Chapitre Huit : L'enterrement.

J'ouvris les yeux dans une chambre habituellement réservée aux invités. Je tentai de me relever, mais une main m'en empêcha doucement et me repoussa dans mon lit. Je regardai vivement de qui il s'agissait. Neiji. Il était assis à côté de moi, sur une chaise en bois auburn. Mes yeux balayèrent rapidement la pièce autour de moi. Itachi, Lady Tsunade, Lady Kushina. Ils semblaient tous attristés et désolés. Je me redressai sur mes coudes, et attendit que quelqu'un parlât. Je ne savais absolument pas quoi dire ou que faire. Finalement, ce fut Lady Kushina qui se lança. Elle parlait d'une voix emplie de peine.

_ Je suis désolée pour votre père, Lady Moon. Je... C'était un homme bien. Il ne méritait pas de partir comme cela.

_ Combien de temps suis-je restée inconsciente ? Murmurai-je.

_ Deux jours, ma Lady... L'enterrement de votre défunt père aura lieu dans trois jours, lorsque les délégations étrangères seront là. Nos alliés ont tenu à vous exprimer leur compassion... répondit Lady Kushina.

_ Que va-t-il arriver à Sasuke ? Demandai-je soudainement.

_ Il sera jugé pour meurtre et diffamation, intervint Lady Tsunade.

Je hochai la tête. Du moment qu'il mourrait, j'étais satisfaite. Sasuke avait signé son arrêt de mort au moment où il avait trahi son Royaume natal. En tant que nouvel Assassin Royal et Conseillère, j'allais m'assurer de sa mort. Si la cour ne le condamnait pas à mort, je m'en chargerais moi-même. Je lui trancherais la gorge, et je le regarderais agoniser avec un grand sourire. Sasuke Uchiha était condamné à mourir de ma main. Ce fût avec cette certitude en tête que je posai machinalement une main sur mon ventre. Il était vide. Pourquoi ne pouvais-je plus sentir le chakra de mon enfant ? Pourquoi n'étais-je plus malade ? Lady Tsunade avait-elle trouvé un moyen de sceller temporairement son chakra pour apaiser mes souffrances ? Je levai la tête vers elle, et m'apprêtais à lui demander ce qu'elle avait fait à mon bébé quand je remarquai leurs visages baissés et leurs yeux détournés. Ils n'osaient plus me regarder. Y avait-il quelque chose qui n'allait pas ?

_ Lady Tsunade ? Qu'y a-t-il ?

Elle serra les poings et leva lentement les yeux vers moi. Ils étaient pleins de larmes. Un frisson parcourut mon échine. Au fond de moi, une petite voix me susurrait lentement ce qui n'allait pas avec moi. Mais je ne voulais pas l'entendre. Je ne voulais pas l'accepter. Cela ne pouvait pas être ainsi, il y avait forcément une autre explication. Autre chose. Je n'en voulais pas, de cela. J'aimais mon enfant. Il aurait une vie étrange, avec moi. Je lui apprendrais à cacher son Byakugan, je ferais de lui un Assassin Royal digne de ce nom, craint et respecté. Oh, Erin, pas cela, pitié, suppliai-je en silence.

_ Pas cela, pitié, répétai-je à voix haute.

_ Je suis désolée... J'ai tout fait pour le sauver... Mais l'embryon rejetait mon chakra... Il ne me laissait pas l'aider... Le choc de la mort de votre père a emballé votre chakra qui a attaqué tout ce qui passait à porté... Lorsque l'on s'est approché, vous dégagiez de puissantes ondes de chakra pur. Ce n'est pas très rare chez les gens qui s'évanouissent et qui ne maîtrisent pas leur chakra mais... C'est suffisant pour tuer un bébé... Surtout à une lune de grossesse...

_ J-Je dois aller voir l'Hokage, balbutiai-je.

_ Non, vous devez vous reposer, répondit Lady Tsunade.

_ Laissez-moi au moins aller sur le balcon, suppliai-je.

_ Très bien. Mais Itachi-san veillera sur vous.

Je ne ressentais rien. J'étais vide. Totalement vide. Je ne répondis pas à Lady Tsunade et pris la fiole de sable. Gaara. Je n'avais plus que lui. Il n'y avait plus que lui qui connaissait et aimait réellement Hinata. Les autres aimaient Lady Moon, une façade. Je me levai péniblement et me dirigeai lentement vers la fenêtre. Personne ne me retint. Je l'ouvris et m'avançai sur le balcon. Un vent chaud soufflait et s'engouffrait dans mes cheveux. Il brûlait doucement mon cou et mon visage. Un sourire se dessina sur mes lèvres, malgré mes larmes silencieuses. Gaara sentait comme cela. Le genre de vent qui vous brûle mais peut vous réchauffer dans les instants les plus froids de votre existence. Un vent brûlant, tourbillonnant, qui vous déchiquettera si vous ne vous y prenez pas de la bonne façon. Pour cela, il suffit de voir comme il réagit lorsque des personnes l'approchent. Il se braque, croise les bras et parle très peu, uniquement lorsque c'est absolument nécessaire. Est-ce qu'Erin m'envoyait ce vent pour me consoler ? En tout cas, il me fit sourire. Je n'avais pas tout perdu. Perdu dans le désert vivait quelqu'un qui m'aimait et à qui je pouvais envoyer une lettre lorsque bon me semblait. Quelqu'un vint s'adosser au rebord du balcon, à côté de moi. Il s'agissait d'Itachi. Je jetai un coup d'œil derrière moi. Lady Tsunade, Lady Kushina et Neiji étaient tous partis.

_ Je ne suis pas très doué pour consoler les gens, je n'ai jamais expérimenté une perte pareille mais sachez que je suis vraiment désolé pour tout ce qui vous est arrivée, ma Lady. Je... Ce n'est pas juste ! Abusée, insultée, orpheline, mère sans enfant, c'est totalement injuste ! Des fois, je ne comprends pas Erin. Pourquoi vous inflige-t-elle cela ? Grommela-t-il à la fin.

J'étais surprise. C'était la première fois que je voyais Itachi se comporter de manière aussi normale, aussi vraie. Il n'était plus l'héritier parfait, mais un garde royal qui, pour la première, exprimait ses expressions telles qu'elles étaient et non pas telles qu'elles devaient être. Il abaissait son masque pour la première fois.

_ J'irai bien, Itachi-san. Tout finit toujours par aller mieux, n'est-ce pas ? Souris-je.

_ Je n'en doute pas, mais vous ne méritez pas cela. Vous méritez tout l'or du monde. Tous les joyaux, toutes les perles, tous les trésors. Je... Savez-vous pourquoi j'ai renoncé à mon titre, pourquoi je suis devenu un garde royal ?

