Durant deux semaines, ils marchèrent, ne s'arrêtant que pour se reposer deux ou trois jours et dans un village pour acheter des chevaux. Enfin, devant eux se dressa une grande tour noire, des Dragons voletant autour.

« Le Donjon Noir, murmura Elsa. Il porte bien son nom. »

Aucun mot ne fut ajouté. Personne ne parlait, et personne ne le voulait. Claire leur avait projeté son plan : ils entraient discrètement par la porte de derrière, et après... ils verraient bien. Fantasio leur avait dit qu'il saurait les guider jusqu'au bon endroit. Et enfin Angel, qui avait repris sa vraie apparence (avec les ailes et tout) avait dit qu'il pouvait pétrifier les Dragons avec son sceptre de lumière. Ils abandonnèrent donc les chevaux, tout en leur ordonnant de retourner au village, puis contournèrent la tour. Ils virent une trappe, et Claire leur certifia que c'était par là qu'ils devaient entrer. N'abandonnant personne au dehors, ils entrèrent. Ils ne croisèrent ni hommes, ni dragons, ni rat. Dans les cellules devant lesquelles ils passaient ne sortait aucun bruit. À croire que tous étaient morts. Peut-être était-ce vrai ? Elsa se tourna vers Claire. Celle-ci haussa les épaules et continua d'avancer. Ils montèrent des escaliers étroits lorsqu'ils entendirent des bruits de pas. Une partie de l'équipe se retourna tandis que les autres restèrent figés, surtout Malicia. Deux troupes de gardes bloquaient le passage : une devant, les empêchant de monter, et une derrière, de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas descendre. Au commandement de la première se trouvait un homme au regard vide, mais aux beaux cheveux blonds et aux yeux bleus. Elsa se demandait si ce n'était pas justement ce... Monseigneur Öschnar et que c'était pour cela que Malicia restait figée. Les troupes chargèrent. Une bataille eut lieu dans les escaliers. Personne ne fut blessé dans la petite équipe de voyageur tandis qu'ils tuaient les gardes. Mais l'homme au regard vide et Malicia se tenaient face à face. Le collier argenté de la femme vibrait. Ils se rapprochèrent et soudainement le collier tomba à terre, se brisant en mille morceaux. Un courant d'air balaya les escaliers, et l'homme aux cheveux blonds perdit son regard vide. Il regarda autour de lui, puis Malicia. Il s'avança, la prit dans ses bras et ils s'embrassèrent langoureusement et amoureusement. Il y eut un petit toussotement qui stoppa net les deux amoureux.

« Ça vous dérange si on continue à chercher nos amis ? »

Les deux tourtereaux rougirent et firent un signe négatif de la tête.

OoOoOoO

« C'est là, j'en suis sûre. Je peux le sentir. », chuchota Claire.

Ils étaient à un étage beaucoup moins sale que les autres, et il y avait un petit local entrouvert au bout du couloir où l'on pouvait voir des armes s'aligner. Angel remarqua qu'il y avait des petites fenêtre sur les portes. Il regarda par l'une d'elle et se mordit la lèvre pour éviter de lâcher une exclamation de surprise. Dans la cellule ne se trouvait absolument pas un de ses amis, mais... une espèce d'homme-dragon. Une chose abominable, avec un corps d'homme et une tête de dragon, mais qui avait des ailes, et qui n'était pas attaché... PAS ATTACHÉ ? Soudainement, le monstre se leva à une vitesse incroyable et projeta Angel contre le mur assez fort pour qu'il s'évanouisse sous le choc rien qu'en ouvrant la porte.

« Angel ! s'exclama à mi-voix Elsa.

- Qui ose pénétrer dans le Donjon Noir, demanda férocement le monstre, et me réveiller de mon sommeil ?

- Moi ! s'exclama Malicia. Et mon nom est Nemo !

- Nemo... Est-ce réellement ton nom ?

- Pourquoi doutez-vous, oh Aimshigtai ?

- Je connais ce langage. Je ne suis pas si monstrueux que ça ! »

Ils continuèrent de discuter. Luhdiir murmura aux autres :

« Elle le fait nous oublier ! Profitons-en ! »

Ils hochèrent la tête. Monseigneur Öschnar resta auprès de sa colombe tandis que les autres regardaient par les autres fenêtres. Il n'y avait personne ! Et ils étaient au dernier étage... Teos Dinok regarda au plafond, là où Angel avait été éjecté. Une trappe s'était ouverte, et il y avait même une échelle ! Était-ce un piège ?

« Montons ! Je suis sûr qu'ils sont là-haut. »

Ils montèrent l'échelle tout en portant Angel. Ils ne pouvaient pas l'abandonner ! Si la discussion entre le monstre et Malicia tournait mal, le couloir risquait fortement de s'enflammer. Il fallait donc faire vite !

Arrivés en haut, ils furent surpris. Ce couloir-là n'était pas comme les autres. Tout d'abord, les portes étaient en fer. On pouvait voir des rats et des araignées courir sur le sol. Et aussi... il faisait très sombre.

« Bob ? » demanda à voix haute Claire.

