Amadine505: Et bien voilà suite en ligne, très en retard je m'en excuse, mais en ce moment je touche plus terre ! XD (trop de trucs à gérer en même temps :p). Je suis ravie si mon style te plaît. Je le fait assez "simpliste" car j'espère ne pas rebuter les lecteurs. Souvent personnellement, je n'aime pas m'ennuyer quand je lis, du coup j'essaye de toujours prendre ça en compte quand j'écris. Mais cette façon de faire me va, elle correspond à ce que je suis je pense (direct à l'essentiel ;)) XD. Avec une pointe de détails, de romantisme, de sensualité aussi peut-être ... bref. .. si ça te plaît tu l'as compris, j'en suis plus qu'heureuse ! :)

.MonaYsa: Ouais elle se prend la tête en effet ! XD (j'aime bien faire des chieuses en même temps dans mes écrits ! Sont plus fun :p). Clair qu'avec deux mecs comme ça aux basques, beaucoup se laisseraient vite attraper, voir, submerger ! mdr Et oui tu as raison, elle se découvre des sentiments pour eux, mais comme tu le soulignes, elle voit aussi clairement leurs très mauvais côtés ! ;)

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BONNE LECTURE A VOUS ! ^^

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Elle savait qu'elle avait réagi sous la colère, qu'elle avait eu en cet instant plus de rage qu'il aurait été convenable d'avoir. Elle l'avait haï pour cette déclaration, honni pour la cataloguer ainsi comme un objet. Mais comme pour Sephiroth, son impulsion première lui avait masqué d'autres paramètres, qui lui vinrent bien plus facilement une fois qu'elle avait été seule chez elle. Sous la douche elle avait passé en revue ces dernières vingt quatre heure plutôt mouvementés. Son enlèvement raté, la mort de cet inconnu, Sephiroth, Genesis. Un cocktail d'émotions fortes qui avait détonné au grand jour quand il avait eu le malheur de lui dire cela. Pour une énième fois elle pensait tout en se défoulant dans la salle d'entraînement. Il n'y avait qu'ici qu'elle pouvait laisser libre cours à sa rage. Ici elle était à l'abri des autres, du reste, de tout ce qui pouvait titiller ce côté humain qui s'étiolait au fur et à mesure que les mois passaient. Zack et Cloud l'avaient invité à manger à l'extérieur, elle était y allée, et ils lui offrirent une bonne bouffée d'air frais, loin des choses ambiguës qui tournaient autours du trio et d'elle-même. Elle avait aimé le naturel désarmant de Zack. Ils l'accompagnèrent à un de ses rendez-vous dans le secteur des taudis. Là-bas ils virent de loin la jeune-femme qui prenait tout son cœur, et Syla la trouva magnifique, et d'une pureté à toutes épreuves. Elle s'appelait Aerith, et son nom était aussi doux que son visage. Syla sourit amèrement en voyant un minois si parfait, puis tournant les talons elle avait raccompagné Cloud à la Tour. Sur le chemin le timide jeune-homme blond aux yeux d'un bleu incroyable, dit presque timidement :
« Il a de la chance ...
- Oui en effet ... fit alors Syla en regardant Cloud à ses côtés qui marchait en regardant le sol. Et toi ? Tu n'as pas de petite amie ?
- Non, enfin ... c'est compliqué.
- Vraiment ?
- Oui. J'ai une amie, une amie d'enfance. Très belle d'ailleurs, elle s'appelle Tifa et elle habite dans mon village natal, Nibelheim . Je lui ai fait une promesse ... celle de devenir un membre du SOLDAT et de devenir aussi célèbre que Sephiroth.
- Ho ... je vois ... »
Oui elle voyait …. elle voyait un gamin dont les étoiles dans les yeux prenaient la forme du visage du général, oubliant au passage qu'il pouvait mourir mille fois avant d'arriver à faire quoi que ce soit de potable aux yeux de Mr ShinRa. Elle soupira et demanda :
« Tu lui as dit que tu l'aimais ?
- Heu ... à qui ? Fit Cloud en rougissant feignant de ne pas avoir compris.
- Fais pas l'imbécile ... à ton amie bien évidemment !
- Non ... non ... je ne l'aime pas, enfin ... je
- Mouais ... »
Elle s'arrêta brusquement sur le parvis de la Tour et attendant patiemment qu'il la regarde, elle déclara :
« Si tu veux un bon conseil Cloud, dis-lui ... dis-lui avant que la vie, ou la mort, t'empêche de le faire ... » Puis elle s'engouffra dans le bâtiment sans un regard en arrière.
Elle fila dans la salle de briefing, et jugea qu'encore une fois, aucune mission lui était destinée. Elle frappa le tableau du plat de la main, et bien résolue à faire quelque chose elle se mit en tête d'aller voir les Turks.
Alors qu'elle pénétrait dans l'étage de ces derniers, elle se trouva devant Tseng qui faisait un topo à un Sephiroth toute ouïe. Elle fut arrêtée dans sa course par un gars grand et mince avec une chevelure rouge, et un autre plus massif et rasé à blanc, qui portait des lunettes de soleil. Elle les regarda l'un après l'autre et elle lança :
« Tout doux mesdemoiselles, je viens juste parler à Tseng »
Le grand rouquin faillit s'étrangler à sa réflexion, et il balança :
« Mesdemoiselles ? J't'en foutrais moi ! Tu veux que je te montre ce que je sais faire ma p'tite ?!
- Ho oui, je suis sûre que ce serait ... fascinant ... » répondit-elle avec un sourire carnassier et un éclat mauvais dans le regard.
Le rouquin faillit la prendre par le bras mais la voix de Sephiroth s'éleva clairement :
« Hop hop hop ... Reno je te déconseille de la toucher. Quant à toi Syla viens par ici, justement je comptais venir te voir après ... »
Les deux chiens de garde la laissèrent passer, mais fortement irrité Reno lança en chuchotant :
« A charge de revanche ! »
Elle lui répondit par un simple sourire qui le fit fulminer sur place. Elle passa la porte de la salle toute vitrée, où une table lumineuse siégeait au centre. Le plateau avait un éclairage d'un joli blanc bleuté, comme beaucoup de lumières de la Tour. Elle vit déposées dessus, l'arme et la seringue qu'ils avaient récupéré, et les habits de l'homme. Plus un dossier de rapports détaillés dont les feuilles s'étalaient comme un éventail. Tseng le replia avant même qu'elle atteigne le rebord de la table, et elle eut un rictus ironique.
« Brave petit toutou qui fait bien son travail cher Tseng ... dit-elle d'un ton peu amène.
- Syla. Tseng est le leader des Turks, tu lui dois plus de respect. Dit alors Sephiroth la mettant en garde d'un ton ferme.
- Vraiment ? Du respect ? A l'homme qui a tué ma mère de ses propres mains ? ... »
Tseng coula un regard noir à Sephiroth, et elle continua :
« Ne lui en veuillez pas Tseng, c'est un ami, les amis sont fait pour cela normalement ... être là quand il le faut. Mais j'imagine qu'un homme de votre position ne doit pas savoir ce que le mot amitié veut dire ... »
Elle fit le tour de la table en laissant glisser un index sur la surface plane. Sephiroth était en alerte, Tseng ne la connaissait pas comme lui, la connaissait. Tout dans sa démarche indiquait qu'elle jouait à un jeu dangereux, et surtout …. imprévisible. Elle vint à deux mètre du Turk et demanda :
« Alors quelles sont les nouvelles ? »

Tseng était plus raide qu'à son habitude, il sourit néanmoins, gardant la parfaite maîtrise de la situation. Il voyait en elle un élément à la hauteur des aspirations ShinRa. Une parfaite machine modelée comme le pouvait être Angeal, Genesis, Sephiroth et Zack. Avec certaines choses en plus qui faisait que l'on portait sur elle beaucoup d'espoirs, qu'elle ne soupçonnait même pas.
« Nous avons analysé tous ceci comme Sephiroth nous l'avait demandé, et nous avons trouvé certains éléments assez intéressants, comme la provenance de l'arme et de l'homme en question. »
Elle haussa un sourcil interrogateur, et il continua :
« L'arme est fait par le département « Armement » de la ShinRa, il fait parti des derniers prototypes mis en exercice, ce qui tend à prouver que nous avons quelqu'un à l'intérieur de la firme qui revend des armes sur le marché noir. Nous verrons cela en temps voulu. La seringue est toute simple, on peut en acheter n'importe où, ainsi que le somnifère utilisé. Des particules de terres et de certains graminées nous indique que l'homme a séjourné récemment dans la région du Fort Condor. Il y a toujours des tensions dans cette région. La ShinRa rencontre beaucoup de problèmes.
- Les gens ne veulent pas de la présence tentaculaire de la compagnie ? Comme c'est étonnant ! » Lança Syla corrosive, un éclat dur dans le regard.
Les yeux noirs de Tseng l'observèrent un instant, et il hésita à lui répondre vertement. Sephiroth lui fit signe de continuer dans le dos de Syla, avec un élégant mouvement de moulinet de la main droite.
« Bref, je vais envoyer mes hommes là-bas enfin de chercher des informations.
- Ben voyons. Histoire de nettoyer le secteur je présume ... Qu'en est-il du Projet Chimère Tseng ?! » demanda-t-elle alors sans forme en braquant un regard perçant sur l'homme à présent en face d'elle.
