Hello everybody !

Il m'en aura pris du temps, ce chapitre ! ^-^ Mais comment dire ? Je suis actuellement en Terminale alors avec les cours, le bac, les projets d'université...Je peine à me consacrer à l'écriture autant que je le voudrais. C'est pourquoi je ne peux m'engager à publier de manière régulière. Cependant, rassurez-vous : cette fic est loin d'être abandonnée ! J'ai pleins d'idées en tête, et j'espère qu'elles vous plairont ! Place aux réponses maintenant :

Nocturis : Je suis ravie que mon chapitre ait pu te plaire. Il est si rare que je fasse rire ! Concernant le vertige...Oui, je me suis souvent demandée comment s'en sortirait un Assassin (ou un Templier) qui aurait le vertige ! Et oui, j'ai joué (et fini) Rogue :) J'ai adoré. Mais j'ai eu un énorme coup de cœur pour Unity (fini aussi).

Disclaimers : Rien à moi, tout à Ubisoft, exeption faite des personnages d'Elisabeth et d'Edward. Je tiens aussi à souligner que je ne fais l'apologie d'aucune forme de violence, mais les meurtres sont monnaie courante dans la licence d'Assassin's Creed.


Décembre 1788

- Idiot ! Vermine ! Monstre ! C'est de votre faute si Elisabeth est partie ! C'est de votre faute !

Les secondes passent et je ne sais plus à quel Dieu faire appel pour le supplier d'apaiser la colère d'Edward. Ce dernier, rouge comme une pivoine, ne cesse de répéter ces injures et reproches à l'encontre de Shay Cormac qui, secoué comme un prunier, ne trouve rien à répondre. Moi non plus, en faite, je ne trouve rien à répondre. J'étais à de telles milliers de lieux de m'imaginer ces retrouvailles que je n'avais même pas envisagé la manière dont je pourrais les gérer. Or, maintenant, me voilà devant le fait accompli, et je n'ai pas la moindre idée des mots à employer pour calmer la furie d'Edward.

- Espèce de sale rat ! Je vous déteste ! Je...

- Qu'est-ce qui se passe ici ? Eclate à son tour une voix venant de l'entrée du quartier général, derrière moi.

Je reconnais très rapidement cette dernière comme appartement à Olympe de Gouges, ce qui me rassure un tant soit peu. J'imagine que le bruit occasionné par le début de bagarre a dut l'alerter, la faisant sortir de notre maison. C'est à ce moment-là que je réalise l'absence totale de populace autour de nous : une chance que la nuit ait déjà commencé à tomber, ramenant les parisiens dans leur taudis, au lieu de quoi nous eussions été au cœur de la foule et de son enivrement pour la violence. Edward, lui, ne semble en aucun cas se préoccuper de ces considérations : tel un taureau qui vient de voir le drap rouge du toréador, il est fou de rage et impossible à contenir. Tout du moins jusqu'à ce qu'Olympe, en sa qualité de grande diplomate, le tire en arrière par les épaules pour le forcer à se séparer de Cormac.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? Réitère t-elle en haussant le ton, telle une mère réprimandant ses enfants.

Cette fois-ci, la colère d'Edward semble retomber aussi vite qu'elle est montée. Semble, j'ai bien dis. Car je sais que ce n'est que l'accalmie au milieu de la tempête.

- Je viens rechercher la jeune fille ici présente, Elisabeth. Lâche t-il d'un air guindée, me gratifiant une nouvelle fois de son regard noir. Elle a fait une fugue et sa tante...

- Non ! Je crie soudainement, mes jambes tétanisées m'empêchant de prendre la fuite aussitôt.

Troisième regard noir de la part d'Edward. Je sens les larmes me monter aux yeux. Non...C'est impossible ! Je ne veux pas, moi ! Je viens à peine de toucher à mes rêves que l'homme de main de mon Père vient pour tout gâcher ! Non, je ne le permettrai jamais !

-...Sa tante m'a chargé de la retrouver pour la mener en sécurité. Finit l'anglais d'un ton plus froid que la glace.

