Version corrigée en Juillet 2007
Commentaire : J'ai eu du mal à écrire ce chapitre. Je voulais au départ commencer à Kyôto, avec Asami et compagnie, mais je n'arrivais pas à trouver le ton. J'ai réécrit plusieurs fois la première page à cause de ça avant de jeter l'éponge durant un certain temps.
J'ai donc décidé de continuer avec Akihito et de mettre la scène d'Asami à la fin, mais cette scène finale n'allait pas du tout avec le restant du chapitre. Donc… Ca sera pour le prochain. Tant pis.
J'ai essayé de mettre un peu plus d'humour dans ce chapitre, comparé aux précédents, car je trouve que c'est ce qui manque par rapport à Ikigai. Ca ne veut pas dire pour autant que le chapitre n'est pas sérieux.
Ah oui, dans ce chapitre, Akihito commence à reprendre du poil de la bête (tant mieux, il était pas très en forme depuis le début de l'histoire, vous ne trouvez pas ?). Il en aura besoin, il faut dire.
Chapitre 9 : Little Secret
« Les choses ne tournent jamais vraiment comme on l'espère, » pensa Akihito alors qu'il restait allongé dans le lit, le regard amorphe rivé au plafond.
Parce qu'il ne pouvait repenser au sort du médecin sans sentir son estomac se soulever et le maigre contenu de son ventre lui remonter dans la gorge, il tentait de se focaliser sur l'ironie de la situation elle-même.
Il était venu enquêter sur le sort du si gentil Tomoki et celui-ci s'avérait être un tueur au service de Mikhaïl, certainement le tueur qui avait essayé de lui faire la peau à Hong Kong. Bordel ! On pouvait dire que Feilong avait l'art de choisir ses amants. S'il s'en sortait vivant et plus ou moins entier, il lui en toucherait deux mots – ou lui collerait plutôt son poing dans la gueule – avant de se planquer derrière Asami pour éviter les représailles. Il n'était pas totalement masochiste non plus.
« - En tout cas, je sais maintenant que le suivi psychiatrique était vraiment mérité, » murmura-t-il en portant les mains à son front pour repousser en arrière quelques mèches de cheveux.
S'il n'avait pas été totalement impliqué dans cette affaire et en danger de mort, tout cela l'aurait certainement fait hurler de rire.
A présent, Mikhaïl allait sans doute l'utiliser comme moyen de pression et sa survie dépendrait uniquement de l'effet que cela aurait sur Asami. Autant dire qu'il n'était pas très confiant.
Akihito dut revenir au monde réel quand deux coups furent donnés à la porte de la chambre. Il n'y répondit pas mais tendit l'oreille comme un chat à l'affût d'une souris gambadant sur le plancher.
« - Cela fait plusieurs heures que vous êtes enfermé là-dedans. Comptez-vous vous laisser mourir de faim ? »
C'était Iakov.
La mention de la nourriture suffit à rendre des nausées au photographe. Cela ne le fit pour autant pas bouger du lit et il resta dans la même position.
La porte de la chambre avait été fermée à clef depuis l'intérieur et Iakov s'en rendit vite compte lorsqu'il voulut l'ouvrir.
« - Sortez de là avant que je ne vienne vous chercher ! »
Akihito resta sans réaction en entendant cette menace. Il se disait que sa situation ne pouvait être pire qu'elle ne l'était déjà et, face à l'absence de nouvelle invective de Iakov, il pensa qu'il avait déjà abandonné et était allé voir ailleurs s'il y était.
Lorsque le verrou de la porte explosa après une détonation, le photographe, dans sa surprise, voulut sauter sur ses pieds pour se planquer quelque part mais tomba lamentablement en bas du lit.
« - Vous êtes taré ! » hurla-t-il après avoir gémi de douleur car il s'était fait mal dans le bas du dos et tout en se couvrant la tête des deux mains comme s'il craignait que le plafond ne s'effondre sur lui.
« - Mikhaïl m'a chargé de vous surveiller. Je prends mes ordres très à cœur. Non pas que m'occuper de vous me fasse plaisir. »
Akihito se releva prudemment pour regarder le russe qui se trouvait debout à l'entrée de la chambre et rangeait son pistolet dans le holster caché sous sa veste.