Tseng se décomposa à ses mots, et réellement surpris il questionna :
« Où avez-vous entendu cela ? Qui vous en a parlé ?! »
Ses yeux dévièrent un instant vers Sephiroth, mais elle le coupa avant même qu'il ne formule quoi que ce soit.
« Il n'est pas responsable, seul le mort que vous avez récupéré l'est. Il a été passé sous silence alors qu'il me parlait de ce projet. Qu'est ce que j'ai avoir avec ce projet Tseng ?! A quoi correspond-il ?! »
Le Turk balaya l'espace d'une main désinvolte et fit presque de façon dédaigneuse :
« Ce projet est top secret. Un membre du SOLDAT n'a pas les accréditations nécessaires pour y avoir accès ! »
Le sang de Syla se mit à bouillir furieusement quand elle vit à quel point tous ceux qui étaient dans cette satanée compagnie, pouvaient bien se désintéresser d'elle en tant que personne. Elle n'était qu'un numéro de plus dans leur liste de recrues, qu'un pion, qu'une marionnette sans importance. La chose avide de liberté et de colère qui était en elle sembla bondir d'un seul coup. Prenant son arme plus que lestement, elle la pointa vers la tête de Tseng alors qu'il prenait le chemin de la sortie, décrétant ainsi que l'entrevue était finie. Elle déclara d'une voix sèche :
« Un pas de plus Tseng et votre cervelle va aller décorer la vitre derrière vous ! »
Sephiroth devint blême alors que le canon du revolver brillait d'un éclat sinistre. Le regard de Syla était dénué de toute humanité en cet instant. Le leader des Turks se figea, et déglutissant avec effort, il réussit à dire malgré tout avec aplomb digne d'un négociateur expérimenté :
« Si vous faites cela, vous serez morte avant même d'avoir fait un geste de plus.
- Et ? Votre problème c'est que vous pensez que la personne en face, tient à la vie au moins autant que vous. Et si ce n'était pas le cas Tseng ? Si la personne qui vous menace aujourd'hui n'a que faire de vivre ?
- Alors il y aurait deux morts pour rien ... » répondit très froidement et de façon très pragmatique, l'Utaïen.
Sephiroth se rapprocha d'elle de quelques pas, très inquiet, et il fit d'une voix qui se voulait calme :
« Syla ... pose cette arme ... ne commets pas un acte que tu ..
- La ferme Seph ! Aboya-t-elle sans forme. Quand j'aurai besoin de vos belles paroles à toi ou Genesis je vous ferais signe ! Vous êtes tous les mêmes dans cette putain de compagnie ! Menteurs, hâbleurs, manipulateurs ! » s'écria-t-elle alors que la tension dans ses veines devenait de plus en plus difficile à maîtriser. Cherchant par tous les moyens à se défaire des carcans qu'elle lui imposait. Reno et Rude vinrent à la porte et braquèrent sur elle leur arme de service. Le rouquin ordonna un « Poses ça tout de suite ! » qui la fit presque rire. Elle s'approcha de Tseng, et lui susurrant à l'oreille elle déclara :
« Les choses se payent tôt ou tard Tseng ... tôt ou tard ... »
Elle prit le dossier sur la table et rengainant son arme elle se dirigea vers la sortie. Reno et Rude essayèrent de l'arrêter, mais bien évidemment sa force et son entraînement prirent le dessus. Elle les toisa avec mépris alors qu'ils gisaient au sol. Elle fit en direction de Tseng :
« Voilà ce que c'est de se servir des gens à outrance, tôt ou tard ça se retourne contre vous. Vous vouliez me modeler à votre image ? Soyez satisfait ! Si vous me cherchez vous saurez où me trouver non ? » Puis avec un petit rire presque dément elle prit le chemin des ascenseurs.
Sephiroth expira comme si il avait été en apnée, et Tseng lui reprocha :
« Et tu n'aurais pas pu intervenir ?
- Voyons, je n'aurais pas voulu mettre ta vie en danger ... répondit-il avec un petit sourire mesquin et une voix emplie de douce ironnie.
- Bien entendu. »
Le Turk remballa les affaires qu'il y avait sur la table dans des gestes plus ou moins posés, et déclara, flegmatique :
« Elle ne trouvera rien sur le projet dans le dossier. Juste des éléments sur l'incident de ses agresseurs.
- Qu'est-ce que le Projet Chimère Tseng ? Demanda alors Sephiroth réellement curieux.
- Un vieux projet ... que la ShinRa a abandonné depuis longtemps. Syla est peut-être le fruit d'une de ces expériences ...
- Génétiques ? Avança Sephiroth avec effroi.
- Voyons Sephiroth, tu ne crois pas que la ShinRa s'amuserait à jouer à dieu ... si ? » répliqua Tseng avec une note d'humour qui voulait tout dire.
L'argenté le toisa un instant, sur la réserve, mais il n'était pas dupe, il se doutait que certaines choses pas très nettes se faisaient sous la couverture ShinRa Electric Power Company. C'était sur cela que portaient ses propres recherches depuis des mois, ainsi que sur ses origines propres. Mais à part le nom de sa mère, rien ne lui avait été donné jusqu'ici. Tseng sortit de la pièce d'un pas nonchalant, et aida Reno et Rude à se relever. Les Turks quittèrent le secteur et Sephiroth l'entendit dire :
« Direction Fort Condor ! Laissons-lui le temps de se rendre là-bas avant nous, les membres du SOLDAT sont fait pour faire ce genre de boulot; nous, nous occuperons du nettoyage qui restera à faire ... »

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Syla se dévêtit le plus rapidement possible. Elle faillit même déchirer son uniforme à de nombreuses reprises. Elle passa un habit civil de son habitude. Cependant, elle enfila ses grosses bottes du SOLDAT. Elle se sentait plus à l'aise avec au cas où. Et son instinct lui disait que quelque chose de grave se profilait à l'horizon. Elle prit ses deux armes habituelles, les calant dans la ceinture de son jean, puis enfila son manteau de cuir noir par dessus. Ouvrant un petit coffret dans sa chambre, elle ficha trois materias dans un des bracelets prévu à cet effet. Puis elle s'attacha les cheveux en une tresse rapide. Prenant des lunettes de soleil, elle sortit de son appartement en vitesse, se cognant malencontreusement contre quelqu'un qui venait justement la voir. A peine la couleur rouge avait atteint sa rétine qu'elle sut qui s'était. Elle ne s'excusa même pas et fit comme si de rien était, laissant un Genesis des plus surpris sur le palier.
« Syla ?! »
Mais elle ne répondit pas, elle appuya sur le bouton de l'ascenseur, et elle vit Genesis accourir vers elle prestement, voulant la retenir. Il se cogna à la surface dure et métallique qui se ferma sur lui, et l'ascenseur commença sa descente. Il eut la présence d'esprit d'appeler le voisin pour se mettre à sa suite. Quand il fut en bas, il eut juste le temps de voir Sephiroth qui tentait de la retenir par le bras à l'entrée, et vu le son de leur voix, la conversation était tendue.
« Lâche-moi Seph !
- Non ! Tu n'es pas autorisée à quitter l'enceinte du bâtiment, surtout après ce qu'il vient de se passer ! Lâcha-t-il froidement dans une colère sourde
- Je te jure Seph que si tu me lâches pas ça va aller très mal.
- Mais tu ne comprends pas qu'ils te tueront si tu vas là-bas ! » lança Sephiroth inquiet malgré ses airs suffisants.
Se moquant éperdument des gens qui passaient en les dévisageant, il resserra sa poigne sur ses chairs. Le son très légèrement discordant de sa voix, à peine audible pour ceux qui le connaissaient bien, trahissait sa peur, qui induisait indéniablement son attachement. Elle le fixa un instant sans rien dire, puis elle vit Genesis s'approcher d'eux. Elle tira d'un coup sec le faisant lâcher prise, puis elle répondit à Sephiroth, d'une voix cinglante comme la morsure d'un fouet :
« Et bien je mourais ! Qu'importe de toutes façons ! Mais au moins j'aurais des réponses.
- Et tu crois qu'Avalanche va te les donner pauvre idiote ?! Grogna l'argenté à présent en colère, ce qui était fort rare venant de lui.
- Je prends le risque ! Personnellement ça n'a plus d'importance pour moi !
- Syla ...interrompit Genesis qui était à présent à leurs côtés.
- Suffit ! coupa Syla se sentant suffoquer tout d'un coup. Leur odeur caractéristique déclenchant chez elle une vague électrique qui lui broyait le cœur. Arrêtez de parler ! Vous m'étouffez ! » cria-t-elle en activant sa materia de feu.
Elle propulsa le sort en tendant le bras vers le plafond, une myriade de petites boules de feu jaillirent de sa paume, explosant en hauteur. La fumée alerta les capteurs d'incendie qui s'affolèrent, lançant la procédure d'évacuation. Les extincteurs emplirent le bâtiment d'un brouillard blanc et dense en quelques secondes, alors que l'alarme aiguë et désagréable se mettait en route. Les flashs sporadiques rougeâtre dus aux alarmes saturèrent les lieux, colorant la brume opaque comme une toile. Elle profita de l'affolement général, et elle se faufila dans la foule des employés qui se pressaient pour échapper à l'incendie fictif.
