Coucou les filles. Je suis désolée pour le rythme de publication quelque peu saccadé de cette fic. Les deuxièmes sessions ont commencé et entre la thèse (quelle blague!), les surveillances et de nouveau les corrections, j'ai un peu de mal à tout gérer :s...

Maintenant que j'ai fait mon mea culpa, j'espère que ce chapitre vous distraira, cette fic n'a de toute façon pas d'autre prétention, bonne lecture à toutes! ;)

Mais avant,

RAR:

Abou: Merci à toi Ô nouvelle lectrice! *o* j'espère avoir bientôt de nouveau tes impressions! ;) Je suis ravie que mon style te plaise, sincèrement! Oui c'est vrai que ce Snape est un peu hard, mais en même temps je me dis qu'après tout, jamais JK ne nous a fait l'honneur de nous montrer ce qui se passait dans sa tête et puis celle-ci de fifille est quasiment anonyme voire inexistante pour le reste du monde, il peut donc en faire son souffre-douleur comme il l'entend!

Ma tite Siam: Merci beaucoup à toi de continuer d'être là et de me soutenir et me supporter encore et toujours! J'espère que la suite va te plaire ma tite puce!

Sohanne: AHHHHHHHHHHHHHHH! TOI, ICI? Ca fait bien plaisir! J'ai gardé tes dessins tu sais? Que deviens-tu? Je suis très contente que tu aies repris la lecture de cette fic. Désolée pour les délais mais comme je l'ai expliqué ma vie est certes toujours aussi misérable, mais encore plus chargée qu'autrefois! ^^ Ton "merci d'être toi" fait chaud au coeur. J'espère que la suite va te plaire ma fidèle Sohanne! A très vite, et n'hésite pas à me pourrir le cas échéant! :D

Chapitre 10 : Comédienne

- Non Zini. Elle n'a toujours pas intégré comment préparer celui que je bois pourtant tous les jours. Inutile de lui fournir un nouveau prétexte pour faire montre de l'étendue de son incompétence, répond-t-il en la gratifiant d'un regard qui aurait provoqué un malaise chez n'importe lequel de ses élèves.

Les oreilles de la créature s'affaissent. Elle a compris qu'elle vient de commettre une erreur grossière. Elle lui adresse un faible « très bien Maître » avant de s'éclipser.

- Tu deviens adepte des cachoteries Severus ? Il y a une… « jeune demoiselle » sous ton toit et tu ne la présentes pas à ton plus vieil ami ?

Le titre qu'il s'octroie lui arracherait presque un sourire.

- Depuis quand présente-t-on ses domestiques Lucius ? esquive-t-il.

- Une domestique ? répète-t-il. Pourquoi ton elfe appellerait-elle « jeune demoiselle » une de ses semblables ? interroge-t-il avec des yeux ronds.

- Mais la jeune demoiselle n'est pas une elfe de maison, Monsieur ! tonne une voix nasillarde à la limite de l'ulcération.

Pendant que sa titulaire dépose un plateau sur la table basse du salon, Malefoy père lance au Maître des lieux un regard empli de sarcasmes.

- Tu laisses tes serviteurs répondre à ta place ? ironise-t-il.

- Je considère comme un soulagement sa prise d'initiative, murmure-t-il en inclinant le verre entre ses doigts afin d'en admirer le contenu. Elle m'évite le fardeau d'avoir à enfoncer des portes ouvertes, mais prends donc ton verre Lucius, termine-t-il d'un ton mielleux.

Il est absolument hors de propos qu'il perde la face devant Lucius Malefoy. Les deux hommes se dévisagent d'un sourire empreint de la plus courtoise des hypocrisies.

- Si je comprends bien, reprend le blond qui n'a manifestement pas l'intention de lâcher prise, tu as à ta disposition une servante humaine, jeune… et jolie avec ça ? ajoute-t-il d'un sourcillement entendu.

- La beauté est chez elle un concept relatif.

- Tu mens Severus, susurre son interlocuteur dans un demi sourire. Tu n'as simplement pas envie de me la montrer, je me trompe ?

- Zini, marmonne-t-il les sourcils froncés sans quitter Lucius des yeux, ramène-la-moi ! Fais vite, précise-t-il, utilise la voie rapide !

Il ne va quand même pas découvrir devant eux le passage gardé par sa bibliothèque… ni laisser la curiosité outrancière de son homologue impunie.

- Je ne te connaissais pas un tel attrait pour les moldus, lance-t-il sournoisement.

