Bonsoir !
J'avais promis de faire plus vite pour ce chapitre, j'ai fais encore plus long et j'en suis vraiment, vraiment désolée ! Je vais essayer de me rattraper pour le prochain.
Etant donné que je n'ai pas posté depuis...Deux mois, plus ou moins, laissez moi vous faire un court résumé des chapitres précédents.
Résumé : Après une violente bataille dans les enceintes de Poudlard entre mangemort et Ordre du Phénix, Hermione se retrouve seule. Après l'avoir cru morte, l'Ordre se rend compte qu'elle est encore de leur monde et est bien décidé à la retrouver, d'autant plus que Ron et Harry sont enfin rentrés de leur chasse aux horcruxes. Ils sont tous bien loin d'imaginer qu'Hermione s'est en réalité réfugiée dans Poudlard et qu'elle mène sa propre guerre contre Drago qui est près à faire n'importe quoi pour pénétrer les enceintes du chateau qui lui reste mystérieusement closes. Pourtant, après quelques recherches et un pactes pas vraiment honnête entre Hermione et lui, Drago comprend qu'il faut avoir de bonnes intentions pour rentrer dans le chateau suite à un sort mis en place par les quatre fondateurs. Si un membre de chaque clan opposé parvint à vaincre la protection de Poudlard, alors l'école rouvrira ses portes pour tout le monde. Entre temps, Pansy est de retour au manoir après une longue mission et Hermione a réussi à récupérer le diadème dans la salle sur demande.
Encore un immense merci pour vos reviews qui me motive toujours un peu plus pour écrire. Cette fiction ne serait rien sans vous ! Et merci à Loufoca-Granger (Delphine) qui me corrige toujours avec une rapidité extraordinaire ;)
Bonne lecture !
Chapitre 9 :
- Où vois-tu des désavantages, Granger ? J'ai su te soutirer dans tes pitoyables moments de faiblesses la solution pour pénétrer dans le château. Et qu'as-tu eu en échange ? Rien. Une vieille photo trouvée chez des sang-de-bourbe et une histoire larmoyante a suffi à te faire flancher. Sois certaine d'une chose lorsque je rentrerais dans Poudlard, mon but premier sera de t'éliminer de la surface de la Terre. Je ne te laisserais pas partir une seconde fois. Commence à courir dès maintenant, Granger. Tu n'en as plus pour longtemps.
La jeune femme avait arrêté de l'écouter lorsqu'il avait révélé la vérité sur la photo. Au fond, elle se doutait bien que les informations qu'il lui avait fournies sur l'Ordre n'étaient pas vraies. Elle avait été prévenue. Mais peu importait, maintenant. Elle avait l'horcruxe. Il pouvait bien rentrer dans le château, son Maître n'en avait plus pour longtemps. Tout irait bien. Et cette phrase résonna longuement dans sa tête. Cette phrase qui, pour la première fois depuis longtemps, relevait plus de la réalité que du rêve.
Un premier rayon de soleil brava l'aube, réchauffant subitement l'atmosphère. Une nouvelle journée faisait son apparition. Et témoins de cette naissance, deux ennemis qui pour la première fois, regardaient ensemble dans la même direction. Le spectacle était d'une beauté surnaturelle. Lentement, les ombres des collines s'allongeaient, dessinant leurs sombres formes sur les plaines alentours tandis que le soleil continuait son ascension vers le ciel céruléen. Doucement, Hermione détacha son regard du paysage et le posa sur Drago qui ne quittait pas le réveil du monde des yeux. Un rayon doré illuminait son visage aux traits fins, éclaircissant ses yeux au caractère perpétuellement impassible, les rendant d'autant plus magnétiques. L'espace d'une demi-seconde, Hermione cru voir son expression s'adoucir. Une demi-seconde, c'est peu. Trop peu pour être certaine de quoi que ce soit. Pourtant, la jeune femme se persuada avoir aperçu l'autre face de Malefoy. Et elle réalisa. Elle réalisa, qu'en dépit de tout ce qu'elle avait pu penser et de tout ce qu'elle avait pu entendre, Malefoy était un être humain. Qu'il était doté de sentiments et d'émotions et que lui aussi pouvait s'émerveiller devant un lever de soleil. Peu importait sa place au sein des mangemorts. Peu importait le nombre de moldus qu'il avait assassinés, il était, au même titre qu'elle, un combattant dans cette guerre qui les unissait. Il avait choisi son camp. Elle avait choisi le sien. Il avait ses convictions, elle avait les siennes. Étaient-elles bonnes ? Étaient-elles mauvaises ? Hermione ne savait pas. Mais pour la première fois, elle comprit que Drago n'était pas si différent qu'elle. Et cette constatation la fit sourire. Le jeune mangemort reporta au même moment son attention sur Hermione. Même si l'expression qu'elle affichait le surpris au premier abord, il étira à son tour un léger sourire en coin. Et décidée à répondre coûte que coûte aux menaces proférées quelques minutes auparavant, Hermione souffla :
- On verra.
Drago plissa les yeux et demanda :
- On verra quoi ?
Elle haussa les épaules.
- Juste…On verra.
Puis elle tourna les talons sans un dernier regard pour Drago, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres. Le jeune homme la regarda s'éloigner alors qu'un murmure se perdait dans l'atmosphère :
- Ouais. On verra.
OOOO
La neige crissa quelques mètres derrière Harry. Il ne se retourna pourtant pas, gardant son regard rivé sur le soleil qui, lentement, s'élevait dans le ciel. Arrivée à sa hauteur, Ginny s'arrêta, veillant à garder une distance raisonnable entre elle et lui. Elle avait eu raison. Rien ne serait jamais simple. Le baiser qu'ils avaient échangé deux jours auparavant n'avait eu pour résultat que de les éloigner un peu plus. Pas un mot n'avait été proféré depuis cette nuit où Ginny avait retrouvé, l'espace de quelques précieuses minutes, le Harry qu'elle aimait tant. Un silence radio qui lui brisait le cœur chaque seconde écoulée. Une perte de temps inestimable dans cette guerre dont l'issue restait incertaine.
Elle aurait pu tendre la main et mêler ses doigts à ceux d'Harry. Elle aurait pu lui demander de la regarder, d'oublier un instant qu'il était l'Elu et d'imaginer qu'ils étaient seuls au monde. Juste elle et lui. Oui, elle aurait pu. Mais elle n'en fit rien. Parce qu'il l'aurait surement repoussée avant de poignarder son cœur meurtri de son regard d'émeraude, empli de regrets et d'excuses.
