Salut salut ! Je suis content de vous retrouver pour un nouveau chapitre ! Alors, pour commencer, je vais parler vite fait du wiki. En quelque jours, il a doublé de taille. Et pour cause ! Pour ceux qui ne l'ont pas encore remarqué : je suis en train de mettre en place un éphéméride, qui affiche sur la page d'accueil tous les évènements du jour. Rien d'inédit. Je l'ai piqué sur le Wiki HP, qui l'a piqué sur la version anglophone, qui l'a piqué sur un autre wiki (d'un jeu, je me souviens plus du nom)… hum bref. Voilà. Et du coup, aujourd'hui, comme vous pouvez l'y voir, c'est l'anniversaire de Léonie. Pauvre Léonie. Snif.
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Alors, je vois que Noël inspire toujours autant ! Je suis content d'avoir autant de reviews pour un chapitre même pas important ! Du coup :
Coucou Ywëna ! Le pire, c'est que ce que Mathis dit (enfin essaie, au moins), c'est que c'est un rétroacronyme, qui n'était même pas censé exister. Et c'est ça qui est cool : ça laisse le champ libre !
Imagination visuelle ? ah ouais carrément ! J'ai en tout temps une représentation 3D de BeauX dans la tête. En plus de tout ce que j'ai déjà vu. La combinaison Imagination visuelle / mémoire visuelle, c'est génial, si je révise suffisamment je peux relire mes cours dans ma tête en plein contrôle. Après pour le background… ça vient plus de mon besoin exacerbé de tout vouloir contrôler. Tant que je ne sais pas le groupe sanguin et le nom du premier ami imaginaire d'un personnage, il n'existe pas. Et pareil pour les lieux, les histoires, etc… En vrai, c'est ultra casse-couille, je m'insupporte tout seul.
(Le film ? quel film ? Baaaaah ! Ouais, un dæmon avec du steampunk, c'est génial !)
Dire que l'idée des photos puis du wiki, ça venait de l'idée d'un hypothétique film Entre les Mondes ! Oui, je partage tout à fait ton point de vue. Surtout pour le tome 5 de Renouveau, les chapitres on dirait vraiment des actes de théâtre classique (règles des Trois Unités, tout ça…)
Bonjour Fishina ! Je ne sais pas qui tu es, alors dans le doute… bienvenue ! Alors pour le côté intéressant, tu en es la seule juge ! Par contre pour les éléments introduits, oui, tu ne t'en rend compte que maintenant ! Figure-toi que jusqu'à peu, je croyais mes indices trop bien cachés, au point que j'ai failli douter de leur existence. Et puis une lectrice en retard (elle est même pas à mi-chemin du tome 1) m'a limité balancé la fin du premier cycle (donc tomes 1 à 3) au bout de quatre chapitres… enfin, je n'en demande pas tant, à personne !
Mais franchement, ne te gêne pas pour essayer de deviner, j'attends que ça ! Et il n'y a aucune chance que je puisse te détester, j'ai un taux de tolérance supérieur au taux d'ennui des gens (en gros t'en aura marre avant moi dans tous les cas). Et puis ça me fait une review de plus à chaque fois, comment dire non ?
Alors comme ça, tu n'aimes pas le Cognepoing ? C'est bien, ça change. Pourquoi, du coup ?
Hey ! Je confirme, titietrominet, tu ne préfères pas savoir… c'est à moitié ennuyeux, et à moitié traumatisant. Comme les ornithorynques, en fait.
Merci ! et en effet, il avait raison ! J'ai lu quelque part que les fous ne sont considérés comme tel que parce qu'on était incapable de voir le monde à leur manière, ce qui faisait que c'est nous qui sommes à plaindre. Quand on voit Trelawney, ou ce type, on comprend l'idée. La prescience est-elle une forme de folie ?
Bien sûr qu'on en apprendra plus ! D'ailleurs en attendant, tu peux déjà jeter un oeil à l'article "Université Druidique", dans le wiki. Ça contient majoritairement des infos exclusive, qui ne finiront peut-être jamais dans ma fic. Oui, je profite du wiki pour me faire mon "Auguremore" (ce nom est effrayant).
Pas de souci alors, Sengetsu ! Hé bien figure-toi que si j'obtiens une réponse définitive négative dans ma tentative de sortir ma première bêta de la retraite… le poste sera officiellement libre. Par contre, je suis du genre à tout rediscuter… d'ailleurs ! Moi aussi, ça me gêne un peu, mais il s'avère que cette construction est correcte ! Parce que théoriquement, c'est déjà arrivé, vu que tout le récit est au passé. Et le passé simple n'est pas antérieur à l'imparfait.
Marianne est l'amie de Péronne depuis des années. Elles sont très proches. Et Péronne est courageuse, elle aurait fait une bonne Gryffondor je pense. Ou Poufsouffle, ce qui revient au même pour moi. Et bien sûr que son fils l'avait prévenue des risques ! Mathis est un génie, le hasard est une variable comme les autres pour lui : un truc à contrôler.
Alors, canoniquement, Lupin est un nom Français. Et… Renouvellement (dafuq !? faut vraiment qu'on trouve un terme pour désigner ce qui concerne l'univers post-Parfum), c'est effectivement lié. Jette un oeil à l'article "Noblesse Française", dans le wiki. Section "Maisons de Faits".
Alors pour Thomas et l'enchanteur, je vais pas répondre… juste dire : ENFIN SHERLOCK SE RÉVEILLE ! Je savais que tu pouvais y arriver !
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Dans ce fameux chapitre de Nouvel An, vous retrouverez : Des gens bizarres (dont une fille suffisamment bizarre pour devenir le titre du chapitre), des mots bizarres, des mélanges culinaires bizarres… et les pires résolutions de nouvelle année que pourrait prendre un gamin de bientôt 12 ans. Oui, on s'amuse bien, en cette aube de l'an 2017 !
