Bleach ne m'appartient pas. Je ne fais que tenter de développer ses personnages et proposer ma propre vision de ce monde et de sa magie.

Par ailleurs, je ne me fait aucun argent avec cette fic.

Et voici le dixième chapitre de Proies. Bonne lecture !

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Chapitre 10 : Geôliers et prisonnier

Shunsui fut parmi les derniers à passer le portail créée par Kurotsuchi avant qu'il n'explose. Il fut soufflé par l'explosion et propulsé à plusieurs mètres de là. En retombant, il sentit qu'une de ses côtes, peut-être deux, cédaient sous le choc. Il resta quelques minutes, pantelant, essayant de reprendre son souffle. Un horrible bourdonnement lui emplissait les oreilles, et il avait du mal à saisir ce qui se passait autour de lui. Les bruits lui arrivaient comme étouffés, et la pièce dansait devant ses yeux.

Finalement, au prix d'un terrible effort de concentration, il réussit à faire le point. La pièce était envahie de fumée et il voyait de nombreux corps gisant ça et là. Jyushiro était assis non loin, soutenu par son vice-capitaine, mais il n'avait pas l'air blessé au grand soulagement de Shunsui.

Quand à lui même, il était adossé à un mur, et Unohana était en train de l'examiner d'un air inquiet en bougeant les lèvres. Il se doutait bien qu'elle lui parlait, mais le bourdonnement l'empêchait de l'entendre. Après une petite minute toutefois, le bourdonnement diminua et il réussit à comprendre ce qu'elle disait.

-Essaie de te concentrer sur ma voix, disait-elle. Si tu m'entends, dis-le, ou cligne des paupières.

Il cligna des paupières, sentant sa bouche trop pâteuse pour émettre un son cohérent.

-Très bien, souffla la capitaine de la quatrième division, avec un soulagement palpable dans la voix.

Il la regarda, inquiété par l'inquiétude qu'elle manifestait, et le remarquant, Unohana repris un ton professionnel.

-Tu a une grave déchirure au cuir chevelu Shunsui. Il n'y a pas d'hémorragie interne, je crois, mais évite de bouger. Ton sens de l'équilibre m'a l'air perturbé. Reste là, je m'occupe de toi dès que je peux.

Le regard de Unohana était triste, et Shunsui sut que l'explosion avait fait des morts. Il essaya de se rappeler le plus exactement possible ce qui c'était passé.

Le combat s'était vite révélé inégal, leur nombre et les capacités des zanpakutos étant infiniment supérieures à la puissance brute des anciens hollows. Cela avait été un soulagement de constater cela. Les armées de la Cour avaient craint d'être confrontées à un adversaire surpuissant, mais elles n'avaient au final rien à craindre. Le nombre aurait raison de ces monstres.

Cependant, cela ne serait valable que tant que les nouveaux hollows seraient inférieures en nombre. S'ils étaient plus nombreux ou puissants, tout pouvait encore changer. Et même avec le nombre de leur côté, les shinigamis avaient aujourd'hui perdus nombre des leurs. Beaucoup trop même, en comparaison au nombre d'ennemis qu'ils avaient réussi à abattre. Il s'en était fallu de peu qu'une partie de leur escouade soit massacrée seulement quelques minutes après leur arrivée au Monde hollow. On avait frôlé la catastrophe.

Mais ils avaient remporté une victoire. Sur la trentaine de nouveaux hollows qu'ils avaient affronté, ils en avaient tué près de la moitié, en comptant la splendide femme aux cheveux blonds qui était tombée de la falaise. Shunsui avait été impressionné par la rage de la femme, et désolé de devoir l'abattre. Par respect, il avait ramassé son arme. Il se demandait ce qu'elle était devenue au moment de l'explosion.

L'explosion... L'escouade shinigami avait été obligée de battre en retraite. Ils avaient perdu trop d'hommes pour tenir encore bien longtemps, et de toute façon, l'échance d'une heure de l'ouverture du portail approchait. Shunsui revoyait Retsu superviser l'évacuation des blessés, Aizen tomber, et le grand hollow brun se précipiter sur lui et Jyushiro. Ils l'avaient vaincu, avaient passé le portail avec lui, tandis qu'il comptait mentalement les minutes qu'il leur restait avant que le portail se détraque. Et tout avait explosé.

