Chapitre 9
Les légendes de Sinnoh
La ville de Célestia se trouvait droit devant. Il ne nous restait plus qu'une centaine de mètres à parcourir pour l'atteindre, et je ralentissais la cadence au fur et à mesure qu'on s'en approchait. Ce n'est pas que je ne voulais pas y aller, loin de là, c'est juste… C'est juste que je voulais passer plus de temps avec Dean.
« Regarde, on y est presque ! Tu ne vas pas me dire que tu es fatiguée quand même ? »
Il avait remarqué que je n'avais pas très envie d'avancer, et Dean m'avais prise par la main jusqu'à ce que nous arrivions dans Célestia.
Cette ville était bien loin de tout ce que j'avais pu m'imaginer.
On aurait plus dit un village de montagne. Il n'y avait pas beaucoup de maisons, et mit à part un vendeur et un centre pokémon, il n'y avait rien du tout pour les touristes. Il y avait des ruines, certes, mais elles étaient interdites d'accès. Si nous devions faire une pause ici avant de nous séparer, j'étais vraiment déçue.
Tout semblait calme en cette fin de journée, et pourtant…
A l'autre bout de la ville, des adultes semblaient soucieux et discutaient entre eux. Avec Dean, nous nous sommes rapprochés.
Une vieille dame, nous voyant arriver, vint vers nous et nous adressa la parole.
« Vous êtes des dresseurs en voyage ? »
J'allais dire que non, mais comme d'habitude, c'est Dean qui ouvrit la bouche en premier.
« Oui, je suis sur la route de Vestigion. Est-ce que…
- Je suis désolée de vous apprendre ça, mais la route 211, est fermée. Il y a eut un éboulement au mont Couronné, et le temps de déblayé la route, il y en a pour au moins deux semaines. De lus, la route 206 à l'air d'être dans le même état d'après ce que j'ai pu comprendre. Ce n'est vraiment pas de chance pour vous les jeunes… »
Intérieurement, je jubilais. Si la route 211 était inaccessible, alors Dean et moi devions faire tout un détour. Ce qui impliquait que nous resterions ensemble plus longtemps que prévu.
La nuit allait tomber, et la vieille femme, qui était en fait la doyenne de Célestia, nous invita à nous reposer chez elle. Elle nous laissa une grande chambre pour Dean et moi. Elle était occupée par son fils, nous avait-elle raconté, à l'époque ou il n'était pas parti sur les routes pour la ligue Sinnoh.
Puis elle nous laissa seuls, tout les deux, nous priant, si nous voulions sortir, de ne pas nous éloigner du village et de ne pas entrer dans les ruines.
« Je suis désolée Dean… Tu vas devoir continuer la route avec moi.
- C'est pas de ta faute, t'as pas à être désolée. Mais c'est vrai que ça aurait été plus pratique de pouvoir emprunté cette satanée route 211. On n'aurait pas besoin de faire un énorme détour.
- Un énorme détour ? »
Dean avait sortit sa carte de la région et me la montra.
« Regarde tout le chemin que nous allons devoir faire. Nous allons prendre la direction pour Unionpolis demain. Après… On ira à Charbourg…
- Tu pourras voir tes parents là bas ?
- Oui mais c'est pas la question… Ensuite, vu que la route 206 est aussi inaccessible, il va falloir passer par Féli-Cité, Floraville, et enfin nous arriverons à Vestigion. On en a pour quelques jours, si tout va bien. »
Dean rangea sa carte dans son sac à dos avant de m'inviter à sortir.
« On va faire vite fait le tour de la ville, à moins que tu ne sois trop fatiguée pour venir avec moi Ancolie ?
- Non, ça va ! Arrête de me prendre pour une feignante ! »
Il s'était mit à rire. J'adorais l'entendre rire, ça me faisait du bien, je ne sais pas vraiment pourquoi. Nous avions posés nos sacs et avons prit la direction de la sortie de la maison.
Dehors, la nuit tombait presque. Le ciel était orangé, il ne faisait pas encore frais, mais le soleil ne réchauffait déjà plus le village. C'était un temps vraiment idéal. Ni trop chaud, ni trop froid. Un temps idéal…
Nous nous étions assis sur les escaliers qui se trouvaient face à l'entrée des ruines.