Alors que Sephiroth et Genesis essayaient de se sortir de la cohue, ils virent le président ShinRa, escorté de quatre gardes du corps, descendre calmement les marches du grand escalier du hall principal. Il leur fit signe de venir le rejoindre et une fois dehors, ils montèrent dans un véhicule blindé tous ensemble. Dès qu'ils furent dedans, la voiture démarra, et le président ShinRa fit en se servant un verre dans le mini-bar du véhicule :
« Alors ? Peut-on m'expliquer ce qu'est ce raffut ? La petite « nouvelle », cette fameuse Syla Chase?
- Oui Monsieur ... répondit Sephiroth taciturne.
- Bien bien bien ... » fit alors le président apparemment satisfait.
Les deux amis se regardèrent, très surpris, et voyant leurs visages perplexes, il expliqua en se calant confortablement dans le siège en cuir qui s'écrasait poussivement sous son poids :
« Je me demandais quand elle allait se servir de ses capacités en situation non réglementaire. En fait j'attendais cela avec impatience. Je voulais voir comment elle se sortirait d'ici avec un de vous dans les parages. Elle a fait preuve d'astuce et non de force. Elle prouve une fois de plus son intelligence. Vous croyez honnêtement que j'étais aveugle ? Je suis son évolution Messieurs, les enregistrements de ses entraînements me sont donnés à chaque fois. Sauf si bien sûr on me cache des choses, mais je n'ai guère de soucis à me faire n'est-ce pas ? Les Turks savent où elle va, Tseng m'a briefé sur ce qui c'est passé dans son service. Tôt ou tard elle aurait découvert la vérité sur sa mère, qu'importe, cette femme était sans importance. Sa fille par contre a tout notre intérêt et ce depuis le début. Je ne vous dirai rien sur le Projet Chimère Messieurs. Cependant je vous ordonne de me la ramener, en vie si c'est possible. J'ai des projets pour elle. Le professeur Hojo également. Ramenez-la moi, avant que Tseng et elle ne s'entretuent. Et nettoyez-moi ce qu'elle découvrira là-bas, je ne veux AUCUN témoin. Compris ?! »
Sephiroth et Genesis hochèrent la tête en silence, réellement perturbés par toute cette histoire. L'un comme l'autre n'aimait pas les choses qu'ils ne contrôlaient pas, ou qu'ils ne pouvaient appréhender dans leur globalité. En bons éléments qu'ils étaient, ils savaient qu'une bonne stratégie reposait toujours sur des bases solides. Or là, tout semblait leur échapper. La voiture s'arrêta lentement, et le président leur fit signe de sortir. Les deux hommes descendirent et le vieil homme referma la porte avec force sans un mot de plus, les ordres avaient été donnés, pas besoin de s'étendre. Le véhicule reprit sa route tranquillement. Genesis et Sephiroth encore un peu sonnés par ce qu'il venait de se produire, regardèrent la voiture disparaître dans les rues du Secteur 1. Genesis soupira et regardant Sephiroth, il demanda sans détour :
« Que c'est-il passé Seph ?
- Je pourrais te poser la même question. Je ne suis pas stupide, je sais qu'il a du se produire quelque chose de fort entre vous, pour qu'elle pète les plombs de cette manière. Quand comprendras-tu que tout ne tourne pas autours de toi Gen ?!
- Quand, peut-être, tu seras plus à même de partager ta renommée Seph ! Rétorqua le rouquin d'un ton cinglant.

- Tu n'es qu'un con égocentrique et égoïste par moments Gen!

- Et toi un enfoiré prétentieux et psychorigide ! Un point partout ! S'emporta alors Genesis. Tu n'es pas seul sur les missions, tu n'es pas le seul à savoir te battre, ou à risquer ta vie. TOUT doit t'appartenir, te revenir de droit ! Tu crois que les choses te sont naturellement dues ? Rien ne t'est imputé Seph, seulement ce qu'on daigne te donner ... et Syla ...» mais ils se tut avant de dire la suite de sa pensée.
Les yeux de Sephiroth eurent un éclat sauvage. Il se doutait de ce qui motivait Genesis, il se doutait que la présence de la jeune-femme à ses côtés avait pris une importance qu'il essayait tant bien que mal de cacher. Ami de longue date, Sephiroth n'était pas dupe. Il se raidit, comprenant qu'à présent ils la désiraient tous deux intensément. Bien que l'écarlate avait une bonne longueur d'avance sur lui. Etait-ce cela qui le minait dans le fond, être relégué en seconde place, en arrière-plan ? En effet cela aurait pu être aussi simple, mais ça ne l'était pas. Il resta de marbre, son maque froid habituel à peine fêlé par un sourcil qui se fronça légèrement, puis haussant les épaules et répondit juste :
« Allons chercher Angeal, je crois que son aide nous sera précieuse ... ».

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Elle prit la route des taudis et là-bas essaya de trouver un moyen de transport rapide. Elle savait que sur le marché noir, si on y mettait le prix, on pouvait tout trouver. Or ses payes, surtout avec les missions à succès retentissants, lui permettaient d'avoir les ressources demandées pour de telles transactions. Elle prit soin de porter ses lunettes de soleil pour ne pas dévoiler ses yeux qui la trahiraient, et elle s'engagea dans une vieille casse où toutes sortes d'engins étaient en pièces détachées, et remontés dans de brefs délais. Elle trouva un homme penché sur une voiture apparemment en phase de désossement, et s'approchant elle fit :
« Bonjour ! Je souhaite trouver un moyen rapide pour me rendre à Fort Condor ! »
Le gars sortit sa tête des entrailles du véhicule, maculé de cambouis, un chiffon sale dans une main et une clé de l'autre. Il était petit et arborait une bedaine qui sortait de dessous son t-shirt gris crasseux. Il fit un sourire amusé en voyant la femme devant lui, et sortit presque dédaigneux :
« Vous devriez essayer les moyens de transports ma p'tite dame !
- Je n'ai pas le temps pour ces plaisanteries machistes ! Lança-t-elle fermement. Vous avez ce dont j'ai besoin ou pas ?! »
Voyant son air déterminé et le ton de sa voix, le petit bonhomme s'essuya les mains sur le pantalon de son bleu, et déclara :
« Ouais à ce que je vois z'êtes pas dispo pour un brin de causette. Suivez-moi. »
Il l'entraîna dans les méandres de sa casse à ciel ouvert, et arrivant sur un minuscule héliport il aboya :
« Jerry ! Où te cache-tu encore espèce de fainéant ! ».
Syla vit posé sur le petit espace de bitume rapiécé, un hélicoptère dont beaucoup de pièces provenaient de la ShinRa. Avec un sourire amusé, elle trouva l'ironie de la situation très mordante. Un jeune-homme grand et maigre, avec des cheveux roux en bataille encadrant un visage long et creusé, apparut de derrière l'appareil. Le gérant, enfin Syla en déduisit que c'était lui, se tourna vers elle et déclama :
« 1000 gils pour aller là-bas.
- 1000 gils ?! Pour voyager dans cette poubelle volante ?
- Hey ! C'est ça où vous y allez à pieds ! Je suis le seul a avoir un appareil en état de marche dans tout Midgar, si vous êtes pressée vous avez qu'à trouver autre chose !
- Et ça j'imagine que c'est juste pour l'aller ..
- Bien entendu ! Les temps sont difficiles vous savez ! » Répondit-il avec un large sourire à moitié édenté.
Syla jugea la situation rapidement, elle n'avait pas le choix si elle voulait parvenir au Fort au moins en même temps que les Turks. Elle plaça l'argent dans la main pleine de cambouis du type devant elle, puis poussant une grille qui gémit sous son action ferme, elle entra dans le petit héliport grillagé. Elle se tourna vers le gérant et lança d'un ton acide :
« Je me débrouillerai pour le retour ! »
Puis elle s'avança vers le grand rouquin qui semblait plus jeune qu'elle. Elle le regarda de la tête aux pieds et demanda :
« Tu sais piloter ?
-Oui. Je suis même plus doué pour ça que pour retaper les carlingues.
- Ça promet ... alors en route et de suite ! » lança Syla en prenant place sur le siège passager de droite.
Les sièges étaient en mauvais état, le rembourrage sortait par endroits comme si s'il s'agissait d'animaux éventrés. Le panneau de commande avait des fils qui sortait de partout, telles une chevelure rouge, bleu, jaune et verte. Et l'odeur de kérosène semblait habiller tout l'habitacle. C'était une petite alouette, avec une bulle énorme comme pare-brise. Un hélicoptère léger et passe-partout, assez rapide, parfait pour ce genre de vol. Le jeune-homme prit la place conducteur et enclenchant les boutons, le moteur se mit à vrombir doucement, avec un léger tangage. Vu le bruit des rotors et des pales, Syla commença à se demander si cet engin allait pouvoir les amener à bon port. Les pales commencèrent à atteindre la vitesse suffisante dans un vacarme assourdissant, levant un vent en spirale aux alentours. Au bout de quelques minutes l'hélicoptère commença à quitter le sol. Le pilote lui demanda de mettre le casque de communication, et il dit :
« On va devoir voler en rase motte dans le secteur, pour que je puisse me faufiler entre les postes de gardes de la ShinRa qui sont au-dessus. Quand on sera à bonne distance on commencera à s'élever. »
Elle hocha la tête et attendit donc que le pilote fasse preuve de dextérité et de savoir-faire. L'alouette passa comme il l'avait dit, juste au-dessus des maisons et autres taudis, faisant s'envoler le linge qui séchait paisiblement sur de nombreuses toitures. A le voir sourire comme un gamin, nul doute que cela l'amusait. Ils passèrent sous la plaque supérieure, et une fois les abords de Midgar atteint, ils prirent de la hauteur. L'hélicoptère s'éleva poussivement dans un bruit de tous les diables, et les tremblements qui secouaient la coque comme si la machine était atteinte de Parkinson, n'avaient rien de rassurant. Syla néanmoins faisait confiance au pilote, au pire, même si ils se crachaient, elle s'en sortirait. Avec quelques blessures certainement, mais sa vie ne serait pas plus en danger que cela. Ils passèrent les grandes plaines de la région de Junon, ainsi que les chaînes de montagnes qui l'encerclaient. Syla vit les reflet outre-mer de l'océan au loin sur l'horizon, et après plus de deux heures de vol, ils virent la cime montagneuse qui annonçait leur arrivée. Syla pensait que le rouquin la déposerait à proximité du fort, mais il n'en fit rien. Il amorça la descente à plusieurs kilomètres, et actionnant les boutons et autres molettes du panneau de commande, elle l'entendit dire :
« Désolé mais je dois vous laisser ici, les affrontements entre la ShinRa et les dissidents menacent les trajets aériens. Pour notre sécurité il faut que j'arrête là.