Je veux crier, hurler, fuir. Mais les choses se passent trop vite pour que j'en ai l'occasion. Sitôt la phrase d'Edward claquant dans l'air frais de décembre, Cormac, retenant le sang qui s'écoule de son nez grâce au dos de sa main, réplique avec un calme olympien :

- La mener en sécurité ? Mais elle l'est, ici. Et puis, Mademoiselle Kenway a fait le choix de rejoindre l'Ordre comme mon apprentie. Ce n'est plus ni à vous, ni à sa tante de décider de son futur.

De nouveau, Olympe doit intervenir pour qu'Edward n'achève pas le nez de Cormac. C'est de nouveau un déferlement d'injures, de cris, tant, que j'en ai mal aux oreilles. Du coin de l'œil, j'aperçois Monsieur Lavoisier qui arrive avec empressement, donnant discrètement un mouchoir à mon mentor pour que celui-ci éponge sa blessure. Puis, il s'approche gentiment de moi et, passant son bras autour de mes épaules dans un geste réconfortant, m'entraine un peu plus loin, en direction de notre quartier général. Mes jambes se mettent alors à trembler, si fort que je crois un instant que je vais défaillir. Mais Monsieur Lavoisier s'en ai rendu compte et, resserrant sa prise sur moi, me mène à l'intérieur, jusqu'à ma chambre.


Les affaires d'Edward, ou plutôt le simple sac qui les constitue, se trouve là. Sur une chaise, près de mon lit. C'est justement sur le susdit lit que mon ami scientifique me fait asseoir avec précaution, tentant d'arborer un gentil sourire pour me faire comprendre qu'il est désolé de la situation. Même si les paroles échangées entre Edward, Olympe et Cormac étaient en anglais, je ne doute pas un instant qu'il en ait compris la teneur. Mais dans l'immédiat, le génie que j'adore semble davantage inquiet pour mon état à moi que pour ce qui est en train de se jouer dehors. Ce que je ne sais pas, c'est que mon visage a perdu tout semblant de couleur ces dernières minutes, prouvant que je suis littéralement au bord de l'évanouissement.

Monsieur Lavoisier pose ses deux mains sur mes épaules et appuie légèrement sur ces dernières. Puis, il me pointe d'une manière volontairement comique son index sous le nez. J'en conclu que cela veut me dire de ne pas bouger. Enfin, je crois. Sur son visage s'étend un grand sourire timide, sourire qui, je l'imagine, est là pour tenter de me réconforter et me faire comprendre que je ne suis pas seule. A cela, je ne peux répondre que par un sourire que je lui renvois, certes mal assuré, mais je ne peux guère faire mieux. Le constatant, le scientifique semble en être rassuré. Il se redresse donc et, après un dernier regard affectueux, s'éclipse de la pièce sans un bruit.

J'attends ainsi, assise sur mon lit, pendant ce qu'il me semble être de longues minutes. J'ignore ce que mon modèle est parti faire -ou chercher- mais le temps commence à me paraître long. En reniflant dans un bruit fort peu élégant, je réalise que mon nez s'est recouvert d'une croute sanguinolente, ce qui m'écœure légèrement. Mon premier réflexe est de porter ma main à ma blessure, mais je me retiens au dernier moment, de peur de me faire mal inutilement. Au lieu de cela, je choisis plutôt de me lever pour aller observer mon reflet dans un des miroirs muraux -oubliant le plus complètement du monde l'ordre de Monsieur Lavoisier-.

L'instant suivant, je me dévisage avec soin dans la glace qui me fait face. J'en profite pour remettre en place deux ou trois petites mèches noires qui, dans la cohue, ont filé de ma queue de cheval d'habitude si bien ordonnée. Je note au passage l'étendue de ma blessure, ainsi que la poussière qui recouvre mon visage fatigué et stressé. Dans toute autre situation, j'aurai tenté de m'arranger un minimum, mais je n'en ai pas le courage aujourd'hui. D'autres problèmes d'une envergure plus importante occupent mon esprit.

Je me détourne donc du miroir avec un soupir las, juste à temps pour qu'un petit détail attire mon attention. Du sac d'Edward, sur le chaise, dépasse ce qui me semble être un morceau de papier. Rien que de très banal, après tout. Cependant, j'ai toujours été d'une insatiable curiosité, et même dans les pires situations, je ne peux m'empêcher de céder à mon penchant naturel. Me convainquant rapidement du fait que personne ne remarquera ma petite impolitesse, je me saisis de la feuille et la déplie en la secouant brièvement.

