Hello Hello ! ( ^ ^)/

Ça y est, c'est le 10ème chapitre ! Champagne ! ( ^ v ^) Je suis super contente d'en être arrivée là, et c'est en bonne partie grâce à vous qui lisez et qui laissez vos impressions sur cette fic. Merci ( 0 v 0) J'espère pouvoir tenir jusqu'au bout, y a encore du boulot !

La Japan Expo vient de se terminer, c'est trop triste (TT^TT) On n'a plus qu'à attendre un an, maintenant... Et en attendant, je vous laisse ce p'tit chapitre pour vous consoler (ou pas, je sais pas si ce sera très efficace... mais c'est mieux que rien ! ( o . 6))

Je tiens juste à faire une remarque : on ne voit pas du tout Kuroko dans ce chapitre ('O o) Des fois je me demande comment je fais mon compte xD Du coup, c'est un chapitre spécial Midorin~ !

Pour la chanson au piano, elle s'appelle Leia (si vous cherchez "Leia Another piano arrange" sur YouTube, vous trouverez tout de suite la version que j'avais en tête :3)

Laura-067 : Alors, encore une fois, je ne vais pas répondre à grand chose xD Il y a pas mal de questions qui auront leur réponse dans ce chapitre. Pour Kise, il faudra attendre un peu pour savoir dans quel plan douteux il s'est embarqué... Par contre, s'il n'a pas pensé à Kasamatsu, c'est juste parce que l'équipe qu'ils forment est basée sur Tôkyô, et qu'il vit à Yokohama (au Sud de la capitale, dans la préfecture où se situe Kaijô). Au point où ils en sont, Kuroko &co veulent d'abord faire leurs preuves avec les moyens du bord ( ^ ^)

Emy-nee : Devine quoi... Il va avoir droit à une trèèèès longue scène dans ce chapitre ! xP Et ce n'est que le début~

Mangas Writer : Attends, attends ! Je vais commencer à démêler tous les nœuds de l'histoire petit à petit, ne t'enferme pas tout de suite ! xD Et désolée si c'est un peu long, j'essaie de faire progresser la situation de chaque personnage au fur et à mesure, mais Kuroko ne sera sûrement pas le dernier sur la liste ( o . 6)

Panda : Je pense que tu as deviné qui ça sera 8D Et je rage, parce que ça fait déjà deux chapitres que j'aurais voulu le faire apparaître ! xD La prochaine fois, c'est la bonne !

Seth Horo : Alors ça... Quand on le saura, l'histoire prendra un tournant radicalement différent ( = 3 =) En attendant, merci de ton commentaire !

Voilà, bonne lecture~


Aucun d'eux n'avait esquissé le moindre geste. Derrière le bar, Murasakibara se tenait droit comme un i, le visage fermé. Il était le seul à n'avoir pas semblé être troublé par son arrivée. Qu'il l'eût été ou non, nul n'aurait pu le déduire de son expression placide, presque figée.

Midorima en revanche le dévisageait avec des yeux inquiets. Son regard avait quelque chose de creux. Il tenait le comptoir d'une main, et sans le savoir, ses doigts étaient crispés, au point d'en être blancs aux jointures. Takao avait beau être toujours assis à côté de lui, il semblait ne plus rien voir d'autre que celui à qui il faisait face.

Quant à Kise, il n'avait pas bougé non plus, et était toujours debout près de son siège, ostensiblement désorienté par la tournure que prenaient les évènements. Cette fois, il était inconcevable qu'il pût s'agir d'un hasard. Après tout, Midorima avait confessé lui avoir caché la véritable raison de ce rendez-vous. Seulement, si ce dernier en était bel et bien avisé depuis le début, le désarroi qui se lisait à présent sur son visage était troublant. A croire qu'il redoutait ce qui pouvait arriver.

Le visage d'Akashi se fendit d'un large sourire. L'étape préliminaire venait de s'achever, et son résultat était sans appel : bien qu'ils aient quitté le lycée, et malgré le fait qu'ils ne se côtoyaient plus comme avant, l'aura qu'il dégageait restait inchangée. A peine était-il entré que le silence s'était fait dans la salle.

- Vous en faîtes, des têtes. Je voulais juste passer dire bonjour, vous savez.

Dès cet instant, Midorima sentit que ses craintes se confirmaient. Quelque chose dans sa façon de s'exprimer, dans son ton, était de mauvais augure. Le rictus qu'arborait son visage était sombre et sans chaleur.

Akashi était toujours le même.

L'hiver dernier, lorsque Midorima l'avait vu pour la dernière fois, il faisait preuve d'une implacable froideur vis-à-vis de tous ceux qui l'approchaient. Sa seule présence dans une pièce était intimidante.

