Salut tout le monde !

Merci, merci pour vos commentaires ! Je suis ravie de voir que cette histoire vous plaît !

Je ne vous fais pas attendre plus longtemps ! Bonne plongée en Enfer... oh, pardon ! ... dans l'arène !

A très vite !

Chapitre 10

A mon appel, Finnick et Johanna sont sur pieds en une seconde, trident et hache en main. Tandis que Peeta court près de moi, je saisis une flèche dans mon carquois et je tire en arrière, sans m'arrêter, dans l'espoir que ma flèche ralentisse le prédateur affamé qui nous pourchasse.

Je touche ma cible en plein poitrail mais l'animal gigantesque ne frémit même pas. Je ne lui ai pas fait plus de mal qu'une piqûre d'épingle. J'ajuste à nouveau ma visée et tire deux nouveaux projectiles. Cette fois, le corbeau au plumage d'ombre bleue pousse un hurlement terrible qui nous vrille les tympans et s'immobilise. Il semble se débattre pour arracher mes flèches avec son bec.

Tandis que nous rejoignons le groupe qui détale déjà vers le sous-bois, j'entends Gale beugler :

— Mais qu'est-ce que c'est que cette horreur ?

— Mutation génétique ! lui répond Johanna en jetant un coup d'œil rapide derrière nous.

Le corbeau a réussi à se libérer de mes projectiles. Il reprend de l'altitude et nous domine largement. Ses immenses ailes cachent le ciel et projettent un vent terrible qui nous bouscule presque. Et tout à coup, l'animal pique vers nous à toute vitesse. Bec en avant, poussant un cri aigu à glacer le sang, il s'apprête à nous dévorer lorsque Johanna lui fait face et, d'un grand moulinet du bras, lui assène un violent coup de hache en pleine mâchoire.

L'oiseau hurle de colère et de rage mais recule pour mieux contre-attaquer.

Johanna se campe sur ses pieds pour renouveler son attaque mais la voix de Finnick nous ordonne :

— Passez entre les arbres ! Il est trop grand pour pouvoir nous y suivre !

Finnick se faufile entre les troncs d'arbres resserrés et disparaît, rapidement avalé par la végétation dense. Nous l'imitons et nous réfugions sous le couvert du bois. Johanna clôt la marche, à reculons pour couvrir notre fuite, sa hache prête à l'action.

L'ombre du corbeau nous poursuit encore sur quelques mètres avant que ses ailes ne se prennent dans les branches, l'obligeant à rompre le combat et à regagner le ciel.

Furieux, l'oiseau tourne au-dessus de nous, en grands cercles réguliers et menaçants, nous rappelant que si nous montrons notre nez, il fondra sur nous comme si nous étions de simples rongeurs.

Les mains sur les genoux, je reprends mon souffle avec peine. Peeta me passe une main rassurante dans le dos et me caresse lentement entre les omoplates pour que je me calme. La panique et la terreur pulsent en moi comme si brusquement on avait réveillé tous mes vieux fantômes à la fois.

— Plutarch ne nous avait pas parlé de mutations génétiques, non ? demande amèrement Peeta.

— Non, ou alors, j'ai dormi durant le dernier briefing… plaisante Finnick, pour alléger l'atmosphère.

Je sais que les yeux de milliers de caméras sont braqués sur nous alors, je me redresse et crie à la cantonade :

— A quoi vous jouez ? Je croyais que personne ne devait mourir !

Ma voix résonne comme en écho mais personne ne me répond.

Evidemment.

Je m'attendais à quoi…

— Venez, il ne faut pas rester ici, déclare Beetee au bout d'un moment. Nous devons trouver le deuxième indice. C'est notre meilleure chance.

— Bonne idée. Plus vite nous trouverons ce fichu totem, plus vite nous sortirons de là ! ajoute Johanna.

Gale, à ses côtés, a l'air complètement sonné. Je crois qu'il vient à peine de réaliser dans quoi il a mis les pieds.

Johanna doit s'en apercevoir aussi car elle lui prend discrètement la main tandis que nous nous remettons en route. Il fait nuit noire et la marche est difficile sans lumière. Sans compter que d'autres dangers peuvent se cacher dans les ténèbres.

Nous progressons à tâtons, guidés par Beetee et sa tablette qui nous offre une auréole de clarté. Il a chargé un scan de la carte dans son appareil ce qui nous permet de nous repérer malgré l'obscurité et de trouver notre route.

Les branches basses des arbres se prennent dans nos cheveux et nous griffent le visage. Avec l'absence de lumière, le moindre effleurement fait sursauter et je dois me contenir pour ne pas hurler lorsque mon pied se prend dans une racine et qu'une branche morte me retient par la manche. Peeta m'attrape par le coude pour me remettre sur pieds et m'invite à marcher derrière lui, une main accrochée à sa chemise.

