Coucou, me revoilà après une longue absence, du au manque d'inspiration.
Voici donc le nouveau chapitre ^^
Merci à janeandteresa et à whiskas pour leur reviews =D Merci.
Bonne lecture.
Chapitre 9
Les souvenirs s'entremêlaient en moi. D'abord flous et indistincts, ils se précisèrent lentement et reprirent une organisation chronologique. Je tentais, l'espace d'un très court instant, de trier les souvenirs, d'écarter les souvenirs inutiles avant d'abandonner. Le seul inconvénient que je voyais à cette capacité, c'était cette obligation de tout voir, revoir en quelques minutes tous les souvenirs d'un homme ou d'une femme, toute une vie. Ça me forçait souvent à prendre un temps de réhabilitation lorsque je me retrouvais à nouveau moi-même.
Un humain garde, dans son subconscient et dans la mémoire de son corps des souvenirs de ses premiers jours, de ses premières années. Les souvenirs passaient toujours à une vitesse anormale et je savais que si je n'avais pas été aussi habituée à vivre cette expérience, j'aurais raté énormément de chose, des détails – importants ou inutiles, des bribes de souvenirs, voire des souvenirs entiers.
C'était une question d'habitude mais également de rapidité mentale et de capacité de mémorisation. Je possédais les trois.
Les souvenirs de Christophe Dupas étaient heureux dans ses premières années. Une euphorie pure qui ne pouvait être que contrebalancée par la suite par une douleur déchirante. La perte violente de ses parents, lors de ses huit ans, en fut la plus grande marque. L'euphorie devint tristesse et la tristesse laissa place à une sorte de mélancolie teintée de déprime. Le bonheur revint quand il atteint l'âge de treize ans. Une nouvelle famille après près de cinq années passées dans un orphelinat miteux d'un quartier quelconque d'une ville sans nom. Un flash d'anxiété prononcé me parvint lors du souvenir d'un déménagement, sans doute provoqué par l'idée de ne pas s'intégrer dans sa nouvelle ville, dans sa nouvelle école et parmi ceux qui seraient ses nouveaux camarades. Une peur légitime et commune à bien des enfants et des adultes... L'amour, ou plutôt l'attachement prononcé devint une constante de sa vie lors de ses quinze ans. Les conquêtes défilèrent pendant des années, toutes suivies par un moment de pause et de réflexion. La fin de certaines de ces amourettes d'adolescent étaient teintées d'un peu de tristesse ou de regret, parfois de remords.
L'amour avec un grand 'A' ne vint que bien plus tard, vers l'âge de vingt-deux ans. Un puissant flot d'émotion me parvint pour une grande blonde au yeux couleur argent. Un mariage suivit rapidement, quelques deux années après. Un bonheur immense teinté d'une certaine hystérie marqua la naissance de son fils, qui fut prénommé Damien, comme le père défunt de sa femme. La période des années consacrés à s'occuper de Damien et à l'élever, surtout les premières, me tira un sourire mental attendrit. Elles furent marquées d'une joie si intense que je me mis à redouter le revers de fortune. Il ne tarda pas à venir. La femme blonde fut retrouvée égorgée dans la chambre de son fils, suite à un cambriolage qui avait mal tourné. L'enfant n'en garda aucuns souvenirs conscients, seul une crispation de sa mâchoire et une soudaine tension dans ses muscles, qui passa totalement inaperçu pour le père, lors de films mettant en scène différents cambriolages montra que son subconscient et son corps en avaient gardés un souvenir bien présent même aujourd'hui.