- Parce que tu te fais servir par des moldus ? grimace le sorcier en réponse à l'insulte. Tu l'autorises à respirer le même air que toi ? A-t-elle connaissance de la nature de ta condition ?

- Je pense, mais je peux me tromper, que la présence en ces lieux d'une créature telle qu'un elfe aura pu lui mettre la puce à l'oreille.

Il marque un temps d'arrêt pour contempler l'expression d'agacement que son invité peine à dissimuler.

- Ce n'est du reste, pas comme si je lui avais révélé l'existence de notre monde, elle est fille de sorcier… cracmole ou moldue, elle n'offre de toute façon pas d'autre aptitude que celle qui consiste à tenir un balai.

- Une sang de bourbe ? Tu te fais servir par une sang de bourbe, s'étrangle le blond à la limite de l'apoplexie.

- N'est-ce pas là où est sa place ? Au service des véritables sorciers ?

Les traits durcis de l'homme aux cheveux longs se détendent, un sourire complice étire ses lèvres.

- Je te reconnais bien là…

Un CRAC sonore et l'elfe est là, tenant par la main l'objet de la conversation. Malgré sa raideur, il voit aux crispations de son visage qu'elle s'efforce de dissimuler au mieux la nausée provoquée par le transplanage. Elle s'incline d'abord devant les invités et se tourne face à lui avec un sourire poli.

- Monsieur désire me voir ?

L'espace d'un instant il la fixe, interdit. Depuis quand sont-ils devenus des partenaires de jeu ?

Zini se serait chargée de lui expliquer la situation ? Il sait la petite créature intelligente… elle cherche certainement à éviter les ennuis en terrain inconnu : sage initiative.

Lucius se lève, contourne la table basse et vient se poster juste devant elle. Il voit les yeux bruns se glacer alors que du pommeau de sa canne, l'homme écarte les mèches du visage abîmé.

- Soit elle est passée entre les griffes de Greyback, auquel cas j'espère que tu l'enchaînes les nuits de pleine lune, soit tu lui fais endurer des sévices exceptionnels, susurre-t-il sans quitter les yeux de la fille des siens.

Elle soutient le regard acier sans ciller. Evidemment, elle ne sait pas qui il est, mais il doit avouer que pour une fois, il n'en est pas mécontent : rien dans cette maison ne saurait courber l'échine face à Lucius Malefoy.

- Depuis combien de temps es-tu au service de ton maître ?

Elle détourne ses prunelles vers moi et je sais qu'elle ne démentira pas cette appellation… pas maintenant et pas devant lui.

Elle reste évasive.

- Un certain temps, répond-t-elle sans lâcher des yeux l'homme qui porte le ballon de vin à ses minces lèvres, Monsieur, se hâte-t-elle d'ajouter.

Curieux ce sentiment, presque de fierté, à la voir se dresser ainsi devant le mangemort. Leur « relation » n'a pourtant rien de complice, mais à l'instant, il ne la ressent plus comme cette pouilleuse méprisable. Ils jouent dans la même cour… c'est une partie de lui-même qu'il teste, un démembrement de sa personnalité qu'il met à l'épreuve… et Lucius… la présence du tiers Luicius n'est qu'un terrain de jeu supplémentaire…

Il la détaille de bas en haut… A quel moment a-t-il commencé à développer ce genre de considérations ?

Il perçoit l'irritation presque palpable du mage noir. L'homme aux yeux acier saisit brusquement le menton de la jeune servante dans sa main et dévie son visage vers le sien. Il serre si fort qu'il lui arrache un gémissement.

- Tu oses me répondre sans même me regarder petite insolente… Je vais t'apprendre ce qu'il en coûte de manquer de respect à un sorcier de sang pur, rugit-il hors de lui en levant la main.

Elle n'esquisse aucun mouvement de recul.

- Lucius ! le retient le maître des lieux. Elle m'appartient. C'est donc à moi qu'incombe le… privilège de parfaire son éducation.

Il voit son bras retomber lentement le long de son corps alors que ses lèvres frémissent dans un tic de fureur.

Il ne tolérerait de personne que l'on abîme sa « chose ». Elle est à lui. Chaque marque, chaque nouvelle cicatrice, devra lui être infligée par lui uniquement. Elle lui appartient à lui seul et pour la première fois, il semble en prendre toute la mesure face à cet individu aux mains sales qui essaye de s'accaparer ses prérogatives de propriétaire.

Un sourire mauvais étire la bouche de l'homme.

- Tu n'imagines pas à quel point il aurait mieux valu pour toi que ce soit moi qui t'inflige la correction que tu mérites jeune fille ! Tu ne le sais certainement pas encore, mais ton maître n'a pas la réputation d'être le plus tendre d'entre nous.