Jyushiro s'assit à côté de lui.

-Ça va ?

-A peu près. Ma tête sonne encore et mes côtes me font mal. Mais j'ai vu pire.

-Tu nous a quand même fait une sacré peur. Quand je t'ai vu voler au moment de l'explosion, j'ai vraiment cru que c'en était fini de toi.

-Quel manque de confiance dans mes incroyables capacités Jyushiro, ricana Shunsui avant de grimacer de douleur. Ses côtes lui faisaient vraiment trop mal.

-Il est hors de question que tu meure avant moi mon ami, répondit Jyushiro avec un sérieux mortel. Et maintenant repose-toi et laisse Unohana-san s'occuper de toi. Je dois aller faire mon rapport à Yamamoto.

-Personne d'autre ne peut s'en charger ? Tu as l'air au bout du rouleau.

-Personne, répondit tristement Jyushiro. Tu est hors d'état, Retsu-san est submergée par les blessés, Aizen a été tué et... Kuchiki a eu moins de chance que toi.

Suivant le regard de Jyushiro, Shunsui tourna la tête, un peu trop brutalement. Il ferma les yeux sous la douleur, puis contempla le corps du capitaine de la sixième division. On avait recouvert son corps d'un haori, mais Shunsui voyait combien celui-ci avait été déchiqueté durant l'explosion.

-Il va falloir annoncer au jeune Byakuya qu'il est désormais à la tête du clan. Quelle pitié...

-Oui. Cela ressemble plus à une défaite qu'à une victoire, n'est-ce pas ? Et il va falloir s'en justifier.

Le poids de la tâche sur les épaules de Jyushiro semblait être éreintant pour lui. Shunsui tenta de lui sourire.

-Au moins l'assassin de ta femme a été capturé. C'est déjà ça.

Jyushiro ne répondit même pas. Il se contenta d'un signe de tête empreint de lassitude avant de quitter la pièce.

Le sourire de Shunsui disparut aussitôt. En soupirant, il se radossa au mur, et ferma les yeux, attendant que sa douleur à la tête s'estompe. Il essayait de faire abstraction des gémissements des blessés et des mourants, moins nombreux désormais. La quatrième division avait déjà évacué tous les blessés que l'on pouvait déplacé ou offert une mort rapide aux agonisants. C'était terrible d'entendre pour la première fois en deux cent ans ces cris et gémissements à l'intérieur de l'enceinte du Seireitei. Et cela ramenait à la mémoire du capitaine des souvenirs terribles d'une époque encore plus désespérée qu'aujourd'hui. Quand les hollows parcouraient librement la Soul Society, sans que quiconque puisse les en empêcher. À l'époque où il était devenu shinigami...

-Capitaine ?

Une voix de petite fille le ramena au temps présent et il ouvrit les yeux.

Devant lui se tenait la plus jeune recrue de sa division, la minuscule et adorable Ise Nanao qui jusqu'à il n'y a pas si longtemps - six ans seulement, six ans déjà – suivait Lisa comme un petit chien. Elle n'avait pas grandi d'un pouce durant tout ce temps, et tenait toujours le livre de contes que lui avait donné Lisa. Shunsui s'attendait presque à voir sa chère lieutenant apparaître à côté d'elle. Cela faisait mal.

-Capitaine ? Vous allez bien ?

Même sa petite moue inquiète lui faisait penser à Lisa. Elle lui ressemblait tant... Elles étaient parentes après tout. C'est aussi pour ça que regarder la petite fille lui faisait aussi mal, et qu'il l'évitait la plupart du temps. Il avait l'impression d'avoir trahi Lisa en la laissant participer à cette expérience de Urahara.

Il tenta de lui sourire et de la rassurer.

-Je vais bien. Je me repose juste un petit peu. Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

La petite fille rougit et répondit en bégayant à moitié.

-On m'a dit à la division que vous étiez parti vous battre, et que vous étiez revenu. Mais personne ne me disait si vous étiez mort ou vivant, alors je suis venue. Vous m'en voulez ?

