Bonsoir mes chatons !

Bienvenue au nouveaux et merci aux habitué(e)s pour votre soutien sans faille (L)

Je reviens vers vous après une rude semaine chargée en boulot (Miam des cours jusqu'à 22h..), en concerts et en soirées (ma dernière intégration snif) !

Apparemment, mon petit message à la fin du chapitre précédent à réussi à en convaincre quelques uns d'entre vous Hihi !

mimi70 : Merci Mimi ! Bon d'accord, j'ai 23 ans si cela t'intéresse =)

Miluzine96 : oui Eva est un personnage assez épique dans son genre ! Quant à l'évolution de sa relation avec Bucky, tu en demandes peut-être un peu trop Haha !

Ego mibo orch : Comme je te l'ai dit en MP, enchantée et bienvenue ! Merci et c'est toujours plaisant de retrouver des lectrices de l'Aube bleue par ici =)

Mirlana : Tu as parfaitement raison, Captain a eu le dossier de Bucky dans le film, mais pour le bon déroulement de cette histoire, j'ai pensé qu'il devait bien exister des copies dans le coffre de Pierce ;) Courage pour ta fiction, j'irai y faire un tour cette semaine, PROMISJURE, et si d'autres sont intéressés, passez donc voir : Enjoy the ride !

Rose-Eliade : Disons que pour cette histoire, Stern n'a pas été mis en prison, comme tu pourras le constater par la suite =) Hélas chère Rose, la chasse aux reviews m'est bien connue depuis ma fiction précédente, qui avait également un taux de visites journalières assez conséquent !

Hinata des bois : Merci (L) Je ne sais pas si on peut encore parler de rapprochement, mais il est certain qu'un duo est en train de se former =)

Bee : Salut et bienvenue Bee, j'espère que cette suite te plaira !

Kizzie Ann : Merci et ne t'inquiète point, tes reviews sont un petit bol d'air frais et sont plus constructives que tu ne le penses ! Et oui, je tente d'insérer quelques touches d'humour, à petites doses bien entendu =)

FalathrimQUEEN : Oh ouiiii, tu gagnes le prix de la meilleure blague de la semaine avec ton SALUSTUCRU (titre honorifique il s'entend, il n'y a rien de concret à gagner=). Ravie que Trouble Woman te plaise, zoubis !

MiaWatson : Je deviens maître dans le retournement de situation ! Merci (L)

MMSSR : Oh mais tu as tous les droits ! Ton chapitre préféré ? Tu m'en vois flattée =)

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La semaine dernière, la gagnante était Hinata des Bois !

question : Tout le monde a pu voir que tu as un vrai talent d'écriture et que tu adores lire, mais comment fais-tu pour réussir à trouver tes idées d'histoire et les mettre en forme?

réponse : Je ne sais pas si on peut parler de réel talent, mais passons =)

Avant de me lancer dans l'écriture d'une fiction, j'y réfléchi plusieurs mois, je laisse mariner plusieurs idées, je les notes dans un petit carnet. Parallèlement, je tente de les organiser, de former une trame plausible et d'inventer des personnages crédibles. J'en profite également pour me documenter un maximum. J'insiste bien sur le fait d'attendre avant de se lancer dans l'écriture. Par exemple, pour Trouble Woman, l'idée m'est venue juste après avoir vu le film au cinéma, puis j'ai laissé l'idée se développer jusqu'en Juillet, c'est-à-dire jusqu'à ce que toute la trame soit posée, et je me suis lancée dans l'écriture d'une quinzaine de chapitres avant de commencer à poster le premier, afin d'en avoir toujours d'avance !

Concernant les idées en elles-mêmes, j'ai une imagination assez développée ! Mais il est certain qu'il faut beaucoup se cultiver pour la nourrir. Je lis pas mal, je vais au cinéma une fois par semaine, je voyage régulièrement, j'écoute beaucoup de musiques, je m'intéresse à l'art... BREF ! Toutes ces informations récoltées me servent certainement à écrire par la suite =)

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La gagnante de cette semaine est ... MMSSR !

