sword, ça va ?
Sa main se posa maladroitement contre mon ventre pour me maintenir sur le matelas, et je le senti s'assoir à côté de moi. Il me redressa doucement, et je m'écroula pathétiquement sur lui, à bout de force. J'avais l'impression de m'être changée en poupée de coton. La main du blond s'accrocha à mes hanches, tandis que l'autre glissait le long de ma jambe pour continuer de défaire mes chaussures. C'est une tâche plutôt ardue mine de rien, puisqu'il doit me tenir et se pencher en avant. Mais bon, c'est son problème, pas le mien... Il éjecta mes bottes l'une après l'autre, et retira doucement sa veste de mes épaules. Ce qui m'arracha un long frisson, mais je secoua la tête pour le chasser. Effet zéro, je précise, parce que j'ai toujours tendance à faire des trucs inutiles...
-C'est bon, allonge-toi.
J'obéis et le laissa me coucher contre le matelas, les draps écartés pour qu'il puisse les rabattre sur moi après. J'accueillis avec joie l'oreiller et le traversin, et soupira de bonheur lorsque la couverture et le drap me couvrirent entièrement. Elliot me regarda alors, toujours assis près de ma tête, et pour la première fois de toute ma vie, je constata qu'il avait plutôt des jolies yeux. Bien sûr, tout le monde sait que le grand Elliot Nightray est bien foutu, mais il n'est pas le seul dans ce cas là. Regardez Léo, sans ses lunettes il est plutôt beau gosse aussi.
...
Je m'égare.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demandais-je doucement, la voix affreusement basse et tremblante.
-Rien.
Il tendit timidement la main vers moi, avant de la retirer légèrement, et de l'avancer à nouveau.
-Je ne vais pas te bouffer, soufflais-je en me tournant sur le flanc, serrant mon oreiller contre ma tête.
Ses doigts finirent par effleurer mes cheveux, et à bout de force, j'étais plutôt contente de recevoir cette caresse. Ca me rappelle mon père... Lui aussi il faisait ça quand j'étais petite et que j'étais soit malade soit effrayée par l'orage. Mais penser en ce moment à mon père me fait mal. Parce que cela me rappelle que non seulement j'ai été faible pendant la mission, mais aussi que je le suis encore maintenant pour le fuir de la sorte.
-Repose-toi Sword, on réfléchira plus tard.
J'hocha furtivement la tête et ferma les yeux. Pourquoi mon mal de tête ne voulait-il pas disparaitre ? C'était tellement douloureux et gênant que je n'étais pas sûre de trouver le sommeil. Pourtant j'en avais besoin de ce moment de repos. Mon corps et mon esprit me criait grâce, et je voulais vite me reprendre. Non mais est-ce que vous vous rendez compte de ce que je suis en train de faire ? Je suis en train de copiner avec Elliot Nightray, sûrement la personne que je hais le plus sur cette planète ! Pire, il m'a même sauvé la vie ! Encore plus pire, il est en train de caresser mes cheveux et je trouve ça bien ! Oui, il faut vraiment que je me reprenne.
-Je te réveillerais quand il faudra aller manger, tu as besoin de reprendre des forces et un peu de poids aussi je pense.
-C'était très fin comme remarque...
Il s'empourpra et grommela un vague désolé, avant que le silence ne revienne. La pluie battait sans vergogne les carreaux, et c'était une musique apaisante. Apaisante jusqu'à ce que l'orage ne gronde au loin. J'ouvris d'un coup les yeux en même temps que je sursautais légèrement.
-Ca devrait nous tomber dessus d'ici quelques minutes, constata Elliot, qui regardait la fenêtre et qui n'avait donc pas aperçu mon sursaut et mes yeux remplis de terreur.
Tout sauf de l'orage... Pas maintenant, pas aujourd'hui, pas tant que je ne serais pas rétablie !
-Sword, il faut que tu dormes.
Je déglutis difficilement et leva doucement les yeux vers lui. Il me regardait et arqua un sourcil.
-Ca va ?
-Oui pourquoi ? répondis-je d'une voix tellement male assurée que ça faisait pitié.
-Tu es toute pâle et tu trembles...
-J'ai froid, rien de bien méchant.