Dean semblait ennuyé, sans doute parce qu'il y avait un « léger » contretemps dans sa conquête de la ligue. J'étais vraiment égoïste d'être heureuse de l'avoir pour moi à cet instant. Je décidais alors, pour lui remonter un tant soit peu le moral, de lui parler des ruines de Célestia.
« Tu sais ce qu'il y a dans ses ruines Dean ?
- Des pokémon ? »
Je ne pu m'empêcher de rire à gorge déployée. Il ne pensait vraiment qu'à ça. Une fois remise de mes émotions, je continuais mon discours.
« Non… Ce ne sont pas des pokémon. En fait, on dit que c'est dans ces ruines qu'un chercheur a trouvé une mystérieuse plaque rouge que l'on appelle plaque feu. A ce qu'il parait, cette plaque aurait été créée en même temps que Sinnoh… Je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, j'ai trouvé que c'était intéressant comme supposition…
- Comment est ce que tu peu savoir tout ça ?
- Je te rappel que mon père est chercheur… J'ai eu très souvent l'occasion de l'entendre parler à ce sujet. Oh, lui aussi voulait voir ces ruines, mais il n'a pas pu à l'époque, il était déjà sur une autre projet… »
En fait, ça me faisait toujours aussi mal au cœur de parler de mon père. Sans m'en rendre compte, j'avais les larmes aux yeux. Dean l'avait remarqué. Il s'était rapproché de moi et m'avait prise dans ses bras. C'était agréable.
« Tu n'es pas obligée de parler de ton père si ça te rend triste à chaque fois…
- Je ne sais pas vraiment si c'est de la tristesse… »
Je n'étais pas triste. Je me sentais juste mal d'en parler, c'est tout. J'essuyais mes larmes, essayant de me reprendre.
« J'aimerai bien pouvoir visiter les ruines… »
Derrière moi, une voix d'homme grincheux s'était fait entendre.
« Je ne sais pas qui t'a mit ces idées idiotes dans la tête ma petite, mais je suis sûr et certain que ce ne sont que des foutaises ! »
Dean et moi nous sommes retournés d'un seul coup. C'était un vieil homme, il marchait avec l'aide d'une canne et me regardait d'un œil noir.
« Des foutaises, vraiment qu'est ce qu'on apprend pas aux jeunes aujourd'hui… »
Je n'avais rien à répondre à ça. Si ça se trouve, c'était vrai. C'était des foutaises. Mais mon père avait l'air d'y croire. Il y croyait vraiment. Je me relevais et sans lancer un seul regard à ceux qui étaient là, je partis en courant m'enfermer dans la chambre chez la doyenne.
Je fondis en larmes en me laissant retomber sur le lit.
La nuit était tombée lorsque Dean vint me rejoindre. J'avais tellement pleuré que mes yeux étaient rouges. Il l'avait remarqué.
« T'occupe pas de ce qu'a dit ce vieux crétin. Moi je te crois… »
Et il me serra à nouveau dans ses bras. C'était apaisant. J'aurais voulut que cet instant dure éternellement. Je voulais rester dans ses bras, je voulais le sentir contre moi, je voulais… Mon cœur battait la chamade, j'ai même cru qu'il allait exploser.
« Est-ce que ça va Ancolie ? Tu es toute rouge. Tu as de la fièvre ? »
Et disant cela, il colla son front contre le mien. Nos visages étaient face à face, et il aurait suffit qu'il s'avance de quelques centimètres pour m'embrasser. J'étais sûre et certaine qu'à cet instant j'étais rouge comme une pivoine. Quand à avoir chaud, oui, j'avais chaud. Mais ce n'était vraiment pas à cause de la fièvre.
« Tu es vraiment chaude, mais pas brûlante. C'est bizarre… »
Non, ce n'est pas bizarre. Tu es en face de moi, à quelques centimètres de mon visage, c'est tout à fait normal. C'est ce que j'aurais voulut lui dire, mais j'étais incapable de prononcer quoi que ce soit à cet instant.