Pendant quelques secondes, les traits féminins se figent alors que le ricanement du cadet s'élève.

- Vous n'imaginez pas à quel point les corrections de mon Maître m'honorent, répond-t-elle éhontément avec un regard et une voix qui n'ont plus rien de froid.

L'homme en noir assis dans le haut fauteuil réprime un sourire bruyant et porte de nouveau le ballon à ses fines lèvres.

Lucius ne sait absolument pas ce qui repose dans la paume de sa main.

- Je prendrai plaisir à chacune des punitions qu'il voudra bien m'infliger, si cela peut me rapprocher un peu plus de son idéal d'une bonne et docile servante.

Cette comédie est tellement grossière quand on connait son caractère… et son aversion à l'égard de son « pseudo Maître »… A l'évidence, elle n'a eu aucun mal à cerner la personnalité de l'individu et a rapidement su adapter son discours et son jeu… Elle fait mouche ! Il le sent. L'homme qui lui fait face lâche brusquement son menton comme s'il lui avait soudain brûlé la main, l'air dégoûté.

- J'espère que tu ne te compromets pas avec cette souillure au sang impur Severus, persifle-t-il.

Il a beau tenter de donner le change, il est plus qu'évident qu'elle ne le laisse pas indifférent. S'il n'avait pas porté une cape aussi ample, il est très probable qu'il aurait offert à tous les regards, un joyeux spectacle d'adolescent émoustillé par sa toute première petite culotte observée à la dérobée… Il connaît trop ses travers pour se laisser berner par sa répulsion feinte et croire qu'il ait pu être une seule seconde, insensible aux propos plus qu'équivoques qu'elle lui a servis… il les aime comme ça !

D'ailleurs lui-même, s'il ne s'était agi d'elle et qu'il n'avait eu connaissance de sa dévotion factice, aurait pu se trouver… « ému » d'une telle déclaration… s'il avait eu quinze ans et des hormones en ébullition…

Lucius a conscience qu'elle vient de lui faire un élégant pied de nez. Sa superbe fait grise mine alors qu'il retourne prendre place aux côté de son fils.

- Plutôt que de te répandre en obscénités, sers donc le thé à Drago, ordonne-t-il pincé. Une insolente et une désaxée ! Tu as de quoi être fier de ton personnel Severus, tu sais t'entourer !

- Personnellement, je n'ai jamais eu à m'en plaindre, réplique Snape d'une voix détachée.

- J'imagine, commence Malefoy Senior sur ce qui promettait d'être une tirade des plus sarcastiques…

- AAAHHHH ! Imbécile ! s'égosille Drago, des yeux de chien furieux rivés sur elle.

Une tâche d'eau vaguement colorée et particulièrement fumante rend transparente la chemise qu'il porte. Les traits déformés par la douleur, il geint comme une petite fille qui aurait reçu une humiliante fessée.

- Je suis désolée, s'excuse-t-elle, le regard dur et froid.

Alors que son père s'est de nouveau empressé de faire remarquer le caractère déplorable du service, Severus Snape, enfoncé dans son siège, scrute la scène. Ce qu'il voit lui tire un sifflement désapprobateur. Il interrompt le sermon de Lucius.

- N'ôtez pas votre chemise Drago ou il pourrait rester des cicatrices. Toi, fait-il en regardant sa nouvelle recrue, accompagne Monsieur Malefoy… s'éponger. Zini, nettoie-moi tout ça !

L'œillade qu'elle lui adresse en guise de réponse dégouline de reproches et de frustration. Il la regarde se diriger vers la porte adjacente, impassible.

Lorsqu'ils ont disparu, Lucius reprend là où il s'était arrêté, excédé.

- Je ne sais pas comment cette punaise a pu atterrir à la place que tu la laisses occuper, mais tu manques singulièrement de fermeté Severus ! crache-t-il. Je n'ai encore jamais rien vu de semblable ! Mes domestiques…

- … Tes domestiques sont habitués à recevoir moult coups de cravaches pour des motifs aussi valables et variés qu' « a éternué trop bruyamment » ou encore « n'avait pas l'air suffisamment déprimé », l'interrompt le maître des potions en vrillant les prunelles grises. Il serait peut-être judicieux de rappeler à ton fils qu'il n'est pas au manoir et qu'ici, il a tout intérêt à surveiller ce qu'il fait de ses pieds !

Pendant un court instant, Lucius semble sur le point de lui cracher à la figure, mais sa bouche se referme et il se contente de fixer l'homme sombre qui lui fait face, en silence. Il s'enfonce à son tour dans son propre siège en s'emparant de son verre et le porte à ses lèvres.