- Tu es matinal. Les membres de l'Ordre ne sont pas encore levés.
Il ne la regarda pas et en guise de réponse, haussa les épaules. Ginny continua :
- S'il y a bien une chose que je peux affirmer après mes deux dernières nuits, c'est que le petit Teddy a de la voix ! Je ne sais pas comment fait Luna, les pleurs ne la réveillent jamais.
Harry ne broncha pas et Ginny dut se faire violence pour garder son attitude décontractée. Puis, d'une voix plus douce, plus timide, elle souffla :
- J'ai compris Harry, tu sais. Mais on n'est pas obligés de faire ça. S'ignorer. On pourrait peut-être…juste être amis ? Se parler, rigoler, s'engueuler parfois, comme on avait l'habitude de le faire avant.
Le jeune homme cilla et tourna finalement la tête vers la rouquine. Avant quoi ? Avant qu'il ne se rende bêtement compte qu'il l'aimait ? Avant qu'il ne réalise que ça avait toujours été elle, quoi qu'il ait pu penser ? Avant qu'il ne l'embrasse sans préméditation dans leur salle commune bondée et euphorique ? Oui. Surement avant tout ça. Mais Harry réalisa qu'il était incapable de se rappeler à quoi ressemblait leur amitié. Peut-être parce qu'au fond elle n'avait jamais existé. Ginny avait toujours été la femme de sa vie, aussi stupide cette pensée pouvait-elle être. Il ne l'avait jamais considérée comme la bonne copine, la meilleure amie. Elle avait été, un court instant, la sœur de son meilleur ami mais cette dénomination n'avait été que provisoire. Maintenant, elle n'était que la belle et fougueuse Ginny. Celle qu'il aimait inconditionnellement et démesurément.
- Tu crois qu'on en est capable ? Etre amis ?
Ce fut au tour de la jeune femme d'hausser les épaules.
- Je ne sais pas. Mais on serait stupides de ne pas essayer.
Harry acquiesça silencieusement puis après quelques secondes de réflexion, souffla :
- Alors, amis ?
- Amis. Provisoirement, du moins. Parce que sache que quand tu auras botté les fesses de Tu-Sais-Qui, je t'enlèverais et on fera probablement l'amour pendant des jours. Peut-être même des semaines. Tu sais, pour rattraper le temps perdu.
Il laissa échapper un léger rire et hocha la tête, se retenant de tous commentaires sur le scénario contraire. Furtivement, Ginny réduisit alors l'écart entre leurs deux corps et demanda d'un ton coupable :
- En tant qu'amie, je devrais donc t'avouer que je suis au courant pour les horcruxes ?
Harry haussa les sourcils de surprise et l'interrogea du regard.
- Quelques oreilles à rallonges ont échappé à maman.
- Ron et moi contions vous mettre au courant de toute façon.
- Vraiment ? S'étonna la jeune femme.
- Vraiment, s'amusa Harry.
Le soleil surplombait déjà Londres quand Harry reprit la parole :
- Au fil de mes recherches avec Ron, nous avons découvert qu'il n'existait que très peu de moyens pour détruire un horcruxe. Le venin de basilic et le feudeymon en font partie. Ceux que nous avons trouvés ne sont pas encore détruits, Ginny. Ils sont là-haut, dans notre chambre. Ils sont vivants, tu sais. Parfois, si j'en tiens un trop longtemps, j'ai l'impression de sentir des palpitations contre ma paume.
Ginny frissonna à l'entente de ces paroles mais ne l'interrompit pas. Il continua :
- Rogue est venu me parler hier.
Cette information arracha une grimace à la rouquine et elle ne put s'empêcher de demander abruptement :
- Qu'est-ce qu'il te voulait celui-là ?
Harry étira un léger sourire.
- Il n'est pas aussi mauvais qu'on a pu le penser, tu sais.
- Rogue ? S'offusqua la jeune femme. Tu rigoles j'espère ! Il est pourri jusqu'à la moelle !
- Il aimait ma mère.
Cette dernière phrase la coupa net. Elle resta interdite, les bras ballants et les yeux écarquillés, en attente d'explications plus claires.
- Ouais. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient enfants. Ils étaient voisins, je crois. Enfin, toujours est-il qu'il a toujours été amoureux d'elle. C'est pour ça qu'il me hait. Je suis la preuve de l'amour entre mon père et ma mère alors forcément, il ne pouvait que me détester. C'est lui qui a révélé une partie de la prophétie à Voldemort. Mais lorsque ma mère est morte, il s'est senti tellement coupable qu'il a rejoint l'Ordre du Phénix, jouant ainsi le rôle d'un agent double.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi vous l'avez laissé réintégrer l'Ordre. Il a tué Dumbledore !
Harry secoua la tête.
- Dumbledore était malade. Il allait mourir dans tous les cas.
Ginny resta muette de longues secondes, assimilant tant bien que mal le flot d'informations que lui livrait Harry. Toute cette histoire levait le voile sur beaucoup de mystères qu'elle ne comprenait pas jusqu'alors. Tous ces secrets, toutes ces réunions énigmatiques trouvaient enfin une réponse dans l'esprit de la jeune femme. Elle releva ses yeux interloqués vers le jeune homme, impassible.
- Comment sais-tu tout ça ?
- Il m'a laissé plonger dans ses souvenirs en guise de preuve de son innocence, l'été dernier. Et hier, il m'a donné l'unique pièce capable de détruire les horcruxes.
Impossible d'émettre un mot après tant de révélations, Ginny le laissa continuer.
- L'épée de Gryffondor. J'ai tué le basilic avec et depuis, elle est imprégnée du venin du serpent.
- Alors…tu veux dire que tu vas réellement détruire les horcruxes ?
- Ouais. Et je pense que, en tant qu'amie, tu as le droit à ta part du gâteau.
Perdue, elle fronça les sourcils, le cœur battant la chamade.
- Ca te dirait de faire la peau à un vieux médaillon ?
Comprenant alors l'allusion, elle ne put retenir un sourire qui vint fendre ses lèvres et répondit d'une voix suave :
- J'adorerais.
OOOO
Un geste vif de la baguette et les lourds rideaux se fermèrent complètement, hermétiques aux quelques rayons de soleil qui tentaient courageusement d'illuminer la pièce sombre. Il détestait le soleil. Trop lumineux. Trop chaud. Trop loin. Intouchable. Incontrôlable. Et ce que Lord Voldemort n'était pas en mesure de contrôler devait être banni.