- Très bien. J'ai un moyen pour arriver assez rapidement là-bas ?
- Si vous tombez sur un véhicule qui y va oui, autrement vous serez obligée d'y aller par vos propres moyens. »
Elle hocha simplement la tête et ôta son casque. L'hélicoptère se posa dans une vaste prairie où quelques chocobos sauvages se nourrissaient. L'engin reprit alors sa route une fois qu'elle se fût suffisamment éloignée, soulevant un vent violent qui faillit malgré tout la propulser en avant. Une fois l'hélicoptère au loin, elle se redressa et regarda les alentours. Elle aperçut au loin un petit groupe de Neurosuphéroths qui parcouraient la plaine, en se dandinant gracieusement pour des reptiles. Elle devait être prudente, de nombreux animaux étaient dangereux ici. Cela semblait déserté de toute civilisation et ici, la nature reprenait ses droits. Un pincement au cœur fébrile vint l'effleurer, mais elle balaya vite fait cette nostalgie trop humaine pour elle à présent. Elle plongea ses mains dans ses poches, histoire de les garder au chaud, et elle commença à marcher vers l'Est. Pas un bruit, sauf celui du vent et des bêtes, ici tout était calme, magnifiquement sauvage. Elle trouva une route peu entretenue qui traversait la plaine de part en part apparemment, et elle la longea. Le fort était visible de là où elle était, elle devait être à dix kilomètres tout au plus. Ce n'était pas énorme, mais elle était pressée.
« Mouais en même temps je ne sais même pas par quoi commencer ... » songea-t-elle alors qu'elle essayait d'imaginer ce qu'elle allait dire ou faire.
Le Fort Condor était un pic rocheux qui abritait un réacteur Mako. La ShinRa voulait à tout prix le mettre en route et extraire l'énergie de la terre, seulement, les habitants du fort étaient contre. Ils défendaient farouchement leurs terres, et surtout, les condors qui vivaient justement sur ce pic montagneux. D'où son nom. Il y avait certaines légendes qui circulaient sur le sommet, disant qu'une materia fort rare et puissante était gardée par un oiseau gigantesque. Le son d'un moteur ronronnant paisiblement parvint à ses oreilles, elle se retourna de quart, et vit un pick-up rouge qui avalait tranquillement le bitume mal entretenu. Quand il arriva à sa hauteur elle fit un geste de la main, et le véhicule s'arrêta. A son bord un couple charmant de vieilles personnes la salua. Ils allaient vendre le fruit de leurs labeurs. La vitre s'abaissa et la vieille femme demanda avec un sourire aimable :
« Vous êtes tombée en panne ma mignonne ?
- Heu non pas vraiment, mais je cherche un moyen de transport pour aller jusqu'au fort ...
- Montez en ce cas, c'est là que nous allons ! Lança le vieil homme d'un ton presque enjoué. Installez-vous à côté de ma femme, il y a bien assez de place pour une brindille comme vous sur la banquette ! »
La vieille dame ouvrit la porte qui grinça un peu, et Syla se faufila à l'intérieur, faisant bien attention de ne pas brusquer la vieille dame en montant. Elle referma la porte et la voiture redémarra.
« Nous allons vendre nos produits au Fort, nous alimentons les habitants en denrées diverses et variées. Ils se battent avec toute leur âme face à ces envahisseurs de la ShinRa ! Vous devez être au courant non ?! Dit le vieil homme, avec une énergie qui témoignait son soutien inébranlable pour les défenseurs des grands oiseaux.
- Non je ne suis pas au courant, désolée. Je suis à la recherche des membres d'Avalanche, il paraît qu'un petit groupuscule siégerait là-bas.
- Vous ne leur voulez pas de mal au moins ?! » Demanda le vieil homme ralentissant un peu la vitesse.
Syla se doutait qu'ici elle serait en terrain hostile, pour cela qu'il valait mieux qu'elle camoufle sa provenance. Elle essaya néanmoins de prendre le maximum d'informations, elle n'avait qu'à se faire passer pour une partisane.
« Non Monsieur, loin de là, j'aimerai leur montrer mon soutien. Et peut-être leur apporter mon aide.
- Haa que c'est bon de voir de jeunes gens qui s'impliquent autant dans la survie de notre planète ! » S'exclama la vieille dame en lui posant une main chaleureuse sur la cuisse.
Syla se sentit mal. Mentir à ces gens si aimables, voilà encore une chose qui allait à l'encontre de tout ce qu'elle avait appris dans sa jeunesse. Elle répondit à la femme par un faible sourire aussi tiré que gêné. Le vieil homme déclara alors :
« Nous ne savons pas exactement où ils sont. Tout ce qui nous a été rapporté c'est qu'un chercheur de chez eux, Fuhito, a pris ses quartiers dans des bâtiments souterrains, en annexe du réacteur. Il paraît qu'il fait des recherches pour offrir à Avalanche une armée digne de ce nom, qui donnera du fil à retordre à ces chiens de la ShinRa Corp !
- Voyons chéri .. ce ne sont pas des manières de s'exprimer devant une jeune-femme ! L'admonesta gentiment sa femme avec un petit rire.
- Ce n'est rien Madame. » Fit Syla avec un sourire sincère cette fois-ci.
Elle laissa passer quelques secondes, et elle demanda :
« Vous savez qui je dois voir pour prendre contact avec lui ?
- Avec Fuhito ? Ma parole vous avez vraiment confiance en vous ! Cet homme ne voit personne, c'est un fantôme.
- Moi il me verra, je n'ai pas de doute là-dessus, faites moi confiance. Dit alors Syla très honnêtement.
- Alors en ce cas. Il y a un adolescent qui traîne dans le fort, Cody je crois qu'il s'appelle, essayez de tomber dessus. Il tente toujours de chaparder deux trois trucs quand on y va, on le sait mais on ne lui dit rien. C'est un brave garçon dont les parents ont été tué par les membres de la ShinRa.
- Ho ... je vois. » Fit alors Syla qui serra ses poings sur ses cuisses.
« Encore des enfants orphelins, et combien de morts innocents ?! Décidément ... la ShinRa est vue de deux façons sur cette planète, soit en sauveur, soit en tyran. Avec les missions que j'ai faite, parfois je ne sais plus moi-même comment les voir ... »
Oui, elle avait aussi sauvé des vies pendant ses activités au sein de cette entreprise, et elle s'était aperçue que rien ne pouvait être tout blanc ou tout noir. La voiture choqua sur un nid de poule, les secouant un peu, et ceci la coupa dans ses réflexions. Au bout de quelques minutes, ils virent le pied du fort s'élever sur un plateau rocheux, et elle ressentit une étrange oppression. La voiture gravit avec facilité les derniers mètres d'une route de terre à peine assez large pour deux véhicules, et arrivés au pied du fort, Syla sortit du pick-up. Elle tendit quelques gils de ce qu'il lui restait, et le vieux couples sembla s'en offusquer :
« Ha non ma petite ! Pas de ça ! Cela nous a fait plaisir de vous aider. N'oubliez pas, trouvez Cody et le tour sera joué !
- Merci encore pour tout, puissiez-vous avoir une longue et heureuse vie. » dit alors Syla sincère en se redressant.
Elle les vit descendre à leur tour, et déjà un petit groupe de personnes se massait derrière le pick-up pour voir les marchandises. Elle s'éclipsa lentement, essayant de trouver le petit garçon.

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Elle s'engouffra dans les couloirs du fort; qui ressemblaient bien plus à des tunnels; et elle croisa les résidents permanents de ce dernier. Ils étaient pour la plupart des paysans, transformés en guerriers, soldats, tacticiens pour l'occasion. Elle vit un marchant de materia et d'armes. Elle passa presque inaperçue dans les ombres des corridors. Puis elle vit un enfant passer à toute vitesse dans une pièce voisine. Elle se mit à sa poursuite, et alors qu'il n'y avait plus que quelques mètres entre eux elle héla :
« Et toi là-bas ! C'est toi Cody ?! »
Le petit garçon s'arrêta net, et se retournant il la dévisagea intensément. Il était débraillé, portait des vêtements sales et usés. Son visage un peu crasseux ne ternissait pourtant pas sa beauté juvénile. Il avait de beaux cheveux noirs en bataille, qui encadrait un regard gris perçant. Il la laissa venir jusqu'à lui et elle lui demanda :
« On m'a dit de te trouver.
