12. Sentence ou clémence.
Plusieurs heures passèrent et leur brutale étreinte avait pris fin délicatement, l'une contre l'autre, elles s'étaient endormis quand des bruits de bottes retentissaient à nouveau dans les couloirs. Très vite, le bruit d'une matraque résonna sur les barreaux des cellules et elles se réveillèrent. Très vite et sans commentaire, on les fit sortir et on les mena dans les couloirs étroits.
_ L'aube n'est pas là, ce n'est pas encore l'heure, nous sommes au beau milieu de la nuit… Murmura Lexa avec une anxiété palpable dans la voix.
Clarke se sentit soudain envahit par un sentiment de défaite absolue. Elle n'aimait pas se l'avouer, mais elle n'avait aucune prise sur les choses, aucune chance de changer la donne, elle était prise au piège, simplement capable de suivre les gardes et de laisser le destin faire son œuvre. Elle ne se reconnaissait pas en cette personne qui marchait, résignée, derrière les gardes armés, et pourtant, elle ne s'était jamais sentit aussi elle-même qu'à cet instant, lucide, entière et consciente.
On les conduisit une nouvelle fois à la grande salle du trône. Une fois la porte passé, Lexa vit le Roi et le Prince, toujours assis sur leurs trônes, semblant être en pleine discussion, penchés l'un vers l'autre. Une fois au niveau de la dalle et renchainées aux anneaux de fer, Clarke comprit qu'ils étaient tous deux penchés au-dessus d'un jeu d'échec.
Le bruit des chaines sur le sol de marbre, les sortis de leur concentration. Le jeu était interrompu, la colère du Prince éclata.
_ Que Diable font-elles ici ? Gardes ! Pourquoi les avoir remontées ? L'exécution à lieu à l'aube sur ordre de sa Majesté le Roi Semos ! Etes-vous dont idiots ou bien sourds ?! hurla-t-il aux gardes qui entouraient les prisonnières.
Les soldats, tous aux gardes à vous, ne répondaient pas. Les gardes postés aux portes de la salle, ne bougeaient pas d'un millimètre, ils ne semblaient même pas respirer, ils gardaient le regard fixe et le dos droit quand la grande porte s'ouvrit dans un souffle d'air glacé.
La voix d'un garde résonna entre les murs :
_ Silence pour l'entrée de Sa Majesté la Reine Zionne et des Princes Hemlet et Satori.
Le Prince Hamer s'enfonça dans son siège alors qu'une femme de grande prestance, vêtue d'une somptueuse tunique blanche réhaussée d'une épaisse cape en fourrure d'hermine, entrait dans la salle du trône, suivit d'un jeune homme et d'un jeune garçon, tous deux vêtus comme des princes, en cuir et fourrures blanches.
Lexa et Clarke, enchainées et paralysées, restaient sans voix. Clarke ouvrait de grands yeux admiratifs à la vue de cette femme d'un certain âge, d'une élégance rare, d'une beauté inexplicable et d'une prestance à couper le souffle. Elle avait les prunelles noires, les cheveux gris, quelques tâches de vieillesse sur les joues, un sourire charmant et affable sur les lèvres, mais il disparue en portant les yeux sur le Prince Hamer qui fuyait délibérément son regard.
Lexa réprima un sourire, elle le chassa dès qu'il fut arrivé pour ne pas qu'il la trahisse, mais la venue de la Reine semblait être l'espoir dont parlait le Général Hock. Son cœur se gonfla de joie et de force. Son esprit se réveilla, elle réfléchissait à la meilleure façon d'aborder la Reine.
La Reine pris place aux côtés du Roi, imposant le silence puis le Prince Hemlet s'assit à sa droite, quant au plus jeune, le Prince Satori, il alla prendre place près de son frère Hamer. Le Roi avait baissé la tête et il la secouait nonchalamment de gauche à droite, comme s'il présageait des notes de reproches et des querelles s'annoncer.
Clarke détailla la famille Royale. La reine était une femme magnifique, ses traits étaient encore harmonieux malgré les quelques fines rides qui trahissait son âge, elle imposait le respect rien que par sa présence. Elle respirait la grâce. Il émanait d'elle une force incroyable et un calme parfait.