_ Pour protéger l'Hokage et Lady Hanabi, vous l'avez dit vous-même, répondis-je du tac au tac, sûre de moi.

_ Oui, en partie. Mais il n'y pas seulement eux que je désire protéger. Il y a vous, ajouta-t-il en plantant son regard dans le mien. Je veux m'assurer de votre sécurité. Je veux m'assurer que chaque jour, vous puissiez vivre sans regarder par-dessus votre épaule. Que chaque nuit, vous puissiez dormir sur vos deux oreilles. Je veux chasser les monstres qui hantent vos rêves. Je veux être votre protecteur. Considérez mon épée comme votre épée, ajouta-t-il.

Je ne savais pas quoi dire. Que pouvais-je répondre à cela ? Itachi venait presque de me demander de l'accepter comme un chevalier à mon service. C'était flatteur, mais aussi très embarrassant et inattendu. Alors que j'ouvrais la bouche pour parler, même si je ne savais pas moi-même ce que j'allais dire, il prit les devants et caressa ma fiole de sable qui pendait le long de mon cou. Ses yeux étaient soudainement mélancolique et triste.

_ Mais vous avez déjà un chevalier, n'est-ce pas ? Même s'il vit dans le désert, je ne doute pas que Gaara-san serait prêt à vous secourir, quoiqu'il puisse vous arriver. Lorsque Zabuza vous a agressée, je pensais que la personne la plus furieuse ayant marché sur cette terre était moi. Jusqu'à ce que je croise son regard. Il était prêt à lui infliger mille souffrances, il voulait le réduire en lambeaux de chair. Il voulait qu'il ne reste rien de Zabuza à ce moment. Ses yeux luisaient d'une folie furieuse et meurtrière. Le pire fut lorsqu'il était à vos côtés. Mon cœur s'est réduit en miettes quand j'ai vu ses yeux se poser sur vous. Jamais quelqu'un ne vous aimera à ce point. Même moi, malgré toute l'affection que je vous porte, suis dérisoire à côté de lui. Et au vu de votre comportement, vous blottir contre lui comme s'il était le seul refuge en ce monde, m'indique que vous l'aimez également.

Cela réduit ma capacité à parler à néant. J'étais incapable de prononcer le moindre mot. Comment répondre à cela ? Il venait de se déclarer à moi ! Je restai immobile, attendant la suite. Allait-il me révéler autre chose ? Allais-je encore subir quelque chose ? Je lui en voulais. Pourquoi m'avoir imposé son amour ? Pourquoi ne pas me laisser en paix ? Ne pouvait-il pas attendre que mon deuil soit terminé ? Ne pouvait-il pas me laisser pleurer mon père et mon enfant ? Pourquoi personne ne me laissait en paix ? Que devais-je encore endurer avant de connaître la paix ? Je désirais lui jeter ma colère et mes reproches à la figure, mais je ne le pus. Comment aurais-je pu lui faire ça ? Comment reprocher quoi que ce soit à ces grands yeux pleins de bonté et ce magnifique et doux sourire ?

_ J'espère qu'il vous apportera le réconfort que vous désirez. Mais si un jour vous désirez vous marier, je vous conduirais à l'autel d'Erin et je prononcerai mes vœux. Je vais vous laisser vous reposer, à présent. Je serai devant la porte, n'hésitez pas à m'appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Sur ce, il tourna les talons et quitta la pièce. Je restai immobile, paralysée par ses paroles. J'étais choquée par tout cela. Pourquoi maintenant ? J'avais l'impression de flotter, rien ne me semblait réel. Tout tournait lentement autour de moi. Le vent tourbillonnait toujours autour de moi. Il avait forci, et tournoyait férocement autour de mon être. Cela me fit penser à Gaara. Un léger sourire m'éclaircit le visage tandis que je caressai la fiole de sable. Même si notre bébé n'était plus là, je l'avais toujours. J'avais toujours Gaara. De plus, d'une certaine manière, c'était mieux pour l'enfant. Né d'une union interdite, pensant que son père est un monstre et a violé sa mère, il n'aurait probablement jamais été totalement heureux. Dès lors, je ne pouvais pas lui reprocher d'avoir rejeté l'aide de Lady Tsunade. Peut être s'était-il simplement laissé mourir. Je n'en sais rien. Je me disais cela pour alléger ma peine. Je voulais qu'un peu de ma souffrance arrêtât de me tourmenter. Était-ce trop demander ? J'avais juste besoin d'une excuse pour arrêter de souffrir. Quelque chose qui signifiait « ce n'est pas grave, tu n'as pas à souffrir, c'est mieux comme cela ».

Cependant, rien ne ferait disparaître la blessure laissée par la mort de mon père, et cela, je le savais. Assise sur un fauteuil en velours rouge, je contemplai une bibliothèque remplie de livres en tout genre, les yeux vides. J'étais la seule responsable de la mort de mon père. C'était de ma faute si Jiraiya, Assassin Royal et Conseiller au service du Sandaime Hokage, Hiruzen Sarutobi, était mort. Les monstres aux yeux blancs s'étaient installés dans ma chambre. Ils me fixaient, comme toujours, et ricanaient. Leur rire était si puissant qu'il me donnait envie de me crever les tympans pour ne plus jamais les entendre. Cela me mit en colère. Pourquoi étaient-ils toujours là alors que mon maître était parti ? Pourquoi ne pas faire un échange ? Les monstres comme mon maître. Non. Ce ne serait pas assez. Il faudrait un millier d'hommes vertueux pour valoir la vie de mon maître. Je serrai les dents. Mon maître était mort. Définitivement, irrémédiablement mort. Hinata, est-ce que je peux être égoïste, juste une fois ? Je veux mourir, je veux être libre... La voix de mon maître résonna dans mon crâne soudainement. Mon maître voulait être libre ? Que voulait-il dire par cela ? C'était absurde, mon maître n'était point un esclave. Voulait-il parler de... sa condition ? Du titre d'Assassin Royal ? Voulait-il être libéré de cela ? Mon maître avait été l'Assassin Royal pendant des décennies. Or, on ne pouvait pas abandonner ce poste. Les Assassins Royaux se battaient jusqu'à la mort, tels des pions utilisés par les Kage. Je serrai les poings et les dents. Nous ne valions pas mieux que les gardes royaux, que nous utilisions comme des cobayes pour nos entraînements et les missions où notre intervention était nécessaire pour les soutenir, telle que l'attaque d'Iwa par Orochimaru.