Sa personnalité chaotique avait toujours recélé une part d'ombre. Dès le collège, étant l'un des rares élèves qui s'aventuraient à le fréquenter, Midorima avait perçu l'existence d'une fracture, quelque part au fond de lui.

Et puis, au cours de leur deuxième année, l'équilibre qui maintenait cette brèche sous la surface avait cédé. Elle avait tout englouti, jusqu'à ce que plus rien ne subsiste de l'Akashi qu'il avait connu. Pendant deux ans, il avait été une toute autre personne – inflexible, tyrannique, prête à tout pour parvenir à ses fins. Alors que le gouffre entre eux n'avait cessé de se creuser, les membres de la Génération Miracle avaient tenté de s'affranchir en prenant chacun de leur côté un nouveau départ, tandis qu'Akashi s'enferrait dans son despotisme.

Cependant, quelle que fut leur volonté de se démarquer, le lien qui les unissait tous les cinq – et avec Kuroko, de surcroît – ne s'était pas estompé pour autant. Certains eurent beau chercher à se convaincre du contraire, ou à fermer les yeux, le sentiment d'hostilité qui planait lorsqu'Akashi était près d'eux restait bien réel.

Puis vint la première Winter Cup. La finale opposa Seirin à Rakuzan. Que la victoire du premier y ait été pour quelque chose, rien ne permettait de le dire avec certitude. Mais ce jour-là, face au duo formé par Kagami et Kuroko sur le terrain, Akashi renoua enfin avec celui qu'il était à l'origine. Comme si le fait d'avoir été poussé dans ses derniers retranchements lui avait fait reprendre pied. Cela se lisait sur son visage. Et sur celui de Kuroko.

A l'époque, tous s'étaient sentis rassurés de voir les choses rentrer dans l'ordre. Pourtant, Midorima avait gardé un semblant d'appréhension. Désormais, il ne croyait plus Akashi infaillible, bien que celui-ci cherchât volontiers à le paraître. Dans le fond, il redoutait qu'à nouveau, du sable ne vienne se glisser dans le mécanisme, et ne le détraque de façon irrémédiable.

A nouveau, deux années s'étaient écoulées sans qu'aucun changement notable ne survienne. En deuxième année, Rakuzan avait pris sa revanche sur Seirin, sans pour autant altérer le tempérament d'Akashi. Plus les mois passaient, et plus les souvenirs du temps où il avait été cet autre lui-même s'estompaient. Rien de plus qu'une période sombre, désormais révolue.

Jusqu'à ce qu'arrive l'hiver de leur dernier tournoi.

- Akashicchi… Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je te l'ai dit : j'avais envie de vous revoir, après tout ce temps. C'est tout.

Peut-être Midorima avait-il été le seul à voir que celui qu'il avait été jusqu'alors se fissurait peu à peu. De la même façon que lorsqu'ils étaient au collège, il l'avait regardé sombrer inéluctablement. Seulement, cette fois, ce n'était pas pour s'effacer derrière son alter ego. Au lieu de s'emplir d'orgueil et d'ambition, il avait paru de plus en plus amer, parfois même instable.

Et puis, une nuit, il s'était brisé en mille morceaux.

- J'avais entendu dire que tu travaillais comme pâtissier, Atsushi. Ça se passe bien ?

- Hmm, plutôt bien. J'aimerais rester ici encore un bout de temps. D'ailleurs, Akachin, tu veux quelque chose ?

- C'est gentil, mais pas cette fois, je ne peux pas m'attarder.

Murasakibara eut l'air déçu, mais ne dit rien de plus.

- Ryôta, tu es toujours mannequin, je me trompe ?

- Ah, euh… Oui, c'est ça…

- Tu te débrouilles bien, on ne parle que de toi.

- C'est possible, oui. Merci…

Sans un regard pour Takao, qu'il considérait manifestement comme un trouble-fête, Akashi se tourna vers Midorima.

- Et toi, Shintarô, tu fais médecine, comme tu le souhaitais.

- Oui.

Sa voix fut presque inaudible. Comme si ses mâchoires étaient trop crispées pour articuler le moindre mot.

- … Tu n'es pas très bavard, aujourd'hui.

- Je n'ai jamais été enclin à bavarder.

Akashi plongea ses yeux rouge et or dans les siens. L'intensité de son regard était presque palpable.

- C'est vrai. C'est l'une de tes grandes qualités.

Son vis-à-vis serra les dents. Takao risqua un coup d'œil dans sa direction, et ce qu'il vit ne fit que confirmer son inquiétude : Midorima était livide.

Murasakibara restait, de son côté, parfaitement calme. Il avait même pris le verre vide de Kise pour le passer sous l'eau et le frottait à présent avec une serviette, sans y mettre beaucoup d'énergie.

