Chapitre 7: Hostilités

Pendant ce temps, à des kilomètres de là, Oliver marchait péniblement vers le château. Il s'était fabriqué un bandage de fortune pour son œil avec le bas de son chandail, mais celui-ci était maintenant imbibé de sang. Il mettait un pied devant l'autre sans s'arrêter, menaçant de s'écrouler à chaque nouveau pas qu'il faisait. Mais il continuait, inlassablement, sa route vers le château. Au bout d'un moment, il avait perdu toute notion de temps, il le vit finalement, s'élevant majestueusement vers le firmament. Il s'avança sur le pont-levis et fut surpris que des gardes l'empêchent de passer.

- Je dois parler au roi, c'est urgent!, s'écria-t-il en tentant de se faufiler à l'intérieur.

- L'accès au château est interdit jusqu'à nouvel ordre. Si tu veux dire quelque chose, dis-le maintenant.

N'ayant pas une seconde à perdre, Oliver expliqua la situation au soldat qui lui barrait le passage. Celui-ci s'empressa d'aller prévenir le souverain de la situation, laissant le jeune garçon sous la surveillance de son compagnon. Oliver, ne pouvant rentrer au château, se demandait quoi faire lorsque la tête commença à lui tourner. Il voulut prévenir le garde, mais ne put que gémir alors que le sol se mettait à tanguer lourdement. Il chancela et l'horizon disparut alors qu'il s'écrasait durement sur le pont-levis. Le garde se pencha sur lui et le secoua tout en appelant de l'aide, mais Oliver n'entendait qu'un bourdonnement tandis que ses yeux se fermait pour faire place à l'obscurité. Il ne sentit même pas qu'on le transportait à l'infirmerie, car le coma l'avait saisit dans ses bras et n'avait pas l'intention de le lâcher.

Pendant ce temps, dans une maison perdue au fond des bois, SeeU, Kaito, Miku, Merli et Meiko fouillaient l'endroit pour trouver les membres manquants de leur équipe. Ils avaient retrouvé Lapis transformée en pierre dans l'entrée, mais ils avaient vérifié toutes les salles de fond en comble sans trouver nulle trace de Neru ou de Teto. Rin, Len et Luka avaient aussi disparu, probablement partis accomplir leur sombres desseins. Ils finirent par arriver à la conclusion que les deux gardes royaux étaient soit parties avec la sorcière, soit avaient réussi à s'enfuir pour retourner au château. Ne pouvant rien faire de plus, ils retournèrent auprès de Lapis pour débattre de son cas.

SeeU s'assit dans un coin pour tenter de trouver une formule dans le grimoire tandis que Merli et Meiko observaient attentivement la pierre qui constituait le corps de la princesse. Ne pouvant rien faire pour aider, Kaito et Miku partirent en exploration pour trouver des objets pouvant leur être utiles. Ils revinrent une demi-heure plus tard avec des provisions, des sacs, des armes, des cordes solides et quelques potions. Ils apprirent que malgré ses efforts, SeeU n'avait pas trouvé de formule adéquate. Meiko, quant à elle, n'avait pas le matériel nécessaire tandis que Merli manquait trop d'expérience pour se risquer à essayer quelque chose. Il fut donc convenu de transporter Lapis dans son état actuel jusqu'au château.

Ils attachèrent donc Lapis avec une corde, mais celle-ci était trop lourde pour être trainée. Kaito la prit donc sur ses épaules et commença à avancer avec difficulté. Merli prit les chevilles de son amie et les souleva, allégeant ainsi quelque peu son poids. Ainsi, la troupe se mit en marche… pour s'arrêter devant le marécage.

- La statue est beaucoup trop lourde, elle calerait au fond en quelques secondes, fit remarquer Kaito en posant la princesse pétrifiée sur le sol.

- Qu'est-ce qu'on peut faire?, demanda Miku. Le contourner?

- Ben…, dit alors SeeU. Il y a un moyen, mais…

- Pas de mais, la coupa Merli, on y va!

SeeU pris la tête de la troupe et les conduisit à l'arrière de la maison. elle s'arrêta devant un tas de pierre et en prit une avant de rebrousser chemin. De retour à l'avant, elle prit son élan et lança la pierre le plus loin qu'elle put dans le marais. Les autres crurent qu'elle avait perdu la tête lorsque, dans un tremblement de terre, un sentier de pierre de 50 centimètres de large sortit de la boue, traversant le marécage d'une rive à l'autre.

Kaito repris Lapis sur son dos et Merli l'aida à nouveau en prenant les chevilles de la statue. Ils commencèrent à avancer, SeeU en tête, suivie de Meiko, Kaito, (Lapis), Merli et Miku fermant la marche.

Ils avancèrent à bon rythme jusqu'à la moitié du marécage. Soudain, Miku se pencha sur Merli et lui chuchota à l'oreille:

- Je ne veux pas te faire peur, mais il y a une araignée sur ta jambe…

- QUOI?!, s'exclama Merli.

Sans prendre le temps de vérifier, Merli hurla et lâcha les jambes de Lapis pour se frotter frénétiquement les siennes. Déséquilibré par ce soudain changement de poids, Kaito, chancela, perdit l'équilibre et s'approcha dangereusement du bord de la pierre. Il se reprit un instant, mais le poids de la statue le fit chavirer et il vit l'eau marécageuse se rapprocher à toute vitesse. Il tomba tête première dans l'eau, rapidement suivi de Lapis qui l'écrasa de tout son poids.