Shunsui fut touché par l'inquiétude enfantine de la petite fille qu'il évitait et ne regardait jamais en face parce qu'elle ressemblait trop à sa cousine. Il se souvint qu'elle était orpheline et eu soudain honte de son comportement vis à vis d'elle. Et Lisa lui en aurait voulu.

-C'est gentil d'être venu, dit-il à l'enfant en lui ébouriffant gentiment les cheveux. Et je ne t'en veux presque pas. Tu aurais juste du te faire accompagner. Mais je suis content que tu sois là Nanao-chan.

La petite fille sourit de plaisir.

-Maintenant que tu est là, tu va te rendre utile, d'accord ? Je veux que tu aille voir la capitaine Unohana et que tu lui demande si je peux repartir. Dis-lui que je n'ai plus mal à la tête. Demande-lui aussi si elle veut que ma division lui envoie du matériel médical ou des hommes pour l'aider.

Nanao hocha la tête avec ravissement, puis courut vers Unohana qui continuait à superviser l'évacuation des derniers blessés. Elle lui adressa la parole en faisant de grands mouvements de bras, et Unohana regarda Shunsui d'un air inquisiteur. Il lui répondit par un sourire ravageur et elle leva les yeux au ciel. Finalement, elle hocha la tête et renvoya Nanao vers lui.

-Elle est d'accord pour que vous rentriez à la division. Mais elle veut que vous fassiez attention et que vous la préveniez au moindre problème, et elle passera vous voir dès qu'elle aura le temps.

Shunsui fut heureux de pouvoir enfin se redresser. La tête lui tournait encore un peu, mais rien qui l'empêche de marcher. Quand à ses côtes, elles étaient très douloureuses, mais moins maintenant qu'il était debout. Et Unohana avait déjà appliqué un sort de kido guérisseur qui lui permettrait au moins de marcher jusqu'à sa division.

La petite Nanao le regarda se lever avec attention, puis le suivit jusqu'à la sortie de la salle où le portail avait été dressé. Au moment de quitter celle-ci, Shunsui vit à terre le sabre de la femme hollow blonde qui était tombée de la falaise et qu'il avait gardé. Après un instant d'hésitation, il le ramassa et le passa à sa ceinture. Il n'avait pas envie que l'arme d'une telle femme, même d'une hollow sanguinaire, finisse comme un vulgaire trophée. Se baisser réveilla son mal de tête, mais il refusa d'y prendre garde.

-Qu'est-ce que c'est ?, demanda Nanao. Je n'ai jamais vu un zanpakuto de cette forme.

-C'est une arme hollow. Et je n'en ai jamais vu de pareille.

C'était vrai. La lame était plus large que celle d'aucun zanpakuto qu'il avait vu au cours des siècles. Mais il était également vide en son milieu, ce qui était surprenant. En fait on aurait dit que l'arme était en état de shikai, ce qui était impossible. Sa maîtresse était morte, et eut elle été seulement inconsciente que l'arme aurait quand même repris sa forme scellée. Au début, Shunsui avait pensé à une arme qu'elle aurait fait forgé sous cette forme, mais au cours de son combat avec la femme hollow, il avait senti une résonance entre la lame et la femme. C'était donc bien une arme spirituelle et non pas un sabre forgé. Une arme mystérieuse donc, pour une femme impressionnante.

Shunsui soupira en se relevant. Il était difficile de voir les hollows comme des ennemis quand ils avaient forme humaine. Mais ils feraient avec. Il quitta la pièce, se forçant à détourner ses pensées de la guerre. Une fois sortit, et hors de vue d'Unohana, il s'accrocha à un mur pour ne pas tomber. La douleur qu'il ressentait à sa tête était décidément trop forte.

-Capitaine ?

-Donne-moi juste une minute Nanao-chan. Je suis simplement un peu fatigué.

-La capitaine Unohana ne veut pas que vous en fassiez trop, rappela la petite fille d'un air sérieux. Elle m'a dit de m'en assurer.

-Ne t'inquiète pas pour moi. Ça va déjà mieux.

Faisant mine de ne pas s'apercevoir de la moue dubitative de Nanao, Shunsui traversa les longs couloirs de la douzième division. En sortant, lui et sa subordonnée découvrirent un rassemblement de shinigami.