J'étais l'héritière de mon père. Je devais donc continuer son combat, et reprendre son flambeau. Je devais chercher un moyen de libérer les Assassins Royaux. Je me levai d'un bond et me regardai dans le miroir. J'étais vêtue d'une longue robe blanche. Mes cheveux avaient enfin été disciplinés, et mon nez était soigné. Seules quelques vagues traces violacées subsistaient sur mon cou. J'essuyai rageusement mes larmes silencieuses et mes yeux rougis par les lames. Pourquoi n'étais-je pas capable de suivre ce que j'avais décidé ? J'avais trop de travail pour m'apitoyer sur mon sort ! Je pleurerais mon père, c'était évident, mais je ne devais pas perdre de vue mon devoir. J'ouvris les tiroirs, à la recherche de mes armes, et de ma tenue de combat. Je finis par la trouver, et l'enfilai rapidement, ainsi que mes armes. Par-dessus, j'enfilai une longue robe noire, symbole de mon deuil, et ouvris la porte de ma chambre pour la quitter d'un pas décidé. Itachi se tourna vivement vers moi, surpris.

_ Lady Moon, vous ne devez pas quitter cette pièce ! Vous devez vous reposer !

_ Je tourne en rond, dans cette chambre. J'ai l'impression d'être un animal en cage. Menez-moi à l'Hokage, Itachi-san.

_ Ma Lady...

_ S'il-vous-plaît.

Il finit par abdiquer et m'amena jusqu'à la salle du trône, où siégeait l'Hokage. Il était installé sur son trône, et écoutait un rapport des gardes royaux. Hanabi était assise à ses côtés, et observait attentivement le comportement d'Hiruzen. Finalement, son regard vaqua dans la salle et tomba sur moi. Elle se leva d'un bond en criant mon nom. Chacun se tourna vers moi, et m'observa en silence. Itachi était à mes côtés, et regardait autour de lui, la main sur son épée. Je m'avançai dans la salle et m'approchai de mon seigneur et de ma future souveraine, avant de m'incliner devant eux.

_ Relève-toi, Lady Moon, sourit l'Hokage. Je suis heureux de te voir sur pieds et malheureux de ce qu'il s'est passé il y a deux jours. Que pouvons-nous pour toi ?

_ Rien, Hokage-sama. Je voulais simplement tenir mon rôle de Conseillère et siéger à vos côtés. Il s'agit de mon devoir en tant qu'héritière de mon père, répondis-je en inclinant la tête.

_ Alors siège à nos côtés. Hatake-san, répète-lui ce que tu me disais, cela l'intéressera.

_ A vos ordres. Lady Moon, nous vous informons que Sasuke Uchiha a été emprisonné dans les geôles du palais royal. Il est gardé en continu par nos meilleurs soldats, et n'est jamais laissé sans surveillance.

_ Combien de soldats le gardent, Hatake-dono ?

_ Deux ma Lady.

_ Mettez-en quatre. Est-il noué par des liens restreignant le chakra ?

_ Oui ma Lady.

_ Bien. Ne les retirez jamais. Sasuke ne doit avoir aucun contact avec l'extérieur. Les soldats qui le gardent doivent être absolument dignes de confiance. S'ils ne le sont pas, ne pensez même pas à leur confier cette mission.

_ A vos ordres ma Lady. Si je puis me permettre, pourquoi autant de précaution ? J'admets que Sasuke Uchiha est un combattant doué, mais il n'est pas exceptionnellement fort.

_ J'en sais beaucoup plus que vous, Hatake-dono. Mes petits oiseaux me chuchotent des choses très intéressantes sachez-le, répondis-je avec un sourire.

Je ne le menaçais pas directement, mais je le mettais tout de même en garde. J'étais l'Assassin Royal, et je finissais par connaître tous les secrets. Et je n'étais pas d'humeur à être questionnée. Si pour cela je devais provoquer ouvertement le chef de la garde royale, je le ferais. Hatake s'inclina devant moi, et disposa, suivi par ses frères d'armes. Itachi me jeta un coup d'œil pus partit à son tour. Nous étions seuls. L'Hokage, Hanabi et toi. Hanabi accourut aussitôt à mon chevet et prit mes mains dans les siennes.

_ Lady Moon, comment allez-vous ? Comment pourrais-je vous aider ? Je ne veux pas vous voir souffrir encore.

_ Princesse Hanabi, s'il-vous-plaît, ne vous en faîtes pas pour moi. Je tiendrai le coup. Mon rôle est de vous servir et je le ferai jusqu'à mon dernier souffle. Ne craignez rien.

_ Lady Moon, ne parlez pas comme cela. Vous ne pourrez pas éternellement tenir le coup...

_ Je ne le ferai pas, Princesse. Simplement, je ne flancherai pas devant vous. Si je devais pleurer, j'attendrai l'enterrement de mon père. J'y verserai toutes mes larmes, et ensuite, je ne pleurerai plus. Plus aucune larme de tristesse ne quittera mon corps.

_ Vous êtes si forte...

_ Non Princesse. Je suis une Conseillère remplissant sa fonction.

_ Et une excellente Assassin Royal, intervint l'Hokage.

Je tournai vivement la tête vers lui. Était-il temps de révéler mon identité à Hanabi ? Je faillis crier de frustration. Ne pouvait-on pas me laisser un peu en paix ? Les secrets ne pouvaient-ils attendre l'enterrement de mon père ? Devait-on tout révéler immédiatement. Cependant, c'était son trop tard. Hanabi questionna Hiruzen, qui lui expliqua le rôle des Assassins Royaux et leur couverture, leur rôle officiel, celui du Conseiller. Ma petite sœur blanchissait aux vues des révélations. Je restai silencieuse, écoutant les révélations que l'Hokage faisait à la Princesse. Il lui raconta quelles missions m'avaient été confiées, lui conta mon arrivée au palais en tant que bâtarde d'un membre d'un Clan Royal. Aussitôt, Hanabi se tourna vers moi et saisit à nouveau mes mains.

_ V-Vous êtes une bâtarde, Lady Moon ?

_ Oui, Princesse.

_ Cela signifie que Jiraiya-sama n'était point votre père ?

_ Je l'aimais comme s'il l'était. Il m'a élevée comme si j'étais sa propre fille. À mes yeux, il était mon père, et aux siens, j'espère avoir été sa fille.

_ Oh... Pardonnez-moi...

_ Il n'y a rien à pardonner, Princesse.

_ Savez-vous qui sont vos parents ? Sinon, je pourrai ordonner des recherches, si vous désirez les rencontrer.

