(…)
Un TARDIS, semblable à celui qui trônait toujours sur le lit que le Docteur au nœud-papillon de Clara réparait, se dématérialisa de la Terre au même moment. Il se trouvait pourtant à environ une cinquantaine de kilomètres de là, quelque part dans la banlieue de Brentwood, et ses occupants n'avaient encore jamais entendu parler d'une certaine Clara Oswald et ils n'avaient pas pris le temps de prendre une tasse de thé avant de faire se dématérialiser leur cabine de police au milieu du salon de ce pauvre garçon qu'ils venaient d'abandonner à son sort.
Rose Tyler jeta un dernier coup d'œil aux caméras extérieures du TARDIS et vit la mère d'Adam rentrer. Le brouillard épais du vortex temporel remplaça le salon britannique et la jeune femme se tourna vers le Docteur qui exécutait des sortes d'acrobaties de l'autre côté de la console.
« On n'aurait pu être plus sympas, finit-elle par dire.
- Pourquoi ? Il a eu ce qu'il méritait ! Rétorqua le Seigneur du Temps. Et puis ne me dites pas que vous n'avez pas trouvé ça drôle, vous aussi, Rose Tyler !
- Si… C'est bien le problème. Mais c'était son premier voyage, et on ne l'a pas vraiment guidé.
- Il a failli nous faire tuer. Pour votre premier voyage, vous avez seulement failli vous faire tuer vous-même. Et en plus, ce n'était même pas votre faute. Enfin, vous aviez quand même décidé de rester à l'écart et ça n'a pas été la meilleure des idées que vous ayez eue…
- Non. Mais Adam n'avait fait qu'une erreur. Et il avait tellement envie de bien faire…
- Il a été égoïste et il s'est comporté comme le font presque tous les humains quand je les emmène voir des trucs merveilleux à l'autre bout de l'univers : il n'a pensé qu'à lui et à ce qui pouvait lui servir sur Terre, à son époque. Le TARDIS n'est pas là pour ça, Rose ! »
Elle n'avait rien à redire à cela. Et elle devait avouer qu'à eux deux, le Docteur et Rose Tyler, ils formaient une bien meilleure équipe qu'avec un compagnon supplémentaire. Ils formaient un duo. Et Rose commençait à même le trouver inséparable et indissociable. Et elle aimait cette idée. La jeune Londonienne de dix-neuf ans se rapprocha du Docteur et lui demanda où ils s'en allaient à présent qu'ils n'étaient plus que deux comme avant.
« A vrai dire, je n'y ai pas encore réfléchi… Je voulais partir au milieu de ce salon immédiatement pour rendre la situation plus dramatique encore et punir un peu Adam Mitchell pour son incroyable imprudence et incompétence. Mais maintenant que vous me le faites repenser, je n'ai même pas pris la peine de nous choisir une destination décente…
- Alors, où est-ce que l'on va se crasher cette fois ? Demanda Rose dans un soupir excédé.
- Je n'en ai aucune idée ! Mais c'est pour ça que je voyage. »
Rose ne put s'empêcher de sourire en retour au rictus joyeux qui bariolait le visage du Seigneur du Temps. Peu de temps après, la pièce entière se mit à trembler comme à son habitude. Rose s'agrippa à une poutre en bois avant que le Docteur n'ait eu le temps de se cramponner lui-même à la console et de lui crier qu'ils allaient encore une fois être secoués.
Une fois les secousses terminées, il se releva et observa en quelques coups d'œil où son cher TARDIS les avait emmenés. Il n'en crut pas ses yeux et se demanda quelques microsecondes s'il ne perdait pas la vue au fil des régénérations parce que là, ça paraissait trop gros pour être vrai ! Quoi ? Elle voulait peut-être aussi le punir pour son manque de compassion envers Adam Mitchell, sa vieille boite bleue qui lui avait fait subir tant de caprices depuis qu'il l'avait dérobé…
« Alors, où est-on, Docteur ? Demanda Rose Tyler en époussetant sa combinaison futuriste qui faisait oublier à tout le monde et même au Docteur qu'elle venait de la Terre du XXIème siècle et qu'elle était nouvelle dans ce monde de voyages spatio-temporels.
- Je ne crois pas le savoir vraiment.
- Vous ne croyez pas le TARDIS ? S'étonna la jeune femme.
- Elle aurait suivi un signal de détresse, commença le Docteur avant de secouer la tête, mais c'est impossible !
- Pourquoi ? Elle ne peut pas suivre de signaux de détresse ?
- Si ! Parfaitement. Mais c'est un signal Dalek !
- Encore un ? Mais je croyais que c'était le dernier de son espèce !
- Oui. Moi aussi… Mais quelqu'un a peut-être simplement trouvé une balise Dalek ? Mais où et pourquoi s'en servir ?
- C'est peut être un piège, demanda Rose.
- Je ne crois pas. Je ne sais pas. Mais ce serait peut-être plus sûr si tu restais dans le TARDIS.
- Certainement pas ! On forme une équipe, et vous ne prenez que les meilleurs comme l'avez dit à Adam ! Alors je viens, d'accord ?