-Que se passe-t-il ?, demanda Nanao.

-Ils sont en train de garder le hollow que nous avons capturé. J'imagine que l'on attend une escouade de la deuxième division pour le conduire dans une cellule. Il n'était pas prévu à la base que l'on ramène un prisonnier.

-Oh. Nanao marqua un temps d'hésitation. Je peux le voir ?

Shunsui pesa le pour et le contre. Il comprenait la curiosité de l'enfant, et lui-même se demandait comment réagissait le hollow à sa captivité.

Les gardiens du hollow s'écartèrent devant eux. Au centre, le hollow était assis, enchaîné par des sorts de kido de niveau très élevé. Mais il ne se débattait pas. Il restait simplement assis, les yeux fermés, la tête penchée vers sa poitrine comme s'il dormait. Il était couvert de sang, et vêtu de guenilles, pieds nus et portait les cheveux et la barbe longue, comme s'il n'avait jamais mis la main sur un peigne ou un rasoir. Même s'il était calme, on sentait son immense puissance lui faire comme une aura de gloire. Nanao s'accrocha au hakama de Shunsui et se cacha derrière lui. Le capitaine lui même n'était pas rassuré. Même si le hollow était aussi blessé que lui, voire plus, et désarmé, il doutait de pouvoir le vaincre en combat singulier. S'il tentait de s'échapper...

Le hollow dut le sentir venir, car il ouvrit soudain les yeux et se redressa, toute son attention porté sur Shunsui. Celui-ci ne put s'empêcher de frissonner. Ses yeux brillaient de colère, et de haine. Les seuls sentiments qu'un hollow connaîtrait jamais.

-Toi, fit le hollow d'une voix rauque et profonde. Toi tuer elle. Te tuer, maintenant pour ça.

Devant lui, l'énergie spirituelle se concentra, annonçant l'amorce d'un de ces ceros dévastateurs qu'étaient capable de lancer ces nouveaux hollows. Derrière lui, Shunsui entendit Nanao pousser un petit cri d'effroi, et il commença à paniquer. Il pouvait arrêter le hollow, mais pour cela il lui faudrait sortir son bankai, et risquer de blesser Nanao.

Mais aussi soudainement que le hollow s'était déchaîné, il se calma, et se rassit, comme si rien ne s'était passé. La colère, la haine, semblaient avoir disparu de son aura, faisant place à un profond abattement. Shunsui n'y comprenait rien. Le hollow devait être plus qu'à moitié fou.

-Viens Nanao, finit-il par dire, sans quitter des yeux le hollow qui semblait à nouveau apathique. Rentrons à la division.

Au bord des larmes, la petite fille acquiesça de la tête.

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Son vice-capitaine se tenant silencieusement à ses côtés, Jyushiro avançait à pas lents vers sa division. Il était épuisé, et savait très bien qu'il était temps pour lui de s'arrêter et de se reposer. S'il devait être sincère avec lui même, il reconnaîtrait qu'il désirait même pouvoir abandonner son poste de capitaine. Mais il y avait toujours trop à faire, surtout en ce moment. Prendre sa retraite lui était inimaginable avec toutes les pertes que venaient de subir la Soul Society en quelques années. Et avec les pertes de la journée précédente, il ne pouvait se permettre de songer un seul instant à se reposer.

Ce qui lui faisait penser... Il vérifia autour de lui et constata qu'il n'était pas loin de la sixième division et du domaine de la maison Kuchiki.

-Nous allons faire un petit détour Kaien, annonça-t-il.

-Vous êtes sûr mon capitaine ? Vous n'êtes pas vraiment en état... Vous devez vous reposer immédiatement et vous le savez comme moi.

Le vice-capitaine affichait un air sévère. Jyushiro lui sourit pour le rassurer, en vain. Tous les membres de sa division était bien trop soucieux de sa santé. Il vivait avec cette maladie depuis des centaines d'années, il n'allait pas mourir à l'instant. Pourtant, ses subordonnés continuaient à se conduire comme si cela allait se produire.