D'un geste leste, il se tourna vers le centre de la salle, uniquement habitée d'une longue table au bois massif et de ses nombreux sièges alignés à la perfection. Il balada un court instant son regard écarlate sur le mobilier puis le dirigea vers le fond de la salle ou une chaise, visiblement plus lourde et travaillée que les autres semblait tenir le rôle de trône sur une petite estrade. Mais ce n'était pas le fauteuil au dossier rigide qui avait attiré l'attention du Seigneur des Ténèbres. C'était autre chose. Une chose infiniment plus petite et aux reflets flamboyants. Un objet d'une valeur inestimable et qui avait trop longtemps été trainé dans la boue par des ignares. Mais le vent avait tourné. Voldemort était revenu et avait su gravir les échelons jusqu'au sommet de la hiérarchie. Et aujourd'hui, il était le maître, quoi que puissent dire certains sorciers qui se voilaient la face sur sa toute puissance. Ces mêmes idiots à qui il avait arraché sa nouvelle arme des mains sans qu'ils ne s'en rendent compte.
Ses lèvres quasi-inexistantes se retroussèrent, dévoilant un sourire dénué d'émotion. De son pas glissant, Voldemort s'approcha du piédestal se tenant fièrement aux côtés du trône. Une étrange lueur de satisfaction illumina ses pupilles et presque timidement, il laissa ses longs doigts arachnéens courir le long de la fine chaîne d'or blanc. Ils suspendirent leur mouvement à quelques millimètres du pendentif qui habillait l'extrémité du collier puis s'emparèrent du bijou, laissant le fil argenté couler le long de la paume blanchâtre de Voldemort. Lentement, il approcha alors de son visage reptilien le pendentif qui se balançait régulièrement dans le vide, détaillant encore et encore l'objet dont il connaissait le moindre miroitement. De petite taille, il aurait pu passer pour une simple perle aux yeux de novices. Mais Voldemort savait qu'il était bien plus que ça. Il le rapprocha un peu plus de ses pupilles glaciales, scrutant le cœur de la perle. Et il le vit. Minuscule par sa taille et grand par ses pouvoirs. Le diamant de Viviane, scintillant dans sa bulle nacrée. Minutieusement caché dans cette perle, il avait survécu des centaines d'années sans que personne ne se doute de sa réelle identité. Volé, donné, arraché ou trouvé au cours des siècles il avait fini par perdre son identité en même temps que l'histoire se réduisait à l'état de légende. Mais aujourd'hui, il était sur le point de retrouver sa fonction première, ce pour quoi il avait été crée. Aujourd'hui, il allait enfin montrer au monde entier ses incroyables aptitudes. Et par-dessus tout, faire de Lord Voldemort le vainqueur de cette ridicule guerre qui avait déjà trouvé un gagnant.
Il y avait juste une petite ombre au tableau. Mais trois fois rien. Lord Voldemort arrivait toujours à ses fins et cette fois-ci ne dérogerait pas à la règle.
Avec précaution, il reposa le collier sur son socle et étira un peu plus son sourire. Oui, il sera gagnant. Comme il l'avait toujours été.
OOOO
Pour la énième fois, Hermione plongea la main dans la large poche de sa cape et effleura le diadème de Serdaigle qui avait perdu de son éclat avec le temps. Elle suivit du bout des doigts la courbure arrondie de la tiare, devinant aux cannelures l'endroit où était gravée la phrase Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit. Le contact l'apaisa presque immédiatement et doucement, elle ôta sa main du vêtement. Puis elle inspira profondément et poussa la vieille porte en bois, découvrant une haute pièce aux murs carrelés. La crasse accumulée sur le sol et contre les vitres ne laissait filtrer que peu de lumière, donnant à la salle un aspect inquiétant et la forte odeur d'humidité qui régnait sur les lieux aurait pu en incommoder plus d'un. Mais Hermione s'en fichait. Elle avait passé bien trop de temps dans ces toilettes désaffectées pour se préoccuper de leur aspect peu reluisant. Elle se permit même un sourire lorsque son regard glissa vers les vieilles cabines, de nombreux souvenirs y étant pour quelque chose. Son sérieux ne tarda toutefois pas et effaça toute trace d'amusement quand elle s'approcha des lavabos. Un par un, elle inspecta les robinets pour finalement trouver sur le dernier la gravure d'un petit serpent. C'était ici. L'entrée de ce lieu dont on lui avait détaillé chaque pierre plus d'une fois. Cette chambre qui avait régi sa seconde année. Ce même endroit où Harry et Ginny avaient failli y perdre la vie et où un gigantesque Basilic était resté enfermé durant de longues années. Hermione frémit en repensant au reflet de ces gros yeux jaunes qui l'avait plongée dans un coma qui aurait pu lui être fatal. La Chambre des Secrets était là. Des dizaines de mètres sous ses pieds. Renfermant le squelette du serpent et ses crochets venimeux. La solitude ne l'avait pas empêchée de faire des recherches et elle avait découvert que le venin du reptile était une des rares armes capables de détruire le moindre horcruxe. Son plan était parfait, finalement. Il ne lui manquait qu'une chose. Un infime détail qui ferait pourtant toute la différence. Hermione n'avait aucun moyen pour ouvrir la Chambre des Secrets.
Il sembla pourtant que pour une fois, les divinités fussent du côté d'Hermione. Une voix particulièrement aigue et larmoyante s'éleva de la cabine du fond, faisant sursauter la jeune femme :
- Harry, lui, l'aurait déjà ouverte.
Hermione leva les yeux au ciel avant de se retourner et rétorqua avec un agacement non dissimulé :
- Harry, lui, parle fourchelang.
Le fantôme de Mimi geignarde traversa alors la porte, flotta lentement jusqu'à Hermione et s'arrêta à quelques centimètres de la jeune femme.
- Et qu'est-ce que c'est censé signifier ?
Les mains sur les hanches, elle semblait attendre une réponse mais Hermione n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'elle enchainait déjà :
- Je sais très bien ce que tu penses ! Mimi la stupide, Mimi l'incapable ! Toi non plus tu ne parles pas fourchelang à ce que je sache !
Ses grands yeux vitreux s'emplissaient de larmes alors qu'Hermione se retenait tant bien que mal de ne pas soupirer. Au lieu de ça, elle afficha une expression de profonde compassion et s'approcha au plus près du fantôme. Elle était là. Devant elle. La clé qui lui permettrait d'ouvrir toutes les portes jusqu'à son but ultime. Et elle ne pouvait pas se permettre de faux pas. Pas maintenant. Pas avec le fantôme. Mimi était son unique chance et sa susceptibilité risquait de tout gâcher. Tout n'était plus qu'une question de mesure. De dosage. Ce n'était pas si compliqué. Elle trouvait les mots exacts et elle détruisait l'horcruxe. Ni plus, ni moins.
