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Serment d'Hippocrate

Note de l'auteur : Chapitre 10, où Spock s'en veut, où Jim fait bonne figure et où Bones est en plein dilemme. Bonne lecture!


À la seconde où je sortis du sommeil, toutes mes douleurs s'éveillèrent également. Je me tournai délicatement sur le côté, mon dos me lançant désagréablement et observai longuement les hématomes sur mes poignets, puis mon regard tomba sur le visage encore paisible de Spock. Je le connaissais assez, pour savoir que ça n'allait pas durer. Au moment où il reprendrait conscience, il faudrait que j'use de tous mes talents pour minimiser mon état et bien lui faire comprendre que je ne lui en voulais pas. Les événements de la veille me revinrent en mémoire et je ne pus empêcher ma main de voler vers sa joue, pour la caresser. Il m'avait encore prouvé qu'il me protégerait, envers et contre tout. Il ouvrit doucement les yeux et je pus voir, avec exactitude, le moment où les souvenirs d'hier remontèrent à la surface. Je m'empressai de plaquer mes doigts contre sa bouche, juste avant qu'il ne commence à s'auto-flageller.

« Ne dis rien. Tu n'as pas à t'excuser. Je vais bien, d'accord. Grâce à toi, car si tu n'étais pas arrivé à temps… »

Il attrapa délicatement mon avant-bras, évita de toucher les bleus quand il les aperçut, pour se dégager.

« Tu n'aurais jamais dû me voir comme ça. »

« Dois-je te rappeler que j'étais là pour ton Pon Farr ? Ce n'était pas pire, hier. » Contrai-je, en me collant un peu plus contre lui.

Il se recula légèrement.

« Ne me rejette pas. J'ai besoin de sentir que tu es là. »

Ce n'était pas tout à fait vrai. Mais je savais que faire vibrer la corde sensible du T'hy'la vulnérable serait la seule manière de le détourner de sa culpabilité. Sa réaction fut immédiate. Il me serra contre lui et je soupirai de bien-être contre son torse.

« Comment te sens-tu ? Physiquement, je veux dire. » Me demanda-t-il.

« Rien d'insurmontable. Surtout qu'avec mes nouvelles capacités, je serais remis en moins de deux. Si ça peut te rassurer, j'appellerai Bones tout à l'heure. De toute manière, je pense qu'avec ou sans mon accord, il ne va pas tarder à défoncer la porte pour voir si je suis encore vivant. » Dis-je, en rigolant.

Mais, ma plaisanterie tomba à plat. J'avais vraiment un humour de merde parfois.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire, Ashayam. Tu sais, j'aime aussi ce côté de toi. J'aime que tu me possèdes entièrement. C'est tellement bon. » Chuchotai-je, en resserrant ma prise sur lui.

« Tu n'es pas en état, Jim. Je préférerais, avant tout, t'examiner et te soigner. » Répondit-il, en me relâchant pour se lever et se diriger vers la salle de bain.

Je le suivis, d'une démarche quelque peu bancale.

« Tu boites légèrement. » Constata-t-il, en me regardant.

« Rien de grave. Ça va passer. Je rêve d'une bonne douche. » Dis-je, pour changer de sujet.

Il acquiesça simplement et ouvrit le jet, avant d'entrer dans la cabine en verre. Je le rejoignis sous l'eau chaude et apaisante. Elle nettoya les dernières traces de sang, vert comme rouge, sur mon torse et mon cou. Il m'ausculta précautionneusement, après avoir lavé ses phalanges écorchées.

« Je reviens. » Dit-il, avant de quitter la pièce.

Il réapparut moins d'une minute plus tard, un tube d'onguent à la main. Le même dont il s'était servi, le lendemain de notre union sur Vulcain. Il m'en tartina généreusement et massa mon dos et mes épaules endolories, ainsi que mes poignets douloureux, me soulageant. Il passa ses doigts sur la morsure bien visible qu'il avait laissée dans mon cou. Un frisson me parcourut. Puis, il descendit le long de ma colonne, pour inspecter mon intimité.

« Tu as mal ? » S'inquiéta-t-il.

« Pas vraiment. » Répondis-je, honnêtement.

« Je suis désolé. »

« Tu n'as pas à l'être. Tu n'y pouvais rien. » Lui assurai-je, en me blottissant contre lui.

« Voir ses mains sur toi… »

Il chercha ses mots.

« La fureur de nos ancêtres coule encore dans nos veines, tu sais. Profondément sous la peau, en sourdine. Comme une bête qu'il faut dompter. Mais, des affronts comme celui-ci ont tendance à la déchaîner. Tu mentionnais le Pon Farr, tout à l'heure. C'est comparable. Comme une réminiscence. Je l'aurais tué, pour ce qu'il a voulu te faire, si tu n'avais pas réussi à détourner mon attention sur toi. »

« Je l'ai bien vu. C'est pour ça que j'ai tout fait pour t'éloigner de lui. Je sais que tu aurais encore plus mal vécu d'avoir une mort sur la conscience. »

« Merci. » Murmura-t-il, contre mon oreille.

