Disclaimer : Je ne possède aucun droit sur les personnages, créatures ou lieux cités que vous reconnaîtrez.
Merci pour les reviews (surtout Mineko, la ninja-lectrice)! Désolée pour le retard (comme d'habitude), bonne lecture et joyeux Noël !
Chapitre 9 : Des adieux et d'un nouveau départ
Alice fixait intensément le Chapelier. Fuir ? En cet instant dramatique ? Elle ne pouvait pas laisser ses amis combattre autant d'ennemis. Cependant, ce n'était pas une proposition. Le Chapelier attrapa le poignet de la jeune fille et la tira au loin du champ de bataille. Après de multiples détours, les deux arrivèrent au bord du lac, à proximité du campement. Sans lui demander son avis, le Chapelier fit avaler à Alice le contenu de la fiole, et la jeune fille commença à rapetisser, jusqu'à devenir pas plus grande qu'un pouce. Son ami la saisit alors par le bras et, l'emmitouflant dans un mouchoir de poche, il la déposa sur le rebord de son haut-de-forme.
« La meilleure méthode pour voyager, c'est toujours en chapeau »,susurra-t-il.
Sur ces mots, il envoya d'un grand geste le couvre-chef voler à travers les airs. Agrippée à un ruban, Alice vit pour la deuxième fois de sa vie défiler le paysage, si vite qu'il en devenait flou. L'eau clapotait dangereusement quelques mètres en dessous. Le vent sifflait, menaçant d'emporter la jeune fille dans le lac sombre. Celle-ci ferma les yeux et pria pour que l'atterrissage ne lui soit pas fatal.
Enfin, après un temps infini, le chapeau heurta le sol, et Alice fut projetée à terre. Par chance, elle tomba dans une touffe d'herbes folles qui amortirent sa chute. Ouvrant les yeux, elle s'aperçut qu'elle avait atteint la rive orientale du lac. Serrant autour d'elle le mouchoir, elle soupira :
« Et maintenant, que va-t-il se passer ? Me voilà bien, haute comme un champignon, vêtue en tout et pour tout d'un mouchoir à motif écossais, et en territoire ennemi en plus. Suis-je encore censée détruire l'anneau ou dois-je simplement faire la course avec les quelques escargots qui peuplent ces contrées ? »
Alice se gratta la tête nerveusement en repensant à sa situation. Tout à coup, elle se rappela.
« L'anneau ! » cria-t-elle.
Elle commença à paniquer, et à pousser le chapeau vers l'eau pour tenter de retraverser le lac, mais quand elle baissa les yeux, elle vit, brillant autour de son coup, l'anneau unique. Il avait rapetissé avec elle, et la narguait de son éclat malsain.
« De plus en plus bizarre, marmonna Alice, cette babiole en étonnerait plus d'un, même à Underland. Bon, mais au moins ces sales bestioles n'ont pas mis la main dessus. J'espère que les autres arriveront à s'enfuir... »
La jeune fille grimpa sur un caillou, d'où elle pouvait voir l'autre rive. Les échos de l'affrontement retentissaient toujours au loin, mais ce qui accrocha son regard fut la barque qui glissait sans bruit sur le surface agitée du lac, et la tignasse rousse qui en sortait.
« En voilà au moins un qu'ils n'attraperont pas, se réjouit Alice. Je suis sûre que les autres s'en sortiront. Je dois croire en eux. »
Quelques minutes plus tard seulement, la barque elfique du chapelier vint s'échouer sur la rive caillouteuse. De son pas léger, il sautilla hors de l'embarcation et se dirigea droit vers son haut-de-forme, son baluchon sur le dos. Ses yeux s'éclaircirent lorsqu'il reposa sur sa chevelure ébouriffée son éternel couvre-chef, et un sourire vint s'étaler sur son visage pâle. Du bout des doigts, il ramassa la minuscule Alice et la déposa délicatement sur son épaule.
« En route, camarade, en route !
-Savez-vous au moins où vous allez ? Demanda la jeune fille.
-Dans le doute, il faut toujours suivre le thé !
-Je ne suis toujours pas convaincue que cette méthode est fiable. Vous avez sûrement eu de la chance dans la Moria... Oh et puis faites comme bon vous semble. Je ne connais pas le chemin plus que vous, mais réveillez-moi quand nous serons perdus. »
Alice dénicha un repli de tissu douillet et s'y endormit.
À son réveil, la jeune fille trouva le chapelier confortablement assis sur un rocher plat, en train de siroter un thé dans sa tasse rafistolée. Celui-ci remarqua le mouvement sur son épaule et s'empressa de déposer son amie à terre.