Mais, lorsque mes yeux se posent sur l'écriture que je ne reconnais que trop bien, le sang se glace dans mes veines. Je suis obligée de m'assoir, si je ne veux pas m'écrouler pour de bon. Fascinée, subjuguée, je reste néanmoins absorbée par ce que je tiens entre les mains, lisant avec avidité cette lettre si inattendue.

Ma très chère Elisabeth, ma petite fille adorée,

Tu n'imagines pas la peur et la tristesse qui me serrent la gorge alors que je t'écris cette misérable lettre. Aurais-je le temps d'y mettre un point final ? Je l'espère. Te parviendra t-elle finalement malgré les voyages et les années ? Je n'ai pas d'autre souhait. Enfin si, peut-être celui de survivre à la soirée qui s'annonce, même si je peine à croire que ce sera le cas. Connor, malgré tout ce que j'ai pu te faire croire, n'est pas qu'une simple aiguille qui me gêne au pied. Il est l'aiguille qui me fera tomber. Crois-moi, ce n'est pas bon cœur que j'en viens à considérer la possibilité de ma mort prochaine, mais la situation présente fait que je n'ai pas d'autre choix.

Quel âge cela te fait-il, maintenant ? Quinze, seize ans ? J'ignore l'instant exact où tu liras cette lettre, je demanderai simplement à Jennifer de te la remettre lorsqu'elle jugera le moment importun et mon enfant suffisamment mûr. Je n'ai pas spécialement hâte que ce jour arrive, car même si je ne serai pas là pour le voir, cela signifiera que tu auras définitivement quitté le monde des enfants pour celui des adultes. Tu seras une grande personne, avec des problèmes de grandes personnes, des rêves, des idéaux...J'ignore si ceux-ci seront encore les mêmes que ceux qui habitaient la petite fille que j'ai connu. En un sens, je l'espère ; tu as toujours été une personne merveilleuse, et il ne peut que me tenir à cœur que tu le demeures.

Le temps passe inéluctablement et je sens mon cœur se serrer à l'idée de te faire cet adieu définitif. Il est d'usage, pour un homme au bord de la mort, d'exprimer ses dernières volontés avant que ne sonne le glas. Bien sûr, je suis bien conscient que tu ne recevras pas cette lettre avant de nombreuses années, mais cela ne change pas grand chose aux derniers désirs qui m'animent.

Le premier de ceux-ci me concerne, en un sens, directement. Sa simple considération me rend passablement malade. Il est simple, si simple, et pourtant douloureusement compliqué à mettre en application, je le crains. Elisabeth, je te prie -que dis-je, je te supplie !- de ne pas m'en vouloir. Je t'aime, ma grande, je t'aime tellement ! Me séparer de toi dans quelques minutes va certainement être le pire moment de ma vie. Soit certaine que si je le pouvais, je choisirais toute autre solution. Mais malheureusement, pour garantir ta sécurité, je dois t'envoyer loin de moi, sans que tu ne reviennes un jour, je le crains. Te mentir à ce dernier sujet risque d'être compliqué pour moi, mon cœur en sera brisé à tout jamais, mais je dois le faire pour que tu acceptes de te mettre à l'abri. Ainsi, n'en veux pas trop à ton pauvre père, car si Connor ne me tuait pas ce soir, ce serait sûrement la tristesse qui s'en chargerait à sa place.

Une autre peur m'étreint les entrailles, c'est celle que tu cherches un jour à te venger. Que tu cherches à répandre sur le sol le sang de mon meurtrier. Car outre que cela salirait tes jolies mains blanches, tu risquerais de t'attirer bien plus de problèmes que de trouver un quelconque remède à ta colère. A ce titre, n'intègre jamais l'Ordre des Templiers. Je ne suis pas sans savoir que je te demande là de renoncer à ton plus grand rêve, mais ce n'est que pour ton plus grand bien. J'ai moi-même écrit une lettre à l'adresse de Jennifer -jointe à celle-ci - dans laquelle je lui demandais de t'empêcher de te lancer dans une telle entreprise. J'espère qu'elle suivra mes recommandations. Je veux que ma fille soit heureuse, qu'elle ait un amoureux et une vie normale, non qu'elle sacrifie son existence à une cause en ma simple mémoire. Mon propre père, moi-même... Rares sont les acteurs du conflit entre assassins et templiers à ne pas mourir tragiquement. Je ne veux pas cela pour toi. Je ne veux que ton bonheur.