Une fois que nous fûmes propres et habillés, Bones toqua à la porte, comme je m'y attendais. J'allai lui ouvrir en souriant, bien ancré sur mes deux pieds, pour lui montrer qu'il n'y avait rien de grave et il sembla satisfait de me trouver debout et de bonne humeur. Je l'invitai à entrer et il posa sa sacoche sur le canapé. Une certaine consternation se peint sur son visage quand j'enlevai mon t-shirt pour qu'il m'examine. Je ne pus pas voir l'état de mon dos, mais d'après leurs réactions à tous les deux, je devinai que ce n'était pas beau à voir. Étrangement, Leonard ne fit aucun commentaire. Spock lui expliqua simplement qu'il m'avait massé avec de la pommade et il hocha la tête, satisfait.

« Tu commences déjà à cicatriser. Au vue des résultats de tes dernières analyses, ça ne me surprend pas. Ils confirment ce que j'avançais sur tes récentes aptitudes. »

« Comment va Sinak ? » La question m'échappa avant de je puisse la retenir.

Spock se tendit, mais ne dit rien. Bones s'immobilisa une seconde, avant de reprendre son examen.

« Il s'en sortira. » Répondit-il, sans donner plus de détails. « T'Prylla a décidé de le renvoyer sur Vulcain. Elle refuse de continuer à travailler avec lui. Son attitude l'a profondément choquée. Dès que la situation sera revenue à la normale, il partira avec le premier cargo. En attendant, il est consigné dans un lieu que je me garderai bien de vous divulguer, pour des raisons que vous comprendrez. Je suis le seul à le visiter, pour m'assurer qu'il guérisse correctement. »

C'est tout ce que je voulais savoir. Qu'il vivrait, pour que Spock puisse passer à autre chose et qu'il serait puni pour ses actes, pour que j'arrive à tourner la page. Malgré moi, l'envie de savoir pourquoi il avait agi ainsi me taraudait. Leonard me connaissait suffisamment pour savoir que j'irais questionner le vulcain, si je venais à connaître l'endroit où il logeait. Ça ne m'étonnait donc pas qu'il préfère me le cacher. Pour le moment, je décidai de ne pas insister. C'était peut-être mieux pour moi de ne rien savoir.

« C'est un beau collier que tu as là. » Enchaîna Bones, en observant mon torse. « Je ne demanderai pas d'où il vient, c'est assez évident. » Ajouta-t-il, en souriant.

Cela me rappela mon achat de la veille, toujours caché dans mes affaires. Je mis rapidement une barrière devant cette pensée, pour garder la surprise intacte.

Son examen terminé, McCoy se tourna vers Spock.

« Et toi ? Rien à signaler ? » L'interrogea-t-il, avec la même familiarité qu'hier, espérant sûrement l'avoir à l'usure.

« Non. À part mes mains. » Répondit mon compagnon, quelque peu honteux en lui montrant ses phalanges.

Mon ami les étudia, en soupirant de dépit, mais ne fit aucune remarque. Il se contenta de les désinfecter et de soigneusement les bander, en prenant garde de ne pas trop toucher directement ses doigts.

« Merci… Leonard. » Bredouilla Spock, tout bas.

J'en restai pantois, mais pas autant que le susnommé. Il m'avait dit qu'il ferait des efforts, mais je ne m'y attendais pas.

« De rien. » Répondit mon ami après une légère hésitation. « Très bien. J'ai fini. Je vais vous laisser » Ajouta-t-il, avant de se lever et de quitter la chambre.

En le raccompagnant à la porte, je m'emparai de mon sac, avant de retourner dans le salon. Mon compagnon m'attendait dans le canapé. Une lueur de curiosité s'alluma dans son regard.

« Qu'elle est donc cette pensée que tu me caches et qui te rends de si bonne humeur ? »

« Tiens. » Dis-je, simplement, en lui tendant le paquet.

Il me le prit des mains, en reconnaissant le sachet de la bijouterie. Il ouvrit délicatement la boîte qui se trouvait à l'intérieur et observa longuement son contenu.

« C'est la raison pour laquelle tu était en retard à ton rendez-vous avec McCoy ? »

« On ne peut rien te cacher. » Répondis-je, en souriant.

Mais quelque chose n'allait pas.

« Donc, si je ne t'avais pas offert ce collier, tu ne serais jamais allé acheter celui-ci et Sinak… »

« Stop. » Le coupai-je, brusquement, en posant une main sur son bras. « Je t'interdis de dire ça. Ne fais pas de ses cadeaux le symbole de quelque chose qui ne s'est de toute façon pas produit. Puisque tu m'as protégé. »

Il resta silencieux quelques secondes, pesa mes mots.

« Il est magnifique. Merci, T'hy'la. » Dit-il, avant de me tourner le dos et de me tendre la chaîne, pour que je la lui attache autour du cou.

Il me refit face, ensuite. Ça lui allait tellement bien.

Base stellaire 8, point de vue du Docteur Leonard McCoy.

