Ndla : Bonne année ! Bonne santé ! Je ne vous souhaite que de bonnes choses pour cette nouvelle année. Je dois, une troisième fois, vous faire mes excuses même si, cette fois, ce n'est pas moi qui n'ai pas voulu vous répondre, c'est le site ! Depuis trois/quatre jours, je reçois les reviews et dès que je veux y répondre, le site m'affirme qu'elles n'existent pas. Et ce n'est pas seulement pour cette histoire, non trop facile sinon, mais toutes !

Alors, pour compenser, je me suis encore plus appliqué pour ce chapitre (ne l'ai-je pas déjà dit ?...)

Soundtrack : J'ai eu du mal pour ce chapitre-ci mais je conseillerai un ost du Hobbit "Roast Mutton".


Sacred Crew

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Chapitre 10

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Curiosity kills the cat

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Theo gardait les yeux rivés sur Balthazar, veillant absolument à le garder dans son champ de vision, avec ce monde autour d'eux, il craignait que cet idiot de pyromancien n'en profite pour s'éclipser et s'enfuir. Pour être honnête, les événements de la veille l'avait agité toute la nuit.

Ils s'étaient effectivement retrouvés devant l'église abandonnée, tous les quatre, bien amochés les uns et les autres même si la couronne revenait au paladin qui ne s'était pas loupé. Non content des blessures reçues durant son combat contre Moehau, il s'était jeté dans un combat à un contre six et, bien que ressorti miraculeusement victorieux, il n'avait pas eu l'air très en forme. Balthazar n'avait pas osé lui faire de remarque, vu comment il l'avait rembarré en lui proposant de le soigner même sommairement.

Shin et Grunlek avaient trouvé le passage qui menait aux écuries, où les attendait leurs chevaux dont Lumière. A se demander ce qu'ils avaient compté en faire. Un plan B surement, ils s'étaient laissés une chance de fuir en cas d'arrivée massive de soldats ou de paladins. Pas une trace de la charrette ni de la cage, au grand désespoir de Theo, et à la discrète mais intense joie de l'intéressé, le prisonnier.

Clopin-clopant, à présent, ils s'étaient réfugié dans le village le plus proche, à moins d'une petite dizaine de kilomètres de l'église abandonnée. Balthazar montant sur le cheval de trait qui auparavant tirait la carriole, il fut décidé que ce dernier serait attaché au cheval de Shin afin que Theo puisse avoir un œil sur lui et que, si Balthazar avait la folle envie de prendre congé de ses gardes, le plus agile d'entre eux, c'est-à-dire Shin, puisse l'attraper sans difficulté. Le choix du cheval de trait n'avait pas non plus été anodin. Le paladin avait pensé à tout. Si Balthazar comptait user de ce cheval pour sa fuite, une fois l'épaisse corde sectionnée évidemment, celui-ci était sur le cheval le moins rapide des quatre.

Balthazar avait été vécu cet affront comme une douche froide. Après cette belle collaboration entre paladin et mage du feu, il avait cru avoir gagné plus de crédit que cela auprès du jeune Inquisiteur.

― Ohé ? Messire l'Inquisiteur ?

L'interpellé eut un sursaut imperceptible, sa conscience reprit le contrôle de son corps douloureux, car même la douleur n'avait pas réussi à lui remettre les pieds sur terre.

― Vos blessures vous font encore souffrir ?

― Non, répondit abruptement le paladin un quart de seconde plus tard.

En se réveillant ce matin, Theo n'avait usé de son sort de soin pour la plaie à sa tête, afin d'être débarrassé de cette migraine qui l'empêchait de réfléchir. Pour son genou et son flanc gauche, ce serait pour plus tard. Ils avaient passé la nuit dans la première auberge venue, Theo et Balthazar partageant la même chambre. Il avait fallu que le mage insiste sur le fait qu'on l'avait empêché de dormir, pour lui tirer des informations des heures et des heures durant après l'avoir réveillé par la force. Moehau l'endormait, certes, mais il n'avait eu que quelques minutes de repos à chaque fois. Déjà qu'il ne s'était pas complètement remis des blessures reçus durant son séjour dans l'Eglise de l'Eau, la chose qu'il voulait le plus au monde c'était dormir.

Et il avait dit la vérité.