Je jetai un regard de détresse à l'Hokage. Il hocha imperceptiblement la tête. Je choisis cependant de mentir un petit peu. Inutile de dire à Hanabi que j'étais sa sœur. Mieux valait prétendre que mon père était un Hyuga inconnu, un membre de la Bunke qui s'était amouraché de ma mère, une fermière, et qui m'avait conçu avec elle. Pour ce faire, je commençai par désactiver mon Henge, et révélai mes yeux blancs à ma sœur. C'était la première fois que je pouvais réellement la regarder dans les yeux. Son visage sembla se décomposer lentement. Elle écouta mon histoire en silence, qui n'était pas fort différente de la vraie. Hanabi sembla y croire, et me présenta tout son soutien et fut ravie que je sois celle chargée de la protéger. Elle avait compris que je méritais mon titre, et déclara se sentir rassurée par ma présence. Elle apprit également mon véritable nom, mais déclara qu'elle préférait m'appeler Moon. Il aurait été dommage qu'elle se trompât et qu'elle m'appelât « Hinata » en public. Alors que j'allais lui répondre, un soldat entra dans la salle du trône, essoufflé. Il portait une armure métallique qui faisait un bruit assourdissant à chacun de ses pas. Je soupirai. Comment pouvait-on se battre dans cette tenue ? Quelques plaques de fer, je pouvais le concevoir, mais ces hommes étaient affreusement lents et lourds. De plus, au vu du poids de ces amures, ils s'essoufflaient assurément très vite.

_ Hogake-sama, Princesse Hanabi, Lady Moon, le Conseiller du Royaume de l'Eau et son escorte sont arrivés. D'après nos estimations, les autres délégations arriveront dans les jours qui viendront voire dans la journée.

Des délégations ? Pourquoi donc ? Et le Royaume de l'Eau ? Que nous voulaient-ils ? Haku voulait-il venger la mort de son père ? Il arrive trop tard, me dis-je, acerbe. Je jetai un coup d'œil à mon seigneur et ma sœur. Cette dernière eût un sourire accueillant. Hiruzen la laissait gérer la plupart des situations, afin de l'évaluer et de l'entraîner au rôle d'Hokage. Elle se tordit un instant les doigts, l'air de réfléchir, puis inspira un grand coup et prit enfin la parole.

_ Faîtes-les entrer, nous allons les recevoir. Des chambres sont-elles prêts pour eux ?

_ Oui, Princesse.

_ Parfait. Vous pouvez disposer.

L'homme s'inclina et partit. Aussitôt, Haku et son escorte, qui n'était là que pour la forme puisqu'Haku était tout à fait capable de se défendre seul, entrèrent. L'Assassin Royal portait un haut de kimono bleu ample aux bordures blanches et un pantalon blanc enfoncé dans des botes. Ses longs cheveux étaient attachés en chignon, où deux senbons étaient accrochés. Son épée était accroché dans son dos. Les soldats de Kiri ressemblait à ceux de Konoha, ce qui me prouva qu'aucune armée n'aurait jamais la moindre chance contre un Assassin Royal. Haku s'inclina respectueusement devant nous, attendant que l'Hokage lui ordonne de se relever.

_ Relevez-vous, Haku-dono.

L'intéressé obéit, et ce fut à ce moment que je croisai son regard. Lorsqu'il me regardait, son regard devenait vide. Je baissai aussitôt les yeux. Il me détestait de toute son âme. C'était dur à accepter, mais je le savais. Qui aimerait celui a condamné votre père adoptif à la mort ? Personne. Cependant, j'avais eu un espoir qu'Haku abandonnât sa colère pour que nous puissions établir une relation de respect mutuel. Or, ce n'était clairement pas le cas. J'étais attristée, mais je n'en voulais à mon homologue. J'éprouvais pour lui du respect et de la compassion, car je savais ce qu'il ressentait. Nous avions vécu la même chose. Notre père adoptif était mort sous nos yeux, et nous n'avions rien pu faire.

_ Hokage-sama, Princesse, ma Lady, je suis ici pour représenter la Mizukage lors de l'enterrement de Jiraiya-sama. Elle est malheureusement très occupée et ne peut se déplacer. Elle tient à vous faire part de tout son soutien.

_ Merci, Haku-dono. Avez-vous fait bon voyage ? Intervint Hanabi.

_ Très bon voyage, je vous remercie Princesse. J'aurais cependant aimé que cela ne soit pas dans de telles circonstances.

_ Moi aussi. Que quelqu'un guide Haku-dono et son escorte aux appartements qui leur ont été attribués. Vous voulez sûrement vous reposer. Une servante s'assurera que tous vos besoins trouvent satisfaction.

_ Je vous remercie, Princesse.

Il s'inclina et partit, précédé par Sakura Haruno, qui n'était pas, pour une fois, aux côtés de Naruto. Les Seigneurs de Clan et leurs escortes avaient tous unanimement de rester pour l'enterrement de mon maître. Une fois que nous fûmes seuls à nouveau, je me tournai vers l'Hokage, et lui demandai quelle était la raison de la venue d'Haku à Konoha. J'appris alors qu'à la mort de Jiraiya, chaque Royaume avait décidé d'envoyer une délégation pour se présenter à l'enterrement et nous témoigner leurs respects. Un frisson d'excitation me parcourut. Gaara ! J'allais revoir mon cher, mon très cher Gaara. Il pourrait me serrer dans ses bras et me consoler. Cela me redonna un petit peu d'espoir quant à un futur plus heureux que mon présent. De plus, j'espérais qu'il puisse m'apporter son aide à la question laissée par mon père : comment libérer les Assassins Royaux ? Du coin de l'œil, je vis l'Hokage tirer sur sa pipe.

_ Monseigneur ? Demandai-je. Puis-je voir mon père, s'il-vous-plaît ?