Il n'était pas convaincu, et je comprenais. Je ne le serais pas plus à sa place.
-Tu veux une autre couverture ?
L'orage gronda de nouveau, plus longtemps, plus fort aussi, et je sursauta de nouveau en enfouissant mon visage dans l'oreiller par réflexe. Attendez... Je viens de faire quoi ? Aie aie aie... Je vais passer pour une minable... Tout ça à cause de Gilbert... Je devrais vraiment arrêter de le fréquenter, il déteint sur moi...
-Tu as... Peur de l'orage...?
-Non, mentis-je très mal.
Il soupira et je tourna timidement la tête vers lui. Il regardait la porte, sans réelle expression. Rien de plus qu'un air concentré. Il semblait en pleine réflexion. Il finit par se lever et je le regarda aller fouiller dans l'armoire d'Elita pour en sortir une lourde couverture, rangée dans le tiroir tout en haut du meuble. Il y en avait dans chaque armoire, au cas où.
-Tiens.
Il me lança la couverture, et je ne pris pas la peine de bouger pour la réceptionner, si bien qu'elle me tomba dessus en couvrant entièrement mon visage. Elle était à peine déplier et ne m'arrivait qu'au niveau des côtes, mais je me contenta de grogner pour manifester mon mécontentement. Elliot la retira de mon visage et l'installa correctement, me couvrant entièrement. C'était mieux, mais j'avais toujours un peu froid, très mal à la tête, et peur de l'orage.
-Tu devrais prendre un somnifère, ça t'aiderait.
-Après la dose que Break m'a donnée, je vais peut-être éviter d'en prendre pendant un moment...
-C'était il y a une semaine Sword.
Ah oui, c'est vrai... Je ne répondis cependant pas et ferma juste les yeux, priant pour que je m'endorme avant que l'orage ne se retrouve au dessus de nous. Mais mes prières n'avaient pas été entendues, ou tout simplement ignorées par celui qui gouvernait le monde aberrant dans lequel nous vivions, et un nouveau coup de tonnerre retentit, juste au dessus de nos tête. Le Nightray alla tirer les rideaux, et me fixa depuis la fenêtre.
-Tu es sûre que tu ne veux pas un somnifère ?
-Sûre... geignis-je, la tête désormais cachée sous les draps.
Je me tuerais bien, là, maintenant. Je suis juste pathétique, faible, et je fais pitié. La totale quoi...
-Si tu veux, je peux aller chercher Itami, elle est sûrement réveillée maintenant.
-Non, surtout pas, elle doit dormir.
Après cette phrase, je sentis mon mal de tête s'atténuer, et le sommeil m'emporta sans que je m'y attende.
-Vous pouvez retourner en cours vous savez ? demanda une infirmière.
-Je préfère rester avec elle jusqu'à ce qu'elle se réveille, répondit calmement Léo.
-Comme vous voulez.
La jolie jeune femme brune tira le rideau derrière elle, coupant ainsi le lit où était étendue Itami du reste de la salle. Cela faisait maintenant... Trois heurs que Léo était là. Trois heures qu'il regardait la brune dormir. Et accessoirement, trois heures qu'il manquait les cours. Mais ce n'était pas bien grave. Manquer de l'histoire, du latin et de l'art plastique, franchement, ce n'était pas grand chose.
Le visage de la brune était encore livide, ses cernes étaient bien visibles sous ses yeux, elle était tournée sur le flanc, les cheveux éparpillés sur l'oreiller, et ses lunettes avaient été posées sur la table de chevet. Bien entendu, Léo avait vite vu qu'elle n'allait pas bien. Il ne la voyait presque plus au self, et dans certains cours, elle manquait de s'endormir, notamment en histoire. Comme il était à côté d'elle dans cette matière, il avait eu tout le loisir d'observer les premiers signes de fatigue et de malnutrition apparaitre. Quand à la raison de cet état, elle était toute trouvée : c'était l'inquiétude. Il s'était souvent demandé s'il serait dans le même état si c'était Elliot qui était blessé. Il avait finit par convenir que oui.