De temps à autres, je lève les yeux au ciel et j'aperçois les étoiles par une trouée de la frondaison mais, rapidement, nous replongeons dans l'obscurité qui nous protège du corbeau.

Sa silhouette menaçante nous suit, comme s'il pouvait continuer à nous voir malgré le sous-bois. C'en est vraiment flippant.

— J'en ai vu des saletés, mais celle-là les surpasse toutes ! s'exclame Finnick, en écho à mes pensées.

Je hoche la tête. Je suis sur le point de lui répondre un trait d'humour lorsqu'un hurlement lointain déchire le silence de l'arène. Puis un autre quelques instants plus tard.

Un frisson glacé remonte le long de mon échine et me secoue toute entière. Ce sont des voix humaines. Des filles qui crient.

— C'est l'autre équipe ! s'écrie Gale, électrisé par les appels à l'aide.

Nous échangeons tous un regard lourd de sens.

Tout recommence.

Instinctivement, nous resserrons les rangs et nous remettons en route.

Gale attrape Johanna par le bras :

— Eh ! Alors quoi ? On ne les aide pas ?

Johanna le dévisage, comme si elle ne comprenait pas le sens de ses paroles.

Je reconnais immédiatement la posture qu'elle adopte tout à coup, pour l'avoir vu durant les Jeux de l'Expiation : implacable, solitaire, violente.

Je pose doucement ma main sur le bras de Gale et lui murmure :

— On ne peut rien faire, ils sont trop loin… Nous devons continuer. C'est le Jeu.

Ses pupilles s'agrandissent sous le choc de mes paroles. Il comprend enfin ce qu'il se passe. Je crois qu'il réalise soudain qu'il peut mourir.

Que nous pouvons tous mourir.

Plutarch nous a menti : bien sûr les équipes ne se battront pas l'une contre l'autre, mais l'arène se chargera de nous décimer si nous n'y prenons pas garde. Pour l'action. Pour les sponsorts.

A cet instant, j'entends un tintement cristallin et étrangement familier.

Tous mes amis, sauf Gale, lèvent instantanément les yeux vers le bruit : vers le parachute argenté qui descend lentement entre les arbres et se pose dans l'herbe à un mètre de nous.

Peeta qui est le plus près, s'en empare et l'ouvre. Il en sort un papier plié qu'il lit à haute voix :

« Mutations génétiques non prévues. Avons une défaillance informatique. Sommes en train de régler le problème. Soyez sur vos gardes. P.H. »

— C'est de Plutarch. Il faut croire qu'il t'a entendue tout à l'heure, me dit Finnick.

— On dirait bien, oui. Mais, je ne suis pas vraiment rassurée de savoir qu'ils ne contrôlent pas leurs monstres…

— Au moins, on sait à quoi s'en tenir. On doit ouvrir l'œil, ajoute Peeta. Remettons-nous en route, en mouvement, nous sommes des cibles moins évidentes.

Nos marchons jusqu'au matin, et lorsque la lumière artificielle emplit enfin l'arène, un soulagement factice nous gagne, comme si au soleil, le danger était moins présent. Comme si l'arène ne tuait pas aussi bien dans la journée…

Nous faisons une courte halte pour boire et grignoter quelques biscuits contenus dans nos sacs à dos.

La fatigue commence à se faire sentir puisque Peeta et moi n'avons pas dormi depuis vingt-quatre heures. Mes paupières sont lourdes, mes jambes ne me portent plus et mon sac à dos m'a tout l'air de peser une tonne.

Sans un mot, Peeta glisse ses doigts dans la bretelle de mon paquetage et m'oblige à l'enlever.

Je lui jette un regard surpris.

— Donne, je vais te le prendre un moment. Tu es épuisée.

Je voudrais lui répondre non, mais Finnick s'approche et déclare :

— On va partager le poids. Vide un peu son sac dans le mien.

Je me laisse faire, attendrie par l'amitié et l'amour de ses deux hommes qui veillent sur moi. Je suis tellement épuisée que je pourrais en pleurer. Les blessures que j'ai récoltées avant l'ouverture des jeux m'handicapent plus que je ne l'aurais pensé. Additionnées à la fatigue de cette première journée, j'ai l'impression d'être passée sous un autobus.

Je m'assois un instant sur un troc d'arbre couché, pour reprendre des forces et soulager mes jambes lourdes.

Gale et Johanna discutent, à quelques mètres de nous. Ils ont profité de cette courte pause pour s'isoler quelques instants. Je surprends un baiser rapide entre eux ce qui me fait aussitôt détourner le regard, gênée.

— Tu te sens de repartir ? me demande Peeta dans un souffle, pour que je sois la seule à l'entendre.