Il se tourna vers moi, surpris. Je savais que cela m'aiderait à faire mon deuil. Plus vite j'acceptai la mort de mon père, plus vite je pourrais me battre à nouveau. Finalement, un sourire doux se dessina sur son visage. Il se leva et m'ordonna de le suivre. Hanabi lui emboîta le pas, et nous nous rendîmes au temple d'Erin, là où le corps reposerait jusqu'à l'enterrement. Mon pèrre dormait dans un cercueil immense fait d'acajou. L'intérieur était blanc et moelleux. Inconsciemment, je me demandai ce que l'on ferait de moi lorsque je mourrai. Aujourd'hui, je ne me pose plus la question. Je sais parfaitement ce qu'il va m'arriver. J'ai assisté à assez d'enterrements pour savoir ce qu'il se passe. On me mettra dans un cercueil, et on m'installera dans le caveau familial, sous la chapelle de ma demeure. À moins que quelqu'un ait une meilleure idée, mais j'en doute. Personne ne réfléchit trop longtemps à ce qu'il va arriver à un cadavre. Mais reprenons, je m'égare dans un sujet peu heureux. Mon père semblait en paix, cela me fit sourire. On l'avait consciencieusement lavé et il était vêtu noblement. On lui avait enfilé un pantalon noir, des bottes en cuir, une tunique bleu sombre et une longue cape noire. Son épée reposait à ses côtés, et je pus distinguer ses armes et sa cote de maille cachées sous ses vêtements grâce à mon Byakugan. Je souris. La Cour enterrerait un Conseiller, mais les Assassins, l'Hokage et moi enterrerions un Assassin puissant et redoutable. Après quelques minutes, l'Hokage, Konan et Hanabi me laissèrent seule avec lui. Je me penchai sur mon père et me mis à lui parler. Objectivement, c'était totalement stupide. Les morts ne répondent pas et n'entendent pas. Mais cela me fit du bien. Des larmes s'étaient mises à dévaler mes joues sans que je m'en rende compte, mais cela ne m'arrêta pas.

_ Bonjour père. J-Je suis désolée. Vous n'auriez pas dû mourir comme cela. Vous auriez dû être vaincu par la vieillesse et arriver au paradis d'Erin auréolé de gloire, Assassin Royal invaincu et puissant. J-J'espère que votre dernier lit n'est pas trop inconfortable. V-Vous avez l'air en paix. Est-ce que vous l'êtes ? Je... Je ne souhaite que ça. J-Je vais reprendre votre travail, père. Je vais trouver un moyen de libérer les Assassins Royaux. Je vous promets qu'avant ma mort, nous serons tous libres... N-Nous aurons des maisons ou des châteaux, nous nous marierons, nous pourrons aimer des gens...

Je sanglotai à présent. Mes hoquets me coupaient régulièrement la parole, mais je continuai mon discours. Il fallait que je lui dise tout ce que j'avais sur le cœur. Il fallait que je me prépare à protéger l'Hokage. Maintenant qu'il n'était plus là, Orochimaru allait pouvoir nous attaquer avec toute sa puissance. Il n'hésiterait plus une seule seconde. Je pouvais presque l'imaginer en train de danser de joie en apprenant la mort de mon maître. Un frisson me parcourut l'échine. Imaginer Orochimaru danser était terriblement dérangeant. Cependant, ça restait amusant, et je me pris à sourire.

_ D-Dîtes-moi, père, est-ce que vous m'autoriserez à nommer mon premier fils après vous ?Q-Quand je serai libre j-je veux me marier et avoir un enfant ! J-Je veux me prouver qu-qu'il y a un peu d-d'innocence en moi...

Je déglutis, et me penchai pour embrasser son front. Il avait l'habitude de faire ça avec moi, lorsque j'étais petite et que je faisais des cauchemars. Il me rassurait m'embrassant sur le front et en me veillant jusqu'à ce que je m'endorme. Il m'ébouriffait les cheveux et me disait « Allons, Hinata, que pourrait-il bien t'arriver ? Tu es assez forte pour vaincre tous les monstres qui peuplent cette Terre. Et si tu n'y arrivais, je serais là pour les vaincre jusqu'à ce que tu puisses le faire toi-même. » Cela me rassurait toujours, et je m'endormais rapidement. Dans mon esprit d'enfant, Jiraiya était invincible, intouchable. Il pouvait vaincre cent ennemis en une attaque, et n'était jamais blessé. Je l'idolâtrais. Je l'idolâtrai toujours au moment de sa mort, et aujourd'hui encore, Jiraiya est pour moi un des hommes les plus puissants ayant jamais marché sur cette Terre. J'espère que si dans mille ans je venais à renaître, je pourrai à nouveau être son élève.

Je finis par quitter le temple en silence. En bas des marches, on m'attendait. Ses bras était croisé sur son long manteau rouge, qui cachait une partie de son pantalon noir. Attaché à sa ceinture en cuir se trouvait une gourde et dans son dos, deux fines rapières. Il semblait perdu dans ses pensées, et fixait le bas des marches, appuyé sur un arbre. À ma vue, il se redressa brusquement et marcha droit vers moi. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il m'enserra dans ses bras. Gaara. Mes bras s'enroulèrent d'eux-mêmes autour de son torse chaud. Il sentait le désert, le sang et le vent. Nous ne dîmes rien. Nous nous contentâmes de profiter de l'autre. C'était si agréable de le savoir ici ! De le sentir contre moi, de sentir la personne que j'aimais le plus au monde contre moi. Il était mon premier et mon dernier amour, je le savais. Son odeur seule suffisait à me calmer, et à me soulager. Finalement, après quelques minutes, il releva la tête et regarda autour de lui. Je fis de même, intriguée par ce qu'il comptait faire. Heureusement, il n'y avait personne. Il se tourna à nouveau vers moi et m'embrassa rapidement, chastement.

_ Est-ce que tu veux que je le tue pour toi ? Ou juste que je te l'amène pour que tu puisses assouvir ta vengeance ? Je n'aurais aucun remord à tuer les gardes, ceci dit.

_ Ne dis pas de sottises. Il sera jugé et exécuté. S'il n'est pas exécuté... Je m'en chargerai moi-même, ajoutai-je en souriant.

_ Le contraire eût été étonnant, s'amusa mon amant. Viens, la Cour de Konoha va commencer à se poser des questions. « Oh Erin toute-puissante, regardez Lady Moon ! Elle ose réclamer du réconfort auprès d'un étranger ! », imita-t-il.

Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. Sa tête était très comique, et il avait grossièrement imité la posture des femmes de la Cour sans aucune responsabilité qui se complaisait dans une activité peu productive : la création de rumeurs et la critique de tout ceux qui leur passaient sous les yeux. Si elle me voyait dans les bras de Gaara, nul doute qu'elle n'aurait pas eu la main légère quant aux rumeurs sur moi. Mes proches savaient que Gaara était mon ami et donc aucun d'entre eux ne seraient choqués qu'il me réconfortât. En tous les cas, la tentative de mon amant pour me faire sourire était réussie. Cela ne dura qu'un instant, mais c'était déjà beaucoup pour moi. Il me proposa son bras, et il me raccompagna jusqu'au château. Tout le monde se prélassait dans les jardins, sous les cerisiers en fleurs et les autres arbres. Les pétales roses volaient dans tous les sens, c'était très gênant. Certaines auraient trouvé cela romantique, mais personnellement, cela me dérangeait. Les pétales de cerisiers bloquent une partie de la vue et en cas d'attaque, ils peuvent être handicapant. Des milliers de petits pétales roses volant dans tous les sens étaient parfaitement agaçant. De plus, je n'étais pas d'humeur à être romantique.

