Hourra pour le chapitre-express !
Je vous avais dis que j'avais déjà rédigé depuis quelques temps, et qu'il arriverait assez rapidement, alors le voilà !
C'est un chapitre du point de vue de Harry, assez calme, mais ça préconise un peu ce qu'il va se passer plus tard. J'avais à la base prévu de faire un plus long chapitre, avec une partie Harry, et une autre Draco, mais finalement je me suis dis que ça ferait un peu trop long, et que ce serait mieux pour vous si ça se faisait séparément, donc en deux parties.
En espérant que vous apprécierez ce présent chapitre !
Chapitre 8.
La bonne nouvelle de la journée, je dois dire qu'elle est d'ailleurs rassurante, c'est que je me suis réconcilié avec Ron. Je ne sais toujours pas comment on a toujours été capables de se réconcilier après chaque dispute qu'on a eu, mais je ne tiens pas vraiment à trouver la réponse. Ça me va très bien, qu'on s'adresse à nouveau la parole comme d'habitude !
Il est venu me voir sur la table dans un coin de la salle commune sur laquelle j'étais installé, en train de me creuser la tête à trouver des catastrophes de vie, et des tragédies sur ma destiné pour le devoir de Divination. Il s'est assis sur la chaise en face de moi, et je m'apprêtais à l'envoyer balader, lorsqu'il s'est platement excusé, comme ça, directement. Il ne m'a même pas laissé en placer une, et c'est peut-être tant mieux, parce que sinon je ne lui aurais même pas laissé le temps de s'expliquer, je serais tout de suite parti. Ron m'a dit que j'avais raison, qu'il n'avait rien à faire dans mes décisions, et qu'il n'aurait pas dû s'énerver autant que ça, juste parce que je ne prévoyais pas de passer toutes mes vacances avec Ginny. A ce moment-là, j'ai tiqué un peu, mais je l'ai laissé continuer. Il m'a dit de faire ce que je voulais avec elle, c'était à nous deux de gérer, lui il n'avait pas sa place dans notre relation. J'ai hoché la tête, hésitant – et je le suis toujours un peu –, avant de lui dire que je ne comptais pas retourner avec Ginny. Si la dispute à été aussi violente, c'était parce qu'à mon avis, on se forçait trop à y croire, on essayait trop, même en sachant que ça ne marcherait pas. J'aurais dû arrêter avec elle depuis bien longtemps déjà.
Ron m'a simplement regardé avec un sourire triste, avant de me dire : « Ouais, j'imagine que t'as raison. Ça me rend triste pour elle. Enfin, pour toi aussi, bien sûr. Mais si c'est ce que tu veux… Je ne vais plus essayer de te convaincre. C'est du passé ! ». Et ensuite il m'a donné une petite tape sur le bras, avant de se relever, et de me demander si ça me plairait d'aller voir l'entraînement de Quidditch des Serdaigle. « A ce qu'il parait, ils ont trouvé quelqu'un de pire que moi… Et je ne veux pas louper ça ! », il s'est mis à rire un peu, et j'ai pouffé de rire, en secouant la tête. Depuis quand Ron jouait dans l'autodérision ? J'ai accepté, et ensuite on est allé sur le terrain. Et en effet, je n'ai pas arrêté, ainsi que Ron, de rire, de porter mes mains à ma tête, ou de m'écrier lorsqu'un souaffle réussissait à passer même lorsque le gardien occupait quasiment tout l'espace du but.
Il est donc bien évident que j'ai accepté les excuses de Ron. Comment pourrait-il en être autrement ? Il m'avait manqué, pendant ces dernières semaines. Mais je me restreins tout de même un peu, encore aujourd'hui. Parce que certaines choses qu'il me dit… sonnent comme s'il m'en voulait encore, ou comme s'il faisait encore sentir un peu coupable, pour me convaincre de re-sortir avec Gin'. Mais tout ça est perdu à travers les autres moments où on discute tous les deux, où on retrouve notre complicité, où on échange des blagues, où on parle de tout et n'importe quoi, et où on rit ensemble, comme avant. Et c'est ça qui m'avait le plus manqué. Le sentiment d'être là pour quelque chose.
Je me sens beaucoup mieux ! Je peux maintenant recommencer à passer la journée avec Ron, et Hermione aussi, à qui je n'ai pas beaucoup parlé non plus, puisqu'elle restait avec Ron. Il me semble qu'ils se sont disputé plusieurs fois à cause de tout ça, je ne voulais pas non plus qu'elle se fasse rejeter juste parce qu'elle se serait mise à venir me voir plus que nécessaire.
En repassant un peu de temps avec eux, notamment jusque tard le soir dans la salle commune, je ressent un sentiment de nostalgie douce, et de joie retrouvée, ça me réchauffe le cœur et me redonne le sourire.
Les vacances approchant – seulement deux semaines, j'ai hâte, je dois faire tellement de choses à Godric's Hollow ! –, j'ai proposé à Ron et Hermione de se prendre une journée pour aller à Pré-au-Lard, pour prendre un verre, et aussi – non, surtout – pour renouveler mon stock plus qu'entamé de marchandise. J'ai déjà presque entièrement mangé toutes mes friandises achetées il y a deux semaines chez Honeydukes, je dois retourner chez Scribenpenne pour me racheter des rouleaux de parchemins, et une nouvelle plume qui cette fois, ne sera pas ensorcelée par Hermione – j'y veillerai bien –, ainsi que de l'encre. Et puis le reste des vacances, je m'avancerai dans les travaux, et les réparations de la maison de mes parents. Je sais qu'il y a la maison de Sirius, et que je pourrais y aller aussi… Mais je n'ai pas envie, vraiment, je pense que je passerais mon temps à le voir disparaître, à revoir sa mort en boucle, et ça ne ferait rien pour m'arranger.
