Salut mes cobayes. Ça roule pour vous ?
Voici le chapitre dix, j'espère qu'il vous plaira. Je travaille beaucoup sur ma future fiction originale en ce moment, ce qui explique mes plus longs délais de parution sur, euh, à peu près tout le reste ! ( Si vous voulez plus de détails, n'hésitez pas à me demander, je suis volontiers loquace sur ce sujet. Sur tous les autres aussi, d'ailleurs.) Mais j'espère que va en vaudra la peine =D
Bonne lecture, et merci d'être toujours là. J'vous kiffe.
Chapitre dix.
Était-ce parce que son âme errait par-delà les monts gelés de Jotunheim ? Le froid n'avait, jusqu'à présent, jamais eu le moindre effet sur lui.
Pourtant, il était frigorifié.
Autour de lui, la palette des bleus et des gris se déclinait à l'infini. Il faisait toujours sombre, ici, de cette semi obscurité qui précède la nuit noire. Seules quelques étoiles piquetant le ciel et quelques lueurs en provenance d'un palais de cristal noir illuminaient les landes glacées.
Un paysage terrifiant, de grandes lignes fracturées, découpées dans la glace, des montagnes lisses et brillantes, des caves où pendaient des stalactites de la taille d'une église, des forêts de pins blanchies par la neige, dressées au loin, agitées par un vent incessant.
Son corps flottait au-dessus des steppes barbares, intangible et pourtant pétri par le froid.
Des heures, des jours, des mois peut-être, sans croiser la vie, entouré de cette beauté austère et minérale.
Et puis, soudain, la chaleur.
A peine perceptible au commencement, et qui se repend de nouveau dans chacun de ses membres, comme pour lui rappeler que, quelque part loin d'ici, il est en vie. Elle part de son torse pour inonder son corps, ramener la vie jusqu'au bout de ses doigts devenus bleus et insensibles.
La chaleur…
Loki ouvrit les yeux.
Tout d'abord, la faible luminosité de la pièce suffit à l'aveugler, à dessiner des dentelles noires dans son champ de vision. Il n'y avait qu'une petite lampe en tissu orange, pourtant, à l'autre extrémité de la pièce.
Il était engourdi, ankylosé d'être resté immobile si longtemps, et des fourmis lui mangeaient toute la partie droite de la poitrine.
Alors que la clarté apparaissait tout doucement, il tourna un peu la tête, grimaçant. Il découvrit l'origine du poids sur son torse et un resta un moment stupéfait. L'improbabilité de l'instant le percuta, achevant de le ramener dans cette réalité. Tony Stark, crispé contre lui, leurs corps léthargiques emmêlés sur un canapé de mauvaise facture.
Une minute, il n'osa pas bouger d'un pouce, de peur de briser l'instant qui se cristallisait dans sa mémoire. Il étudia longuement le visage fermé, les rides de contrariété sur le front blanc, les tics nerveux qui agitaient le coin des lèvres. Parfaitement immobile, osant à peine respirer. Depuis leur première rencontre, une éternité auparavant, quelques cheveux blancs s'étaient glissés sur les tempes de l'ingénieur. Une certaine lassitude, aussi, imprimée sur son visage.
Peut-être dérangé par ce changement subtil dans l'atmosphère, Tony grogna, bougea un peu… Et, à son tour, ouvrit les yeux. Les pupilles noires rencontrèrent les vertes, dans un instant de surprise réciproque.
A peine réveillé, paniqué et heureux à la fois, Tony avait mille choses à dire. Mille choses intéressantes, bien sûr, qui allaient de « tu m'as manqué à « Putain merde tu es vivant », et autres déclarations romantiques.
La seule chose qui lui passa par l'esprit à ce moment précis, pourtant, fut la suivante :
- Euh… Bonjour ?
Le sorcier eut un minuscule sourire.
- Bonjour.
Tony fut mortifié.
« Bonjour », sérieusement ? J'ai pas encore plus nul comme entrée en matière ?
Visiblement, il pouvait trouver encore plus nul, puisqu'il poursuivit, naturellement :
- Bien dormi ?
L'autre ne répondit pas. Ils restèrent donc ainsi, blottis l'un contre l'autre sur le divan inconfortable, à profiter simplement de ce petit bonheur passager. Après de longues minutes, finalement, Tony résuma d'une voix rauque :
- J'ai eu peur.