Elisabeth, mon cœur, deviens toi-même, et non l'ombre que j'aurai laissé derrière moi. J'espère que tu auras suffisamment de recul et de maturité pour comprendre cela.

L'heure est venue pour moi d'aller te réveiller pour te dire au revoir. Sache que je t'aime, ma chérie, et que je garderai en mes pensées ton nom jusqu'au dernier instant.

Je t'embrasse très fort

Ton père, Haytham Kenway

A l'instant précis, il est impossible de décrire l'océan d'émotions qui me submerge. De là tristesse -oui, une infinie tristesse !- en imaginant mon pauvre Père écrivant cela à l'heure de sa mort, un fort sentiment d'impuissance, une douloureuse sensation de solitude lorsque je réalise que cette lettre est le dernier vestige, les dernières paroles de mon Père bien des années après sa mort. Mais ces sentiments ne sont rien à côté de la colère surhumaine qui m'envahit. J'ai l'impression de m'être faite avoir. Diantre ! Sept ans ! Cela fait sept fichues années que mon cœur ne bat que dans l'objectif de venger la mémoire de mon Père, et voilà que ce dernier me demande de ne pas agir de la sorte ! Mais de quel droit ?! Ce n'est pas lui qui à dû survivre à ma mort, pas lui qui a dû se rebâtir en pays étranger, loin de tout ce qu'il connaissait ! Alors comment peut-il me demander de renoncer à tout ce qui compose ma vie ?!

RRAAAHHH ! D'un geste brutal, je jette le vieux papier abîmé par tant de voyages et me met à faire les cents pas dans la petite chambre. La douleur dans mon nez est devenue comme muette face au déferlement de sentiments qui me torture en ce moment. Désespérée, je prends ma tête entre mes mains, me répétant cette si douloureuse question existentielle :

Qu'est-ce que je vais devenir ?

Edward est venu jusqu'à Paris pour me ramener auprès de ma tante. Si je retourne là-bas, outre que je prendrais la plus grande claque de ma vie, je pourrais aussi dire adieu à mes nouveaux amis templiers. Aussi idiot que cela puisse paraître, j'ai conçu une véritable amitié pour Olympes, Monsieur Lavoisier, et même Cormac. Même si j'aime énormément ma famille anglaise, les quitter serait le plus gros échec de ma vie. Car je sais que ma raison de vivre se trouve ici, quoi qu'en disent Père, Elisabeth ou Edward.

Je me surprends à prier pour que Cormac parvienne à dissuader Edward dans ses projets, même si j'en doute. Ce possible échec me glace le sang, me rend folle d'angoisse et de terreur. Outrepassant les ordres de Monsieur Lavoisier, je pousse finalement le battant de la porte et m'engage dans le couloir. Si je dois quitter ce soir le quartier général de l'Ordre du Temple, je préfère autant le voir une dernière fois.

Déambulant dans les allées aux murs tapissés d'un tissu rouge éclatant, je laisse mon esprit s'apaiser en vagabonder à ses rêveries. Toutes à mes pensées, je songe à tous ceux qui ont dû arpenter ces couloirs depuis leur création : ceux qui sont décédés il y a belle lurette, ceux qui les arpentent encore chaque jour, et ceux qui les traverseront dans plusieurs années. C'est stupide, mais j'envie ces personnes ; eux, au moins, ont eu ce dont ils rêvaient. Oui, c'est cela ! Ces couloirs couleur de sang sont les vestiges d'une époque révolue, et les pierres fondatrices d'une époque à venir. Mais je ne serai pas sur ces tableaux.

