Et voilà un nouveau chapitre ! Je peux vous avouer que cette histoire est pratiquement sur sa fin, avec encore une surprise à la clé ! Et peut être un autre ornithorynque mais...chut ! C'est un secret ! Bonne lecture !

Chapitre 10 :

J'avais à peine rejoint Matt sur notre lieu de rendez vous qu'il me tendit son bras sous le nez.

- Merci d'être venue. Tu peux me frapper si tu veux, tu n'en as pas eu l'occasion la dernière fois.

Vraiment ? Je pouvais ? Je lui adressai un sourire mais ne rentrai pas dans son jeu, et baissai son bras. A ma grande surprise, ses joues prirent une légère teinte rosée. Il était gêné.

- Je voulais m'excuser, déclara-t-il. Je me suis vraiment mal comporté.

Ah ! On était deux ! Mais pas à la même personne. Je ne savais toujours pas quoi dire. La dernière fois, il m'avait carrément sauté dessus après m'avoir assommée avec un long discours très ennuyeux. Il passa sa main dans ses cheveux flamboyants :

- Tu…as déjà un copain, non ?

- Non.

Qu'il ne voit pas ça comme une invitation. Il n'était pas mon genre, il était trop vieux et trop…dragueur et ennuyeux. Ah oui, et il ressemblait aussi à une allumette avec ses cheveux rouge pétant. Je préférais de loin…L'image de Narcisse apparut dans mon esprit. Voilà, je préférais ça. D'ailleurs il fallait que j'aille le voir. Le plus tôt possible.

Je jetai un œil à Matt. Il fuyait mon regard et faisait mine de s'intéresser à ses chaussures.

- Je te pardonne, t'en fais pas. On reste bons amis ? Risquai-je.

Il releva la tête et sourit façon pub pour colgate.

- Bien sûr.

Et il serra la main que je lui tendais. Au moins on était d'accord.


Je rebroussai chemin pour la cinquième fois. Je n'osais pas entrer. Pourtant il le fallait. Et puis qu'est ce que je pourrais bien lui dire ?

« Ecoute, Will. Je sais, j'ai pas été cool avec toi ce jour là. Je ne sais pas si je t'ai traumatisé ou quoi mais je pense que ce serait bien qu'on reparte sur de bonnes bases, tu ne trouves pas ? »

Non, ça n'allait pas.

« Salut Will. Dis donc, je me demandais si c'était toi le petit gamin trop chou qui m'avait éclaboussée… »

Non.

« Merde Narcisse ! Tu vas arrêter de me pourrir la vie parce que j'ai pas été cool ce jour là avec toi ? »

Voilà qui était mieux.

Il fallait vraiment que je me décide. Un pas. Deux…BOUM ! Je heurtai Lucas de plein fouet alors qu'il sortait. Une chance que la porte s'ouvre de l'intérieur ! Confuse, je me répandis en excuses jusqu'à ce qu'il m'interrompe pour me dire que ce n'était pas grave. Il ramassa ses bras par terre et se les recolla…Non je rigole, il m'annonça l'air nostalgique :

- C'était mon dernier jour ici. On a un nouveau vendeur, tu sais ?

- Je sais, oui. Et je sais qui c'est aussi. Mais…Il n'a pas besoin d'argent de poche lui ?

Ma remarque le fit rire.

- C'est sûr ! Non, il travaille juste parce que la musique le passionne alors quoi de mieux qu'une boutique ?

En effet, passionnant. J'entrai, une fois Lucas parti. Il n'y avait personne. Je fis mine de m'intéresser à un tableau représentant une guitare multicolore pendant quelques minutes avant d'entendre un très froid et Ô combien désiré :

- Qu'est-ce que tu fais ici, Bennet ?

Mais quelle hospitalité !

- Si tu accueilles tous tes clients comme ça, je doute que tu vendes quoi que ce soit !

Il ne répondit pas. C'était l'occasion.

- En fait je…

- Tu me déranges dans mon travail, Bennet !

- Il n'y a personne ! Répliquai-je.

- J'ai du rangement à faire. Va-t-en.

- Pas avant de t'avoir parlé de…

- De ? De quoi, bon sang ?

