Et voilà la suite, merci à tous les reviewers. Je tiens aussi à remercier ma correctrice qui a été la première personne à lire mes écrits et qui m'a dit que j'avais un don pour l'écriture. C'est grâce à elle que vous lisez cette fic. Je sais que ce chapitre lui rappellera quelques souvenirs et je tiens à lui dire que de l'eau est passé sous les ponts depuis et que je me porte mieux grâce à elle.

Bonne lecture!

« Sache que je »J-J.G.

Ce lundi matin, je monte les marches du poste de la BPD le cœur lourd. Je pense à Maura et la peur qu'elle doit avoir de se savoir visée par Hoyt Jr. Korsak a eu raison de la mettre sous protection, mais j'ai dû batailler pour qu'on ne dise pas à Maura que l'homme qui lui en veut n'est personne d'autre que le psychologue qu'elle m'a fait rencontrer. Le hall est déjà en désordre à cette heure matinale mais je vois immédiatement Maura à travers les portes de l'ascenseur qui descend. Pendant ce dixième de seconde, je n'ai aperçu que ses yeux rouges et son visage tiré. Mon cœur se serre à cette idée. Je ne l'ai pas revu depuis sa déclaration et l'ai laissé dans l'incertitude. Mais que faire? Cette incertitude me ronge déjà, je ne peux rien lui dire car je ne comprends pas mes propres sentiments.

Je trouve Frost endormi devant son écran, le pauvre, il s'est tué à la tâche tout le week-end. Il a été autant surpris que Korsak d'apprendre que je ne m'occuperais pas personnellement de la sécurité de Maura mais après avoir croisé mon regard noir de Rizzoli, ils n'avaient posé aucune questions et j'avais appelé Frankie pour qu'il garde un œil sur mon amie? mon amour? D'ailleurs il attend assis sur mon fauteuil pour un débriefing. Il se tourne vers moi quand je pose mon gobelet de café sur le bureau, je sens son regard s'attarder sur mes cernes. Il se lève et m'attrape le bras, je le regarde surpris quand il nous enferme dans la salle de conférence.

-Qu'est-ce que tu fous, là, Frankie?

-Je veux la vérité et tu ne me l'aurais pas donné devant Korsak et Frost même endormi. Alors, dis moi ce qu'il ne va pas?

-Rien, juste un salaud qui m'échappe et me nargue en espionnant Maura.

-Jane, pas à moi. Tu ne t'es pas précipité chez Maura pour savoir comment elle allait, tu n'as pas pris sa sécurité et tu me l'as confiée alors que tu y tiens plus que ta propre vie. Tout le week-end, j'ai vu Maura faire bonne figure devant moi et je l'entendais pleurer dans sa chambre dès qu'elle pouvait. Tu arrives au poste avec des cernes incroyables alors que tu étais de repos et que tu avais confié à Frost le soin de t'appeler si besoin. Alors Jane Clémentine Rizzoli, s'il te plaît, dis moi ce qu'il ne va pas?

Les paroles de Frankie me surprennent, jamais je n'avais imaginé mon petit frère aussi protecteur et observateur. La BPD possède un atout de poids avec mon frère dans ses rangs. Je m'effondre en larme et immédiatement, Frankie me serre dans ses bras. Le poids de mes sentiments et de la révélation de Maura s'atténue quand je raconte à Frankie la soirée de vendredi soir et mes interrogations. Je me rends compte que j'ai gardé trop de choses pour moi depuis Hoyt en m'apercevant qu'en moins d'un mois, j'ai vidé mon cœur à deux personnes différentes et le bien que cela fait. La colère remonte en pic quand je pense à Peter Epps ou plutôt Hoyt Jr. Je remercie mon frère à la fin de mon explication et me lève avec la ferme intention de résoudre cette enquête le plus rapidement possible pour permettre à Maura de vivre sans cette habitude de rechercher dans tous les recoins de sa maison si personne n'y ai caché, sans cette peur d'ouvrir la porte ni de sortir acheter du pain.

Je passe le reste de la matinée à chercher une piste du repère de Hoyt Jr. Je sais que comme son père, il a un lieu où il peut repenser en paix à tous ses crimes car je suis désormais sûre que ce n'étais pas son coup d'essai le meurtre du médecin. Juste un crime sur mon terrain d'enquête pour pas que je le loupe. J'ai renvoyé Frost dormir quelques heures dans la salle de repos sur le sofa. Il me rejoint après deux heures de repos méritées, je secoue la tête à sa question silencieuse, non nous avons toujours rien. Il est deux heures de l'après-midi quand je descends manger à la cafétéria avec Frankie. Nous déjeunons en silence et je le remercie de ne pas poser de questions sur ce qu'il s'est passé ce matin. Lorsque j'ai fini, je me lève et part.

-Tu devrais lui écrire.

