Neuvième vol : L'alouette, la chasseuse et le paon, raconté par Scorpius Malefoy

« Quand j'ai vu Albus quitter la table, j'ai ressenti comme un pincement au cœur. Je m'étais bien sûr douté que je ne devais pas m'attendre à des miracles, malgré notre discussion. Néanmoins, je ne pus m'empêcher d'être déçu. Nous n'avions échangé que de simples politesses et, déjà, il disparaissait. Il faut me comprendre : chaque jour, j'avais l'impression que mon amour était plus grand, plus fort. J'ai regardé mon assiette d'un air vide. Brusquement, je n'avais plus faim. Je décidais donc de faire une petite balade dans le château, pour ne pas rester assis à rien faire. Marcher un peu, au hasard, vous comprenez ? »

Albus leva les yeux au ciel et secoua la tête d'un air désespéré avant de toussoter le moins discrètement du monde derrière sa main. Scorpius lui jeta un regard noir puis il reprit d'un ton agacé :

« Bon, peut-être que je ne me baladais pas au hasard. Peut-être que j'essayais de retrouver Albus, pour voir où il était parti si vite, alors que le dessert n'était pas encore servi.

- Scorpius est incroyablement curieux…

- Tu ne peux pas arrêter de m'interrompre pour souligner tout ce que je dis d'un de tes commentaires ?

- Non. »

Scorpius émit un grognement.

« Tu pourrais être plus gentil avec moi, surtout après tout ce que j'ai fait pour toi. »

Le jeune homme blond se détourna d'Albus pour s'adresser à Anna sur un ton plus confidentiel.

« Albus refuse de l'avouer mais ce jour-là, j'ai fait bien plus que de…Bon, je vais commencer par le début sinon vous n'allez rien comprendre.

Je cherchais Albus depuis quelques temps déjà quand j'ai fini par demander à un Poufsouffle de première année s'il ne l'avait pas vu… »

FLASH BACK

Scorpius commençait à avoir mal aux pieds, à force de chercher Albus partout. Il en avait marre. Ce château est trop grand, songea-t-il. Puis il aperçut, au bout du couloir désert, un innocent Poufsouffle de première année. Il se précipita pour le rattraper et l'interpella :

« Eh toi ! La demi-portion ! »

Il agrippa l'épaule du gamin et le fit pivoter vers lui, son expression la plus menaçante sur le visage. Le jeune garçon se mit à trembler comme une feuille : Scorpius mesurait bien trente centimètres que lui et il était plutôt impressionnant, avec ses traits durs.

« Eh, tu n'as pas vu Albus Potter ?

- Pa…Pardon ?

- Albus Potter ! Et ne me dis pas que tu ne le connais pas, c'est un Potter ! Tout le monde connaît les Potter. »

Le gosse baissa les yeux sur ses chaussures.

« Oui, je sais, elles sont magnifiques tes chaussures en pointure dix. Maintenant, tu réponds à ma question ou je te jette un mauvais sort. »

Pour étayer ses dires, Scorpius tira sa baguette de sa poche et la pointa sur la poitrine du Poufsouffle. Celui-ci se mit à pleurer, ce qui n'arrangea en rien la mauvaise humeur de Scorpius.

FIN DU FLASH BACK

« Pour dire que, sincèrement, je n'étais pas aidé dans ce château… Enfin, entre les sanglots et les balbutiements incompréhensibles, j'ai fini par saisir qu'Albus s'était rendu dans la Tour d'Astronomie. J'y suis donc allé, espérant que cet imbécile ne m'avait pas raconté n'importe quoi.

Heureusement pour lui, j'étais encore dans l'escalier que j'entendais déjà des éclats de voix au sommet de la Tour. Je me suis tapi dans l'ombre des marches et j'ai tendu l'oreille.

- Cette fille…

- Qu'est-ce qu'il t'a pris de lui demander de sortir avec toi, aussi ?

- Bah, franchement, je ne sais pas trop. »

FLASH BACK

« Tu penses vraiment que parce que tu es un Potter, tu peux avoir toutes les filles que tu veux ? Eh bien, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'aux aisselles, Albus. Je n'ai jamais manifesté le moindre intérêt pour toi ! s'écriait une voix dégoûtée de fille.

- Ouais, renchérit une autre, plus grave. Ton père est peut-être un héros, mais toi, tu n'en restes qu'un ado comme tout le monde.

