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Bonne lecture !

Chapitre 9

Morgan revint dans le hall.

Il se rendit compte seulement qu'il s'était à peine écoulé quatre heures depuis leur petit déjeuner au Bruegger's. Petersen et Andrew s'étaient assis sur les marches de l'escalier et surveillaient les trois autres prisonniers le long des murs. Petersen avait apparemment autorisé Andrew à garder le Beretta. Le corps de l'inspecteur Harris gisait toujours sur les dalles, mais un grand plaid – probablement déniché par l'un des deux preneurs d'otages – le recouvrait entièrement, s'imbibant peu à peu de sang.

– Vos copains ont appelé, s'amusa Petersen en guise de préambule. Ils ont l'air de tenir à vos têtes.

Il désigna de la pointe du couteau le téléphone posé par terre, à ses pieds. Il l'avait sorti du bureau de Janis. Le long fil poussiéreux le reliait encore au secrétariat, et courait sur le sol.

Petersen se releva nonchalamment, presque gracieusement.

– Alors, comment va votre ami ?

– Il va s'en sortir.

Il jeta un coup d'œil aux trois autres otages. Visiblement, Andrew et Petersen ne les avaient pas touchés.

– Janis, dit Morgan, il y a un distributeur quelque part ?

La secrétaire le regarda sans comprendre, puis lui montra du menton un recoin, sous l'escalier. L'étudiant assis à côté d'elle se releva lentement, ne quittant pas des yeux Petersen et Andrew.

– Je commence à avoir faim, dit-il. Quelqu'un a de la monnaie ?

Petersen haussa les épaules.

– Pas besoin, fit Morgan en examinant l'imposant cube de métal devant lui.

Il ôta sa veste, la plaça contre la vitre du distributeur, et d'un geste sûr et précis, en brisa la vitre du coude. Morgan attrapa des sachets de bonbons et les lança à l'étudiant, qui les redistribua. L'agent du BAU en mit quelques-uns dans ses poches – il savait que Reid les adorait. Il fit de même avec des bouteilles d'eau et des jus de fruits.

– Il... il y a du café, fit Janis timidement. Avec une bouilloire. Dans mon bureau. Si vous voulez.

L'agent lui adressa un sourire.

– Merci.

– Moi d'abord, dit Andrew en s'avançant vers la porte de la pièce adjacente.

– Surveille l'agent Morgan pendant qu'il sert tout le monde.

Morgan ne releva pas le ton condescendant de Petersen. Il décida de jouer le jeu. Même si Petersen semblait maître de lui-même, il ne pouvait pas se permettre de le provoquer et de risquer la vie des otages. Impossible aussi de convaincre Andrew de se soulever contre Petersen – celui-ci était un excellent manipulateur, et tenait sa recrue fermement sous son emprise.

Il trouva des tasses et du café lyophilisé amer, mais que Janis et les deux autres semblèrent trouver réconfortant. Dans le fond d'un tiroir du bureau de Janis, Morgan trouva aussi une boîte de soupe en poudre. Andrew ne prit pas la peine de mâcher ses sucreries et les fit passer en engloutissant son café avec force bruits de succion. Petersen but le sien à petites gorgées, sans lâcher son Glock.

– Petersen, vous avez eu ce que vous vouliez, tenta Morgan, Fran a soigné Reid. Laissez-la partir, comme Janis, Lin et Medhi. Ils ne vous sont pas utiles ici et vous gagnerez la confiance de mes coéquipiers, dehors.

Il s'était discrètement renseigné auprès des deux autres otages pour connaître leur identité. Les humaniser aux yeux de Petersen permettrait peut-être de l'attendrir. Du moins, l'espéra-t-il.

Petersen poussa un soupir, entre l'exaspération et le mépris.

– C'est presque mot pour mot ce que m'a dit votre patron... Hotchner, c'est ça ?

Il reposa sa tasse et esquissa un sourire blasé.

– Vous et moi savons comment cela va se terminer. Je n'ai aucune envie de vous faciliter les choses.

C'est alors que la sonnerie stridente retentit. Andrew sursauta.

Petersen attendit la sixième sonnerie avant de décrocher. Il appuya sur la touche du haut-parleur.

– Petersen.

– Ici l'agent Hotchner.

– Ouais. Je me rappelle.

– Les vingt minutes sont écoulées.

– Quel timing, ironisa l'autre.