Je me retourne et regarde mon frère toujours en train de manger.

-A qui?

-Maura.

Il me regarde désormais et je hausse les épaules en soupirant.

-Quoi? Dis-je en partant.

Le soir, en arrivant à mon appartement, Jo Friday se jette sur moi. Mécaniquement, je la nourris. Je ne sais plus où poser les yeux, tout me rappelle Maura et la soirée de vendredi. Je décide de prendre une douche, mais celle-ci cesse rapidement car je n'arrive pas à couper mes questions. Énervée, j'attrape un T-Shirt de l'armée dans l'armoire et un jogging noir. Je sens l'odeur de Casey, je ferme les yeux. Grossière erreur, je vois Maura apparaître, elle est ligotée et Hoyt Jr arrive un scalpel au poing. Hors de moi, je commence mon exercice, je frappe sans m'arrêter sur mon punching-ball. Sans prendre le soin de me protéger les poings, j'enchaîne les coups. J'ai trop besoin de me faire mal physiquement pour me soulager de toutes ces questions qui m'entourent: Maura et mes sentiments, écrire. Je descends mes yeux vers mes mains et aperçois les morceaux de peau qui s'arrachent ainsi que mon sang qui les colore. Les paroles de Maura surgissent de ma mémoire. Je décide de m'arrêter de frapper, je panse mes blessures et change mon T-Shirt pour celui de la BPD. Écrire... L'idée de Frankie me revient, je ne veux pas blesser plus Maura alors il est temps pour moi que je lui explique ce que je ressens. Moi, Jane Rizzoli, la personne la plus à l'aise dans les relations humaines, je suis là en train de chercher les mots et le courage de raconter ma vie sentimentale à ma meilleure amie par écrit. Une fois la lettre terminée, je la range dans ma veste. Je lui la donnerais demain. Je m'allonge sur mon lit et ferme les yeux. Mais le sommeil ne vient pas, j'ai beau me tourner et me retourner je ne trouve pas une seule position confortable plus de cinq minutes.

Le reste de la semaine se ponctue chaque jour du même manège de ma part, je sens la lettre dans ma poche et décide de la remettre à Maura, je me lève donc et me dirige vers l'ascenseur. Là, j'appuie sur l'étage de la morgue et respire un grand coup. Tout au long de la descente, mon cœur s'accélère et mon souffle devient saccadé, j'ai l'impression d'étouffer. Lorsqu'enfin les portes s'ouvrent, je fais un pas en avant puis immédiatement après un pas en arrière et appuie frénétiquement sur le bouton de la cafétéria, le courage me fuit une fois de plus. Après un bon pancake sans oreilles de lapin, je remonte et me tue au travail pour trouver Hoyt Jr et libérer Maura de sa peur.

Le week-end arrive à mon grand soulagement et après quelques heures de recherches supplémentaires, j'éteins enfin mon ordinateur et range mes affaires pour rentrer chez moi. Je jette un coup d'œil circulaire à la pièce avant de partir et aperçoit Frankie qui me fait signe de venir le voir.

-Encore là petit frère?

-Et oui, Maura préfère rester au poste le plus longtemps possible, elle s'y sent en sécurité plus que chez elle malgré ma présence. Je crois que c'est de te savoir dans le bâtiment qui la rassure.

-Je sais, tu voulais me parler?

-Oui, tu as réfléchi à ce que je t'ai dit lundi?

-Lui écrire?

-C'est ça.

-Oui, je l'ai même fait, mais je n'arrive pas à lui donner.

-Je vois. Tu sais que tu vous tues à petit feu comme ça.

-Oui mais j'ai peur Frankie.

-Que dis-tu de venir ce soir manger avec nous deux, tu n'as qu'à prétexter que tu viens voir comment je travaille pour une quelconque évaluation?

-Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée.

-Jane...

-Bon ok, je passe dans une heure.

-Bien, je m'arrange pour ramener Maura chez elle.

Voilà, comment je me retrouve devant le 1123 dans la nuit noire et froide de cet automne. Je suis là depuis dix minutes devant la porte levant le poing avant de le rabaisser. Le froid commence à pénétrer ma veste et c'est lui qui me donne le courage de frapper trois coups sur le bois de la porte. Maura apparaît et me regarde surprise. Elle me laisse entrer pour pouvoir fermer la porte et garder la chaleur dans la maison. Je prends le temps de l'observer et mon coeur se serre à la vue de ses yeux rougies par les larmes et les cernes immenses tirant son visage de fatigue, j'ai envie de la prendre dans mes bras pour la consoler mais je ne veux pas la blesser. J'ai remarqué que ses épaules se sont détendues en me voyant.

-Salut.

-Hey.

-Qu'est-ce que tu fais ici?

-Je dois superviser la protection de Frankie.