Le jeune homme, le Prince Hemlet était en tout point semblable au Prince Hamer. Même taille, même âge, même visage, même couleur de cheveux, même carrure, ils étaient identiques. Ils étaient jumeaux. Néanmoins, il y avait une subtile nuance dans leurs regards, une fragile différence dans l'étincelle de leurs pupilles. Hamer avait le regard froid et cruel, Hemlet avait les yeux doux et chaleureux. Il était plus en retrait que son frère Hamer, trop impulsif il était plus posé et calculé, c'était un taiseux, un penseur, alors que son jumeau était un jeune inconscient trop prompt à s'emporter, qui se laissait gouverner par sa colère et son ambition.
Quant au plus jeune des garçons, le Prince Satori, il était à peine plus vieux que sa jeune sœur Agath, absente de son petit siège vide au côté d'Hemlet. Il semblait gentil et timide, le regard fuyant et l'air endormi. Ses cheveux bouclés et ses tâches de rousseur sur ses petites joues rondes, lui conférait un air tendre d'ourson en peluche et ses yeux étaient noirs bien que somnolant à cette heure tardive et rappelait le regard d'Agath. Clarke repensa à la jeune enfant d'à peine 5ans, une enfant étrange, au regard perçant et troublant, au caractère affirmé et aux traits angéliques. Maintenant qu'elle voyait le reste de la fratrie, Clarke pouvait aisément s'imaginer le visage et la beauté de la plus grande des sœurs, la défunte Costia, l'amour perdu de Lexa.
Le silence demeura un instant, jusqu'à l'arrivé à la hâte du Général par la porte du fond, qui se plaça près des prisonnières.
_ Ma Reine. Dit-il avec respect en inclinant la tête.
_ Général. Répondit-elle simplement.
_ Ma chère épouse, puis-je savoir ce que tout cela signifie ? Entreprit de demander le Roi. Pourquoi a-t-on fait remonter les condamnées de leurs cachots ?
_ C'est sur mon ordre qu'on les a remontées. Dit posément la Reine.
_ Et pourquoi cela ? Ce ne sont que des intruses qui seront pendues demain dès l'aube. Affirme-t-il.
_Mon cher roi, vous êtes donc devenu si fou que vous ne voyez pas la chance qui s'offre à nous. Vous nous avez condamné à une vie cloitrée entre ses murs, nous sommes les derniers de l'Ancienne Civilisation, l'Arche n'est plus, le Monde n'est plus tel que les légendes le racontent et vous voudriez tuer notre dernier espoir ?
_ Je ne suis pas fou, ma Reine, mais vous, vous divaguez, je ne laisserais pas cette traitresse en vie !
_ Crois-tu que tu pouvais me cacher un tel événement ? Crois-tu que proclamer une sentence de mort sans jugement, juste sur ton bon vouloir, allait suffire à faire assassiner cette enfant ? Je ne le tolèrerais pas, et tu le sais.
La voix de la Reine avait fait frémir toute l'assistance. Elle porta enfin le regard vers le Commandant et son Ambassadeur.
_ Commandant Lexa, je vous prie d'accepter nos plus humbles excuses pour ce déplorable accueil.
Lexa hocha simplement la tête. Son regard s'était adoucit, tout son être était calme et sa respiration était lente. Clarke comprit qu'il était temps de se détendre. Le Général Hock, toujours à leurs côtés, se pencha vers Lexa pour déverrouiller ses menottes sous le regard noir du Prince Hamer puis il fit de même avec les chaines de Clarke, qui se massa immédiatement l'épaule, tant les chaines lui tiraient sur les bras. Il passa devant elles, leur adressa un petit sourire discret et leur fit signe de rester en place et de ne bouger de la dalle sous aucun prétexte.
_ Mon époux, je ne peux vous laisser assouvir une vengeance imméritée. Qui plus est, ce n'est pas une étrangère, c'est une enfant de la Cité. Nous devons en finir avec les vieilles histoires et les rancunes mal placées, Mon Roi, il est temps de penser à l'avenir… et notre fille, …Costia…
_ Ne prononce pas son nom devant moi ! Hurla le Roi soudain ragaillardit par la colère.
_ Ho si, mon époux, je ne tairais plus ce prénom qui est chère à mon cœur. Costia avait raison, elle avait choisi l'alliance, la Coalition, elle avait choisi ce nouveau Monde où tout est à refaire. Costia avait compris combien il était important de vivre ensemble et de suivre Heda...