« Je vois que vous goûtez sans moi, le taquina Alice. J'espère qu'il me reste une miette de gâteau quelque-part ! »
Les yeux du chapelier s'illuminèrent et il sortit de l'une de ses grandes poches un petit gâteau carré sur lequel une inscription en chocolat disait 'Mangez moi'. La jeune fille sourit à la vue de la pâtisserie.
« Juste une bouchée, je n'ai pas très faim », plaisanta-t-elle.
Elle croqua dans un coin du biscuit et se mit à grandir. Elle retrouva à peu près sa taille d'origine, mais en marchant un peu plus tard aux côtés du chapelier, elle se demanda si elle n'avait pas quelques centimètres en trop.
Dès le premier jour, les deux compagnons avaient pénétré dans un labyrinthe de collines rocheuses. La végétation s'y faisait très rare, et la brume omniprésente empêchait de voir au loin. À l'horizon, une ombre rouge veillait : le Mordor. Alice essayait de ne pas trop le regarder, mais plus elle s'en approchait, plus l'anneau se faisait lourd sur sa poitrine et dans son esprit. Elle était partagée entre l'envie d'en finir au plus vite, et son instinct qui lui criait de fuir en courant. Malheureusement, aucune des deux options n'était à sa portée, car les collines se ressemblaient toutes, et bien vite les deux marcheurs furent complètement perdus. Ils s'apercevaient parfois qu'ils étaient revenus sur leurs pas, sans avoir eut l'impression de tourner. Plusieurs jours passèrent, mais ils ne se rapprochaient pas de leur but. La jeune fille remarqua que le nœud papillon de son ami se flétrissait à vue d'œil, mais aucune idée ne lui venait pour sortir de ce dédale de roches tranchantes. Elle soupira une fois de plus. Elle avait l'impression de ne faire que soupirer ces derniers temps. Pourtant, la situation aurait pu être pire. Ils étaient sains et saufs, libres, et l'ennemi n'avait pas récupéré son arme la plus puissante. Cependant, même ce constat ne lui remonta pas le moral. De dépit, elle s'assit brusquement à l'endroit précis où elle se tenait. Comme si cela ne suffisait pas, quelques grosses gouttes de pluie s'écrasèrent mollement sur sa cape. Alice soupira à nouveau. Qu'avait-elle fait pour mériter un tel fardeau ? Elle était LA Alice, et alors ? N'y avait-il pas d'autre Alice capable de sauver un monde au bord du chaos ?
Elle en était là dans ses revendications quand elle repéra une tache blanche et duveteuse bondir de derrière une pierre quelques pas devant.
« Chapelier ! Appela la jeune fille. Est-ce que vous avez vu ça ?
-Vu ?
-On aurait dit... un lapin blanc ! »
Les souvenirs affluèrent soudain dans son esprit, et elle bondit à la poursuite du petit animal. Elle avait déjà couru une bonne dizaines de mètres lorsqu'elle s'aperçut que son compagnon ne suivait pas.
« Chapelier ! Répéta-t-elle. Nous sommes en retard pour le thé ! »
Alice avait parlé sans réfléchir, mais sa phrase eut l'effet escompté. Le Chapelier se mit à trottiner à sa suite. Les deux rattrapèrent la trace du lapin. Ils le perdaient souvent de vue, mais à chaque fois une empreinte dans la boue, un bruit de graviers sur lesquels on marche, ou un éclair blanc au coin d'un roc les remettaient sur la piste. Il arriva que l'un d'entre eux trébuche sur une pierre, mais ils ne perdaient pas de temps à se lamenter sur les innombrables écorchures qui ornaient désormais leurs genoux et leurs paumes.
La course poursuite dura jusqu'à l'épuisement des deux compagnons. À bout de souffle, la jeune fille s'affala contre un bloc. Son ami ne se fit pas prier et s'assit en tailleur à côté d'elle.
« J'espère... que nous... pourrons... trouver notre... chemin à partir... d'ici », haleta Alice.
Le Chapelier n'eut aucune réaction. Il s'était endormi, une tasse à la main, menaçant de renverser son thé. La jeune fille récupéra la tasse et allongea son camarade aussi confortablement que le sol rocheux le permettait, avant de sombrer elle aussi dans un sommeil profond.
Ce fut un crachin grincheux qui réveilla les dormeurs. Ou peut-être était-ce le regard fixé sur eux depuis le rocher qui les surplombait. Entre deux oreilles blanches comme la neige, deux yeux rouges veillaient sur le repos bienfaiteur des voyageurs. Il ne fallut que quelques secondes à Alice pour les repérer, et encore moins de temps pour bondir sur ses pieds.