Et puis je veux voir vraiment l'endroit où mes parents vivaient, où je vivais.
Ça me fait penser qu'à beaucoup d'occasions, les années précédentes, la seule chose que je voulais faire pendant les vacances, c'était voir mes amis le plus possible. Sans doute parce que pendant beaucoup de temps, les Dursley m'empêchaient de les voir. Et maintenant on ne se voit qu'en de rares occasions, hors des cours. J'imagine qu'on a tous grandi, et qu'on a changés de priorités…
Je suis allongé éveillé dans mon lit, à regarder le plafond à travers l'obscurité, et à repenser à tout ça. Lorsque mon réveil sonne, je suis tout de même assez content, parce que je vais pouvoir aller déjeuner avec les autres, et ça me fera du bien, près tant de jours où j'ai du aller me servir directement dans les cuisines, ou y aller lorsque j'étais sûr que Ron n'y était pas. Hier soir, je ne suis resté que très peu de temps dans la Grande Salle, et il n'y avait pas beaucoup de monde, à part de plus jeunes élèves de Gryffondor, auxquels je ne parle pas des masses, pour ne pas dire pas du tout.
Je m'étire longuement, en baillant bruyamment, à m'en décrocher la mâchoire. Une fois que je fais craquer mon dos, j'enlève les couvertures qui se trouvent sur moi, et je me lève, sans prendre la peine de refaire le lit. Me trimbalant en t-shirt et en caleçon un tantinet trop petit – tiens, il faut donc que j'ajoute ça à ma liste de fournitures à acheter –, je me dirige vers ma fenêtre de chambre, et ouvre les rideaux. Je regarde dehors, et malgré ma vue brouillée, je vois qu'il pleut. Je soupire avec une petite moue sur les lèvres, et hausse les épaules. Tout ne peut pas être parfait, non plus. Et puis il n'a pas l'air de faire si froid dehors, alors on peut toujours sortir même si c'est un peu humide…
Je me dirige ensuite vers ma petite salle de bain, et me déshabille en frissonnant parce que Merlin !, qu'il fait froid ici ! J'entre dans la cabine de douche, et me rend compte que ma bouteille de shampooing est vide à l'extrême. Croyez-moi, j'ai essayé de la secouer dans tous les sens, et pas une seule petite goutte de produit m'est tombée dans la main, pas une. Je fronce les sourcils, et sors de la douche, fouille dans un placard, puis un autre, et ne trouve rien d'autre que des serviettes, un savon affreux que m'a offert une fille au début d'année et que jamais, jamais je n'utiliserai, et une brosse à cheveux, ainsi que du dentifrice. Génial. Je vais devoir chercher quelqu'un qui en a, et demander d'emprunter. Je déteste faire ça. En poussant un grognement de frustration, je me rhabille à la va-vite, repassant mon t-shirt en enfilant un pantalon quelconque, avant de sortir de ma chambre. Je ne vois personne dans la salle. Est-ce que quelqu'un est levé ? Mon réveil a dérapé et il n'est en fait que 3h ? Ou est-ce que je suis en retard, au contraire ?
Je vais à la porte de Ron, et tente d'écouter, pour voir s'il y a quelqu'un. Je n'entends, ce qui est prévisible. Je frappe à la porte, mais aucune réponse. Je soupire. Je pose mes mains sur mes hanches, en regardant autour de moi, puis me dirige à contrecœur vers la porte d'Hermione. Je donne des petits coups sur sa porte, mais il n'y a pas de réponse non plus. Non, sérieusement, est-ce qu'il est vraiment 3h ? Je suis vraiment désespéré, là. Juste au moment où je me dis qu'elle doit être avec Ron, et que ça ne sert à rien d'attendre, j'entends des petits bruits de pas étouffés, et un bruit de serrure. Je me retourne vers la porte, puisque j'avais commencé à partir, et je vois Hermione, en peignoir violet, ses cheveux épais et désordonnés. Je me sens coupable, en pensant que je l'ai réveillé, mais, comme si elle avait lu dans mes pensées – ce dont je suis sûr qu'elle est capable, un peu comme Snape –, elle me dit « Non, je ne dormais pas. Je travaillais, en fait, et je devais absolument finir d'écrire un paragraphe. Quelque chose ne va pas ? »
Je la regarde, et je me sens un peu bête. Je marmonne quelque chose, qu'elle me demande répéter. Je lui demande alors si ça la dérangerait que j'emprunte son shampooing, pas longtemps, et que j'en utiliserai pas trop de toute façon, si ça l'inquiète, parce que j'en ai plus du tout, et que ça le fait pas trop, du coup. La brune me regarde, avant de sourire, et de me demander si je suis sérieux. Alors bien sûr que oui, je dis, je suis sérieux ! Ron ne semble pas être dans sa chambre, alors elle est la seule personne à qui je puisse demander sans trop avoir honte. Hermione éclate de rire, avant de rentrer dans sa chambre complètement, me laissant en plan à l'entrée. Elle revient une dizaine de secondes plus tard, avec une bouteille de shampooing à la main, et me dis : « Ne me remercie pas, je ne compte quand même pas te laisser sortir avec des cheveux sales. » Elle me lance un sourire moqueur à souhait, et je hausse les sourcils, la remerciant tout de même, et tournant les talons pour retourner dans ma chambre.
