Nous y voilà ! Avec un peu d'avance, je vous présente le chapitre 10.

Mais avant de vous laisser commencer (oui oui patience je sais), je tenais à vous dire quelques mots.

Tout d'abord un grand merci pour vos review, pour vos ajouts aux favoris, ou même juste pour votre lecture. Pour vous remercier de tout cela je publie le dernier chapitre plus tôt que prévu, mais c'est également pour m'excuser, car oui je sais que mes fins de chapitre sont horribles et peuvent faire naître un sentiment ... d'impatience U.U

D'ailleurs ! En parlent de fin horrible ... Et bien ... pour ne pas gâcher votre lecture je vous pose la question dès à présent.

Ressentez-vous le besoin d'un épilogue ?

Je vous demanderez donc de garder cette question en tête afin de me donner votre réponse en fin de chapitre :)

Sachez en tout cas que j'ai vraiment mis du cœur à l'ouvrage dans cette petite histoire, et c'est la fin qui me tenait à cœur.

Le mot de la fin ira à ma très chère collaboratrice Paprika qui a fait du très bon travail, et qui, je l'espère continuera l'aventure à mes côtés. Donc merci à toi !


Chapitre 10 : Comme un souffle de liberté


Je ne parvenais pas à me souvenir de l'instant où je m'étais endormi. Je me réveillais là, recroquevillé sur le sol de la salle de bain, le carrelage froid avait engourdi l'intégralité de mon être. Puis je vis le rasoir. Je l'écartais vivement de mon bras en le lançant à travers la pièce. Pourtant les souvenirs ont afflué. Je voyais de nouveau la pâleur de sa peau devenue froide à tout jamais. Cette image était collée à mes paupières. Pas un moment ne pouvait s'écouler sans qu'elle ne revienne me hanter. Et cela demeurerait jusqu'à ce que ma propre peau devienne livide.

Il fallait que je me change les idées. Sinon l'envie morbide allait revenir me cueillir, et pour de bon cette fois.

Après m'être aspergé de l'eau sur le visage, que je ne reconnaissais plus vraiment comme étant le mien, je retournais dans le salon non sans une certaine crainte.

J'aurais voulu qu'il soit là, assis dans un fauteuil, un journal français entre les mains, et un sourire franc aux lèvres.

J'aurais voulu qu'il se lève et qu'il vienne vers moi, doucement, sans précipitation. Comme pour me prouver une ultime fois que nous avions le reste de la vie.

Pour nous.

J'aurais voulu qu'il m'ouvre ses bras, qu'il me regarde de manière moqueuse et qu'il me dise de sa voix forte, et sans hésitation : «Je suis là John».

J'aurais voulu qu'il referme ses bras sur mon corps secoué de sanglots, qu'il me réconforte de sa chaleur en me rappelant qu'il ne partira plus, que tout était fini, et que nous ne serions plus séparés.

J'aurais tout donné pour cela. Mais lorsque mes pas me conduisirent enfin jusqu'au salon, seuls le silence et son absence m'accueillirent. Rien que le fait d'entrer dans cette pièce me crevait le cœur encore plus profondément.

L'évidence me parvint alors comme une cruelle ironie.

Je ne pourrais pas demeurer ici bien longtemps.

Si j'y restais, les souvenirs de sa présence me dévoreront. Mais comment vivrais-je loin des dernières preuves de son existence, loin de cette chaleur qui persistait encore un peu ? Être dans cet appartement, c'était être, ne serait-ce que pour un instant encore, dans les bras de Sherlock Holmes. Mais cette chaleur finirait par disparaître. Que ferais-je ensuite ? Un deuil ? Comment pourrais-je y parvenir ? Le temps me sera-t-il salvateur ?

Évidemment les jours se sont écoulés.

Mais je ne parvenais à rien, je n'avais plus envie de rien. J'étais comme mort de l'intérieur. Comme si le rasoir avait atteint les veines de mon cœur plutôt que celles de mon poignet. Je passais mes journées dans cet appartement dont la chaleur s'amenuisait. Parfois j'éclatais en sanglot, sans autre explication que ma détresse émotionnelle. J'étais pitoyable, et j'en avais conscience. Qu'en penserais-tu Sherlock ? Dis-moi de quoi j'ai l'air pas ta faute !

Non.

Pardon.

Sherlock. Je t'en prie, reviens.

Puis les semaines ont fini par défiler.

La chaleur tant aimée avait disparu. Il ne me restait que le froid du deuil qui m'emportait au loin. Puis un jour, craignant de me complaire dans le froid, je suis sorti.

J'étais allé au parc. Il y faisait bon. Le soleil était si réconfortant. Même le vent, qui faisait bruisser les branches des arbres, était chaud. J'étais en-dehors de l'appartement et pourtant je me sentais bien. J'avais alors levé les yeux vers le ciel bleu.