- Excellent ce vin ! Où as-tu déniché une telle cuvée ?

- Dans une pittoresque bourgade du sud de la France, consent-il à changer de sujet après quelques secondes de silence.

- Les vins français… j'ai moi-même réussi à me procurer quelques caisses d'un cru merveilleux pour la soirée de…

Impossible de ne pas décrocher de ces monologues sans intérêt au travers desquels Lucius ne peut s'empêcher de s'admirer le nombril. Depuis le temps qu'ils se côtoient, on aurait pu penser qu'il aurait fini par comprendre que ce genre de procédés ne fonctionne pas sur lui… mais à l'évidence, c'est sans espoir. Une fois de plus, il est réduit à formuler des réponses aussi pertinentes que « hmm » ou « vraiment ? », qui n'apportent rien à la discussion mais ont le mérite de ne pas trahir de façon trop évidente son manque d'intérêt.

- … sans compter Vivian Godway qui est d'une impatience qui frise l'indécence depuis qu'elle sait que ton nom figure sur la liste des invités.

Son esprit refait surface… Vivian Godway… une de ces rares sorcières plutôt bien faite de sa personne, élégante et monstrueusement riche, issue d'une noble lignée de sangs purs partisans du Seigneur des Ténèbres et que l'on appelle toujours « Miss » malgré sa trentaine bien entamée. Une femme qui a suscité le désir des meilleurs partis de Grande-Bretagne sans qu'aucun n'obtienne jamais ses faveurs… Godway… un nom bien étrange pour une telle créature !

Il laisse un léger sourire en coin étirer la commissure de ses lèvres : ne dit-on pas que les voies du Seigneur sont impénétrables ?

- J'imagine, répond-t-il distraitement, un brin ironique.

- Non Severus, tu n'imagines pas justement ! Je ne m'explique pas cette espèce d'engouement que toi seul sembles être en mesure de susciter en elle…

Lui au contraire, se l'explique très bien. Godway fait partie de ces femmes qui supportent difficilement que quoi que ce soit leur résiste. Avide de pouvoir et de reconnaissance, elle ne se contenterait pas simplement d'un homme prêt à lui baiser les pieds comme tous ces chiens fous au rang de ses prétendants. Il ne se fait aucune illusion : c'est uniquement pour ce double motif qu'elle le convoite, lui. Il lui échappe et il est le bras droit de Lord Voldemort… Vile femelle !

- Zini, l'interrompt-il. Elle a dû perdre le jeune Monsieur Malefoy quelque part dans la maison. Va voir ce qu'elle fabrique !

La petite elfe se redresse et disparait dans un craquement.

- Je vois parfaitement où tu veux en venir Lucius, mais épargne ta salive : Miss Godway ne m'intéresse pas.

Son homologue lève les yeux au ciel.

- Est-ce que tu réalises ce à quoi tu tournes le dos Severus ? Cette femme est courtisée par pas moins de la moitié de la gent masculine d'Angleterre et, Merlin sait par quelle ironie du sort, elle ne jure que par toi !

Il relève le choix des mots employés par son « camarade » et hausse un sourcil.

- Cette femme ne convoite que moi pour des raisons que nous connaissons tous les deux.

- Quelle importance ? Ce n'est pas comme s'il y avait foule devant ta porte.

Merci de me le rappeler… le regard dont il le gratifie aurait suffi à faire trembler de terreur toute une salle de classe.

- Si j'étais toi…

- Tu n'es pas moi, le coupe-t-il.

- Elle n'est pas à ton goût ? interroge Lucius dépité.

- Il ne s'agit pas de ça…

- Vraiment ?

Un bruit sourd se fait entendre à l'étage, comme si un meuble venait de tomber. Il lance un regard vers le plafond et fronce les sourcils. Le blond l'imite.

- Celle-ci te plait davantage ? demande-t-il dans un simulacre d'innocence. La servante irrespectueuse et sans manières… ta moldue de domestique aurait-elle ta préférence mon cher Severus ?

D'une œillade méprisante, il détaille l'homme à la moue arrogante.

- Au risque de me répéter Lucius, je ne suis pas toi.

Il voit le sourire moqueur se dissiper lentement alors que sa mâchoire se crispe.

- Nous n'avons pas les mêmes inclinations et maintenant, si tu n'y vois pas d'inconvénient, je vais jeter un œil à ce qui se passe là-haut avant que tout mon mobilier ne soit réduit en miettes.

