Chapitre 10 Le calme avant la tempête
Grâce à la carte de Roy, Elizabeth avait pu rejoindre les cours de première année, même si elle arrivait un mois après la rentrée officielle. Elle abandonna son prénom entier pour un diminutif plus facile, brisant tout lien avec son ancienne vie. Les deux seules personnes à l'appeler Elizabeth étaient son père, qui était mort, et celui qu'elle espérait maintenant oublier. Elle n'avait donc plus de raison de garder ce prénom encombrant.
Elle voulait prendre sa vie en main et faisait table rase du passé. Elle se concentrait sur l'avenir et sur ses études, sans plan de carrière très précis, mis à part la réussite.
Par chance, Liza trouva tout de suite ses marques à la caserne de la cité de l'Est. Les études lui avaient toujours convenu. Pour ne pas réfléchir, elle se noya sous le travail, et rattrapa rapidement son mois de retard sur les autres. En plus, pour la première fois de sa vie, elle n'était plus seule en dehors des cours. Elle partageait sa chambre avec deux autres filles, un peu plus âgées qu'elle qui l'encourageaient et la soutenaient, chacune à leur manière. Elle qui avait toujours été méprisée par la gent féminine de son école à cause de ses résultats trop brillants, était maintenant la coqueluche des aspirantes, grâce à ses bonnes notes.
De ses deux camarades de chambre, Liza était surtout proche de la plus âgée, Elaine. C'était une grande fille brune d'une vingtaine d'années, avec les cheveux longs, légèrement ondulés qui s'était spécialisée dans les armes à feu. Elle était en deuxième année et faisait office de référent pour plusieurs entrants.
Dès son premier jour, Elaine la prit sous son aile, se faisant un devoir de bien intégrer cette nouvelle recrue et de compenser le mois qui lui manquait.
Très vite, elle prit l'habitude d'emmener Liza partout où elle allait, et en particulier au stand de tir. Elle découvrit très vite les talents de la jeune recrue, et en profita pour la présenter à son professeur qui accepta de lui donner un accès libre pour l'entraînement dès qu'il remarqua son habileté. Ainsi, Liza apprit à se défouler avec un pistolet et surtout à canaliser ses émotions pour toujours maîtriser son arme.
Rapidement l'élève dépassa son maître et Elaine éprouva une certaine fierté d'avoir découvert le don de cette petite blonde si discrète.
Son autre camarade de chambre, Ania, était plus distante et froide. C'était une fille ambitieuse qui cherchait toujours à être la meilleure. Elle était également en deuxième année, mais n'avait que dix-huit ans. Elle s'intéressait surtout à la stratégie, et passait tout son temps libre à étudier, ne s'intéressant pas tellement à sa jeune camarade de chambrée.
Pourtant, dès que Liza rencontrait une difficulté, elle était là pour l'aider. Elle avait même été la première à lui remonter le moral quand elle sut comment la jeune fille avait choisi l'armée. Elle-même s'était engagée à cause d'un homme, même si c'était pour le fuir, plutôt que pour le rejoindre. Elle apprit beaucoup de choses à sa jeune protégée sur les mâles, et semblait particulièrement bien maîtriser son sujet.
Moins de quinze jours après son arrivée, Liza connaissait tous les recoins de la pensée masculine. Qui se limitait essentiellement à trouver comment mettre une fille dans leur lit, selon Ania. Elaine aussi la conforta dans cette idée, lui racontant plusieurs anecdotes croustillantes de sa propre expérience. Le seul problème venait du fait que dans toutes leurs histoires, les hommes trahissaient leur confiance après avoir obtenu ce qu'ils voulaient, pas avant. Mais Ania partit dans une diatribe éloquente sur l'esprit étriqué du soldat moyen, et lui démontra simplement qu'il préférait aller voir ailleurs, chez une fille qui savait ce qu'elle faisait pour ne pas avoir à assumer les conséquences de ses actes, comme tout bon primate insensible qu'il était.
Ses mots étaient durs, et relativement déplacés, mais pour sa défense, Ania avait d'être une femme absolument superbe qui faisait tourner toutes les têtes. Grande, châtain clair avec de grands yeux bleus et une silhouette parfaite, elle avait tout pour plaire. Mais elle avait aussi les sourcils très hauts qui lui donnaient toujours un air étonné quand on lui parlait, si bien qu'on la prenait souvent pour une idiote. Et elle détestait cela plus que tout au monde.