Plus désireux de mettre à fin à ce silence étouffant que d'en connaître la réponse, Kise se hasarda à lui poser une question :

- Et toi, qu'est-ce que tu fais, maintenant ?

Ce qui eut pour effet d'attirer le regard d'Akashi sur lui.

- Théoriquement, je fais des études de management. Mais c'est davantage une formalité qu'autre chose. Je suis assez pris par diverses affaires de famille, en ce moment.

Quoi de plus naturel, venant d'un fils de bonne famille, songea Midorima.

Il posa sur lui un regard suspicieux. Derrière ce ton en apparence affable et détendu, il restait singulièrement évasif. Mentionnant à dessein la gestion d'entreprise avant d'évoquer ses « affaires de famille », il avait intelligemment amené Kise à penser qu'il ne s'agissait que de problèmes d'ordre financier.

Rien n'était moins sûr, cependant. Midorima était sans doute le seul à soupçonner ce qui se passait réellement, entre les murs.

- Et… Pourquoi est-ce que tu es revenu à Tôkyô ?

A en juger par l'expression mitigée de Kise, il ne savait pas bien jusqu'où il pouvait aller, dans ce qui ressemblait davantage à un interrogatoire alterné qu'à une discussion entre vieilles connaissances. Inconsciemment, il marchait sur des œufs.

Akashi ne faisait rien pour les mettre à l'aise. Il ne s'était jamais vraiment formalisé de l'inégalité de leur relation. Les autres ne se comportaient pas avec lui comme ils l'auraient fait naturellement vis-à-vis d'un camarade de leur âge. Par son statut, par ses capacités hors normes et par son attitude aussi, il suscitait une certaine réserve chez les autres, qui pouvait se muer, dans les cas les plus extrêmes, soit en déférence, soit en évitement.

Aussi se contenta-t-il une nouvelle fois d'éluder la question :

- J'ai peur de ne pas pouvoir trop ébruiter nos préoccupations actuelles. En tout cas, il semblerait que j'aie été bien inspiré de revenir maintenant, au vu des dernières nouvelles.

Midorima déglutit le plus discrètement qu'il pût. Si les trois autres avaient bien compris à qui il faisait allusion, lui seul mesurait les conséquences de cet état de fait.

Ainsi, Akashi savait.

- Il paraît que Kuroko est sorti du coma.

La seule personne par qui il avait pu l'apprendre était Nanamine Makoto. Midorima ne se serait pourtant pas méfié d'elle, compte tenu de sa situation. Elle n'avait aucun intérêt à laisser Akashi approcher Kuroko, bien au contraire. Il aurait cru qu'elle ferait tout pour le tenir à distance, pour qu'il l'oublie. Pas par méchanceté, mais, de la même façon que le faisait Midorima, par souci de préserver chaque parti du mieux possible.

Mais ç'avait sans doute été surestimer son influence sur Akashi. Personne parmi eux n'avait d'emprise sur lui, pas même sa fiancée.

Cet échange de politesses surfait n'avait trompé personne. Maintenant qu'ils avaient cessé de tourner autour du pot, tous semblaient appréhender sa réaction.

Son visage ne trahissait aucune émotion. Il aurait presque pu donner l'impression que le sujet ne l'affectait pas, si sa voix n'avait pas été aussi glaciale.

- Vous l'avez sans doute revu, depuis. Enfin, en ce qui te concerne, Shintarô, c'est une certitude.

Takao ne put s'empêcher de se dresser sur son siège en l'entendant. Ce réflexe le surprit lui-même.

C'était comme s'il avait perçu une menace dans ses mots.

Midorima, quant à lui, ne se laissa pas décontenancer davantage.

- On a à peine discuté, l'autre jour.

- Je le sais. Makoto m'a raconté ce qui s'était passé en mon absence.

Il avait donc vu juste. Les conditions dans lesquelles ce rapport lui avait été fait restaient obscures, néanmoins.

- Je suis soulagé de savoir qu'il s'est remis de cet accident.

- Parce que tu te sentais un peu coupable quand même, au fond ?

Tous les regards pivotèrent instantanément vers Midorima. Il n'avait plus rien de craintif, à présent.

Il faisait face à Akashi, ses yeux brillants de colère.

- Arrête de faire semblant, Akashi. Comme si tu n'étais pas concerné par tout ça.

Sa remarque cinglante surprit le nouveau venu, qui le dévisagea sans un mot pendant un court instant.

- J'ai peut-être l'air de manquer de compassion, mais je pense ce que j'ai dit. Je crois que perdre la mémoire, c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Midorima reçut cette phrase comme une gifle. Sur le moment, elle lui parut odieuse. Puis il réalisa que, quelques jours plus tôt, il avait tenu exactement le même discours. Lorsque Kise était venu le trouver, c'était presque mot pour mot ce qu'il lui avait asséné. Et maintenant, cette vision des choses le révoltait. Que ce soit parce qu'il la désapprouvait foncièrement, ou parce qu'il était viscéralement opposé à l'idée d'être en adéquation avec Akashi, il n'en savait rien. Et ce doute entrava sa répartie, l'espace d'un instant.