- Pourquoi ?
- J'ai besoin que tu m'aides. ..
- J'aide pas les inconnus ! Lança-t-il prêt à repartir.
- Ha ? Même les inconnus qui te paieraient pour un service rendu ? »
Le garçon se figea, et l'observant il s'approcha et fit en haussant les épaules, les mains dans les poches de son pantalon poussiéreux :
« Ça dépend ...
- En ce cas suis-moi s'il te plaît. »
Elle savait que l'appât du gain serait sa meilleure arme, surtout dans un endroit comme celui-ci. Elle l'amena dans un couloir en retrait et s'accroupissant elle demanda:
« Il paraît qu'il y a un homme dans les parages, un dénommé Fuhito, et que tu sais où le trouver.
- Ça s'pourrait bien ... répondit le garçonnet en regardant le sol.
- Je te donne cent gils si tu me mènes à lui !
- Cent gils ?! Vrai de vrai ?! » s'exclama le garçon réellement estomaqué par son offre.
Elle hocha simplement la tête, et ajouta :
« Ce sera notre petit secret d'accord ? »
Il prit l'argent qu'elle lui tendait, et il lui fit :
« Suivez-moi, mais chuuut !
- Ok ! »
Prenant la main de la jeune-femme, il l'emmena dans les bas fonds du fort. Il ouvrit une porte métallique, robuste mais totalement rouillée, dont le mécanisme grinça quand il l'activa. Elle donnait sur un tunnel sombre et froid, et il expliqua :
« On va descendre, il y a une corde qui nous permet de nous accrocher pour ne pas tomber sur la droite. Les escaliers sont longs. Une fois là-bas je m'en irai. Je n'ai pas le droit de montrer ce passage normalement. Et tout ce qu'il y a dessous est secret ...
- Oui ne t'en fais pas je ne dirais rien. » promis Syla qui souriait dans le noir.
Elle faillit louper la première marche et se casser la figure lamentablement. Mais instinctivement elle posa sa main droite sur le mur, et ses doigts trouvèrent la corde dont l'enfant lui parlait. Après de longues minutes où seul l'écho de leur pas sur la pierre lisse se faisait entendre, les yeux de Syla virent une faible lueur verdâtre qui tapissait, au fur et à mesure, les murs humides du tunnel. Ils arrivèrent dans un immense espace dégagé, et Syla n'en croyait pas ses yeux. Il y avait sous terre une véritable base secrète. Plus immense encore que le réacteur qui était à côté. Une foule de passerelles, de pièces, d'escaliers formaient un réseau qui lui rappela une immense toile d'araignée. L'enfant dit alors en prenant le chemin du retour :
« Bye ! Bonne chance à vous ! »
Puis il disparut dans les ombres, Syla eut juste le temps de lui dire un faible « merci » qu'il n'était déjà plus là. Elle se retourna vers l'édifice métallique, et jetant un œil par-dessus la rambarde de la passerelle où elle était, elle vit une belle animation en dessous. Des miliciens étaient en plein entraînement. Tir, self-défense etc ... Elle s'avoua qu'Avalanche était loin d'être sans ressource, ce qui la fit frémir.
« Je crois que j'ai sous-estimé leur nombre et leur capacité ... pas sûre que je puisse me sortir de là ... je peux toujours faire machine arrière cependant ... » pensa-t-elle en regardant par dessus son épaule l'escalier qu'elle venait de descendre.
Se souvenant néanmoins du comportement de Tseng, mais aussi de Genesis, ses doigts se serrèrent sur la barre en fer qu'elle agrippait avec force à présent. Elle inspira à fond et se dit :
« Mourir ici ou à la tour ShinRa, aucune différence. Sauf qu'ici je mourrai libre ... »
Elle s'avança alors, ses « boots » faisant un boucan d'enfer sur la grille métallique sur laquelle elle marchait. Heureusement les hurlements des entraînements et les coups de feu masquaient sa venue. Elle traversa tranquillement, à sa hauteur; c'est à dire à deux ou trois mètres du haut de la gigantesque cavité où elle était, pas de risque qu'on la voit. Semblant être un accès secondaire, le seul risque qu'il y avait c'était qu'une caméra de surveillance la détecte. L'alarme se serait sûrement déjà mise en route si tel était le cas. Elle essaya d'analyser la situation. Le hangar était sous terre, mais des gaines de ventilations imposantes traversaient la croûte terrestre pour remonter à l'air libre. De grands néons accrochés au plafond rocailleux, éclairaient d'une lumière blanche et blafarde tout l'espace environnant. Des machines d'assemblage tournaient dans le fond, dans un ronronnement presque soporifique. Il y avait dans l'air une odeur de métal, de souffre, de poudre, de peinture, un cocktail qui puait encore plus que l'air pollué de Midgar. Elle respira un grand coup, et sur le qui vive, elle continua sa marche. Elle passa une première série de pièces vides, où tout un tas d'ordinateurs servant à la logistique clignotaient avec effervescence. Elle vit un schéma sur les materia en gros sur un écran, apparemment ils travaillaient sur les fusions. Elle marcha un bon moment sans rencontrer personne, les machines devaient tout gérer par programmes informatiques. Elle descendit quelques volées d'escaliers, puis elle fut attirée par un bruit étrange. Une plainte épouvantable. De celle qui vous donne la chair de poule. Elle scruta les alentours tandis qu'elle longeait des couloirs gris en béton, où une large bande jaune et noire indiquait sur le sol quel sens suivre. Puis arrivant à une porte close, elle regarda par la petite vitre rectangulaire qui siégeait à hauteur de vue, et son sang se glaça. Déglutissant avec effort, elle posa sa main sur la poignée, et en silence, elle ouvrit. Elle entra sans bruit, referma soigneusement derrière elle en vérifiant toujours de ne pas avoir été suivie. Puis, les larmes aux yeux elle constata le spectacle d'horreur qui se déroulait devant elle. Des cages, des box, et dedans, tout un tas d'animaux soumis à des expériences. Il y avait de tout, du plus simple chat à un jeune béhémoth à moitié mort, dont le crâne était perforés de tubes et de câbles. Il jeta sur elle un regard douloureux, et elle crut qu'elle allait vomir. Toute la pièce étaient saturée d'odeurs en tous genres. Médicaments, antiseptiques, désinfectants, mais aussi l'urine et le sang, ainsi que l'odeur de la peur et de la mort, qui lui firent se dresser les cheveux sur la tête. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas hurler. Crier à s'époumoner de colère et de souffrance. Elle n'avait jamais supporté que l'on fasse du mal à un animal, et là que ses côtés étranges s'étaient éveillés, c'était pire. Il lui sembla les entendre mugir, supplier la mort dans une agonie sans fin. Son estomac se tordit, et une autre plainte affreuse s'éleva d'une des cages. Elle essayait de respirer, de garder son calme, mais plus les secondes passaient, et plus la rage interne qui la dévorait prenait le dessus. C'est alors qu'elle entendit une voix masculine dire dans son dos :
« Tiens tiens tiens, mais qu'avons-nous là ? »
Elle se retourna vivement, la rage coincée dans la gorge en un rugissement muet. Elle se trouva face à un homme grand et brun dont les yeux noirs lui rappelèrent vaguement quelque chose, encadré de deux gardes du corps. L'homme s'avança vers elle très calmement, les mains jointes dans le dos. Il avait l'air tranquille des prédateurs sûrs de leur supériorité.
« Alors .. à ce que je vois vous vous êtes remarquablement bien remise de votre dernière mission. Un être humain normal serait mort pour moins que ça. Mais vous comme moi, savons que vous n'avez rien de ... normal ... n'est-ce pas ? »
Elle fronça les sourcils, et essayant de ne pas succomber à l'envie de tuer qui se faisait de plus en plus présente, elle répondit :
« Non je ne sais pas ! Qu'est-ce ici ? Que faites-vous à ces pauvres bêtes ?
- Des recherches, des expériences. La génétique est mon domaine. Cela me sert à créer ma propre armée.
- Armée ?
- Oui voyons ... contre la ShinRa. Mais voyez-vous, je crois que vous êtes le seul spécimen que j'ai toujours voulu avoir dans mes cages très chère.
- Spécimen ? Mais de quoi vous parlez à la fin bordel ?! » s'exclama Syla réellement hors d'elle.
Il s'avança vers elle, et lui tournant autours pour la détailler, il fit amusé :
« Quoi ? Ils ne vous ont rien dit sur vos origines à la ShinRa ? Pourtant, ils auraient tant à raconter...
- Ça suffit ! Si vous avez un truc à dire dites-le ! Arrêtez de tourner autours du pot comme ça ! » S'emporta-t-elle en l'attrapant par le col.
Il fit un bruit sec avec la langue comme pour la réprimander. Les deux hommes qui étaient restés en retrait vinrent lui prendre les bras dans un mouvement brusque, et elle hurla :
« Lâchez-moi ! »
Ils la fouillèrent, et trouvant ses armes ils les tendirent au chercheur, qui les prit délicatement. Regardant les flingues avec intérêt il déclara :
« Etonnant, j'aurais pensé que le combat au corps à corps était votre domaine de prédilection. Mais j'imagine que vos sens développés vous servent grandement avec des armes de ce type. »
Elle essaya de se dégager violemment quand il lui toucha le visage avec le canon d'un des revolvers. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, semblant sur le point d'exploser. Ses tempes se compressaient peu à peu, et elle sentait que la perte de contrôle n'était pas loin.