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10) La fille du Lieutenant-Général
Mathis ne passa que trois jours chez sa mère, et rentra rapidement à l'Académie. Cette année, les jumeaux seraient tous deux présents. Jorge, comme l'an passé, était resté au château avec Nilüfer. De même, Mila revenait le même jour, accompagnée de Lucian, mais aussi de Cytra, qui avait été autorisée à fêter Nouvel an avec sa fratrie. Il y aurait très probablement Triora et Éliza. Avec elles, Aventino et Maxime, respectivement frère et meilleur ami de celles-ci. Enfin, on pouvait s'attendre à voir le reste des Bélials, soit Mydian et Sertorius. Et s'il continuait ainsi à inclure les amis des amis, Mathis pouvait compter Camille, la colloc de Karol, et Mathieu, le meilleur ami de Mila. À choisir entre tout ce beau monde, et son frère et sa mère, il s'était décidé : à maintenant vingt-huit jours de ses douze ans, Mathis sentait qu'il devait couper le cordon.
Lorsqu'il arriva au château, la plupart des personnes citées était présentes, et il fallut à Mathis tout une journée pour passer un moment avec chacun, avant de retourner avec les Augures. Ils passèrent beaucoup de temps à l'Étage Blanc ou à la bibliothèque.
Cette année, pas de neige dehors, et de froid magique dans le château, mais un temps maussade et grisâtre. Jorge et Nil racontèrent que les statuts de glace, que les Augures n'avaient pas vues de tout le mois de Décembre avaient également été absentes le jour de Noël, remplacées par des sculptures de bois peintes en blanc. En fait, seule la tradition des marrons avait été préservée, car elle était perpétuée par les élèves et non par l'école. On aurait dit que l'Administration était en restriction de budget, et cela se ressentait dans l'ambiance générale… Pour compenser cela, beaucoup de profs avaient maintenus les clubs pendant les vacances, notamment Malwen Carter, qui avait organisé un petit tournoi de duel le Samedi 31. Mathis était normalement toujours interdit de clubs, mais Carter fit une exception au vu du jour. Mathis était tellement heureux qu'il massacra littéralement ses adversaires un par un. En demi-finale, il parvint même à vaincre Émi, pourtant reconnue comme la meilleure duelliste des Augures. Il se retrouva en final face à Lorna, qui se mit à rire en le voyant prendre place face à elle.
– Ha ha, hé bien ! Joli parcours, Mathis, tu ne leur as laissé aucune chance ! C'était pour obtenir un tête-à-tête avec moi ? Tu sais, t'aurais pu me demander directement !
– Je… je… bafouilla Mathis, avant de rougir intensément.
Lorsqu'il s'en rendit compte, cela le mis en colère, et il se mit en garde, se mordant la langue pour se retenir de rougir à nouveau, et jeta un regard courroucé à Lorna qui avait tenté de le déstabiliser avant le duel. Tenté, et en partie réussi. Face à son expression Lorna fit la moue, avant d'arborer un large sourire.
– Si tu le prends comme ça, alors, duel !
– C'est parti ! annonça Carter.
– Tarrentallegra !
– Protego ! Tu veux me faire danser, hein ?
– Graaah tu t'arrêtes jamais de parler ?
– Nan, jamais ! Avis, Oppugno !
– Protego Sagitta !
– Joli ! Stupéfix !
– Expelliarmus !
– Deflecto ! On tourne en rond !
– Mais tais-toi, tu me déconcentres !
– Immobulus !
– Protego ! Flipendo Maxima !
– Expulso !
– INCENDIO !
– AGUAMENTIS !
Lorsque le jet de flammes de Mathis et le jet d'eau de Lorna se rencontrèrent, une véritable explosion de vapeur se produit. Celle-ci, s'étendant encore et encore, plongea la totalité de l'Étage dans le brouillard. Mathis, lui, continuait à maintenir son sort, alors que la pression du sort de Lorna augmentait encore et encore. Lorsqu'il ne put plus tenir, Mathis relâcha d'un coup son sort, et se plaqua au sol. Il parvint à rester sur l'estrade, mais se retrouva complètement trempé. En plus, elle était très froide. Il se releva, et chercha tant bien que mal à s'orienter dans la brume. Mais lorsque, en se penchant, il s'aperçut qu'il tournait le dos à son adversaire, c'était trop tard. Il entendit la voix de Lorna juste derrière lui, à moins d'un mètre.
– Échec et mat. Glacius !
Le sort de congélation eut l'effet escompté sur les vêtements et la peau mouillés de Mathis, qui se retrouva figé comme une statue de glace. Lorna cria victoire, et Carter fit tomber le brouillard d'un sort. Personne n'avait vu comment les choses s'étaient conclues, mais l'issue était indéniable : Mathis était neutralisé. Carter se dépêcha de le dégeler avant qu'il tombe en hypothermie, et l'invita à boire un chocolat chaud, qu'il fit apparaître à l'aide de la tablette runique de cire.
– Je savais pas qu'on pouvait faire ça ! s'émerveilla Émi. Je croyais qu'on ne pouvait pas faire apparaître de la nourriture par magie !
– On ne peut pas en créer, corrigea le prof. Ceci est du chocolat chaud tout ce qu'il y a de plus réel, envoyé sur commande par le Sondeur.
– C'est trop bien !
– Et, euh… hésita Mathis. Vous pourriez nous apprendre à écrire "chocolat chaud" en runes ?
– Ça me semble important, en effet, ricana Carter.
Lorsque le bal commença, les Augures furent rassurés. Pour le moment, tout semblait se passer comme l'année précédente. Il y avait même, semble-t-il, plus de places, ce qui sous-entendait plus d'invités. Cependant, pas de grandes tablées, mais des petites tables circulaires à six places, disposées en quadruple spirale concentrique autour d'une large scène circulaire au centre de la pièce. Ce soir, les Augures avaient choisi des tenues plus discrètes que l'année précédente. Non pas que l'anonymat les attirât, mais ils préféraient éviter les tenues "aloysiesques" maintenant que Jorge était des leurs. Tant qu'il n'avait pas sa propre tenue, en tout cas. Mathis, notamment, porta le même costume qu'à Noël. Aux tables, ils eurent une drôle de surprise : les places étaient nominatives. Nominatives, et totalement mélangées. Mathis se retrouva entre Émi et Sertorius. En face de Sertorius, Éliza. Et en face de un nom pas si inconnu que ça…
– K.A. Magnus, lut Éliza. Attendez… Magnus, c'est pas le nom du mec chargé de l'enquête sur les attaques ?