« - A ce propos, j'espère que vous êtes heureux de constater combien Tomoki se porte bien. Partir à sa recherche était vraiment stupide de votre part. Mais j'ai cru comprendre que vous étiez familier des actes stupides.
« - Ta gueule, » rétorqua Akihito, dans un élan de colère et sans vraiment réfléchir.
Iakov haussa un sourcil, peut-être réellement surpris par cette réaction inattendue ou simplement amusé. Il releva le menton pour regarder le Japonais de haut et posa les poings sur les hanches.
« - Quel langage… Mais que devais-je espérer d'un homme qui offre son corps à d'autres. Vous avez couché avec qui en premier ? Asami ou Feilong ? » Questionna le russe avec un sourire narquois.
Un zeste de raison retint Akihito de sauter sur Iakov pour tenter de faire pivoter sa tête à 90°. Ce ne fut pas pour autant qu'il resta silencieux.
« - Va te faire foutre, tu ne sais rien de moi !
« - Assez pour savoir que vous faites leurs quatre volontés. »
Akihito serra les dents et baissa la tête. Au fond de lui, il savait que Iakov n'avait pas totalement tort : il avait fait ce qu'on lui demandait depuis le départ. Il s'était peut-être plaint mais il l'avait fait quand même. Parfois même en prenant son rôle avec sérieux. C'était douloureux de devoir se l'avouer et de ne pouvoir démentir les propos de Iakov.
« - Tout de même, je ne comprends pas ce qu'espérait Feilong en vous envoyant… » Poursuivit le russe.
Le photographe non plus ne comprenait pas. Ce n'était guère logique.
« - Feilong a sûrement une idée derrière la tête, » continua Iakov à voix haute comme s'il se souciait fort peu de faire part de ses pensées.
« - Peu importe, » soupira Akihito, qui sentait la lassitude prendre le pas sur la colère. Il croisa les bras et s'assit sur le lit, légèrement courbé en avant, les sourcils froncés.
Au bout d'un moment, Iakov parla à nouveau, d'un ton plus impératif :
« - Suivez-moi. »
Akihito releva la tête pour considérer le visage froid du russe, toujours debout devant l'encadrement de la porte. Il se demanda d'où pouvait lui venir cette cicatrice sur sa joue gauche. Peut-être l'avait-il reçu lors d'une violente bagarre. Ou alors… C'était l'une de ses victimes qui lui avait laissé ce souvenir. Cette idée le fit frissonner d'horreur mais le ramena en même temps sur terre : il ne devait pas oublier que Iakov était sans aucun doute un tueur et qu'il devait agir avec prudence avec lui.
Le photographe finit par se lever pour suivre Iakov jusqu'à une autre pièce qui ressemblait à une salle à manger. Le russe tira l'une des chaises de la petite table qui s'y trouvait et Akihito s'y installa sans attendre qu'on le lui demande. Il croisa les jambes et examina les lieux rapidement.
« - On dirait presque une maison normale, » commenta-t-il à voix basse.
Iakov, qui s'était éloigné vers la porte, stoppa et se tourna vers lui pour l'observer, tout d'abord en silence.
« - Pourquoi cette remarque ? » finit-il par demander. « Vous pensez que les membres de la mafia vivent dans une autre dimension ? »
Asami semblait vivre dans une autre dimension mais Akihito n'eut guère envie d'en parler. L'appartement du Yakuza paraissait tellement vide et impersonnel. Ce n'était pas ce satané chat qui y changerait quelque chose. Il y avait juste cette odeur de cigarette, qui lui manquait presque à présent, et rien d'autre. Parfois, il se demandait si Asami recevait d'autres visiteurs que lui. En comparaison, cette villa avait quelque chose de plus chaleureux, même si ça lui déplaisait de le reconnaître. Les murs de cette salle à manger étaient colorés et elle donnait l'impression d'être utilisée souvent. Au milieu de la table, il y avait même une corbeille avec des pommes. Et pourtant, cet endroit appartenait à Mikhaïl. Il y vivait sans doute. Si en voyant l'intérieur, on aurait pu prendre le chef mafieux pour un type normal, les gardes à l'extérieur et leurs armes ne trompaient pas.
« - Je vous rassure, nous mangeons même comme des humains normaux, autour d'une table et avec des couverts, » précisa Iakov, qui se moquait à l'évidence de sa réaction.