Theo s'était donc reposé, dans un lit bien séparé, et n'avait pas été dérangé par quoi que ce soit.

Avant d'aller dormir, il avait confié les parties de son armure endommagée à un bon forgeron, non sans avoir l'approbation de Grunlek qui s'était renseigné. Avec quelques pièces d'or en plus, son armure avait été prête à l'aube. Il s'était senti à nouveau complet, en sécurité, en enfilant son armure comme flambant neuve.

A présent, le tout était de rester le plus discret possible dans cette taverne, à garder un œil sur Balthazar, face à lui, le temps que Shin et Grunlek fassent quelques emplettes et récoltent quelque info. Il était clair que Theo et Balthazar n'étaient pas indiqués pour communiquer. Balthazar parce qu'il était recherché par une menace inconnue, et il était supposément leur prisonnier, et Theo… parce que Theo. Pas grand-chose à ajouter. En arrivant au village, c'était ce même Theo qui avait lancé à la première personne venue « Bonjour, paysan, indique-nous le plus court chemin jusqu'à l'auberge de ce village. »

Alors, pour passer le temps, Theo réfléchissait. Pas son truc. Néanmoins, à partir du moment où sa vie était menacée, et celles de ses amis, il voulait bien y réfléchir à tête reposée quelques minutes.

Les derniers mots de Moehau lui avaient fourni plus de questions que de réponses, bien qu'il ait apprécié la franchise du paladin du Sommeil. Et…

― Dites, je pourrais aller voir cette jolie jeune femme là-bas ?

S'il avait une minute à lui, oui, il aurait réfléchi à la situation. Réprimant l'envie de taper du poing sur la table, pour ne pas se faire repérer, Theo se contenta de taper du pied sur le tibia du mage.

― On déteint assez dans le paysage, va pas ruiner notre seule vraie pause depuis qu'on est parti de cette satané Eglise de l'Eau. Joue-la profile bas, B… Braen.

Oui, Braen*. Il avait été décidé qu'ici, hors de question d'user de leurs prénoms. Ils s'en étaient tous choisis un. Sauf Balthazar, Theo avait été très inspiré et ne manquait pas une occasion de le prononcer.

― D'accord… Cadwalader.

Plus les noms seraient incongrus et inattendus, leur avait dit Grunlek, et plus ils allaient s'imprimer dans la tête des gens. Passer inaperçu, pour eux, c'était impossible, alors autant accentuer le trait afin de passer pour des excentriques, avec un petit côté snob ou bourgeois en ce qui concernait Theo. Derrière leur passage, il ne laisserait que leurs prénoms et une description assez vague, sans trop de détails.

A la limite, il n'y aurait guère que Theo et Grunlek qui seraient difficilement oubliables même si, pour Theo, rien n'était moins sûr car l'église du Sommeil abandonné n'était pas très loin d'ici. Des paladins, les villageois avaient dû en voir plus d'une fois. Certes, pas ceux de la Lumière, mais bon, allez savoir avec les Eglises, ce qui se tramait, ça passait bien au-dessus des petites gens qui s'en fichaient comme de leur première biquette. Ils s'en faisaient la remarque et, tant que ces paladins ne s'intéressaient pas à leur cas, passaient à autre chose.

― On est aussi loin que ça ? s'enquit le mage.

Theo se garda bien de soupirer, au risque de voir encore ces horreurs blondes au-dessus de lui.

― Apparemment, on a dormi cinq jours, toi quatre, et pendant ce laps de temps, ils ont juste eu le temps de nous sortir de la forêt par le chemin le plus court, donc par le nord. Nous, c'est au sud qu'on doit aller, on devait rester encore pas mal de temps dans la forêt. Ils nous ont rallongés le trajet, ces cons !

Cette fois, trop c'était trop. Le poing ganté du paladin frappa dans le bois abîmé de la table. Une serveuse qui passait derrière lui sursauta et, pensant que c'était dû à son impatience, elle glissa une choppe de bière près du poing menaçant. Il jeta un œil vers la bière puis vers la jeune femme qu'il remercia d'un hochement de tête. Sans toucher le verre.

― Je vois pas pourquoi je me casse le cul pour ta pomme, Braen…

Il plissa les yeux, soudainement suspicieux.

― D'ailleurs, depuis quand ça t'intéresse ?