Il posa sa main gauche sur ma joue et la caressa doucement, ce qui me troubla encore plus. Je crois bien que si il me demandait ce qu'il voulait, là, tout de suite, j'aurais été capable de lui obéir.
« Ancolie… »
Qu'est ce que je devais faire bon sang ? M'approcher et l'embrasser ? Reculer et lui dire d'arrêter ce petit jeu ? Je ne savais même plus quoi penser.
Sa main descendit doucement sur mes lèvres. Le bout de ses doigts était doux et chaud. Son visage se rapprocha de plus en plus du mien, et…
« Est-ce que tout vas bien ? »
C'était la doyenne qui était entrée dans la chambre, inquiète. Je ne savais pas ce qui se passait, mais elle venait de nous interrompre. Je soupirais intérieurement en me disant que c'était peut être mieux comme ça.
Complètement sortit de sa rêverie, Dean demanda :
« Qu'est ce qu'il se passe ?
- Ne sortez surtout pas d'ici tout les deux. Il y a quelqu'un qui rôde dans les parages. Et le vieux Mac en a fait les frais… C'est dangereux pour le moment, ne sortez pas de cette maison jusqu'à demain matin.»
Nous acquiescèrent, la regardant refermer la porte et entendant le bruit de ses pas s'éloigner doucement. Dean se releva et s'approcha de la fenêtre, observant ce qui se passait dehors. Je le rejoignis pour découvrir que non loin de la maison, il y avait un corps.
Sans vie.
Nous étions plutôt éloignés, mais je pu reconnaître parfaitement le vieil homme qui m'avais fait pleurer. Et il était vraiment dans un sale état. Je reculais de la fenêtre, m'agrippant au mur pour ne pas tomber. Malheureusement, je me suis pris les pieds dans un tapis et je m'étais rétamé la tête la première sur le sol. Dean m'aida à me relever.
« Ca va ? Pas de bobo ?
- Non je vais bien… Merci Dean… »
Je mentais. Je me sentais vraiment mal. Je ne sais même pas pourquoi. J'avais une odeur de sang qui me prenait les narines, mais j'étais sure et certaine que c'était mon imagination. Il n'y avait pas de sang. Pas une goutte.
Dean s'était à nouveau approcher de moi, inquiet.
« Tu es sûre que ça va ? »
Je lui assurait que oui avant de m'allonger sur le lit, tremblante. Il vint s'asseoir à côté de moi.
« Tu ne devrais pas te mettre dans cet état. Après tout, j'ai envie de dire qu'il n'a eut que ce qu'il méritait… »
Oui, moi aussi j'avais souhaité qu'il lui arrive du mal, mais je ne voulais pas la mort. Pas la mort, pas comme ça… Je sentis la main de Dean sur mes cheveux. Ils les caressaient doucement.
« Tu devrais dormir maintenant… Je serais à côté, dans mon sac de couchage. Si tu as un problème, n'hésite pas à me réveiller… »
J'acquiesçais distraitement, puis je fus emportée par les bras de Morphée.
Le lendemain matin, tout le village ne parlais que de ça : le meurtre du vieil homme grincheux, le meurtre du vieux Mac. Dean et moi avions rangé nos affaires dans nos sacs respectifs et nous apprêtions à partir.
Dans mon esprit, j'avais à nouveau l'image de Dean. Ce visage qu'il avait hier soir en me parlant. Ce baiser que j'attendais fébrilement et qui n'est jamais arrivé. Et ce meurtre horrible qui a tout gâché.
« Tu es prête ? On peu y aller ? »
Je lançais un grand sourire à mon ami. Nous remercions la doyenne avant de reprendre notre route. Cette dernière ne manqua pas de nous mettre en garde : le meurtrier n'avait pas encore été arrêté. Mais moi je savais qu'avec Dean à mes côtés, je n'avais peur de rien ni de personne.
La ville de Célestia s'éloignait, et nous reprenions la route 210, à nouveau. Mais cette fois ci, nous descendions vers le sud, vers Bonville.
J'étais quand même heureuse de ce contretemps qu'avait permis l'éboulement sur les routes 211 et 206 : j'allais avoir Dean pour moi toute seule encore un moment.
