La réplique de Molly en sortilèges vient de Daring D... l'auteure n'a pas pu résister. C'était très approprié :)

Titre du chapitre: «Bang the Doldrums», Fall Out Boy.

Elle saignait.

Bellatrix regarda une tache d'une vive couleur écarlate se former au bout de son doigt et enfler lentement en une seule gouttelette brillante, qui oscilla dangereusement pendant un moment avant de tomber, éclaboussant les contours nets et argentés du nom T.E. Jedusor.

C'était stupide, vraiment.

Le nom n'avait aucune signification particulière, après tout. Ce n'était même pas un nom de sang-pur. Mais il avait quelque chose d'étrangement familier. Elle avait l'impression, allez savoir pourquoi, qu'elle devrait en connaître la signification, devrait savoir pourquoi le nom se baladait juste hors de portée de sa compréhension et la frustrait de son caractère familier qui faisait écho dans sa conscience. Il avait quelque chose d'interdit, et pendant un instant Bella se sentit de nouveau comme une enfant, rendue perplexe par ce qu'elle avait obtenu en espionnant sans scrupules des conversations évoquant sexe, violence et conflits familiaux. Mais Jedusor n'était personne. Jedusor n'était rien. Et Bella était tout simplement incapable de s'expliquer le choc qu'elle avait ressenti à la vue de son nom.

Elle était fatiguée, décida-t-elle enfin. Sa retenue avec Rusard tirait à sa fin, et elle était affamée. Vraiment, il était plus probable qu'elle se soit coupé le doigt, la piqûre l'éveillant de l'état d'hébétude proche du somnambulisme dans lequel l'ennui l'avait plongée, puis qu'elle ait remarqué le nom.

Elle essuya le sang en hâte avec sa manche et repoussa brutalement le trophée sur l'étagère, s'efforçant d'ignorer la voix insistante dans sa tête qui lui disait que ce n'était pas vrai, qui lui disait qu'elle avait vu le nom en premier, et qu'elle s'était coupée à cause du choc. Elle toucha de nouveau les étranges initiales du bout du doigt, perdue dans ses pensées, et puis elle se ressaisit.

- Et voilà, lança-t-elle à voix haute, une irritation mordante dans la voix. Propre comme un sou neuf! Je peux y aller maintenant?

Elle avait ramassé son sac et était à mi-chemin de la Grande Salle avant que Rusard ait eu le temps de répondre.

Ces retenues s'avéraient plus épuisantes que même elle s'y était attendue, réalisa Bella, en se laissant tomber sur une chaise en face de Narcissa à leur table. Franchement. Elle était en train de craquer. Elle resta silencieuse un moment, méditant cela, et puis elle regarda Narcissa en plissant les yeux, tapotant impatiemment le côté de son assiette avec sa fourchette. Sa soeur saisit tout de suite et se mit à manger plus rapidement, évitant son regard.

- Je déteste cet endroit, déclara Bella. Pour qui se prennent-ils? Les retenues, je peux comprendre. Mais des retenues avec un Cracmol? Est-ce qu'ils savent à quel point c'est répugnant, au moins?

Silence.

Bella se renfrogna.

- Cissy, dit-elle d'un ton sec. Je te parle. Ne m'ignore pas.

Narcissa sursauta.

- Qu... quoi? balbutia-t-elle.

- Je te parlais, répéta Bella en fronçant les sourcils.

Comme elle s'en était doutée, Narcissa n'était pas assez idiote pour désobéir à un ordre direct venant de sa soeur. Alors quand Bellatrix lui disait de manger, elle mangeait. Le problème, c'était qu'elle devenait très étrange en le faisant. Bella avait dit à Lucius, un jour, que cela ne la dérangeait pas de voir Narcissa pleurer. Ce n'était pas la stricte vérité. Cissy semblait au bord des larmes en permanence ces jours-ci, et cela la faisait se sentir coupable de manière injuste, même si ce n'était pas comme si elle avait la moindre raison de se sentir coupable. Elle faisait juste manger sa soeur, et Cissy n'aimait peut-être pas ça aujourd'hui, mais un jour elle se rendrait compte que tout ça, c'était pour son bien. Bella tira vers elle une tourte au boeuf et aux rognons qui se trouvait à sa portée, décidant que le mieux, c'était de faire semblant de ne pas voir les efforts pathétiques de Narcissa pour ne pas pleurer devant son dîner, et d'ignorer le fait que cela la perturbait.

Alors Bella fixa son attention sur une poivrière à la gauche de Narcissa, et fit semblant de ne pas voir Cissy renifler dans sa soupe.

Le temps qu'arrive le mercredi, Bella commençait à se dire qu'elle risquait de s'écrouler d'épuisement, ou de craquer complètement et de faire quelque chose d'insensé, comme détruire l'école par le feu pendant son sommeil. Toutes ses journées, après tout, étaient occupées par des cours ou une quelconque retenue, et elle passait ses nuits à veiller dans la salle commune, remplissant frénétiquement des rouleaux de parchemin avec des dissertations sur les guerres géantes et sur des potions rares, ou lisant des livres sur des sortilèges. Elle commençait à avoir l'impression que sa tête allait bientôt exploser, tous les sortilèges complexes et les faits idiots jaillissant de ses oreilles comme de l'eau du tuyau percé d'une fontaine. Elle ne s'était jamais sentie aussi submergée par quoi que ce soit de toute sa vie, et ce n'était pas un sentiment agréable. Le problème, c'était qu'elle ne voyait rien sur quoi elle aurait pu faire un compromis. Résultat, elle se retrouvait à griffonner des dissertations à la table du petit déjeuner, gardant un oeil sur Cissy et insérant par erreur des mots comme «harengs», «porridge» et «thé» dans des dissertations sur les sortilèges Protéiformes et les manticores. Elle avait brièvement envisagé d'ordonner à Lucius de l'aider, mais il saurait alors exactement à quel point elle se débattait, et la pensée de son petit sourire du genre «Je te l'avais bien dit» était exaspérante. Cela, décida-t-elle, c'était trop cher payé pour l'aide qu'il pourrait lui fournir, quelle qu'elle soit. En plus, elle dépendait déjà de Lucius pour trop de choses, et au plus vite ce serait fini, au plus elle serait contente. La dernière chose qu'elle voulait, c'était que Malefoy persiste dans cette fausse conviction qu'il avait, qu'elle avait besoin de lui, d'une manière ou d'une autre. Bella n'avait besoin de personne, ou du moins c'était ce qu'elle aimait à penser.