_ Quand êtes-vous arrivés, Gaara-san ? Demandai-je.

_ Peu de temps après Haku-san. Je suis venu seul, avec mon escorte. Père est resté auprès de notre Kazekage. Il est souffrant, et, bien que nous ne craignions pas pour sa vie, la présence de son Conseiller pour assurer son rôle est nécessaire.

_ Est-ce grave ?

_ Non. Sa peau a été fortement brûlé par le soleil durant la canicule. Cela n'est pas mortel, mais cela reste douloureux et long à guérir. La peau doit se reformer, ce n'est pas très beau à voir...

_ Je vois. J'espère qu'il sera vite remis.

_ Moi aussi, ma Lady. Oh ! Voilà la garde royale. Il devait s'inquiéter de votre absence. Je crains qu'il me faille vous remettre à eux. J'ai besoin de me reposer suite à mon voyage. Nous nous verrons à la cérémonie.

_ Je vous attendrai, Gaara-san.

Il me fit un baise-main, et fit demi-tour. Je le regardai s'éloigner de moi, pour rentrer dans l'aile est du palais. Une jeune servante se précipita vers lui et il lui donna quelques instructions sèches. Son sourire m'était vraisemblablement réservée. Je me tournai et rejoignis les gardes royaux à mi-chemin. Ce fut Hakate Kakashi qui m'apprit que chacun était inquiet de ma disparition. Ils craignaient, d'après eux, qu'il me soit arrivée malheur. Je pris le bras du garde royal et le laissai me raccompagnait jusqu'à l'aile ouest du château, là où se trouvait la chambre de l'Hokage et des héritiers, la salle de musique, quelques salons, l'infirmerie, et les cuisines. Au centre, reliant les deux ailes, se trouvaient la salle de réception, celle du Conseil, et la salle du trône. Au-dessous se trouvaient mes appartements. Dans l'aile est, enfin, se trouvaient les quartiers des invités. Elle était peu utilisée, et nous y reléguions souvent les soldats lorsqu'ils étaient en surnombre ou lors de guerre. Les deux ailes se faisaient face, et l'aile centrale les reliaient au niveau de l'entrée du palais. Le reste du palais était constitué de jardin et, plus au profondeur, au cœur d'un petit bois fleuris le temple d'Erin, accessible par un chemin pavé.

La cérémonie eût lieu le soir, lorsque la lune et le soleil furent tous les deux visibles dans le ciel. Des soldats en tenue d'apparat se tenaient aux côtés du cercueil, qui avait été déplacé dehors le temps de la cérémonie. Il serait ensuite déposé dans la crypte, auprès de ses prédécesseurs. Konan sortit du temple vêtue d'un long manteau noir décoré de nuages rouges et aux bordures carmins. Une fleur blanche reposait dans ses cheveux mauves. Elle s'avança et leva les bras pour attirer l'attention de tous. Une fois qu'elle fût sûre que tous les regards étaient sur elle et le cercueil, elle entama son discours.

_ Mes amis, mes frères, mes sœurs. Nous sommes réunis en tant qu'enfants d'Erin pour souhaiter un bon voyage vers l'autre monde à un homme admirable, le Conseiller Jiraiya. Chacun ici sait qu'il doit sa vie aux nombreuses guerres que le Seigneur Jiraiya a permis d'éviter, et chacun sait qu'il remplissait ce rôle dans l'espoir de voir la paix un jour naître entre les nations. Priez avec moi, mes frères. Chantons pour que l'âme de Jiraiya atteigne le paradis en paix. Ne lui faisons pas l'affront de pleurer alors qu'il a lutté pour nos sourires.

Alors, la voix de tous s'éleva. Nos voix se coordonnèrent parfaitement, et les prières montaient vers le ciel nocturne, accompagnant l'âme de mon père vers un monde meilleur que celui-ci. Des larmes coulaient sur mes joues alors que je chantais de tout mon corps. Je ne tentais pas de les retenir, même s'il était discourtois de pleurer à un enterrement. Ce serait manquer de respect au mort. C'était des larmes de soulagement. Mon père serait assurément en paix. Je jetai un coup d'œil autour de moi. Gaara, à quelques mètres de moi, chantait également. Je n'entendais pas sa voix, cependant. Je n'entendais qu'une voix, celle de tous. Nos voix n'en formaient qu'une seule. C'était si beau. Nous avions tous cela en commun : l'adoration d'Erin, notre déesse. Même Haku chantait, chose qui me toucha beaucoup. Il chantait pour mon père mort alors que j'avais causé la mort du sien. Soudain, je vis quelque chose qui nous marqua tous. Des boules de lumières dorées s'élevèrent du cercueil, et commencèrent à flotter au-dessus de nous. Était-ce l'âme de mon père ? Je n'en savais rien, mais cela était hautement probable. L'âme s'envola vers le ciel et finit par disparaître. Konan nous fit alors signe de nous taire.

_ Mes frères, nous venons de voir l'âme d'un grand homme rejoindre Erin. Il est à présent d'emporter le corps du Seigneur Jiraiya dans sa dernière demeure. Suivez-moi.

Elle se tourna gracieusement et monta lentement les marches du temple. Nous la suivîmes, et j'étais en tête du cortège. Les gardes royaux avaient formé une haie d'honneur avec l'aide des soldats pour le cercueil de mon maître. Les membres de la Cour restèrent dehors, ainsi que les serviteurs. Seuls les Assassins, l'Hokage, Hanabi, les Seigneurs de Clan, leurs héritiers et moi entrâmes derrière Konan. Nous contournâmes la statue d'Erin et descendîmes des escaliers silencieusement. Là, nous arrivâmes dans une crypte de pierres blanches au sol de marbre. Une place avait été prévue pour Jiraiya. Les soldats déposèrent le cercueil sur le rebord de marbre épais d'une vingtaine de centimètres, puis s'inclinèrent devant nous et partirent. Konan psalmodia une prière puis s'inclina et me prit les mains.

_ Ma Lady, vous pourrez venir fleurir ce tombeau chaque fois que vous le désirerez. Cette crypte vous sera toujours ouvert.

Je ne répondis pas et me contentai de déposer un bouquet de chrysanthèmes rouges sur la stèle. Je n'étais bien entendu pas amoureuse de mon père adoptif, mais comme ces fleurs représentaient aussi l'éternité, elles me paraissaient appropriées. Je ne fus pas la seule à déposer des fleurs, Lady Kushina et Hanabi firent de même. Finalement, on commença à quitter la crypte. Rapidement, il ne resta plus que l'Hokage et moi.