- Apparemment, tu lui as parlé de moi lorsque vous vous êtes vus.

- On ne peut pas vraiment dire ça, non. Je pense que ce n'est pas à moi d'aller le voir pour lui raconter tout ce qu'il ignore.

- De quoi est-ce que vous parlez ?

L'intervention de Kise les prit de cours. Ils réalisèrent dans le même temps que ce qu'ils étaient sur le point d'aborder ne regardait qu'eux, et que l'un comme l'autre tenait à garder privé.

Aussi Akashi ignora-t-il tout bonnement sa question.

- Si je voulais vous voir, tous les trois, c'est aussi parce que j'ai quelque chose à vous demander. Je veux que Kuroko ne soit pas mis au courant de ma présence ici.

De nouveau, Kise prit les devants.

- Mais pourquoi ? C'est ridicule !

- Kise.

Interloqué, il tourna la tête et fixa Midorima d'un air perplexe. Celui-ci lui adressa un regard dur.

- Ne t'en mêle pas.

- Quoi ?! Mais…

Ce fut au tour d'Akashi de l'interrompre.

- Kuroko a oublié, et il va reprendre une vie normale. Ça vaut mieux pour tout le monde.

Kise était complètement perdu. Il sentait que tous les deux étaient les seuls à comprendre ce dont il était vraiment question. Ce sentiment d'être aussi radicalement évincé de la discussion le toucha plus profondément qu'il ne l'aurait cru. Tout ce temps qu'il avait passé en croyant agir pour le bien de Kuroko et des autres, finalement, n'avait peut-être été qu'une longue succession d'erreurs et de maladresses, sans même qu'il s'en rende compte.

Aucune objection ne s'élevant du côté de Kise, Midorima reprit :

- Tu veux faire comme si de rien n'était ? Comme si rien ne s'était passé ?

Son vis-à-vis soutint son regard, pesant ses mots.

- Oui. Exactement.

L'instant d'après, Midorima s'était levé.

- Moi, je ne crois pas que je pourrai l'accepter. En ce qui me concerne, je me rappelle de tout. Comme si c'était hier.

Takao hésita à lui parler, mais au vu de la situation, il n'aurait fait qu'attiser sa rage.

- Ça t'est sans doute très confortable de tourner la page et de passer à autre chose. Mais moi, j'en garderai les marques quoiqu'il arrive. Je ne pourrai jamais oublier !

- Pour toi aussi, c'était un regrettable accident…

- C'était entièrement de ta faute, Akashi !

D'un coup, il avait bondi vers lui, comme pour lui sauter à la gorge. Mais à peine Akashi eût-il esquissé un mouvement de retrait qu'il s'immobilisa dans un cri, s'effondrant sur sa jambe qu'il tenait à deux mains.

- Shin !

Takao se précipita et le rattrapa juste avant qu'il ne tombe. Il le soutint par les épaules, apercevant furtivement son visage déformé par la douleur. Midorima se détourna aussitôt.

Furieux, son ancien coéquipier fusilla Akashi du regard.

- Y a pas à dire, t'es vraiment un mec détestable !

- Tu n'as rien à faire ici. C'est une affaire en Shintarô et moi.

Il s'apprêtait à répliquer, mais il sentit une main serrer son bras avec insistance. Baissant les yeux, il vit Midorima s'efforcer de reprendre contenance, malgré les tremblements qui le parcouraient. Il fuyait son regard, mais Takao devinait à travers sa respiration haletante et ses mâchoires contractées quel sentiment le tenaillait au point de lui obstruer la gorge. A cet instant, il se sentait vulnérable, et son impuissance lui faisait horriblement honte.

Takao hésita, puis abandonna finalement l'idée de surenchérir.

Il l'entraîna lentement vers l'une des chaises qui entouraient une table du salon, et l'aida à s'asseoir sans un mot – conscient que son aide était un soutien indispensable, mais humiliant.

Akashi l'observait en silence. Lui n'avait pas sillé lorsque Midorima s'était effondré. Pas plus que lorsqu'il avait fondu sur lui. Aucune surprise, pas le moindre sourcillement n'avait altéré ses traits si doux et si durs à la fois. Takao se sentit frissonner alors que son regard pesait sur lui.

Finalement, le jeune homme aux cheveux noirs rendit les armes, et baissa les yeux, reportant son attention sur Midorima dont les tremblements s'apaisaient à peine. Il sentait le regard glacé qui ne le quittait pas, et se rendit compte qu'il s'en voulait. De ne pas riposter, de ne pas répliquer à son tour. Mais, dans ces conditions, cela n'aurait eu aucun sens.

