10.

Paumes appuyées à un des grands hublots de la coursive où il se tenait, Arthur Dorschmidt observait la Terre depuis l'orbite où se trouvait l'Arcadia.

- J'ai vu tant de reportages, et ces images. Mais de le découvrir par moi-même, en vrai… Ça fait bizarre, ça fait un choc. Et jamais de ma vie je n'ai quitté le sol terrestre !

- Vous vous y ferez. Et c'est vous qui avez voulu venir ! jeta un capitaine pirate dans toute sa splendeur.

- Je ne fais confiance qu'à moi-même. Et vous avez embarqué mon Régulateur ! Je le suivrai partout.

- C'est tout à votre honneur. Bien que je répète que mes hommes étaient prêts depuis longtemps. En revanche, à nouveau également, l'opération dans laquelle nous allons nous lancer n'a rien de vraiment déjà-vu et je ne sais même pas si on peut y arriver !

- Et si vous m'expliquiez votre entreprise ? pria Arthur.

- Bien, allons en salle de réunion.

- Les Régulateurs vont booster notre réacteur de proue. On va percer le manteau terrestre, passer sous les continents – car on ne peut pas survoler Gibraltar, et pas plus flotter à travers le canal. Ensuite, nous plongerons encore plus, dans le manteau, jusqu'à la poche de magma. Et la trouée que nous aurons formée permettra à la lave de s'écouler dans les fonds sous-marins et de s'y solidifier, en sauvant la Méditerranée.

L'exposé de Kei Yuki, la blonde seconde de l'Arcadia avait été clair, concis, court.

Comme à l'école, Arthur leva la main pour demander la parole.

- A Heiligenstadt, vous parliez Allemand. Là, je ne comprends pas grand-chose à vos propos en dépit de toutes mes années aux Etats-Unis et des mots d'anglais…

- C'est du galactien, le langage universel. Beebop va nous fournir des oreillettes pour traduction instantanée afin que nous puissions tous communiquer. Vous avez exigé trop rapidement cette réunion.

- Mais j'ai capté, je pense, suffisamment. Vous avez vraiment l'intention de faire ce que cette jolie jeune femme a dit ?

- C'est mon intention.

- Vous êtes fou !

- Comme vous pensez de moi, depuis le premier jour.

Les portes de la salle de réunion s'ouvrirent sur un massif pirate, en pantalons courts, tee-shirt rayé, lunettes, bandana sur la tête… et énorme pansement sur le nez.

- J'ai les derniers rapports, capitaine !

Arthur bondit sur ses pieds.

- Je le reconnais : c'est celui qui a tenté de kidnapper ma petite-fille !

Albator inclina positivement la tête.

- Mon précieux adjoint : Yattaran.

- Vous êtes fous, tous ! hurla Arthur en quittant précipitamment la salle de réunion.

Yattaran se frotta la part de bout du nez qui ne le faisait pas souffrir.

- Capitaine, vous m'avez cassé le nez, ça ne devait pas être aussi « vrai ».

- Il fallait que cela le soit, au contraire.

- Vous avez triché, j'ai retenu ma force et je n'avais pas mes lunettes !

- Désolé, Yattaran. Mais on a pire devant nous. La connexion des Régulateurs ?

- C'est fait, capitaine ! jeta Kei.

- En ce cas, on fonce vers notre destin. Il faut sauver la Terre de mon passé.

- Quelle emphase, à mourir de rire, glissa Arthur.

- Oui, si on se plante, on mourra tous ! jeta Albator.


Arthur était venu voir son Régulateur, désormais dans une étrange et immense salle dont les murs étaient constellés d'ordinateurs et dont le centre était occupé par une colossale colonne elle aussi tout d'électronique.

- Ca va vraiment vous servir à percer le manteau terrestre ?

- Oui, c'est le but ! ironisa Albator. Les deux ensembles vont développer une puissance inimaginable ! D'ordinaire, je vole dans la mer d'étoiles, pas sous les mers…

- Ce cuirassé ne semble effectivement pas taillé pour aller sous terre, et même sous le magma, remarqua Arthur. J'admire votre idée, même si je la trouve aussi folle que toute votre attitude depuis le premier jour où je vous ai croisé !

- L'idée peut marcher ?

- Oui, même si elle semble loufoque au possible, et même délirante et sans issue favorable !

- Il faudra que ça fonctionne, marmonna Albator. Je ne comprends rien à cette science, mais il le faudra !

Arthur tiqua.

- Si vous ne comprenez rien à mon Régulateur, comment avez-vous pu simplement dériver l'alarme ?

- J'étais en contact par oreillette avec Toshiro !

- Qui ?

- Moi ! jeta le Grand Ordinateur dont la colonne étincela à tout va, scotchant sur place l'ancien ingénieur aux cheveux blancs.