C'est pourquoi il ne prit pas garde aux avertissements de Kaien. Il se savait capable de tenir encore quelques heures, et se dirigea d'un pas ferme, mais lent, vers la demeure du clan Kuchiki.

Il y fut accueilli par un intendant à l'air sinistre qui le conduisit immédiatement et silencieusement auprès du jeune Byakuya. Il le retrouva dans un jardin. Le jeune garçon lui tournait le dos et fixait les carpes koi tourner langoureusement dans un bassin d'ornement.

-Bonjour Byakuya, commença le capitaine, hésitant sur la façon d'aborder la conversation.

-Capitaine Ukitake, le salua Byakuya sans se retourner. Venez-vous me présenter vos condoléances ? Vous êtes le premier alors.

-Mes... Tu est donc déjà au courant.

-Oui. Un subordonné de la sixième division est venu nous l'annoncer. Je viens d'intimer l'ordre aux serviteurs de commencer les préparatifs de l'enterrement. Je vous prie donc de m'excuser. Je n'ai que peu de temps à vous consacrer.

Jyushiro fut attristé, si ce n'est étonné, par cette réponse froide et dépourvue d'émotion. Les Kuchiki avaient toujours été une famille cherchant à éradiquer toute trace d'émotion et d'affection dans leurs rangs. Byakuya avait été un enfant plein de vie. Mais l'éducation de son grand-père et la trahison de son amie Yoruichi l'avaient changé. Et maintenant, il se retrouvait avec sur les épaules une bien trop lourde tâche. Mais le Seireitei n'était pas, n'avait jamais été un endroit où l'on pouvait rester enfant très longtemps. Hélas, la guerre contre les hollows forçaient les enfants à devenir adultes bien trop vite. Et ils ne pouvaient rien y faire, sinon continuer à se battre pour que les enfants à naître aient un jour un futur plus heureux. Mais parfois, Jyushiro désespérait de voir ce jour arriver.

Au lieu d'apporter son soutien et sa compassion au jeune homme, comme il aurait voulu pouvoir le faire, il s'adressa à lui comme au shinigami et au noble qu'il était qu'il était.

-Je comprend Byakuya. J'espère que vous pourrez bientôt obtenir le poste de capitaine et diriger à votre tour la sixième division. Si d'ici là vous souhaitez un conseil ou de l'aide, la treizième division est à votre service.

-Je vous remercie capitaine.

Sans plus un mot, Jyushiro quitta la maison Kuchiki, en observant les serviteurs silencieux mettre la maison en habits de deuils.

Byakuya n'avait pas demandé si son grand-père avait souffert, ou s'il avait demandé après lui.

Quelle tristesse, songea-t-il tout en rejoignant sa division.

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Il n'eut guère le temps de s'y reposer. Après quelques heures de sommeil, Jyushiro fut convoqué pour assister au premier interrogatoire du nouvel hollow qu'ils avaient réussi à capturer. Celui-ci était gardé dans une cellule créée sous le Senzaikyu spécialement à l'attention des rares hollows capturés au fil des siècles et qui les privait de leur accès au reiatsu.

Arrivé au Senzaikyu, Jyushiro retrouva un Shunsui en aussi piètre état que lui. Son ami avait l'air proprement cadavérique, et Unohana le scrutait du regard comme s'il allait s'écrouler raide mort d'une seconde à l'autre.

-Et bien Shunsui, pour une fois, je me trouve meilleure mine que toi, lui dit-il en lui serrant le bras.

-A qui le dit-tu ! J'en ai assez de ces regards fixes. J'ai peut-être pris un coup sur la tête mais je ne suis pas mourant ! C'est tout juste s'ils m'ont convoqué pour l'interrogatoire.

-Et bien maintenant, tu sauras ce que je ressent l'essentiel du temps mon ami.

-C'est vrai, se radoucit Shunsui. Je n'ai pas vraiment à me plaindre. Au moins nous sommes vivants. Aizen et Kuchiki n'ont pas eu cette chance.

-Et c'est encore deux lourdes pertes qui seront difficiles à remplacer, soupira Unohana qui s'était rapprochée d'eux. Aizen était un capitaine tellement prometteur ! Il a fait un travail incroyable à la cinquième division après la mort d'Hirako. Et il n'a pas encore pu former un successeur.