A l'âge de trente et un ans, un nouveau déménagement eut lieu, vers la ville de Marseille, le surnaturel commençait à être connu, sans que cela n'est une quelconque incidence sur la vie de Christophe ou de son fils, alors âgé de six ans. Deux années pendant lesquelles il passa son temps entre son fils et son travail défilèrent. Petites joies, petites déprimes, et un deuil de sa femme prononcé furent les seules émotions restantes de ces deux ans. Puis la vie repris son cours. Par la suite, lorsque son fils eut douze ans, quatre ans plus tard, les conquêtes recommencèrent à défiler, la perte d'espoir d'un nouvel amour déjà connu et déjà disparu entachant ces nouvelles relations, qui furent toutes, sans exceptions, très courtes. La situation demeura la même jusqu'à il y a quelques mois, lors de l'apparition d'un ami vampire auprès de Damien. Je reconnus Éric. Vint ensuite, l'envie du gamin de se transformer, puis la transformation et il y a quatre jours, la rencontre de Christophe avec un lycanthrope. Je pus également revoir notre rencontre, sa purification, les sensations de bien-être procurés par mon pouvoir.
Les souvenirs intéressants arrivèrent enfin et je me concentrais davantage encore. M'arriva la vague impression d'un rendez-vous urgent en rapport avec une anxiété et une peur inéluctable. Je ne vis pas le complice vampire ou quoi qu'il soit pour cette chose. En revanche, je vis l'attaque avec une précision étonnante. L'adrénaline avait dégourdit le cerveau de Christophe Dupas, suffisamment pour qu'il soit capable d'intégrer plusieurs événements en même temps et à grande vitesse.
L'attaque commença, non pas par une action mais par un son. Espèce de grognement mêlé d'une sorte de ronronnement audible et intense. Le son fit sortir le père de Damien des bois. Je ressentis l'anxiété, non, plus que ça, la peur que lui inspiré ce bruit. Il savait ce que c'était. La simple expression de son visage en était la preuve. Le son devint plus fort, le volume du ronronnement augmentant comme s'il se rapprochait. Christophe, proche de la panique, regarda de tous les côtés pour localiser l'emplacement exact du bruit animal.
Inutile.
La créature attaqua des bois.
Elle était bipède et avait allure humaine, mais elle ne faisait clairement pas partie du genre humain. Si je n'avais pas su ça impossible, j'aurais dit que c'était une goule. Cette créature n'en avait ni l'odeur, ni les caractéristiques. Je me demandai durant une seconde s'il y avait possibilité pour qu'elle craigne le feu, avant de conclure que oui, goule, zombie et autres joyeuseté du genre étaient 'inflammable' et c'était tant mieux, au moins un moyen de s'en débarrasser ! Je me fit donc la note mentale d'emporter un lance-flamme lorsque je partirais pour la massacrer, après tout, il y avait dans les locaux de l'agence une quantité d'armes extraordinaire, autant par le nombre que par le choix.
Le bruit de la chair se déchirant me ramena brutalement aux souvenirs de Christophe. La chose venait de transformer son avant-bras, ou ce qui semblait être un avant-bras humain, en une sorte de courte faux. Le corps de Christophe fut ouvert en deux au niveau du ventre, le sang gicla autour de lui alors que l'homme poussait un hurlement à mi-chemin entre la douleur et l'agonie. Je fermais une seconde les yeux, mentalement. Les bruits me renseignèrent sur les actions de la chose. Peu de temps après, le souvenir s'estompa... Christophe venait de mourir. L'attaque avait duré moins d'une minute. La mort avait effectivement était rapide.
Alors que je m'attendais à rouvrir les yeux sur le monde réel, je vis quelque chose de sombre dissimulé au centre d'un espace lumineux. C'était la première fois que je voyais ça... Peu sûre de moi, j'approchais mentalement de cette zone sombre, restant néanmoins à une distance respectable de cette ombre. C'est alors que je m'approchais davantage que je compris ce que j'avais devant moi. C'était intuitif, je savais...
L'esprit du père de Damien était composé de parties bien séparées. L'une claire et lumineuse, ouverte pour moi et n'importe qui d'autre pouvant rentrer dans les souvenirs de cet humain. L'autre était son contraire parfait : sombre, remplie de ténèbres et... verrouillée ! Mon esprit représenta une grille fermée d'un lourd cadenas, quelque chose d'impossible à forcer et l'espace d'un instant, je me demandais si Clément aurait pu entrer dans cette zone. Je n'avais que la partie visible de l'iceberg... Mais la partie immergée venait de m'appeler.