- Je n'ai jamais rien prétendu de… »

La voix d'Albus. Scorpius s'aplatit contre le mur, les sourcils froncés. Visiblement, le jeune garçon avait des ennuis.

« Tu n'as peut-être rien dit de tel mais tu le penses forcément, à la façon que tu as de te pavaner dans ce château !

- Je ne me…

- Suffit ! Tu n'as pas fini de nous contredire ? Le message est clair : tu ne l'intéresses pas. Ellis s'en fiche de toi. Et si tu veux vraiment savoir, moi aussi.

- Encore heureux, murmura Albus. T'as vu ta tête ? »

Il y eut un bruit de gifle et le cœur de Scorpius bondit dans sa poitrine. Sur la pointe des pieds, il gravit les dernières marches, retenant sa respiration. Il vit très vite une bande de cinq filles qui coinçaient Albus contre un mur. Celle du milieu était très belle et elle braquait sa baguette magique sur le jeune homme. Ce dernier semblait ne pas en mener large.

« Ne parle pas comme ça à mes amies ! s'écria la jolie fille. Si tu m'aimes, donne-moi un minimum de respect. »

Les autres rirent sournoisement et Albus baissa les yeux, si bien qu'il n'aperçut pas Scorpius, qui jaillit de l'obscurité, sa propre baguette brandie.

FIN DU FLASH BACK

« J'ai réussi sans peine à les faire déguerpir. J'inspire beaucoup plus de respect qu'Albus, c'est étrange, non ? Je pense que cela tient à ma confiance en moi-même, ou peut-être à la manière dont je me tiens…

- En tout cas, tu as été brillant.

- Merci, mon chéri. En tout cas, j'ai dû leur faire peur et nous nous sommes retrouvés seuls, tous les deux. J'ai rangé ma baguette et je me suis avancé vers lui. Il semblait profondément attristé par la réaction de cette fille.

- Je pensais l'aimer. Et chacun de ses mots ont été comme des sorts qui m'ont fait redescendre brutalement sur Terre.

- Oui, je l'ai vu. Je me suis senti très mal, sur l'instant, lorsque je l'ai compris. Ton regard trahissait la douleur d'être rejeté et j'entendais presque ton cœur se briser dans ta poitrine. Ou peut-être que c'était mon cœur à moi qui se brisait. Devant tout cet amour que je portais déjà et que, sans le savoir, tu réduisais à néant. J'aurais voulu fuir, t'éviter à nouveau. Mais cela aurait été en total incohérence avec nos promesses alors je suis resté. »

Les deux hommes échangèrent un regard brûlant. Ils se rapprochèrent sur le canapé, leurs mains se serrèrent plus fort. Anna les fixait, impatiente de connaître la suite.

« Oui, tu es resté avec moi. Je ne disais rien et donc tu n'as rien dit non plus. Nous sommes restés ainsi, dans le silence le plus complet, pendant…Je ne sais pas combien de temps. Une éternité. Ma gorge me brûlait, mes yeux me piquaient mais je me suis retenu de pleurer. Puis, maladroitement, tu es venu vers moi.

- Et je l'ai serré dans mes bras. J'ai serré Albus contre moi et cette fois, je n'étais pas sous l'effet d'une potion quelconque. C'était merveilleux. »

Scorpius ferma les yeux de bonheur à l'évocation de ce souvenir. Albus passa un bras autour de sa taille, l'embrassa passionnément.

« Albus m'a demandé pourquoi. J'ai répondu que c'était ce que faisaient les amis, quand l'un avait de la peine. »

Ils resserrèrent leur étreinte. Scorpius semblait dévorer le visage d'Albus, sa bouche se promenant partout sur sa peau, ses mains sur son corps. Entre deux baisers, le jeune homme brun parvint à articuler, certes péniblement, les paroles suivantes :

« J'étais dans les bras de Scorpius quand j'ai réalisé qu'il était vraiment quelqu'un de fantastique. Qu'il était là pour moi, alors qu'Ellis, la jeune fille que j'aimais, n'avait fait que de m'humilier, avec ses amies. Je me sentais tellement bien dans les bras de Scorpius. J'aurais voulu que cet instant ne finisse…Jamais. »

Il se détacha lentement de Scorpius, mais ses yeux restèrent rivés sur lui. Ainsi, ils ne remarquèrent pas qu'Anna, dans son siège, était partagée entre un certain nombre de sentiments contradictoires. Elle avait à la fois envie de les interrompre, car cela commençait à bien faire, cependant leur histoire l'émouvait plus qu'elle ne voulait bien l'avouer.