― La date de mon exécution ? Tu parles que ça m'intéresse !

Oups. Avait tutoyé là. Et parlé d'exécution en public aussi, en haussant le ton, là où des oreilles traînaient partout. A voir la figure d'un rouge remarquable et les yeux bleu marine tempétueux de l'Inquisiteur, ce n'était pas apprécié.

― Quoiqu'il en soit, reprit l'Inquisiteur au bord de l'implosion, on ne restera pas longtemps dans ce village. Je compte bien me barrer d'ici sans problème.

Il empoigna ses cheveux avec l'irrésistible envie de les arracher poignée par poignée, sentiment que partageait Balthazar à propos des siens.

― Comme ça, terminées ces conneries ! acheva le paladin bouillonnant.

Il finit par lâcher les mèches blondes, non sans un autre soupir de désespoir.

Un peu de camomille, de miel, de citron, deux-trois plantes magiques, parce que ni l'un ni l'autre ne voulait attendre des plombes pour que tout revienne à la normale, et voilà les cheveux de Balthazar et ceux de Theo blondis. Un blond éclatant. La décoction avait fait des merveilles sur leurs sourcils. Avec regret, Balthazar avait dû se résoudre à se raser. En fait, Theo passait encore moins inaperçu, ses cheveux parfaitement raccord avec la panoplie du parfait paladin. Son bandeau couleur or était presque invisible, du coup.

Blond aux yeux bleus. Blond aux yeux bleus putain ! Plus cliché tu meurs ! se dit l'infortuné paladin de la Lumière.

Sur Balthazar, c'était tout bonnement horrible. Ça ne lui allait pas du tout. Theo ne comprenait pas pourquoi il voulait tant tester les lambeaux de son charisme avec les rares demoiselles potables dans le coin. Même Theo avait furieusement envie de se moquer ! Il l'aurait fait si lui-même n'avait pas été la victime de la décoction de Grunlek. Surtout que les cheveux de Balthazar avait été attaché en queue-de-cheval haute, eux si désordonnés en temps normal, cela transformait tout le visage.

― Alors Messire voyageur ? C'est pour un voyage de noces ? plaisanta le chef de la taverne, dont la nouvelle qu'un paladin de la Lumière se trouvait dans son estaminet avait dû faire sauter au plafond de bonheur.

Chiotte. Chiotte, chiotte, chiotte ! Le tavernier était derrière Theo, aussi Balthazar fut le seul à voir la rage crisper le fin visage du paladin. Le bougre avait cru de bon ton de plaisanter en s'adressant à l'Inquisiteur, espérant briser la glace.

Attendez… Il prenait le mage pour une femme ? Les deux furent piqués au vif.

― Voyageurs en quête de curiosité, fit Balthazar de la voix la plus grave qu'il pouvait faire, à défaut de graveleuse parce qu'il y avait son geôlier paladin-Inquisiteur dans le coin.

Là, l'homme bedonnant comprit son erreur. Il tenta de ne pas pâlir en rattrapant le coup, songeant qu'il venait juste d'insulter un mage, d'après la toge, et un paladin en deux phrases.

― Oh pardon, messire, je vous avais mal vu… La lumière dans cette gargote a du mal à entrer.

En plein jour. A une table au beau milieu de la salle. Les prendre pour des cons, c'était en option, ils préféraient le rappeler. Une option à éviter de choisir parce que le "baltringue" de Moehau, ils l'avaient tous en travers de la gorge. Theo le premier.

Car oui, le paladin du Sommeil l'avait sorti à Balthazar, histoire de faire la bande complète. Mettre au même niveau un fier paladin de la Lumière et un pyromancien suspecté d'être un démon, il avait dû prendre son pied rien qu'à l'idée.

En conclusion, leur tolérance à l'insulte avait nettement baissé.

― Je vous épargne l'addition messires ?

Ah. Là, il commençait à leur plaire ! Theo n'était pas contre s'épargner quelque dépense, sa bourse avait souffert à cause de ce maudit forgeron. Il avait bien regretté de ne pas avoir fouillé le cadavre de Moehau pour récupérer l'argent qu'il avait sur lui. Respect des morts ? Oui, oui, il connaissait… vaguement, des rudiments… On lui en avait parlé, hein, mais sa bourse n'aimait pas des masse ces termes. C'était barbare de ressortir ce genre de concept flou, à l'impromptu !