Quand arriva mercredi soir, Bella commençait à penser qu'elle avait peut-être émis cette idée un peu trop vite. Une escouade entraînée de sorciers tueurs à gages me rendrait bien service, là, tout de suite, se dit-elle d'un air malheureux, pour me débarrasser de la moitié du personnel.

- Je hais McGonagall, déclara-t-elle, saisissant un première année par l'oreille et le virant d'un fauteuil dans la salle commune pour pouvoir s'y écrouler, totalement éreintée.

Lucius leva les yeux.

- Je suis d'accord, dit-il avec raideur, agitant sa baguette et libérant un espace sur la table pour que Bella puisse commencer ses devoirs.

Elle récompensa ses efforts d'un regard noir.

- Je la hais, répéta-t-elle d'un ton venimeux, puis elle hésita. Pourquoi est-ce que tu es d'accord avec moi? demanda-t-elle, suspicieuse.

Lucius haussa les épaules.

- Un jour, je l'ai entendue dire à Flitwick qu'elle n'avait aucune idée de pourquoi Albus (sa lèvre se recourba) m'avait nommé préfet. Depuis, je suis assez violemment opposé à cette femme.

- Oh, je vois.

Bella sortit son cahier de métamorphose, le fixa d'un oeil noir, puis regarda Lucius en fronçant les sourcils.

- Et pourquoi est-ce que Dumbledore t'a vraiment nommé préfet?

- Je n'en suis pas sûr, admit Lucius. Ca impliquait un discours assez étrange sur les choix et les directions à prendre dans la vie... Honnêtement, je ne suis pas sûr d'y avoir compris un mot.

Bella le dévisagea.

- Laisse-moi deviner, dit-elle enfin. Tu as souri et hoché la tête et fait semblant de comprendre.

Lucius fronça les sourcils, sincèrement décontenancé.

- Bien sûr. Je n'allais pas lui dire que je n'avais aucune idée de ce qu'il racontait. Je ne suis pas idiot, tu sais.

Bella étouffa un rire.

- Bien sûr que non. Où est Cissy? demanda-t-elle d'un seul coup. Tu l'as vue au dîner?

Lucius la dévisagea.

- Non, dit-il lentement, perplexe. Pourquoi est-ce que je chercherais ta soeur au dîner?

- Je t'ai demandé si tu l'avais vue, idiot, pas si tu l'avais cherchée. Je ne suis pas une imbécile, je sais bien que tu n'allais pas la chercher. Ca n'aurait absolument aucun sens.

Lucius roula des yeux.

- Je pense que c'est elle, là-bas, dit-il d'un ton léger.

Il montra du doigt le siège que Bella occupait habituellement à l'autre bout de la pièce, et la petite fille blonde qui y était recroquevillée, se rongeant nerveusement les ongles. On aurait dit qu'elle parlait à quelqu'un. Un garçon aux cheveux raides et ternes, et aux épaules voûtées.

Bella croisa son regard et la fixa d'un oeil noir jusqu'à ce que Cissy saisisse le message et s'avance lentement vers la cheminée.

- Salut, Bella, dit-elle d'un ton nerveux.

Bellatrix ne prit pas la peine de retourner le salut.

- Je ne t'ai pas dit d'amener le sang-mêlé, dit-elle d'un ton irritable. Pas vrai?

Rogue se retourna pour partir, son expression neutre s'aigrissant plus vite que du lait tourné. A leur stupéfaction à tous les deux, cependant, Narcissa le saisit par le poignet.

- On était en train de parler, dit-elle d'un ton déterminé.

Pour sa défense, seule sa lèvre inférieure tremblait.

- Il m'aidait pour mes devoirs, continua-t-elle. Je ne peux pas les faire sans lui.

Même le regard meurtrier de Bellatrix sembla incapable de la dissuader, alors Bella céda de mauvaise grâce.

- Très bien, dit-elle d'un ton sec. Qu'il reste, puisque tu le veux tellement.

Elle regarda Cissy s'asseoir sur le canapé et tirer Rogue à côté d'elle.

Lucius eut un petit sourire tout en trempant sa plume dans l'encrier sur la table et en continuant sa dissertation. Il semblait trouver l'insubordination de Narcissa vaguement amusante, ce qui horrifiait Bella. Lucius n'avait aucun sens de l'humour après tout, et ce n'était même pas drôle. Cissy ne sembla pas s'en rendre compte. Elle se mordillait la lèvre, occupée à essayer de déchiffer une dissertation tellement longue que le parchemin tombait de ses genoux et traînait par terre. Elle s'arrêtait régulièrement, au bout de quelques minutes, pour demander à Rogue de lui expliquer quelque chose. Bella les regarda un moment, bouillant de rage, et puis elle réalisa qu'il y avait un meilleur moyen de se débarrasser de sa colère.

- Je hais McGonagall, dit-elle d'une voix forte, se penchant confortablement en arrière sur sa chaise et focalisant son attention sur Cissy. Je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait mise en retard pour le dîner.