- Tu n'es pas stupide, Mimi. Et Harry ne le pense pas non plus. Je sais que ça fait longtemps qu'il n'est pas venu te voir mais souvent il me dit à quel point il a été chanceux de t'avoir lors du tournoi des trois sorciers. Sans toi il serait probablement mort. Et aujourd'hui, il est à deux doigts de tuer Tu-Sais-Qui. L'homme qui t'a ôté la vie.
Mimi releva son nez hautain et fronça les sourcils :
- Pourquoi tu me dis ça ? Argua t-elle, méfiante.
Hermione reprit comme si elle n'avait jamais été interrompue, mêlant dans sa voix douceur et compassion.
- Harry te serait vraiment reconnaissant si tu l'aidais une dernière fois. Ne souhaites-tu pas la mort de ton bourreau ? Rendre au monde la paix qu'il a toujours recherché ? C'est ton moment de gloire, Mimi. Si tu m'aides maintenant, tu aides Harry et tu deviens au même titre que lui une grande héroïne de guerre. C'est le moment de te venger de tous ceux qui se sont toujours moqués de toi, Mimi. Tu n'auras désormais plus besoin de rester dans ces toilettes. On t'appréciera enfin à ta juste valeur.
Pour la première fois depuis qu'Hermione avait rencontré Mimi, des années auparavant, elle nota un changement dans son expression. Son perpétuel air boudeur et dédaigneux s'était effacé, laissant place à une profonde réflexion. Mais il y avait autre chose. Camouflés derrière son teint blafard et ses épaisses lunettes, ses yeux semblaient pour la première fois refléter un profond regret. Alors, doucement, elle leva la tête et demanda, vaincue :
- Qu'est-ce que tu attends de moi ?
Le cœur d'Hermione rata un battement. Soulagée, elle ne se permit pourtant pas un sourire et s'expliqua :
- Tu as eu plusieurs fois l'occasion d'entendre un sorcier ouvrir la Chambre des Secrets et j'aimerais que tu te souviennes du son qu'a émis Harry ou Tu-Sais-Qui.
Mimi ne négocia pas plus longtemps et se contenta de froncer une nouvelle fois les sourcils avant de laisser échapper un étrange sifflement qui déclencha une avalanche de frissons sur les bras d'Hermione.
- Ou un truc comme ça, conclut le fantôme dans un haussement d'épaules.
La gorge rendue sèche par l'appréhension, Hermione s'approcha alors du lavabo orné de la gravure et jeta un coup d'œil à Mimi avant de reproduire le son à la perfection. Presque instantanément, une intense lumière blanche émana du robinet qui se mit à tourner sur lui-même rapidement suivit par le lavabo tout entier. Puis, il bascula et disparut, laissant derrière lui un trou noir qui paraissait sans fond. Alors que la jeune femme s'accroupissait déjà au bord de l'entrée du tuyau, la voix de Mimi retentit dans son dos :
- Pour beaucoup je ne suis que Mimi geignarde, Mimi la pleurnicheuse, Mimi l'inutile. Mais je crois que personne ne s'est jamais vraiment demandé à quoi ressemblerait leur vie s'ils avaient été à ma place. Moi aussi j'aurais aimé avoir mes ASPIC et vivre une longue vie. Je n'ai même pas eu le temps d'être embrassée.
Etrangement, Hermione sentit ses yeux picoter puis s'embuer. Mimi n'était peut-être qu'un fantôme mais au même titre que les êtres humains, elle ressentait. Et cela faisait toute la différence. La jeune femme se mordit la langue, ravala ses larmes et avant de se laisser glisser vers l'inconnu souffla le plus sincèrement :
- Merci, Mimi.
Dans sa main droite, la baguette frémit doucement, unique source de lumière. Elle resserra alors les doigts de sa main gauche sur le long crochet immaculé, ne quittant pas du regard le diadème cabossé posé à ses pieds. L'énorme dépouille du basilic projetait d'inquiétantes ombres sur une gigantesque statue, lui donnant un aspect franchement effrayant. Mais Hermione ne s'en préoccupa pas. Elle n'avait d'yeux que pour le diadème de Serdaigle qui commençait à tressaillir. Elle savait ce qui allait se passer. Harry lui avait toujours reporté les paroles de Dumbledore. L'horcruxe était vivant et comme tout être pourvu d'une âme, il tenterait de se défendre avant qu'elle ne lui assène le coup fatal.
C'était maintenant ou jamais. Malefoy pouvait rentrer dans le château à tout moment et elle n'avait pas le temps pour réfléchir. Ou du moins, elle ne l'avait plus. Ça faisait bien longtemps qu'elle ne planifiait plus ses journées. Vivant au jour le jour, reconnaissante de se coucher indemne chaque soir. Ou presque.
Sa main devenait moite autour du crochet dont le venin picotait le bout de ses doigts. Elle ne bougea pourtant pas, continuant de fixer avec insistance l'horcruxe. Les battements de son cœur résonnaient, assourdissants, dans ses oreilles. Si seulement Harry et Ron étaient là. Oh oui, si seulement. C'était pour eux qu'elle faisait ça, au fond. Pour eux, pour l'Ordre et pour tous ceux qu'elle n'était pas en mesure d'aider dans sa solitude.
Alors, sans hésiter une minute supplémentaire, elle leva la main gauche, provocant sur l'horcruxe une violente réaction. Le diadème eut un sursaut brutal avant d'émettre un sifflement strident. Les yeux écarquillés de surprise, Hermione recula d'un pas, la baguette pointée sur l'objet qui semblait en transe. Puis le sifflement s'arrêta aussi soudainement qu'il avait commencé. Le silence reprit possession des lieux, effaçant les dernières secondes. Méfiante, Hermione se rapprocha alors du diadème mais une intense explosion la propulsa en arrière, envoyant sa tête cogner un des immenses piliers de pierre qui semblaient soutenir la voute. Sonnée, elle assista impuissante à l'étrange phénomène qui se déroulait devant ses yeux. Une mince fumée opaque s'élevait de l'horcruxe pour doucement prendre la forme d'Harry et Ron. Pétrifiée, Hermione n'osa pas bouger, se contentant de fixer les silhouettes de ses amis qui se matérialisaient doucement devant elle. Ils semblaient si réels, si près. Se pouvait-il que…
Avec précaution, la jeune femme se releva, ne lâchant du regard l'apparition. Ron ouvrit alors la bouche et cracha, le regard dur et la voix étonnamment profonde :
- Qu'est-ce tu crois ? On n'a pas perdu de temps à te chercher. On est bien mieux sans toi.