_ Et ça l'a tué. Elle l'a suivi et ça l'a tué. S'énerva le Roi en réprimant un sanglot de fureur.
_ Notre fille avait choisi le Commandant et la Coalition. Ce qui l'a tué, ce sont les hommes des Glaces et ton refus entêté de rejoindre l'alliance.
Ces derniers mots résonnèrent dans la salle comme un écho véritable, comme la lame d'une guillotine qui ne cesserait de tomber maintes et maintes fois sur la nuque du condamné, comme une gifle qui sans relâche ferrait rougir sa joue. Le Roi baissait les bras et semblait lasse de se battre, fatigué de s'énerver, fatigué de devoir reconnaitre ses torts, peut-être même fatigué de vivre.
_ Mère, la mort de notre sœur ne pourrait rester impuni. Enragea le Prince Hamer à son tour.
_ Je n'ai pas dit une telle chose, mon fils.
_ Alors pourquoi ne pas commencer par elle ?! Cette femme n'est plus des nôtres depuis ses dix ans, elle est corrompue, elle est le leader des clans barbares sans mémoire ! Elle est le commandant des armées des terres sauvages, elle n'est plus une enfant de la Cité de la Montagne et notre sœur… elle lui a empoisonné l'esprit… elle lui a …
_ Hamer ! l'interrompit la Reine Zionne. Je ne veux plus entendre un seul mot. Crois-tu que je sois dupe ? Crois-tu que j'ignores que tu influences ton père en secret dans ce genre décision ? Il est vieux et fatigué et ce n'est pas à toi de rendre des jugements sous son couvert.
_ Mais Mère, je suis le premier Héritier et elle … elle a tué notre sœur ! Dit-il en foudroyant Lexa du regard.
_ Ce sont les hommes des Glaces, ils ont tenté de nous faire croire que son corps revenait de Polis, décapité… mais les marques de ces barbares assoiffés de sang étaient bien visibles, mon fils, tu étais si jeune, tu ne peux pas te souvenir, tu ne peux pas croire encore à la culpabilité du Commandant Lexa. Tu n'as donc rien retenu de mes leçons toutes ses années ?
_ Mais elle a quitté la Cité pour la rejoindre… C'est sa faute !
_ Costia a été vengé… murmura Lexa depuis le centre de la salle, immobile sur la dalle, sentant son cœur battre à tout rompre en entendant parler de la mort de Costia de la sorte.
_ Que dis-tu ? Demanda le Roi, qui soudain reprenait conscience.
Lexa mis un temps avant de répondre, elle sonda la Reine du regard, celle-ci l'autorisa silencieusement à poursuivre.
_ Les hommes qui accompagnaient Costia vers la Cité ont été tué aussi mais l'un d'entre eux s'est échappé, blessé, il a mis énormément de temps à revenir à Polis… Comme vous, Nia à tenter de me faire croire que vous aviez exécuté votre fille pour avoir fugué et voulu rallier mon gouvernement et ma Capital sans votre accord… Alors… Si vous avez reçu le corps de Costia … j'ai reçu sa tête comme preuve irréfutable de sa mort… Mon guerrier survivant m'a informé de la traitrise des hommes des Glaces. J'ai retrouvé moi-même ces hommes qui avaient intercepté le convoi et je les ai tués, tous, les uns après les autres, de mes propres mains.
_ Comment pourrait-on te croire ?! Hurla Hamer dans ses derniers retranchements.
Il sauta de son siège comme un prédateur, d'un bond vif, les yeux exorbité de colère, il s'élança vers les prisonnières avec une rage meurtrière. Clarke eut un mouvement de recul et le Général Hock se dressa devant elle comme un bouclier. Lexa ne bougea pas d'un iota, calme et consciente de l'attaque à venir. Prête à se défendre malgré les apparences. Le cœur de Clarke bondit et se mit à accélérer de peur et de panique.
Quelques gardes, assez près, commencèrent à courir vers leur Prince pour le stopper mais la Reine, d'un geste discret, les arrêta en pleine course. Le Prince Hamer arrivait presque à la hauteur du Commandant, toujours droite, tenant ses positions, quand sa course fut stoppée net par son frère Hemlet.