Une seule pensée me vint alors : j'étais libre.

Puis je me suis tourné vers le soleil, et mes yeux éblouis ne parvinrent à voir que son visage. De retour à l'appartement, je m'écroulais. A quoi me servait cette liberté su ce n'était pas pour la partager ?

Les mois se sont bousculés.

Je sortais régulièrement. Mais je ne parvenais plus à retourner au parc. Je devais me trouver une occupation, sans quoi ma folie finirait par l'emporter. Alors j'ai cherché du travail. Je finis par en trouver dans une petite clinique se trouvant dans les vieux quartiers de Paris. J'aimais m'y rendre à pieds. Mais parfois en chemin, je tombais sur un marché, et alors je voyais encore ces gens enchaînés.

Je ne pouvais plus regarder tout cela. J'étais lâche de ne rien faire pour eux, mais je ne pouvais plus. Je n'avais plus la force. Cela me confrontait à mon ancienne vie, et à cet homme mort pour ce qui lui avait semblé juste. Alors je détournais mon regard, et plein de honte que j'étais, je courrais jusqu'à l'appartement y cherchant une bulle d'air sain.

Mais je n'y trouvais plus rien. Excepté le froid.

J'avais froid.

Alors lorsque Mary me recontacta pour un dîner, j'ai accepté. J'y ai trouvé une certaine chaleur. Artificielle, mais une chaleur tout de même. Et à la fin du repas, comme pour me rapprocher au plus près de cette source, je posai mes lèvres sur celles de Mary. Ce soir-là l'alcool m'aida à oublier ce rapprochement égoïste, car la pauvre Mary y voyait une preuve d'amour. Comment lui dire qu'elle me tenait juste chaud ?

Arriva alors la première année.

Celle qui apporta ce premier souffle de liberté dont nous avions tous rêvé.

Surtout lui.

L'esclavage avait fini par être aboli en France, ainsi que dans la majorité des autres pays européens. L'Angleterre continuait de résister, mais une brèche semblait être formée. Ces nouvelles consécutives m'avaient rendu espoir.

A présent je pouvais parler de Sherlock sans que les larmes ne me montent immédiatement aux yeux. J'étais fier d'expliquer à mes rencontres françaises l'histoire que j'avais vécue, et celle du grand Sherlock Holmes.

Maintenant que je parvenais à maîtriser leur langue correctement, j'obtins la permission de rédiger des articles dans un journal parisien. J'en tirais une petite contrepartie, mais surtout je faisais connaître à tout Paris l'étendue des actions de Sherlock.

Je continuais également de voir Mary. De plus en plus souvent à vrai dire. Elle me parlait de ses rêves. Elle avait envie d'un grand mariage, avec une belle robe blanche comme celles qu'elle aimait admirer dans les vitrines de la capitale. Ses yeux pétillaient de bonheur et d'allégresse lorsqu'elle en parlait. Moi, je lui souriais les plus sincèrement possible. Parfois je hochais même la tête dans l'espoir qu'elle se taise ensuite. J'avais également rangé l'appartement. J'ai fait en sorte que plus rien ne traîne. L'appartement ne ressemblait plus à Sherlock. Ce n'était plus qu'un logement aseptisé.

La deuxième année rejoint vite la première.

Mary commençait à s'impatienter. Elle m'accusait de ne pas sérieusement envisager le mariage, alors que nous habitions désormais ensemble.

Oui. J'avais quitté l'appartement depuis quelques jours. Car même si la chaleur n'y était plus, et que je l'avais complètement rangé, il persistait une aura bien trop sherlockienne pour mes nerfs. Et pourtant il n'était jamais bien loin. En effet la clé de la porte d'entrée noire reposait toujours dans une des poches de ma veste. Et lorsque je devenais nerveux, je n'avais qu'à l'effleurer pour aspirer à un moment de calme dans mon esprit. Je l'avais souvent en main lorsque Mary me mettait dos au mur avec cette histoire d'engagement éternel. Comment lui avouer que mon cœur était déjà promis, déjà accord même, à une autre personne.

Et la troisième année fut la pire.

Malgré l'annonce d'un monde qui ne connaissait plus l'esclavage, Angleterre comprise, je ne parvenais pas à trouver le calme auquel tout un chacun aspirait. En entendant cette grande nouvelle, je m'étais remis à penser au réseau de Moriarty et à Sebastian.

Qu'était-il devenu ?

