Mouse m'ouvre la porte d'entrée, avant de me faire un signe de tête en direction du canapé et de s'emparer de sa veste.

- Je vais vous laisser.
- Ce serait bien que tu restes.

Plus que bien même. Malgré les certaines tensions qui existent entre eux depuis quelques temps maintenant, Mouse reste de loin le meilleur pilier pour Jay. Assez surpris, il acquiesce en reposant sa veste. Puis, on se dirige jusqu'au canapé où Jay est assis, une cannette de bière à la main. Vu son visage, il n'en est sûrement pas à sa première.

- Ton frère a essayé de te contacter.

Il ne répond rien, et se contente de diriger sa cannette à ses lèvres.

- Ta fille est réveillée, l'informais-je.

Toujours aucune réaction. Je jette un regard à Mouse qui se décide à intervenir:

- Jay, il faut que tu y ailles, ta fille a besoin de toi. Tu ne peux pas la laisser.
- Ce n'est pas moi qui aie décidé de la laisser. C'est Erin, finit-il par rétorquer sur un ton amer. Elle m'avait dit qu'il n'y aurait aucun souci. Elle a menti … Comme d'habitude quoi. Je lui avais dit que s'il y avait le moindre souci, c'était d'abord elle qui devait être sauvée. Encore une fois, elle a menti et m'a fait croire qu'elle était d'accord. Elle a rédigé une lettre en demandant de sauver d'abord son enfant.

Je ne trouve rien à répondre parce que j'ignorais totalement cette partie de l'histoire.

- Elle s'en fichait de laisser une famille derrière elle.
- Elle ne l'a pas fait contre toi Jay, tente de le raisonner Mouse, elle voulait ce qu'il y a de meilleur pour vous.
- DE MEILLEUR ?! finit-il par s'exclamer. Priver un enfant de sa mère, tu appelles ça le meilleur Mouse ?

Il a balancé sa cannette contre le mur, la brisant dans un terrible fracas et en petits morceaux. Puis, il s'est levé brutalement et en furie :

- Non, bien sûr que non ! Elle a toujours fait comme elle voulait, sans penser aux conséquences pour ses proches. Que ce soit avec Camille, avec Hank, avec moi, avec sa fille, avec tout l'monde ! Madame pense d'abord à elle, ensuite à elle, et encore à elle ! Le reste ? Elle s'en contrefiche !

Il parle sous le coup de la colère, c'est pour cette raison que je préfère ne rien répondre, ce qui n'est pas le cas de Mouse qui ne se gêne pas pour le remettre à sa place :

- Ne la rends pas responsable Jay. Toute mère aurait fait ce qu'Erin a fait, c'est à dire de sauver son bébé en premier lieu. Tu n'es pas à sa place, tu n'as pas porté un enfant pendant des mois, donc ne la juge pas. Surtout pas sur des faits que tu ignores. Que tu aies du mal à digérer son choix par rapport à votre enfant, je peux le comprendre, mais ne la juge surtout pas sur son passé. Tu n'en as pas le droit. Vraiment pas.

Les mots de son ami semblent faire effet puisqu'il ne répond rien. Il sait qu'il est allé trop loin dans ses paroles, les regrets se lisent sur son visage.

- Ecoute, va prendre une douche et va à l'hôpital. Erin et ta fille ont besoin de toi.

Jay s'est aussitôt exécuté, toujours en silence. Une fois enfermé dans la salle de bains, Mouse se tourne vers moi :

- J'ai quelque chose pour vous.

Je fronce les sourcils, tandis qu'il sort de sa poche, une clé USB.

- Nadia m'avait demandé de vous la transmettre quand le moment serait venu. Et, il me semble que le moment soit venu, donc tenez.

Je ne cherche même pas à comprendre, et me saisit du petit objet qu'il me tend.
Ce n'est que le lendemain, lors de l'audience, que j'ai su ce que cette clé USB contenait.