Hamer se figea sur place. Hemlet l'avait rattrapé et dépassé en un instant, comme un éclair. Le plus cruel et dangereux des frères semblait soudain foudroyé par la peur. Son apparente supériorité semblait s'effondrer et devant son jumeau, calme et imposant, il n'avait plus aucun élan.
Hemlet était silencieux, seul son regard et sa stature, faisait taire soudainement son frère. Il avança d'un pas et Hamer recula, puis enfin il sortit du silence.
_ Mon cher frère comment peux-tu être si cruel et méfiant ? Vivre dans cette tour d'ivoire ne t'a décidément pas aidé… Dit-il avec un mépris palpable dans le ton de sa voix. Notre sœur et le Commandant Lexa se connaissaient alors que nous n'étions même pas nés, elles ont passées leur enfance ensemble, qui es-tu pour juger que notre sœur n'avait pas toute sa tête en quittant la Cité ? Elle l'aimait. Mais notre Roi, par ce pacte avec le père de Nia et l'ancien Commandant Hawk, avait promis de ne jamais s'allier les uns contre les autres ; il n'avait pas le choix que de refuser cette Coalition mais Nia ... Nia est depuis toujours le seul ennemi, elle l'a fait tuer, elle nous a monter contre Lexa, elle a rejoint la Coalition à notre place alors que notre Père faisait fermer les Portes pour rester enfermé dans sa peine et sa rancœur… Nous étions enfant Hamer, mais tu ne te souviens pas du jour où Costia est partie la rejoindre ? …Tu ne te souviens pas de ce sourire sur son visage ? Rester à la Cité, rester loin de Lexa, aurait tout aussi bien pu tuer notre sœur.
Hamer, en face à face avec son jumeau avait fini par reculer jusqu'à son trône pendant le discours de son frère qui ne l'avait pas quitté des yeux. Quand Hemlet eut finit, il le poussa doucement et Hamer s'effondra dans son siège. Il était entêté, borné, il était rude et cruel, ce Prince Hamer, mais le seul qui lui faisait entendre raison était son jumeau. Depuis la mort de leur sœur, le sujet était inabordable dans les couloirs du palais, et Hamer et son père s'étaient toujours retranchés dans cette obscure haine. Hemlet, lui était un penseur, un érudit, il gardait le silence de l'aube au crépuscule, il ne songeait à prendre la parole que lorsque cela était véritablement nécessaire, il était entrainé, il était sage et fort.
Le Roi et la Reine était silencieux, impassible. Le jeune Prince Satori, avachi dans son fauteuil semblait ravi et soudain plus réveillé. Les gardes avaient repris leurs postes et le Général s'était reculé à quelques mètres de Lexa et Clarke, une fois le danger écarté.
Hemlet reprit son calme, il radoucit sa voix et se retourna vers elles.
_ Commandant. Encore une fois, veuillez excusez mon frère. Il s'emporte vite lorsqu'il n'obtient pas ce qu'il veut.
Hamer tenta de se redresser dans son assise et de garder la tête haute, mais il était tremblant comme une feuille. Lexa perçut même de la terreur dans son regard. Ce pourrait-il que le plus doux des frères soit en fait le plus impitoyable et le plus fort ? Elle était troublée par cet échange mais elle se souvenait de ses deux jeunes princes. Lors de son passage ici pour rallier le Clan des Montagnes à sa Coalition, ils étaient déjà très différents, dans l'attitude et le comportement. L'un était hautain, spontané et agressif, l'autre était calme, réfléchit et indulgeant. Costia adorait ses deux petits frères, mais elle n'avait jamais eu la joie de connaitre Agath et Satori. Lexa se perdit un moment dans ses souvenirs quand le silence se brisa.
_ Il est déplorable que vous ailliez eu à subir un tel traitement. Après un tel voyage et de tels mésaventures, je pense que, vous reposer vous ferra le plus grand bien, n'est-ce pas ? Déclama le Prince Hemlet avec l'approbation de sa mère.
_ Merci mon Prince. Répondit Lexa en s'inclinant.
Clarke l'imita maladroitement en retrouvant un semblant de sourire et un rythme cardiaque normal.
_ Mais avant cela, j'aimerais tout de même connaitre la raison de votre retour ?
_ Vous êtes mon dernier espoir. Répondit Lexa en toute honnêteté.
La Reine et le Prince Hemlet se regardèrent, étonnés.