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Bonne lecture à tous =)


Charlotte Gainsbourg - Time of the assassins : watch?v=-RSRmQ6WiUU


Chapitre 9 : sur la route

La lumière du jour filtre à travers mes paupières. Ce doit être la matin, mais je n'ai pas le courage d'ouvrir les yeux. Je n'ai pas envie de revenir à la réalité. Un léger ronflement finit par avoir raison de mon sommeil. Mes paupières papillonnent quelques secondes avant que mes yeux se fixent directement sur mes pieds. Il est toujours là, le soldat de l'hiver, endormi dans le canapé et à moitié avachi sur l'accoudoir. Son vrai bras repose négligemment sur mes mollets. Je grimace de dégoût mais je n'ose pas bouger. Ma vessie devient douloureuse, et bientôt, l'envie de me lever est trop forte.

Je me redresse en position assise et attrape son bras le plus délicatement possible. Je sens le cuir épais sous mes doigt alors que je le soulève lentement. Mes yeux ne quittent pas son visage. Les siens sont toujours clos, mais ses sourcils se froncent légèrement. Je poursuis mon mouvement et parviens à dégager mes jambes du canapé. D'un geste lent, je repose son bras avant de me lever. Je lui adresse encore un regard. C'est étrange de le voir dormir. Sa respiration est calme et régulière. Cet acte banal le rend un peu plus humain à mes yeux.

Je repense soudain au dossier de l'HYDRA, et à la photographie de son visage figé dans la glace. James Buchanan Barnes. Je peux enfin mettre un nom sur son visage. Mais pas James. Trop intime. Barnes plutôt, cela permet de garder une distance vitale entre nous. Un frisson me traverse l'échine et m'oblige à sortir de ma contemplation. Je me dirige alors silencieusement vers la salle de bain.


Lorsque je retourne, nouant mes cheveux encore trempés par la douche, Barnes n'est plus dans le canapé. Il vide tous les placards et rassemble tout dans son immense sac de sport. Il ne semble plus fatigué du tout. Ses yeux se lèvent rapidement vers moi.

- Va vider la salle de bains, m'ordonne-t-il en me balançant un second sac. Nous partons.

Je me retourne en soupirant et m'exécute. J'attrape tout ce qui traine, serviettes, vêtements sales et puants, savons... et fourre tout sans ménagement dans le vaste sac. Mon cœur se serre lorsque j'y ajoute mes vêtements encore couvert de sang. Je reviens ensuite dans le séjour, et Barnes n'y est plus. La pièce est aussi vide que la salle de bain à présent. C'est comme si personne n'était jamais venu ici. J'entends une portière claquer depuis l'extérieur, et quitte la cabane, refermant la porte derrière moi.

J'aperçois Barnes s'affairer dans le coffre à travers les vitres sales du pick-up. Mes pieds foulent le sol jonché de rosée jusqu'à la voiture. Il est tôt. A l'Est, le soleil traverse à peine les feuillages des grands arbres, et le ciel est baigné d'une douce lumière orangée mêlée de mauve. J'entends les oiseaux gazouiller et les insectes ramper dans la forêt. Le coffre se referme et Barnes se dirige vers la portière côté conducteur. Mes doigts se posent sur celle côté passager. Celle-ci est encore trempée par l'humidité de la nuit. Je grimpe à l'intérieur et essuie ma main dans mon survêtement.

Le moteur gronde au milieu des bois silencieux, et le pick-up se met en route. C'est alors que je la sens. Une odeur lourde et âpre de renfermé et de viande avariée.

- C'est quoi cette odeur ?!

Ses yeux restent fixer sur le sentier poussiéreux alors qu'il fait un léger mouvement de tête vers l'arrière de l'habitacle. Je comprends aussitôt ce à quoi il s'affairait dans le coffre quelques instants plus tôt. Le goût amer du vomi emplit ma bouche. Je tente d'arrêter de respirer par le nez tout en détournant le regard. Mais je ne peux m'empêcher d'imaginer le corps de l'agent de l'HYDRA plié dans le coffre. Ce même coffre où j'ai moi-même été transportée quelques jour auparavant. J'ouvre la fenêtre et approche au plus près mon visage de l'air frais.

Bientôt le sentier se termine et nous arrivons sur une route plus fréquentée. Mais au lieu de tourner à droite en direction de Washington, Barnes se dirige vers la gauche. J'ose lui adresser un regard interrogateur, mais il m'ignore royalement. Nous roulons presque une heure, jusqu'à atteindre les bâtiments limitrophes d'une petite ville. Barnes emprunte alors un nouveau sentier et s'enfonce dans une forêt moins dense que celle dans laquelle nous étions. Le pick-up est secoué par les trous et les graviers du chemin, et je suis obligée de m'accrocher fermement à mon siège pour rester en place. Au bout de quelques kilomètres, le sentier tourne et s'élargit. Il freine violemment et je suis projetée vers le tableau de bord. La ceinture me coupe la respiration. J'ai envie de lui hurler dessus, mais en moins d'une seconde il descend du pick-up.