― Vous êtes bien aimable, répondit sobrement Theo.

Voilà. Il venait de jeter tout ce qui lui restait de politesse. Les rires de Shin et ceux de Grunlek à la teinture, le montant des réparations de l'armure, Balthazar prenant ses aises, tout ceci avait pompé dans sa réserve de patience et de sociabilité.

Il repéra le regard surpris du mage sur lui, le techniquement prisonnier observait tour à tour le tavernier encore vivant et un Theo en apparence calme dès que l'autre était venu leur taper la discute plus longuement. L'Inquisiteur attendit que le bedon sur pattes, selon ses propres termes, soit parti pour le rassurer sur un point :

― Ne te fais pas d'illusion, si j'avais pu, je lui aurais ouvert le bide de haut en bas pour le pendre par ses propres tripes.

― Aurai-je pu allumer un feu de joie en-dessous ?

― Permission spéciale.

Balthazar fut déçu, autant que le paladin, que cela ne soit pas faisable. Une fois un visage impassible composé, Theo se tourna de droite à gauche, constata non sans satisfaction qu'on évitait son regard sans une once de provocation, pour ensuite se redresser de toute sa hauteur.

― Faut pas se faire de vieux os ici, quelque chose me dit que ceux qui nous cherchent ne vont pas arrêter de nous emmerder seulement parce qu'on s'est réfugié dans un village de péquenots. Alors déballes, qu'est-ce que tu as de spécial pour ces gens ?

Leurs voix étaient parfaitement couvertes par le brouhaha des ivrognes qui croyaient mordicus qu'en faisant le maximum de bruits, ils auraient l'impression qu'il n'y avait pas un représentant de l'autorité divine, avec le permis de tuer ceux et celles qui lui paraîtraient coupables, dans les parages. Cela avait ses avantages. A voix basse, parler de cette affaire n'était pas compromettant.

― Capable d'invoquer ce genre de bestioles ? l'interrompit Balthazar sur le même ton. Je ne comprends pas pourquoi on m'en veut. Enfin, j'ai rien de spécial moi ! Pourquoi croyez-vous, messire l'Inquisiteur, qu'ils ont mis autant de temps pour me cuisiner, les gars de ces deux Eglises ? C'est qu'ils sont persuadés que je sais quelque chose mais que nenni !

― Putain, joue pas au con, fais marcher ta mémoire ! grogna Theo que son poing démangeait furieusement. Quelque chose que t'as vu, une remarque que t'aurai fais bourré à la mauvaise personne, t'es tombé sur la mauvaise péronnelle. N'importe quoi !

― Vous me vexez, Monsieur l'Inquisiteur de la Lumière. Je ne me bourre pas la gueule, je voyage seul, je tiens à ma vie ! Et puis je ne veux pas non plus être chassé pour avoir cramé une partie du village, si ce n'est le tout !

Theo crevait d'envie de l'empoigner, le soulever de sa chaise, le secouer comme un prunier en lui mettant une série de soufflets à lui en éclater joues et lèvres, lui hurler de tout lui dire, tout démon ou mage qu'il soit.

Mais il ne fit rien de tout ça. A la place, il héla le tavernier, accompagna son appel d'un coup de poing. L'homme revint en trottinant et en épongeant son front par à-coup de torchon crasseux.

― Vous avez beaucoup de paladins qui viennent ces derniers temps ? demanda Theo.

― Point du tout messire ! s'écria le tavernier. Quelques uns descendent ici mais ne boivent pas, pour sûr, messire !

― Dans le village, précisa l'Inquisiteur.

― Ah oui ! Il y'avait une Eglise du Sommeil pas loin, dans l'temps, quand j'vous dis ça, c'était y'a vingt ans. De temps en temps, on voit aussi des gars de l'Eglise de l'Eau. Mais pas de grabuge, Inquisiteur, pas de chamaille entre eux, enfin, pas à ma connaissance !

― Je trouve votre village assez près de la forêt, fit Balthazar, vous n'avez pas de problèmes avec les prédateurs ? Les bandits ?

― Point du tout, messire ! Nous avons une petite garnison de soldats. Très honnêtes, quoiqu'un peu rudes. Mieux vaut ne pas leur tenir tête.