Je hoche vaillamment la tête. Je n'ai pas le choix…

Il me tend la main pour m'aider à me relever. Une fois debout contre lui, il me serre un peu plus longtemps qu'il le devrait avant de relâcher à regret cette douce étreinte.

— Qu'est-ce qu'on fait pour notre oiseau des Enfers ? demande Johanna. On va bientôt devoir sortir de la forêt, il y a une clairière à traverser droit devant.

Finnick soupire :

— On va devoir se battre contre lui. On ne pourra pas tenir bien longtemps tapis dans la forêt de toute manière.

Effectivement, au bout de quelques minutes, nous arrivons à la lisière.

La rivière est devenue un torrent étroit mais furieux qui nous bloque par la gauche. De l'autre côté, une lande de rochers irréguliers s'étale sur plusieurs centaines de mètres, compliquant trop notre marche. Il n'y a pas d'alternative. Il va falloir sortir à découvert.

Tout semble calme et immobile. Des fleurs multicolores dont les tiges penchent sous un vent léger poussent partout dans ce champ à ciel ouvert. La nature sauvage paraît paisible et sereine mais, je sais que le corbeau noir rôde non loin.

Finnick interpelle Gale en demandant :

— Gale, tu te sens d'attaque ?

Ce dernier, d'abord surpris, répond, d'un mouvement de tête en brandissant sa hache :

— Quand tu veux !

Un frisson d'angoisse m'étreint. Sont-ils devenus fous ?

Mes deux amis s'élancent hors de la protection relative de la haute futaie et se mettent à courir en ligne droite, arme au poing.

Depuis mon abri, je bande mon arc, prête à les aider en décochant des flèches sur l'animal qui ne va pas manquer de fondre sur eux d'ici quelques secondes.

Il n'en faut guère plus pour que l'immense envergure de notre ennemi projette son ombre noire sur l'herbe. Le soleil s'assombrit tandis que le corbeau fond sur ses proies en hurlant. Son cri strident me perce les oreilles mais, je serre les dents et ajuste ma visée. J'encoche deux flèches dans mon arc pour multiplier la force de mon attaque. Je tire et le touche à l'aile. L'oiseau vacille, déséquilibré par sa blessure, mais poursuit sa descente en piqué.

Gale et Finnick l'attendent, en terrain dégagé, fermement ancrés sur leurs pieds, arme en main. Ils lui font face, prêts à en découdre.

A l'instant où la mutation s'apprête à frapper Gale d'un coup de bec violent, hache et trident s'abattent simultanément sur sa tête et son cou, lui arrachant un cri furieux. Mais, alors que l'animal s'apprête à relancer son attaque, il se fige soudain avant de se désintégrer dans le ciel en un kaléidoscope de lumière. Son hurlement meurt dans sa gorge avec lui.

Stupéfaits, Finnick et Gale restent un instant interdits avant de pousser des hurlements de victoire et de tomber dans les bras l'un de l'autre, se tapant mutuellement dans le dos et riant comme des diables.

Nous sortons de l'ombre et rejoignons nos amis en courant.

— Comment avez-vous fait ça ? S'extasie Johanna en sautant au cou de Gale.

Elle enroule ses jambes fines et musclées autour de sa taille comme une liane et Gale éclate de rire, en la serrant contre lui de toutes ses forces.

— Franchement, je n'en ai pas la moindre idée ! réplique Gale, hilare.

— Mais on s'en moque, on s'est débarrassé de cette saleté ! Renchérit Finnick en faisant tournoyer son trident dans ses mains, se rengorgeant de cette victoire comme s'il était Poséidon en personne.

— Ne nous attardons pas. Profitons-en pour avancer ! dit soudain Beetee, nous ramenant à la réalité du jeu.

Le cœur et le pied rendus soudain plus légers par cette victoire écrasante sur l'arène, nous reprenons notre route, guidés par Beetee.

— Je me demande où sont les autres ? murmure soudain Peeta, tandis que nous marchons et que Johanna chahute avec Finnick devant nous.

— L'autre équipe ? lui demandé-je. Probablement pas très loin. Je suis certaine que le Capitole a prévu des épreuves de rattrapage pour leur permettre de trouver leurs indices. Sinon, à quoi bon mettre deux équipes dans l'arène si la seconde ne franchit pas la plage.

Peeta hoche la tête, semblant approuver mon analyse.

— Nos routes vont forcément se croiser à un moment ou à un autre… soupire-t-il.

Je comprends à demi-mots le fil de sa pensée. Il appréhende cette rencontre. Qui sait comment ils réagiront face à nous ? Se prendront-ils au jeu au point de nous attaquer pour récupérer nos indices ou nous voler notre nourriture ou nos armes ?

Impossible de le dire à l'avance mais, moi aussi, j'ai peur. Personne ne peut jurer de rien tant qu'il n'a pas été confronté à la réalité de l'arène… Personne ne peut se dire courageux tant qu'il n'a pas vu la mort en face.