Cissy se raidit, et Rogue lui jeta un bref regard.

Bella regarda sa soeur en plissant les yeux.

- Je suis surprise que tu n'en aies pas parlé, dit-elle à voix basse. Après tout, je pensais qu'on s'était mises d'accord pour que tu m'attendes après mes retenues. Tu as dû attendre terriblement longtemps. Tu étais probablement morte de faim.

- Mais non, marmonna Cissy, un léger rosissement montant de sa clavicule. Il n'y a pas de problème.

- Mm.

Bella émit un grognement de dédain, peu convaincue.

- En tout cas, moi oui. Alors je suis allée aux cuisines nous chercher à manger. Il faut bien que l'une de nous deux ait un peu de bon sens, je suppose. Tiens.

Elle mit la main dans son sac et en tira un paquet emballé contenant des sandwichs.

- Et ne dis pas que je ne suis pas gentille avec toi.

- Je n'ai pas faim.

Bella s'assit un peu plus droite, irritée.

- Bien sûr que si, tu as faim. Tu l'as vue manger quelque chose? demanda-t-elle à Rogue d'un ton sec.

Il sursauta, pris par surprise par la question.

- Quoi?

- C'est une question simple. Tu l'as vue manger? Oui... ou non.

Bellatrix le fixa d'un oeil noir, espérant communiquer au petit morveux les conséquences qu'aurait un mensonge. Il était d'ores et déjà sur un terrain glissant. Tôt ou tard, il finirait par tomber... et si tu me mens, tu tomberas beaucoup plus vite.

Rogue sembla très bien comprendre les conséquences qu'aurait un mensonge. Inconsciemment, il toucha sa gorge, et puis il déglutit... et secoua la tête.

Bella sourit.

- Bien. Ce n'était pas si difficile, pas vrai? J'ai horreur des menteurs, ajouta-t-elle sur le ton de la réflexion. Mange, Cissy, ordonna-t-elle, jetant les sandwichs sur les genoux de sa soeur avec un sourire menaçant.

Cissy ferma les yeux comme pour demander grâce, ou dans l'espoir de se réveiller d'un cauchemar. Quand elle les rouvrit, et vit que la nourriture était toujours là et qu'ils la fixaient tous, attendant, elle sembla prête à fondre en larmes.

- J'ai la drôle d'impression qu'il y a quelque chose que je ne saisis pas, intervint Lucius, faisant sursauter tout le monde.

- Il n'y a rien que tu ne saisis pas. Occupe-toi de tes affaires, ordonna Bella. Il n'y a pas de problème, pas vrai Cissy?

Narcissa la dévisagea. Son expression n'aurait pas été plus torturée si Bellatrix avait rempli ses chaussures de braises chaudes. Son regard passa rapidement de Bella à Rogue et tomba brièvement sur Lucius. Elle secoua la tête sans un mot, et puis elle prit le sandwich et mordit dedans, se frottant les yeux du dos de sa main.

- Bien, marmonna Bella, ignorant le regard de ressentiment que Rogue lui envoyait à présent, et l'expression étrange de Lucius. Passe-moi l'encre, Lucius. Il faut que je finisse cette dissertation ou ce crapaud de McGonagall me fera venir en retenue pendant mon sommeil.

- Tu avais dit que tu m'aiderais, siffla Bella, furieuse.

Lucius arqua un sourcil.

- Je m'en souviens, dit-il sèchement.

Bella lui donna un coup de pied sous la table, ignorant le regard réprobateur que lui envoya le professeur Flitwick.

- Ca fait des jours, continua-t-elle. Je n'arrive pas à croire que tu n'aies toujours entendu parler de rien.

- C'est le cas, dit Lucius d'un ton irritable, plissant les yeux en direction de Weasley et Prewett, qui occupaient le bureau devant les deux Serpentard et se regardaient dans les yeux avec amour.

Sans surprise, Flitwick ne se donna pas la peine de les réprimander. Bella se renfrogna. Tous les partis pris anti-Serpentard dans cette école étaient insupportables. Peut-être que Lucius déteignait sur elle, mais pour une fois elle se surprit à tomber d'accord avec lui: Poudlard allait vraiment à vau-l'eau. Cela n'améliorait pas les choses que chaque professeur pourvu d'une once de talent soit l'esclave de cet imbécile amoureux des Moldus de Dumbledore, et considère l'ensemble de la maison Serpentard comme une bande de fauteurs de trouble et de bons à rien. (Les partis pris anti-Dumbledore de Bella elle-même avaient été multipliés par dix ces jours derniers.)

- Oh, Arthur, murmura Prewett, interrompant ces pensées d'une amertume satisfaisante, tu sais que tu as toujours possédé mon coeur!

Lucius s'étrangla. Weasley ne lui accorda aucune attention. Au contraire, il tourna au rouge radis et serra la main de Prewett dans la sienne, dans un geste amoureux et plein d'affection.

Bella fixa le couple d'un regard meurtrier, dans l'espoir de transmettre un dégoût silencieux devant leur comportement. Cela eut l'effet inverse, cependant, comme ils ne la remarquaient même pas. Lucius les fixait toujours lui-même, avec une sorte d'horreur empreinte de répugnance, lorsque Bella lui donna un nouveau coup de pied.

- Arrête de t'intéresser à eux, dit-elle sèchement, et intéresse-toi à moi, tu veux? Donne-moi une réponse! Est-ce qu'il va me voir ou pas?

Lucius tira vers lui son cochon d'Inde et leva sa baguette, le transformant en jeu de croquet miniature. Il admira son oeuvre pendant un moment, jusqu'à ce que Bella pointe sa baguette dessus, avec un sourire suave, et fasse exploser le jeu de croquet.