Le coffre s'ouvre et il hisse quelque chose sur son dos. J'ai tout juste le temps d'apercevoir le crâne de l'agent avant de bondir hors de la voiture. Je m'éloigne de plusieurs mètres, mais déjà l'odeur de putréfaction envahit le sentier. Je me retiens de vomir et observe bouche-bée Barnes installer le corps derrière le volant du pick-up. Il sort ensuite les sacs et les jette sur son dos avant de s'affairer à l'avant. Je ne distingue pas ce qu'il fait, mais il s'éloigne rapidement après avoir claquer la portière. Il me rejoint et m'attrape par le bras brutalement avant de m'entrainer derrière les premiers arbres. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qu'il se passe qu'une détonation retentit, faisant trembler le sol sous nos pieds. Le bruit est puissant et me laisse un bourdonnement aiguë dans les oreilles, alors qu'un souffle cheud me balaye le dos. Je me retourne et constate que le pick-up a explosé. Il brûle au beau milieu du sentier. Barnes s'en rapproche alors, et je le suis docilement.

Je reste à ses côtés et nous contemplons en silence la danse des flammes qui sortent de la voiture et qui lèchent la carrosserie. Même à plusieurs mètres, la chaleur du feu me picote le fumée noire monte dans le ciel et j'imagine que c'est l'âme de l'agent. Noire. Elle se fait balayer par le vent frais à mesure que l'odeur de brulé devient plus intense.

Barnes finit par se détourner. Je l'aperçois du coin de l'œil repartir sur le sentier. Je reste encore un moment à regarder le cadavre de la voiture crépiter, avant de courir pour le rattraper. Je me sens encore étourdie par le bruit de l'explosion. Nous remontons tout le sentier. Mes pieds deviennent rapidement douloureux. J'entends Barnes soupirer lourdement à mon encontre. Je tente d'accélérer mais il nous faut tout de même une bonne demie-heure avant d'arriver à l'embouchure du sentier. J'aperçois le route à une dizaine de mètres, mais mon bras est à nouveau saisi et je suis entrainée vers la forêt.

Nous longeons la route, invisibles, à l'abri des arbres jusqu'à arriver aux premiers bâtiments. Il ne fait presque aucun bruit en avançant, contrairement à moi. Les brindilles craquent sous mes pas et mon jogging se frotte aux feuillages bas dans un bruissement sonore. Il s'arrête tout à coup et s'abaisse derrière un buisson, le regard rivé vers un parking en contrebas. Je me cache à ses côtés. Une tension puissante émane de tout son corps. Mon ventre se noue.

- Tu vois l'arrêt de bus là haut ? Me murmure-t-il soudain.

J'acquiesce après avoir repéré l'abri désert à une centaine de mètres, le long de la route passante.

- Je t'y retrouve dans cinq minutes.

Je me relève et m'apprête à sortir des bois. Mais ses doigts métalliques enserrent soudainement mon poignet, me retenant dans mon élan.

- Si tu parles à quelqu'un ou si tu tentes de t'échapper, tu finiras comme lui, me dit-il froidement en m'indiquant la forêt.

Je dégage mon bras vivement et quitte la cachette, tout à coup désireuse d'être loin de sa carrure menaçante. Je descends la pente conduisant au parking et commence à me diriger vers l'arrêt de bus sans me retourner. Ma colère bout mais je tente de garder une allure calme. Arrivée à découvert, une vague de panique me traverse. J'ai soudain peur que quelqu'un me reconnaisse. Après tout, je suis toujours recherchée par la police. J'abaisse la capuche du survêtement sur ma tête, dissimulant partiellement mon visage et continue d'avancer vers l'arrêt de bus. Il n'y a pas grand monde dans la rue, et personne ne lève les yeux vers moi. Il faut dire que je dois avoir une allure de clocharde, vêtue de ce jogging sale bien trop large pour moi. Une fois arrivée, je m'installe sur le banc en soupirant et observe les alentours. Je tente de repérer Barnes mais il n'est nulle part.