Une fois de retour dans la salle de bain, je regarde le shampooing. La bouteille est rouge et violette, mais la plupart des bouteilles de shampooing pour femmes ont cette couleur, alors ça ne me choque pas. Je lis quand même ce qu'il y a écris, et je fronce les sourcils. Soin et séduction. Qu'est-ce que c'est que ça ? Je retourne le flacon, et lis les inscriptions derrière. 'Vrai concentré de minéraux et de vitamines spéciales, ce shampooing spécialement conçu pour cheveux difficiles à coiffer vous donnera une chevelure de rêve, souple et douce. Notre ingrédient secret, délicatement ajouté à la préparation, vous garantira un effet immédiat : vous ne passerez pas inaperçue, montrez votre côté séductrice ! Alliez ces deux doses de bonheur, et sentez-vous belle.' Inscrit en tout petit caractères, que je dois relire plusieurs fois, est écrit : 'Près de 9 hommes sur 10 trouvent l'odeur de nos produits très attirante, et déclarent se sentir tout de suite plus excités en la sentant.'
J'éloigne la bouteille de mon visage, et la regarde avec un mélange de confusion et d'horreur. Pourquoi Hermione possède un tel truc ? Je ne vais quand même pas utiliser ça ! Il faut que j'aille le lui rendre, et lui demander si elle n'a pas autre chose… Alors que je m'apprête à sortir de ma chambre, je me fige. Si je retourne l'embêter alors qu'elle travaille, elle sera énervée. Je trouve déjà bizarre qu'elle ne m'ait pas dit que je n'avais qu'à prendre mes précautions, alors ça veut bien dire que la prochaine fois, elle ne sera pas aussi conciliante… C'est bien ma veine. Qu'est-ce que je fais, maintenant ? Je regarde à nouveau la bouteille. « Un produit créé par la société La Galerie rouge… » , je dis tout haut. « Ah, c'est Français, en plus. »
Je retourne dans ma salle de bain, hésite quelques minutes, puis me déshabille encore, rentre dans la cabine, et commence à faire couler l'eau. J'ouvre la bouteille, et sens l'odeur s'en dégageant avec précaution. J'écarquille presque les yeux, parce que woah, ça sent super bon ! Je sens une nouvelle fois, et je me retiens de soupirer. Non, ça sent plus que bon, ce truc… Séduction, hein ? Je ne me souviens pas avoir senti cette odeur sur Hermione, mais c'est sans doute parce que mon objectif dans la vie n'est pas vraiment de sentir les cheveux des autres. Surtout si c'est pour être excité par la suite. Non, non.
Je me mets un peu de shampooing dans la main, et il a une jolie couleur rose nacrée, alors je hausse les épaules, et me résigne à l'utiliser. Ça ne doit pas être si terrible.
Après avoir fini, je cherche une serviette, et me sèche les cheveux dans tous les sens. Je retourne dans ma chambre, fouille dans mon armoire, et en tire un pantalon gris foncé, une chemise bordeaux que je viens juste de remarquer, mais qui me parait plutôt jolie, et puis un boxer rouge. Il faut vraiment que je me rachète des vêtements. Au secours, je vais devenir un acheteur compulsif !
Après avoir enfilé tout ça, je passe une robe bleue nuit. En me regardant dans le miroir, je rajuste mon col, et ma cravate noire – ce qui est bien, lorsqu'on n'est plus caractérisé comme appartenant à une Maison, c'est qu'on peut s'habiller un peu comme on veut. Enfin, pas vraiment, mais on peut avoir des robes moins strictes, sans écusson, et des cravates de couleur différentes aussi. J'irais pas en mettre une à pois verts, avec une robe jaune, cependant… Je regarde mes cheveux. Ils ont l'air un peu plus brillants, non ? Je passe ma main dessus. Ou un peu plus doux, oui… Ou alors j'essaie juste de me convaincre que ce shampooing n'est pas qu'horrible. Il sent vraiment, vraiment bon, pourtant…
Je ne prends pas la peine de me coiffer, je sais qu'à la fin de la journée ça sera pire.
Je prends mes lunettes dans une main, la lanière de mon sac quasiment vide – oui, j'adore travailler, pourtant – dans l'autre, et je sors de ma chambre, avant de descendre l'escalier vers la Salle Commune. J'y croise Hermione, et je me rends compte que j'ai oublié le shampooing dans ma chambre. Arrivée à ma hauteur, elle me dit que ce n'est pas grave, que je n'aurais qu'à lui rendre plus tard, ou le garder, puisque les vacances sont bientôt, et que j'en profiterai pour acheter un stock de shampooing. Elle me sourit gentiment, en me traitant de tête en l'air, et je n'ose pas lui demander pourquoi elle possède un produit pareil. Après tout, ce ne sont pas mes affaires, et puis elle est une femme, bien sûr qu'elle aime séduire, et ça se comprend. Mais elle est avec Ron, alors est-ce que c'est pour… Oh, vous savez quoi ? Je m'en fiche, en fin de compte.