« - Pitié… » Rétorqua Akihito. « Pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas parler de votre famille, que vous aimez tant, alors que vous détruisez et tuez celles des autres ? »
Jusqu'à présent, le jeune homme n'avait pas regardé Iakov mais il le fit en n'entendant pas de réponse. Le Russe affichait une étrange expression de tristesse et il parut perdu dans ses pensées durant quelques instants.
« - Ah oui, la famille, » murmura-t-il avant de tourner le dos à Akihito et de se tourner vers la porte pour poser la main sur la poignée. « Nous voulons tous faire au mieux pour notre famille, je suppose… »
Que voulait-il dire par là ? Les paupières d'Akihito se plissèrent légèrement alors que le Russe ouvrait la porte pour sortir. L'expression qu'il avait eue s'était volatilisée, il était à nouveau l'homme de main de Mikhaïl, l'homme froid et dangereux. Avant de sortir, Iakov adressa au photographe un regard ne pouvant lui signifier qu'une seule chose : ne pas quitter cette pièce.
Lorsqu'il fut partit, Akihito poussa un long soupir. Il se pencha en avant, les mains posées sur ses cuisses. Les pommes dans leur corbeille entrèrent dans son champ de vision. Elles étaient rouges. Il aurait pu commencer à avoir faim s'il n'avait pas à cet instant pensé au sang du professeur Bai sur le carrelage. Mikhaïl n'avait-il pas dit qu'ils s'étaient aussi occupés de sa famille ? Cette pensée suffit à lui glacer le sang et il se crispa, tout en continuant de fixer les fruits.
Il devait trouver un moyen de s'enfuir de cette villa.
Avant d'être le prochain dont le sang s'écoulerait sur le sol.
Akihito sursauta sur la chaise lorsque Iakov entra de nouveau dans la pièce, peu de temps après son départ. Il tenait un téléphone portable dernier cri d'une main et contre son oreille. Un sourire avait étiré ses lèvres. Le jeune homme eut le sentiment qu'il préparait un mauvais coup.
« - Oh, vous voulez donc vraiment lui parler ? Je suppose que c'est de votre droit de vous assurer qu'il est bien vivant et que nous n'essayons pas de vous tendre un piège… »
Le cœur d'Akihito fit un bond dans sa poitrine et il se redressa sur sa chaise en ayant peine à cacher son impatience. Quelqu'un voulait lui parler. S'assurer qu'il était bien en vie. Cela ne pouvait être qu'Asami. Il se serait presque jeté sur Iakov pour lui arracher le portable si celui-ci ne lui avait pas proposé de le prendre avant.
Le photographe s'empara du téléphone alors que les palpitations de son cœur s'étaient encore accélérées.
« - Asami, c'est toi ? »
La réponse ne vint pas immédiatement mais atteignit de plein fouet l'enthousiasme d'Akihito.
« - Désolé… Mais ce n'est pas lui.
« - Feilong ? » s'écria Akihito, avec un mélange de colère et de déception. Il releva les yeux sur Iakov et vit son sourire s'agrandir. Quel enfoiré. Il était à peu près certain qu'il l'avait fait exprès.
« - Asami est occupé ailleurs. Ce Iakov m'a appelé pour me dire que tu t'étais encore fourré dans de beaux draps. Félicitation, Akihito. Ceci dit, cela explique pourquoi le garde du corps que je t'avais alloué a été retrouvé mort…
« - C'est de ta faute. C'est toi qui m'a demandé de me mêler de ça, » répliqua le Japonais, énervé par le ton sec de Feilong.
« - Oui, oui… J'en suis absolument désolé, » répondit-il avec un ton qui ne sonnait pas du tout comme sincère. « Dis moi, en as-tu appris plus sur Tomoki ?
« - Je pourrais me faire tuer et, tout ce que tu sais demander, c'est si je sais de nouvelles choses sur lui ? »
Akihito serra ses doigts autour du téléphone comme s'il espérait pouvoir le réduire en morceaux par la simple pression de ceux-ci.