Il soupira.

- Je ne peux pas te donner une réponse que je n'ai pas, dit-il. Tu vas devoir être patiente, voilà tout.

Bella le dévisagea d'un oeil noir.

- J'ai l'air patiente, d'après toi? rétorqua-t-elle d'un ton sec. Certains d'entre nous ont du sang dans les veines, figure-toi, Malefoy.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là? demanda Lucius tout aussi sèchement.

Bella se leva, entassant ses livres dans son sac avec mauvaise humeur.

- Je veux dire, riposta-t-elle, que certains d'entre nous sont un peu moins glacés que le lac noir, Lucius, ce qui leur permet de réagir plus vite. Je veux une réponse, et je la veux rapidement.

Elle sortit de la classe en trombe juste au moment où la cloche sonnait pour signaler la fin du cours. Flitwick, écrasé par la ruée des élèves qui fonçaient vers la porte, eut à peine le temps d'émettre un glapissement de protestation en la voyant partir si tôt, et Lucius fut bien trop lent pour la suivre. Il lui envoya simplement un regard irrité, puis sembla écarter la question, se distrayant plutôt avec un coup de coude dans les côtes de Weasley.

- Je veux une réponse, marmonna Bella pour elle-même tout en montant les escaliers en direction de sa retenue du jour, comme si d'une manière ou d'une autre, le fait de répéter ce refrain lui permettrait de faire se produire le fait qu'elle désirait. Et je la veux maintenant.


Dumbledore lui sourit.

- Bonsoir, Miss Black.

Bellatrix croisa les bras et fit de son mieux pour maîtriser un peu son humeur massacrante, histoire de sauver les apparences.

- Professeur, dit-elle d'un ton cassant.

Le sourire indulgent du directeur s'élargit un peu plus.

- Bonsoir, Miss Black, répéta-t-il, du ton de cordialité empruntée que les autres personnes avec qui elle faisait ses retenues avaient abandonné depuis longtemps.

Bella se renfrogna.

- Bonsoir, professeur, récita-t-elle, agacée.

Elle s'assit sans attendre qu'il le lui propose, et le dévisagea avec froideur, le mettant au défi de la réprimander pour son impolitesse. Le vieil homme se contenta de rire, comme s'il trouvait son insolence enfantine mais amusante, et ne fit aucun commentaire, ce qui agaça encore plus Bella.

- Et comment allez-vous ce soir? demanda-t-il.

Bellatrix se renfrogna, ne se sentant pas d'humeur à jouer.

- Je suis contrariée, dit-elle d'un ton sec, le prenant au mot.

Ce ne fut que pour être prise au mot à son tour.

- Vraiment? demanda le vieil homme avec bienveillance, comme s'il était honnêtement intéressé par sa réponse. Pourquoi?

- Parce que, rétorqua sèchement Bella, j'en ai plus qu'assez des partis pris contre Serpentard dans cette école. Je trouve ça écoeurant.

Voilà, pensa-t-elle triomphalement, voyons ce que vous allez répondre à ça.

Dumbledore fronça les sourcils. Pendant un instant il parut sincèrement déconcerté.

- Quels partis pris? demanda-t-il à voix basse. C'est une allégation plutôt sérieuse, Miss Black.

- Eh bien, c'est vrai.

- Et en quoi est-ce le cas?

- Chacun des professeurs de cette école pense que les Serpentard ne servent à rien, rétorqua Bella. Même Slughorn n'arrête pas de mettre son nez dans nos affaires ces temps-ci, à nous faire des leçons de morale et à retirer des points à sa propre maison! Comme si tous les autres professeurs n'en retiraient pas déjà assez... On doit travailler deux fois plus dur pour gagner des points d'un professeur, pour commencer, et cinq fois plus dur pour les garder. Ce qui est un exercice de motivation original, j'en suis sûre, mais n'est pas vraiment très juste, n'est-ce pas professeur? Pas quand le premier imbécile de Poufsouffle venu peut passer un arrosoir au professeur Chourave et gagner dix points, et quand n'importe quel crétin de Gryffondor, qui appartient comme par hasard à l'équipe de Quidditch, peut arriver en classe au lendemain d'un match et obtenir un nombre de points miraculeux pour la réponse la plus banale. Où est la justice là-dedans? Donner des points aux gens parce qu'ils sont bons, ou mieux encore, stupides... Où est la justice là-dedans? Ils n'ont rien fait pour gagner ce privilège. Et pourtant, quand un Serpentard ose suggérer qu'une ascendance sans tache remontant à 500 ans pourrait éventuellement légitimer une certaine reconnaissance... voyons. Ca tombe à plat tout de suite, parce qu'oh non, c'est de la discrimination! Je n'ai jamais entendu de telles bêtises de toute ma vie, acheva-t-elle d'un ton hargneux, le souffle court. Plus personne ne respecte les Serpentard. Apparemment nous ne sommes pas dignes de respect.

Dumbledore la dévisagea. Apparemment, il ne s'était pas attendu à une telle réponse.

- Avez-vous envisagé, dit-il enfin, que le respect est peut-être quelque chose qui doit se mériter, Miss Black?

- C'est n'importe quoi, répliqua Bella. Qu'est-ce que nous devrions faire de plus pour mériter le respect? Nous mettre à genoux et supplier? Je ne pense pas. Nous sommes intelligents, continua-t-elle. Nous travaillons dur, la plupart du temps, et nous sommes motivés, et ce que nous voulons, en général, nous l'obtenons. Nous sommes loyaux envers nos proches, et nous sommes fiers. Cette école ne devrait pas avoir un système de maisons si ce sont des qualités auxquelles elle n'attache aucune valeur chez ses élèves. Vous voyez, j'ai l'impression que quoi que nous fassions, ça ne sera jamais assez bien. Si le combat n'est pas juste, dit-elle avec passion, alors pourquoi devrions-nous nous battre de manière juste?