Je les quittai, seulement en partie rassuré. Si physiquement, il n'y avait rien de grave, psychologiquement, c'était une autre histoire. Pour l'un, comme pour l'autre. Je savais pertinemment que Jim avait soif de réponse. C'était dans sa nature. Mais je devais lui faire comprendre, d'une manière ou d'une autre, que cela n'avait rien à voir avec lui, mais avec la jalousie qu'entretenait Sinak à l'égard de Spock depuis des années et qui s'était peu à peu changée en haine, d'après T'Prylla. Deux émotions bien humaines. Mais, je n'avais jamais cru à ses histoires de Vulcains insensibles. Encore moins depuis que je connaissais un peu mieux Spock. Ils pouvaient dire ce qu'ils voulaient, ces satanés gobelins, mais tenter de violer le mari d'un autre, parce qu'on enviait son statut, ça n'avait rien de logique ou de réfléchi. Et qu'on ne vienne pas me faire croire à une brebis galeuse. Je voulais bien admettre que certains d'entre eux valaient la peine, comme Sarek ou T'Prylla, mais la xénophobie latente et non-assumée de ce peuple, commençait sérieusement à me taper sur les nerfs. C'était quoi leur problème, à la fin ? Ah, pour sûr qu'ils étaient beaux leurs préceptes ! De belles paroles, de mon point de vue. À part peut-être pour des gens comme Spock.

Je me récitai mentalement mon serment d'Hippocrate, comme à chaque fois que je devais m'occuper d'un patient que je préférerais personnellement voir mort, en me dirigeant vers la pièce où nous avions installé Sinak. L'homme était entré en transe de guérison depuis la veille. T'Prylla m'avait expliqué qu'il faudrait certainement que je le gifle, pour l'en sortir, quand il se serait remis de ses blessures. J'attendais ce moment avec une certaine impatience, sans pouvoir m'en empêcher. Je pénétrai silencieusement dans la petite chambre, même si je ne risquais pas de le réveiller. Je n'avais aucune envie d'être là. Mais, j'étais avant tout médecin et pris donc patiemment les constantes du Vulcain, puis vérifiai l'avancée de sa cicatrisation. Ne pas pouvoir faire grand-chose pour l'aider, ne m'embêta pas le moins du monde. J'avais juste hâte que Starfleet vienne nous tirer de là et que le vaisseau soit de nouveau en état. Oui, j'en vins même à souhaiter retourner dans l'espace. Tout, sauf être obligé de continuer à m'occuper de ce patient dont je ne voulais pas. Évidemment, mon éthique restait parfaite, en apparence. Hors de question de laisser les autres voir ce que je pensais réellement.

Je sursautai légèrement, quand la porte s'ouvrit soudainement sur un visiteur que je n'attendais pas. L'inconnu, puisque son visage, s'il me disait vaguement quelque chose, ne m'était pas familier, s'avança silencieusement vers le lit. C'était un Vulcain qui ne devait pas être spécialement plus âgé que Spock.

« Que faites-vous ici ? » Demandai-je, d'une voix neutre.

« Mon nom est Sirik. » Dit-il, comme si cela répondait à ma question.

« Vous êtes là pour lui ? » L'interrogeai-je, en désignant l'homme allongé entre nous deux.

« Non. Pour vous. J'ai cru comprendre que vous étiez un ami de Spock. Je tenais à excuser le comportement inacceptable de Sinak. »

« Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire. » Répliquai-je, en reprenant mon examen de routine.

« J'en suis conscient. Je ne souhaitais juste pas le déranger, alors qu'il a besoin de passer du temps seul avec son T'hy'la. »

« C'est tout à votre honneur. Mais, de toute manière, je ne comprends pas pourquoi vous tenez à faire ça. Vous n'y être pour rien. »

« Quand nous étions enfants, je faisais partie de ceux qui brimaient Spock. J'ai fini par changer de point de vue. À l'époque, je ne faisais que répéter les paroles de mon père, qui a toujours dénigré l'union de Sarek et l'humaine qu'il a épousé. Sinak, lui, n'avait besoin de personne pour lui souffler ses idées. Il a toujours nourri une profonde jalousie à l'égard de Spock, dont nous n'avions pas conscience à l'époque, dans notre groupe. J'étais loin d'imaginer que les choses en arriveraient là. Je pensais que le temps passant, il s'assagirait. Mais la vérité, c'est qu'il a toujours fait un bien piètre Vulcain, à côté de votre ami. »

Ses paroles me laissèrent sans voix. Je n'étais pas suffisamment intime avec le mari de mon meilleur ami, pour savoir ce qu'il avait subi par le passé. Et l'apprendre aussi frontalement, de la bouche de l'un de ses anciens tortionnaires, me mit mal à l'aise. Je ne sus pas quoi faire de ces informations.

« Je transmettrai votre message. » Dis-je, simplement, mettant fin à la conversation. « Je dois y aller. » Ajoutai-je, pressé de sortir rejoindre Nyota.

Il hocha simplement la tête, en guise de remerciement et je quittai la chambre d'un pas rapide.