« - Je ne suis pas ton ami, ni ton allié, » soupira Feilong comme s'il perdait son temps. « Je laisse ce genre de choses à Asami et je suis certain qu'il viendra te sauver… Encore une fois. Peut-être que je l'aiderai, si tu es coopératif… Alors réponds à mes questions : es-tu à Macao ? »
Akihito se mordit la lèvre. Il n'avait déjà pas spécialement envie de répondre mais il sentait que Feilong serait fort capable de mettre des bâtons dans les roues d'Asami s'il ne le faisait pas. L'autre raison de son hésitation était la présence de Iakov. Il n'allait certainement pas apprécier la communication d'informations à un ennemi et le photographe se disait que se le mettre à dos n'était définitivement pas une bonne idée.
« - Oui, » se contenta-t-il finalement de souffler, répondant ainsi à la question de Feilong tout en empêchant Iakov de deviner l'objet de ce « oui ».
« - Et Tomoki se trouve dans le même endroit que toi ?
« - Oui, » soupira Akihito à contrecœur. En cet instant, il aurait aimé pouvoir en dire plus et imaginer la tête qu'aurait faite Feilong en apprenant que son protégé était passé, sans doute définitivement, à l'ennemi. Si Iakov n'avait pas été là pour le surveiller…
« - Est-ce qu'il se porte bien ? »
Ca c'était une excellente question à laquelle le jeune homme décida de répondre par l'affirmative. Tomoki avait l'air en très bonne santé… Physique. Psychologiquement, c'était une toute autre chose… Mais il ne voyait pas pourquoi il aurait du confier cela à Feilong. Il fallait bien lui laisser quelques surprises sinon sa vie allait finir par se révéler d'un ennui…
« - Alors Mikhaïl était bien derrière tout ça, comme je le soupçonnais. Il me le payera. Tu as fait du bon travail, Akihito. Ton intervention a pu confirmer mes soupçons. Je n'ai plus besoin de toi, à présent, » annonça Feilong d'une voix un peu trop douce.
« - Quoi ? Qu'est ce que ça veut dire, au juste ? » S'écria le jeune homme.
« - Le jour où j'aurai vraiment besoin de quelqu'un pour enquêter, j'engagerai un vrai professionnel et pas une personne comme toi. Je te souhaite… Bien du courage. Avec Mikhaïl Arbatov. »
Akihito avala difficilement sa salive puis sentit la fureur monter en lui. Il s'apprêta à répliquer par quelques mots bien trouvés mais Feilong avait déjà raccroché.
« - Le salaud, » murmura-t-il tout en serrant un peu plus le téléphone dans sa main prise de tremblements nerveux.
Alors, c'était ça, hein ? Maintenant que Feilong avait les informations dont il avait besoin, il le laissait tomber ? Il n'y avait plus qu'Asami pour le sortir de ce mauvais pas ? Ce n'était pas comme s'il avait nourri l'espoir de voir le Chinois venir héroïquement à son secours mais il avait cru qu'il aurait au moins un semblant de compassion pour son sort et s'en soucierait. A présent, tout reposait sur le Yakuza mais Akihito ne savait plus s'il pouvait lui faire confiance.
Après tout, peut-être qu'Asami était lassé de lui, à force de le voir se mettre dans des situations impossibles et de devoir le sauver ? Peut-être qu'il s'était déjà trouvé un nouveau jouet, un nouvel amant ? Certainement un garçon plus docile et qui ne se mettait jamais dans des situations périlleuses, qui obéissait réellement aux ordres sans jamais râler et qui savait tenir l'alcool.
En imaginant ce rival, Akihito ne parvint plus à contenir sa rage. Le téléphone imita le cri d'agonie d'une bouteille plastique écrasée lorsqu'il le laissa tomber par terre et posa, plusieurs fois, son pied dessus « par accident ».
Apparemment surpris par cette réaction brutale, Iakov se tourna vers le jeune homme pour le regarder avec des yeux presque ronds. La coque du portable couina encore sous la semelle du photographe puis tomba dans un silence funèbre lorsqu'il cessa de s'acharner sur sa victime et retira son pied.
« - Ce téléphone a coûté très cher, » lui reprocha le Russe alors que son agacement était de plus en plus visible. « Comment croyez-vous pouvoir le rembourser ? »
Akihito lui répliqua par une insulte et fila comme une flèche hors de la pièce, tant et si bien que Iakov n'eut pas le temps de réagir pour le rattraper.