Dumbledore la regarda attentivement pendant une minute. Il ne semblait plus vraiment amusé.

- Je ne crois pas, dit-il lentement, que qui que ce soit ait mentionné un combat, Miss Black.

- La vie est un combat, rétorqua Bella. Un combat pour survivre, un combat pour devenir quelque chose, un combat pour qu'on se souvienne de vous quand vous serez parti.

Silence.

- Je ne crois pas que vous soyez particulièrement juste envers moi, Miss Black, dit Dumbledore d'un ton grave. Ou envers mon école. Le directeur de votre maison, le professeur Slughorn, était un Serpentard, et représente pour moi, encore aujourd'hui, un ami proche et un collègue estimé. Et que faites-vous de votre ami, Mr Malefoy? Il me semble certainement qu'il inspire plus qu'assez le respect. Il est, après tout, préfet-en-chef.

Bella émit un grognement de dédain.

- Seulement parce qu'il a léché les pieds de tous les membres du personnel pour en arriver là, dit-elle d'un ton hargneux.

Dumbledore la dévisagea jusqu'à ce qu'elle se tortille sur son siège, gênée. D'un côté, elle savait qu'elle devrait éviter tout contact visuel avec le vieil homme... d'un autre côté, sa fierté lui interdisait de détourner les yeux et de céder. Le silence s'éternisa de manière gênante, et puis quelqu'un frappa soudainement à la porte, et Bella sursauta. (Pas Dumbledore, ce qui était agaçant. Est-ce que rien ne pouvait décontenancer cet homme? Son calme constant, à vous donner le frisson, lui rappelait Lucius.)

- Entrez, appela-t-il, la regardant toujours, les sourcils froncés et l'air troublé.

Puis son regard quitta son visage. De manière surprenante, il ne cessa pas de froncer les sourcils.

- Miss Black, dit-il d'un ton curieux. Eh bien, en voilà une surprise.

Bella le dévisagea, perplexe.

- Je suis juste ici, professeur.

Dumbledore eut un petit rire, et une autre voix s'éleva.

- Salut, Bella.

Bellatrix sursauta de nouveau, se tournant sur son siège si vivement qu'elle se fit mal au cou. Elle frotta l'endroit douloureux et fixa sa soeur d'un oeil noir.

- Cissy, espèce d'idiote, qu'est-ce que tu fais ici? Je t'avais dit de m'attendre quand j'aurai fini. J'ai l'air d'avoir fini, d'après toi?

Narcissa rougit et jeta un coup d'oeil au directeur, comme si elle attendait qu'on lui donne la permission de parler. Il hocha gentiment la tête, et Bella réalisa que la petite bécasse avait vraiment attendu qu'il lui donne la permission de parler. Argh. Il y avait des fois où Cissy avait tellement peu l'air d'une Black que c'en était embarrassant.

- Alors? Qu'est-ce que tu veux? demanda sèchement Bella, décidant qu'elle n'allait certainement pas demander la permission de Dumbledore pour parler.

Si Cissy avait envie d'être obséquieuse, c'était son problème.

Narcissa déplaça le poids de son sac sur son épaule, l'air gêné.

- Um, eh bien...

Elle prit une profonde inspiration, et puis, à la grande surprise de Bella, détourna son regard de sa soeur et fixa plutôt le directeur d'un air implorant.

- Moi aussi, je me suis battue, dit-elle très vite. Ce jour-là dans la salle commune, avec Bella. Je me suis battue aussi, et c'est vraiment moi qui ai commencé, et je ne pense pas que ce soit juste que Bella soit punie et pas moi, parce que c'est en grande partie de ma faute et je devrais être punie aussi.

Elle avait tourné au rose vif, mais à la surprise de Bella, elle ne détourna pas le regard.

- Alors je veux aller en retenue moi aussi, acheva-t-elle. Avec Bella.

Bellatrix la fixa d'un oeil noir, muette de stupeur et incapable de décider si elle appréciait ce geste ridicule ou si elle en était outrée.

Dumbledore observa Narcissa pendant un long moment, ses yeux bleus plus pénétrants qu'à l'accoutumée, et puis il sourit.

- Asseyez-vous, Miss Black.

Narcissa bondit immédiatement sur la chaise à côté de Bella, et lança un regard d'excuse à sa soeur.

- Je suis désolée, murmura-t-elle tandis que Dumbledore traversait la pièce et commençait à parcourir rapidement le contenu d'une armoire environnante.

Bella plissa les yeux devant la conduite suspecte du directeur, puis elle se tourna de nouveau vers Narcissa.

- Je t'avais dit de ne pas faire ça, cracha-t-elle. Je t'avais expressément mise en garde. Pourquoi tu m'as désobéi? Et si tu tiens à ta vie, ne me sors pas un quelconque baratin à la Gryffondor comme quoi c'était ce qui était juste.

Narcissa se tordit les doigts sur ses genoux.

- Je voulais juste que tout redevienne normal, marmonna-t-elle. Comme c'était avant. Je ne veux pas que tu me détestes, Bella.

- Je ne te déteste pas, idiote.

Narcissa fixa ses chaussures.

- Si, murmura-t-elle. Je t'ai gâché tout le reste de ton année. Tu penses que je suis un monstre. Tu allais...

Elle se tut d'un seul coup.

- J'allais quoi? insista Bella.

- Rien, marmonna Cissy. Tu ne comprendrais pas.