Ce matin, il avait juste croisé la jeune fille en allant au réfectoire avec Elliot. Elle était d'une pâleur effrayante, ses cernes témoignaient de son cruel manque de sommeil, et elle semblait trembler. Il l'avait jute interpellée, et pendant qu'Elliot lui demandait comment elle allait, Léo l'avait observé. Elle n'allait pas bien, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Et c'est pourquoi il avait été le premier à réagir lorsqu'elle était tombée en avant. Et le premier à réagir pour l'emmener à l'infirmerie, laissant à Elliot le soin de prévenir les professeurs de leur absence.
Une fois qu'ils étaient rentrés au lycée, à la fin de la mission, Itami semblait s'être isolée. Elle n'avait plus parlé ni à Léo ni à Elliot, ni à qui que ce soit visiblement.
-Elle va mieux ? demanda une voix depuis le rideau qui séparait le lit du reste de la pièce.
Léo se tourna doucement vers la nouvelle arrivante, et lui sourit.
-Elle dort, ça ne peut pas lui faire de mal. Tu n'es pas en cours Miltaw ?
La petite Chrissy s'avança timidement et regarda Itami. Elle avait eu le temps de discuter avec Léo, puisqu'elle passait le plus clair de son temps à la bibliothèque.
-J'ai dis que je ne me sentais pas bien... J'ai croisé Nightray dans les couloirs tout à l'heure et c'est lui qui m'a dit qu'elle était ici. Alors... Comme je n'arrivais pas à me concentrer en cours... J'ai voulu venir voir comment elle allait.
-C'est très gentil de ta part.
Il lui sourit de nouveau et se tourna vers l'inconsciente.
-Vous vous ressemblez un peu, murmura Chrissy en s'approchant.
-Oui je sais, tout le monde nous le dit depuis que je suis ici.
-Tu n'as pas fait toute ta scolarité à Lutwidge ?
-Non, je ne suis au service d'Elliot que depuis deux ans. Je n'ai pas fait de première année.
-Et tu... Etais où avant ?
Elle avait conscience qu'elle s'aventurait sur un terrain glissant. Elle ne savait pas trop quel sujet elle pouvait et ne pouvait pas aborder avec le noiraud, et cela avait le don de la stresser. Autant avec Sarah c'était facile : elle s'énervait sans arrêt quand on parlait d'Elliot ou quand on la questionnait trop.
-J'étais en orphelinat.
-Ah...
Elle vint s'assoir timidement sur le lit, au pied d'Itami.
-Tu crois qu'elle... Va se réveiller bientôt ?
-Elle a beaucoup de sommeil à rattraper, alors je ne pourrais pas te dire.
Un silence s'installa, et Chrissy se détendit peu à peu.
-Sarah devrait revenir bientôt, hein ?
Officiellement, elle était en voyage, mais Elliot avait clairement sous-entendu qu'elle était blessée, pour qu'Elita et Chrissy ne fasses pas trop de bruit lorsqu'elle reviendrait.
-Oui, j'imagine. Itami doit le savoir, mais comme elle ne parlait plus à personne ces derniers temps, on ne peut que supposer.
La rose hocha la tête et observa le visage d'Itami. Malgré ses cernes et son teint blafard, elle avait l'air calme. La sonnerie annonçant la fin des cours se déclencha. Léo repassa mentalement son emploi du temps en revu. A cette-ci, c'était la deuxième heure d'arts plastiques, et après ce serait l'heure du repas.
-J'ai finis les cours à cette heure-ci, murmura Chrissy.
-Tu devrais aller manger.
-Je ne veux pas la laisser, et je n'ai pas faim !
Léo lui lança un regard faussement dur à travers ses lunettes.
-Je ne veux pas d'une deuxième évanouie sur les bras.
-Oui mais...
-Pas de mais.
Elle soupira et se leva doucement, avant de chasser des plis inexistants de sa jupe.
-Bon, et bien à plus tard dans ce cas.
-Oui.
Elle quitta l'infirmerie, et le noiraud soupira. Dans une heure, il devrait réveiller Itami pour qu'elle aille manger, peu importe s'il devait la trainer de force jusqu'au réfectoire. L'orage gronda soudain, et il regarda la pluie frapper les carreaux. Inconsciemment, il se demanda comment allait Sarah. Il balaya bien vite cette idée, préférant se concentrer sur la jeune fille évanouie pour le moment. Il sortit un livre de son sac de cours et l'ouvrit là où il s'était arrêté, songeant qu'à cette heure-là, le pauvre Elliot devait s'ennuyer ferme en cours.
