Le 12 juin 2022
Ma chère cousine,
J'espère que tu passes une bonne fin d'année scolaire et que tu vas bien réussir tes examens de fin d'année. J'aimerais t'annoncer que la première semaine de juillet tu devras être présentée à Grigori Artemiev.
Je sais que ses actes ne t'ont jamais intéressé, mais la pression qu'il a fait peser sur moi était intenable et je ne pouvais plus faire tarder mon allégeance. De plus, une fois que l'on a entendu le pourquoi de tout cela, je peux t'assurer que l'on comprend bien mieux tous ses actes.
Je tiens à t'annoncer en plus de cela que ton mariage avec Lord Nott devrait avoir lieu au plus tard en octobre et que tu ne pourras pas me convaincre de le repousser à une date ultérieure, tout est déjà convenu sauf la date définitive que nous fixerons à ta venue.
Au revoir,
Baron Alexeï Demidov.
Claris n'avait pas envie d'être là, dans ce sublime manoir des abords de Saint-Pétersbourg elle n'avait pas envie de rencontrer un mage noir, elle ne voulait pas. Sauf qu'elle le devait, l'honneur de sa famille en dépendait, alors elle avait revêtit la dernière robe que sa mère avait faite faire pour elle par l'un des créateurs les plus à la mode du moment. Elle attendait dans le salon le plus luxueux de la propriété en compagnie de tous les membres de sa famille à savoir sa mère, sa grand-mère, son oncle ainsi que son épouse, Serguei et Alexeï. Bien entendu, la présence de toutes les autres personnes leur étant apparentées n'avait pas été requise, ne s'agissant que de lointains parents inintéressants à leurs yeux.
-Tu es prête Claris ? lui demanda Alexeï qui venait de se rapprocher d'elle. Ne t'inquiètes pas, il ne veut que rencontrer le reste de ma famille afin de voir si l'un d'entre vous pourrait lui être utile. Je ne pense pas qu'il s'intéresse à Serguei et à toi, vous êtes trop jeune.
-On dirait que c'est toi qui panique mon cher cousin, lui répondit-elle. Tu sais, je ne vais pas l'insulter ni rien d'autre dans ce genre, nous n'allons pas nous faire tuer.
Le baron ne lui répondit pas et retourna s'installer dans son confortable fauteuil. La jeune femme savait que son seul but avait été de lui assurer son soutien à sa manière, mais elle n'aimait pas qu'il la prenne pour quelqu'un qu'elle n'était pas. Elle fut interrompue dans ses réflexions par le bruit de la grande porte d'entrée qui s'ouvrait, bientôt suivit par celui des pas s'avançant dans leur direction et des couinements de l'elfe de maison.
C'est sans surprise que quelques minutes seulement après avoir entendu la porte démesurée s'ouvrir que les Demidov virent arriver Grigori Artemiev. Ce qui surpris sans doute le plus Claris fut le fait qu'il ne portait aucun masque, il n'essayait pas de dissimuler son identité. Allez savoir pourquoi, mais la jeune femme était persuadée qu'un génie criminel ferait au moins attention à ce que tous ses partisans - qui pouvaient justement se faire capturer à n'importe quel moment – ne connaissent pas son visage. Cela ne l'empêcha pas de se lever comme tout le monde à son entrée dans le salon et de le saluer d'une révérence quand il arriva à sa hauteur, tandis que lui, respectant tous les us et coutumes de la noblesse, lui répondait d'un baisemain. Une fois chacun salué, tout le monde pris place dans l'un des confortables sièges du salon.
-Vous savez pourquoi je suis venu, commença Artemiev. Votre reconnaissance, votre soutien, votre allégeance. Mais avant de vous demander de me rejoindre, je veux que vous sachiez ce que je défends.
Claris ne savait pas pourquoi, mais cette voix et cette silhouette lui disait quelque chose. La voix chaude du mage noir donnait de l'intensité à ses propos, les appuyait.