« Comment savez-vous autant de choses sur moi ?! Cracha-t-elle entre ses dents.
- Ho mais rien de plus simple. Le Projet Chimère a été une source d'inspiration pour moi ... C'est de ce projet que tous mes travaux sont partis, celui-ci et les projets G et S. A présent je cherche à créer ce qu'ils ont réussi avec vous, mais en vain. Il me manque une donnée, une chose que je n'arrive pas à déterminer. Cependant, maintenant que je vous ai avec moi, rien de plus simple ... »
Il posa les armes de Syla sur un établi rempli de tubes à essai et d'échantillons multiples. Puis, il ouvrit un tiroir et sortant une seringue, il expliqua avec un radieux sourire :
« Votre matériel génétique va m'être d'un grand secours ... »
Alors que l'aiguille allait pénétrer sa chair, Syla bondit comme un animal sauvage, faisant lâcher les deux gardes, et passant derrière eux à une vitesse fulgurante, elle brisa la nuque d'un, et prenant un scalpel qui traînait sur le plan de travail, elle égorgea l'autre d'un geste sec. L'homme s'effondra sur le sol, les mains plaquées et impuissantes sur les geysers de sang qui s'extirpaient de sa carotide. Il mourut rapidement en exprimant des gargouillis abominables.
« J'en étais sûr ! » lança Fuhito avec un sourire satisfait.
Elle lâcha le scalpel, l'odeur du sang brouilla un instant sa raison, puis elle posa son attention sur le scientifique. Elle allait se jeter sur lui, mais il se déplaça rapidement vers un box, dont il ouvrit la porte lestement. Il eut un rire dément et lança à Syla avec un sourire jubilatoire :
« Voyons comment une de mes créations s'en sort face à vous dans un combat. »
Elle ne comprenait rien à ce qu'il se passait, mais un étrange grognement l'avertit du danger à venir. Soudain sa singulière materia se mit à briller de ses volutes vertes, et elle vit le visage du professeur se dilater sous l'effet de la surprise. Il sembla vouloir revenir sur ce qu'il venait de faire, mais la chose qui était enfermée surgit d'un seul coup comme un diable de sa boîte. Syla se retrouva face à une abomination. Un mélange d'être humain et de béhémoth, qui ressemblait à un loup-garou difforme. Ses mains étaient longues, larges et griffues, alors que le visage déformé par la mâchoire de la bête, semblait figé dans une grimace de souffrance éternelle. Il semblait qu'il ne pouvait même pas clore sa bouche en entier. La respiration bruyante soulevait les côtes visibles et disgracieuses de son torse famélique, alors que des filets de bave s'écoulaient en gros flots visqueux de sa gueule. Ses jambes étaient une symbiose ratée d'humain et d'animal, et Syla se demanda comment il pouvait se tenir en position debout, tant les disproportions étaient flagrantes. La chose semblait affamée, et elle ne voyait en Syla qu'un somptueux repas offert. Elle regarda ses deux armes qui se trouvaient trop loin, et toisa le monstre qui devait faire plus de deux mètres, les cornes saillantes et sanguinolentes émergeant de son crâne rayaient le plafond en de larges sillons. Fuhito resta sur le côté, caché derrière un monticule de cages, pour la plupart vides. C'est alors qu'elle pensa aux animaux pris au piège dans leur carcasses métalliques. Elle leva une main et activa une materia de glace, toutes les serrures furent emprisonnées dans la gangue épaisse de givre, fracassant le métal sous son emprise. Son étrange don se révéla pendant que son esprit la faisait de plus en plus sombrer vers l'inéluctable. La peur, la colère, il y avait tellement de sentiments violents qui venaient s'entrechoquer en elle comme une foule d'électrons libres, qu'une détonation interne balaya légèrement son entendement. Ses yeux devinrent de plus en plus clairs et se transformèrent peu à peu tandis qu'une douleur incroyable broyait tout son corps. Elle entendit Fuhito dire au loin :
« Absolument remarquable ... »
Puis elle hurla en se concentrant au maximum sur les animaux alentours :
« Fuyez ! »
Son message pénétra les esprits qui l'entouraient et un mouvement de panique général souleva un orchestre de cris bestiaux. Les cobayes enfermés défoncèrent les portes de leur prison, galvanisés par son cri de ralliement, de révolte. Fuhito fut leur cible, dans un cri de dément il quitta la pièce, une horde d'animaux à ses trousses, griffes et dents en avant. C'est alors que l'alarme générale se mit en route dans un gros bruit strident, allumant des lumières rouges dans tous le hangar. Syla vit par une des fenêtre les hommes se regrouper, et elle sut qu'elle pourrait ne pas sortir vivante de son expédition. Le monstre devant elle se tenait les tempes en braillant de douleur, le bruit de la sirène avait l'air trop fort pour lui. Elle glissa sur le côté et attrapa ses deux flingues. Elle allait repartir quand la bête prit son manteau et la tira en arrière dans un large mouvement circulaire. Elle prit de plein fouet les cages centrales dans un fracas métallique, alors que son corps fut projeté contre la baie vitrée, la fissurant au passage. Le souffle coupé et légèrement sonnée elle regarda la pièce, et elle vit le monstre tout détruire sous un accès de rage incontrôlée. L'établi et tout le matériel de recherches fut pulvérisé sous les assauts du spécimen de Fuhito. De grands jets de bave gluante recouvrirent tout ce qui entourait la gueule démente du monstre. Si il y avait à la base quelque chose d'humain là-dedans, ça n'y était plus. Syla essaya de se relever, mais elle sentit une douleur lancinante dans son bras gauche et une de ses jambe. Angeal avait raison, certaines blessures mettaient plus de temps à se remettre que d'autres. Elle serra les dents alors que la colère qui l'animait prenait le dessus. Elle visa et tira. La détonation couvrit un instant le tumulte ambiant. La balle effleura la tête du monstre qui se retourna vers elle d'un geste brusque. Il y eut un étrange moment en suspens alors qu'il cherchait d'où ça venait, puis plantant son regard dans les yeux mako de Syla, il rugit avec force. Ce fut si puissant que tout vibra dans la pièce. Syla se releva et eut juste le temps de dire « Et merde ! » que la créature lui fonça dessus tête la première. Elle essaya de se dégager mais elle glissa sur le carrelage et les débris de verre. A peine fut-elle sur le point de pouvoir partir que le monstre la percuta de plein fouet. Les deux corps passèrent par la fenêtre, et tombèrent deux étages en dessous, sur une traverse métallique entre deux plates formes. La bête semblait sonnée, et Syla également. Elle crut que son corps était totalement brisé. Ses muscles, ses chairs, ses os, tout semblait prendre feu à l'intérieur. Elle vit la forme floue de la créature se relever en titubant alors qu'elle avait de la peine à se redresser. C'est alors que des détonations retentirent un peu partout. D'abord les ricochets faits d'éclairs passèrent près d'elle, tapant sur la rambarde en ferraille, puis après les tirs changèrent de direction. Elle crut voir Genesis et Sephiroth entrer dans la bataille, pensant être sujette à une hallucination. Puis quand elle fut enfin debout, elle vit ses mains. Ses mains qui avaient changées, arborant des griffes acérées à la places des ongles. Elle sentait aussi en elle des choses bouger, la faisant atrocement souffrir, puis l'instinct de survie prit place. Elle regarda la bête immonde qui lui faisait face, reprenant ses esprits. Il y eut une déflagration gigantesque alors que le SOLDAT et les Turks s'introduisaient dans le bâtiment. Une colonne de feu et de fumée s'éleva comme un dragon affamé, et l'air devint suffoquant. La passerelle où elle était tangua tandis qu'un morceau en bout lâchait et tombait dans le vide. Elle vit qu'il était temps de trouver un endroit plus stable. Bien évidemment le seul endroit à présent potable se trouvait derrière son ennemi. Elle respira un grand coup en sachant que c'était pure folie, et prit son élan. Elle sauta par dessus la créature dans un bond aérien et gracieux. La bête se retourna vivement et attrapa une de ses jambes lors de sa réception. Elle n'était pas retombée assez loin. Il la tira violemment et elle hurla. Se positionnant sur le dos elle le vit approcher sa gueule de son corps de manière à la dévorer. Elle balança un coup de pied faramineux et elle entendit quelque chose se briser quand elle lui toucha la gueule du talon. Le monstre rugit avec rage et d'un geste sec l'envoya par dessus la passerelle. Elle entendit la voix de Sephiroth hurler son nom au loin. Dans un réflexe surhumain elle s'agrippa à un autre support métallique plus proche, ses griffes entaillant le fer comme si c'était quelque chose de meuble. La bataille autours d'elle faisait rage. La fumée de l'explosion commençait à saturer l'atmosphère, et elle toussa. Elle vit Genesis et Sephiroth venir vers elle en tuant un nombre impressionnant de rebelles. C'est en cet instant peut-être, dans ce chaos infernal, ces secondes étranges qui semblèrent durer une éternité, qu'elle le vit. Elle ne l'avait jamais vu en action, ses missions avaient toujours été faites avec Zack et Angeal. Et là elle voyait Genesis et Sephiroth en plein combat. Ils étaient incroyablement redoutables, aussi doué l'un que l'autre. Enfin, pas tout à fait, Syla dénota une suprématie non négligeable pour Sephiroth, car il gardait son sang froid en toutes circonstances. Fixant un but, un seul, et faisant tout pour y arriver dans un style incroyablement