_ La guerre s'annonce. Reprit sérieusement Lexa. La Reine Nia marche sur Polis armée de tous les hommes et les femmes des vastes Terres de Glace. Si elle s'empare de la Capitale, alors la Coalition ne sera plus qu'un tas de cendre, tous les clans seront décimés, elle prendra la pouvoir… plus de place pour l'entente, plus de place pour bâtir un avenir meilleur. Elle a trahi le pacte encore une fois, mais ce sera la dernière, je peux le jurer… mais j'ai besoin de vos forces armées pour la prendre à revers avant qu'elle n'atteigne la capitale. Les clans sont unis derrière moi, mes armées sont prêtes, les femmes et les enfants sont en train d'évacuer la Capitale… mais si on ne l'arrête pas, il y aura des milliers de morts…
_ Ainsi, celle à qui tu as offert une place dans ton alliance, en dépit de tout bon sens, tente de renverser ton gouvernement ?
_ Je n'avais pas le choix. Cette place, c'est au Roi Semos que je l'ai proposé, il a si bien refusé que je n'ai pas eu le choix. Plusieurs années après, j'ai accepté la Nation des Glaces dans la Coalition car je voulais voir tous les clans réunis, sans exception. Quant à cette cité … je l'avais enfouis au fond de ma mémoire tout comme vous aviez enterré toutes négociations.
_ Et tu voudrais que j'engage mes armées dans une guerre qui ne me regarde en rien ? Intervint le Roi Semos que l'on pensait presque endormi.
_ Je crois qu'elle vous concerne tout autant que moi, Mon Roi. Nia est notre ennemi depuis le premier jour, ce sont ses hommes qui ont tué votre fille, ce sont ses guerriers qui marchent aujourd'hui pour détruire ce que vous m'avez permit d'instaurer en m'envoyant à l'entrainement des NightBloods. Et si Nia remporte cette victoire, si elle gagne ma tour et mon trône, vers qui, croyez-vous, qu'elle se tournera ensuite ? Elle sait que vous vous terré ici depuis l'apocalypse, elle sait que l'on peut survivre ici plus aisément que sur ses terres glacées où ces ancêtres ont été exilés. Elle viendra…
_ Nous la repousserons. Dit fièrement le Roi.
_ Si elle prend Polis alors elle aura le soutien des autres clans qui sont encore voués à ma cause, elle tuera les leaders et rassemblera les soldats… si elle prend le pouvoir, elle aura accès aux armes du treizième clan, et il lui sera facile de dégonder vos colossales portes d'entrées et d'investir la Cité. Ils anéantiront toutes vos résistances, vous serez pris au piège. Vous ne pourrez pas l'arrêter si elle décide de venir jusqu'ici…
_ Mais nous avons aussi des armes de l'ancien temps ! Nous avons des … Se défend le Roi.
_ Des vieilles pièces d'artillerie rouillées… Croyez-moi vous ne ferez pas le poids seul. Elle a l'armée la plus grande de tous les clans, il n'y a qu'ensemble, tous ensembles, que l'on peut y arriver.
Lexa avait dit ces derniers mots en regardant Clarke avec tant d'attachement que la Reine et Hemlet le remarquèrent facilement.
_ Pardonnez-moi ! Commandant, vous avez parlé d'un treizième clan ? Il n'existe pas de treizième clan ! Interrompit la Reine.
_ Non Mère ! Interrompit le jeune Prince Satori avec enthousiasme. Il n'y a que onze clans : Woods Clan, Lake People, Glowing Forest, Plains Ryders, Rock Line, Desert Clan, Broad Leaf, Blue Cliff…
_ C'est bon Satori, tu as bien appris tes leçons, mais nous avons compris. Nous sommes une cité libre, nous étions censés devenir le douzième clan et la Nation des Glace était exclus ! Quel est cet autre clan ? Reprit la Reine.
_ Le treizième… c'est… Le Peuple du Ciel, Ma Reine. Dit Lexa à très haute et intelligible voix après avoir hésité un court instant.
La Reine avait toute son attention, Les Princes jumeaux étaient autant étonnés l'un que l'autre et pour la première fois leurs visages étaient parfaitement identiques quant au jeune Satori, il se redressa et releva une mèche de cheveux bouclée qui lui barrait le visage. Même le Roi se redressa mais il était en train de laisser sa colère l'emporter et il gigotait péniblement sur son trône. Il marmonnait dans sa barbe, il ronchonnait des mots que seule son épouse pouvait entendre. Elle posa sa main sur la sienne et il se calma.