- Oui, renchérit Harry avec cette même voix et ces yeux inflexibles. Tu n'as toujours été qu'un poids, qu'une sang-de-bourbe. Tu n'es même pas une vraie sorcière. A quoi t'attendais-tu ?
Hermione reçut ces paroles tel un coup de poignard dans le cœur mais elle ne put pourtant se résoudre à planter le crochet dans le diadème. Que signifiaient ces apparitions ? Était-il possible que l'horcruxe lui montre la vérité ?
- Tu es insupportable. L'Ordre vit bien mieux depuis que tu es partie, continua Harry sans pitié. Tous ne souhaitaient que tu t'en ailles pour ne jamais revenir.
- On ne t'a jamais aimé. Je ne t'ai jamais aimé. Mais tu nous collais tout le temps. On n'avait pas le choix. Je ne t'ai jamais aimé, répéta Ron.
Cette dernière phrase résonna plus forte dans la tête de la jeune femme. Une larme roula le long de sa joue et s'écrasa sur le dos de sa main. Elle baissa alors les yeux sur le crochet et comme animée par une colère qui avait tardé à faire son apparition, elle se précipita au travers des silhouettes et planta la dent dans la tiare qui poussa une plainte perçante avant de s'élever dans les airs et de retomber, inanimée et cabossée sur la pierre glacée.
C'était fini. Hermione avait détruit un des sept horcruxes de Voldemort. Soudainement vidée de toute force et d'émotion, elle se laissa choir à côté de l'objet, acceptant ce silence qui ne la quittait désormais plus.
OOOO
La solitude vous pèse. Elle vous ronge jusqu'à la moelle. Elle est méprisante, insolente et ondule lentement autour de vous avant de soudainement vous emprisonner. Elle vous étouffe et vous observe suffoquer, se délectant de vous voir devenir cette enveloppe vide. Elle supprime vos souvenirs heureux au profit des mauvais moments, aspirant tous vos sourires.
Pourtant, il suffit parfois d'un détail, d'un infime signe de l'univers. A vos côtés ou à l'autre bout de la Terre. Et même si vous l'ignorez, vous le sentez. Au plus profond de votre âme, vous savez. Vous savez que, finalement, vous n'êtes jamais seul. Le visage offert aux étoiles, vous souriez. Une pensée, une parole échangée, une image. Et cette solitude disparait. Parce que personne n'est jamais complètement seul.
- Hermione.
Avachie contre le mur de la chambre des garçons, le front perlant de sueur, Ginny lâcha cet unique mot qui sonna comme une bombe dans la pièce étroite. Ses doigts moites encore fermés sur le manche en argent serti de rubis, elle ne prit même pas la peine de relever la tête. Elle connaissait d'avance l'expression que devaient afficher Harry et Ron. Ce mélange de mélancolie, de regret et de tristesse. L'épée de Gryffondor glissa alors de ses mains et heurta dans un bruit mat la moquette terne, non loin d'un médaillon ouvert à l'aspect défraichi et cabossé.
- Il faut qu'on la retrouve.
Aucun des deux garçons ne semblait vraiment savoir quoi répondre. La gorge rendue sèche par la culpabilité, Ron baissa la tête. Accablé par cette honte qui ne le lâchait plus, il lui semblait que le poids de ses promesses, simples paroles irréelles, pesait chaque jour un peu plus sur ses épaules. Il lui avait promis. Il avait dit à Hermione qu'il serait toujours là pour elle. Qu'il assurerait ses arrières lorsque le moment serait venu de se battre. Et même si elle n'avait rien dit et s'était contentée de poser sa tête sur son épaule, Ron savait qu'elle l'avait cru et que par le silence qui avait suivi sa déclaration héroïque, elle l'avait remercié.
Pourtant, aujourd'hui, au lendemain de cette bataille qui les avait tous menés sur des chemins différents, Ron pouvait aisément constater que d'une certaine manière, il avait menti. Ils étaient tous là. Tous réunis dans ce quartier général qui ne savait quoi faire pour se reconstruire. Oui, tous. A l'exception d'Hermione. La seule qu'il ait jamais aimée et la seule à qui il ait jamais fait de promesse sincère. On la disait vivante. Était-ce vrai ? Comment pouvaient-ils tous en être aussi surs ? La guerre était là. Planant au-dessus des têtes de chacun à la manière de l'épée de Damoclès. Plus personne ne savait réellement qui était son voisin. Traître, mangemort, ami. La paranoïa persistait dans les têtes de tous, les rendant fous à la tombée de la nuit lorsque les bougies étaient soufflées et que le noir et le silence les tiraient doucement vers un sommeil agité.
Ginny avait raison. Il fallait retrouver Hermione. Qu'elle soit en vie ou qu'il ne reste d'elle qu'un cadavre démantibulé.
- A condition qu'elle soit encore vivante.
Une pensée transformée en un murmure.
Harry et Ginny tournèrent la tête dans un même mouvement vers Ron, dont les yeux étaient toujours rivés au sol.
- Bien sur qu'elle est toujours en vie ! Riposta la rouquine, choquée que son propre frère puisse proférer des idées aussi négatives. Tu n'as donc pas entendu ce qu'a dit McGonagall ?
Ron releva enfin la tête mais son expression semblait si lasse qu'elle eut l'effet d'une gifle sur sa sœur. Elle ne comprenait pas. Où était l'optimisme inconditionnel de Ron ? Où étaient son courage et son assurance ? Son insouciance qui avait toujours su tirer ses amis vers le haut lorsque le moral était au plus bas ? Baissait-il les bras ? Non, il ne pouvait pas ! Pas maintenant. Pas quand Harry avait le plus besoin de lui. Pas quand elle avait besoin de lui. Ils devaient se battre. Ne pas s'arrêter d'espérer jusqu'à ce que cette foutue guerre soit terminée.
- On n'en est pas certains, Ginny. McGonagall ne l'a aperçue que de loin. C'est l'unique témoignage que nous avons. Les chances sont minces, argua doucement Harry.
Ginny se releva vivement et lança un regard féroce aux deux garçons.
- Non mais vous vous entendez ? C'est d'Hermione dont on parle ! Notre Hermione ! Votre meilleure amie, celle qui vous a toujours soutenu et aidé ! Ma confidente, ma sœur.