-Je veux que vous sachiez dans quoi vous vous engagez, reprit-il. Mon but, c'est que les sorciers n'aient plus à sa cacher, cela réglerait tant de problèmes… Les orphelins ou nés-moldus pourraient être pris en charge bien plus tôt, ils connaîtraient le monde des sorciers et ne seraient pas projetés subitement dedans. Ils pourraient s'imprégner de notre culture, et ne croyez-vous pas que si Voldemort n'avait pas été maltraité par des moldus à cause de ses dons les choses auraient pu être différentes ?
La jeune femme se retint de rire elle ne savait pas comment il avait pu convaincre son cousin anti-moldu avec de tel propos, surtout qu'il était de notoriété publique qu'Artemiev et ses disciples ne faisaient aucune distinction entre les différents statuts de sang des sorciers. En revanche, elle se retrouvait dans certains de ses propos, Alexeï avait peut-être raison, peut-être que cela valait la peine de l'écouter jusqu'au bout, de le rejoindre, mais la jeune femme ne pouvait penser à cela sans se rappeler de ce que lui racontait les Weasley sur le règne de Voldemort et sur la magie noire. Elle ne savait pas s'il était judicieux de réinstaller un climat de terreur dans le monde magique.
-Je me doute que si les moldus étaient tous mis au courant d'un coup nous aurions à faire à de nombreuses chasses aux sorcières, qu'ils tenteront à nouveau de tous nous tuer, et ils le pourraient sûrement grâce à leurs nouvelles technologies. Ce que je veux, c'est regrouper nos deux mondes bien distinct en un seul il n'y aurait plus un monde magique et un monde non-magique, nous pourrions nous unir. Ainsi, ils auraient accès à notre magie pour les aider dans certaines tâches et nous bénéficierions de leur avance en ce qui concerne certaines techniques de pointe qui nous sont totalement inconnue. Je veux moderniser la société sorcière et ainsi lutter contre notre extinction.
Anastasiya eut un petit rire moqueur, elle ne semblait en aucun cas convaincue par ce petit discours. Cela n'étonnait pas Claris, sa grand-mère avait beaucoup de mal avec le changement et restait de la vieille école, incapable d'évoluer ses mentalités.
-N'écoutez pas ces fadaises, tout ce qu'il veut de nous c'est notre argent et notre notoriété ! Et toi ! s'exclama-t-elle en se tournant vers Alexeï. Comment peux-tu accepter de traiter avec l'un de ces stupides pro-moldus ? Tu veux te rallier à ces dégénérés qui aiment nous prendre de haut ? Ton grand-père a eu tort de te nommer baron, il aurait dû respecter les traditions !
-Grand-mère, je vous interdis de parler ainsi de notre invité, rétorqua le baron. Et puis, si la décision de grand-père ne vous convient pas, vous pouvez très bien quitter de suite cette demeure, mais je vous préviens que jamais je ne vous verserai de quelconque pension si vous faites ça. A vous de choisir ce que vous voulez faire. Cette proposition tient pour vous aussi, ajouta-t-il à l'intention du reste de sa famille.
Grigori Artemiev était ravi. Non seulement le baron Demidov le soutenait, mais il allait jusqu'à menacer toute sa famille. Il avait bien fait de le contacter, ce jeune homme paraissait plus ouvert que l'ancien patriarche, même s'il restait tout aussi impossible à influencer. Les réactions des Demidov amusèrent le mage noir Anastasiya ne laissa rien paraître mais se rassit, le jeune Serguei avait légèrement blanchi, et les quatre autres ne réagirent certainement qu'en leur for intérieur. Soudain, un détail le saisit la jeune femme, la cousine du baron, sa silhouette lui rappelait quelque chose. Des jambes longues et fines, un visage caché par un masque, une robe noire déstructurée… Il ne pouvait s'agir que de la jeune femme rencontrée au bal des Borgia ! Il comprenait mieux pourquoi il lui avait été impossible de retrouver cette fameuse C. D., il l'avait prise pour une anglaise étant donné qu'ils avaient communiqué dans la langue de Shakespeare tout au long de leur échange et qu'elle avait présenté un fort accent britannique. Il semblerait qu'il s'était fourvoyé, chose impensable aux yeux du grand Grigori Artemiev, les autres pouvaient se tromper mais pas lui !