Et ce fut tout ce que Bella parvint à en tirer, pendant une heure entière passée à parcourir la collection d'articles de la Gazette du Sorcier de Dumbledore depuis l'ascension de Grindelwald. Cissy mordit même à l'hameçon lancé par Dumbledore et sortit quelques répliques banales sur la magie noire quand il tenta d'entamer une conversation à ce sujet. Bella, n'étant pas dupe, ne serait-ce qu'une minute, de ces tentatives transparentes pour obtenir ses propres opinions sur le climat politique actuel, resta silencieuse, s'assurant ainsi que la discussion finisse par tourner court, et brouilla les pistes en harcelant Cissy sans arrêt, dans une tentative vaine pour découvrir ce qui se passait dans la tête de sa soeur.

Cela l'irritait de ne pas parvenir trouver de réponse.


- Je n'arrive pas à y croire.

Lucius s'assit très subitement et de manière très raide. Bellatrix, qui se débattait avec une dissertation extrêmement ennuyeuse sur la propagation des plantes en botanique, leva les yeux. Lucius semblait plus irrité et certainement plus perplexe qu'il ne l'avait été depuis des jours. Il fixait le mur sans le voir, fronçant les sourcils comme s'il essayait de trouver la manière exacte dont il avait été dupé. Bella posa sa plume, intriguée. Cela avait l'air potentiellement intéressant.

- Quoi? s'enquit-elle. Qu'est-ce que tu n'arrives pas à croire?

Lucius tapota l'accoudoir de sa chaise de ses doigts, perdu dans ses pensées.

- Slughorn m'a convoqué dans son bureau, marmonna-t-il.

Bella haussa un sourcil.

- Et? Qu'est-ce qu'il t'a dit? Que tu es l'enfant naturel secret de Dumbledore?

Elle rit de sa propre plaisanterie.

Lucius se raidit encore plus, si c'était possible.

- Non, dit-il sèchement. Ne sois pas ridicule.

Il prit une profonde inspiration, comme s'il s'armait de courage pour admettre quelque chose d'encore plus désagréable.

- Il a l'air de croire, continua-t-il enfin, qu'en tant que préfet-en-chef il est de mon devoir d'assister les plus jeunes élèves en difficulté. Il veut que je «m'occupe» de ta soeur.

Bella se redressa, attentive à présent.

- Quoi? Cissy? Pourquoi il ferait ça?

Lucius haussa les épaules.

- Qu'est-ce que j'en sais? Il doit penser qu'elle est en difficulté. Ce n'est pas ça l'important. L'important, c'est ce qu'il veut que je fasse pour arranger ça. Je ne connais même pas cette fille.

- Cissy n'a pas besoin que quiconque s'occupe d'elle, dit Bella d'un ton venimeux. Elle m'a, moi.

Lucius ne fit pas de commentaire. Bella se renfrogna et lui jeta son cahier le plus lourd, satisfaite qu'il grogne de douleur.

- Eh bien, Slughorn a l'air de penser que tu es incapable de t'occuper d'elle, dit-il sèchement. Même si moi, apparemment, il y a beaucoup plus de chances que je fasse ce qu'il attend de moi, quoi que cela puisse être, parce que j'ai une influence si positive pour inciter sa soeur à se contrôler.

- Oh, je vois. Oups.

Bella eut un rire cruel, oubliant momentanément son propre mécontentement en se rendant compte qu'elle pouvait en fait déjà en infliger un à Lucius: après tout, la perspective de servir de baby-sitter à Cissy n'était amusante pour personne. Certainement pas pour elle.

- Bon, amuse-toi bien, dit-elle d'un ton allègre. Tu dois être enchanté de cette, euh, responsabilité supplémentaire.

Elle émit un grognement méprisant.

- Etre l'ange gardien de Cissy. Tu vas détester ça, ajouta-t-elle avec délectation.

Lucius grogna.

- Je n'en doute pas.

Il fronça les sourcils.

- Je ne peux pas faire ça. Je ne sais pas comment gérer ta soeur. Regarde, dit-il d'un ton désespéré, fixant quelque chose juste en dehors du champ de vision de Bella. Elle s'est remise à pleurer! Qu'est-ce que je suis censé faire par rapport à ça, par Merlin?

Bella haussa les épaules.

- Cissy pleure tout le temps, dit-elle en bâillant. Ne fais rien. Elle finira bien par s'arrêter. Bon, en général c'est le cas.

- Ca semble un peu cruel, observa Lucius.

Bella se renfrogna.

- Ca l'endurcira.

- Je vois.

Lucius ouvrit un livre et se plongea dedans, mettant fin à la conversation de manière effective. Bella roula des yeux. La méthode principale de Lucius pour gérer ce qu'il ne comprenait pas semblait être de mettre la tête dans le sable.

- Tu vas devenir fou à t'occuper de Cissy, dit-elle d'un ton ravi.

- Je n'en doute pas, répéta Lucius d'une voix tendue.

Il eut un profond soupir.

- Je n'en doute vraiment pas.


Bella s'entraînait à la métamorphose sur une perruche et faisait mentalement la liste de ses sortilèges favoris, quand quelqu'un lui toucha l'épaule.

- Aïe.

Lucius se redressa, l'air légèrement agacé, et examina la brûlure sur le mur derrière lui.

- C'était vraiment nécessaire? s'enquit-il.

Bellatrix haussa les épaules.

- C'était vraiment nécessaire que tu me touches?

Lucius se renfrogna.

- Tu es peut-être bien la fille la plus exécrable que je connaisse, et certainement la plus violente.

Bella roula des yeux.

- Si moi je suis exécrable, qu'est-ce que tu es, toi?

- Je ne suis pas exécrable.

