Nami les fixa tour à tour, puis sourit enfin. Elle se sentait bien. Avec eux.
Elle s'assit à la table, et regarda autour d'elle. La pièce où ils étaient était étrangement calme, et surtout, vide.
- Sanji-kun ? Où sont les autres clients ?
- Ils n'ont pas accès à cette pièce.
- Comment ça ?
- C'est parce qu'ici, c'est la salle V.I.P., répondit-il en se relevant.
- La salle V.I.P. ?
- Exactement. Il y a longtemps, Luffy nous as, disons, sauvés de la catastrophe. Du coup, il vient déjeuner ici de temps en temps, et on lui réserve la meilleure table. C'est en guise de remerciement.
Toujours la même lueur de respect. Nami regarda Luffy à son tour.
Ma parole, c'est une espèce de bon samaritain, ou quoi ?
- En tous cas, ma chère Nami-swan, veux-tu un cocktail pour désaltérer ton palais si délicat ? Et pour Robin-chwan, j'imagine que tu veux comme toujours un café noir ?
- Pourquoi pas, répondit Nami tandis que Robin acquiesçait.
- Quel parfum ?
- Mandarine, vous avez ?
- Oui, je vous apporte cela tout de suite, déesses de mon cœur ! répondit Sanji, avant de repartir dans un tourbillon « love-love ».
Nami soupira. Comme elle l'avait pensé plus tôt dans la journée, les Mugiwara étaient vraiment unis, liés d'un lien beaucoup plus fort qu'elle ne l'aurait imaginé. Enfin, pour l'instant, elle s'activa plutôt à choisir son repas parmi ceux proposés dans la carte du menu, et qui semblaient tous plus alléchants les uns que les autres.
East Blue - Quartier Kokoyashi – Vingt-et-une heures.
Nami se roula en boule sur son lit. Elle était sidérée. Elle n'arrivait pas à y croire ! Elle allait rester seule, une année entière ?
Un peu plus tôt dans la journée :
Vers sept heures du soir, Nami était rentrée, complètement crevée. Elle avait passé un après-midi génial en compagnie des Mugiwara, et le repas qu'elle avait dégusté au déjeuner était tout simplement exquis.
- Nojiko, je suis rentré ! Lança-t-elle en retirant ses chaussures, debout, devant la porte d'entrée.
- NAMI ! MONTE DANS MA CHAMBRE ! Répondit Nojiko, d'un air furieux.
La rousse se dirigea donc vers la chambre de la concernée, se demandant ce qu'elle avait bien put faire pour que sa sœur ait l'air aussi en colère. Quand elle arriva à la chambre, elle trouva cette dernière plongée dans un fouillis indescriptible qui régnait dans les lieux, et sa sœur, toujours en furie, qui jetait pêle-mêle des vêtements dans une valise ouverte sur le lit, tout en proférant un flot continu de jurons que je préférerais ne pas retranscrire ici.
- Noji…ko ?
- Ah, tu es là, Nami. Bon écoutes, je suis désolée, mais mon –biiiiiiiiip- de patron m'a annoncé aujourd'hui à peine qu'il allait me muter ailleurs. Comment ça je ne vous avais pas prévenu, j'ai complètement oublié, espèce de –biiiiiiiiip- !
- Tu vas être mutée ? Dans une autre ville ?
- Non, un autre –biiiiip- de pays ! A West Blue !
- Mais, c'est carrément de l'autre côté de la terre !
- Je sais. Nojiko s'arrêta, prit une inspiration profonde, et jeta le pantalon qu'elle avait dans la main dans sa valise, avant de pousser un soupir à fendre l'âme et de se rediriger un peu plus calmement vers son armoire. Ecoutes, je vais y rester une ou deux années, et je vais essayer de t'envoyer chaque mois de quoi payer l'électricité, l'eau, et à manger. Je préférerais que tu prennes un ou une colocataire, je n'aime pas l'idée de te laisser seule, sans parler que tu pourrais te remettre à ruminer dans ton coin. N'oublies pas de bien verrouiller la porte chaque nuit. Je dois prendre le vol de nuit de huit heures, alors, j'y vais. Tu m'accompagnes à l'aéroport ?
Nami acquiesça sans trop comprendre de quoi il retournait, et accompagna sa sœur, qui était assez inquiète et soucieuse de l'attitude ahurie de sa sœur, jusqu'à l'avion, puis elle retourna chez elle, et s'assit sur son lit, où elle était à présent. Elle repassa en boucle ce qui s'était passé, et elle émergea enfin de son mode « bug ». Les événements de la soirée lui revinrent avec une force monstrueuse, lui martelant le crâne.