La raison d'Akihito s'était temporairement mise en grève à la vue des catastrophes qui s'empilaient heure après heure comme des assiettes sales. Le jeune homme en était arrivé au point de penser que tout acte ridiculement désespéré valait mieux que de rester à ne rien faire en attendant que d'autres daignent choisir s'il vivrait ou mourrait. N'écoutant pas les protestations du Russe, il prit le premier couloir venu dans l'objectif de le semer, puis de trouver un moyen de s'enfuir. Peut-être que Iakov était fort, mais Akihito avait l'habitude de courir pour sauver sa peau – ou pour ne pas finir dans le lit d'Asami – et le battait donc de vitesse. Il ne pouvait tout de même pas cumuler tous les handicaps.
La villa était grande et il y avait bien des endroits où se cacher. Lorsqu'il ne vit plus Iakov en se retournant pour jeter un coup d'œil par dessus son épaule, il ouvrit la première porte venue et s'y adossa une fois en sécurité dans la pièce. Quelques secondes après, il entendit des pas rapides, sans aucun doute ceux de son « garde du corps ». Il continua son chemin sans s'arrêter, au grand soulagement d'Akihito.
Le photographe se laissa glisser le long de la porte fermée pour s'asseoir quelques instants et reprendre son souffle. Il en profita pour observer les lieux où il avait pénétré. C'était un endroit qu'il n'avait encore jamais vu. Une sorte de salon, avec plusieurs portes. En détaillant les meubles, il se fit la réflexion que Mikhaïl Arbatov devait être vraiment riche. Non seulement cette demeure était démesurée mais en plus elle sentait le luxe à plein nez. Etait-il plus fortuné encore qu'Asami ? Ou alors Asami ne dévoilait-il pas l'état de ses finances dans la décoration de son appartement ? Peut-être que Mikhaïl était plus matérialiste qu'Asami ? Ou alors il était réellement plus riche…
Tout à ses réflexions, Akihito se leva en apercevant l'unique fenêtre – qui se trouvait être aussi d'une taille imposante -. Des rideaux rouges retombaient de chaque côté de celle-ci. Il s'en approcha et jeta un coup d'œil au dehors.
Il y avait toujours autant de gardes. Sortir discrètement de la propriété semblait être mission impossible. Dans sa fuite, il était remonté au premier étage et il avait l'impression que sauter du haut de celui-ci n'échapperait à personne.
Reculant de la fenêtre, il sentit le désespoir l'écraser. Il avait le sentiment à présent qu'il n'y avait plus aucune alternative, si ce n'était espérer qu'Asami lui viendrait en aide, comme toujours…
Ce fut à cet instant qu'il entendit des bruits de conversations. Peut-être étaient-ils déjà présent auparavant mais ne s'en était-il pas rendu compte tant il était absorbé par son escapade finalement avortée.
L'une des portes étaient entrouvertes. Akihito savait que sa curiosité se révélait parfois dangereuse mais il ne put s'empêcher de s'approcher de celle-ci. Il n'osait pas encore regarder mais il entendait distinctement :
« - Pourquoi ne veux-tu pas que je m'occupe de Feilong ? Tu crois que je n'en suis pas capable, Mikhaïl ?
« - Il peut se révéler plus utile vivant que mort, tant qu'il poursuit sa rivalité avec Asami Ryûichi. »
C'était Mikhaïl et Tomoki qui parlaient, Akihito en était plus que certain. Et il en eu la confirmation lorsqu'il jeta un coup d'œil par l'entrebâillement de la porte. Il ne voyait pas le Russe mais il avait reconnu sa voix. Tomoki était allongé à plein ventre sur le lit et tenait…
Akihito cessa de regarder et s'adossa contre le mur en soupirant. Voilà, à présent il était victime d'hallucinations. C'était peut-être la faim qui commençait à le prendre ou alors le désespoir.
Qui avait déjà vu un adolescent cinglé et assassin jouer avec une Nintendo DS rose bonbon ?
« En plus, c'est pour les filles cette couleur, » pensa-t-il en ne trouvant aucune logique à ce qu'il venait de voir. « Ce n'est pas qu'il ait l'air particulièrement viril mais quand même… »
Akihito, après un effort mental, reprit son observation et se rendit compte que, non, il ne délirait pas. Tomoki était bien allongé sur le lit, heureusement habillé, et jouait bien avec une console de jeu, tout en tenant une discussion qui consistait à savoir s'il pouvait ou pas tuer Feilong. S'il avait tenu entre ses mains un sabre ou alors une mitraillette, la vision en aurait été moins effrayante.