– Si, confirma Sertorius. Le Lieutenant-Général Richard Antonio Magnus. Il détient actuellement le record du plus grand nombre d'arrestation, avec une marge d'erreur de 0%.
– Une marge d'erreur ? releva Mathis.
– Le pourcentage d'arrestation d'innocents. Autrement dit, il n'a arrêté que des coupables.
– Et comment le sait-on ?
– Oh, crois-moi, le système judiciaire français est des plus efficaces… À tel point qu'on lui reproche de violer plusieurs droits fondamentaux. C'est mon père qui m'a parlé de ça, un jour. Mais j'en sais pas plus, désolé. Je sais juste qu'apparemment, ils ont un moyen infaillible d'interrogatoire. Et apparemment, tous ceux que Magnus a arrêtés se sont avérés coupables. Ce type est une légende !
– Hé bien, s'amusa Mathis, on aura qu'à demander à ce ou cette "K.A." s'il est de sa famille, et on bombardera cette personne de question.
– Je reconnais là ta subtilité, se moqua Sertorius. Liz, c'est qui, en face d'Émeraude ?
– Émi, corrigea celle-ci.
– Désolé ! Alors ?
– Alors… Éric Difidliangé, lut Éliza.
– Je le connais ! jappa Sertorius. C'est un prof de Chevalier-Lys. Un Maître Enchanteur.
À ce mot, Mathis et Émi échangèrent un regard, puis explosèrent de rire.
– Bah quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? hésita Sertorius.
Cela ne fit que redoubler l'hilarité des deux comparses.
Excuse-nous, parvint enfin à dire Mathis. On a rencontré un enchanteur pendant les vacances, et…
– C'était épique, compléta Émi.
– Qui était cet enchanteur ? demanda un homme qui arrivait à leur niveau.
Il prit place à table en face d'Émi, et attendit calmement la réponse. Il ressemblait à Malwen Carter, mais avait probablement le double de son âge. Ses yeux gris brillaient d'intelligence, et son sourire était sincère. Mathis se sentit tout de suite en confiance.
– L'enchanteur de la Rue des Arts, au Bourg Enchanteur.
– Ah, ah ! Ce bon vieux Runecorne ! s'esclaffa l'homme. Ce type a sérieusement les fils qui se touchent !
– Ça c'est clair ! acquiesca Mathis.
– Ce n'est pas le meilleur example d'enchanteur, surtout pour des jeunes sorciers de votre âge. Mais pardonnez mon impolitesse ! Je me présente : Professeur Éric Difidliangé, Maître de Conférence à l'Université de Chevalier-Lys, Directeur du Pôle Enchantements.
Le titre pompeux fit ricaner Sertorius, attirant l'attention du prof.
– Et vous êtes ?
– Sertorius Artiom Glazkov, petit-fils d'Ancadéa Glazkov, et cousin au second degré d'Hipollynaire d'Armonval, tous deux…
– … membres du Cercle de Brocéliande, je connais ces noms. Eh bien jeune homme, quelle illustre ascendance ! Je ne peux que vous souhaiter de les égaler un jour.
– Hmmphhh… souffla Sertorius.
– Et vous ? demanda le professeur.
– Émeraude Brisebois.
– Un lien avec les Baguettes Brisebois ?
– La boutique est à mes parents, oui.
– Ah ! Cela veut dire que j'ai votre sœur parmi mes étudiants ! Hum… Enora, c'est ça ?
– Oui.
– C'est amusant, comme le monde est petit ! Et vous ?
– Mathis Devaux.
– Et…
– Aucun ascendant célèbre. Je suis né-moldu.
– C'est tout à votre honneur. Et vous, jeune fille ?
– Éliza Robin. Capitaine des Bélials, une équipe de Cognepoing.
– Oh, mais je les connais bien ! J'ai moi-même joué au Cognepoing, jusqu'à mon entrée en Chasse. Défenseur Gauche des Ratons-Chasseurs. J'étais plutôt bon, dans mes souvenirs… Souvenirs probablement faussés par plusieurs décennies d'aveuglement et de vantardise, ha ha ha ! Et qui sera notre dernier compagnon ? … Oh, ce patronyme m'est familier ! Il revient régulièrement dans les journaux, en ce moment.
– Richard Magnus, confirma Mathis.
– Que puis-je pour vous ? fit une voix particulièrement grave juste derrière lui.
Mathis se retourna précipitamment, et se retrouva enfin face au fameux Lieutenant-Général Richard Magnus, ou plutôt face à la boucle de sa ceinture. Celui-ci était un homme d'une quarantaine d'année, aux cheveux poivre et sel, les traits tirés par la fatigue. Mal rasé, des cernes sous les yeux, il était cependant coiffé, ses cheveux plaqués en arrière. Il portait l'uniforme de gendarmage que Mathis avait déjà aperçu l'an passé, un uniforme alliant élégance et praticité, d'un bleu profond, accompagné d'une chemise bleu ciel. Une plaque dorée sur laquelle figurait un large G bleu était suspendue à sa ceinture d'un côté, et un assemblage de cuir rappelant un holster, mais contenant pour le coup la baguette du gendarmage, de l'autre.
– Bien le bonjour, Messire l'Agent, salua le professeur d'une révérence exagérée. Il semblerait que notre ultime compagne de table répond au nom de K.A. Magnus. Nous avons supputé qu'il s'agissait d'un membre de ma famille.
– En effet, c'est ma fille. Angiiie ! Ta place est ici, mon cœur.
– Paĉjo, sia koro publike min ne nomu ! râla la jeune fille qui arrivait.