― Oui, je vois, déclara Theo, sec, mais savez-vous si…

― Ah y en a qui ont essayés, ils ont eu des problèmes !

― Merci mon brave, reprit Balthazar, nous allons prendre congé.

Les vieilles habitudes avaient la vie dure, il venait de donner des directives claires. Involontairement. Vu le regard de Theo, c'était très déplaisant, à la limite de l'humiliation. Il opina sans broncher, se leva et ils marchèrent de concert vers la sortie une fois les maigres consommations payées. S'il n'avait pas protesté, c'était bien pour maintenir intacte leur couverture.

― Vous aviez raison, messire Inquisiteur. Le plus tôt on part, le mieux c'est, murmura Balthazar.

― Ouais, la nouvelle de la venue d'un paladin de la Lumière va se répandre comme une traînée de poudre, ces troufions vont vouloir savoir ce que je fous ici, répondit Theo. Et la présence d'un mage va poser problèmes également.

En s'éloignant de la gargote, ils se sentaient soulagés d'un poids. Un autre le remplaçait, plus lourd, les deux hommes se dirigeant vers la ruelle fréquentée pour ne pas être trop visible.

A mesure de leur avancée, ils perçurent un étrange changement dans le comportement de cette foule de gens, se sentirent poussée vers l'avant tandis qu'une clameur se faisait entendre, apeurée, inquiète, brassée dans une incompréhension générale. L'Inquisiteur, craignant d'être séparé de son prisonnier par cette foule toujours plus condensée autour de lui, attrapa Balthazar par le bras. Il fut surpris en sentant la faible poigne du pyromancien en retour. Les doigts fébriles, phalanges blanchies par l'effort, s'étaient resserrés sur son avant-bras.

Ça et son visage, si pâle qu'on l'aurait dit exsangue, lui apprirent que la situation était en train de se gâter, bien avant que ses sens ne l'informent du changement d'atmosphère. Il ouvrit la bouche pour lui demander ce qui le rendait aussi nerveux lorsque la réponse vint d'elle-même.

Une vibration malsaine, visqueuse, le cueillit. Il eut un frisson de dégoût et voulut freiner sa progression, répugné. La foule les poussait inéluctablement vers la source de cette vibration de psy familière, qu'il avait perçu plus d'une fois. Pourtant, il devait en avoir le cœur net. On avait besoin de lui là-bas. Par une impulsion inconsciente, son corps fendit la foule, bousculant hommes et femmes sans la moindre difficulté.

― Qu'est-ce que vous faites ? couina Balthazar, yeux écarquillés.

― Faut que j'y aille.

La faible traction vers l'arrière du pyro-mage fut pratiquement sans effet sur le paladin.

― Êtes-vous cinglé ? J… On ne peut pas y aller ! C'est pire que de porter une cible autour du cou.

― M'en branle, c'est mon devoir de paladin !

Balthazar n'en croyait pas ses oreilles. Son devoir de paladin ? Il était gonflé de lui dire une chose pareille après avoir électrocuté une poignée de bandits inoffensifs et avoir montré une grande intolérance envers une Eglise ! Balthazar était prêt à parier qu'il n'avait pas pour habitude de sauver la veuve et l'orphelin.

La peau du mage de feu tiraillait de plus en plus, picotait de part en part. Il tenta de freiner l'avancée du paladin, tout en sachant qu'il ne faisait que retarder l'inévitable. Pure peine de temps et d'énergie. Cette… part de lui-même s'agitait, remontait progressivement à la surface. Encouragée et galvanisée par sa proximité avec un disciple de la Lumière, ce qu'il devait estimer être un défi, une provocation, elle se creusait un chemin vers la surface. Balthazar craignait que n'apparaissent les premiers signes physiques.

― Partons Monsieur l'Inquisiteur !

― Un coup d'œil d'accord ? lâcha, exaspéré, l'Inquisiteur en question. Juste un coup d'œil.

Tous deux savaient de quoi il en retournait. Un mensonge, voilà ce que c'était. Ce coup d'œil, ils allaient le payer cher.

La foule se stagna devant un des logis, Theo poussa sans ménagement les badauds sur le côté, tantôt à gauche, tantôt à droite. En voyant, de loin, la scène, il se souvint des paroles de Moehau.