Plusieurs fois, en rentrant au dortoir, les trois jeunes femmes avaient croisé d'autres étudiants, et presque à chaque rencontre, la belle Ania avait dû subir des remarques déplacées, sur son physique, ou plus simplement sur le fait qu'elle réussissait parce qu'elle était souple et peu farouche. Malgré son visage toujours inexpressif, ses camarades savaient ce qu'elle ressentait. Elaine prenait sa défense de temps à autre, mais la concernée laissait courir, sachant pertinemment qu'il n'y avait rien à faire. Elle avait toujours la même attitude silencieuse et impassible à l'égard des hommes de la caserne. Elle traitait tout le monde par un profond mépris, mais tout en restant inlassablement polie. Ainsi personne ne pouvait lui reprocher quoi que ce soit.
Liza admirait sincèrement sa force de caractère, et choisit de s'en inspirer. Elle devait déjà rester calme et concentrée pour être performante avec un fusil, mais elle comprit qu'elle devait garder cette attitude mesurée en toute occasion et apprit très vite à porter un masque froid elle aussi. En plus, elle n'avait jamais été du genre extravertie, donc ce n'était pas un changement important. Elle se força simplement à maîtriser un peu plus ses émotions pour ne pas se laisser submerger et commettre l'irréparable en se laissant encore guider par des sentiments irrationnels et irréfléchis.
Finalement, même si elle discutait plus avec Elaine à cause de sa nature plus ouverte et plus chaleureuse, elle ressemblait nettement plus à Ania et les deux adolescentes se comprenaient parfaitement, sans même se parler.
Les mois passaient tranquillement, et Liza s'appliquait à devenir le parfait petit soldat, oubliant petit à petit qu'il y avait une vie en dehors de la caserne. Elle faisait la fierté de ses camarades, en étant toujours parmi les meilleurs et Elaine se vantait à qui voulait l'entendre d'avoir été la première à fournir une arme à la nouvelle star des tireurs.
Ania, n'aimant pas rester à l'écart, décida elle aussi de développer les talents de la petite blonde. Elle avait repéré sa nature silencieuse et discrète et pensait pouvoir lui apprendre les rudiments de l'espionnage.
Comme elle l'avait espéré, sa protégée se révéla très brillante. Sans utiliser les grandes armes de la séduction comme elle le faisait, Liza savait faire parler les gens, et surtout les écouter. Elle était aussi très douée pour les codes, aussi bien pour les créer que pour les décrypter ce qui pouvait être très utile pour faire passer des informations discrètement.
En moins de quatre mois, Liza avait acquis un savoir militaire nettement au-dessus de la moyenne, grâce en bonne partie à ses deux camarades. Elle pensait avoir trouvé sa voie et ne se souciait plus de sa vie d'avant ni des raisons de son engagement. Elle était heureuse et même si au fond, quelque chose lui manquait, elle refusait de l'admettre.
Pourtant un soir, au début de l'été, Ania revint avec un journal, acheté lors d'une permission. En couverture se trouvait un visage que la blonde connaissait bien. Posant au milieu d'autres officiers de l'armée et de quelques gaillards en costumes, se tenait Roy Mustang, une montre en argent à la main.
Le résultat de la nouvelle session de recrutement des alchimistes d'état venait de tomber, et bien sûr, il avait réussi.
Devant l'image froissée, Liza ne put retenir un sourire triste. Malgré ce que ses amies lui avaient dit, elle ne pouvait s'empêcher de croire qu'il y avait autre chose. Elle lui en voulait de l'avoir trompée, surtout si vite ; mais il devait avoir une raison. S'il avait simplement voulu profiter d'elle, il l'aurait fait et n'aurait pris autant de précaution. La seule explication qu'elle trouvait était simplement qu'il ne l'aimait pas et qu'il n'avait fait tout ça que pour obtenir sa confiance et les secrets de son père. Mais pourquoi alors avoir voulu l'épouser ? Elle n'en demandait pas tant…
Ania remarqua tout de suite le changement d'attitude de sa compagne de chambre, mais évita de poser des questions. Elle connaissait la réputation de Mustang, qui en moins d'un an à l'académie de l'Est avait fait suffisamment de ravage pour rentrer dans les annales de l'armée. De plus, elle avait eu de bonnes relations avec Hughes, jusqu'à son départ en stage pratique, et savait que le jeune alchimiste continuait d'être un coureur invétéré. Alors plutôt que de la consoler avec des banalités, Ania choisit de l'aider à dépasser ses souffrances. Elle passa plusieurs nuits à lui apprendre comment se venger des hommes, à les utiliser en jouant de ses charmes, et surtout à se forger une carapace inviolable à l'aide de règles de vie très strictes qu'elle résuma ainsi :
« L'amour et l'armée ne font pas bon ménage. Tout ce que tu fais avec un soldat doit rester discret et ne jamais s'ébruiter. Ta carrière doit toujours passer en premier dans cette profession. Et les sentiments ne sortent pas de la chambre. Pas la peine de les exprimer, s'il n'est pas capable de les comprendre par les actes, il n'en vaut pas la peine et il risquerait de les utiliser contre toi. En contre partie, tu peux faire ce que tu veux avec qui tu veux, du moment que tu es prête à assumer. »
Elle avait un sourire ironique qui lui allait bien et Liza comprit que toutes les rumeurs à son sujet n'étaient peut-être pas sans fondement. Elle ne couchait pas pour réussir, mais elle n'était certainement pas farouche. La suite le lui confirma quand Ania passa aux explications anatomiques.