Fulminante, la jeune femme s'interrompit quelques secondes et reprit, les joues rouges et la respiration saccadée :
- Vous me dégoutez. Si la situation avait été contraire, Hermione n'aurait jamais dit des choses comme ça ! Elle se serait battue pour vous et n'aurait jamais baissé les bras. Elle aurait espéré jusqu'au bout, même si les choses semblaient perdues d'avance. Elle aurait été là. Elle aurait…
Mais Ginny fut forcée de s'interrompre, les sanglots trop longtemps retenus dans sa gorge la rendant muette. Harry esquissa un mouvement pour se lever à son tour mais le regard glacial qu'elle lui lança le dissuada de tout geste réconfortant. Ron profita de ce silence pour justifier ses pensées défaitistes :
- La dernière personne à l'avoir vue vivante, à l'exception de McGonagall, est Harry. C'était sur le champ de bataille et ils venaient de se mettre d'accord sur le fait qu'on devait battre en retraite, n'est-ce pas ?
Harry hocha doucement la tête et Ron reprit :
- Et elle n'est jamais revenue. Elle n'est pas rentrée. Le parc de Poudlard était truffé de mangemorts, de sorts perdus et de créatures en tout genre. Elle aurait très bien pu être touchée. Et depuis ce soir là, on n'a jamais pu rentrer dans Poudlard pour vérifier quoi que ce soit. Alors excuse nous de ne pas être assez vifs mais les chances restent minces et ni moi ni Harry ne voulons nous faire de faux espoirs. Les choses sont assez difficiles comme ça pour qu'une désillusion supplémentaire nous affaiblisse encore un peu plus.
Un étrange silence suivit la déclaration de Ron. Un silence durant lequel chacun assimilait la vérité de ces propos. Ce genre de vérité qui blesse au plus profond de notre corps. Cette vérité qui assène un violent coup dans la poitrine et nous coupe la respiration le temps de quelques secondes qui semblent durer une éternité. Alors, les paupières closes, Ginny inspira profondément. Elle serra les poings et fronça les sourcils. Puis, les lèvres pincées, elle tourna les talons, rouvrit les yeux et sortit de la pièce sans un regard derrière elle. Elle avait compris le message. Harry et Ron ne croyaient plus aux miracles. Ils avaient un passé bien trop chargé en horreurs et injustices pour croire à quoi que ce soit. Mais pas elle. Pas Ginny. Elle s'était efforcée, égoïstement, à fermer les yeux sur toute cette infamie qui l'entourait quotidiennement, faisait fi des cris et des appels au secours. Aujourd'hui pourtant, elle allait croire pour trois. Pour elle, pour Ron et pour Harry. Et si c'était seule qu'elle devait chercher Hermione, alors elle le ferait.
Ginny laissa derrière elle ce même lourd silence, chargé de doutes et de questions muettes. C'est Ron qui le brisa d'une voix rauque :
- J'ai été trop honnête ?
- Non. Tu connais Ginny. Elle est têtue et si l'un de nous ne va pas dans son sens, elle fera tout pour nous démontrer qu'elle a raison.
- Hermione me manque à en mourir, Harry. Et je donnerais n'importe quoi pour la ramener vivante ici. Mais on ne sait rien ! On a aucune piste, aucun indice. Uniquement des suppositions et des questions sans réponses. Je veux vraiment croire qu'elle se cache quelque part, saine et sauve. Mais…Et si ça n'était pas le cas ?
Fatigué par tous ces problèmes qui se succédaient sans lui laisser une minute de répit, Harry répondit d'une voix égale :
- Je sais, Ron. On va la chercher et on la trouvera. Mais on ne peut pas s'aventurer à l'aveuglette dans les rues. Les mangemorts sont partout et veulent notre peau plus que tout. On doit établir un plan avant toute chose. Et Ginny n'a jamais été du genre très patiente.
- Faudra qu'on garde un œil sur elle avant qu'elle fasse encore un truc idiot, grogna Ron entre ses dents.
Harry ébaucha un léger sourire aux souvenirs des nombreuses démonstrations impulsives de la rouquine.
- On fera attention, affirma t-il d'un air sur de lui. Mais elle ne tiendra pas longtemps. On devrait se dépêcher de mettre une stratégie sur pied.
Et tandis qu'Harry prononçait ces quelques mots, Ron tirait déjà de sous le lit quelques parchemins vierges et deux plumes tâchées et flétries.
OOOO
Il n'était même pas quatre heures et pourtant la pièce semblait aussi sombre qu'au beau milieu de la nuit. La température de la chambre avoisinait à peine les dix degrés et un simple geste de la main suffit à faire apparaitre un feu vif et brulant qui envahit rapidement l'âtre froid de la cheminée. Le silence régnait en maître, entrecoupé par le ronronnement des flammes et les gémissements du bois qui se noircissait. Personne n'aurait pu imaginer qu'un individu se tenait là, la moitié du corps dépassant du lit.
La tête à l'envers, Pansy s'amusait à détailler la chambre de Drago. Son sang affluait à toute vitesse dans son crâne, le rendant lourd. Les battements de son cœur, calmes et réguliers, résonnaient dans ses oreilles et son visage habituellement si pâle se teintait doucement de rouge. Les pointes de ses cheveux caressant le parquet foncé, elle ne bougea pourtant pas. Accaparée par ses pensées, elle remarqua à peine les points noirs venus l'aveugler. Mais la pression dans sa tête se fit bientôt trop insupportable et doucement, elle se redressa. Un léger vertige l'immobilisa quelques secondes puis elle laissa sa tête retomber sur les oreillers de Drago.
Granger. Quelle belle emmerdeuse. Elle et sa troupe de lionceaux inoffensifs compliquaient toujours les choses. Si seulement Drago réussissait à pénétrer les enceintes de Poudlard…Tout serait alors plus facile. Poudlard de leur côté et la guerre était gagnée. Le ministère était déjà tombé, il ne manquait plus grand-chose.
Pansy soupira doucement. Elle s'ennuyait comme un rat mort depuis qu'elle avait terminé sa mission. Le Maître ne lui avait confié aucune autre tâche et elle tournait en rond. Depuis quelques temps, la guerre semblait même en suspens. L'Ordre n'avait plus montré signe de vie depuis la prise de la Gazette et la bataille de Poudlard semblait être le dernier réel affrontement entre les deux camps. Il était évident que la prise du château contribuerait à relancer la guerre et à la terminer une bonne fois pour toute, faisant du Seigneur des Ténèbres le grand vainqueur.
Avoir des intentions pacifistes, ce n'était pas si compliqué au fond. Il suffisait de se mettre une seconde dans la tête de cette sang-de-bourbe et imaginer un monde parfait. Ca pouvait même être drôle.