-J'imagine que vous êtes là pour nous enrôler dans vos troupes, dit Dimitri Demidov, interrompant le cours de ses pensées.
Le mage noir savait bien que l'homme avait déjà été prévenu par son fils des raisons de sa venue, cette affirmation ne servait à rien d'autre qu'à amener le sujet sur la table.
-En effet, si le baron m'a déjà promis son soutien, il ne peut se compromettre en rejoignant les rangs de mes combattants, et j'ai horriblement besoin que des sorciers qualifiés intègrent mes forces. C'est pourquoi j'aimerais vous avoir convaincu de la justesse de ma cause.
Le jeune frère du baron Demidov semblait se retenir de dire quelque chose, mais il pouvait constater qu'il n'était pas le seul à s'en être rendu compte étant donné que sa cousine qui était assise à ses côtés lui avait saisi la main pour lui intimer l'ordre de se taire. Visiblement, il semblerait que cette remarque ne lui aurait pas plu, sinon pourquoi l'empêcher de s'exprimer, Artemiev n'avait pas l'impression d'avoir donné une image horrible ou bien même tyrannique de lui-même.
-Soyez sûr de ma loyauté, j'accepte de servir sous vos ordres, déclara Irina Demidov.
Très vite, Dimitri, Anya et Anastasiya lui assurèrent de même un soutien sans failles et demandèrent à intégrer son armée et les seuls occupants de la pièce encore assis et n'ayant pas plié genoux face à lui étaient la cousine et le frère du baron, sans compter Alexeï lui-même étant donné qu'il lui avait déjà prêté allégeance et qu'il serait discourtois de la part de Grigori de lui demander de refaire ce serment. Ce fait ne l'étonna guère, il se doutait bien que ces deux jeune – bien qu'il ignorât leur âge exact – sortait à peine de l'adolescence, cependant il ne put s'empêcher de se montrer curieux quant aux raisons qui les poussaient à ne pas se précipiter à ses pieds. Serguei ne prit pas même une seconde de réflexion pour répondre à sa question.
-Vous luttez pour une bonne cause, mais comment pourrais-je cautionner les méthodes d'un meurtrier ! s'exclama-t-il. Et puis, vous utilisez la magie noire, une magie proscrite, bien plus dangereuse que la magie blanche !
Sa cousine à ses côtés soupira, pas bruyamment mais suffisamment fort pour que le mage noir perçoive tout l'agacement qu'elle ressentait face aux propos du jeune homme.
-Nous pourrions avoir un très long débat concernant la dangerosité de la magie noire face à la blanche, répliqua-t-elle. De fait, on peut causer parfois plus de dommage avec un sort blanc qu'avec un sort noir, mais là n'est pas la question.
Se retournant vers Artemiev, elle le fixa de ses yeux de glace, donnant au mage la désagréable sensation qu'elle devinait ses pensées. S'était-elle rendue compte de son identité ? Il ne le savait pas, elle montrait autant d'émotions qu'un iceberg à cet instant.
-En ce qui concerne votre question, monsieur Artemiev, je ne vois pas à quoi vous servirait une jeune femme d'à peine dix-huit ans et qui a tout juste ses ASPIC en poche.
-Ne soit pas impertinente Claris, la gronda sa grand-mère. Tu aurais pu répondre à cette question sans faire preuve de sarcasme.
Ainsi elle se nommait Claris. Cela correspondait parfaitement aux initiales de sa charmante cavalière au bal de clôture du carnaval de Venise cet hiver.
-Soyez indulgente Anastasiya, la coupa Grigori. Après tout, votre petite-fille n'a fait qu'énoncer un fait. Mais, je me pose une question ma chère, ajouta-t-il en s'adressant à la rousse, qu'est-ce donc que les ASPIC ?
-L'examen de fin d'étude délivré à Poudlard, répondit-elle laconiquement.