calme vu la situation. Tout était beau dans ses mouvements, et même si il ôtait des vies, Syla fut totalement subjuguée par son aisance et sa force. Sa longue chevelure argentée habillait chacun de ses mouvements comme une aile diaphane splendide. Elle dut se ressaisir avant que son corps ne lâche. Elle serra ses doigts sur la surface froide et métallique, et elle vit son sang se répandre le long de ses bras. Elle grimaça alors qu'elle sentait l'arrête de la passerelle lui couper les chairs. Sephiroth vit sa posture, et il prit sa direction pour lui venir en aide, mais il fut retardé par des tirs ennemis. C'est alors que Syla sentit la surface qui la maintenait au-dessus du vide, trembler comme si elle allait s'effondrer. La créature l'avait retrouvée. Sa longue gueule balayant l'espace, reniflant bruyamment tant le sang qui coulait de son mufle lui emplissait même les sinus et la trachée. Les yeux déments qui furent autrefois humains la fixèrent, affamés, et elle se vit morte. C'était sans compter sur son instinct de survie incroyable, et la chose qu'elle abritait. Elle banda ses muscles, tétanisés de douleur, et alors que la créature se pencha au-dessus d'elle pour l'attraper, elle hurla de rage. Les filets de bave sanguinolente tombant sur ses bras et ses épaules, la firent grimacer de dégoût, puis visant bien cette fois-ci, elle arriva à se balancer dans le vide et à atteindre une plate forme un peu plus bas. Elle se réceptionna tant bien que mal, sentant la surface bouger dangereusement, alors que d'autres explosions envahissaient l'usine souterraine qui n'était plus qu'un brasier étouffant. La créature émettait des sons étranges entre gémissement de frustration et borborygmes de colère. Puis elle la suivit. A nouveau face à face, elle entendit une autre fois Genesis et Sephiroth qui la cherchaient dans la fumée de plus en plus opaque et dense. Elle aurait du fuir, partir, mais la chose en face d'elle éveillait des rancœurs trop importantes, des questionnements abominables, et la seule chose lucide qu'elle ressentait, c'était ce besoin de mort. Elle ne voyait en lui que ce qu'elle était, ce qu'elle pouvait devenir, une abomination, un expérience, un chose qu'il fallait effacer de la surface de la terre. Ses yeux jaunes eurent un éclat machiavélique, et décidée à en finir, elle sauta sur le spécimen de laboratoire comme un tigre sur sa proie. Elle planta ses griffes dans le dos de la bête, la lacérant littéralement de haut en bas, mettant ses chairs à vifs, montrant ses côtes au grand jour. La bête hurla de douleur, son sang noir jaillissant en gerbes dégoûtantes, mais l'envie de meurtre était à présent trop ancrée en elle. Le combat fut acharné, et au bout de longues minutes d'un corps à corps qui semblait de plus en plus inégal, elle pivota en prenant appuis sur un des bras de la bête, et passant sur son dos, elle agrippa sa nuque, et dans un hurlement de démente et inhumain, elle arracha les cervicales de la bête dans un flot de sang qui semblait exciter de plus en plus ses instincts. Plus rien ne comptait à présent que cette satisfaction intense, ce plaisir presque orgastique d'ôter la vie. Le corps s'effondra lourdement alors que les derniers craquements sinistres de sa victoire se faisaient entendre. Elle se pencha sur sa proie sans vie de façon très souple, comme un fauve prêt à dévorer son butin. Elle colla son nez de manière presque sensuelle sur la plaie béante, comme si elle se préparait à commencer un superbe festin. Puis elle entendit les bruits de pas de trois personnes sur la passerelle derrière elle. La fumée noire ne lui permettait pas de voir qui s'était. Elle se redressa vivement, et sortant ses armes elle les braqua vers les sons qui accouraient vers elle. Ses cheveux lâchés, ses yeux brillants de Mako et d'un feu magnifique, son corps et son visage maculés de sang, elle donnait une image effroyablement belle en cet instant. Quand Sephiroth, Genesis et Angeal arrivèrent jusqu'à elle, ils se trouvèrent nez-à-nez avec les canons noirs de ses revolvers prêts à tirer. Ils levèrent instinctivement les mains, et Sephiroth dit :
« Doucement Syla. Ce n'est que nous ... »
Mais le fait qu'elle ne baisse pas pour autant ses armes les déstabilisa. Elle semblait réfléchir, perdue ou emprisonnée dans les méandres étranges de sa conscience. Elle pencha la tête de façon bizarre, sa soif de mort toujours aussi présente. Elle n'était plus totalement elle-même, tout comme quand elle avait des crises très fortes. Et vu ce qu'il se passait, il était clair qu'elle était en plein dedans. Angeal s'avança, et les yeux de la jeune-femme cillèrent un instant. Il vint vers elle, tendant la main pour la désarmer tout en disant :
« Syla ?! C'est terminé ... rentrons à présent ... »
Mais voyant qu'elle n'avait aucune réaction il fronça les sourcils. Il avança alors encore un peu, pas à pas, jusqu'à ce qu'il soit à un mètre d'elle. Il vit alors des larmes ruisseler le long de son visage, et elle cria la voix brisée :
« Un spécimen Angeal ... voilà comment il m'a appelé !
- On va en parler, je t'en prie baisse tes armes avant que Tseng n'arrive, et puis il faut sortir de là avant que tout ne vienne à exploser, tu entends ? Les déflagrations et le feu ? »
Comme si elle reprenait ses esprits elle fit enfin attention à ce qui l'entourait. Et elle s'avoua que les trois hommes devaient soit tenir vraiment à elle pour rester dans cet enfer, soit être totalement fous. Angeal passa une main sur un des canons, c'est alors que les yeux fauves de Syla se contractèrent et elle hurla :
« GENESIS ! »
La détonation partit d'un seul coup, assourdissant Angeal au passage qui se plaqua la main gauche sur l'oreille en jurant. Genesis crut que son heure était arrivée, il resta figé de stupeur, et un bruit sinistre se fit entendre derrière lui. Il se retourna, et un homme se tenait figé dans l'espace. Son front portait un trou d'où le sang commençait à ruisseler lentement sur ses yeux écarquillés d'incompréhension. Il tomba à la renverse, et le couteau qu'il tenait à la main tomba dans un bruit métallique bruyant. Sephiroth regarda le corps étendu, puis Syla. Elle avait encore fois fait mouche, mais là, elle avait sauvé la vie de Genesis qui était légèrement en retrait derrière lui. Avec le bruit ambiant et l'anxiété qui les chamboulait, ils n'avaient pas été assez sur leur gardes. Elle s'effondra à genoux, totalement désorientée, avec une douleur physique qui n'avait d'égal que celle qui lui torturait l'âme. Les fluctuations de ses étranges capacités lui mettaient les nerfs à vif, et elle ne savait plus quoi faire en cet instant. Comme si elle avait trop bu et qu'elle ne parvenait plus à coordonner ses gestes. Angeal, encore sonné par la déflagration, s'accroupit et lui prit le bras. Il le glissa sur son épaule, et il l'aida à se relever. Genesis, sous le choc, la regardait comme si il la voyait pour la première fois, sachant pertinemment qu'il lui devait la vie. Angeal vint vers eux et fit :
« Sortons vite d'ici, cet endroit va disparaître sous peu ! Les hommes se sont déjà repliés ! »
Les trois Première Classe s'extirpèrent de ce piège incandescent en quelques mouvements fluides, reprenant le tunnel qu'ils avaient emprunté plus tôt. A peine furent-ils arrivés en haut que la détonation sourde et puissante qui témoignait de la destruction totale du site, fit trembler la terre. Une langue de feu remonta le tunnel tel un serpent véloce, et ils furent projetés en avant lorsque celle-ci déboucha sur l'extérieur. Genesis activa une materia « Bouclier » et sa présence d'esprit leur évita de se retrouver sévèrement carbonisés. D'autres colonnes de fumées et de feu sortirent des flancs de la montagne, et essoufflés, ils sortirent du fort.
Les passages qu'elle avait passé au moins une heure auparavant étaient maculés de sang et de cendres. Elle regarda autours d'elle, complètement hébétée, et elle murmura alors qu'elle reprenait peu à peu consistance :
« Cody ...
- Quoi ? Dit Angeal qui l'avait entendu.
- Le petit garçon ... où est-il ?
- Chut Syla ... tu es affaiblie et tu ne sais plus ce que tu dis.
- Non ! Fit elle en se dégageant brusquement. Je dois trouver Cody ! Ce n'est qu'un enfant! »
Sephiroth la retint par le bras, et secouant la tête il déclara :
« Non Syla ... non ... Les Turks sont déjà passés ... »
Un froid atroce vint lui serrer la poitrine alors qu'elle comprenait tous les sous-entendus. Elle se dégagea avec force et cria :
« Non ! Non tu entends ! »
Puis encore à moitié sonnée elle se mit à courir dans les tunnels. N'ayant plus le sens de l'orientation, elle déboucha sur l'extérieur où le pire des spectacles s'offrit à elle. Elle vit les hommes en noirs avec leurs véhicules, leurs armes, et tout ce qui faisait les Turks. Tseng se tenait avec Reno et Rude près d'un hélicoptère, faisant le tri de cartes d'identités apparemment. Au milieu du plateau rocheux se tenait une pile de cadavres, et Syla reconnus les hommes et les femmes qu'elle avait croisé un peu plus tôt. Le petit couple de vieux qui l'avait emmené se tenait côtes à côtes, main dans la main, comme si ils avaient accepté leur sort. Elle se jeta près de leurs corps sans vie, et un hurlement atroce sortit sa bouche. Ses yeux de braises se portèrent sur Tseng, et alors qu'elle allait lui sauter littéralement à la gorge, elle sentit des bras puissants la retenir.