-Le jeune Ichimaru sera sans doute à la hauteur d'ici quelques années. Et nous savons tous que Byakuya sera un grand capitaine. Il y a une relève.

-Oui. Mais il faudra une centaine d'années pour que les armées de la Cour retrouvent leur lustre d'antan et recommencent à fonctionner normalement. D'ici là, nous ne pourrons faire grand chose dans notre lutte contre les Hollows. Nous ne pouvons plus perdre d'éléments prometteurs dans des combats perdus d'avance, conclu Jyushiro, qui voyait du coin de l'oeil Yamamoto ordonner d'ouvrir la cellule du prisonnier.

Les capitaines descendirent alors tous dans le Senzaikyu avant que la porte ne se referme. C'était une sensation étrange. Leur reiatsu était comme avalé par les parois de la prison, lentement, mais irrésistiblement. Le hollow, qui était là depuis une dizaine d'heures, ne devait déjà presque plus être capable de sentir leurs flux d'énergie spirituelle, et encore moins de concentrer la sienne.

Le hollow les attendait, assis sur le sol de sa cellule. Il était retenu au sol par de lourdes chaînes et ses bras étaient liés dans son dos. Jyushiro le regarda avec curiosité. C'était la première fois qu'il avait l'occasion de l'examiner de près depuis qu'il savait qu'il était l'assassin de sa femme.

Il portait une barbe de trois jours éparse, et était couvert de bandages. Lui aussi avait souffert de l'explosion de la porte vers le monde Hollow. Ses vêtements étaient en lambeaux, et de mauvaise qualité. C'était du lin grossièrement tissé comme on en trouvait dans les quartiers pauvres du Rukongai. Volés, sans doute.

Même emprisonné, et privé de son reiatsu, le hollow restait impressionnant. Le sang séché sur son visage lui donnait un air barbare et fou, ainsi qu'une étrange beauté. Cependant, alors que Jyushiro s'était attendu à voir un être hurlant de rage,il était calme, presque serein. De ses yeux gris, il contemplait chaque capitaine avec un air froid et déterminé. On aurait dit qu'il les jugeait du regard, comme un homme le ferait.

Le morceau de masque accroché autour de son cou, le trou dans sa poitrine en devenaient presque choquants. Ils rappelaient que ce qu'ils avaient en face d'eux ce n'était pas un homme, mais une bête.

Mais, ne pouvait s'empêcher de se demander Jyushiro, une bête réagirait-elle avec cette tranquillité ? Il ne voulait pas considérer cet assassin hollow comme un homme. Il détourna le regard.

C'était traditionnellement le capitaine de la seconde division qui se chargeait des interrogatoires. La jeune Soi Fong, récemment promue commença donc à questionner le prisonnier.

-Hollow, vous avez été capturé sur le champ de bataille et serez donc traité comme un prisonnier de guerre. Vous serez interrogé, jugé, et exécuté. Ne croyez pas avoir de droits, et n'espérez pas avoir des privilèges. Avez vous des questions ?

Le hollow resta silencieux.

-Êtes vous bien le hollow connu sous le nom de code 8945 ?

Il se contenta de hocher la tête.

-Êtes vous bien le chef des nouveaux hollows que nous avons combattu hier.

-Arrancar, répondit le hollow d'une voix rauque.

-Je vous demande pardon ?

-Nous sommes les Arrancars. Nous avons un nom.

-Qui vous a donné ce nom ? Vous même ?

Mais le hollow s'était à nouveau muré dans le silence. Il observait curieusement chaque visage, comme s'il cherchait quelque chose, comme s'il les étudiais. Jyushiro se souvint que lorsqu'il l'avait vu la première fois, nu au milieu d'une ferme abandonnée, quelque chose l'avait frappé. C'était le regard tout à la fois intelligent et curieux de l'homme – de l'arrancar –, un peu comme le serait celui d'un enfant découvrant le monde.

-Comment avez vous découvert le monde où nous avons trouvé ?

-Le Hueco Mundo. Il a un nom.

-Très bien, le Hueco Mundo. Comment l'avez-vous trouvé ?