_ Le Peuple du Ciel ? Demanda-t-elle.
_ Tout ceci à commencer quand j'ai accepté une trêve avec le Peuple du Ciel, et que j'ai… fait un compromis avec … un ennemi en commun au Mont Weather… et je regrette. Chuchota-t-elle les derniers mots à l'attention de Clarke. Et maintenant Nia me crois faible, elle veut prendre ma place, renverser la Coalition, elle ne croit pas en…
_ Commandant, je vous ai posé une question. Reprit la Reine. Qui sont ceux que vous appelez le Peuple du Ciel ? le treizième clan ?
_ Eh bien, Ma Reine, ici… vous les appelez les … les Astronautes. Finit-elle par avouer après avoir pris une grande respiration.
Clarke les regardait tour à tour alors que toute la famille royale retenait son souffle.
_ Balivernes ! Ils sont tous morts, nous avons vu leur station tomber il y a quelques temps de ça ! Hurla le Roi avant de se mettre à tousser.
_ Il est vrai que longtemps nous avons cru avoir un allié dans le ciel, une lumière de l'Ancien Monde qui brillait encore, mais elle s'est éteinte, nous sommes seul dorénavant. Dit le Prince Hemlet comme l'on réciterait une prière.
_ Beaucoup ont survécu à la chute des blocks de L'Arche, et 100 d'entre eux étaient arrivés bien plus tôt sur Terre, dans les forêts Trikru. Dit Lexa avec appoint, avant de se tourner franchement vers Clarke. Et je vous présente leur Ambassadeur, WanHeda, Clarke Griffin, venue de l'Arche.
Clarke se sentit tout un coup mal à l'aise, elle qui rêvait depuis le début de mettre fin à toutes ses digressions inutiles, se sentait étrange et aurait voulu se faire toute petite à cet instant précis. Elle avait compris que la diplomatie valait mieux que la pendaison mais après la colère réprimée, la voilà qui perdait ses moyens. Elle pencha la tête pour les saluer, en proie à une timidité soudaine.
_ Sottises ! Grogna le Roi encore retranché dans sa mauvaise foi.
Le sang de Clarke ne fit qu'un tour, son sens de la diplomatie musclée revenait à la charge, son égo en prenait enfin un coup et elle se réveilla de sa torpeur.
_ Je pourrais vous racontez ma vie sur l'Arche, je pourrais vous parler de sa structure, de son mécanisme et son histoire, de son gouvernement, du Conseil, des Chanceliers qui se sont succédés, je pourrais tout vous dire en détails, je pourrais répondre à toutes vos questions pour vous convaincre, mais il faudra m'écouter et me croire vraiment… Mon Roi. Répondit Clarke avec toute l'assurance dont elle pouvait faire preuve.
Le Roi parut réfléchir longuement en caressant sa barbe blanche, il fixait Clarke, il cherchait à la percer à jour et il ne put qu'avouer que tout en elle, paraissait authentique, tout semblait force et vérité dans ces yeux bleus étincelants. Il cherchait le mensonge et la perfidie dans les traits flous de son visage mais il ne voyait rien que de l'honnêteté.
_ Tu dis venir de l'Arche ? Tu dis y être née ? Questionna le Roi Semos.
_ Oui et je pourrais vous le prouver.
_ Et vous n'êtes pas tous mort quand l'Arche s'est éteinte ?
_ Non. Cent d'entre nous, de jeunes délinquants furent envoyé pour attester de l'état de toxicité de l'air. De là-haut, nous pensions la Terre inhabitée. Quant au peuple de l'Arche, ils étaient condamnés là-haut, les générateurs d'oxygène allaient les lâcher alors ils ont tenté de venir sur Terre.
_ Des cobayes ? Ils ont envoyé des jeunes pour vérifier ? Demanda la Reine horrifiée.
_ Des jeunes condamnés à la dérive, oui.
_ Qu'est-ce que la dérive ?
Clarke déglutit difficilement, c'était bien l'un des détails du fonctionnement de l'Arche qu'elle aurait préféré ne pas aborder mais elle répondit avec une boule dans la gorge et le regard compatissant de Lexa sur elle qui l'aida énormément.