« LACHEZ-MOI ! » s'égosilla-t-elle en se défendant de toutes ses forces.
Mais Sephiroth et Angeal la maintenaient fermement. Elle se jeta en avant malgré tout et elle cracha à Tseng :
« Qu'avez-vous fait espèce d'enfoiré ?! Ils n'avaient rien fait ! Ces gens étaient innocents bordel ! »
Tseng la toisa un instant et fit d'une voix très calme :
« Non, ils se mettaient au travers de la marche de la ShinRa. Ils alimentaient un réseau de rebelles et un groupe d'extrémistes dangereux pour la sécurité de chacun. D'ailleurs je tiens à te féliciter, tu as fait du bon boulot, sans toi nous n'aurions jamais découvert cet endroit et ces gens. Je suis sûr que le président sera aux anges quand il aura eu vent de tes exploits. ».
Il s'essuya les mains dédaigneusement alors qu'elles portaient un peu de sang, et avec un mouvement de tête il fit signe à Reno et Rude de le suivre. Ils grimpèrent dans un hélicoptère et s'envolèrent pour Midgar, laissant le soin aux autres membres de faire disparaître les corps, ou de les rapatrier dans leur famille avec une note alimentant la propagande ShinRa.
Les mots de Tseng dansèrent dans sa tête dans une sarabande atroce, réalisant qu'il avait raison, c'était elle, seulement Elle qui les avait conduit ici. Si ces gens à Midgar n'avaient pas voulu l'enlever, jamais ils ne seraient venus ici. Et elle avait donné l'accès au complexe souterrain. Le sol sembla s'effondrer sous ses pieds, et à bout de force, elle s'assit, le regard vitreux. Elle regarda le couple de vieillards, puis tous les autres, et elle sembla se déconnecter totalement de la réalité. Les mains en sang, ainsi que presque tout son corps d'ailleurs, elle ferma les poings sur le sol, arrachant de la terre au passage. Ses plaies aux phalanges la brûlant, mais cette douleur n'était rien face à ce carnage, à toutes ces vies amputées. Ses épaules se secouèrent alors qu'une tristesse insondable venait l'ébranler. Angeal se pencha vers elle et il dit d'une voix douce :
« Viens Syla, nous n'avons plus rien à faire ici ... »
Il la releva doucement, et elle explosa en larmes dans ses bras. Il n'y avait qu'avec lui qu'elle s'autorisait cela. Pour elle, Angeal était le seul qui ne jugerait jamais ses larmes ou ses abattements, il lui cédait avec plaisir le soutien indéfectible de ses épaules larges et massives. C'était un précieux ami, le plus précieux qui soit même. Tenant à peine sur ses jambes il l'aida à monter dans un des hélicos présents, et quand ils commencèrent leur ascension tous les quatre confortablement installés dans l'habitacle, elle ne put s'empêcher de garder des yeux fixes sur le tas de morts en-dessous d'eux. Qui finit par devenir aussi insignifiant qu'une tête d'épingle, pour ensuite totalement disparaître de son champs de vision. Elle laissa sa tête braquée sur l'extérieur, et elle ne décrocha plus un mot. Les trois amis l'observaient en silence, chacun d'eux aurait voulu pouvoir la réconforter, mais ils savaient que face à cela, rien ne pouvait tirer une âme de la noirceur dans laquelle elle devait inéluctablement sombrer. Angeal utilisa une materia de soin pour refermer les plaies de ses mains, et les autres dues au combat, et pas une seule fois elle daigna lui accorder un regard.

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Une fois de plus, quand ils rentrèrent ils furent félicités et applaudis par une foule en liesse. Sephiroth, Angeal et Genesis furent accueillis en héros, Syla également, mais qui était-elle aux côtés de ces grands Héros ? Elle vit le président avec un magnifique sourire satisfait sur les lèvres, toujours au même endroit dans ces cas-là, en haut des grands escaliers, dominant tout le monde. Elle vit un homme lui murmurer quelque chose à l'oreille, et Syla eut du mal à se souvenir où est-ce qu'elle l'avait déjà vu. Avec une telle blouse blanche, nul doute que c'était un des chercheurs de la section scientifique. Zack et Cloud vinrent vers elle, lui sautant au cou, l'étreignant et la congratulant d'une multitudes de superlatifs qui la mirent mal à l'aise. Elle croisa Klauss qui lui céda le passage en baissant le regard. Plus que la mise en garde de Genesis, à présent tous savaient que Syla était un membre du SOLDAT à ne pas sous-estimer et prendre à la légère. Elle bouscula pas mal de monde pour atteindre les ascenseurs, s'arrachant parfois avec difficultés aux mains qui la flattaient, qui cherchaient un contact presque exalté, alors que tout son corps la cuisait au moindre frôlement. De plus en plus à l'étroit, de plus en plus mal à l'aise, alors que la vision des corps jetés en tas grossier sur le sol revenait sans cesse la hanter. Elle revoyait encore les adorables vieux, avec leur sourire radieux et leur bonne humeur, leur simplicité commune aux gens vivant des fruits de la terre. Les larmes acides du remords vinrent à nouveau tapisser ses cils, et elle pria pour arriver à son appartement avant de craquer. Elle poussa la porte, et alla directement dans ses toilettes. Les images affreuses des morts, des animaux en cage, de la créature immonde qu'elle avait combattu, revenaient sans cesse, et tournoyaient dans sa tête comme une tornade destructrice. Elle vomit un bon coup, rejetant de toutes ses forces le sang qui l'avait stimulé et galvanisé durant ces minutes démentes avant de se déshabiller et de se faufiler dans sa douche. Rien ne semblait pouvoir calmer les tremblements qui commencèrent à l'assaillir comme une meute de chiens affamés. L'eau brûlante qui cascadait sur son corps transi n'arrivait pas à la réchauffer. Rien ne le pouvait. Elle avait été la cause de leur mort, de cet acte barbare et atroce, que la ShinRa encore une fois mettrait à couvert, et masquerait comme un acte de bravoure. Elle se faufila dans une chemise blanche, comme pour essayer de se donner un peu de clarté, mit des sous-vêtements et des chaussettes, et s'asseyant sur son canapé, elle fixa l'extérieur. Elle se recroquevilla, calant ses genoux contre sa poitrine, et elle pleura, pleura jusqu'à s'en fendre l'âme, jusqu'à s'assécher de l'intérieur. Les mots de Fuhito repassant sans cesse dans son esprit. La détresse puissante qui vint l'étreindre de ses doigts glacés lui fit faire un acte irréfléchi. Elle attrapa le flacon dans son manteau, et ouvrant le couvercle brusquement, faisant chuter l'opercule sur le sol, elle fit glisser dans sa paume flageolante plusieurs pilules d'inhibiteurs. Si ça devait la tuer au moins elle ne se réveillerait plus, ne reverrait plus ces scènes affreuses, ne pleurerait plus la perte de personnes innocentes ou celles de ses amis. Après de courtes minutes, elle sentit une torpeur bienfaitrice s'emparer d'elle, alors que toutes ses défenses semblaient fondre peu à peu. Elle se sentit terriblement seule, et c'est dans l'espoir de ne jamais plus refaire surface qu'elle s'endormit, en boule sur son canapé.

« Syla ?! ... Syla ?!
- Maman ... ?
- Oui et non ... Te souviens-tu de notre première rencontre ?
- Qui êtes-vous ? Demanda la jeune-femme qui évoluait de nouveau dans les méandres verts de la Rivière de la Vie.
- Je suis la Mère de chaque chose, l'esprit éternel et immuable, le courant de tout ce qui est, fut et sera. Je suis ta mère, tes amis, toi ...
- Je ne suis rien ...
- Ho non ma fille ... tu te trompes ... » la voix semblait aller et venir dans un doux murmure, ressemblant à la voix chantante d'une déesse. Une voix chaude, sensuelle, et à la fois très maternelle.
« Sais-tu où tu es ?
- Chez les morts j'imagine ...
- Non pas encore .. tu es entre les deux, les limbes éthérées qui lient les mondes. Et il est aussi en ton pouvoir de contacter les esprits des morts, mais aussi des créatures vivantes dans cet univers ...
- Comment suis-je arrivée ici ?
- C'est en ton pouvoir, et ce depuis ta naissance ... » le dernier mot sembla se répercuter sans fin dans les immensité vertes qui l'entourait.
« Ma naissance ... »
Syla eut alors un rire criant de tristesse, et elle demanda :
« Que suis-je ?
- Une âme, une énergie, une enfant de cette planète ...
- Un monstre ...
- Mais enfin Syla, même les monstres font partie de la planète ... Viens mon enfant, accorde-toi un peu de repos ... et ne ferme pas ton cœur à ceux qui sont là pour toi ... »
Syla sentit des bras aimants l'étreindre chaleureusement, la serrer si intimement qu'elle en pleura de bien-être. La chaleur qui se dégageait de ce contact brisa le peu de carapace qui lui restait. Elle fut transpercée par un amour sans borne, une félicité qui lui avait été inconnue jusqu'alors. Elle se laissa dériver, et plus aucune douleur n'eut d'effet sur elle.

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