Morgan fronça les sourcils. Petersen ne rentrait pas dans le vif du sujet, semblant vouloir y amener Hotchner par une sorte de jeu du chat et de la souris. Mais le chef de l'unité du BAU ne s'en laissait pas conter.

– Je veux savoir comment va le docteur Spencer Reid.

– Il va bien. Autant que faire se peut.

– Libérez les otages.

– Pas question.

Janis recommença à pleurer, enfouissant son visage dans ses mains. Lin et Medhi s'efforcèrent de la réconforter.

– Petersen, ce n'est plus le moment de négocier. Laissez les otages sortir.

– Cause toujours. Vous n'oserez pas lancer un assaut si vous risquez leur vie. Je préfère les garder sous le coude.

Morgan comprit que Petersen se servait d'eux comme boucliers humains. Hotchner le savait depuis un moment déjà, et l'agent spécial devina que le premier appel avait été passé pour tester Petersen. Maintenant, il s'agissait d'obtenir une contrepartie. Hotchner allait devoir la jouer finement.

– C'est fini, Petersen.

– De quoi allez-vous m'accuser ? ironisa l'interpellé.

– Vous saviez que l'inspecteur Harris allait vous poser des questions au sujet des disparues de Yale. Vous êtes coincé, Petersen. Nous sommes au courant de votre implication dans cette affaire.

– Vous n'avez pas trouvé les corps.

– Quels corps ?

« Un point pour Hotch », songea Morgan. Il avait poussé Petersen à la faute. Mais il ne sembla pas se formaliser pour autant.

– Allons, ne vous fichez pas de moi. Les disparues de Yale, tout ça…

– D'accord, soupira Hotchner. Vous voulez quoi ?

Morgan retint un sourire – Hotchner créait un leurre, reculant d'un pas pour faire croire à une reddition partielle.

– Oh, trois fois rien, ricana Petersen. La nationalité belge, pour commencer, un compte aux îles Caïman, un hélicoptère sur le toit du bâtiment... et l'immunité.

Petersen ne se laissait pas prendre, visiblement.

– Petersen, vous savez que vous avez des admirateurs. Vous ne pensez pas qu'ils auraient envie de savoir comment vous avez fait pour déjouer un tel complot ? Vous imaginez vos recrues le faire à votre place ?

Soudain, Petersen sembla réfléchir. « Bien joué », pensa Morgan. L'homme était peut-être paranoïaque, mais aussi mégalomane. Ses recrues en étaient la preuve ; il ressentait le besoin d'être apprécié, loué, vénéré pour ses faits. Déjouer un « complot » n'était plus suffisant, il lui fallait partager sa réussite, transmettre ses idées et ses secrets au plus grand nombre. Rossi, J.J., Prentiss et Hotchner avaient dû le comprendre ; ils avaient donc trouvé une marge de négociation. Et la formulation de Hotchner laissait croire à Petersen qu'il avait un allié puissant au sein même du FBI.

Le chef de l'unité du BAU avait abattu tranquillement ses cartes, comme un joueur à la main imparable. Ou plutôt, il était comme un pêcheur ferrant sa proie. Petersen avait mordu à l'hameçon ; il réfléchit un moment, intrigué, intéressé – l'étincelle d'envie dans ses yeux le prouvait assez.

– Je veux un tirage à cent mille exemplaires, dit-il enfin. Pour commencer. Et une interview exclusive à la chaîne de mon choix.

Hotchner resta silencieux quelques secondes, comme s'il demandait son avis à quelqu'un – Morgan savait qu'il n'en faisait rien.

– D'accord.

– Je veux une preuve d'ici une heure. Une promesse signée d'une maison d'édition et une autre d'ABC studios.

– En échange, vous libèrerez les quatre otages.

– Deux. Je ne suis pas fou. Je garde Fran. Mais je vous laisse le macchabée, Harris.

– Très bien. Je vous recontacte dans une heure.

Petersen raccrocha.

– Et moi, dans tout ça ? geignit Andrew.

Son maître lui lança un long regard appuyé.

– Oh, toi... t'as rien fait. Tu seras même pas inquiété.

Andrew soupira d'aise.

– Merci, professeur.

Petersen fouilla dans sa poche et sortit une petite poignée de cure-dents. Il en choisit trois et en brisa un en deux. Puis il tendit les trois brindilles, dans son poing fermé, en direction des otages assis contre le mur.

– Bon. On tire à la courte ?

oOo