- Bien sûr que si. Cissy, dis-lui qu'il est exécrable, ordonna Bella, son regard tombant sur sa soeur, qui était assise en face d'elle, en train de faire ses devoirs.

Narcissa leva les yeux, interloquée.

- Mais... mais ce n'est pas vrai, balbutia-t-elle.

Lucius cligna des yeux.

- Merci, dit-il, surpris.

Il se retourna vers Bella.

- Tu vois?

Bellatrix jeta un regard meurtrier à sa soeur, satisfaite de voir Narcissa tourner à l'écarlate et fixer le sol.

- L'opinion de Cissy ne compte pas, dit-elle d'un ton acerbe. Cissy est une idiote qui pense qu'un sang-mêlé vaut la peine qu'on lui tienne compagnie.

Elle se tourna vers Lucius.

- Qu'est-ce que tu voulais, de toute façon?

Lucius haussa un sourcil.

- J'ai quelque chose pour toi, dit-il lentement, tirant de sa poche un morceau de parchemin. Mais peut-être que ce n'est pas le moment idéal. Tu as l'air de mauvaise humeur. Je te le donnerai plus tard.

Bella lui donna un coup de pied, agacée qu'il se contente de faire claquer sa langue et de se lever.

- Tes manières, Bellatrix, la réprimanda-t-il, glissant soigneusement la lettre dans la poche de sa chemise. Plus tard, décida-t-il, avec un petit sourire satisfait devant son expression horrifiée.

- Lucius, espèce de dandy albino et stupide, donne-moi ça!

La cloche l'interrompit, couvrant le reste du torrent d'injures de Bella. Elle se renfrogna, ravalant son cri de frustration, et se leva.

- Allez, dit-elle à Cissy d'un ton brusque. Dîner. Et tu ferais mieux de le manger vite si tu sais ce qui est bon pour toi.

Elle était à mi-chemin de la porte quand elle se rendit compte que Narcissa ne l'avait pas suivie. Sa petite soeur était toujours assise, figée, sur son siège près de la cheminée, et son visage était devenu d'une pâleur anormale même pour Cissy. Bella fronça les sourcils, reculant alors que le reste de la salle commune la dépassait en trombe, en route vers le dîner.

- C'est quoi, ton problème? demanda-t-elle d'un ton dur.

Cissy déglutit, secouant la tête.

- Je ne peux pas faire ça, Bella, murmura-t-elle. S'il te plaît... s'il te plaît, ne me force pas. Je ne peux plus faire ça.

- Quoi?

Cissy se mit à frissonner.

- Je ne peux pas faire ça, répéta-t-elle. S'il te plaît, ne me force pas, Bella. Je ne peux pas. Je ne peux vraiment pas. Je croyais pouvoir, mais... je ne peux pas faire ça.

Elle tremblait vraiment à présent.

- Tu es malade? demanda Bella avec appréhension.

Si Cissy avait attrapé quelque chose de contagieux, elle voulait rester à distance respectueuse.

Cissy secoua la tête. Bella plissa les yeux.

- Je ne le crois pas, dit-elle, indignée. Eh bien, il faut bien te faire cette justice, Cissy, tu deviens plus maligne. Mais ça ne marchera pas. Je pensais ce que j'ai dit. Je m'en fiche s'il faut que je te le fourre dans le bec: tu vas manger.

Elle saisit sa soeur par le bras et essaya de la tirer de sa chaise. Mais Cissy résista, se débattant.

- Je ne peux pas, haleta-t-elle. Bella... je ne peux pas... je ne peux pas... je...

Ses yeux s'écarquillèrent et sa poitrine se mit à monter et à descendre rapidement. On n'aurait pas dit qu'elle arrivait à respirer. Bella la regarda bouche bée, frappée d'horreur.

- Cissy, arrête ça tout de suite! ordonna-t-elle.

- Peux... pas... bégaya Cissy.

Elle ferma un poing et se servit de l'autre pour le presser contre sa poitrine, pile au centre juste sous ses côtes, comme si elle essayait d'empêcher son coeur de jaillir de sa cage thoracique. Cela n'eut pas l'air de marcher. Tout au contraire, le problème semblait empirer, et Bella réalisa que si cela ne s'arrêtait pas bientôt, Cissy allait tourner au bleu. Cela faisait presque cinq minutes que la cloche avait sonné, et la salle commune était vide à présent, à l'exception de Malefoy et de Rogue.

- Lucius! cria-t-elle. Aide-moi! Maintenant!

Cissy s'accrocha à son bras.

- Je n'aime pas ça non plus, siffla Bella, mais je... argh, je n'arrive pas à croire que je suis en train de dire ça... j'ai besoin d'aide.

- Bon sang, qu'est-ce que...

- Ferme-la, Lucius! coupa Bella. Tu peux aider sans parler.

- Pas si je ne sais pas ce qui ne va pas, répondit Lucius d'un ton sec.

- C'est évident, ce qui ne va pas, rétorqua Bella. Elle n'arrive pas à respirer.

Pour la défense de Lucius, il ne perdit pas plus de temps à demander pourquoi. Il leva simplement sa baguette et la pointa sur Cissy.

- Anapneo!

- Ca ne marchera pas.

La voix supplémentaire, à laquelle personne ne s'attendait, appartenait à Rogue.

- Ca ne marchera pas, répéta-t-il, ignorant l'expression furieuse de Bella. Il n'y a rien qui bloque ses voies respiratoires.

Lucius fronça les sourcils, laissant voir de la surprise devant le simple fait que Rogue connaisse la signification de l'incantation.

- Qu'est-ce qui ne va pas chez elle, alors? demanda-t-il d'un ton impérieux.

Rogue déglutit nerveusement.