_ Je suis heureux que tu sois le nouvel Assassin Royal, me dit-il au bout de quelques minutes. Je sais que je peux te faire confiance.

_ Merci, Hokage-sama. Je ferai tout pour me montrer digne de ce rôle. Je le jure devant la tombe de mon père, répondis-je fermement.

Hiruzen m'attrapa par l'épaule et me sourit avec douceur. Cela m'étonna. L'Hokage ne souriait jamais comme cela, d'habitude. Il préférait les sourires narquois ou ironique. Il ne souriait que pour moquer la stupidité de quelqu'un. Les sourires doux comme cela n'était pas dans son habitude. Il tira sur son éternelle pipe et souffla la fumée avant de me parler à nouveau.

_ Rentre te reposer, Hinata. Dans deux jours, Sasuke sera jugé. Il sera très certainement condamné à mort. Si le juge ne le fait pas, ta mission sera de l'exécuter en secret. La méthode ne m'importe pas. Mais s'il survit à son procès, exécute-le. Nous ne pouvons pas mettre la trahison dans la liste des accusations, il faudrait que le juge soit au courant de tout. Or, nous ne pouvons pas nous le permettre.

_ A vos ordres, Hokage-sama, dis-je en m'inclinant.

Je sortis de la crypte pour laisser à mon seigneur le temps de dire adieu à celui qui l'avait servi des décennies durant. Je sortis du temple pour trouver les gardes royaux qui stationnaient à l'entrée. Ils s'inclinèrent devant moi. Hanabi était avec eux, et attendait l'Hokage en leur compagnie. Je leur souhaitai bonne nuit et pris le chemin du palais. En chemin, je repérai Haku qui, assis dans un arbre, bondit au sol à mon approche. Je m'arrêtai à bonne distance, prête à déclencher mes lames rétractables.

_ Je vous déteste, me dit-il froidement. Je vous hais tellement que je rêve chaque nuit de planter tous mes senbons dans votre corps. De vous arracher les yeux et vous trancher la gorge.

Je restai de marbre. Croyait-il me faire peur avec ces menaces alors que je les avais déjà infligées moi-même ? J'étais un Assassin Royal, pas une simple noble que l'on pouvait effrayer avec quelques menaces en l'air. Je mis une main sur ma hanche et attendis la suite. Ma position n'était pas du tout adaptée pour le combat, mais, en réalité, je faisais cela pour le provoquer. Je lui disais, d'une certaine, « je n'ai même pas besoin de me mettre en position pour te combattre ». Haku sourit. Il avait saisi mon message. Cependant, il soupira et le regard haineux disparut.

_ Est-ce à ce genre de paroles que vous vous attendiez ? Je ne puis vous les infliger en les pensant réellement. Je suis malheureux de la mort de Zabuza-sama, n'en doutez pas, mais ce n'est pas votre faute. Qui puis-je blâmer à part lui-même ? Mon maître a commis un péché capital. Je ne pleure sa mort car il m'a élevé et aidé alors que je n'étais qu'un orphelin, mais ce n'est pas vous qui avez tranché sa tête. Je ne me laisserai pas emporter par la vengeance. Je suis un Assassin Royal, mon devoir passe avant mes sentiments. Nous ne serons jamais amis, mais j'espère que nous pourrons au moins être alliés si la situation le demande.

J'étais fort étonnée de son discours. Haku me pardonnait la mort de son maître ? Je ne pus que m'incliner devant lui en le remerciant de sa proposition et lui promettre mon assistance quand la situation l'exigerait. Il me sourit, et remonta dans son arbre pour contempler le ciel, selon lui. Je repris ma route, mais attendis quelques dizaines de mètres plus loin que l'Hokage, Hanabi et la garde royale me rejoignit. Je ne faisais pas totalement confiance à Haku. J'avais activé mon Byakugan et déclenché mes lames, prête à intervenir. Mais l'escorte royale passa sous l'arbre d'Haku sans incident, et rejoignit le palais royal en toute tranquillité. Je souris légèrement, puis regagnai rapidement mes appartements. Lorsque je vis la porte, mon Byakugan se réactiva de lui-même. Mes larmes glissèrent le long mes mains. La porte était entrouverte. Je regardai rapidement à l'intérieur et soupirai de soulagement. Je reconnaîtrai cette colossale réserve de chakra entre mille. Gaara avait trouvé mes appartements. J'entrai en souriant, et le vit allongé sur mon lit, sa gourde à ses côtés.

_ Pourquoi avoir laissé la porte entrouverte ? Demandai-je en la fermant derrière moi.

_ Je voulais que tu saches qu'il y avait quelqu'un.

Je ne répondis pas et m'allongeai à côté de lui. Il passa un bras autour de moi et m'attira contre son corps chaud. Je me blottis contre son être et restai immobile dans ses bras. Je respirai son odeur et écoutai son cœur battre. Au bout d'une dizaine de minutes de silence, Gaara se tourna vers moi et m'embrassa passionnément. C'était le genre de baiser qui font battre le cœur plus vite et qui font trembler vos jambes. Je l'attirai plus près de moi. J'avais besoin d'oublier, ne serait-ce qu'un instant. Il finit par se mettre au-dessus de moi et continua à m'embrasser. Ses baisers devenaient plus chastes, plus rapides. Il colla son front au mien et chuchota les trois mots qui me rendirent définitivement et irrémédiablement amoureuse de lui.

_ Je t'aime, Hinata. Si tu savais à quel point je t'aime. Je massacrerai tout un Royaume pour toi, juste pour te voir sourire.

Une larme roula sur ma joue. J'étais heureuse. Affreusement heureuse qu'un homme à moitié fou, dévoré par l'envie de sang et de meurtre me déclare son amour. J'avais même honte de ressentir autant de joie alors que je venais d'enterrer mon père. La culpabilité me rongea soudainement, et les larmes de tristesse revinrent en force. Je finis par éclater en sanglots. Gaara me serra immédiatement contre lui et me berça lentement, en me répétant que j'étais forte, que c'était fini. Tout irait bien, selon lui. J'en doutais, mais je voulais y croire, et j'obéis quand il me dit de pleurer tout mon saoul. Je m'en voulais. N'avais-je pas assez pleurer ? Pourquoi ne pouvais-je pas m'arrêter de pleurer ? J'étais en colère contre moi, contre Sasuke, contre tout. Je voulais juste que cela s'arrête.

_ Hinata, ne te morfonds pas. Crois-tu que ton père voudrait cela ?

_ Non, chuchotai-je.

_ Alors regarde-moi. Parle-moi. Souris-moi. Montre-toi digne de ton père.