« - Je n'ai qu'à tuer cet Asami aussi, » finit par rétorquer Tomoki d'une voix candide. « Ca ne te ferait pas plaisir ?
« - Je crains que ce ne soit un trop gros morceau pour toi.
« - Vraiment ? Un plus gros morceau que les autres ? »
Mikhaïl apparut enfin dans son champ de vision et Akihito cessa de regarder durant un instant, par crainte d'être découvert. Le Russe portait une simple chemise et un jean. Il n'avait pas du tout l'air d'un chef mafieux.
« - Les autres n'étaient que des exécutants, des employés, la plupart incapable de se servir d'une arme. Feilong ou Asami sont des adversaires autrement plus redoutables, tu ne crois pas ?
« - Je suppose que oui… » Soupira Tomoki, d'une voix où perçait la déception. « Mais ça t'a fait plaisir que je m'en débarrasse, n'est ce pas ? C'était ce que tu voulais ? Donc, ils n'étaient pas si insignifiants que ça ? »
Akihito, après un instant à se demander « je le fais, je le fais pas », décida de nouveau regarder la chambre. Sa gorge et sa bouche s'étaient entre temps desséchées alors qu'il écoutait Tomoki déblatérer avec insouciance sur ses meurtres. Etait-ce lui qui avait assassiné son propre grand-père ? Et les autres ? Le photographe commençait à le croire. Il n'était pas psychiatre mais il se disait que le garçon souffrait de sérieux troubles de la personnalité… Ou il avait oublié ce qui était bien et mal.
Tomoki s'était assis au bord du lit, à présent il n'avait plus la console entre les mains. De là où il était, Akihito pouvait parfaitement voir son visage encadré par ses cheveux décolorés. Etait-il normal que des tueurs puissent avoir des visages d'ange ?
« - Oui, ils n'étaient pas insignifiants, » répondit Mikhaïl, qui tournait presque le dos à Akihito et se trouvait face à Tomoki.
« - Je suis rassuré, » murmura le garçon tout en glissant ses bras autour des hanches de Mikhaïl pour venir poser sa joue contre son ventre.
Akihito recula une nouvelle fois pour s'adosser au mur. Il était partagé entre un sentiment de joie et de dégoût. Dans le premier cas, parce qu'il se réjouissait d'avance à l'idée de la tête que ferait Feilong s'il apprenait qu'il y avait des choses pas bien catholiques entre son (ex)amant et son ennemi. Dans le second cas, parce qu'il se disait que ce quelque chose de pas catholique n'était… Définitivement pas catholique.
Tomoki était-il amoureux de Mikhaïl ? Mikhaïl était-il amoureux de Tomoki ? Est-ce que l'un jouait avec l'autre et ses sentiments ?
« - Tout ce que je veux, c'est te faire plaisir, » ajouta Tomoki.
« - Vraiment ? Alors je connais un moyen efficace. »
Akihito préféra s'éclipser. Le reste de la conversation, enfin si on pouvait toujours parler de conversation, risquait de ne pas s'avérer très instructive. Espionner les gens ne lui posait pas de problèmes moraux, sauf lorsqu'ils commençaient à s'explorer mutuellement les lèvres et plus si affinités.
Tout de même, ce n'était pas parce qu'Asami était pervers que lui devait à son tour se comporter comme tel.
Prudemment, le photographe fit donc machine arrière et ouvrit la porte par laquelle il était entré dans ce salon. Une fois dans le couloir, il regarda attentivement à droite puis à gauche, dès fois que Iakov s'était caché dans un angle ou déguisé en pot de fleurs pour le surprendre. Ne voyant personne, il poussa un soupir de soulagement et décida de retrouver le chemin de sa chambre.
Ce qui allait s'avérer être une erreur, mais il ne le savait pas encore, le destin ayant bien gardé de le prévenir de ses projets, comme toujours…
A peine eut-il mis un pied dans sa chambre qu'il se sentit violemment empoigné par la gorge, ou plutôt par un bras qui s'était glissé sous celle-ci pour venir l'étouffer en serrant. Akihito poussa un cri et agrippa à deux mains le bras. S'il avait pu, il aurait certainement mordu.