C'était pas gagné.

- Je suis venue m'excuser, en fait. Avec beaucoup de retard, je sais mais…

- Mais la ferme ! M'interrompit-il pour la énième fois. Je vois même pas de quoi tu parles !

Il commençait sérieusement à m'énerver !

- C'est à cause de ça que tu me détestes ! Un jour je t'ai hurlé dessus et je t'ai humilié devant tout le monde et c'est pour ça que tu peux pas me supporter ! Lançai-je en vitesse avant qu'il ne me coupe la parole.

- Tu es dingue ! Ca sert à rien de discuter avec toi.

Il s'apprêta à repartir à l'arrière. Hors de question !

- Ne bouge pas, Narcy ! Ordonnai-je, menaçante.

Il s'arrêta, légèrement surpris par mon ton agressif. J'en profitai. Avec rapidité je courus presque vers lui et ma main fendit l'air pour atterrir avec violence sur sa joue pâle.

La claque résonna dans toute la pièce. Mon dieu que ça faisait du bien ! Depuis le temps que j'en avais envie ! Je me demandai si ça n'avait pas de vertu thérapeutique car ça me détendit aussitôt. J'avais du y aller un peu trop fort car il vacilla sous le choc et du se rattraper au comptoir pour ne pas tomber.

Partagée entre rire et horreur, je me précipitai vers lui.

- Ca va ?

Il leva ses beaux yeux sombres, abasourdis et larmoyants vers moi, tout en frottant sa joue décolorée par la marque rouge de ma main. Puis il explosa.

- Mais ça va pas, t'es malade ?

- Désolée…

- Désolée ? Putain mais ça fait MAL ! T'es conne ou quoi ?

- Si je ne l'avais pas fait tu ne m'aurais pas écoutée ! Me défendis-je.

- Parce que là tu crois que je serais plus attentif ? Hurla-t-il.

- Ben…oui, la preuve.

Il jura encore et encore, ferma le magasin et alla se chercher un sachet de glaçon à l'arrière.

- Tu as deux minutes avant que je t'arrache la tête, Bennet ! Me prévint-il, le regard assassin.

- D'abord, je suis désolée pour ce qu'il s'est passé il y a quelques années…Ne fais pas semblant de ne pas savoir, tu t'en souviens très bien ! Grondai-je alors qu'il ouvrit la bouche pour protester. Et encore désolée pour la gifle… Tout ça pour te demander de…D'oublier tout ça et qu'on reparte sur de bonnes bases, enfin…

Je rougis comme une idiote.

- Alors ?

- C'est ridicule.

Aïe. Ca fait mal une réplique aussi cinglante.

- J'aurais essayé ! Marmonnai-je.

Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais l'impression d'avoir un poids sur le cœur.

- Tu as quand même un sacré culot de venir me déranger dans mon travail, me foutre une baffe et t'excuser après pour quelque chose qui date de l'an quarante !

Je n'osai pas croiser son regard et rougis de plus belle.

- Je dois y aller.

Je m'apprêtai à sortir lorsque j'aperçus Camille Binglay à l'entrée de la boutique. Narcisse alla lui ouvrir. Aussitôt elle me toisa d'un air méprisant.

- Qu'est-ce que tu fais là, toi ?

- Peu importe. Je te retourne la question.

- Eh bien je rends visite à Will pour voir comment se passe son nouveau travail ! On sort ensemble, tout de même.

Une montagne me serait tombée sur la tête, je ne m'en serais même pas aperçue. La chute aux enfers fut longue et douloureuse. Je croyais même voir des petits oiseaux et des étoiles tourner autour de ma tête comme dans les dessins animés. Tout ce que je compris par la suite, c'était que Camille souriait de toutes ses dents, que Will la prenait par la taille et m'indiquait la sortie, et que je leur souhaitais une « longue et heureuse vie ensemble ».

Je me rappelle être rentrée chez moi, tremblante, m'être étalée de tout mon long sur mon lit et d'avoir murmuré toute la nuit « Will Narcy et Camille Binglay… » comme une ivre morte.


Ahh ! Cette Camille ! Eh oui malheureusement, elle existe cette mégère ! A la prochaine !