Mathis la détailla. Elle semblait avoir leur âge, mais était très grande. Pas si étonnant, lorsqu'on voyait son père, dominant la scène de son mètre quatre-vingt-dix. Elle avait de très longs cheveux aussi noirs que ceux des jumeaux, qui descendaient jusqu'à mi-cuisse. Ceux-ci semblaient humides, et certaines mèches remontaient de manière non naturelle. De la laque, devina Mathis. Ses yeux était d'un gris étincelant, et ses pupilles rétractées avaient la taille d'une tête d'épingle. Mais le plus étonnant chez elle restait sa peau extrêmement pâle, à peine violacée. Elle portait une robe de style gothic lolita, noire avec des dentelles aux extrémités, et des chaussures pour le moins massives : des bottes de cuir noir à semelles épaisses, bardées de sangles rouges. Ses ongles étaient longs et vernis de noir, et du khôl soulignait son regard.
– Kaj vi, lokita kie vi estas ?
– Ne t'inquiète pas, je suis à la table de la directrice, juste là-bas. Ces jeunes gens ont l'air sympathique, en plus.
– Ne ĉio brilanta estas diamanto ! s'agaça la fille en se dirigeant vers son siège avec réticence.
– Hej ! Kuraĝa koro, povas ĉion ! répliqua le gendarmage. Une soirée, c'est tout ce que je te demande. Kaj… ne malkrokodilu ĉi tie, mi petas !
– Nu, nu…
– Je vous souhaite à tous une bonne soirée !
– À vous aussi ! répondit le professeur.
Richard Magnus s'éloigna, et sa fille se laissa tomber sur sa chaise dans un soupir. Elle détailla la tablée d'un regard inquisiteur, s'attardant un peu plus sur la flamboyante Émi, et finit par esquisser un sourire satisfait.
– Moi c'est Angela, se présenta-t-elle avec un accent de l'Est, peut-être Slave, à peine perceptible. Je sens qu'on va passer une bonne soirée !
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La dénommée Angela s'avéra fort sympathique. Pendant qu'Émeraude et le Professeur Difidliangé discutaient d'enchantements et de runes, et que Sertorius et Éliza se chamaillaient à propos de Cognepoing, Mathis en profita pour interroger leur compagne.
– Alors, dis-moi, Angela : pourquoi est-ce écrit K.A. sur ton étiquette ?
– T'aimerais bien le savoir, hein ! répliqua la jeune fille, en penchant la tête comme un chiot.
– C'est juste histoire de faire connaissance !
– Avant les vrais questions, hein ? fit-elle remarquer, perspicace. Eh bien tu es trop curieux. Tu devras te contenter d'Angela, et si tu m'appelle autrement, je t'étrangle avec… ça.
– C'est une petite cuillère, constata Mathis, stoïque.
– Tu n'imagines même pas les dégâts que ça peut faire.
– T'as quel âge ?
– J'aurai douze ans dans… 3h34.
– Tu es née le 1er Janvier ?
– Bien vu, l'aveugle ! Autre chose ?
– Tu n'es pas à Beauxbâtons.
– Ça, c'est pas une question.
– J'y viens : tu vas à l'école où ?
– Cette information rejoint le "K." dans la liste des choses que je ne te dirai pas, répliqua-t-elle en inclinant à nouveau la tête. Bon, à mon tour de te poser une question.
– Essaie toujours.
– C'est comment, les cours ici ?
– Heu, de manière générale ? demanda Mathis, sincèrement pris au dépourvu.
– Je veux tout savoir.
– Tu triches, c'est pas vraiment une question. Bon… Je ne sais pas si c'est mieux ailleurs, mais je me plais ici. Les emplois du temps sont plutôt légers, la bibliothèque est ouverte toute la journée, et plutôt bien fournie. Et on a même un étage complet où on peut pratiquer les sortilèges sans risque !
– Et les cours ?
– Je dirais… variés. On apprend beaucoup de choses, de différentes manières. Par exemple, en Biologie, on a toujours cours dans les serres, même quand on ne parle pas de plantes. C'est… pour l'ambiance. Le calme, l'odeur de nature, tout ça. Sinon, on a un prof de Runes super cool. On comprend pas grand-chose quand il parle, à cause de son accent basque très prononcé, mais ses cours sont géniaux.
– Pourtant, les runes, c'est un truc assez chiant, non ?
– Pas avec lui ! On fait pleins de trucs. Cours à l'extérieur, traduction de blagues, cours pratiques voire physiques. On a aussi souvent des cours itinérants.
– C'est-à-dire !?
– Eh ben, pendant tout le cours, on marche, on se promène. Dehors quand il fait beau, sinon dans le château. Le prof dit que ça aide le sang à circuler dans le cerveau, et on retient mieux.
– C'est… tordu. Et les autres ?
– Hum, la prof de Potions est géniale. Elle, la prof d'Enchantements, et la prof de Français forment un trio infernal. Mais la pire reste la prof de Potions. Des fois, elle nous fait boire nos propres potions, et on prie un peu tout et n'importe quoi pour qu'elle ne soit pas ratée. Quand elle pose le flacon d'antidote sur son bureau en début de cours, c'est jamais bon signe !
– Hé bien, ça promet ! ricana-t-elle, en collant presque son oreille sur son épaule, avant d'esquisser un sourire en coin.
– Bon, sinon, les autres cours sont plutôt normaux. On fait presque autant de pratique que de théorie, c'est pas mal. Et on n'a pas énormément de devoir.
– La directrice, elle est comment ?
– Euh… sympa. Je sais pas trop, on ne la voit pas beaucoup. Elle est souvent dans son bureau ou absente, on a surtout affaire à la directrice-adjointe, qui est la prof de Français.
– Et vous faites quoi, les week-ends ?
– Les Samedis, il y a les clubs. Il y a un peu de tout. Et le dimanche, grasse mat' quand on arrive à se rendormir après le réveil. Et sinon, on va souvent à l'Étage Blanc, ou à la bibliothèque. Ou on se pose dans une salle de "travail" avec un jeu de société ou des cartes. Mais… pourquoi toutes ces questions ?
– Simple curiosité, éluda Angela. On va au buffet ?
– Heu, okay.