Foutue sonnerie... Dire que j'avais réussis à m'endormir... J'ouvris doucement les yeux, appréciant l'obscurité qui régnait dans la pièce. Elliot était assis sur mon lit, plongé dans un livre, mais je ne chercha pas à en connaître le titre.
-Il est quelle heure ? murmurais-je.
Le blond se tourna vers moi, visiblement surprit que je sois réveillée.
-Onze heure et demi. Tu peux dormir encore une heure avant qu'on aille manger.
J'hocha piteusement la tête et repositionna correctement ma tête sur mon oreiller. Je crois qu'Elita et Chrissy finissent plus tôt le mardi... Je ne sais plus... Je garda les yeux ouvert, fixant le lit d'Elita, qui était le plus près de la porte. C'était une année qui commençait très mal... Je me rendormis rapidement, bercée par la musique de la pluie. L'orage semblait loin... Ou pas encore là.
Je fus tirée de ma torpeur alors que j'avais l'impression que cela faisait une minute que je m'étais endormie.
-Allez lève-toi.
Je tourna la tête vers Elliot, qui avait délaissé son bouquin et qui me secouait doucement.
-Je veux dormir... grognais-je.
Au même moment, la sonnerie se déclencha, m'arrachant un sursaut de surprise. Bon, j'imagine que ça ne sert à rien que j'insiste pour dormir... Je me redressa mollement et frotta mes yeux fatigués.
-Je vais remettre mon uniforme je pense... murmurais-je.
Il hocha la tête et m'aida à me lever. Je me dirigea sans trop de peine vers mon armoire et fouilla dedans à la recherche du fameux uniforme.
-J'ai au moins le droit de prendre une douche ? demandais-je à l'intention d'Elliot.
-Si tu veux.
J'alla m'enfermer dans la salle de bain avec tous mes vêtements et me regarda dans le miroir. Je faisais peur à voir... Je passa mes mains dans mon dos et tira sur le laçage pour le défaire. Heureusement que Break ne l'avait pas trop serré... Ma robe tombe à mes pieds et je l'éjecte d'un coup de talon dans un coin. Je regarda alors mes cicatrices et grogna. C'est laid, et ça fait mal... Une marque qu'on garde à vie pour bien qu'on se rappelle de notre faiblesse... Je soupira et alla allumer l'eau de la douche. Je retira mes sous-vêtements et me glissa sous le jet tiède, avant de fermer les yeux.
Je retournerais en cours demain... Et il faut que je rattrape un maximum de cours cet après-midi... Je me demande comment va Itami... J'imagine que Léo est avec elle, mais je m'inquiète quand même... Et puis il y a Elliot aussi... Il va falloir que je remette les choses au clair avec lui. Je ne veux pas être son amie, loin de là. Jamais. Hors de question. C'est tout bonnement impossible. Je coupa l'eau et attrapa le savon.
Karina... Je m'en voulais de ne pas avoir pu l'aider, alors que j'avais dit à Gilbert que de toute manière, on ne pouvait plus rien pour elle. C'était un mensonge, bien sûr. Il y avait toujours un moyen. Toujours une solution. Mais là, je m'étais lamentablement plantée, et voila le résultat. Elle était morte, tout comme Chad, et je m'étais fait avoir comme la pire des débutantes. Une vraie honte... Si l'affaire venait à s'ébruiter, les Sword perdraient de leur crédibilité. Je me rinça rapidement et sortis de la cabine de douche.
Je m'habilla rapidement, enfilant mes bas, ma jupe, mes ballerines, ma chemise, mon gilet et ma veste. Je sortis de la salle de bain, les cheveux encore emmêlé, une brosse à la main et un ruban autour du poignet.
-Tu n'as plus la tête qui tourne ? me demanda Elliot.
-Non, pour l'instant ça va.
J'alla m'assoir sur mon lit, à côté de lui, la tête baissée. J'étais en pleine réflexion. Je voulais que tout redevienne comme avant entre nous, parce que j'en avais besoin, et parce que c'était comme ça que ça devait se passer, mais je ne savais pas trop comment le lui demander. Après tout, il avait clairement dit qu'il aimerait qu'on calme un peu le jeu, non ?