- Haaa! s'écria Merli. Gomen'nasai! C'était un accident… L'araignée…, tenta-t-elle de se justifier en bégayant.

- De quoi tu parles?, demanda Miku en se retenant de rire. Il n'y a pas d'araignée… Tu délires ma pauvre!

- Mais… Tu… Je…, bégaya Merli en réalisant qu'elle s'était faite avoir.

Meiko tira sur la corde, qui était heureusement restée sur Lapis, et commença à tirer pour permettre à Kaito de se relever. SeeU se joignit rapidement à elle, suivit de Merli qui pestait contre elle-même. Miku, elle, savoura sa victoire sur son ex, mais empoigna la corde pour faire bonne mesure. Au bout de nombreux efforts (sauf de Miku), la statue revint sur la terre ferme et Kaito remonta sur la pierre, les vêtements trempés et glissants. Merli s'excusa auprès de lui maintes et maintes fois et ils reprirent leur route. Au trois quarts du chemin de pierre, Miku fit semblant de trébucher et tomba vers Merli, mais celle-ci la vit venir et la poussa habilement dans le marécage. Les autres se mirent à rire et la jeune fille aux cheveux verts dégoulinants remonta en grognant. Ce fut le dernier incident de parcours jusqu'à la fin de la traversée.

Au même moment, à l'orée de la forêt encerclant le château, Kiyoteru, le remplaçant en chef, vit venir à la course Hibiki, le jeune éclaireur. Le jeune garçon se planta devant son supérieur et salua rapidement avant de faire son rapport.

- Hiyama-Taicho! s'exclama-t-il. Ennemis en vue! Approximativement mille créatures d'origine inconnue!

- Donnez l'ordre d'attaquer à vue et avertissez le roi! répondit Kiyoteru.

- Osu!

Il repartit à la course tandis que le grand brun à lunettes dégainait son arme et se mettait en position de combat. Quelques secondes plus tard, celui-ci put apercevoir une créature semblable à un lion, mais avec des ailes d'aigle et une queue se terminant avec une tête de serpent. On aurait dit une chimère, à quelques différences près. Il attendit que le monstre se rapproche avant de se lancer sur lui, l'arme levée.

Une centaine de mètres plus loin, Hibiki avertissait les soldats surveillant la forêt du danger. Il avait beaucoup de travail à faire, car un soldat était posté à tous les cinquante mètres. Heureusement, Piko, le deuxième éclaireur aux cheveux blancs, s'occupait de la partie nord de la forêt pendant que le brun ratissait le sud. Au bout de 15 minutes, il avait presque fini sa partie lors qu'un hurlement bestial lui fit ralentir sa course. Cinq cent mètres plus loin, il aperçu un corps allongé. Pas de chimère en vue, il se lança dans cette direction, même s'il était probablement trop tard.

Soudain, il se rappela quelque chose. La partie de Piko finissait à cet endroit. Il courut de plus belle. À cent mètres, le jeune éclaireur reconnut la personne sur le sol. Toutes ses craintes se solidifièrent alors qu'il atteignait le jeune garçon en hurlant son nom.

-PIKO!

Hibiki s'écrasa aux côtés des son ami et vit de profondes marques rouges jurant sur son uniforme blanc. Il avait les yeux fermés. Le jeune brun posa son oreille contre la poitrine de Piko et soupira. Son cœur battait faiblement et il respirait irrégulièrement, mais il était vivant. Il le prit dans ses bras du mieux qu'il put avec l'intention de le ramener au château lorsque le blessé ouvrit les yeux.

- Danger… murmura Piko avec difficulté. Te… Ru… Poison…

- Chut, le reprocha Hibiki. Ne parle pas, tu es grièvement blessé, repose-toi et ménage tes forces. je vais te porter au château.

- Non… geignit faiblement le blessé avant de sombrer dans l'inconscience.

Soudain, une cloche se mit à sonner depuis le château. Hibiki s'immobilisa, car il savait parfaitement ce qu'elle signifiait. Le château était attaqué et il ne pourrait pas entrer par la porte principale. Il devrait donc passer par le quartier des domestiques. Ce serait plus long, mais c'était un mal nécessaire pour sauver Piko.

Une quinzaine de minutes plus tard, il arriva à l'infirmerie, à bout de force. Le jeune brun posa son ami sur un lit vacant et le regarda un instant. Hibiki espérait sincèrement que le blanc s'en sortirait. Il releva la tête et aperçut Oliver sur un lit voisin. Surpris, il s'approcha et s'aperçut qu'il dormait profondément. Ne voulant pas déranger les malades et les blessés de l'infirmerie, Hibiki repartit pour accomplir sa deuxième mission, même s'il se doutait que le roi était déjà au courant de l'attaque.

En effet, dans la cour du château, la bataille faisait rage. Partout, des corps de lions mutants gisaient sans vie, parfois accompagnés de soldats morts ou blessés. Tous combattaient férocement et sans relâche, sans qu'aucun côté ne semble l'emporter. Du haut d'un balcon dûment protégé, le roi et la reine regardait la scène avec désolation. Ils ne pouvaient rien faire pour aider et se sentaient impuissants.

Plus bas, de nouveaux adversaires arrivèrent pour grossir les rangs des mutants. En effet, Rin et Len venaient de se poser au milieu de la cour et avaient commencé à attaquer en se servant de leur capacités animales et Teru (Teto et Neru combinées) venaient de défoncer le pont-levis et se déchaînaient, tourbillonnant autour des soldats, en laissant plusieurs sans vie. La balance venait de pencher, et pas dans la bonne direction.