Hermione me regarde alors avec une brusque insistance. Je la regarde aussi, et hausse les sourcils, imaginant soudain des tas de scénarios possibles, comme par exemple le fait que j'ai un énorme bouton en plein entre les deux sourcils, ou pire encore. Je lui demande ce qu'elle a, et elle sourit en me disant : « C'est juste que je viens de remarquer que tu n'avais pas encore mis tes lunettes. Et ça fait tellement longtemps que je n'ai pas vu ça ! Je ne sais pas encore si je trouve ça perturbant, ou si je trouve que ça te va très bien. »
Je la regarde, avant de dire : « Heum… Tu n'as qu'à t'en tenir à la deuxième option, ravi de voir que mon charme opère même sans mes précieuses lunettes ! Mais, désolé pour toi… », je remets mes lunettes sur mon nez, « … J'en ai besoin, alors j'espère que tu as bien profité de cette brève occasion ! On va petit-déjeuner ? Ron est déjà parti ? »
Hermione hoche la tête. « Oui, il est déjà descendu. Je suis d'ailleurs un peu en retard, j'ai quelques petites choses importantes à dire au professeur de Runes, alors je dois me dépêcher ! »
Nous sortons donc de la salle commune, pour nous mettre en route vers la Grande Salle, en parlant – roulement de tambours – de potions. Et comme à chaque fois qu'Hermione insiste pour qu'on parle de cette matière, elle finit par me réprimander, et à réprimander Ron par la même occasion, pour ne pas avoir réussi à créer la potion. Je ne sais même pas pourquoi elle parle de ça, ce n'est plus trop d'actualité… Je veux dire, on a eu d'autres cours depuis, mais c'était seulement de la théorie, ces fois-ci. Mais tout de même, il serait temps de passer à autre chose, quand même. Ce n'était pas tellement catastrophique…
« Oh, pitié, ne me parle pas de ça s'il te plaît, c'était il y a longtemps ! », je dis d'un air exaspéré.
Hermione n'achète pas ça, et renchérit en disant que c'est fou, et que ça l'étonne toujours à quel point on n'est, Ron et moi, pas capables d'apprendre nos cours, et de lire des instructions au tableau. Je roule des yeux, et soupire bruyamment.
« Eh bien, on s'est simplement trompé de tactique. Malfoy s'est bien moqué de moi à la fin du cours, d'ailleurs, en me narguant parce que lui il avait réussi, et pas moi. Désolé si vous êtes les plus forts en ce domaine, contrairement à Ron et moi. Ce petit égoïste m'a aussi dit quelque chose sur des limaces qu'il fallait associer à certains types de chaudron… Limaces à cornes recourbées, je crois, qui ne sont pas compatibles avec le chaudron que j'ai utilisé. Idioties du genre.»
Je me passe la main dans les cheveux, et je repense au shampooing. C'est alors que je remarque que pendant que je marche dans les couloirs, plusieurs gars me lancent des regards curieux, ou suspicieux, tandis que d'autres ne prêtent pas attention à moi. Certains chuchotent entre eux, et je me demande alors si ce qu'il y avait écris sur la bouteille est vraiment… vrai. J'espère que non, je ne veux pas que les gens croient que j'utilise ce shampooing pour… Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Toujours est-il que je garde à présent mon regard rivé devant moi, et que j'arrête de regarder les gens appuyés contre les murs et qui me jettent des coups d'œil indécis. Hermione reprend la parole, me faisant tourner la tête vers elle, distraitement.
« Je ne comprend pas, et me demande souvent pourquoi tout le monde oublie de féliciter Malfoy, dans cette histoire. Je veux dire, tu as vu la manière dont le prof l'ignore, ou bien l'envoie balader, ou est à la limite de l'insulter ? Il le considère comme un moins que rien. », elle crache. Je sens qu'elle est agacée. « Alors qu'il sait beaucoup de choses, regarde, rien que le fait qu'il t'ait aidé à la fin du cours de potion, pour te monter ce que tu avais manqué pour réussir. Il a une bonne culture. »
Je regarde la fille d'un air indécis. « Culture ou pas, je pense pas que son intention première était de m'aider. Non, tu veux vraiment savoir pourquoi tout le monde envoie balader Malfoy, et pourquoi tout le monde l'ignore ? La vérité, c'est que personne n'aime ce type. Et ça m'étonne pas ! Avant il était insupportable, et maintenant il est devenu super glauque, il lance des regards vides, et il ne parle quasiment jamais… Parfois il reste fixer des gens pendant des minutes entières, avant de partir brusquement. Ça contribue à sa mauvaise réputation ! Et je ne peux pas passer outre le fait qu'il se soit rangé dans les rangs de Voldemort. C'est un traître. Et puis, les gens agissent avec lui comme il s'est toujours comporté avec eux, depuis le début de sa scolarité ici. Il le mérite, au fond.» Je lâche ces derniers mots avec un mépris et un dégoût sans fin. Hermione reste silencieuse, comme si elle prenait en compte ces détails, et elle se tend un peu. Ensuite, elle essaie de dire quelque chose, mais se retient. Je la regarde en agrandissant mes yeux, réalisant soudain quelque chose. « Quoi, tu vas pas me dire que tu commences à l'apprécier, quand même ? C'est les vapeurs de chaudron qui te retournent le cerveau ? Il t'a donné une potion en douce pendant un cours, et ça te fait dérailler ?» Je soupire. « Vraiment, Hermione… Tu es trop gentille. »
Hermione me répond du tac-au-tac. « Non, je ne suis pas trop gentille, Harry, tu es l'un des premiers à le savoir. C'est juste que je sais pardonner quand il le faut. Et ne me regarde pas comme ça, tu sais très bien au fond que certaines circonstances le poussaient à faire ce qu'il a fait. Ne commence pas à t'exclamer, s'il te plait ! Il n'est plus aussi… odieux qu'avant, plus du tout même. Bon, d'accord, il a toujours un sale caractère, et je suppose que son honneur passe toujours avant tout, alors ça entraine plusieurs choses. Mais je trouve qu'il a changé. Aussi étonnant que ça puisse te paraître. Ce que tu me disais, sur son changement d'attitude, tu ne penses pas que c'est assez pour prouver qu'il n'est plus le même qu'avant ?»