-Un problème ?
-Je... Je voulais savoir si on pouvait continuer comme avant... Je veux dire, dès que je pourrais me débrouiller toute seule, dès que tout sera rentré dans l'ordre, est-ce que... On pourra recommencer comme avant ?
Il tourna la tête vers moi, visiblement surpris par ma question. J'avais "peur" qu'il le prenne mal, et qu'il me laisse maintenant. La vérité, c'était que j'appréciais son aide.
-Je pensais que c'était évident, dit-il alors, le plus normalement du monde.
Je sursauta presque et tourna vivement la tête vers lui. Il soupira et prit doucement la brosse que j'avais, avant de commencer à démêler mes cheveux.
-Je n'oublis pas que tu es une Sword. Je t'aide pour l'instant parce que je ne veux pas que les efforts que j'ai fais ne servent à rien. Mais dès que tu pourras te débrouiller, tout rentrera dans l'ordre.
-Tu promets que tu ne remettras pas ça sur le tapis quand on se chamaillera ? bougonnais-je.
-Si tu veux.
Je soupira de soulagement et ferma doucement les yeux. Je n'aurais jamais cru qu'on pourrait passer un moment pareil. Moi qui déteste les Nightray, je suis en train de me faire coiffer par leur héritier. Le monde tourne à l'envers...
-Je ne te fais pas mal ? demanda-t-il en tirant un peu plus fort pour éliminer un nœud.
-Non, j'ai l'habitude. Ils se démêlent bien normalement.
Discussion ridicule... Enfin, on va faire avec.
-Tu veux te les attacher toute seule ?
-Oui, je peux.
Je ramena mes cheveux en arrière, et les attacha rapidement avec mon ruban.
-On peut y aller, soufflais-je en me levant.
Elliot m'imita et il se dirigea en premier vers la porte. J'espérais juste qu'il n'y aurait plus grand monde dans le self, je ne voulais pas croiser d'autres élèves de ma classe qui pourraient me demander le pourquoi du comment je ne suis pas venu pendant un mois. Non merci, très peu pour moi les explications.
-Tu crois qu'Itami est réveillée ? demandais-je à Elliot alors que je refermais la porte derrière moi.
-Léo a dû l'emmener manger oui...
Il marchait devant moi, maintenant une vitesse que je pouvais adopter sans peine. Je regarda ses cheveux se balancer au rythme de ses pas, et pour la deuxième fois en une matinée, je ne pus m'empêcher de penser qu'il était bien foutu. Il ne fallait pas faire partit de son fan-club pour s'en rendre compte.
-Tu m'écoutes ?
Je secoua vivement la tête pour reprendre mes esprits et le regarda. Il s'était arrêté et était désormais à quelques pas devant moi, la tête tournée de façon à pouvoir me regarder.
-Je disais que tu pourras peut-être aller assister à la dernière heure de cours.
-C'est quelle matière ?
-Sport.
-Si j'y vais c'est juste pour regarder, alors ça ne servira pas à grand chose.
Il haussa les épaules et reprit sa route. Nous traversâmes au pas de course les jardins, puisque la pluie ne semblait pas vouloir se calmer. On se retrouva bien vite dans le bâtiment un, avec je vous le rappelle la vie scolaire à l'entrée, l'administration dans le couloir qui tourne à droite, et enfin le self droit devant. Sans oublier le bureau du directeur à l'étage. Il y avait quelques élèves qui attendaient que la pluie se calme, et qui avaient donc investis le grand couloir, et on se fraya un chemin jusqu'à l'énorme porte du self, qui était grande ouverte. Il n'y avait jamais grand monde à cette heure-ci, aujourd'hui ne faisait pas exception, mais j'avais l'impression qu'il y avait trois fois plus de personne qu'à l'accoutumé.
Pendant qu'un frisson remontait le long de ma colonne vertébrale, Elliot saisit brusquement ma main et me tira jusqu'à une table. J'allais protester, quand je me retrouva assise sur la chaise. Je compris bien vite pourquoi nous étions là.
-Ah, tu es revenue Sword ?
J'écarquilla doucement les yeux.