Une vieille dame arrive dans mon champ de vision. Elle s'avance doucement sous le auvent de l'arrêt de bus et me jette un regard méfiant. Sa canne frôle le sol d'un bruit régulier. Elle s'assied à l'extrémité du banc le plus loin possible de moi. J'ai soudain honte de mon apparence.

Je pourrais tout lui dire. Tout déballer.

Une berline noire s'arrête à mon niveau et je reconnais aussitôt la silhouette imposante derrière le volant. Mes pensées s'estompent et je monte docilement dans la voiture qui redémarre immédiatement. L'intérieur de l'habitacle sent le cuir et le neuf. Je soupire d'aise au contact du siège confortable, et ne ressens aucune compassion pour le pauvre propriétaire qui ne va pas tarder à constater le vol.


Il est bientôt midi et nous sommes encore bien loin de Washington. Je repense sans cesse au pick-up brulant dans la forêt. Mon ventre émet soudain un gargouillement sonore, que je tente de contenir en l'enserrant dans mes bras.

- Il reste une boite à l'arrière.

Ce sont les premiers mots qu'il m'adresse depuis que nous roulons, et sa voix me fait presque sursauter. Je jette un coup d'œil aux sac de sport avant de grommeler :

- Plutôt mourir que manger encore une de ces conserves.

Je regrette aussitôt mes paroles mais il hausse les épaules d'un air nonchalant. Je reporte mon attention sur la route en souprirant. Malheureusement, la faim commence à avoir raison de moi. Pile au moment où un nouveau gargouillement retentit, nous dépassons une pancarte indiquant un Diner à un kilomètre.

- On pourrait s'y arrêter, dis-je soudain pleine d'espoir.

Il reste impassible. Les lignes de la route défilent, nous rapprochant du Diner. J'aperçois bientôt ses néons clignotant à travers les arbres. A ma grande surprise, la voiture ralentit et pénètre sur le parking à moitié rempli. Je jubile intérieurement tandis que Barnes coupe le moteur et se tourne vers moi.

- On ne parle à personne, me dit-il sérieusement. On commande, on mange et on s'en va. Mets ça, poursuit-il en me tendant sa casquette de baseball.

Je l'attrape et retient une grimace de dégoût face à l'odeur de transpiration de la casquette jaunie. Je l'enfile sans rien dire, trop heureuse d'avoir réussi à le convaincre. Il quitte la voiture satisfait et je le suis jusqu'à l'entrée. Une carillon retentit lorsque la porte s'ouvre et nous pénétrons dans la salle emplie de rock'n roll. Une serveuse rousse s'approche de nous, vêtue d'une robe des années 50.

- Bienvenue, nous dit-elle chaleureusement. Pour deux personnes ?

- Oui, à l'écart.

La serveuse nous dévisage et mon corps se tend. La voix de Barnes est froide et sévère, comme d'habitude. Je m'avance alors et attrape son avant-bras. Je sens la dureté et la froideur du métal à travers sa veste en jean.

- Oui s'il vous plait, dis-je alors. Un petit coin tranquille pour deux.

La serveuse semble se détendre.

- J'ai ce qu'il vous faut, me répond-elle en m'adressant un clin d'œil.

Nous la suivons à travers la salle, jusqu'à une alcôve où deux banquettes en skaï bleu se font face de part et d'autre d'une petite table. La serveuse y dépose les menus et s'éclipse en souriant. Je m'écarte aussitôt de lui, lâchant son bras immobile, et vais m'assoir. Il me rejoint dans un silence de plomb.

Je commence à douter, venir ici n'était sans doute pas une si bonne idée. Être assise en face de lui dans un restaurant, même miteux, est surréaliste. Cet homme qui m'a kidnappée et qui a menacé de me tuer... Lui qui respire le danger et la violence. Lui avec qui j'ai vu bruler un homme. Je n'ose pas lever les yeux et les plonge donc dans le menu. Ma bouche s'emplit de salive en voyant défiler les noms des plats.

Je l'entends soudain soupirer discrètement, et lui jette un regard curieux par dessus mon menu. Il contemple le sien et a l'air perdu. Une ride s'est formée sur son front alors qu'il gratte sa barbe de sa vraie main d'un air peiné. Je me demande alors s'il connait les plats proposés. C'est étrange de le voir complétement démuni dans une situation pourtant si banale. Lui qui vient de voler une voiture si facilement i peine une heure. Un sentiment étrange m'envahit. Je suis partagée entre le dégout qu'il m'inspire et la pitié de le voir ainsi.