Je reste la regarder quelques secondes, les lèvres serrées, sans savoir quoi penser du fait qu'elle défende une des personnes qui avait passé sa scolarité à la harceler à cause de son sang. Puis, je regarde à nouveau devant moi, et essaie de voir sous quel angle il est possible d'envisager de quelle manière Malfoy puisse avoir changé. Bien sûr, maintenant il arrête de fanfaronner, parce qu'il n'a plus ses anciens amis. Du coup il s'écrase un peu, il n'a plus de gros-bras pour le protéger si jamais il se moque ou insulte quelqu'un. Je suis même sûr que je pourrais, sans y mettre toute ma force, l'envoyer au tapis avant qu'il ait eu le temps de dire quoi que ce soit.
On arrive à la Grande Salle, et je m'affale à côté de Ron, qui me salue joyeusement. Je souris, lui rends son salut, et précipite mes mains vers les plats de tartes, et de céréales. Alors que je croque goulument dans une part de tarte aux myrtilles, je vois Ginny se diriger vers la table. Je mange un peu plus doucement, et je la regarde d'une manière que je pense être discrète, du coin de l'œil. La rousse a des cernes sous les yeux, mais est toujours impeccablement coiffée, et dire qu'elle n'est pas jolie serait un affreux mensonge. Elle m'aperçoit, semble hésiter un peu, puis elle s'assoit, avant de me saluer avec un petit sourire. Je la regarde avec un mélange de suspicion et de gêne, et ne parvient pas à lui rendre son sourire. Ce que je lui fais doit plutôt ressembler à une grimace, puisqu'elle prend un air triste et se tourne vers quelqu'un de sa classe pour discuter. Je ne veux juste pas donner de faux-espoirs, c'est tout, je ne veux pas la laisser croire que je pourrais retourner avec elle, comme avant, à chaque fois qu'on se disputait.
Je ne veux pas non plus redonner toute ma confiance à Ron. Je n'oublie pas ce qu'il a fait, mais je veux agir comme si. Ça accélérera peut-être le pardon, et ça permettra sans doute que tout redevienne plus facilement comme avant.
Mes pensées dérivent, et je ne sais pas pourquoi, mais je pense au devoir de DCFM qu'on doit rendre ce matin. Etonnamment, je l'ai fais, et je me suis même très intéressé au sujet. Je l'ai donc fini rapidement, sans avoir besoin d'aucune aide, et sans me plaindre une seule fois de l'injustice de la vie et du monde et de la société. Ce qui est une première. Tu m'étonnes que j'y pense, alors ! C'est champagne dans ma tête !
Je mange toujours lentement, les yeux dans le vague, ne voyant pas vraiment les gens autour de moi. Je reviens à moi en sentant Ron me donner une tape amicale sur l'épaule, geste qu'il semble faire souvent ces temps-ci. Je tourne mon regard vers lui, il sourit, et dit aux autres que oui, lui et moi on s'est finalement réconciliés, qu'on a reconnu chacun notre part de responsabilité dans ces broutilles, et que maintenant tout est OK. Je reste le fixer, le visage vide d'émotions. Je ne considère pas que cette dispute ait été une broutille, et encore plus : je ne pense pas avoir eu ne serait-ce qu'une part de responsabilité dans ce conflit. C'est lui qui a déclenché ça, en commençant à m'agresser. Mais je laisse couler, son explication semble leur faire plaisir, à lui et aux autres. Et quant à moi, j'imagine que je n'aurais pas dû répondre à ses provocations. Je suis content de redevenir ami avec Ron, et de pouvoir passer du temps avec les autres sans me sentir rejeté. Même si je sais que ça veut dire que personne ne me soutiens, à part peut-être Hermione, et Luna qui se fiche un peu de tout ça, qui reste neutre. Je baisse les yeux, et continue de manger. Après m'être servi un jus de citrouille, je lève les yeux, et remarque que Luna est justement en train de me regarder.
« Tu vas bien ? », elle me demande, un sourire aux lèvres, et les yeux étrangement pétillants.
Je hausse les épaules. « Oui, ça va, pourquoi ? »
« Je ne sais pas. », elle répond. « Tu as l'air de quelqu'un dont l'esprit regarde au loin, et qui ne veut pas retourner en arrière pour voir les choses qu'il connait déjà. Tu as vu une salamandre de glace, récemment ? », elle demande avec un air à-demi curieux.
« Une… » Je commence, plissant le front. « Non, je n'en ai pas vu, Luna. Et je vais bien, mon esprit est là, dans le présent, confortablement installé sous des couches de cerveau. Tout est bien, tu vois, même Ron s'est excusé. » Je dis cette phrase un peu plus doucement. Et je rehausse les épaules.