« Le lapin ! Hurla-t-elle. Chapelier, debout ! Le lapin est... Dépêchez-vous, il s'en va déjà ! »
Comme la veille, les deux se remirent à courir. La jeune fille se demanda combien de jours encore il leur faudrait pour sortir de ces collines. Elle ne savait pas jusqu'à quand elle pourrait courir ainsi, et surtout elle espérait ne pas se blesser en trébuchant. Cependant, dès la fin de la journée, les reliefs commencèrent à s'aplanir et une herbe bien verte apparut sur les flancs des collines. Le lapin guidait toujours leurs pas, et il les conduisit jusqu'à son terrier, un vaste trou à même le sol.
« Cette situation m'est étrangement familière, marmonna Alice. Je suis désolée mais cette fois ci, je n'ai vraiment pas une seule minute à perdre. Merci pour tout Mac Twisp. »
La jeune fille s'apprêta à se remettre en route quand le sol s'effondra brutalement sous ses pieds. Elle se sentit tomber dans un puits sans fond, et la faible lueur du jour se fit de plus en plus lointaine. Alice se retourna en l'air, et se mit face au vide. Elle évita de justesse une énorme citrouille, slaloma entre des chaises aux pieds brisés, une table basse, une commode dans laquelle trônait fièrement une collection de papillons, ainsi qu'une grande variété de pots de chambres, chandeliers, bouilloires, cruches... Enfin, elle traversa le carrelage de la même salle dans laquelle elle était arrivée lors de son dernier périple à Underland.
« Ils pourraient ranger ce terrier quand même, se plaignit Alice. Quelqu'un finira par s'y blesser ! Bon, maintenant il ne me reste plus qu'à sortir d'ici. Où est la clef ? Ah, la voilà, et la potion est ici aussi. »
La jeune fille s'en sortit beaucoup mieux que la fois précédente. En quelques instants, elle était dehors. Néanmoins, elle ne s'attendait pas à trouver un tel comité d'accueil. Au pied de l'escalier qui menait à la porte, la reine Mirana en personne lui souriait, flanquée des jumeaux Tweedle Dee et Dum. Derrière eux, le lapin blanc essayait en vain de calmer le lièvre de Mars à l'aide de Mally. Un peu plus loin, le Bandersnatch promenait sa silhouette duveteuse entre les fleurs qui s'indignaient à chaque fois que le monstre passait un peu trop près.
« Alice, je te remercie d'avoir répondu à notre appel, déclara la reine blanche de sa douce voix.
-Pour être honnête, je n'ai pas vraiment eu le choix. Figurez-vous que Underland n'est pas ma seule
préoccupation, et le temps m'est compté. Je ne pourrai pas rester ici longtemps.
-Nous avons besoin de toi autant que toi de nous. »
Alice n'insista pas. Elle grimpa sur le bandersnatch et suivit la petite troupe jusqu'au château de Marmoreal.
« Le mal qui s'étend depuis le Mordor est puissant. Les frontières se brouillent, les mondes s'entremêlent. Si personne n'arrête le Seigneur des Ténèbres, Underland finira par s'effacer et disparaître dans le néant. Tu es la seule qui puisse nous sauver.
-Dans ce cas, il me suffit de remplir la mission qui m'a été confiée en Terre du Milieu. Pourquoi m'avoir amenée ici ?
-Ta quête est noble, mais sans aide, tu ne pourras en voir l'issue. Le chemin sur lequel tu marches peut s'écrouler au moindre faux pas. C'est pourquoi nous t'offrons notre aide.
-Et qu'avez vous qui puisse me servir ? »
Mirana lui offrit l'un de ses sourires malicieux, puis elle leva avec moult gestes inutiles l'une de ses fines mains en un signal discret. Mac Twisp apparut de derrière un pilier, portant dans ses mains un rouleau de parchemin.
« Déroulez l'Oracle », ordonna la reine.
D'un petit geste de la patte, le lapin lança l'extrémité du parchemin qui se déroula à travers la salle du trône sous les yeux curieux des courtisans. Une des images montrait Alice et Mirana regardant l'Oracle. Le jeune fille se pencha sur le dessin.
« Le jour Fustigeux. Aujourd'hui est un événement important dans l'histoire d'Underland, expliqua la reine. Nous devons maintenant nous préparer pour le jour Fantacieux. »
Alice leva des yeux interrogateurs vers la souveraine, qui avança de quelques pas le long du parchemin. Celle-ci pointa d'un doigt délicat l'une des images.
« Le jour Fantacieux », annonça-t-elle.