Lorsque la sensation de froid qui lui traversait la nuque s'estompa, il comprit que leur entrevue avait pris fin.

- Je ne voulais pas en arriver là. Je ferai mieux de vous laisser.

Personne ne trouva rien à répondre. La consternation leur avait noué la gorge. A l'exception peut-être de Murasakibara, mais celui-ci ne fit pas le moindre commentaire. Il semblait étrangement sombre.

La porte s'ouvrit, la cloche retentit à travers le salon. Et plus rien. Comme si la vie en avait été aspirée.


Kise n'avait rien fait.

Il ne s'était pas interposé comme l'avait fait Takao, il était resté immobile. Pas un mot ne lui était venu.

Il avait seulement été témoin de la scène qui s'était déroulée sous ses yeux.

Même après qu'Akashi eut quitté les lieux, il peinait à croire que tout cela était bien réel. Que deux des personnes qu'il croyait le mieux connaître et qui avaient été si proches par le passé en soient venues à nourrir un tel ressentiment l'une envers l'autre. Et que Midorima soit à ce point affligé par cette blessure d'il y a huit mois. A l'époque, persuadés que le nerf était trop sévèrement touché, les médecins avaient établi un diagnostic stipulant qu'il ne pourrait sans doute jamais récupérer. Pourtant, depuis, les choses semblaient être rentrées dans l'ordre. Le voir si diminué était un choc aussi soudain que douloureux. Dire qu'il avait osé lui faire des remontrances sur son attitude et sa volonté d'enterrer le passé.

Kise était bien la dernière personne à pouvoir lui tenir un tel discours. Midorima ne pourrait jamais en effacer les traces. Alors que lui se contentait de vivre oisivement, en fermant les yeux.

D'un coup, il tourna les talons et jaillit hors du café. Le tintement du cuivre résonna fort derrière lui, mais il ne l'entendit même pas.

Sur le trottoir où se reflétaient les derniers instants de l'après-midi, il vit une ombre qui s'éloignait en direction d'une imposante auto noire. Dans son élan, il l'interpela, et elle s'arrêta alors que la portière s'ouvrait.

- Qu'est-ce qu'il y a, Ryôta ?

- … Je n'y comprends rien… Je ne sais même pas ce que je dois te demander. J'ai l'impression de ne rien savoir du tout !

- C'est du passé. N'en parlons plus.

- Si, il faut qu'on en parle ! Pourquoi je suis le seul à ne pas être au courant ? Qu'est-ce qui s'est passé pour que Kurokocchi en arrive là ? Pourquoi vous refusez tous de me le dire ?!

Subitement, Akashi se détourna de la voiture et marcha droit vers lui. Avant même qu'il s'en rendît compte, Kise avait fait un pas en arrière.

Akashi n'en imposait pas par sa stature. Arrivé à un pas de Kise, il faisait presque une tête de moins. Seulement le sentiment de supériorité qu'il éprouvait en présence d'autrui était si écrasant qu'il lui donnait une prestance inégalable. Durant toutes ces années où ils s'étaient côtoyés, jamais Kise ne s'était risqué à lui tenir tête. Il restait même relativement en retrait.

Cette fois, il sentait qu'il avait franchi une borne.

Le jeune homme aux cheveux rouges s'approcha tout près de lui.

Sa voix n'était plus qu'un murmure.

- Je t'ai dit de ne plus en parler. Tu n'as aucun droit de savoir.

Kise ouvrit la bouche pour répondre, sans parvenir à émettre le moindre son. Son malaise devait être suffisamment manifeste, car, après l'avoir jaugé d'un coup d'œil, Akashi fit volte-face, considérant qu'il était inutile d'aller plus loin.

Sa surprise n'en fut que plus frappante lorsque Kise revint à la charge.

- C'est toi qui as blessé Midorimacchi ?

Le temps d'un instant, d'un tout petit instant, il ne se passa rien.

La seconde suivante, le ciel se renversa au-dessus de lui, et Kise tomba brutalement sur le trottoir, sa tête manquant de peu le sol. Devant lui, Akashi le toisait avec fureur. Le soleil dans son dos plongeait son visage dans l'ombre, mais ses yeux luisaient comme des braises.

- Je n'ai pas dû être assez clair, avec toi. Ce que tu penses de notre situation actuelle m'est complètement égal. Je t'interdis de t'immiscer dans ce qui ne te regarde pas. Ni maintenant, ni jamais.

Kise resta prostré à terre, alors que le jeune homme tournait les talons et montait dans la voiture. Il entendit le moteur qui s'éloignait, et peu à peu les bruits de la rue revinrent l'assaillirent de part et d'autre. Les éclats du soir étaient là, eux aussi.