C'est l'esprit morne, -mais de nouveau serein-, que je rentre dans notre salle de repos collective, ou ce qu'une famille normale appellerait un salon. C'est ici que j'ai rencontré Monsieur Lavoisier le mois dernier. Actuellement, il n'y a personne dedans, mais un templier a certainement dû oublié quelques affaires à lui sur le bureau en acajou, comme s'il était parti précipitamment. Sûrement Olympes, lorsque les bruits au dehors l'ont alertée.

Comme je n'ai rien de mieux à faire, et que mes yeux larmoyants ont besoin de se poser quelque part, je laisse mon regard balayer le travail de ma supérieure. Immédiatement, un détail attire mon attention. Il s'agit d'un portrait réalisé au crayon noir sur lequel figure un jeune homme d'une petite vingtaine d'années. La première chose que je note est l'arrogance qui semble suer de tous les pores de ce personnage : le menton haut, la tête droite et un fin sourire plein de défi aux lèvres. Ses cheveux d'un noir foncé sont loin de faire de lui un garçon laid, mais il n'empêche qu'il me demeure particulièrement horripilant.

Je me demande qui peut être cet étrange jeune homme. Je ne tarde cependant pas à avoir ma réponse. En retournant le dessin, je trouve quelques mots griffonnés de la main d'Olympes :

" Napoléon Bonaparte, sous-lieutenant du régiment d'artillerie de La Fère. Pion manipulable pour les Assassins. En permission actuellement au 37 rue du Moulin. A éliminer"

Ma possibilité de salue s'impose alors brusquement à mon esprit. Pour rester au sein de l'Ordre et convaincre Edward que ma place se trouve ici, je n'ai qu'à montrer que ma présence est utile, mieux : nécessaire. Et pour cela, quoi de mieux que de remplir ma première mission ?

Car ce soir, je tuerai Napoléon Bonaparte.


Alors que je me faufile au travers des couloirs pour parvenir à la porte de derrière, ce après m'être équipée d'une épée et d'un pistolet, je sens une drôle d'excitation me saisir les entrailles. Pas que j'ai hâte de tuer qui que ce soit, mais je suis fière et pleine d'entrain à l'idée d'accomplir ma toute première mission en solo. Comment vais-je m'y prendre ? Je n'en sais rien. A vrai dire, j'ignore même où se trouve la rue du Moulin. Ca commence bien. Mais loin de me dégonfler pour autant, je me mets à arpenter les rues parisiennes avec un air faussement angélique sur mon visage d'adolescente. Je fais de mon mieux pour le garder, y ajoutant une politesse feinte et un sourire agréable lorsque j'apostrophe un homme d'une cinquantaine d'années à l'allure guindé.

- Bonsoir...Monsieur...Je cherche la rue...Du Moulin. Mon oncle y...Habite.

Mes mots sont très hésitants, et profondément détruits par un fort accent anglais. Mon interlocuteur ne peut que comprendre que je suis une étrangère, mais cela m'importe peu. En l'occurrence, j'ai réussi à me faire comprendre tout en ajoutant malgré moi à la plausibilité de mon mensonge : si je ne suis pas du coin, il devient logique que j'ignore la localisation de la maison de "mon oncle".

Le vieil homme qui me fait face me sourit largement et tend une main abimée à sa droite, comme s'il essayait de chasser les mouches. Avec une certaine lenteur -pour me laisser le temps d'assimiler ce qu'il raconte-, il se met à me détailler la route que je dois emprunter.

- Prenez à droite, puis continuez tout droit jusqu'à voir la Bastille se profiler au loin, sur votre gauche. Puis reprenez à droite dans la petite ruelle que vous observerez, passez le pont en bois qui se dressera face à vous, tournez à gauche à l'intersection suivante et vous devriez être chez votre oncle.

Wah. Je. N'ai. RIEN. Compris. Mais à défaut d'oser le dire à mon guide -ce dernier ayant l'air pressé-, je fais signe que j'ai parfaitement compris et prends congé en un sourire poli. Tant pis, je vais essayer de faire au mieux.

Je tourne donc à gauche d'un pas plein d'entrain.