« Qu'est-ce que tu fais ce soir ? », la blonde me demande d'un coup. Mon dieu, comment peut-elle changer aussi radicalement de sujet ? « Je connais un passage secret menant à un petit hameau un peu plus loin que Pré-au-Lard. Ne me regarde pas comme ça, je t'expliquerai plus tard. Et ne t'inquiète pas, j'ai fais le trajet assez de fois pour savoir à quel moment il est préférable d'y aller, et comment ne pas se faire prendre. Tu n'es pas le seul à aimer explorer, surtout quand on peut découvrir de nouvelles plantes et de nouveaux parasites. »
Je hoche la tête lentement. « Okay… Et tu as prévu ça quand, exactement ? Parce que si tu veux y aller tôt, sache que mes cours finissent seulement vers 17 heures, et… »
Elle m'interrompt, mais je n'en suis pas vexé. « Rejoins-moi à la tour de Serdaigle vers 19h30. Assure-toi de te montrer pour le dîner dans la Grande Salle, mais ne mange pas. On va ensuite aller directement au passage, et on va pouvoir aller à l'auberge du village. Tu comprendras pourquoi il est préférable de ne pas manger avant. » Ses yeux prennent un air rêveur. « Emmène qui tu veux. »
Je la regarde avec étonnement. Quoi ? Qui voudrait nous accompagner, Luna et moi ? Surtout quand on sait que lorsqu'on nous met ensemble elle et moi, c'est souvent catastrophique… J'opine du chef, montrant que j'accepte son invitation, et lui offre même un grand sourire. Je me demande quand mêle quelle ville peut-être plus loin de Pré-au-Lard, alors que ce-dernier est très grand. Et pourquoi ce passage secret n'apparait pas sur la Carte du Maraudeur ? En tournant ma tête vers la droite, je remarque que le regard d'Hermione va de Luna à moi, plusieurs fois, suspicieusement. Elle me regarde d'un air réprobateur, mais je lui offre le sourire le plus craquant que je puisse faire, et elle rit doucement, d'un air bon-enfant.
(…)
Après avoir relâché plus d'eau que douze chameaux peuvent en absorber, je sors de la cabine des toilettes, soupire, et me dirige vers les lavabos se situant sur les miroirs. Une idée de bain chaud et moussant me vient en tête. Je pourrais bien utiliser la salle de bain des Préfets, là, tout de suite… Malheureusement, ce n'est plus possible. Une nouvelle injustice faite à notre « maison ». Mais une fois de plus, ça a sa logique, puisque nous sommes juste une classe de rattrapage, à proprement parler. Mais j'aurais aimé avoir la possibilité de rester attrapeur et capitaine. Rien que pour avoir le plaisir de jouer au Quidditch, je veux dire, vraiment, et pas seulement en temps que passe-temps avec deux ou trois personnes. Mais, vraiment, oui, dans un match, pour gagner, pour rapporter des points à la maison Gryffondor, comme avant.
De quoi je parlais, déjà ? Ah, oui, le lavabo. Ils ressemblent tous à ceux qu'on voit dans les toilettes de Mimi Geignarde. Seul détail près : aucun d'entre eux ici n'a de serpent gravé pour indiquer un passage secret 'quelconque'. Je tourne les poignées joliment taillées du robinet, avant d'entendre la porte de la pièce s'ouvrir. Je prends un peu de savon, et ne regarde pas de qui il s'agit. Je m'en fiche carrément, en fait. Je ne vais pas regarder tous les gens qui ont besoin de se vider la vessie, ça serait un peu inquiétant et un tantinet malsain.
« Hey, Harry Potter ! », lance une voix d'un ton faussement joyeux, je le sens.
Je continue de me laver les mains, et regarde dans le reflet de qui il s'agit. Je souris en voyant Sergueï, l'élève de Serpentard qui m'avait aidé pour la dissertation de potion, se tenir derrière moi, à quelques mètres. « Salut, Sergueï. »
Le blond me souris un peu trop gentiment pour que ça ne soit pas forcé. « Comment vas-tu ? », il demande, « Ça s'est arrangé avec ton ami ? »
« Heu, oui, ça s'est arrangé. Pour l'instant. Et toi, ça va ? Tu as l'air… blasé ? », je dis, en le regardant lorsqu'il n'affiche finalement pas son sourire.
Le garçon s'approche vers l'un des autres lavabos, tandis que j'arrête l'eau du mien, me rendant compte que je l'ai laissé couler plus que nécessaire. Puis, il se regarde dans le miroir, et me regarde à travers le reflet, et je me sens un peu gêné en voyant ses yeux un peu froids me parcourir. « Oui, ça va, merci. Je suis un peu sur les nerfs, en fait, je me suis… renversé de l'encre un peu partout sur les mains et les bras, je n'ai aucune idée du pourquoi, ni du comment. Mais… C'est une bonne occasion pour tester un nouveau savon que j'ai acheté le week-end dernier ! » Il recommence à sourire, d'une manière enfantine. « Bon, d'accord, c'est surtout qu'à la base je le trouvais beau, et qu'il sentait bon. Mais la vendeuse m'a garanti que ça enlevait toutes sortes de tâches. Vraiment toutes. Je ne sais pas pourquoi elle a insisté sur ça, j'imagine que ça doit être un argument marketing. Je dois avouer que je suis un peu sceptique, mais qui ne tente rien n'a rien ! »
Il sort de son sac noir un petit boitier bleu et or. En ouvrant le boitier, j'aperçois un petit savon assez foncé, presque noir. Sergueï remonte ses manches, allume l'eau, et passe le savon en-dessous, l'humidifiant légèrement, avant de commencer à frotter les tâches d'encre noire sus sa peau. En effet, je ne peux pas m'empêcher de sourire en voyant qu'il a des tâches sur ses doigts, ses paumes, son poignet gauche, et même quelques tâches sur ses avant-bras. Peut-être que sa flasque d'encre a explosé. Ou peut-être qu'il fait comme les enfants, qu'il se gribouille partout sans s'en rendre compte. Cette pensée me fait sourire davantage.