A la fin de sa première année, la gentille et innocente Liza était devenue un vrai soldat efficace avec une connaissance très poussée sur bien des sujets, mais aussi une jeune fille beaucoup plus consciente de la réalité du monde, en particulier dans le domaine amoureux.
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Comme prévu, Roy n'eut aucune difficulté avec l'examen d'alchimiste d'état. La partie théorique ne lui posa aucun problème, quant à la pratique, il étonna tout le jury par sa technique. Il avait eu un bon mois de plus de s'entraîner après l'épreuve écrite et avait eu largement le temps d'améliorer sa maîtrise du feu.
L'alchimie de flamme n'était pas très répandue, et le fait qu'il utilise un simple gant pour faire jaillir l'étincelle lui permettant de créer ses boules de feu impressionna nettement les hauts-gradés.
En plus de sa licence, il obtint immédiatement un poste directement au Quartier Général de Centrale, au sein d'une des plus prestigieuses équipes de recherches où il put nouer de nombreux contacts. Il n'essaya de pas de rejoindre l'académie de l'Est, ne sachant comment affronter Elizabeth. Il n'était même pas sûr qu'elle veuille encore le voir, alors comment lui expliquer que toute cette histoire n'était qu'un horrible mal-entendu ?
Maintenant qu'elle avait intégré l'armée, il serait beaucoup plus délicat de lui parler. Il devait la protéger à tout prix, et pour cela, il fallait l'ignorer. Si les hauts-gradés apprenaient les secrets qu'elle détenait, elle se verrait obliger d'en faire profiter tous les prétendants alchimistes et il s'y refusait.
Non seulement il détestait l'idée qu'elle partageât les recherches de son père avec quelqu'un d'autre, mais il ne supportait de l'imaginer à moitié nue devant un autre.
Depuis qu'il était séparé d'elle, il était devenu jaloux et encore plus possessif. Il avait bien de ses nouvelles de temps à autre grâce à un de ses anciens professeurs, mais il n'avait aucune information sur sa vie privée. Tout ce qu'il savait c'était qu'elle était une élève brillante et appliquée et qu'elle faisait l'admiration de ses camarades. Elle réussissait particulièrement bien dans le domaine des armes et de la stratégie, ce qui ne l'étonna guère. Elle était discrète et attentive, avec un esprit aiguisé et vif. Quoi de plus normal qu'elle devint un excellent soldat ?
Mais cette pensée n'était pas pour le réjouir. Il aurait préféré qu'elle soit incompétente et lâche pour qu'ils la renvoient et qu'elle retourne à la vie civile, où il aurait pu la retrouver.
A la fin de sa première année, il apprit qu'elle s'était orientée vers une formation de sniper. D'un coté, il était fier qu'elle rejoigne une des classes les plus sélectives, d'un autre, il savait que c'était un domaine typiquement masculin et craignait de la perdre définitivement au profit d'un autre.
Depuis qu'il s'était fait surprendre avec cette fille, même s'il n'était pas réellement en faute, il était devenu plus prudent. Il continuait à sortir et à flirter, mais s'impliquait beaucoup moins. Il la voulait elle, et personne d'autre et était convaincu qu'il était fait l'un pour l'autre. Et au fond, il espérait qu'elle ressentait la même chose.
Il essaya plusieurs fois d'obtenir des informations sur sa vie personnelles, mais le professeur qui lui donnait des nouvelles ne s'occupait malheureusement pas de sa section et comme Roy ne voulait pas avoir l'air de s'impliquer de trop près dans sa vie, il évita de trop poser de questions. Le début de l'année coïncida avec l'arrivée de Maes à Centrale. Il venait de finir sa formation et avait lui aussi été affecté au Quartier Général de Centrale. Il ne travaillait pas dans le même département, mais les deux amis pouvaient tout de même se voir régulièrement. Ils laissèrent derrière eux leurs petits trafics d'étudiants et se concentraient sur l'avenir, rêvant d'améliorer les choses, chacun à leur manière.