- C'est une crise de panique, dit-il d'un ton pressant. Ma mère en fait, je sais à quoi ça ressemble. Il faut que vous la fassiez respirer dans un sac en papier, ou quelque chose comme ça.

Bella rit.

- Un sac en papier? dit-elle d'un ton de dérision. Pour qui tu me prends?

Rogue se renfrogna.

- Tu ne penses donc jamais à personne à part toi-même? Elle n'arrive pas à respirer!

- Espèce de petit...

Bella se tut un instant plus tard, cependant, comme Lucius l'interrompait avec le dernier mot auquel elle se serait jamais attendue.

- Impero! s'écria-t-il.

Bella et Rogue le dévisagèrent en silence, bouche bée. Bella ne savait pas ce qui était le plus stupéfiant, le fait que Lucius vienne de jeter un Sortilège Impardonnable à sa soeur... ou le fait que cela ait marché.

Les yeux de Cissy devinrent vitreux en un instant, et sa respiration s'apaisa. Ils la dévisagèrent tous en silence, la regardant respirer.

- C'est... c'est illégal, dit Rogue d'une voix mal assurée, brisant le silence.

Lucius lui jeta un regard perçant.

- Tu vas me dénoncer? demanda-t-il d'un ton glacial.

Rogue secoua la tête si vivement que Bella aurait pu jurer avoir entendu un craquement.

- Bien.

- Waou, murmura Bella, agitant une main devant le visage de sa soeur. C'est... incroyable.

Cissy ne montra aucun signe indiquant qu'elle pouvait les entendre.

- Est-ce qu'elle a la moindre idée de ce qui lui arrive? demanda Bella, curieuse.

Lucius secoua la tête.

- Non, dit-il d'une voix tendue. Elle ne fait pas attention à nous parce que je ne lui ai pas ordonné de nous remarquer. Je ne lui ai donné qu'un seul ordre. De tout oublier pour se contenter de respirer.

Il resta silencieux, son regard fixé sur les traits immobiles et d'un calme proche de celui d'un cadavre de Narcissa.

- Elle ne sait même pas qui elle est, dit-il d'une voix douce.

Bella fronça les sourcils.

- Pourquoi cette perte de mémoire? s'enquit-elle.

Lucius haussa les épaules.

- Alors techniquement, on pourrait lui ordonner de faire n'importe quoi, dit lentement Bella, et elle ne pourrait pas désobéir.

Elle rit.

- On pourrait la faire sauter du haut de la tour d'astronomie et elle ne pourrait absolument rien faire pour empêcher ça...

- Arrête ça, dit Rogue d'un ton brusque. C'est ta soeur. Tu ne devrais pas essayer ça sur elle, ça me donne la chair de poule.

Bella sentit le rire mourir dans sa gorge, sa bonne humeur momentanée se volatilisant plus vite qu'une pluie d'été. Elle tendit la main, folle de rage, et empoigna Rogue par le col, soulevant à moitié le garçon du sol. (Ce n'était pas difficile, vu comme il était maigre.)

- Je pensais qu'on avait eu cette conversation. Cissy est ma soeur, siffla-t-elle. Je ferai ce qui me plaît avec elle. Tu comprends ça?

Il y eut un moment de silence tendu, pendant lequel Rogue la fixa d'un oeil noir mais refusa de répondre avec entêtement. Bella le secoua, agacée, et ouvrit de nouveau la bouche, tendant la main vers sa baguette.

- Bellatrix, l'avertit Lucius, je vais lever le sortilège, maintenant.

Un autre silence gêné, et puis Bella laissa tomber le garçon, riant de le voir heurter le sol.

- Fiche-moi le camp! ordonna-t-elle, les yeux brillants de plaisir sous son regard rebelle et meurtrier.

Il jeta un seul bref coup d'oeil à Cissy, et puis il prit la fuite.

Cissy se réveilla, avec un hoquet.

Elle cligna des yeux, vacillant sur place.

- Je... que... qu'est-ce qui s'est passé? demanda-t-elle d'un ton vague.

Bella restait silencieuse, alors Lucius répondit pour elle.

- Tu n'arrivais pas à respirer.

- Je sais... je m'en rappelle... je crois.

Elle prit une longue et tremblante inspiration.

- J'ai cru que j'allais mourir, chuchota-t-elle.

Elle frissonna, et ne remarqua pas le vacillement dans l'expression de Lucius.

- Je ne comprends pas... qu'est-ce que tu as fait? murmura-t-elle.

- Je t'ai fait respirer, dit Lucius d'un ton bref.

- Comment?

- C'est important?

Narcissa secoua lentement la tête.

- Non... je suppose que non.

Elle n'avait pas encore l'air d'être tout à fait redescendue sur terre; elle dévisageait Lucius avec une expression distante, les yeux grands ouverts, comme si elle flottait toujours quelque part, hors de portée.

- J'ai froid, chuchota-t-elle.

Et puis elle s'évanouit sans prévenir, d'une seconde à l'autre. Lucius la rattrapa juste avant qu'elle ne heurte le sol.

- Tiens, marmonna-t-il, plongeant une main dans sa poche et fourrant la lettre dans la main de Bella. Prends-la.

Il souleva Narcissa, fronçant les sourcils en découvrant à quel point elle était légère, et la déposa dans le fauteuil vide de Bellatrix. Bella le regarda écarter doucement ses cheveux de ses yeux et pointer sa baguette sur elle, marmonnant dans sa barbe.

Satisfaite que Cissy ne soit pas sur le point de mourir, Bellatrix leur tourna le dos et ouvrit la lettre, brûlante de curiosité.

Il y avait une phrase griffonnée sur le parchemin, d'une écriture qu'elle reconnut comme celle de Rosier, et Bella sourit en la voyant.

Il dit qu'il va la voir.