Lorsque je parviens enfin devant le 37 rue du Moulin, je pousse un profond soupir de fatigue et de soulagement. A en juger par la nuit devenue opaque, je pense qu'il doit être vingt-deux heures passées, dont au moins une heure que j'ai passé à tourner en rond dans ces dédales de rues. En faite, ce n'est qu'en demandant trois fois mon chemin, en tâtonnant un peu à l'aveuglette et en me perdant quatre fois que je suis parvenue dans cette fichue rue. Quelle piteuse templière je fais.

L'immeuble devant lequel je me trouve n'est pas des plus riches, mais il est loin d'être le plus misérable non plus. Haut d'un étage, d'une façade blanche un peu noircie par la saleté, il m'a tout l'air d'une de ces habitations pour les petits bourgeois joufflus. Sauf que si le dessin d'Olympes ne se trompe pas, Napoléon Bonaparte est tout sauf un homme qui a trop forcé sur les pâtisseries. Comme pour m'en assurer, je ressors mon avis de recherche que j'avais fourré dans la poche de mon manteau et le déplie pour y jeter un coup d'œil. Puis, prenant sur moi pour ne pas trop m'attarder sur les yeux de ma victime, je range le papier et commence à élaborer mon plan d'attaque.

J'en suis à me demander s'il vaudrait mieux rentrer par la petite fenêtre que j'aperçois sous les combles ou s'il serait plus efficace de demander directement le sous-lieutenant Bonaparte en prétextant une visite tardive, lorsqu'une jeune fille sort de l'immeuble pour aller nourrir un chien que je n'avais pas remarqué. C'est l'occasion rêvée, peut-être l'unique chance qui se présentera à moi. Alors ni une, ni deux, je m'élance à grands pas vers cette demoiselle tout en me saisissant de mon pistolet.

Bien sûr, je n'ai pas l'intention de tuer cette pauvre innocente -qui doit être à peine plus âgée que moi-. A en juger par ses habits, plus précisément par son tablier blanc et sa robe noire un peu usée, j'en conclus qu'elle doit officier comme servante dans ce bâtiment. Peut-être même est-elle la domestique de Bonaparte !

Je n'ai pas le temps de me poser davantage de question que la crosse de mon pistolet s'écrase violemment sur le crâne de ma camarade. Comme je l'espérais, elle s'écroule telle une poupée de chiffon sans pousser la moindre plainte. Cependant, par soucis de conscience, je m'inquiète tout de même de lui prendre le pouls, et ce pour me rendre compte que l'infortunée est seulement évanouie, et rien de plus grave. Heureusement que personne ne traine plus dans les rues à cette heure-ci. Précipitamment, je traine ma victime dans une ruelle adjacente, et procède à l'échange de nos vêtements. Sa robe, son tablier et sa coiffe que je n'avais pas remarqué précédemment ne me vont pas très bien, mais on va dire qu'il s'agit d'un mal pour un bien. De plus, ce voile noir sur mon visage me permettra de me dissimuler plus facilement.

Et je rentre dans l'immeuble. Comme je le jugeais de l'extérieur, il n'est pas spécialement somptueux. On dirait davantage qu'il a été meublé à la va vite pour un homme qui n'est pas là d'ordinaire. Je me rappelle alors que Napoléon Bonaparte est un gradé en permission. J'ignore ce qui l'a poussé à venir à Paris ces derniers temps, mais ce ne sont pas mes affaires. Je suis accueillie par une femme très âgée apparemment irritée, et je comprends vite pourquoi :

- Dépêche toi Lucie, me lance t-elle avec empressement, Monsieur le sous-lieutenant attend son thé. Tu en as pris du temps avec le chien !

Je ne sais pas trop ce que je suis censée répondre à cette femme -est-elle seulement ma supérieure ?- mais terrifiée à l'idée de me faire surprendre, je baisse timidement la tête et file en rasant les murs. Je sens mon cœur battre douloureusement à mes tempes, celles-ci étant couvertes d'une sueur froide.

Je suis donc effectivement la domestique de Bonaparte. Tant mieux, cela facilitera les choses. Malheureusement, j'ai dû abandonner mon épée dehors, ne pouvant la cacher dans mon déguisement. Il ne me reste donc que mon pistolet, ce qui ne s'annonce pas discret. Cela ne me rassure pas.