Parfois lors d'un cauchemar, je l'imaginais ramper sur mon lit, sur moi, me regardant avec ses yeux fous. Dans ces mauvais rêves, je ne parvenais pas à bouger. Sebastian en profitait pour se rapprocher, afin d'atteindre mon cou et de la compresser de ses immenses mains. Et à mon annulaire gauche un anneau d'or me brûlait jusqu'à l'os. Puis je me réveillais toujours le souffle coupé, et toujours cette peur me tordant les entrailles. Mais la peur provenait aussi de ce visage angélique endormi à mes côtés, qui ne semblait pas remarquer mes crises nocturnes, et auquel j'avais dit oui.

«Oui Mary, marions-nous si tu le souhaites.»

En prononçant cette phrase, j'avais resserré ma prise sur la clé, à tel point qu'elle finit par y laisser une trace sur ma paume. Depuis ce jour elle s'activait à tout préparer, à tout coordonner.

Qu'avais-je fait ?

Bien sûr que j'aimais Mary. Certainement. Peut-être.

Mais ce n'était pas à elle que mon cœur appartenait. Ce n'était pas à elle que mon esprit pensait à chaque seconde de ma vie. Ce n'était pas à son contact que mon corps frémissait.

Toutefois je pensais pouvoir vivre avec, et lui accorder le bonheur conjugal qu'elle espérait, qu'elle méritait. Je ne pensais pas que la réalité du mariage m'anéantirait autant. J'avais besoin de repos. Entre les cauchemars et la présence de Mary à mes côtés, je ne parvenais plus à dormir. Alors ce soir je lui ai dit que j'avais du travail au cabinet, que j'y passerais certainement la nuit. Elle m'a cru. Mary est innocente, alors elle m'a embrassé et m'a souhaité bonne chance. Je glissais ma main dans la poche de ma veste, la clé y reposait, patiente. Ce soir je dormirais. J'y parviendrais car je serais aux côtés de Sherlock. Et si je ne me réveillais pas… qu'importait.

Dreams Come True

Voilà longtemps que je n'y étais pas revenu.

A tel point que j'aurais pu ne pas remarquer le désordre qui régnait de nouveau.

A tel point que j'aurais pu ne pas sentir l'odeur du thé.

A tel point que j'aurais pu ne pas observer le feu dans la cheminée.

A tel point que j'aurais pu ne pas détecter sa chaleur revenue.

A tel point que j'aurais pu ne pas le voir assis dans un fauteuil, le journal d'aujourd'hui, contenant mon ultime chronique, dans les mains.

A tel point que j'aurais pu ne pas entendre sa voix.

«Sherlock Holmes est bel et bien mort.

Il a emporté avec lui bon nombre de courage et d'espoir. Le mien notamment. Cependant j'ai appris auprès de ses plus proches parents et amis, que Sherlock Holmes n'est pas qu'un homme mortel. Non.

Son nom est également un symbole qui doit traverser le temps, qui doit perdurer. Ce nom doit continuer de raisonner à travers les générations, afin que celles-ci puissent apprendre de sa volonté qui était la sienne. Une volonté que rien ne pouvait briser, et que rien ne brisera jamais. Cette volonté, c'est de toujours croire que le meilleur peut se réaliser.

Que ce nom continue de traverser les âges afin de convaincre chaque Homme de continuait de se battre pour l'idéal auquel il croit. Mais se battre de manière intelligente, sans abuser de cette violence qui correspond mieux aux barbares cruels, qu'à de véritable Hommes. Sherlock Holmes croyait en l'intelligence. Et il parvenait à en user à des fins honorables. Ce ne serait que lui rendre justice que de faire de même, chacun à son échelle, au quotidien, le temps d'une vie.

C'est uniquement après trois ans, pendant lesquels j'ai tenté de faire mon deuil, que je compris cela. Trois ans pour que je comprenne quelle vérité se cache derrière le nom de Sherlock Holmes, et de la raison pour laquelle il fallait qu'il perdure. Et c'est notre devoir que de garder en mémoire ce nom, et tout ce qu'il évoque. Tout comme nous garderons en manière tous ceux dont les noms évoquent bien plus qu'un patronyme. Sherlock Holmes ne fut pas le premier, et j'ai bon espoir de croire que ce ne sera jamais le dernier.

Si nous parvenons à accomplir ce devoir de mémoire. Si nous parvenons à ne jamais laisser périr ces noms. Alors je suis certain d'une chose. Qu'importe les horreurs dont certains hommes sont capables, il y aura toujours un Sherlock Holmes pour lutter, et en venir à bout. Il y aura toujours un Sherlock Holmes pour s'assurer que cette liberté qui souffle sur nos vies ne s'éteigne jamais.

Chères Lectrices, Chers Lecteurs, ceci est ma dernière chronique. Alors je terminerais ainsi : Si vous souhaitez vous souvenir d'une phrase, une seule, retenez celle-ci : Sherlock Holmes ne meurt jamais.»