_ Eh bien, c'est notre sentence de mort à nous. Les citoyens enfreignant les lois les plus grandes … sont condamnés, s'ils sont mineurs, ils attendent leurs jugement, couru d'avance, jusqu'à leurs majorités, s'ils sont adultes… ils sont … éjectés dans l'espace…
_ Je n'ose imaginer les sages de la station spatiale faire une telle chose ! Interpella la Reine.
_ Le Chancelier et son comité, dont ma propre mère faisait partie, ont pris des décisions difficiles, que j'ai moi-même eut du mal à accepter mais … croyez-moi, c'était ainsi.
_ Et ils ont envoyés 100 jeunes condamnés sur Terre ?
_ C'était, finalement, la seule chose à faire. Déclara Clarke.
_ Votre propre mère ?
_ Oui, madame.
La Reine s'attendrit devant la jeune femme qui semblait forte et tenace malgré les stigmates du voyage qu'elle portait sur les traits de son visage. Le Roi semblait changer de ton, il semblait hésitant, comme quelqu'un qui n'arriverait pas à croire en la bonne nouvelle qu'on lui annonce. Mais l'instant d'après, c'était comme s'il y croyait enfin.
_ Je ne peux y croire ! s'émerveilla le Roi, soudain heureux comme un enfant devant une pluie d'étoiles filantes.
Il se leva difficilement de son trône et Hamer se précipita pour lui venir en aide en lui proposant l'appui de son bras. Il voulait approcher Clarke de plus près, alors le Général Hock, toujours posté dans les parages, accompagna Clarke au-devant du Roi.
Satori bondit de son siège pour suivre son père, trop heureux lui aussi, de rencontrer une Astronaute en chair et en os.
Hemlet et sa Mère se regardèrent, un sourire en coin aux lèvres, le regard satisfait et soulagé.
Lexa regarda le Roi Semos prendre les mains de Clarke et la saluer. Il lui posa mille questions en une et l'entraina vers la grande porte de sortie de la salle du trône. Lexa les regarda partir et un soupir de soulagement interminable s'échappa d'elle.
Tout son être s'apaisa, elle pouvait de nouveau respirer, sans craindre que ce soit pour la dernière fois. Son plan, qui n'en été pas vraiment un, avait marché, du moins, il semblait enfin avoir fonctionné. La fascination du Roi pour les Astronautes et leur Station survivante flottant dans la nuit, était ce sur quoi comptait Lexa, c'était ce pour quoi elle n'avait pas refusé la compagnie de Clarke pour ce voyage, au mépris du danger, au mépris de leurs vies.
Elle laissa son regard se vider, un instant, elle ferma les yeux alors qu'elle n'entendait plus que des voix et des pas qui s'éloignaient dans les couloirs. Elle avait envie de tomber un genou à terre et d'embrasser le sol où elle avait vu le jour. Elle avait envie d'accueillir à bras ouvert tous ses vieux souvenirs, aussi cruel furent-ils, tous ces souvenirs qu'elle avait occultés pour pouvoir affronter l'entrainement des NightBloods puis le Conclave puis le Pouvoir. Elle était la réincarnation des Anciens Commandants Heda, elle était descendante de PrimeHeda et enfant de la Cité Libre. Elle sentait sa mémoire se mêler, elle sentait le puzzle de sa vie se remettre doucement en place, elle se sentait enfin entièrement et pleinement elle-même, au du moins, elle commençait à se sentir plus épanouie. Elle se sentait libéré d'un terrible fardeau, elle avait accompli sa mission.
Elle ouvrit les yeux en sentant une main sur son épaule. Elle était à genou sur le sol glacial, les yeux plein de larmes, la Reine au-dessus d'elle, lui tendant une main accueillante et un sourire tendre. Elle se releva et lui présenta ses hommages.
Elle se remit de ses émotions sous le regard bienveillant de la Reine. Elle contrôla les légers tremblements qui secouaient son corps tant la pression se relâchait dans ses veines.
Elle rencontra ensuite le Prince Hemlet, charmant et délicat, et ensemble, ils partirent dans les couloirs du Palais à la poursuite de Clarke et du Roi qui étaient accompagnés des Princes Hamer et Satori.