Toute penaude, je me saisis d'un plat d'argent qui se trouvait posé sur la table et monte en tremblant les escaliers que je trouve. L'absence totale de porte au rez-de-chaussée me fait penser que "mon patron" doit se trouver à l'étage. Et je n'ai pas tort ! Arrivée en haut, je me trouve immédiatement dans une sorte d'antichambre assez modeste derrière laquelle, il ne fait aucun doute, doit attendre mon homme. Courage Elisabeth, je me murmure en respirant profondément, courage.

En entrant dans ce qui s'avère être une petite chambre assez chaleureuse, la première chose qui m'interpelle est un feu de cheminée crépitant à l'autre bout de la pièce. Seule sa lumière permet d'éclairer l'habitation ce qui, en l'instant présent, joue à mon avantage. Bizarrement, j'ai l'impression de brûler en Enfer tant je sue dans mes vêtements. L'anxiété, je suppose.

A quelques pas de moi se trouve une ombre que je peux à peine distinguer de dos dans le contrejour du feu qu'il regarde. Dans la tension montante, je crois reconnaître une touffe de cheveux noirs, la même que sur mon avis de recherche. La situation est parfaite, tellement parfaite. Je n'aurais qu'à me précipiter sur ma victime pour la tuer tant qu'elle ne me prête pas attention ! Mais pour une raison qui m'échappe, je demeure comme figée, collée au sol, incapable de faire un simple pas.

- C'est vous, Lucie ? Me demande soudain l'ombre en tournant à demi le visage vers moi.

Sa voix est un peu rauque, comme un...Comme un garçon qui muerait. Mais...Ce n'est pas possible. Il ne peut pas être si...

- Lucy, vous êtes sûre que tout va bien ? Me questionne de nouveau le dénommé Bonaparte en se levant de son fauteuil pour faire un pas vers moi.

Ah si, c'est possible. Lorsque mes yeux se pose sur le sous-lieutenant, je réalise que ce dernier est encore un adolescent. Un grand adolescent, de dix-huit ou dix-neuf ans, mais un adolescent tout de même. De plus...Je dois bien reconnaître qu'il est bien loin d'être laid. Le portrait d'Olympes n'était pas affreux, mais n'égalait sûrement par la beauté de la réalité. Grand et mince, son visage pâle -sûrement à cause d'une malade récente- n'altère en rien le charisme inné qui se dégage du personnage, et je dois faire un grand effort sur moi-même pour reculer d'un pas et demeurer dans l'obscurité.

- Cela va parfaitement, Monsieur le sous-lieutenant. Je réponds en bafouillant timidement, alors que ma main dans ma poche sert mon pistolet.

J'ai l'impression que l'on n'entend que mon malheureux accent, mais cela ne doit pas être le cas car à ces mots, Napoléon Bonaparte esquisse un sourire. Son visage s'éclaircit légèrement en une expression presque enfantine. Je vois mal ce jeune homme tuer des soldats sur un champ de bataille. En faite, je le voyais mal commander qui que ce soit, même si l'avenir devait me donner tort.

- Monsieur le sous-lieutenant ? Mais pour qui me prenez-vous, Lucie ? On dirait votre mère lorsque vous me nommez ainsi ! Napoléon, je vous l'ai dit, me convient très bien. Depuis le temps que votre pauvre mère et vous servez ma famille, vous pouvez bien vous permettre cette petite familiarité. Mais vous êtes sûre que vous vous portez bien ? Vous semblez tremblante.

Et pour cause, durant tout le petit monologue de ma future victime, je n'ai eu de cesse de vouloir calmer les tremblements qui saisissaient peu à peu chacun de mes membres. Alors comme ça, la femme au rez-de-chaussée était ma mère ? Et ce Bonaparte, pourquoi se montrer si attentionné à mon égard ? Si seulement il pouvait arrêter ses manières ! Il me complique la vie, là !

- C'est encore la perte de votre père qui vous attriste ? Me demande t-il, le plus compatissant du monde. Je comprends, mais s'il vous plait, ne vous mettez pas dans des états pareils. Ce voile noir, par exemple, va si mal à une demoiselle comme vous. Par pitié, retirons ce...