« Mais, tu sais qu'il y a un sort pour enlever ça, hein ? », je lui dis, en le regardant dans le miroir, alors qu'il continue de frotter, l'air concentré.
Il me regarde à nouveau, dans les yeux, et me dis, avec un sourire mi-figue mi-raisin : « Oui, je m'en doute, c'est sûr. Et toi, tu sais qu'il existe une multitude de sorts qui enlèvent les germes que tu peux avoir sur les mains, n'est-ce pas ? Et pourtant, tu te laves les mains avec de l'eau et du savon. »
Je cherche quelque chose à répondre, mais ce qu'il dit n'est pas faux. Ça a son sens. Je hausse les épaules. Le blond lève le menton, avec un petit clin d'œil, puis repose le savon, et se rince les mains, avant de s'exclamer. « Ahah ! Regarde ! Tu as vu, ça a presque disparu ! … Mais cette chose m'a coûté un peu cher. »
Je regarde ses mains, et je pense soudainement à quelque chose. Puis je commence à rire, et l'air de soudaine et totale incompréhension de Sergueï me fait rire encore plus. Il se met à sourire aussi, en attendant que je me calme, regardant mon visage. Une fois ma petite explosion terminée, je lui offre un grand sourire.
« Mon pauvre », je commence, « tu t'es fais pigeonné, je crois bien ! Tu as acheté ça où ? »
« Heu… Au village de Pré-au-Lard ? », il me répond, l'air de ne pas comprendre pourquoi je lui pose une telle question.
« Les Moldus font exactement le même genre de savon, et… Bien plus efficaces, dans beaucoup de cas. », je dis, avant de voir le visage de Sergueï s'assombrir un peu. « Allez, dis-moi combien il t'a coûté ? »
Sergueï regarde le savon avec des yeux vides. « Douze euros… Environ.»
« Toutes mes condoléances », je dis d'un air solennel, avant de pouffer de rire.
Le blond commence à pester, et à marmonner des choses dans une langue que je ne connais pas, probablement sa langue natale. Je m'étais dis, aussi, qu'il avait un petit accent, mais je ne peux pas le placer. Vu son nom, j'imagine qu'il doit être originaire d'un pays de l'Est.
Après avoir finis de rager dans son coin, il me dit : « Tu penses que ce que j'ai acheté, ce n'est qu'un banal savon de Moldu, de mauvaise qualité en plus de ça ? » Il soupire, se répondant tout seul. « C'est pour ça, alors, que cette vendeuse insistait toujours, en me donnant plus et plus d'arguments, et qu'elle me faisait les yeux doux. Si j'avais su… ! »
Je regarde son visage s'assombrir encore plus, les lèvres pincées et un côté tirant vers le bas. « Eh bien je vais retourner la voir bientôt, cette voleuse, et elle va m'entendre ! Si ce n'est qu'un recel de savon Moldu, je pourrais aller me plaindre à la direction, leur dire que l'employée de leur société trempe dans des mauvaises affaires, qu'elle vend des produits de mauvaise qualité, et qui ne correspondent pas du tout à la description qu'elle en fait ! » Il prend un air encore plus énervé, et pointe son index vers moi. « Je suis quelqu'un avec une réputation, en Russie, et si seulement cette femme connaissait mes parents, et savait qui j'étais, jamais elle n'aurait osé se moquer de moi ! »
Je hausse les sourcils, mes yeux observant l'index pointé vers moi, puis le visage de l'autre garçon. Cette manière de parler et de s'exprimer me rappelle définitivement quelqu'un d'autre, et je n'aime pas vraiment ça. Mais après tout, ça ne doit pas être si étonnant, venant de deux Serpentards.
« Tu as décidé de jouer à imiter cette fouine de Malfoy ? », je demande en testant les eaux. Je dis 'testant les eaux', parce que je dois rappeler que je ne sais toujours pas si les deux étaient amis, ou quel genre de relation ils entretiennent. Alors il vaut mieux que je reste un peu prudent, je ne vais pas aller insulter Malfoy devant lui, mais je ne vais pas faire son éloge non plus.
Sergueï défronce ses sourcils, et me regarde avec un air mi-ahuri, mi… navré ? Il abaisse son index, et reste me regarder en silence, reprenant un visage ne trahissant aucune expression. Il reprend le savon, et le laisse à côté d'un lavabo. Ça peut toujours servir, j'imagine. Il secoue la tête, et j'imagine qu'il ne veut pas continuer sur le sujet, et qu'il ne tient pas à parler de Malfoy. Vraisemblablement, ils ne doivent pas beaucoup s'apprécier, tous les deux. Il n'y a qu'à prendre en compte la réaction de Malfoy l'autre jour, quand il a changé de sujet quand je lui parlais de Sergueï. Ça leur fait un point commun de plus, et je trouve ça dommage, puisque je pense que Sergueï est bien plus sympathique que Malfoy.