-Ah oui, il me l'a dit. Il fait une ronde extérieur, il va arriver dans cinq minutes.

Elle me fait signe de m'installer dans le salon et je m'assieds sur le canapé pendant qu'elle lance la préparation du repas. Je ferme les yeux humant les odeurs de la cuisine. Je me détends complètement en essayant de faire abstraction à la discussion qui va avoir lieu. Le bip caractéristique de mon portable me fait sortir de ma pensée. Je regarde le nouveau message de Fankie: « Tu es arrivée? ». Je réponds par l'affirmatif me demandant où il veut en arriver et je reçois rapidement la réponse. « Alors je prends une pose pour me reposer un peu dans la maison

d'ami. Je sais que tu veilles sur elle, bippe moi quand tu t'en vas. » Un sourire se dessine sur mon visage, le premier depuis longtemps. Comprenant le message sous-entendu de Frankie, je me lève et m'installe sur un tabouret du bar et sors l'enveloppe de ma poche, je la regarde en inspirant un grand coup.

-Maur'.

-Oui?

Elle se retourne et me regarde les yeux remplis de peur. Je déglutis et me lance. Je fais glisser la lettre vers Maura.

-Lis s'il te plaît.

Elle ouvre la lettre et vois tout ces mots qui sont sortis comme une libération sur le papier. Son côté rationnel, lui fait reposer les feuilles pour éteindre le four. Après les avoir récupérer, elle se dirige vers le canapé et je la suis en silence. Enfin, elle commence la lecture, je me sens flancher et ferme les yeux en repensant aux mots écrits, les connaissant par cœur.

« Maur',

Je tremble en écrivant ces mots. Je ne sais pas par où commencer. C'est Frankie qui m'a conseillé de t'écrire et je dois dire qu'il avait raison. Ce que je ressens, je ne peux que te l'apprendre par écrit, je n'ai pas le tact de te le dire en face. Oui, moi, Jane Clémentine Rizzoli, la personne la plus à l'aise dans les relations humaines, je suis là en train de chercher les mots et le courage de raconter ma vie sentimentale à ma meilleure amie par écrit. Alors que je n'ai aucun mal pour te raconter l'angoisse que j'ai vécu avec Hoyt, deux mots de ta part me rendent aussi peureuse qu'une petite fille quand son père ne vérifie pas l'absence de monstre sous son lit avant de se coucher.

J'ai peur de te dire que je ressens comme un vide au niveau du cœur au moment où tu me quittes, j'aime le temps passé avec toi et je voudrais qu'il soit plus long, j'aime nos étreintes mais est-ce une raison? Ce que je ressentais pour Casey est totalement différent de ce que je ressens pour toi mais pour autant, je ne pourrais réellement pas vivre sans toi alors que je sais aujourd'hui que je peux vivre sans lui. Y a-t-il différent niveaux ou types d'amour? Je sens mon cœur se serrer à chaque fois que tu évoques un de tes amants ou un des hommes qui te tournent autour. Est-ce de la jalousie? Je ne sais pas, je ne sais plus rien lorsque je lis la peur et la crainte au fond de tes yeux comme ce matin, sauf que je veux tuer la personne qui te met dans cet état, dois-je alors partir, quitter Boston pour que tu retrouves ta joie de vivre et tes monologues Wikidiens?

Je ne sais que peu de choses au moment où j'écris ces mots, je veux attraper Hoyt Jr pour que arrêtes de vivre dans la peur permanente d'être attaquée. Je veux que tu sois heureuse même si cela veut dire que je m'éloigne de toi pour pas devenir un rêve irréalisable pour toi. J'aimerais tellement passer le reste de ma vie en riant avec toi mais nos sentiments sont-ils compatibles?

Pardon Maura.

Jane »

Lorsqu'elle pose enfin la lettre, elle me regarde et j'accroche mon regard dans le sien, ses yeux semblent m'envoyer un message que je ne sais pas décrypter. Elle pose une de ses mains sur mon visage et approche le sien du mien. Je sens désormais son souffle, le long de ma joue et je sais à l'instant ce que je ressens. Je comble une grande partie de la distance qui sépare nos lèvres et m'arrête à quelques millimètres hésitante. Nos regards sont toujours ancrés profondément dans nos yeux et je pose mes deux mains sur ses joues, une larme perle dessus et je l'essuie du pouce avant de finir de poser mes lèvres sur les siennes. Je sens le corps de Maura se détendre, ses lèvres ont un goût légèrement fruité, je me sens bien. Mes yeux se ferment et je sens Maura se décoller de mes lèvres pour poser sa tête sur mon épaule. Elle a compris que je ne suis pas encore prête pour la suite et se contente de ce chaste baiser. Je sens mon corps devenir lourd et tombe dans les bras de Morphée malgré les milliers d'alarmes qui se sont allumées dans ma tête.