Il était par terre, dans la rue, mais il ne bougeait pas.

Son cœur n'en finissait pas de lui vriller les côtes, à cogner et cogner sans cesse. Au point qu'il en vint à souhaiter qu'il s'arrête.

Pour de bon.


Dans l'entrée du grand appartement, le silence était total. Takao restait immobile, la lumière était éteinte. Seule la porte ouverte du salon lui permettait d'y voir quelque chose. Mais il n'en avait cure. Quand bien même aurait-il été dans l'obscurité la plus totale, cela ne lui aurait pas semblé différent. Figé au milieu des chaussures, son sac à ses pieds, il contemplait le vide.

Depuis le séjour, aucun son ne lui parvenait. Midorima avait dû se laisser tomber dans le canapé, et ne plus en sortir depuis. La seule chose à laquelle il devait aspirer à cet instant, de toute évidence, c'était la solitude. Et Takao se demanda s'il n'aurait pas intérêt à se contenter de l'avoir raccompagné, et à s'éclipser sans plus de cérémonies.

Mais s'il le faisait, il se préparait à une soirée bien morose, une fois chez lui. Midorima ne lui ayant pas adressé la parole depuis qu'ils avaient quitté le café, ils se seraient séparés dans un silence mortifiant, pour ensuite passer les prochains jours – voire, plus probablement, les prochaines semaines – sans se voir ni échanger le moindre mail. Takao n'était pas exagérément adepte des conversations par messages, et il savait que son acolyte les exécrait. Ne plus envoyer de mails pendant une période relativement longue lui arrivait de temps en temps, sans qu'il s'en soucie.

Mais c'était l'idée de ne plus pouvoir le faire qui l'affligeait. Le sentiment d'être un poids, une connaissance un peu pot de colle qui s'accroche à vous sans que vous l'ayez vraiment cherché et qui finit par vous pomper l'air plus qu'autre chose, au point qu'on aspire seulement à s'en débarrasser.

D'ordinaire, le naturel jovial et extraverti du jeune homme le préservait de toutes ces interrogations.

Mais lorsqu'il voyait Midorima lui opposer un visage aussi fermé, son assurance dégonflait comme une baudruche. Et il se retrouvait désarmé, embarrassé par son absence flagrante d'utilité. Il le regardait souffrir et quelques fois, ne pouvant plus supporter son misérable rôle de figurant, il s'éloignait en serrant les dents.

C'était dans ces moments-là qu'il se haïssait le plus.

Il finit par abandonner ses tergiversations, et franchit la porte entre-ouverte. Faute de savoir ce qu'il pouvait concrètement mettre en œuvre pour tenter d'améliorer les choses, il persistait à croire que sa présence n'était pas dépourvue de sens. Que même sans échanger un mot, sans recevoir l'aide providentielle pour laquelle on prie dans les moments de détresse, le fait d'avoir quelqu'un à ses côtés était, d'une manière ou d'une autre, un début de réconfort. Mince, et irritant, peut-être. Mais qui au moins offrait une alternative au désespoir.

Il resta debout au milieu de la pièce, le regard posé sur Midorima. Assis sur le sofa recouvert d'un plaid aux teintes émeraude, celui-ci lui tournait le dos.

Au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, Takao commença néanmoins à trouver sa situation quelque peu inconfortable. Rien ne se passait, personne ne bougeait.

Peut-être son hôte attendait-il tout simplement qu'il débarrassât le plancher.

- Je vais faire du thé. Tu en veux ?

La question le prit totalement au dépourvu.

- … Oui, je veux bien…

Midorima se leva, et en un éclair, une petite créature au dos anthracite jaillit de derrière la commode et s'empressa de s'installer sur le coussin chauffé du canapé. Un instant, elle jeta un regard méfiant à l'intrus, mais perdit rapidement tout intérêt pour lui et se roula confortablement en boule pour entamer une nouvelle sieste.

Alors que son propriétaire dépassait Takao pour gagner la petite cuisine, ce dernier le suivit, ne pouvant réprimer un sourire amusé.

- Alors elle est toujours là. Je croyais que tu ne voulais pas de chat, parce qu'ils te griffent tout le temps.

- C'est toi qui as insisté pour que je la garde. Je m'en serais bien passé.