Mercredi 30 novembre :

« Bonjour. Je m'appelle Nadia DECOTIS. J'étais prostituée, et je travaillais pour Benjamin. Benjamin McCoy. A l'époque où il m'a engagée, j'étais mineure. Il le savait, mais ça ne l'a pas dérangé, loin de là, il m'a donné une fausse carte d'identité. Au début, il était très protecteur avec moi, comme un père avec sa fille. Mais j'ai vite compris que c'était pour mieux m'embobiner. Il est devenu violent, agressif, possessif. Mais je n'étais pas seule à être tombée dans son panneau, il y avait des dizaines d'autres jeunes filles avec moi, toutes aussi jeunes et mineures que moi, travaillant pour lui. J'ai voulu quitter sa boîte, on a toutes voulu le faire, mais il a refusé et nous a menacées. Parce que je vais vous expliquer les conditions de sa soi disant boîte. Il recrute des jeunes filles abusées sexuellement, violées. J'ai été violée par mon beau père, toutes les filles qui travaillaient pour lui avaient subi des violences sexuelles. Alors, il nous a fait croire à une meilleure vie, qu'il allait prendre soin de nous, et nous sommes toutes tombées dans son panneau. Si j'ai réussi à m'en sortir, c'est grâce à une personne qui est venue à mon secours. Un soir, j'étais sur un pont, prête à sauter, et cette personne m'en a empêchée. Elle s'appelle Erin. Erin Lindsay. Je la connaissais déjà puisqu'au cours d'une enquête de police, elle m'avait arrêtée. Elle m'a avoué qu'elle connaissait Benjamin, qu'en toute vérité, elle avait fait plus que le connaître et qu'elle était prête à m'aider. »

Nadia s'arrête de parler un court moment puis pousse un soupir :

« Erin ! », appelle-t-elle.

Quelques secondes plus tard, Erin s'assoit à côté d'elle sur le canapé :

« J'ai fini de parler. »
« Tu as tout dit ? »
« Tout de tout », acquiesce-t-elle.
« T'en es sûre ? Si jamais il n'y a pas assez de preuves, Voight tombera et lui continuera, tu le sais ? »

Visiblement, Nadia n'a pas tout dit puisqu'elle paraît soudainement hésitante, mal à l'aise.

« Il m'a violée. Et pas que moi. Il a violé toutes les filles qui travaillaient pour lui. »

Erin acquiesce, signe d'encouragement.

« Benjamin McCoy », reprend-elle, « Il est le père de Victoria et Byron McCoy. Je le connais depuis que je suis enfant, puisqu'il est le meilleur ami de … de mon père James Lay. Il est aussi le meilleur ami de Alexander Fleming, Carl Mony, et Hank Voight. J'ai été violée par mon père, ainsi que Benjamin, Alexander et Carl. Mais je peux vous certifier et jurer que Hank Voight ne m'a jamais touchée. Je sais que beaucoup auront du mal à croire à ma version, et ils voudront surtout croire le contraire parce que nombreux sont ceux qui rêvent de voir tomber Hank. C'est pour cette raison que, j'ai en ma possession, des vidéos. Des vidéos qui prouvent de la culpabilité de Benjamin McCoy, James Lay, Alexander Fleming, et Carl Mony. J'ai une fille, elle s'appelle Kaely, elle est issue de l'un de ses viols. Elle est la fille de Carl Mony. J'ai passé tous les examens nécessaires prouvant qu'elle est sa fille, et j'ai réuni toutes les preuves qui innocenteront Voight lorsque le moment sera venu. Et pour finir, si vous avez cette vidéo, c'est que je ne suis plus parmi vous … Donc … »

Elle pousse un soupir en jetant un regard furtif à Nadia, puis repose son attention sur l'objectif :

« Je tiens à m'adresser à Justin et Hank Voight. Je tiens à vous remercier pour tout ce que vous avez fait, mais surtout à m'excuser. Vous ne savez pas encore pourquoi, mais vous n'allez pas tarder à le découvrir. En tout cas, sachez que je vous demande pardon. Pardon d'avoir empêché un mari d'assister sa femme mourante, et pardon d'avoir empêché un fils d'accompagner sa mère dans ses derniers instants. »

Elle se pince les lèvres :

« Maintenant, je … vais m'adresser maintenant à ma fille. Kaely. Tout d'abord, sache que je t'aime et que je t'aimerai toujours. Ne te rends pas responsable pour les crimes qu'a commis ton géniteur, tu ne l'es absolument pas. Ce n'est pas parce qu'on m'a forcé à t'avoir, que je regrette de t'avoir eue. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée Kaely, peu importe comment, peu importe par qui, tu es ma fille et je t'aime. Tu es forte, intelligente, alors va toujours au bout de tes idées, reste toujours toi-même, et surtout entoure-toi des bonnes personnes. Tu le sais, je t'en ai déjà parlé. »

Elle marque un temps de pause avant de reprendre :

« Je t'ai toujours dit d'être honnête et loyale. C'est donc ce que je vais te demander. De l'être jusqu'à la fin. Je sais que ça ne va pas être facile pour toi, mais … Cette chose que toi et moi savons, cette chose dont il ne fallait jamais parler, tu dois en parler. Tout ce dont tu te souviens de cette nuit là, il faudra que tu en parles. Telles que les choses se sont passées. Ça va être dur Kaely, très dur, mais tu dois tout dire, je sais que tu en es capable. Et surtout, n'oublie pas, tu n'es responsable de rien. »