Allant de surprises en surprises, Mathis eut un aperçu des goûts culinaires de chacun. Émi, Éliza et lui avaient des goûts similaires. Sertorius était le moins étrange des autres : Il se contentait de commencer le repas par la fin. L'assiette d'Angela se composait d'un mélange de tartare de bœuf, de fromage de chèvre, et de confit de figue-oignon normalement destiné à l'origine à accompagner le foie gras. L'idée de manger de la viande crue répugnait déjà Mathis, mais le mélange plus encore. Cependant, cela semblait presque normal comparé à ce que mangeait le professeur : Fruits de mer au caramel, toasts de fromage de tête sur pain d'épice, à l'ail et à la menthe, cheesecake à la framboise et au jus de rôti, … Mathis avait déjà goûté des plats sucrés-salés, et en avait apprécié certains, mais ces mélanges étaient justes… inhumains.
Lorsque le prof revint à table avec une assiette de purée de pois au lard et à la crème glacée vanille, Mathis ne put se retenir plus longtemps.
– Mais c'est immonde ! Comment vous faites pour manger ça !?
– Ah ? Vous avez donc déjà goûté ? Cela vous donne un avantage sur moi.
– Non mais… ça ne va pas ensemble…
– Que de préjugés, jeune homme ! Comment savoir si deux choses sont incompatibles sans tenter de les combiner ?
– Simple bon sens ! intervint Éliza.
– Euh, ouais ! approuva Sertorius, qui n'avait pas suivi, mais qui voulait avoir son mot à dire.
– Oh, voyons, aucun de vous n'est aventureux ?
– Euh…
– Ben…
– C'est parti ! s'écria soudain Angela. Vous permettez que je goûte dans votre assiette ?
– Bien sûr, allez-y !
– Merci. Alors… Hum hum…
– Conclusion ?
– Conclusion… (Angela pencha une fois de plus la tête, et plissa les yeux) c'est franchement dégueulasse.
– Ah, vraiment ? Je vais voir cela… Beurk ! En effet, c'est innommable.
– Vous voyez, je l'avais dit ! caracola Éliza.
– Sachez jeune fille que milles échecs valent mieux qu'un seul moment de lâcheté. D'ailleurs… en total désaccord avec ce que je viens juste de dire, je vais recourir à un peu de magie, afin de ne pas repasser devant votre directrice avec une assiette pleine de nourriture gâchée ! J'ai beau être un grand professeur respecté, et *hum hum* respectable, elle est assez grande pour me tirer les oreilles. Au revoir, assiette gâchée ! Evanesco !
– Eh ben, il est beau le courage, se moqua Mathis.
Le repas ne tarda pas à toucher à sa fin. Cette année, les interminables quantités de plats ayant été remplacées par un immense buffet à volonté où se côtoyaient entrées, plats et desserts, la plupart des invités avait fini de manger lorsque la musique d'ambiance laissa place au spectacle de l'école. Les Clubs de Musique, Chorale, Théâtre et Danse s'étaient associé pour une représentation du fameux opéra sorcier, Le Tango du Dragon. Celui-ci alliait bien sûr compétences artistiques des quatre clubs présents, mais également des effets visuels magiques, pyrotechniques, des décors ensorcelés, et de magnifiques costumes.
Ce fut lorsque l'écuyer de Latychè Le Pleutre se retrouva entre les griffes du dragon, tentant de se libérer à grand renfort de vocalises plutôt comiques, que Mathis aperçut Mila parmi les membres de l'équipe technique, qui gravitaient autour de la scène, s'assurant du bon fonctionnement des effets spéciaux. En fait, à y regarder de plus près, elle semblait même les diriger, usant de gestes complexes des mains pour se faire comprendre sans perturber le spectacle. Rapidement, Mathis se désintéressa de ce dernier, et se focalisa sur l'équipe de Mila. Comme il l'avait supposé, ils disposaient d'un code de communication précis. Lorsque Mila désignait clairement un des techniciens, ceux qui s'en apercevaient faisaient en sorte qu'il porte son attention sur elle. Ensuite, elle lui ordonnait quoi faire. Deux claquements sur le dessus de la main, un cercle de la main droite avec trois doigts tendus, deux doigts levés : "Éteint la lumière supérieure droite dans deux minutes". Mains présentées à plat, de dos, majeur contre majeur, deux balayements de la main droite : "écarte le décor à droite de la scène". Main droite tendue sur la joue, poing gauche qui s'écarte de la bouche : "Sonorus sur l'orchestre". Et cetera. Mathis était à la fois fasciné qu'une telle chose existe, et frustré de ne pas l'avoir su plus tôt. C'était amusant de voir que même dans le Monde Sorcier, les spectacles avaient recours à des artifices et une équipe technique. D'un autre côté, il semblait plus simple, dans un réfectoire scolaire, de mettre en scène une marionnette de dragon plutôt qu'un véritable reptilien cracheur de feu.
Le spectacle touchait à sa fin. Ronilda, la sorcière bleue, était parvenu à libérer l'écuyer, en forçant le dragon à danser le tango avec la tour du donjon, et s'enfuyait sur le chariot à foin de Babass, laissant Latychè courir derrière, son maillot de corps à fleurs transparaissant par les trous de sa côte de maille à moitié fondue, et sa perruque de travers. Tout le monde applaudit les artistes. Acteurs, chanteurs et danseurs gagnèrent les tables qui leur étaient réservées, pendant que l'équipe technique démontait les décors. Les musiciens, eux, jouaient une musique classique mais enjouée, qui, Mathis l'apprit à ce moment-là, se terminait à la seconde exacte où commençaient à sonner les douze coups de minuit sur la grande cloche suspendue au plafond haut, accompagnée par l'orchestre.
Ding… un roulement de tambour. Ding… deux cors de chasse. Ding… crescendo de trois violoncelles. Ding… quatre glissandi au piano. Ding… les cinq cordes d'un banjo, une par une. Ding… six notes à la harpe. Ding… micro-solo de guitare à sept cordes. Ding… huit violons en chœur. Ding… son surgissant d'un étrange instrument circulaire à neuf touches. Ding… trille d'un ocarina à dix trous. Ding… onze notes à la clarinette. Ding… un coup de triangle !?
– Bonne Année ! cria la foule en chœur.