Alice se rapprocha et scruta le dessin. Elle reconnu au premier regard sa chevelure bouclée. Elle était représentée debout au bord d'un gouffre, une longue épée entre les mains. Devant elle, une créature squelettique montrait les dents, serrant ses doigts osseux autour d'un objet que l'on ne pouvait distinguer. Des volutes de fumées traversaient le décor, soufflées par des bourrasques de vent.
« Cette créature, commença Alice, qu'est-ce ?
-C'est quelqu'un qui croisera bientôt ton chemin, bien plus tôt que tu ne le penses.
-Est-elle dangereuse ?
-Elle l'est. Cependant, vos destins sont liés. Ne soit donc pas trop prompte à émettre un jugement. Il se peut que cet être ait un rôle à jouer dans la guerre pour la Terre du Milieu. Rappelle-toi toujours de ne jamais faire couler le sang inutilement. Promets moi de ne jamais blesser quelqu'un si tu peux l'éviter, et de toujours te souvenir que dans cette guerre, ta vie ne tient qu'à un fil, alors respecte là ainsi que celle des autres.
-Je le promets, jura Alice.
-Me voilà rassurée. Tu mérites maintenant de te reposer et de profiter du confort et de la paix de Marmoreal. »
Alice passa la meilleure nuit depuis longtemps. Elle put prendre un long bain, se rouler dans d'épais édredons et des draps de soie, et se réveiller à l'odeur de la brioche fraîchement sortie du four. Elle resta une journée entière à déambuler dans les jardins ensoleillés. Elle avait laissé l'anneau dans un coffret sur sa table de nuit, et une impression de liberté l'avait envahie. Elle ne s'était jamais sentie aussi légère. L'espace de quelques heures, elle oublia la Terre du Milieu et la guerre dans laquelle elle avait été impliquée sans vraiment la comprendre. Des serviteurs appliquèrent des onguents sur ses diverses blessures. Elle avala une bonne douzaine de toniques, potions de guérison, liqueurs de courage et pastilles de chance.
Pourtant, ce bonheur fut de courte durée. Le soleil commençait à peine à faiblir que la jeune fille fut convoquée dans la salle du trône. Mirana l'y attendait dans sa voluptueuse robe blanche. Avec une douceur sans égale, elle prit les mains d'Alice dans les siennes et regarda la jeune fille droit dans les yeux. Un faible sourire étira ses lèvres pourpres.
« Tu as beau être LA Alice, cela ne t'apportera pas la victoire. Accepte ces présents, et fais en bon usage. »
Le lapin blanc remit à Alice un nouveau manteau, dont les nombreuses poches étaient remplies d'un nombre incalculable d'objets en tout genre : quelques fioles de potion Riquiqui, accompagnées d'une boite en fer remplie de biscuits qui faisaient grandir, une paire de gants solides, une outre en peau, des provisions, et même un petit nécessaire à couture.
« Tu devras repartir au plus vite, tout ceci te rendra la route plus facile. Il ne te manque plus qu'une chose. »
Mirana conduisit Alice dans une nef adjacente à la salle du trône. Là, bien en évidence sur un présentoir, se trouvait l'armure de champion que le jeune fille avait porté lors du jour Frabieux, et sur les gants de métal reposait fièrement l'épée Vorpaline.
« Prend-la. Elle t'as attendue tout ce temps, elle est à toi maintenant. »
Alice réprima un soupir et attrapa le manche de l'épée. Les pierres incrustées dans la lame scintillèrent vivement. L'argent qui recouvrait le manche refléta les yeux noisettes de la jeune fille. Elle les ferma un instant, puis les ré-ouvrit, déterminée.
« J'en ferai bon usage, promit-elle. Même si pour cela je dois donner ma vie, je sauverai Underland, la Terre du Milieu, et tous mes amis qui se battent en ce moment pour le salut des races libres.
-Tu as bien changé. Je te laisse partir car je sais qu'ainsi, tu portes notre espoir.
-Je ne vous décevrai pas. »
Alice prit alors congé de Mirana et se retira dans sa chambre. Elle repassa l'anneau sur la chaîne autour de son cou. Elle sentit un tressautement dans son cœur, comme si le métal froid contre sa poitrine avait réussi à ébranler ses convictions et ses promesses.
Heu... suis-je en mesure de dire quoi que ce soit ? Non ? Très bien dans ce cas, je me retire !
En fait non, je voulais juste dire que j'ai décidé de remettre un trou de lapin dans cette histoire, parce que ce serait un peu rébarbatif de suivre exactement la même trame que celle de l'œuvre originale.
Voilà, et joyeux Noël et bonne année !