L'arrancar ne répondit pas. Sans chercher à approfondir le sujet, Soi Fong posa d'autres questions, auxquelles il ne répondit pas davantage.

-Combien êtes vous d'arrancars ? Où vous êtes vous procuré vos armes et vos vêtements ? Quelle est votre hiérarchie ? Les hollows normaux vous obéissent-ils ? Quelle est la taille du Hueco Mundo ? Combien avez vous de repaires ? Il y-a-t-il des arrancars plus puissants que vous ? Combien un arrancar mange-t-il d'âmes par jour ?

L'arrancar n'ouvrit la bouge que deux fois de plus durant l'interrogatoire. Quand Soi Fong demanda comment ils produisaient leurs boules d'énergie dévastatrice, il dit que cela s'appelait un celo. Et quand Kurotsuchi s'immisça dans l'interrogatoire pour demander s'il y avait une raison à ce que leur peau soit aussi solide, il répondit que cela s'appelait un hierro. C'était étrange cette obsession du mot juste pour désigner un concept. Jyushiro y cherchait un sens, sans y parvenir.

L'interrogatoire dura plusieurs heures, sans que les capitaines n'obtiennent de réponses. Au final, Yamamoto tapa sur le sol avec sa canne.

-Vous refusez d'être coopératif. Soit. Nous vous laissons vingt-quatre heures pour changer d'avis. Sinon, ce sera sous la torture que vous parlerez. Et n'espérez même pas lasser notre patience. Dussions-nous vous interroger durant mille ans, nous obtiendrons nos réponses.

Il se détourna du hollow pour fixer les capitaines.

-Les interrogatoires se déroulerons chaque jour à cette heure-ci. Je veux au moins deux capitaines pour y assister à chaque fois. Arrangez vous entre vous pour cela. Vous pouvez disposer.

Yamamoto se retira, suivi de la plupart des capitaines. Soi Fong avait l'air ulcérée de n'avoir eu aucune réponse. Unohana partit parmi les derniers, et Jyushiro s'apprêtait à se retirer à son tour avec Shunsui. Il n'arrivait pas à détacher son regard de l'arrancar.

Alors qu'ils passaient la porte, celui-ci ouvrit une nouvelle fois la bouche.

-Tia Hallibel, déclara-t-il, et les deux capitaines s'arrêtèrent et se tournèrent vers lui. Elle s'appelait Tia Hallibel, et vous l'avez tuée. Pour ça, je vous tuerai un jour.

-Vous serez mort bien avant d'avoir une occasion de mettre cette menace à exécution, répondit Jyushiro, d'une voix qu'il tenta de garder mesurer. D'ici là, repentez vous de crimes, et priez pour que vos victimes vous pardonnent, si vous le pouvez. A demain, arrancar.

-Coyote Stark, répondit l'arrancar, tandis que la porte se refermait, le laissant dans la plus complète obscurité.

Les deux amis sortirent de la Tour des Regrets, et respirèrent avec soulagement l'air chargé de reiatsu du Seireitei.

-Je ne sais pas à quoi je m'attendait, soupira Jyushiro tandis qu'ils regagnaient leurs divisions respectives. Il a l'air si calme, et peu concerné. Où est le monstre sanguinaire qui a tué ma pauvre Chizue et que je cherche pour le tuer depuis tous ces siècles ? Je me sens... vide Shunsui, si vide.

Une main se posa sur son épaule.

-Il parlera bientôt, et il sera exécuté. Tu te sentira mieux alors, et tu pourra recommencer à vivre, enfin. D'ici deux semaines, un mois au plus, l'assassin de ta femme sera mort.

Aucun d'eux n'aurait alors songé que cent ans plus tard, lorsque quatre jeunes ryoka envahiraient le Seireitei pour sauver une amie, l'arrancar serait toujours enfermé, sans avoir jamais parlé.

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J'espère que ce chapitre vous aura plus ! Avec lui se clos la première partie de Proie. La seconde se déroulera cent ans dans le futur, à peu près au moment des débuts du manga et de l'arc de la Soul Society.

D'ici là, n'hésitez pas à me laisser une review pour me dire si vous avez aimé ou pas ce chapitre, ou me faire part de vos idées sur la suite !