-Et que comptez-vous faire maintenant que vous avez fini votre cursus à Poudlard ? la questionna le mage.
Elle semblait surprise qu'Artemiev lui pose autant de question et semble tant attendre sa réponse. Néanmoins, elle se reprit rapidement et lui répondit :
-Je vais épouser Lord Nott.
Le mage noir savait bien ce que cela voulait dire, que sa seule activité allait être d'élever ses futurs enfants, mais il était curieux de savoir ce que voulait vraiment cette jeune femme, il lui portait un grand intérêt et se demandait donc si elle avait un minimum de potentiel. Conscient qu'elle ne dirait rien devant sa famille de peur qu'ils lui fassent payer ses propos, et bien trop curieux, Grigori ordonna :
- Quittez la pièce. J'aimerai m'entretenir seul avec elle.
- Vous savez, elle n'est guère intéressante, déclara Anastasiya, toujours désireuse de rabaisser sa petite-fille. Elle ne doit pas même être capable de lancer un sortilège informulé. Ne vous embarrassez pas d'un tel boulet si vous voulez faire quoi que ce soit.
- Je vous demande de me laisser en juger. Et puis, il ne me semble pas vous avoir demandé votre avis madame.
Il avait dit tout cela d'un ton calme mais tous avaient deviné que la vieille femme l'exaspérait et qu'il serait capable des pires exactions si jamais ils n'obéissaient pas à ses ordres. De fait, il s'agissait là d'un détail commun aux meneurs, et aucun d'eux ne doutaient qu'Artemiev fasse partie de cette catégorie. Ainsi, ils débarrassèrent rapidement la pièce de leur présence et s'en allèrent plus loin, curieux quant à ce que le mage comptait faire à Claris.
- Maintenant qu'ils ne sont plus ici, répondez à ma question.
La jeune femme eut un rire amer avant de répondre :
- Que voulez-vous que je fasse ? Je suis fiancée à Nott depuis mes quinze ans, je n'ai jamais eu la possibilité de me demander ce que je ferais plus tard. Et pourtant, j'avais toujours pensé qu'aucun sang-pur ne demanderait ma main à cause de ma filiation…
L'homme était très intrigué, qui était donc le père de la jeune femme pour que le fait qu'ils soient du même sang puisse empêcher des nobles de contracter un contrat de mariage avec elle ? Il lui posa la question.
- Un traître à son sang. Issu d'une vieille famille anglaise, les Weasley.
- M'avez-vous reconnu ? l'interrogea-t-il, passant du coq à l'âne. Parce que moi, j'ai gardé le souvenir d'une beauté renversante, d'un charme transcendant, d'un maintien époustouflant, et d'un caractère abominable.
- C'est une très belle description du baron, mais je crains qu'il ne soit pas de ce bord-là, répliqua Claris, sans qu'aucun sourire n'apparaisse sur son visage contrairement su mage face à elle qui riait légèrement.
- J'avais oublié l'humour piquant, chose dont vous n'êtes pas dépourvu mademoiselle Demidov. Mais je ne vous ai pas retenu pour que nous nous amusions. Je ne vous cacherais pas que vous m'avez fait très bonne impression en février, je serais donc déçu si jamais je me rendais compte que votre chère grand-mère avait raison en disant que vous n'étiez qu'une sorcière incapable. Maintenant, je vais vous poser une seule et simple question mademoiselle Demidov : voulez-vous me rejoindre ?
Le temps semblait s'être arrêté pour Claris. Que voulait-elle ? Rejoindre Artemiev lui serait-il profitable ? Elle ne le savait pas, mais l'idéologie pour laquelle il se battait l'intéressait, elle voulait se battre pour la liberté des sorciers. Mais dans peu de temps, elle serait mariée et Nott pourrait lui interdire de se battre après tout, n'était-ce pas les hommes du mage noir qui avait tué son père ? Elle n'en avait que faire. Mais saurait-elle travailler en ayant un maître ? Elle n'en savait rien.
- Je veux vous rejoindre.