« J'ai également entendu parler de ces disparitions mystérieuses, un des villageois m'avait demandé de venir sur place. Avant qu'une sœur de l'Eglise de l'Eau n'arrive, j'ai pu apercevoir les restes d'un cercle, peint en rouge. Peut-être du sang. Abîmé par des traces de combustion. »

Le sentiment de dégoût en réaction à la vibration de psy, déjà disparue, se mua en sentiment de danger imminent. S'il restait une seconde de plus, ils seraient piégés ici, sa mission compromise.

Balthazar fut aussi soulagé qu'étonné de constater que le jeune paladin amorçait un demi-tour, aussi maladroit que brutal. Son bras ainsi que son épaule s'en souviendraient.

― On se tire, dit Theo entre ses dents serrés.

Balthazar eut le temps de jeter un œil dans la demeure, se sentit bouillir, comme plongé dans les feux de l'enfer, ses ongles entamaient sa paume en sillons vermeilles, priant pour que son physique n'ait pas souffert des effets de l'agitation psychique en lui, provoqué par la vibration sinueuse et sournoise.

Faites qu'il se calme. Faites qu'il se calme. Pas maintenant. Va-t-en. Tu vas nous tuer avec tes caprices. Nous tuer tous les deux tu saisis ? On a un Inquisiteur-paladin de la Lumière aux fesses, en plein cœur d'un village, va t-en !

Il adressait une prière silencieuse, les yeux fermés, tout en se laissant guider par le paladin. A chaque pas, il se sentait sur le point de défaillir.

― Braen ?

Son corps tressauta. C'était son prénom ici, oui. Hors de la foule, enfin, le paladin l'avait lâché cependant la main de Balthazar n'avait point relâché son emprise sur le bras de Theo.

― Pardon Sire Cadwalader, fit le mage en le relâchant, j'ai eu le cœur tout retourné par ce que j'ai vu dans cette bâtisse.

Theo se contenta d'opiner, leva les yeux par-dessus l'épaule de Balthazar puis reprit le bras de ce dernier pour accélérer le pas.

― Ne restons pas là, la garde arrive !

Un regard en arrière permit au pyromancien de se rendre compte de l'urgence de la situation, de l'avenir proche dans lequel s'était projeté Theo bien avant lui, alors qu'il était en pleine confrontation avec son démon intérieur.

La garde était là, effectivement, et déjà plusieurs personnes les pointaient du doigt. Pourquoi ce paladin de la Lumière n'était-il pas entré ? Qui était cet homme qui l'accompagnait ? Que faisaient ici ces deux blondins, paire ô combien atypique ?

Balthazar n'eut pas le loisir d'attarder son regard plus longtemps, il croisa celui d'un des gardes et ils tournèrent au coin de la rue, replongeant dans la foule de l'artère principale.

― On va chercher Bleidd et Merfin, les chevaux et on se casse de ce village.

Ignorant la douleur lancinante de ses côtes à son flanc droit et à son genou gauche, Theo pressa le pas, suivit de bon gré par Balthazar qui se laissait conduire. Étrangement, il lui faisait confiance. Il ne pouvait pas le laisser tomber.

L'Inquisiteur de la Lumière ne le laisserait pas tomber. Mission ou pas.

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à suivre...

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Curiosity kills the cat :La curiosité est un vilain défaut

*Tous les prénoms d'emprunt sont des prénoms gallois, je remercie internet pour le coup de main. Pour les deux premiers, vous savez, mais essayer un peu de devinez pour les deux derniers...

Cadwalader : de cad = Combat, walader = Meneur.

Braen : Corrompu

Bleidd : Loup

Merfin : Ami de la mer

Compliqué n'est-il pas ? Ne vous en faites pas, Grunlek et Shin apparaîtront dans le prochain chapitre, et dès le début en plus ! Je voulais surtout faire avancer l'action et éviter de faire un chapitre mollasson. Et nos héros ne peuvent avoir une seule journée de répit n'est-ce pas ? Alors, je ne veux pas entendre râler. Shin et Grunlek ne sont pas au placard. Non. Ce ne sont pas des personnages secondaires pour moi.

Une petite review pour me dire ce que vous en pensez ? Ce n'est jamais de trop vous savez !

Bien, sur ce, je vous dis à une prochaine fois !