- Le burger a l'air bon, dis-je alors dans un murmure.

Il lève ses yeux bleus perçants vers moi et semble surpris par mes paroles. Je sens le rouge me monter aux joues. Après quelques secondes, il acquiesce silencieusement et ferme son menu.


J'ai englouti mon plat si rapidement que mon estomac en est douloureux. Mais je soupire d'aise tout en m'appuyant dans le fond du dossier. Cela faisait plus de quatre jours que je n'avais pas mangé un repas chaud. Je me sens remplie et comblée, comme si tous mes problèmes étaient repoussés au portes de ce restaurant miteux. Barnes a mangé également avec appétit. Je faillis éclater de rire en voyant son visage parcouru par le plaisir quand il a croqué son burger, comme s'il n'en avait jamais mangé. Mais je me suis retenue. Quelque chose me dit qu'il ne l'aurait pas si bien pris. Et je ne voulais pas gâcher ce bref moment de répit.

Je l'aperçois se tendre soudain devant moi. Je lui lance un regard interrogateur et il se lève rapidement pour toute réponse.

- On s'en va, dit-il avant de m'attraper.

Il me pousse vers le comptoir alors que j'aperçois la raison de son soudain changement d'humeur. Un homme d'une cinquantaine d'années nous dévisage. Enfin plutôt me dévisage. Une bouffée de panique m'envahit. Il m'a reconnu. J'arrive au niveau du comptoir en tremblant. La serveuse est obligé de me répéter deux fois le montant de l'addition avant que je ne parvienne à payer. Des gouttes de sueur perlent sur mon front, là où la casquette entre en contact avec ma peau. Barnes me presse. Lorsque je me retourne, l'homme m'observe toujours. Il est à côté de la porte et nous nous approchons de lui. Je baisse la tête et, alors que nous le dépassons, il m'interpelle.

- Mademoiselle !

Nous nous tournons vers lui. Je sens Barnes se planter dans mon dos et plonger la main dans sa veste, où il a caché son pistolet. J'ai soudain encore plus peur de sa réaction que de celle de l'étranger. Je sens les regards des autres clients se poser sur nous. J'ai l'impression que je vais m'évanouir.

- Dites-moi, est-ce une Huskies originale ?

Je le regarde, interloquée et incompréhensive.

- Votre casquette, poursuit-il.

Oui...

- C'est une pièce rare ! Je n'en ai pas vu depuis trente ans !

- Oui, j'ai beaucoup de chance, dis-je dans un murmure.

Barnes me pousse alorsvers la porte. Une fois dehors, j'inspire l'air à plein poumons. Mon dos est trempé de sueur. Mes jambes deviennent coton et je peine à rejoindre la voiture. Je m'effondre lourdement sur le siège en soupirant. J'ôte la casquette et la balance à l'arrière alors que Barnes s'installe derrière le volant.

- J'ai cru qu'il m'avait reconnu, dis-je plus pour moi même tout en tamponnant mon front baigné de transpiration.

- Il va falloir faire quelque chose pour tes cheveux, se contente-t-il de répondre avant de mettre le contact.


Nous atteignons Washington en fin d'après-midi, juste au moment où il commence à pleuvoir. C'est le bruit des gouttes fines s'écrasant sur le pare-brise qui m'a réveillé. Un voile épais de nuages gris recouvre à présent le ciel bleu. Barnes s'engage sur la rocade fréquentée et nous contournons une bonne partie de la ville. Le pick-up emprunte une sortie et je repère rapidement les enseignes de motels bon marché. Nous nous arrêtons devant l'un d'eux, le plus modeste, se développant seulement en rez-de-chaussée.

Il descend et attrape les sacs, et je le suis jusqu'à la réception située à l'extrémité du motel. La porte grince lourdement et nous pénétrons dans la petite pièce baignée de la lumière pâle d'un néon. Un crâne chauve s'élève derrière le comptoir démodé. Barnes s'en approche et je reste partiellement dissimulée derrière lui.

- Bonsoir, nous dit le vieux. Une chambre pour deux ?

- Oui, se contente de répondre Barnes.

- Avec des lits jumeaux, dis-je en m'avançant légèrement paniquée.