A ces mots, l'intéressé pouffa de rire. Ils avaient trouvé un chaton tout décati près du terrain de basket, le jour de la remise des diplômes. Emu aux larmes, Takao avait supplié à genoux Midorima de l'adopter, prétextant qu'il avait déjà un chat chez lui. Ce dernier avait finalement cédé à contrecœur, non tant par égard pour l'animal que pour avoir enfin la paix. Ils s'étaient mis d'accord pour lui trouver un foyer d'accueil dans les plus brefs délais. Et au bout du compte, la petite chatte était restée. Takao n'avait pas manqué de noter que la date de son adoption coïncidait avec le retour de l'habitude qu'avait Midorima de se bander les doigts, du temps où il jouait encore au basket. Seulement, maintenant, c'était pour dissimuler les griffures qui lui lézardaient les mains.

La bouilloire se mit à trembler à mesure que le gargouillis de l'eau s'intensifiait. Midorima la souleva et versa le liquide fumant dans les deux tasses, sans se départir de sa gravité. En temps normal, Takao l'aurait mis en boîte sur la tête d'enterrement qu'il était capable de tirer même dans des circonstances tout à fait banales, mais le cœur n'y était pas.

Ils s'installèrent chacun d'un côté de la table, et burent en silence. Au bout de longues minutes, qui lui parurent une éternité, il commença une phrase dont il avait pesé chaque mot, mais son vis-à-vis le coupa net.

- Inutile de te casser la tête. Je ne veux pas revenir sur ce qui s'est passé.

Une nouvelle fois, Takao se trouva réduit au silence. Une nouvelle fois, il se sentait terriblement inutile.

- Je n'allais pas te poser de questions, tu sais. Juste essayer de relativiser les choses.

- Je n'ai pas envie de parler.

Il murmurait, plus qu'il ne parlait. Malgré les efforts qu'il déployait, sa fatigue était bien réelle. Rien dans son attitude ne reflétait un semblant d'énergie. Ses yeux égarés n'étaient qu'amertume et abattement.

Takao ne pouvait se résoudre à le laisser s'enfoncer dans le renoncement. Et cette fois, plus que jamais, il était décidé à ne pas lâcher l'affaire.

- Trouve quelque chose à faire au moins. Je n'ai pas très envie de partir en sachant que tu vas rester prostré sur ton canapé à te poser des questions existentielles.

- Comme si j'avais le temps pour ça. J'ai du boulot.

- Je pensais à une activité moins rébarbative. La détente, ça te parle ?

A peine parvint-il à arracher une grimace agacée à son interlocuteur. Il n'aurait plus manqué que ça – que Midorima tombe dans l'apathie.

Ce dernier ne répondit rien. Mais son regard, après une certaine hésitation, se posa sur le piano près de la fenêtre, derrière Takao. Il resta à l'observer, immobile, tandis que son ancien camarade se retournait pour le regarder à son tour. La dernière fois qu'il l'avait entendu jouer remontait à l'hiver dernier, juste avant la Winter Cup. Peut-être avait-il continué seul, depuis. Cependant, il ne l'avait plus jamais revu poser ses doigts sur le clavier. La seule réponse qu'il avait obtenue lorsqu'il lui avait demandé s'il avait abandonné, était qu' « après tout, ça n'avait jamais été qu'une perte de temps ».

Mais il savait qu'il ne le pensait pas. Il avait beau avoir toujours considéré le piano comme un loisir, et s'y adonner sans prétention, dès la première fois où il l'avait écouté, Takao avait su qu'il était doué.

Les deux garçons échangèrent un regard. Comme une question muette. Sans le quitter des yeux, Takao hocha la tête. Après un instant d'hésitation, les pieds de la chaise raclèrent le sol, et Midorima se dirigea vers le piano. Il tira le tabouret noir repoussé sous le clavier, et souleva le couvercle.

A son tour, le jeune homme aux cheveux noirs se leva, et alors qu'il le voyait faire face à l'instrument, il se rappela de la dernière fois qu'il l'avait vu jouer.

Ils étaient dans la salle de musique du lycée, et le morceau était l'adaptation d'une chanson que Takao l'avait mis au défi d'apprendre, pour le sortir de son immuable répertoire classique. Lorsqu'il l'avait achevée, il lui avait confié qu'il avait l'habitude de jouer plusieurs fois par semaine, lorsqu'il était au collège. Akashi ayant lui aussi appris le piano très jeune, ils se retrouvaient de temps en temps dans la salle de musique, et se livraient des duels musicaux, parfois l'un après l'autre, parfois ensemble.

- Que veux-tu que je joue ?

La réponse ne se fit pas attendre.

- La chanson que tu m'as jouée l'année dernière. C'est ma préférée.

Dans un soupir, Midorima s'assit sur le siège. Il lui tournait toujours le dos, et ne lui avait pas adressé un regard. Mais Takao sentit que c'était parce qu'il ne voulait pas laisser deviner son expression. Quelle qu'elle fût, il devait à ce moment être en prise avec ses pires appréhensions.

- Ça sera forcément différent de la dernière fois.