À ce moment, tout le monde se mélangea, s'embrassa, sans distinction. Cherchant ses amis dans la foule, Mathis se retrouva coincé à côté de la table de la directrice, où le père d'Angela discutait avec ferveur avec un homme rondouillard au crâne dégarni que Mathis avait déjà vu. Tom Furet, Princeps Scabinus, se rappela-t-il. Il laissa traîner une oreille.
– … à trois reprises, mais ça ne se reproduira plus ! assurait le dégarni. Cette fois on le tient !
– Mais, vous n'avez pas peur des conséquences ? objecta la directrice. On le dit… instable, non ?
– Il sait qu'il a tout à y gagner, éluda Magnus. Je ne me fais pas d'illusions, bien sûr. Mais Quand on a tout essayé, et que rien ne fonctionne, il n'y a qu'une chose à faire…
– … tenter l'impossible, compléta le dégarni. Et vous savez, les on-dit, c'est surfait. Il est juste, disons, opportuniste.
– Et c'est donc ça, votre plan ultime ? se moqua Olympe Maxime. Espérer qu'il n'aura pas de meilleur opportunité que celle que vous lui proposez ?
– Bien que cela m'écorche la gorge de le dire, hésita Magnus, c'est… c'est le meilleur. Je l'ai appris à mes dépends. Mais je sais qu'il fera le bon choix. Choix qu'il n'a pas vraiment, d'ailleurs…
– Enfin ! s'offusqua-t-elle. On parle tout de même de libérer un criminel pour le lancer à la poursuite d'un autre !
– Le risque que nous prenons est…
– Hey !
– Aaaah ! sursauta Mathis.
Il se retourna, et se retrouva nez à nez avec Angela, qui se précipita sur lui pour lui faire la bise.
– Bonne année ! Tu t'es enfui dès que le douzième coup a sonné… (elle l'observa en silence, avant de pencher la tête) Et là, je te retrouve en train d'espionner mon père.
– Je ne…
– Hep, ne me ment pas ! Ça m'arrive souvent, de le faire. Bon, regarde, tu peux passer entre les deux grosses dames, là, pour rejoindre tes amis. Je parie que c'est eux, qui regarde dans notre direction depuis tout à l'heure.
– Euh, en effet.
– Super, fonce… Bonne Année, Paĉjo ! s'écria-t-elle en prenant son père par le cou, bousculant Mathis au passage.
Celui-ci se faufila dans la foule, et parvint à rejoindre ses amis, qui s'étaient déjà regroupés autour de la table de Mila. Il y avait là les Augures au complet, ainsi que Mathieu Gardevoie, le meilleur ami de Mila, et les autres techniciens, dont Lucas Sailly, le commentateur du Cognepoing. Et il y avait aussi la famille Appelbaum au complet : Lucian, en train de se chamailler avec Mydian. Gideon, qui se balançait dangereusement sur sa chaise à côté de Mila. Il y avait même Romain, le cousin râleur qui essayait de changer d'Ordre tous les ans. Et il y avait… Cytra. Celle-ci était tristement maigre, et avait le teint blafard, mais semblait en meilleur forme que sur la photo de vacances prise en Août que Mila leur avait montré. Elle les observait tous avec ses immenses yeux bleus, qui ressortaient encore plus sur son visage décharné, et souriait. Elle était heureuse que personne ne la questionne, qu'ils acceptent tous son choix d'être partie. Choix que Léonie n'avait pas eu. Cette pensée fit passer une ombre dans son regard, que son petit frère perçut. Lucian se précipita derrière sa sœur, se pendant à sa chaise, et manqua de la faire tomber. Cytra empoigna la carafe d'eau glacée, et lui vida sur la tête. Et tout le monde rigola.
Cette année, le groupe qui animait la soirée était moins connu que l'an passé, mais leur musique était entraînante. Les moins fêtards commençaient à quitter la salle. D'autres allaient danser. Et le reste, la majorité, regroupaient les tables, et se réunissaient en bande d'amis. La bande avec Mathis regroupa trois tables, et Gideon les fusionna en triangle d'un sort. Il trouvait le triangle plus convivial qu'une table circulaire, ou rectangulaire. Qui sait pourquoi. Toujours était-il que les places libérés par les techniciens furent vite complétées, par Triora, Maxime, Éliza, et les amis de Lucian. Plusieurs personnes défilaient encore entre les tables, venant souhaiter la bonne année à ceux qui ne dansaient pas. Lorna Malétrix et ses deux acolytes vinrent embrasser toute la tablée, la plupart se connaissant, notamment Lorna et J-M, la sœur de celui-ci étant sa colloc, et sa binôme en cours. Lorna termina son tour de table par Mathis, l'empoignant presque pour l'embrasser sur les joues. Puis, d'un pas, elle se rapprocha encore de lui, au point de coller sa poitrine contre la sienne, et lui glissa à l'oreille :
– C'est quand tu veux, pour la revanche, en duel.
Elle s'écarta ensuite d'un bond, lui adressa un grand sourire, et s'éloigna sans même se retourner, laissant Mathis interdit, et écarlate. Ses esprits retrouvés, il se mit en colère, à la fois contre Lorna, et contre lui-même. Pourquoi elle agissait comme ça avec lui ? Pourquoi ça le mettait toujours dans cet état ? Pourquoi !?
– Mathis ? l'appela Émi.
– Quoi ?
– On va danser ? Je te rappelle qu'on a le couvre-feu à 1h, nous !
– Ah, hum… Attends, encore !?
– Ben oui, 1ère et 2ème Années.
– … Putain, que le Bélial encorne celui qui a fait ce règlement. J'arrive !
La soirée battait son plein quand l'heure du couvre-feu pour les plus jeunes arriva. Dans les dortoirs, en se déshabillant pour se coucher, Mathis trouva un papier plié dans sa poche.
"MTR, 6 X 9 mon'. Ĝis !" – Angela.
– … Quoi ?
.
.
– Et ça veut dire quoi ? demanda Nil.
– Bah j'en sais rien ! répliqua Mathis. Sinon je demanderais pas !
– Rhooh c'est bon, grincheux ! Bon… 6×9=54. On pourrait partir de là !