Le blond me regarde encore, avec une mine un peu déconcertée, comme s'il ne voulait pas vraiment dire ce qu'il s'apprête à dire. « Désolé si ça te parait étrange, ce que je vais te dire. En fait, je voulais te le demander depuis tout à l'heure. Mais, si c'est une fausse idée que je me suis faite, ne te vexe pas. Est-ce que… » Il s'arrête brusquement. « Non, oublie ça, ça ne me regarde absolument pas, et je ne vois même pas en quoi c'est dérangeant – non pas que ça le soit, hein. »
Je fronce un peu les sourcils, ne comprenant rien à son charabia. « Je ne vais pas mal le prendre. Allez, demande, peut-être que c'est drôle ? », je souris.
Sergueï soupire, et hausse les épaules. « Est-ce que tu es gay ? »
Mon sourire retombe d'un coup, et je rougis. « Quoi ? », je demande, choqué. « Non, je ne le suis pas, comment tu peux… Enfin, qu'est-ce qui te fais penser ça ? »
« Ah, je t'ai vexé, je le savais. Je suis désolé, c'est juste que… Une de mes anciennes connaissances portait la même odeur que toi, je ne sais pas, un produit de beauté quelconque sans doute, et elle m'a dit c'était pour attirer les hommes. C'est peut-être une sorte de concoction dérivée d'un philtre d'amour classique, mais… Enfin, bref, vu que ça sent plutôt fort, et qu'on peut pas trop rater une odeur pareille, je me suis dis que tu devais… Tu vois. »
Je savais qu'utiliser ce shampooing était une très mauvaise idée. Oh, par Merlin, est-ce que tous les autres gens qui me regardaient lorsque j'allais en cours ou dans la Grande Salle se sont aussi demandé si j'étais homosexuel ?! C'est en Enfer, comment je vais faire, pour me regarder dans un miroir, maintenant ? Et comment ça se fait que l'odeur reste autant ? Fichus produits Français, j'aurais du m'arrêter en voyant de quel pays ça venait. Non, rectification, j'aurais dû m'arrêter en voyant le gros « SEDUCTION » sur la bouteille, comme si elle hurlait ça.
« Mais heu, rassure-toi, hein, je ne dis pas que ça ne sent pas bon, au contraire. », Sergueï ajoute, pensant sans doute que j'ai tiqué sur le fait qu'il ait dit que ça sentait plutôt fort.
Je secoue la tête, en lui expliquant que ce n'est pas mon shampooing, mais celui d'une amie, et qu'elle me l'a prêté parce que j'étais en galère ce matin, c'est tout, rien de plus. Et que je ne pensais pas que ça marchait vraiment, ce truc, que c'était juste de la fausse pub, un peu comme le savon que lui, avait acheté à Pré-au-Lard. Sergueï m'adresse un sourire un peu amer à ces mots. Je souris aussi, en disant que je compte redonner le shampooing à Hermione le soir même, et demander à quelqu'un d'autre, un homme de préférence, pour éviter les confusions de ce genre à l'avenir. Même si, c'est vrai, le produit sent bon. Je ne sais pas s'il me croit, mais il opine du chef, avant de s'excuser une nouvelle fois, s'il m'a embarrassé. Je lui dis que ce n'est rien, et qu'il ne m'a pas vraiment embarrassé, mais plutôt étonné. Je n'ai rien contre les homosexuels, c'est juste que c'est la première fois qu'on me pose une telle question, et ça m'a plutôt retourné, voire un peu choqué. Non, très choqué, plutôt. Mais, c'est cool. C'est OK, je veux dire, y'a pas de soucis.
Sergueï reprend son sac noir – qui a dû lui couter une fortune, sans doute, puisque c'est une bonne marque –, et le passe autour de lui, en bandoulière, avant de mettre ses mains dans les poches, en me souriant brièvement. « Bon, eh bien c'était cool de te reparler. Je suis ravi d'entendre que ça va mieux avec ton ami, et que tout va bien pour toi. A plus tard ! » Il marche vers la sortie, se retourne brièvement, et m'adresse un clin d'œil avant de sortir.
Je secoue la tête, avec un demi-sourire sur les lèvres. Quel drôle de garçon. Il paraît à la fois un tantinet trop sûr de lui, mais il semble être très intéressant. Et contrairement à beaucoup d'autres membres de Serpentard, assez… 'bienveillant' ? Ouais, c'est ça. Définitivement un drôle de mélange pour quelqu'un de la maison vert et argent.
Je repense à ce que Luna m'a dit tout à l'heure. Emmène qui tu veux. Est-ce que je devrais proposer à Sergueï de venir ? Il accepterait peut-être, mais… Est-ce qu'il ne trouverait pas ça bizarre ? Je veux dire, il me demande d'abord si je suis gay, avec un air gêné, alors j'imagine qu'il doit peut-être être un peu réticent à ça, même s'il dit que c'est pas grave… Et lorsque je lui ai dis que je ne l'étais pas du tout, il a sourit d'un air soulagé, ce qui me confirme que ça l'aurait un peu gêné que je le sois. Mais, si je l'invite juste le même jour, comme ça, sans aucune raison, il risque de croire que… je le donne un rencard, non ? Et donc qu'il y a un risque qu'en fait j'ai menti et que je sois gay, ou pire : que je sois intéressé par lui ? Il le prendrait très mal, et je pense qu'il arrêterait de me parler, non ? Argh, il faut que j'arrête de me poser des questions, comme ça.
Je soupire, et hausse les épaules. C'est le shampooing qui me monte à la tête, tout ça. Je touche à nouveau mes cheveux, avant de sortir des toilettes.