Le réceptionniste nous adresse un regard avant d'attraper des clés.

- C'est trente dollars la nuit, payables d'avance.

Barnes se tourne vers moi, et je soupire avant de sortir mon porte-monnaie. Lorsque je paye, ma main effleure celle fripée du vieil homme et un frisson traverse tout mon corps. Je m'écarte rapidement et baisse la tête afin de cacher au mieux mon visage.

- Chambre 14, au bout de la galerie. Bon séjour.

Barnes attrape les clés et me pousse vers l'extérieur. Nous longeons les portes des différentes chambres. Certaines sont éclairées mais beaucoup ont les rideaux tirés. Il commence à faire froid et je resserre la veste autour de moi alors que nous arrivons au niveau de la chambre 14. Un tour de clé plus tard, nous pénétrons dans la pièce, et la porte se referme brutalement derrière moi.

Mes yeux balayent la chambre démodée et restée dans son jus. Les murs lambrissés sont ternes, les lits bordés par des couvertures usées à la couleur indéfinissable, et une vieille télé est posée sur une table éraflée. Je me dirige vers la porte entrebâillée au fond de la pièce, et découvre une petite salle de bain aux murs entièrement recouvert de carrelages roses délavés par le temps. Si on m'avait amenée quelques jours plus tôt dans un endroit pareil, j'aurais pris mes jambes à mon cou. Mais aujourd'hui, après toutes ces nuits passées dans la cabane, cette chambre prend des airs de palace. J'entends Barnes s'affairer à côté. Je m'enferme et entreprend de me décrasser.


La chambre est vide et silencieuse lorsque j'y retourne, ma veste de jogging à la main. Je m'arrête dans l'embrasure de la porte. Un frisson traverse mon corps alors que mes bras se couvrent de chair de poule. Tout est trop calme...

A peine cette pensée m'effleure qu'un poids s'abat sur mes avants bras, me les plaquant contre mon corps tremblant. Je sens immédiatement la froideur du métal se presser contre ma peau nue alors que son corps brulant se plaque dans mon dos. Sous la surprise, je ne parviens pas à crier, ma voix reste bloquée au fond de ma gorge. Je suis poussée vers le lit. Mes genoux butent contre le matelas, et je m'écroule en avant. La panique m'envahit. Aussitôt tombée sur le lit, je me retourne dans sa direction et tente de m'éloigner.

Il a revêtu son armure. Je reste un instant interdite en observant son allure militaire. Il en profite pour me saisir les avant-bras d'un geste rapide et précis et me les tire au-dessus de la tête. Je suffoque. Une pression froide et acérée s'applique tout autour de mes poignets. Je tente de me débattre, mais mes bras restent bloqués. J'ose un rapide coup d'œil vers mes poignets et constate qu'ils sont menottés à la tête de lit.

- Détache- moi ! Dis-je en croisant son regard impassible.

Je secoue mes bras de toutes mes forces en haletant. Je ne comprends pas. Des larmes d'appréhension perlent au coin de mes yeux.

- Détache-moi ou je hurle.

Son corps s'éloigne du mien. Il semble soupeser ma demande. Mes yeux plongent dans les siens et je me laisse absorbée une fois de plus par l'océan glacial de ses iris. C'est pourquoi je ne vois qu'au dernier moment sa main métallique arriver près de mon visage. Je tente de m'éloigner, mais la prise autour de mes poignets est trop forte et je parviens seulement à m'enfoncer dans le matelas. Je m'apprête à hurler, mais au moment où ma bouche s'ouvre, sa main s'approche et me fourre un bout de tissu à l'intérieur, étouffant mon cri. Le lit grince.

Je ferme les yeux. Pendant un instant, je crois qu'il va me violer. Ou me tuer. Je gémis contre le tissu m'étouffant à moitié. Mes joues sont baignées de larmes. Mais rien ne se passe. J'ose soulever mes paupières, et constate qu'il est debout près de la porte, un sac sur son épaule.

- Reste tranquille. Je reviens dans deux heures, me dit-il sans une once de remord.

Il attrape l'affichette « ne pas déranger » de la chambre d'hôtel. Celle que les gens mettent d'ordinaire lorsqu'ils passent des moments agréables. Quelques secondes plus tard, la porte claque, envoyant un courant d'air froid dans la pièce, et je me retrouve seule.

Fin du chapitre.


Bonne semaine, Ciao !