-Tu n'es pas avec Itami ? m'alarmais-je.
Léo pouffa, et sa réaction me donna envie de lui enfoncer la tête dans le plat au milieux de la table.
-Tourne-toi, me conseilla Elliot.
J'obéis en lui lançant un regard mauvais. Je fus à peine entièrement tournée qu'un violent coup m'atteignit en pleine tête. Sonnée, je manqua de tomber, mais Elliot, qui s'était assis à côté de moi, me retint de justesse.
-Espèce d'idiote !
Je grogna de douleur et releva timidement les yeux, pour croiser les lunettes d'Itami. Mais j'étais sûre que ses yeux, bien qu'actuellement cachés, étaient chargés de soulagement et de colère.
-Moi aussi je suis contente de te revoir... marmonnais-je en me frottant la tête, la où son poing m'avait atteint.
-Est-ce que tu te rends compte de la peur que tu m'as faite ?!
Elliot me redressa complètement, vérifiant que je pouvais rester assise sans risquer de m'étaler par terre.
-Je suis désolée... soufflais-je.
Elle semblait à deux doigts de pleurer, comme le prouvait son menton tremblotant et ses poings serrés.
-Melt, appela doucement Léo en tapotant la chaise à côté de lui, et donc en face de moi.
Elle alla s'assoir sans protester, murmurant juste un dernier "idiote".
-SARAH !
Je sentis un poids lourd s'abattre sur moi, et je faillis me fracasser le crâne contre la table.
-Miltaw, ne saute pas sur les gens ! s'emporta Elita, qui arrivait juste derrière Chrissy.
Ladite Chrissy pleurait à chaudes larmes, me serrant dans ses bras au point de m'étouffer.
-Tu m'étouffes... soufflais-je alors en essayant de l'écartant.
-Tu m'as tellement manqué ! sanglota-t-elle.
Elle s'écarta pour me regarder, et me sourit à travers ses larmes.
-Je suis contente que tu sois revenue !
-Ouais ouais... grognais-je.
Les marques d'affections, ce n'est franchement pas pour moi. Elita vint s'assoir à côté d'Itami sans rien dire, m'adressant juste un regard chargé d'émotion. Trop chargé même, puisque je n'arrivais à en identifier une.
-Tu te sens mieux Itami ? demanda soudain Chrissy en s'assaillant à côté de moi, pour mon plus grand malheur.
-Oui, ne t'inquiète pas.
-Elle est bien réveillée... assurais-je en massant mon crâne douloureux.
-Bon, vous deux vous devez manger ! déclara Léo en mettant le plat entre moi et mon valet. Et sans protester.
Je leva les yeux vers la noiraude, et en même temps nous soupirâmes.
-Oui maman... gémis-je en grimaçant.
Ce fut au tour d'Elliot de soupirer, et comme je ne pouvais pas m'en empêcher, je lui fis une remarque plutôt désobligeante. Et comme vous vous en doutez, ce repas s'est terminé par un Elliot furieux, qui partit d'ailleurs en criant que je n'étais, et je cite, qu'une "gamine débile sans cervelle".
-Abrutis de Nightray... grommelais-je.
-Vous êtes impossible tous les deux... soupira Itami.
-J'approuve, intervint Elita.
-Au fond ils s'aiment bien.
Je lança un regard noir à Chrissy, qui était la malheureuse auteur de cette phrase, et elle me sourit avec un air innocent.
-Tu ne peux pas dire le contraire.
Je grommela, attrapa un morceau de pain, et quitta le réfectoire, suivie par Itami et Léo.
-Au fond elle l'aime bien, assura Itami, qui parlait visiblement au noiraud.
-Oui, c'est réciproque, j'en suis sûr.
-Je vous entends vous deux !
Ils me sourirent et je soupira. L'année de merde continue visiblement...
Voila, j'écris ce chapitre pendant mes vacances, parce que je hais profondément le camping, et qu'il y a beaucoup trop de monde pour moi, du coup je m'enferme dans le mobile-home, et pour couronner le tout, je n'ai pas internet. Enfin, tout ça pour dire que ce chapitre ne sert que de transition pour la suite, il n'a pas beaucoup d'importance, si ce n'est le petit passage entre Léo et Itami... Et la fin... Voila... Bye~