Elle allait donc rester seule pour une durée longue et indéfinie ? Elle rapprocha encore plus ses genoux, et sentit les larmes lui monter.
Seule. Seule. Seule.
Ce mot se répétait sans cesse dans sa tête, chaque fois avec une force nouvelle. Pourquoi le sort s'acharnait-il contre elle ? Ne pouvait-elle donc pas être heureuse ? Elle essuya les larmes qui perlaient sur ses yeux d'un geste rageur. Elle s'était promis de ne plus pleurer ! De plus, ce n'était que pour une ou deux années ! Elle survivrait, même si elle restait seule !
Un coup de sonnette la tira de ses pensées. Elle jeta un coup d'œil à la montre qui indiquait vingt et une heures. Il était tard, et elle n'attendait personne. Elle se releva, et descendit les escaliers. Par la lunette, elle aperçu trois visages qu'elle reconnut immédiatement. Elle ouvrit la porte.
- Yo ! Lança un Luffy toujours aussi souriant, accompagné de Robin et de Sanji.
Elle les fixa d'un air suspicieux en se pinçant les lèvres. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ?
- Garp-san, le grand-père de Luffy, était toujours occupé, dit Robin en réponse à sa question muette, tandis que Luffy se dirigeait déjà vers le salon, se comportant comme s'il était chez lui, ce qui ne manqua pas d'agacer la jeune rousse.
- Et pourquoi vous êtes venus chez moi, précisément ?
- La maison la plus proche.
Cette dernière soupira, vaincue. Effectivement, sa demeure n'était qu'à deux pâtés de maison de la maison de Luffy. Elle invita les autres à enter, et Sanji proposa de préparer le dîner, histoire de se rendre utile.
- Sanji-kun…, commença Nami d'un air hésitant, alors qu'elle l'aidait dans la cuisine.
- Oui ? Un problème, Nami-swan ? Lui répondit-il, les yeux rivés deux couteaux, en vérifiant leur tranchant.
- Pourquoi Robin est toujours avec Luffy ?
- Elle habite avec lui, dit-il mécaniquement d'un air nonchalant, l'air d'avoir choisi le bon couteau.
- Pardon ?
- Robin… n'aime pas vraiment rester trop longtemps dans un même endroit. Même si elle a de quoi s'acheter une maison, elle ne préfère pas, répliqua-t-il, tout en coupant des légumes avec un professionnalisme incroyable.
Nami était tellement obnubilée par ses gestes et son expertise, que le « pourquoi ? » qu'elle s'apprêtait à prononcer se noya dans sa gorge. Sanji leva les yeux vers elle, sourit.
- Tu peux me passer le soja, s'il te plaît ?
- Ah… Euh.. Le soja ? Tout de suite, fit-elle en lui tendant le légume.
- Quand elle avait huit ans, reprit Sanji, son village a été brûlé. Elle avait toujours grandit en orpheline, mais ce jour-là, sa mère était réapparue. Malheureusement, elle avait du se sacrifier pour permettre à Robin de s'enfuir de l'incendie. Depuis, elle a été placée dans plusieurs foyers d'accueils, et tous n'étaient pas vraiment agréables avec elle. Elle a fait aussi partie de quelques organisations de malfaiteurs, pour pouvoir vivre. En un mot, Robin vivait du côté obscur. Puis, elle nous a rencontrés. Elle est entrée comme professeur à East Blue High depuis quelques années maintenant. Elle change sans cesse de maison, c'est une sorte d'habitude chez elle, comme pour mieux se protéger.
Il soupira. Nami nota qu'il n'avait pas utilisé l'habituel « Robin-chwan » et en conclut qu'il était vraiment sérieux. Elle se plongea dans ses pensées. Elle n'aurait jamais cru que Robin avait un passé aussi horrible. Elle frissonna.
- C'est prêt !
Sanji saisit le plat qu'il venait de préparer, et qui avait l'air absolument délicieux soit dit en passant, et le posa sur la table de la cuisine qui faisait aussi office de salle à manger, tandis que Nami prévenait Luffy et Robin. Une fois qu'ils furent tous installés, ils commencèrent à manger.
- Tu as l'air d'avoir une idée derrière la tête, Cook-san, fit remarquer Robin.
Ce dernier sourit de l'air de celui qui venait de concocter un plan machiavélique.