– C'est un X majuscule…
– Qu'est-ce que tu en sais ?
– Peut-être parce que ça ne ressemble absolument pas à un signe fois ? tenta Erwin.
– Got it ! triompha Mathis. Mais… Et si ce n'était pas un X ?
– … Tu te moques de moi ? demanda Erwin, incrédule.
– Non, non ! Je veux dire, c'est bien un X, mais, ça n'est pas forcément une initiale. C'est pas forcément un mot qui commence par X, peut-être que c'est un code !
– Tu veux dire… Comme… Euh, je ne vois aucun exemple.
– Et le symbole "et" : & ? tenta Mathis. Ils en parlent dans le manuel de Français. C'est un genre de mélange entre un E et un T, pour former le "et" en un seul symbole.
– Oui, et ?
– Et il est beaucoup utilisé en Anglais !
– Oui, et ?
– Et depuis quand les Anglais disent "et" ?
– Non, ils disent "and"… Oh. Oh ! Ça serait donc un code, mais dans une autre langue ?
– Un truc dans le genre, confirma Mathis. À ce que je sache "Ĝis" n'est pas un mot français, alors pourquoi le reste le serait ? D'ailleurs, elle avait un genre d'accent Russe, ou je sais pas quoi… Il y a pas une lettre qui ressemble à un X, dans leur alphabet chelou ?
– En cyrillique ? Euh…
– Dites, coupa Émi. Vous vous rendez compte que ça fait un quart d'heure que vous essayez de déchiffrer ce mot, écrit par quelqu'un qu'on ne connait même pas ?
– Mais c'est la fille de Richard Magnus ! s'exclama Mathis. Elle est drôle, sympa, et… hum, enfin bref, elle m'a surpris en train d'espionner son père, et m'a avoué qu'elle faisait la même chose…
– Tu espionnes les gens, toi, maintenant ?
– C'était pas volontaire, se défila Mathis. Enfin, tout ça pour dire que ça pourrait avoir un rapport avec l'enquête !
– Ah.
– Ça n'a pas l'air de t'affoler plus que ça.
Émi haussa les épaules.
– Cela ne nous regarde pas. D'ailleurs, venez voir, on a un mystère plus urgent à résoudre.
– Ah ?
– Oui ! se manifesta Karol. Pourquoi y a-t-il des dizaines, voire des centaines de hiboux qui tournoient au-dessus des jardins ?
Intrigués, les Augures sortirent à l'arrière du château, au milieu de la foule d'élèves qui se rassemblaient peu à peu dans la cour gravillonnée, observant le balai aérien. Puis la livraison commença. Les hiboux s'avérèrent être des messagers, qui larguèrent leur courrier sur les élèves des premiers rangs. Comprenant de quoi il retournait, les élèves se dispersèrent dans les jardins, certains faisant de grand gestes, d'autres criant leur nom pour orienter les hiboux. Le premier Augure à recevoir une lettre sur la tête fut Jorge. Il l'ouvrit, la lut, et sourit.
– C'est mon père qui m'envoie ses vœux.
– C'est la première fois que des hiboux viennent ici, non ? demanda Nil.
– En effet, confirma Erwin. Madame Maxime ne trouve pas ça… hygiénique.
– C'est sympa, pourtant, les hiboux ! répliqua Jorge.
– Jouer dans la boue aussi, c'est sympa, répliqua Nil. Et pourtant, c'est pas le truc le plus hygiénique…
– Pourtant à Poudlard, c'est courant ! avisa Émi.
– Si les Anglais étaient aussi portés sur la propreté qu'ils sont coincés, ça se saurait, ricana Erwin.
– Et les Allemands, ils font quoi ? répliqua Nil.
– Ils picolent et fument dans les dortoirs, et tutoient les profs, répondit Karol avec un sourire candide. Et ils utilisent des faucons, pas des hiboux.
– Oh par la barbe de Hagustin Siffleventre !
– … Il était barbu, lui ? demanda Mathis, pour la forme.
– Euh… Pourquoi pas ?
– Eh Mathis ! interpela Émi. Celui-là vient pour toi !
– Ah ?
Mathis reçut une enveloppe en pleine figure, si violemment qu'il tomba à la renverse. Se redressant un peu, il sortit une lettre de l'enveloppe, et la lut assis par terre.
.
Cher Mathis,
Nous nous sommes rendus au Bourg Enchanteur ce matin, avec Péronne, afin de parfaire notre visite. Marianne et Servan ont été ravis de nous accueillir, et Thomas a même pu aider le père de ton amie à trier ses ingrédients magiques. Mais il a un peu été déçu, le grand-père druide étant absent. Nous avons passé la journée ici, et avons conclu notre visite par le Bureau des Hiboux. Il y avait une affluence monstre. Et pour cause ! Une opération spéciale rendait gratuite toutes les communications à destination de Beauxbâtons. Alors je me suis dit, pourquoi pas ?
Je te souhaite donc une heureuse nouvelle année, et j'attends rapidement des nouvelles de toi. Thomas m'a expliqué le fonctionnement du miroir, que je garde désormais avec moi quand je travaille dans mon bureau. Si tu souhaites me parler, n'hésite pas. Je t'embrasse fort,
Ta Maman.
(Client : Marianne Devaux | Liaison : ligne directe Bureau FR-3-5(BE) – Sect. 14E-Beauxbâtons)
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– Et donc, constata Nil, ta mère et ton frère se baladent librement dans le monde sorcier.
– Ouaip.
– Avec des faux papiers achetés dans une ruelle sombre à un vieux bizarre, qui ne devaient servir que pour le soir de Noël, à l'origine.
– Ouaip.
– D'accord. Vous êtes tous aussi cinglés dans cette famille.
– Ah ?
– Non mais… j'hallucine ! T'imagines les risques qu'ils prennent !?
– Ouaip.
– Et tu dis rien !?
– Nope.
– Mais… (Nil regarda tour à tour leurs amis, cherchant du soutient) Pourquoi ?