— Oui, probablement.

Je lui prends tendrement la main, lui rappelant que je suis là pour le protéger.

Car après tout, c'est la raison de ma présence ici. Le ramener sain et sauf chez nous.

J'en suis là de mes réflexions lorsque le cri de Finnick me fait sursauter. Sa main enfonce violemment son trident dans la terre avec un autre cri, de rage cette fois.

— Tout va bien ? Qu'est-ce que tu as ? lui demande Johanna.

— Un serpent ! Il m'a mordu, répond-il, contrarié.

Il n'a pas le temps d'en dire plus avant de s'effondrer. Gale l'attrape d'un geste vif par le col pour ralentir sa chute. Je cours rapidement vers eux et découvre le corps du serpent, épinglé au sol par l'arme de Finnick. L'animal est mort mais sa mâchoire terrible est restée refermée sur le mollet de notre ami. Johanna essaie de l'en arracher, en vain.

— Impossible de le faire lâcher ! Râle-t-elle.

— Laisse-moi faire, lui demande Gale.

Plantant ses doigts de chaque côté de la gueule du serpent, il écarte avec force, jusqu'à faire craquer la mâchoire de l'animal. Les crochets enduits de venin se détachent enfin de la jambe de Finnick, laissant apparaître quatre trous noirs et profonds. Autour de la morsure, la peau est déjà bien boursouflée et des veinules rouges se répandent en cercle autour de la plaie, marquant le cheminement du poison.

— Posez-lui en garrot et aidez-moi à le tirer vers la lisière ! Il y a peut-être d'autres serpents dans ces herbes. Il faut nous mettre à l'abri.

Gale enlève rapidement sa ceinture et la serre fermement au-dessous du genou de Finnick. Puis, il soulève le blessé d'un côté, tandis que Peeta l'attrape sous l'autre aisselle.

Une fois arrivé sous un chêne immense, en lisière de la forêt, nous installons notre ami sur un tapis de mousse. Il est en état de choc. Il tremble de froid malgré la moiteur ambiante.

— Je vais chercher de quoi arrêter le venin ! dis-je aussitôt.

— Attends-moi ! me crie Johanna. Je viens avec toi.

— Ça va, je peux me débrouiller, reste avec eux…

— Pas question qu'on se sépare. Cette forêt est trop dangereuse pour que tu t'y aventures seule. Je t'accompagne, réplique-t-elle.

Peeta me fait signe d'accepter, tout en enlevant sa veste pour la rouler et en faire un oreiller qu'il pose sous la tête de Finnick.

— Ok, on y va, il n'y a pas de temps à perdre !

Le sous-bois est dense et il est difficile de s'y frayer un chemin en dehors des sentiers visibles. Les ronces s'accrochent à mes vêtements comme des doigts crochus et désagréables qui me ralentissent mais je me débats et avance, scrutant le sol et les buissons à la recherche de la plante que Prim m'a appris à reconnaître, la même qui a déjà sauvé Finnick dans le train, autrefois.

Décidément, les morsures, ça le connaît ! Dans une toute autre situation, nous en aurions bien ri tous les deux mais, là, tandis que j'ignore le degré de gravité de sa blessure ni la virulence du venin, je n'ai pas du tout envie de rire.

Finalement, je déniche la plante miraculeuse sous un buisson de houx. Je m'égratigne les mains pour en arracher plusieurs tiges couvertes de longues feuilles vertes et jaunes. Mieux vaut faire des provisions, on ne sait pas ce qui nous attend encore.

— C'est bon ! Je l'ai, On fait demi-tour !

— Bien, ne traînons pas dans ce cas, me répond-elle d'une voix sourde.

Johanna semble soulagée. L'œil aux aguets, elle est sur ses gardes et, comme pour moi, cette forêt lui semble tout à coup beaucoup plus menaçante qu'hier.

Nous rebroussons chemin, essayant de ne pas nous perdre dans le fouillis inextricable de la végétation. Au bout d'un moment, je sens Johanna hésitante et je ne suis plus très sûre non plus de la direction à suivre. Normalement, nous devrions déjà avoir retrouvés le groupe…

— Peeta ! hurlé-je.

Johanna m'attrape violemment par le bras :

— Mais, tu es folle, tu veux nous faire tuer !

— Mais qui veux-tu qui nous tue ? On a plus de risque à se perdre dans cette forêt que d'être abattues, tu ne crois pas ?

Avant qu'elle ait pu répliquer, la voix familière de Peeta me répond, légèrement sur notre gauche et toute proche :

— Katniss ! On est là !

— Tu vois bien ! murmuré-je à Johanna avant de crier en direction de Peeta : On arrive !

A suivre.