Elle s'arrête de parler, et se saisit d'une feuille que lui tend Nadia avec un petit sourire :

« On va maintenant passer aux choses sérieuses. Les héritages. Au passage, j'espère que quand cette vidéo sera vue, je serais déjà morte, parce que sinon je pense que je ne vais pas tarder à l'être. »

Elle émet un léger rire, imitée par Nadia qui pouffe juste à ses côtés :

« A l'heure actuelle, si je meurs, mon héritage filera tout droit dans les poches de mes parents biologiques. Ce que je ne veux absolument pas. Bunny Fletcher, et James Lay ne toucheront pas un centime de mon héritage. Comme le reste de ma famille d'ailleurs. Excepté mon demi-frère Teddy Courtney et ma fille Kaely Lindsay. Les seules personnes qui se partageront mon héritage se limitent à Hank Voight, son fils Justin, Nadia Decotis, ainsi qu'à l'ensemble du département de Chicago. Enfin, toutes les conditions de mon héritage sont rédigées sur un papier. », finit-elle en repliant son papier.

Puis, elle se tourne vers Nadia :

« On a fait le tour, non ? »
« Je crois bien », acquiesce Nadia. « Enfin, il me semble que tu avais un dernier message à transmettre … »

Erin fronce les sourcils, ne voyant visiblement pas où sa meilleure amie voulait en venir. C'est en apercevant son petit sourire qu'elle comprend :

« Ah oui, j'allais oublier. » reprend-elle en reportant son regard sur l'objectif, « Chère Bunny, cher James, je suppose que vous devez actuellement arborez un magnifique sourire en vous vous disant : Qu'est ce qu'on s'en fiche de son héritage, elle n'a rien. Et ben, détrompez vous, grâce à vos amis, à vous, et à tous vos trafics et que vous m'avez obligés à faire, j'ai un bon pactole, un sacré bon pactole ! A l'heure où je vous parle, j'ai des milliers sur mon compte. Je tenais à vous remercier du fond du cœur pour m'avoir inculqué les valeurs du partage, je … »

- ELLE N'A PAS LE DROIT ! finit par s'exclamer Bunny en se levant d'un bond, JE SUIS SA MERE, J'AI LE DROIT DE …

Elle est hors d'elle, tellement hors d'elle que la sécurité est obligée de la faire sortir de la salle d'audience. A mes côtés, j'aperçois Kaely adresser un sourire mesquin à l'intention du banc opposé, avant de reprendre à l'intention de Bunny, toujours escortée par les gardes de sécurité :

- Merci Bunny. Si vous n'aviez pas inculqué les valeurs de marchandage et de prostitution à ma mère, je n'aurais …
- JE SUIS SA MERE ET TA GRANDE MERE ! TU …
- Vous êtes tout, sauf une mère et une grand mère Bunny. La mère de ma mère s'appelait, s'appelle, et s'appellera toujours Camille.

Voilà comment une gamine de 14 ans a réussi à clouer le bec d'une personne qui a le triple de son âge. Intelligemment. Calmement. Puis elle se lève toujours aussi sereinement.

- C'est à moi de passer à la barre, je …
- Ton père n'est pas celui que tu crois Kaely, j'ignore ce qu'Erin t'a dit à son propos, mais …
- Je n'ai pas de père, l'interrompt-elle toujours aussi calmement, parce que pour être un père, il faut déjà être un homme. Or, violer une gamine de 15 ans, et lui faire un enfant sans son consentement ne fait pas de toi un homme.

Elle se tourne alors vers Carl, et le fixe le regard perçant :

- Elle fait de toi un lâche, un pédophile, un manipulateur, un violeur….

« Mademoiselle Kaely Lindsay, je vous prie de venir à la barre s'il vous plaît », l'interrompt la présidente de l'assemblée.

Mais Kaely ne l'écoute pas et reste concentrée sur Carl :

- J'ai honte d'avoir le même sang que toi, je remercie le ciel d'être le portrait craché de ma mère et de n'avoir aucune ressemblance avec toi.

C'est au tour de Maître Stone de se diriger jusqu'à Kaely :

« Il faut que vous alliez à la barre Kaely. »

Elle acquiesce à l'intention de Maître Stone, puis reporte son regard sur Carl :

- C'est fini pour toi mon vieux.