– Parce que j'aurais probablement fait la même chose à leur place. Et pis, au pire, ils risquent quoi ? Qu'on leur efface quelques bricoles de la mémoire ? Vous savez, je ne vais pas être traumatisé parce que ma mère ne se souvient pas qu'on ait passé Noël au Bourg.
– Mais, ils pourraient lui faire oublier la totalité du monde magique, insista Karol. Ils pourraient lui faire oublier… Toi !
Mathis haussa les épaules, et désigna le journal que tenait un des élèves à côté d'eux dans la cour.
– À choisir entre ça et voir leur nom là-dedans, c'est vite fait. C'est marrant ça ! Vous me prenez tous pour un irresponsable, pour quelqu'un qui se fout de tout. Mais quand je vous parle de ce qui se passe dehors, de ma possible taupe au sein de l'enquête en la personne de cette Angela, vous vous refermez comme des huîtres. D'accord, je suis le plus vieux du groupe, j'ai douze ans dans vingt-deux jours. Mais on est quand même tous nés la même année ! On n'est pas des gosses ! Ok, on ne peut rien faire, d'ici. Mais ce n'est pas une raison pour fermer les yeux sur ce qui se passe dehors. Vous vous rappelez de la Une du journal, le premier jour des épreuves écrites des Concours ?
– Je… hésita Émi.
– Non, évidemment. Moi je m'en rappelle, c'est gravé dans ma mémoire. "Scipion Sirtesente a été retrouvé mort ce matin. Torturé à mort.". Grimace pas comme ça, Erwin. Je l'ai rencontré, ce gars. J'ai passé toute une matinée avec lui et Carter, à parler de magies dont vous n'avez même pas rêvé. C'était comme avoir un de ces grands auteurs qu'on s'amuse à lire à la bibliothèque devant soi, en chair et en os. Un vieux monsieur très gentil, et un grand savant. Et il est mort, et tout le monde s'en fout !
– Non ! s'indigna Émi, ouvertement cette fois. C'est juste que…
– Que ça ne nous regarde pas, compléta Mathis. J'ai entendu, tout à l'heure. Et si je te disais que si, justement, ça nous regarde ? Que si on ne fait rien, ça sera peut-être un jour notre tour ?
– Pourquoi on s'en prendrait à nous ? demanda Karol. On n'a rien fait, nous !
Mathis changea de sujet.
– Vous connaissez le Les Frères Hardy ? Clan des Sept ? Le Club des Cinq ?
– C'est des bouquins moldus, non ? tenta Nil.
– Ouaip ! C'est des jeunes, comme nous, qui mènent des enquêtes, et qui les résolvent parfois même avant les adultes, parce qu'ils ont l'esprit vif !
– Ah ah ! Tu crois qu'on va résoudre l'enquête avant les gendarmages ? Nous ?
– Toi, j'ai un gros doute, répliqua Erwin.
– Toi, va te…
– Oh ! s'interposa Mathis. Non, je ne pense pas qu'on puisse résoudre l'enquête. Mais on pourrait aider, indirectement. Vous savez, j'ai vu Magnus de près, au réveillon. On dirait un zombie en costard. Il est à bout.
– Et tu proposes quoi, Sherlock ?
– De l'aider, en menant notre enquête à tête reposée. On ne peut pas aller sur le terrain…
– Fait indéniablement chiant.
– … Mais on a accès à une immense bibliothèque, à un réseau de communication gratuit et illimité, et, à condition de convaincre les bonnes personnes… d'un réseau d'informateurs haut placés.
– Ah, tu penses à qui, quand tu dis "haut-placés" ?
– Nous n'avons pas, ici-même, deux petits-neveux de Ministre de la Magie ?
– Ne compte pas sur le vieux, répliqua Erwin.
– C'était juste pour illustrer mon propos, rejeta Mathis. Voyez-vous, j'ai déjà établi ma petite liste de personne à impliquer :
· Mila Appelbaum : père au Ministère Belge, sœur directement liée à l'enquête.
· Sertorius Glazkov : deux apparentés au Cercle de Brocéliande.
· Camille Hastier : Cette fille a ses "entrées", aucun doute.
· Triora Bellini : Une voyante, ça peut servir.
· Juliette Bonval : Ça a beau m'écorcher la gorge de le dire, ma cousine est plus efficace que n'importe quel limier, quand il s'agit de fourrer son nez partout.
· Angela Magnus : Notre moyen d'information le plus direct.
· Les parents d'Émi : peuvent entendre pas mal de chose, leur boutique étant un lieu incontournable.
· Gabriel Sirtesente : Trempe dedans jusqu'au cou, et le vieux Scipion et Carter le disaient clean. Ça se tente.
· Malwen Carter : La ligne directe entre nous et l'extérieur.
– Carter !? s'exclama Nil. Tu veux impliquer un prof dans ton délire ?
– Notre délire, corrigea Mathis. J'aimerais que vous y participiez avec moi. Il y a déjà le Club des Cinq, et le Clan des Sept. Nous sommes six, pile au milieu. Alors laissons toutes leurs chances aux Six Augures !
– Mouais. Et tu comptes aborder ça comment, avec Carter ? Genre : "Bonjour Monsieur, il y aurait moyen que vous fourriez votre nez dans une importante enquête du Gendarmagium pour fournir des infos à des gosses de même pas douze ans ? " ?
– J'ai un plan plus subtil, répliqua Mathis. La première chose à faire…
– Abandonner ?
– … convaincre Carter de reprendre les cours particuliers les Dimanches.
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Alors, sous la pression de ma bêta, j'ai décidé d'accepter de vous traduire les phrases d'Angela, malgré le peu d'intérêt de leur contenu purement formel. Mais comme je souhaite que vous y réflechissiez et/ou que vous cherchiez un peu par vous-même, et aussi parce que je reste un grand sadique… je les traduirai dans 15 jours, en intro du prochain chapitre.
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! Rendez-vous… la semaine prochaine ! Oui ! Pour un chapitre de Destins Parallèles, qui traitera de Mighty Adler, et de la Noblesse Allemande !
(et en général quand j'écris un truc avec une majuscule, c'est parce qu'il a son propre article sur le wiki. Je dis ça, je dis rien hein !)
See you next week !