Et joignant le geste à la parole, mon interlocuteur tend sa main vers moi pour libérer mon visage. Ah ! Faisant brusquement volte-face, je me précipite sur la première table que je trouve pour y déposer le plateau contenant le thé. Puis, perdant mes moyens, je me tourne vers la fenêtre. Je ne veux pas voir Bonaparte, et je ne veux pas qu'il me voit. Il est...Il semble si plein d'intentions, si gentil avec "Lucie" que je peine à demeurer sereine en sentant mon arme contre moi.

- Je...Je suis désolé, je ne voulais pas me montrer incorrect. Tente de se rattraper le soldat, demeurant raide comme un piquet à l'endroit où je l'ai laissé. Soyez convaincue de ma bienséance. Je ne voulais que votre bien.

Je n'ai pas compris la moitié de ce qu'a déblatéré mon interlocuteur, mais le peu que je pense en avoir saisi me faire comprendre qu'il s'agit là d'un homme attentionné, réellement soucieux de l'état dans lequel je semble me trouver. Mais qu'il arrête ! Comment...Comme puis-je tuer un homme qui s'inquiète pour moi ? Et qu'il s'éloigne ! A vouloir me consoler, il va finir par remarquer la supercherie ! A cette idée, je sens une sueur froide couler sur mes tempes et le long de mon dos. Je tente tant bien que mal de répondre ma respiration, avalant de grandes goulées d'aires comme un noyé qui ressort enfin de l'eau. Sauf que moi, je suis encore embourbée dans la boue.

Je suis en train de chercher la force intérieure nécessaire pour dégainer mon pistolet lorsqu'un cri perçant vient déchirer l'atmosphère. Un cri qui signe mon échec.

- Ô secours Monsieur le sous-lieutenant ! Ô secours ! Ma fille, assommée ! Une intrus est entrée !

Pas besoin d'être Molière pour deviner ce que veulent dire ces paroles. Ma "mère" a certainement trouvé Lucie et compris ce que je tramais. Je suis fichue si elle continue de hurler comme ça. Les agents de la Maréchaussée ne vont pas tarder à l'entendre, et mes espoirs de m'enfuir sont des plus minces. Ces pensées traversent mon esprit en une demie-seconde, et je réalise que je suis probablement perdue. Alors...Quitte à ce que tout s'arrête ce soir, autant finir mon travail, accomplir ma mission.

Je me retourne donc paradoxalement avec un certain flegme, tout en dégainant mon arme que je tends en direction de Napoléon Bonaparte.

C'est le moment que choisit la vieille servante pour entrer en panique, le visage livide. Bien sûr, nous trouver, son patron et moi, en une pareille situation n'arrange rien à son angoisse. Ses yeux affolés en témoignent. Mais ce qui m'étonne le plus, c'est l'expression toute à l'opposée de celui que je dois tuer : et pour cause, le sous-lieutenant ne semble témoigner d'aucune frayeur. Certes, ses yeux légèrement écarquillés reflètent et sa surprise, mais je n'y vois nul trace de peur. Au contraire, j'y retrouve l'expression d'arrogance du dessin d'Olympes.

J'ignore combien de temps s'écoule sans que quiconque ne perturbe ce tableau. Moi cherchant la force d'appuyer sur la gâchette, la servante trop abasourdie et terrifiée pour intervenir, et surtout, Bonaparte qui me regarde dans les yeux.

Ce que je ressens actuellement est des plus affreux. Je suis comme hypnotisée par cet homme qui se tient devant moi, comme si le temps était en suspension tant que nous ne rompions pas le contact visuel. Je voudrais d'ailleurs que ce dernier continue à jamais, mais ce n'est pas le cas car...La Maréchaussée ! Je veux me débattre, leur échapper, mais il est trop tard : subjuguée comme je l'étais, je n'ai pas réagi à leur approche. Très vite, je me retrouve maitrisée et jetée sans ménagement dans une calèche fermée.

Je ne réalise que ma situation devient dramatique que lorsque j'aperçois la Bastille au travers des barreaux de ma petite fenêtre.


Voilà pour aujourd'hui ! J'espère vraiment que vous aurez aimé. Je tâcherais d'écrire la suite assez vite, promis. D'ici là, n'hésitez pas à me laissez votre avis concernant ce chapitre mouvementé !

La bise