Par l'exigence technique qu'il requérait, le piano le confrontait à la réalité. Tenir tout un morceau en utilisant la pédale de résonnance s'avérait particulièrement éprouvant, et désormais, il n'en était plus capable. Il aurait sans doute pu jouer comme si de rien n'était s'il avait abandonné le recours accessoire à cette spécificité de l'instrument. Mais pour ce morceau, un tel choix était inconcevable. La mélodie serait devenue sèche et dure, et aurait perdu toute la douceur et la tristesse qui la rendait si belle.

Du bout des doigts, il effleura les touches blanches et noires du clavier. Les premières notes perlèrent autour d'eux, les enveloppant dans leur lancinante harmonie.

Takao se tenait toujours derrière lui. Il aurait aimé se rapprocher, et contempler son visage lorsqu'il jouait. Dans ces moments-là, et seulement ceux-là, il pouvait y voir sa sensibilité et sa mélancolie, tout un flot d'émotions qui se déversait le long de ses doigts pour s'élever au cœur des accords.

Les sons le projetèrent huit mois en arrière, et, une nouvelle fois, il se retrouva dans la salle de musique du lycée.

Tout y était si serein et paisible. Rien n'aurait pu présager de ce que l'avenir leur réservait. Et pourtant, il était tout proche, tapi dans l'ombre. Il les guettait. Mais eux ne s'en souciaient pas.

Est-ce qu'il pensait à la même chose que lui alors qu'il jouait ?

Au fil des notes, la chanson résonna aux oreilles de celui qui écoutait comme un morceau d'adieu.

Celui d'une époque où l'innocence les préservait encore des désillusions et de la souffrance.

Mais le temps des rêves était révolu.

Bercé par la mélodie, Takao entendit le chant des notes se faire plus violent, plus désespéré. Et alors qu'il dévalait le clavier où se précipitaient ses doigts, et que s'intensifiait le rythme du morceau, le pianiste se figea brusquement, les mains suspendues au-dessus des touches. Il relâcha la pédale d'un seul coup, coupant net le souffle de l'instrument.

Secoué de frissons, il se recroquevilla au-dessus des touches, sa respiration sifflant entre ses dents. La même scène se répétait. La même douleur.

Plus il le regardait, et plus Takao sentait comme le fossé entre eux se creusaient. Il s'en voulait. C'était lui qui l'avait poussé à jouer, il aurait mieux fait de partir dès le début.

Alors qu'il se sentait trembler à son tour, il se demanda quel était le sens de toutes ces épreuves qui se dressaient devant eux les unes après les autres, si, au bout du compte, ils ne parvenaient jamais à sortir la tête de l'eau.

Il ne réalisa pas vraiment à quel point il était bouleversé par les évènements. La seule chose qui lui vint à l'esprit, c'était qu'à cet instant précis, ses sentiments le submergeaient irrésistiblement.

D'un pas léger, il approcha du piano, et entoura doucement Midorima de ses bras. Aucun son ne perturbait le silence hormis leurs souffles, alors qu'il posait lentement son front dans le creux de son cou.

Ils restèrent immobiles, l'un contre l'autre. Peu à peu, Midorima laissa sa tête partir en arrière. Takao ne voyait pas son visage, il avait fermé les yeux. Il sentait sa respiration se faire plus profonde, sa poitrine s'élever et s'abaisser entre ses bras. Un long frisson le parcourut tout entier, sans le faire osciller pour autant. A l'intérieur, il se sentait pris dans les tourments d'une foule d'émotions plus intenses les unes que les autres, comme si ses sentiments jusqu'alors réprimés le prenaient d'assaut au même instant. Mais son corps, en revanche, était parfaitement statique.

Il n'était pas nécessaire d'en faire ni d'en dire davantage.

Puis, sa voix résonnant tout près de son oreille, Midorima brisa le silence.

- Arrête…

Il redressa la tête, et attrapa le bras qu'il avait passé près de son cou pour l'en écarter. Takao ne résista pas.

- … C'est stupide.

Celui qui se tenait derrière lui hésita quelques secondes, puis, docilement, s'écarta et le laissa se lever.

Midorima resta dos à lui. Ils ne se regardaient toujours pas.

Avec toute la maîtrise de lui dont il était capable, Takao se détourna et dégagea les mèches tombées sur son front, comme pour se donner le temps de rassembler ses esprits. Il soupira, puis, un petit sourire triste sur les lèvres, murmura d'un ton neutre :

- C'est loin d'être stupide. C'est juste… Pas le bon moment.

Il traversa la pièce en direction de l'entrée, enfila ses chaussures et passa la bandoulière du sac par-dessus son épaule. Lorsqu'il posa la main sur la poignée, il hésita une dernière fois.

Puis, d'un air résigné, il ouvrit la porte d'un coup sec, et disparut dans le couloir.