Je hochais la tête et le regardai se lever pour nous servir du vin. Il me tendit un verre et but le sien d'une traite avant de s'en servir un nouveau verre. Il but une gorgée puis se tourna vers moi, un sourire narquois aux lèvres. Il s'approcha de moi et cogna son verre au mien.

_ J'ai quelque chose qui pourrait occuper ton esprit.

_ Quoi donc ?

_ Vois-tu qui est Matsuri ?

_ Absolument pas, répondis-je.

_ C'est une servante qui travaille pour mon maître et moi. Elle s'occupe de nos armes et de nos tenues. Elle m'a accompagnée à Konoha, et tu ne sembles pas la seule à être sensible à mes charmes puisqu'elle me fait la cour plus ou moins ouvertement.

Un frisson parcourut mon échine. Une envie de réduire cette Matsuri en un tas de charpie était soudainement très attirante, et je désirais ardemment lui expliquer à qui Gaara avait déclaré son amour et à qui il l'avait prouvé. Cependant, lorsque je vis la lueur de défi dans les yeux de Gaara, j'eus une meilleure idée. Il semblait fier de succès. Mais qu'en était-il d'une demande en mariage ? Je souris alors narquoisement, et mis ma possessivité de côté.

_ Vraiment ? Et bien, si tu succombais à ces charmes, alors que je pourrais répondre par l'affirmative à la demande en mariage d'Itachi-san, ronronnai-je en examinant nonchalamment mes ongles.

Il serra son verre si fort qu'il éclata et le vin se répandit sur le sol. Je levai vivement les yeux vers son visage pour hoqueter de surprise. Un de ses yeux avait changé. Le blanc était devenu noir, et la pupille dorée, avec une sorte de croix noire au milieu, en guise d'iris. Ses canines étaient devenus des crocs. Il grogna et me plaqua sur le lit. Ses mains tenaient mes poignets, et il m'empêchait de me relever.

_ Gaara, qu'est-ce qu'il te prend ?

_ Tu es à moi ! Rugit-il. Je ne te laisserai pas épouser cette espèce d'imbécile aux yeux rouges ! Tu n'as pas le droit de m'abandonner, toi aussi ! Tu es la seule avec qui je ne suis pas enfermé dans la solitude !

_ Gaara, je n'accepterai jamais ! S'il-te-plaît, Gaara, lâche-moi, tu me fais mal...

Il sembla reprendre ses esprits et se releva d'un bond. Son œil revint lentement à la normale, et une larme roula sur sa joue. Je fus plus que surprise. Gaara pleurait ? Il m'avait toujours apparu comme quelqu'un incapable de pleurer et d'exprimer autre chose que de la luxure, de la colère, de la douceur à mon égard, de la moquerie et de l'envie de meurtre. Il tomba à genoux et prit mes mains dans les siennes avant de se confondre en excuse. Il avait les yeux trempés de larmes. Il embrassait mes mains, mes jambes, mon ventre, partout où il pouvait poser ses lèvres pour s'excuser. Je posai une main sur sa joue, le figeant sur place.

_ Ce n'est pas grave, Gaara. Je ne t'en veux pas. C'est le démon, n'est-ce pas ?

_ Oui... Quand je suis en colère, il prend lentement le dessus. J'ai été à deux doigts de perdre le contrôle, lorsque Zabuza t'a touchée. J'ai failli libérer un fléau sans nom sur le continent. Shukaku est extrêmement dangereux. Il n'ignore pas les humains comme ses congénères. Il les massacre. Non pas que cela me dérange, je n'ai pas beaucoup d'affection pour mon espèce.

_ Je vois... Gaara, à propos de l'agression d'Iwa je... Je dois t'avouer quelque chose.

_ Qu'y a-t-il ? demanda-t-il rapidement.

Je respirai un grand coup avant de tout lui déballer. Ma grossesse, la peur que ce soit l'enfant de Zabuza, la découverte du véritable père, la colère de mon maître, l'insulte de Sasuke, les conséquences de la mort de mon père. Au fur et à mesure de mon récit, ses yeux s'agrandissaient de stupeur. À la fin, ils se plissèrent de rage, et mon amant asséna un violent de poing dans le mur, qui se brisa sous l'impact. Gaara n'était pas très doué en combat au corps à corps, puisque son sable le protégeait de toute attaque, mais il était extrêmement fort. Un mur de pierre n'était rien pour lui. Il frappa ensuite un mannequin d'entraînement en jurant.

_ Merde ! Merde, merde, merde ! Salopard de Sasuke, j'aurais ta peau ! Non seulement tu te permets d'insulter ma femme, mais en plus tu causes la mort de mon enfant ? Je vais te réduire en lambeaux de chair ! Je vais te broyer, te torturer, t'arracher tes yeux si précieux et jeter ta carcasse puante aux vautours ! Il ne restera rien de ton corps quand j'en aurais fini avec toi !

Il continua à cracher des menaces plus violentes les unes que les autres jusqu'à ce que je l'encercle de mes bras. Il se figea et se retourna vers moi pour m'embrasser. Il me poussa délicatement sur le lit et m'embrassa encore et encore.

_ Gaara, est-ce que tu aimerais être libre ?

_ Être libre ? Libre de mon rôle, tu veux dire ? Répéta-t-il avant de réfléchir quelques instants. Seulement si je peux vivre avec toi. Sinon, ça n'aurait pas beaucoup d'intérêt, ajouta-t-il.

_ Oui, pour que nous puissions vivre ensembles. Que nous puissions marier, et avoir un fils, que j'appellerai Jiraiya, et peut-être même une fille, que nous nommerons comme tu le désireras.

_ Ce serait vraiment bien, chuchota-t-il. Mais je ne serais pas contre quelques combats quelques fois. Pourquoi veux-tu savoir cela ?

_ Je veux trouver un moyen de libérer les Assassins Royaux pour honorer la mémoire de mon père. Avant de mon mourir, il m'a dit qu'il était enfin libre. Je veux pouvoir être libre autrement qu'en mourant.

_ Cela est louable. J'imagine que tu désires mon aide.

_ Oui, s'il-te-plaît, suppliai-je.

_ Je t'aiderais avec plaisir. Nous travaillerons sur cela, je t'en fais le serment. Et quand nous serons libres, nous irons nous marier.

Je hochai la tête et il roula à côté de moi. Soudain, une question me traversa l'esprit. Qui étaient les parents de Gaara ? Je lui avais dit qui était les miens, mais j'ignorai qui étaient les siens. Je me tournai vers lui et lui posai alors la question. Il me regarda un instant puis éclata de rire avant de me répondre.

_ Mes parents ? Et bien, je suis le fils du Kazekage en personne !