La jeune femme se redressa soudainement, un léger sourire étirant ses lèvres écarlates. Qu'est-ce qui l'empêchait d'essayer ? Toute cette histoire était injuste, finalement. Drago avait déjà la marque suprême. Il était le favori et avait tous les hommages dont le Maître pouvait faire preuve. Que demandait-il de plus ? S'il rentrait dans Poudlard, il n'accentuerait qu'un peu plus le respect que les autres avaient à son égard. Tandis que si elle, Pansy Parkinson, réussissait, elle attirerait toute l'attention dont on n'avait jamais pris la peine de lui accorder. Et peut-être obtiendrait-elle aussi la marque suprême. Elle se rallongea, se délectant déjà d'une gloire et d'une puissance future.
Des bruits de pas dans le couloir suspendirent ses réflexions. Légers. Souples. Aucun doute. Une poignée de secondes plus tard, la porte pivotait sur ses gongs et l'ombre sculptée de Drago se découpait dans l'encadrement de l'entrée. Il ne broncha pas lorsqu'il vit Pansy allongée sur son lit et se contenta de la rejoindre en silence. Epaule contre épaule, les deux mangemorts semblaient chercher les réponses à leurs questions sourdes dans le plâtre blanchâtre du plafond. Accompagnant le crépitement du feu, une question posée à mi-voix flotta un court instant dans l'air frais de la chambre :
- Des nouvelles avec Poudlard ?
- Granger m'emmerde.
- J'ai dit Poudlard, pas Granger, rétorqua Pansy, des accents amusés perçant dans sa voix.
- J'ai réussi à traverser le dôme de la main mais le château m'a presque aussitôt repoussé.
- Aurais-tu crié victoire trop vite ? Ricana la jeune femme.
Drago ne prit pas la peine de répondre et remonta ses mains derrière sa nuque avant de fermer les paupières. Pansy se tourna sur le côté, faisant alors face à son ami. Elle ne se gêna pas pour détailler ses traits fins et aristocrates. Il était beau. Comme il l'avait toujours été. Ses joues étaient peut-être plus creuses qu'auparavant, trahissant surement des préoccupations plus grandes qu'il ne le laissait paraître. Ses cheveux inlassablement ébouriffés retombaient, rebelles, sur son front opalescent.
Sans hésitation, Pansy laissa courir le bout de ses doigts le long de la mâchoire du jeune homme, recouverte d'une barbe de quelques jours. Il ne broncha pas. Ne prit même pas la peine d'ouvrir les yeux.
- Tu as maigri.
Un nouveau silence. La main glissa le long de son cou, s'arrêta quelques secondes à l'emplacement de son cœur comme pour s'assurer que le muscle marchait correctement, continua sa course jusqu'à l'abdomen et s'arrêta finalement le long des côtes du jeune homme. Le bras de Pansy barrant le corps de Drago, elle se rapprocha de lui et posa doucement sa tête sur sa poitrine. Comme gouverné par une vieille habitude, Drago rabaissa une main qu'il plongea dans les cheveux de Pansy, les caressant paisiblement.
- Tu viens ce soir ?
Drago n'ouvrit pas les yeux mais ses sourcils se froncèrent imperceptiblement.
- Ce soir ? Répéta t-il incertain.
- La réception. Ca va être chiant à mourir mais bon, j'en trouverais peut-être un pas trop mal.
Drago resta silencieux, cherchant dans le fond de sa mémoire l'annonce d'une réception quelconque.
Comprenant qu'il n'avait toujours pas saisi, Pansy leva les yeux au ciel et développa :
- Ce soir se tient une réception réunissant tous les représentants de notre Maître dans les autres pays européens.
- Si tu le dis.
- Des fois j'ai vraiment l'impression qu'on ne vit pas dans le même monde, souffla t-elle désemparée.
Elle ne se laissa pourtant pas submerger par l'ignorance de Drago et lança une nouvelle attaque :
- Alors ? Tu viens ?
Pansy dut se contenter d'un grognement en guise de réponse qu'elle interpréta de manière positive.
Le silence reprit rapidement possession de la chambre, l'enveloppant de son voile calme. Un silence qui domina un dernier échange tacite. Deux phrases à peine prononcées du bout des lèvres et qui malgré leur quasi inexistante élocution avaient toute leur importance :
- Je t'aime, Drago.
Il étira un léger sourire.
- Toi aussi sois prudente.
Pansy jeta un coup d'œil furtif derrière elle, s'assurant que son esquive n'avait alerté personne. La lourde porte d'entrée était dans sa ligne de mire et elle accéléra le pas en prenant garde à ce que les hauts talons de ses escarpins ne résonnent pas trop bruyamment sur le marbre. D'un coup vif de la baguette, elle attira à elle une des nombreuses capes pendues à côté de la porte et la revêtit rapidement, couvrant son corps svelte moulé dans une courte robe mettant en valeur ses longues jambes et son décolleté plongeant.
Elle avait une heure. Pas une minute de plus, pas une de moins. Les invités ne tarderaient plus et elle se devait d'être présente. Avant tout pour ne pas se voir poser des questions trop encombrantes et surtout pour ne pas éveiller les soupçons de Drago. C'était le moment ou jamais pour tenter de percer la protection de Poudlard. Et pour réussir.
Un dernier regard en arrière et elle se faufila à l'extérieur avec un sourire satisfait.
OOOO
Une heure. C'est tout ce que Ginny avait avant qu'on se rende compte de sa disparition. Peut-être un peu moins. Dans tous les cas, l'Ordre ne manquerait de remarquer son absence si celle-ci perdurait trop longtemps. Un aller-retour. Rien de plus. Juste de quoi s'enquérir de la situation. Tout avait commencé à Poudlard. S'il y avait un endroit où elle devait aller, c'était bien là. Qui sait, peut-être trouverait-elle des indices concernant la mystérieuse disparition d'Hermione.
Les autres ne semblaient pas préoccupés par son sort, c'était tant pis pour eux. Elle retrouverait sa meilleure amie seule. Si c'était le prix à payer pour l'avoir près d'elle, alors elle le ferait.
Ginny descendit les escaliers sur la pointe des pieds. A cette heure-ci, sa mère devait être derrière les fourneaux, en train de préparer un diner digne de ce nom. La plupart des membres de l'Ordre étaient en mission ou se reposaient au salon. Harry et Ron étaient restés dans leur chambre ainsi que Fred et George. Elle soupçonnait d'ailleurs ces derniers de fabriquer une nouvelle invention farfelue.