- Severus, entend-t-il dans son dos avant qu'il n'ait franchi le pas de la porte, emmène-la avec toi mardi prochain !

Sans se retourner, il passe dans la pièce d'à côté. Que Lucius Malefoy s'intéresse d'aussi près à une simple servante ne présage rien de bon. Peut-être a-t-il finalement su percevoir le particularisme de cette fille.

- Je n'ai pas dit que je viendrai, articule-t-il à voix basse avant que le panneau de bois ne se referme sur lui.

Quand il arrive à l'étage, un nouveau bruit mat parvient à ses oreilles. Il presse le pas. Un bruissement d'étoffe froissée en provenance de la salle de bains… la voix désagréable et traînante de Drago…

Il passe la porte entrouverte et ce qu'il aperçoit le laisse coi. Il sent la colère faire pulser une veine à son cou. Le tableau est grotesque et invraisemblable… elle à genoux devant lui, essayant avec un acharnement animal de descendre la fermeture éclair de son pantalon, une baguette en bois sombre pointée sur son front. Un peu plus loin, l'elfe ahurie, yeux grands ouverts, immobile contre un mur, fixe la scène avec un regard vitreux.

Les joues pâles du jeune homme se teintent fortement de rose lorsque les pupilles noires vrillent les siennes. Une bouffée de fureur l'envahit alors qu'il observe les deux principaux protagonistes.

Les chiens ne font pas des chats, songe-t-il en fixant son élève.

- Que se passe-t-il ici ? interroge-t-il d'une voix sourde en tâchant de maîtriser les tressaillements entre ses mots.

Il entrevoit la baguette se baisser et la fille cesse instantanément de tirer sur la braguette.

- Professeur je… je, bafouille le garçon, elle s'est jetée sur moi, commence-t-il en désignant la jeune femme toujours à terre.

Il jette un œil à la coupable et perçoit un tremblement. Il accueille avec scepticisme l'explication pitoyable que lui sert le gamin.

- L'elfe, c'est elle aussi je présume.

L'adolescent se décompose.

- Je ne voulais pas mais, elle s'en est prise à moi lorsque j'ai essayé de stupéfixer la première pour l'empêcher de me sauter dessus. Elle s'est interposée et le sortilège l'a frappée par accident.

C'est l'excuse la moins crédible qu'il ait jamais entendue !

Il peut presque sentir le goût du sang envahir sa bouche tandis que ses yeux se posent de nouveau sur la masse agenouillée par terre. Il ne peut réprimer son geste et l'empoigne sans douceur par le bras pour la remettre sur ses pieds. La voir dans cette posture lui tord les viscères… Elle trébuche et il croise subrepticement les yeux bruns. Ils ne font que confirmer ses pensées.

- Nous parlerons de ton comportement plus tard, susurre-t-il acide à son oreille avant de l'expédier sans ménagement dans le couloir.

Il sort sa propre baguette de sa poche et la pointe sur l'horrible gargouille aux yeux révulsés.

- Finite.

Sitôt libérée du maléfice, cette dernière lance un regard venimeux au jeune homme qui ne semble pas s'en formaliser. D'ailleurs, lui non plus ne peut pas s'en formaliser : il ne peut pas se permettre d'accorder davantage de crédit aux accusations de deux domestiques qu'aux pathétiques palabres du fils de Lucius Malefoy. Une erreur de calcul de ce genre pourrait le mettre dans une position délicate.

- Sortons Drago, intime-t-il au jeune homme avant de s'adresser à Zini d'un ton sec. Toutes les deux, rangez-moi ce souk !

Dans les escaliers, il est tenté d'arracher les yeux du garçon : son air vainqueur l'insupporte… comme s'il était parvenu à berner Severus Snape ! Sa main se crispe sur sa baguette à l'intérieur de sa cape chaque fois que son regard se pose sur le visage suffisant. Il expire doucement et tente de l'éviter.

Personne n'a le droit d'utiliser ses jouets sans sa permission… surtout celui-là !

Lorsqu'ils pénètrent dans le salon, Lucius se tient debout face à la bibliothèque, son verre vide entre les mains, qu'il pose prestement sur la table basse avant d'adresser aux deux arrivants un sourire froid.

- Nous n'allons pas abuser de ton temps plus longtemps… Drago !

D'un simple signe de tête, le garçon comprend qu'il doit enfiler sa cape et suivre son père.

- Vous connaissez le chemin…

Lucius esquisse une dernière grimace de circonstance avant de tourner les talons.

- Oh, Severus! Sois là mardi soir et… prends-la avec toi ! On pourrait manquer de personnel.