« - Je me disais bien que vous finiriez par revenir ici, après vous être rendu compte qu'il est impossible de fuir, » murmura Iakov à son oreille droite tout en continuant de l'étrangler.
Akihito se débattit alors qu'il étouffait jusqu'à ce que le Russe se décide enfin à le relâcher. Dans son élan pour essayer de s'extraire de l'étau, le jeune homme manqua de basculer en avant mais retrouva son équilibre de justesse. En rage, il se retourna pour faire face à Iakov. Celui-ci se tenait stoïquement à côté de la porte et le regardait de haut, avec un air de dégoût.
« - J'espère que cette balade vous a plu, c'était la dernière…
« - Et pourquoi, puisque apparemment il est impossible de fuir d'ici ? » demanda Akihito avec insolence.
Iakov fronça dangereusement des sourcils, tout en baissant légèrement la tête.
« - Parce que j'ai autre chose à faire que de courir après un morveux. »
Le jeune homme eut un sourire en coin.
« - Sûrement. J'ai cru remarquer que Mikhaïl n'était finalement pas si éloigné d'Asami ou de Feilong. Il a l'air de savoir amuser, peut-être que tu l'aides dans ses passe-temps ? »
Akihito fut à moitié sonné lorsque Iakov lui asséna un coup de poing suite à cette pique. Il tomba par terre sur les fesses et sentit le sang couler de son nez jusqu'à ses lèvres.
« - Je déteste les types dans ton genre, » s'exclama Iakov en saisissant Akihito par son col pour le remettre sur pied. C'était la première fois qu'il le tutoyait. « Vous ne méritez pas de vivre. »
Le photographe avait le goût salé et métallique du sang dans sa bouche. Cela ne l'empêcha pas de parler.
« - Tu penses aussi que ton chef ne mérite pas de vivre ? Pourtant, il a l'air de bien s'amuser avec Tomoki, pour ce que j'en ai vu… Et Tomoki n'est pas une fille, je me trompe ?
« - Ce n'est pas pareil ! Il le fait pour que Tomoki lui obéisse.
« - Alors il n'y a pas d'amour entre eux ? »
Iakov repoussa Akihito et détourna la tête d'un air presque gêné.
« - Comment peux-tu parler d'amour pour quelque chose d'aussi anormal et dégoûtant ? » lui reprocha-t-il. « De toute manière, Mikhaïl n'est pas quelqu'un comme Tomoki ou toi. Il ne le fait que par intérêt, pas parce que ça lui plait. Quand il n'aura plus besoin de Tomoki, alors toute cette histoire cessera. Il ne s'abaissera plus jamais à ça.
« - Oui, bien sûr. Il te suffit d'attendre et tout redeviendra normal, hein ? Et du moment qu'il tient le rôle de l'homme viril, c'est pas comme si ça changeait grand chose qu'il couche avec un mec ou une femme, » railla Akihito en s'asseyant sur le lit et en cherchant quelque chose pour s'essuyer le nez.
Iakov ne répondit pas. Il avait croisé les bras et affichait une expression contrariée.
« - Pourtant, ça n'a pas l'air de te suffire, » ajouta le Japonais. « A faire une tête pareille, on pourrait croire que tu crèves de jalousie, en fait. »
Le regard furieux de Iakov se reposa sur lui et il se retint manifestement de le frapper à nouveau.
« - Mikhaïl Arbatov m'a donné les moyens pour aider ma famille. J'ai beaucoup de respect pour lui et le voir agir de cette manière est insupportable. Qu'il cherche à manipuler ce morveux ne change rien. Si cela s'apprenait, ce serait le pire… Je n'ai pas d'autres souhaits que de voir ce Tomoki se faire tuer ! Faute de ne pouvoir le faire moi-même. »
Les deux hommes gardèrent le silence durant un instant. Akihito avait baissé la tête et un sourire triste étira ses lèvres. Alors, Tomoki était tout simplement manipulé et faisait ce que désirait Mikhaïl parce qu'il se pensait aimé… ? C'était amusant, il avait l'impression que Tomoki n'était pas le seul à connaître cela.
« - Peut-être que moi aussi, je n'obéis que parce qu'on m'offre de l'attention, » murmura-t-il pour lui-même.