J'avançais sans plus me préoccuper de la prudence, sûre et certaine que je pourrais passer. Pas parce que Christophe était mort, non, ses souvenirs, encore présents pour le moments étaient indisponibles pour quiconque d'autre que moi. Mais j'avais une chose que les autres n'avaient pas : une invitation. C'était lui qui m'avait demandé de l'aider... s'il n'avait pas voulu que je vois ce qu'il cachait, son esprit ne m'aurait pas entraîné ici. Et effectivement, le cadenas se détacha et tomba dans un bruit mat sur le sol inexistant. La lourde chaine qui retenait les grilles closes tinta contre les barreaux et le portail s'ouvrit.
Je vis alors la partie torturée et submergée par le chagrin. Il ne s'était jamais remis de la mort de sa femme, malgré qu'il donnait bien le change devant son fils et les autres. Les zones d'ombres dans ses souvenirs devinrent claires, les raisons ou les signification de certaines choses m'apparurent, aussi limpide que de l'eau. Je vis sa rencontre avec deux vampires douteux, un certain temps avant leur déménagement pour Marseille. L'un beaucoup plus puissant que l'autre. Aucun des deux n'était Alexandre. Étrangement, j'en ressenti du soulagement.
Je vis le pacte, la tentative pour ramener sa femme à la vie, les meurtres, les sacrifices. Pour ce faire, le corps avait été exhumé, je vis ce que cette femme qu'il aimait tant devint. Une chose sans nom, enfermée dans un endroit obscur, attachée. L'appétit qu'elle développa pour les organes humains, et quelque chose de plus obscure sur lequel je fus incapable de mettre un nom...
Le visage des deux vampires se grava dans mon cerveau, prendre ainsi avantage sur un homme détruit et ravagé par le chagrin...! Ils étaient mes proies, eux et la chose inhumaine qu'était devenue la femme de Christophe Dupas.
Un éclair de douleur transperça ma tête et mes yeux. Lorsque je revins sur terre, je vis Clément et Alexandre devant moi. Tous les deux me regardaient. La seconde chose que je remarquais fut que j'étais à genoux devant le corps de Christophe. Tout de suite après me vint la sensation de quelque chose d'humide coulant le long de mes joues et dans mon cou. Je levais une main pour toucher le liquide et la portait devant mes yeux, me demandant l'espace d'une demi-seconde si je pleurais... Du sang ...? Je pleurais du sang ? J'essuyai les yeux et dû me rendre à l'évidence que oui, je versais des larmes de sang. Ça ne s'arrêtait pas, quoi que je fasses, les larmes continuaient de couler le long de mon visage. Incapable de comprendre, je tournais les yeux vers Clément.
Il avait l'air inquiet. Ce fut la seule chose que j'eus le temps de remarquer avant qu'un nouvel éclair de douleur ne transperce mon crâne et que je perdes conscience.
Je sentis juste Clément me rattraper avant que je ne tombe en avant puis tout devint noir...
Du rêve que je fis je ne me souvins seulement de quelques sentiments décousus, sans suite logique entre eux... La haine succédait à la joie, la tristesse à l'euphorie, l'envie de mourir et d'en finir une bonne fois pour toute précédait la volonté de continuer à vivre et d'avancer... Le sol et le plafond se confondaient dans une pièce uniforme et vide de couleur, parfois noire, parfois blanche. Les sons étaient étouffés, inaudible, le contact des murs n'existaient pas, pas de sensation, pas de sons... Pas de sens...
Les seules choses qui restèrent clairement furent la douleur, lancinante et la folie, imminente.
A suivre...
Voilà pour ce chapitre ^^ si tout se passe bien, je posterai plus rapidement maintenant.
Gourmandizzz.