Elle décrocha sa lourde cape du porte-manteau et la glissa sur ses épaules. Précautionneusement, elle posa sa main sur la poignée de la porte et appuya jusqu'à entendre un léger déclic. Elle l'entrouvrit à peine et se glissa dans le mince interstice.
Enfin, elle inspira profondément, fière d'être arrivée aussi loin et leva la tête vers le ciel recouvert de nuages. Elle esquissa un léger sourire et transplana tandis que les premiers flocons annonciateurs d'une violente tempête commençaient à prendre d'assaut le pays.
A peine eut-elle foulé la neige à l'entrée de Poudlard qu'un sort siffla tout près de son oreille. D'instinct, elle tira sa baguette et fit volte face à la vitesse de la lumière évitant un nouveau jet de lumière. Aveuglée par ses cheveux venus se fondre sur son visage, elle n'eut même pas le temps de voir son assaillant. Elle entendit uniquement cette voix suave et provocante prononcer deux mots qui l'arracheraient de force à la vie si elle ne faisait rien :
- Avada Kedavra !
Ginny sentit son corps se pétrifier de peur mais l'adrénaline qui coulait à flot dans ses veines la poussa à ériger un puissant bouclier devant elle. Naturellement, le sort ricocha contre la barrière magique et termina sa course contre un arbre. Tout en maintenant son bouclier en place, la jeune femme rabattit d'une main ses cheveux en arrière et plongea enfin ses yeux dans ceux de son attaquant qui l'attendait, un léger sourire sur ses lèvres rouges.
- Parkinson, siffla Ginny avec dégout.
Pansy baissa sa baguette.
- Oh c'est toi. Je n'ai rien à craindre alors, se contenta t-elle de répondre d'une voix trainante.
- Qu'est-ce tu fiches ici ? Reprit la rouquine, agressive.
La mangemort poussa le vice jusqu'à tourner le dos à sa rivale et fit quelques pas vers le portail du château avant de lever son bras au niveau de son oreille et de pointer son index vers le ciel.
- Petit un, ça ne te regarde pas. Son majeur rejoignit l'index. Et petit deux, je te retourne la question même si je me doute de ta présence ici. Quoi de mieux qu'un petit rassemblement entre lionceaux inoffensifs ?
Toujours dos à Ginny, Pansy tendit sa main vers le château jusqu'à ce que ses doigts buttent contre une paroi tiède et invisible. Elle poussa un sifflement mi-admiratif, mi-agacé et se tourna vers la rouquine qui tentait d'assimiler les dernières paroles de Pansy derrière son bouclier. Un rassemblement de Gryffondors ? A quoi faisait-elle allusion ? Il n'y avait qu'elle ici, n'est-ce pas ? Puis elle se remémora l'étrange geste de Parkinson. Elle avait doucement avancé la main devant elle puis avait suspendu son geste lorsque ses doigts s'étaient étrangement recourbés. Comme s'il y avait un mur. Poudlard était donc réellement impénétrable ?
- Qu'est-ce tu veux dire ?
Pansy ricana avec mépris :
- Ne me dis que tu n'es pas au courant, se serait un comble.
Mais face à l'air interrogateur de Ginny, la jeune femme dut se rendre à l'évidence. Elle redevint sérieuse et lâcha avec dédain :
- Non, tu ne sais pas. Ma foi, tant pis pour toi, tant mieux pour nous.
Elle accompagna sa dernière réplique d'un clin d'œil provocateur. Déroutée, la rouquine ne le remarqua même pas et se risqua à baisser son bouclier. Une erreur qui failli lui couter une nouvelle fois la vie.
Pansy qui n'attendait que ça n'hésita pas une seconde et relança une attaque qui rata de très peu Ginny, lui brulant l'épaule. Cette dernière riposta immédiatement :
- Diffindo !
Le puissant jet de lumière toucha le bras de sa cible qui poussa un cri de surprise. Déjà, la neige à ses pieds se teintait de carmin. Pansy releva brutalement le pan de sa cape, découvrant une longue et profonde entaille qui ruisselait d'un liquide rouge vif.
- Tu tiens vraiment à me tuer, hein ? Railla Ginny tout en frottant sa clavicule douloureuse.
Pansy releva la tête de sa blessure avec une grimace et répondit sur le même ton :
- La copine de Potter ? Une traitresse à son sang ? Une aubaine. Toi morte, l'Ordre n'a plus aucune chance.
A peine avait-elle terminé sa phrase qu'elle pointait déjà sa baguette sur celle qu'elle pensait être sa prochaine victime.
- Endoloris !
L'effet fut immédiat. Ginny tomba sur le sol en poussant un hurlement déchirant. Il semblait que ses os se cassaient un par un, inondant son corps d'un feu incontrôlable. Ses entrailles paraissaient fondre, comme rongées par de l'acide et bientôt, elle n'eut même plus la force d'hurler.
Pourtant la douleur se dissipa d'elle-même, naturellement. A terre, la rouquine tenta de reprendre rapidement ses esprits mais le souvenir du sort était encore présent dans ses membres endoloris. Elle releva la tête et ne put retenir un rire nerveux qui sembla démentiel.
- Aurais-je touché le bon bras ? Haleta t-elle entre deux éclats de rire.
La baguette toujours tendue devant elle, Pansy ne tint pourtant pas plus longtemps et abaissa son bras tremblotant dont le sang continuait toujours de perler. La douleur que lui infligeait la blessure l'avait emporté sur son désir de torturer Weasley, laquelle s'était difficilement hissée sur ses jambes vacillantes. Il fallait arrêter là les dégâts. Les choses devenaient beaucoup trop dangereuses et elle ne pouvait se permettre de se faire trop amocher. Il fallait qu'elle rentre au quartier général. Maintenant ou jamais.
Alors, avant que Pansy n'ait pu lever une nouvelle fois sa baguette vers sa victime, Ginny transplana avec le peu de forces qu'il lui restait. Laissant seule la mangemort dont la neige autour de ses escarpins avait pris une teinte rougeâtre.
Une poignée de secondes plus tard, Poudlard avait retrouvé sa tranquillité et sa solitude. Tout était silencieux, le paysage blanc semblant se nourrir du moindre bruit. Et à l'exception d'une large tâche de sang, tout était habituel.
Comme si rien ne s'était jamais passé.
Voila !
J'espère que ce chapitre vous a tout de même plu et que mon absence de publication ne vous aura pas découragé à lire la suite.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. Vos reviews sont mon unique rémunération.
Et merde à toutes celles qui sont en examen ! Courage, c'est bientôt fini ;)
Sonia.