- Très bien… Mais allez mettre quelque chose de plus chaud. Et ramenez-moi une écharpe aussi. Il y en a plein dans ma garde-robe. La planète où le TARDIS nous a matérialisés est en pleine période de glaciation.
- Tout pour réellement faire penser à un piège, n'est-ce pas ?
- Exactement ! »
Un nouveau sourire éclaira son visage quelques instants et Rose le lui rendit avant de s'enfoncer dans les couloirs sous la salle de contrôle et d'aller se diriger jusqu'à l'immense garde-robe du Seigneur du Temps dont elle connaissait à présent le chemin par cœur.
À l'intérieur de celle-ci, elle grimpa quelques marches pour arriver dans la section « hiver » et se dénicha un pull en laine rose fuchsia et un pantalon serré mais fait d'une matière qui régulait d'une façon, qu'elle ne comprenait évidemment pas, la température de son corps. Elle sortit encore de son cintre un manteau de fourrure bleu clair et une écharpe en laine blanche, ou peut-être écrue, qu'elle enroula autour de son cou une fois habillée plus chaudement.
En redescendant, elle remarqua un vieux chapeau et une écharpe multicolore qu'elle s'empressa de dérouler de son portant et un fou-rire la prit quand elle se rendit compte de la taille réelle du bout de laine. Rose enleva le chapeau du portant et sortit l'écharpe et l'enroula à nouveau avant de la jeter dans ses bras et de courir vers la salle de contrôle avec sa trouvaille…
(…)
« La nébuleuse solaire ! Je n'y avais jamais pensé, mais ce sont les humains qui ont donné le nom de « Soleil » à l'étoile autour de laquelle leur planète gravite. Certains l'appelaient Ré, Ra, Helios, et ils étaient souvent des dieux plus que des astres, et je ne sais pas vraiment d'où il vient ce nom « soleil »… « Sun », « Sonne », « soleil », « sol »,… Tellement de noms différents avec cette même racine. Le système solaire : le berceau de l'humanité. Et cette nébuleuse qui n'a jamais eu de noms avant aujourd'hui qui va donner naissance à ce futur système solaire de la voie lactée. Un seul soleil, comme tant d'autres systèmes stellaires de cette galaxie après tout. Et pourtant, tant de milliards d'années qui l'attendent, à ce jeune bébé étoile… »
La porte du TARDIS ouverte, Clara s'était assise à l'entrée de la cabine. Derrière elle, le Docteur parlait de la naissance du soleil. Comme il l'avait déjà fait durant pratiquement tout leur voyage… Après que Clara l'ait arrêté alors qu'il lui expliquait minutieusement la trente-quatrième amélioration qu'avait connu sa télévision.
Comment elle avait tenu jusqu'à la trente-quatrième ? Clara Oswald se le demandait encore.
La jeune femme se décida de nouveau à faire taire le Docteur et cette fois-ci, elle finit son geste entamé trois fois auparavant et repoussa l'autre battant de porte à côté d'elle puis s'en servit pour se relever. Elle fixa ensuite le Seigneur du Temps de ses yeux marron et le Docteur finit par se rendre compte qu'il en disait trop et l'empêchait de profiter du spectacle comme elle le méritait. Sans dire un seul mot, il alla repousser la porte refermée du TARDIS et alla s'assoir pour profiter de la vue.
Clara soupira de soulagement et profita du silence tout en se rasseyant à son tour. Elle adorait l'espace. Et la vue de ces poussières qui allaient donner naissance à son soleil, c'était inouï. Inoubliable, aussi…
« C'est vraiment magique, Docteur, dit Clara.
- Vous voulez savoir ce qui serait vraiment magique, demanda-t-il, une vue accélérée de la formation de cette étoile naissante. »
Clara hocha la tête : oui, c'était bien pour ça qu'ils étaient là.
La voyant faire, le Docteur sourit de toutes ses dents et se releva d'un bond et fondit sur la console de contrôle de son vaisseau comme s'il craignait qu'elle change d'avis. Comme si elle allait changer d'avis ! Pensa Clara, amusée par cet empressement qui le caractérisait tant.
Derrière la console, le Seigneur du Temps ne regardait plus la naissance du soleil qu'il devait accélérer. Il avait même oublié qu'il devait faire s'accélérer le temps autour d'eux. Il n'y pensait plus… Il ne voyait que cet étrange repère sur son écran de contrôle. Impossible !
Son TARDIS jouait soit avec le feu, soit c'était peut-être bel et bien la piste que lui et Clara avaient tant espéré. La porte vers le retour de Gallifrey ! Ou peut-être était-ce seulement l'origine des perturbations d'origine gallifréenne qui les avaient touchés, Clara, le TARDIS et lui à peine deux mois plus tôt. Dans tous les cas, il trouverait forcément des réponses auxquelles il ne croyait plus s'il suivait l'origine de ce signal de détresse. Tant pis pour la naissance du soleil. La renaissance de Gallifrey passerait pour lui toujours en premier !