Pourtant, ils n'eurent pas longtemps pour profiter de leurs nouvelles résolutions. La guerre dans l'Est s'enlisait et la plupart de ses comparses étaient été envoyés en renfort à la frontière, et Hughes ne fit pas exception. Quelques mois plus tard, la décision d'envoyer les alchimistes d'Etat fut prise, et Roy se retrouva lui-aussi dans un convoi pour rejoindre le front. A peine plus d'un an après avoir obtenu sa licence, il allait découvrir pourquoi on appelait les alchimistes les chiens de l'armée.
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En deuxième année, Liza s'épanouie encore plus. La formation de sniper lui correspondait à merveille. De la précision et de la discrétion. Deux domaines dans lesquels elle excellait naturellement.
Sa classe était une de plus petite de l'académie, puisque les cours y étaient très exigeants et rigoureux, mais l'ambiance était légère et elle se lia facilement avec tous ses camarades. Elaine et Ania la quittèrent au milieu de premier semestre pour passer leurs épreuves pratiques, mais elle n'eut pas le temps de se sentir seule puisqu'elle était maintenant bien entourée par ses collègues apprentis snipers.
Ses soirs de permission, elle sortait avec les autres, et pensa plus d'une fois à mettre en pratique les conseils d'Ania. Les hommes de la caserne la respectaient et n'étaient pas trop entreprenants, mais il était clair que si elle voulait, elle aurait trouvé de quoi s'amuser. Elle flirtait de temps à temps avec le serveur, mais évitait toute relation avec un autre soldat. Elle n'était pas prête à s'engager dans quoi que ce soit, et savait qu'elle n'assumerait une aventure d'un soir avec un militaire qu'elle reverrait tous les jours. Pourtant, elle en avait assez de sa position de petite fille innocente et sage. Plus les mois passaient, plus le fardeau devenait lourd à porter. Elle n'avait plus de raison d'attendre, mais personne n'éveillait en elle le même intérêt que l'étudiant de son père. Elle avait beau être convaincue qu'il était passé à autre chose, elle n'arrivait pas à dépasser ses sentiments. Il était le seul à être capable de susciter un tel mélange de sentiments. De l'amusement, de l'admiration, de la douceur, de l'agacement parfois, et toujours cette attirance, ce besoin d'être près de lui, de le toucher. Aucun autre de ses amis ne déclenchait ce genre d'envie. Pas d'électricité quand on lui prenait la main, pas de chaleur quand on l'embrassait, pas de frisson quand on la caressait.
Alors elle se contentait de sourire aux propositions du sexe opposé et comme le lui avait appris Ania, elle gardait ses distances.
Sur le plan militaire, par contre, elle appliquait les préceptes d'Elaine. Elle profitait de son accès libre au stand de tir pour diversifier ses talents, apprenant à maîtriser aussi bien le fusil à lunette que le pistolet automatique. Avec son nom prédestiné, elle se forgea une sacrée réputation de tireuse au sein de l'académie, et même au-delà. Et ce ne fut pas une surprise quand au début de sa troisième année on lui apprit qu'elle serait envoyée directement à Ishbal. Le conflit n'en finissait pas malgré l'intervention des alchimistes d'Etat. Les rebelles Ishbals étaient toujours plus nombreux et l'armée avait besoin de toutes les forces disponibles.
Avec ses talents de tireuse, il était logique que Liza soit transférée là-bas pour finir sa formation.
Et voilà, comme promis, le dernier chapitre avant mes vacances. Je ne sais pas s'il est vraiment d'un grand intérêt, mais je voulais tout de même raconter un peu les années de Liza à l'académie. C'était succin, mais d'un autre coté, il ne se passe pas grand chose. Elle se fait quelques amis, qu'on retrouvera par la suite et surtout, elle se forge son caractère posé et réservé. Enfin encore plus qu'avant.
Je ne détaille pas tellement ses sentiments sur Roy, parce qu'en fait, elle reste surtout sur son idée qu'il l'a trompée. Elle lui en veut, mais n'est pas capable de lui trouver de remplaçant. J'ai beaucoup hésité sur cette dernière partie. Mais je crois qu'une fille de dix-sept ans ne coucherait pas avec le premier venu, même par dépit. Enfin, moi je l'aurai pas fait...
Enfin, pour Roy, pas grand chose à dire. Je n'ai aucune idée de ce qu'il a pu faire entre le moment où il a sa licence et celui où il est envoyé à Ishbal. Mais je crois qu'il est alors un bon petit soldat travaillant pour la grandeur de son pays. Donc j'ai pas trop détaillé...
Bon pour la suite je ferai de mon mieux en rentrant de vacances, je sais pas quand ce sera, mais j'essayerai de pas trop tarder.
A bientôt donc, et merci encore pour les coms : )