Une voix infiniment rauque comme si elle n'avait pas eu l'occasion de parler depuis des années et étouffée lui répondit :

« Claire ? Mais qu'est-ce que tu fous là ? Dégage ! »

« Alors, c'est comme ça que parlait le Bob Lennon de ce monde ? » pensa Elsa en riant. Elle vit Claire courir en direction d'une porte en grommelant :

« Moi ? Dégager alors que je suis sur le point de revoir mon frère ? » et d'autres choses...

Mais, au moment où elle allait réussir à trafiquer la serrure pour l'ouvrir, un jet de flamme la submergea. Elle toussa, puis sentit une sorte de bulle se former autour d'elle. Rouvrant les yeux qu'elle n'avait pas le souvenir d'avoir fermé, elle remarqua que c'était Maëlynda qui l'avait ainsi protégée. Se retournant, elle vit que toutes les petites bestioles grouillant sur le sol s'étaient transformées en monstres hideux, un mélange entre des hommes, des rats ou des araignées et des dragons. Ils crachaient du feu, se battaient avec des épées et griffaient, mordaient ou empoisonnaient. Tous se jetèrent dans la bataille qui fit rage en haut de la tour. Maëlynda restait légèrement en retrait avec le corps d'Angel et essayait de protéger ses amis tout en se protégeant elle-même ; Elsa se battait avec férocité à l'épée et tuait tout ce qui l'approchait ; Luhdiir avait sortit ses dagues et les faisaient virevolter avec application ; Teos Dinok avait sorti son bâton et écrasait ses ennemis par sa grandeur ; Fantasio, même s'il n'aimait pas beaucoup se battre, avait pris son épée et s'était mis dos à dos avec Claire, qui se battait en essayant de ne pas blesser ses amis. Beaucoup furent blessés, des griffures leur lacéraient la peau. Grâce aux protections de Maëlynda, aucun ne fut empoisonné. Cette fois-ci, avec beaucoup moins d'empressement que la fois précédente, Claire s'approcha de la porte. Elle regarda attentivement la serrure. Il y avait un petit bouton à l'intérieur qui déclenchait un piège. Mais apparemment, si on l'ouvrait avec une clé, le piège ne se déclencherait pas. Elle ordonna aux autres :

« Cherchez une clé ancienne un peu rouillée, ou peut-être même un trousseau ! »

Ils s'activèrent tous, faisant du bruit avec leurs pas. Alors, Luhdiir s'exclama :

« Arrêtez de marcher ! Ne bougez plus ! »

Une fois que le silence fut à nouveau roi dans la pièce, Luhdiir regarda silencieusement autour de lui. Plissant les yeux dans l'obscurité qui les entourait tous, il remarqua une pierre étrange sur le sol : un symbole de clé était gravé. Appuyant dessus, une lumière entoura la pierre. Puis une clé en sortit. Il l'examina. Elle était argentée et assez récente. Ce n'était donc pas celle qu'ils cherchaient. Il examina les autres serrures et trouva celle qui, logiquement, devait fonctionner. Enfilant et tournant la clé, il entendit un déclic, puis comme un bruit sourd. La porte s'ouvrit d'elle-même, laissant apercevoir, dans la faible lumière de la lune, un homme que Teos Dinok reconnut malgré le manque évident de rasoir et de ciseau : c'était Linksthesun ! Qui était complètement endormi pour il ne savait quelle raison...

« Regardez autour de vous, cherchez des symboles de clé, ou quelque chose du même genre, commanda Luhdiir.

- Non, il n'est pas assez idiot pour faire deux fois la même erreur. Regardez bien autour de vous, allumez une lumière pour voir si quelque chose se crée à la lumière, chauffez toutes les dalles s'il le faut. Mais faites vite ! Nous n'avons pas beaucoup de temps. » contredit Teos Dinok.

Ainsi, tous cherchèrent, fouillèrent les corps des monstres, regardèrent les pierres une par une, examinèrent chaque petite partie du plafond, et enfin Maëlynda trouva quelque chose.

« Regardez, là ! s'exclama-t-elle.

- Tu as trouvé une clé ?

- Non, mieux ! sourit-elle. Un dessin de clé !

- C'est fou à quel point ça va nous aider, grommela Claire.

- Attendez ! »

Luhdiir avait examiné une à une chaque serrure, et avait trouvé ce à quoi devait ressembler chaque clé. Et une des serrures étaient... en parchemin. Il prit le dessin qu'avait trouvé Maëlynda et l'enfonça dans la serrure. Il y eut un déclic, et la porte s'ouvrit. À nouveau, la personne à l'intérieur était endormie.

« Mais c'est une fille ! » s'exclamèrent-ils tous ensembles.

Ils ne la connaissaient pas. Elle avait des cheveux mi-long bruns foncés et était plutôt mignonne si on enlevait son air un peu traumatisé qu'il y avait sur son visage.

« On ne peut pas la laisser là ! » déclara Fantasio.

Au même moment, un cri d'agonie retentit. Il venait de l'étage d'en-dessous.


Et c'est ainsi que ce chapitre se fini. Alors à demain pour la suite !

resta près de sa colombe