- Moi aussi.
Ils s'enlacèrent, mélange confus de bras et de jambes, de tissus et de cheveux.
Tony chercha les lèvres du demi-dieu, qui les lui offrit. Un baiser doux et sobre.
- C'est pour ça qu'il s'agit d'une mauvaise idée, commenta sombrement loki. Je ne veux pas passer tente ans à avoir peur, et le reste de ma vie éternelle à être malheureux.
Le visage de Tony se durcit. Leurs deux fronts se collèrent.
- Arrête, Loki. Déjà, il est trop tard. Ose dire que tu n'es pas attaché à moi désormais, que si on arrête là, tu n'aurais pas peur pour moi, et tu n'éprouveras rien le jour ou je mourrais.
- Ce sera pire, si on…
Il n'eut pas le courage de finir sa phrase.
-J'ai envie de profiter, souffla Tony. Je crois qu'on l'a mérité, en fait. On s'inquiètera du reste en temps voulu. Il doit exister des moyens…
Son cerveau s'activait déjà, fouillant l'immense base de donné logée sous son crâne.
- Si quelqu'un peut trouver le secret de l'immortalité, doutes-tu que ce soit moi ? Je découvrirai la molécule qu'il y a dans les pommes d'or d'Hera, celles qui vous confèrent votre longévité. Je construirai des labos pour la synthétiser chimiquement, ou alors, j'étudierais les homards, tu sais, c'est biologiquement immortel. Je ne ferai plus de l'ingénierie, je ferai de la biologie moléculaire. Ou alors, j'uploaderais ma conscience dans un ordinateur, en attendant qu'on trouve un moyen de la remettre dans un autre corps. Ou alors je peux aussi…
Un autre baiser le fit taire. Pour un instant au moins.
- Et puis même si j'y arrive pas, je suis égoïste. Pour moi c'est trop tard. J'ai pas envie de passer le temps qu'il me reste avec quelqu'un d'autre. Je peux pas te forcer, bien sûr, mais… Ne me dis pas que dans tes trois-mille ans d'existence, tu n'as jamais rencontré cette situation auparavant.
Loki se redressa un peu sur un coude, méditatif.
- Plusieurs fois. Ce qui explique peut-être pourquoi je ne suis pas un modèle de stabilité à l'heure actuelle…
- Prends ton temps. Mais pas trop non plus. La question, c'est toujours la même… Les regrets ou les remords ?
Loki inspira profondément, les paupières closes pour fuir le regard inquisiteur de son compagnon. Il connaissait la réponse à cette question, évidement.
- Le problème des regrets, c'est qu'on se dit toujours « et si j'avais fait ça, et si j'avais eu ca… » On ne peut jamais savoir. Avec les remords, au moins, on l'a fait. On sait. On aurait peut-être pas dû, mais… On n'est pas resté passif.
Cette manière de penser expliquait en grande partie la vie dissolue de Tony, jusqu'à il y a peu de temps. Loki sourit.
- D'accord, mais à une condition.
Tony sentit son cœur bondir dans sa poitrine, il hocha la tête, résolu, curieux.
- Laquelle ?
Les bras se refermèrent autour de ses épaules, l'amenant contre le corps du sorcier.
- Tais-toi cinq minutes.
Il y avait eu un grand instant de réjouissance, au Chalet. Le petit bunker était saturé, prêt à craquer, chaque espace occupé par les nouveaux habitants. Les humains s'étaient accueillis avec plaisir, retrouvés pour certains, les mutants et autres optimisés aussi.
Charles Xavier, Erik et Raven avaient été acclamés comme des rois à leur arrivée. Wade et Peter aussi, Bruce, ainsi que Wanda et Pietro. Il y avait eu des morts, là-bas. Des hommes et femmes qui n'avaient pas pu être sauvés.
Mais il restait des vivants, et ils représentaient un espoir comme le monde en avait terriblement besoin ces derniers temps.
Alors on s'était entassé, tant bien que mal, transformant la pièce à vivre principale en dortoir de fortune, on avait soigné les blessés, trouvé des occupations aux valides, réorganisé complètement l'abri antiatomique.
Et on avait fêté la victoire.
Peter, malgré les menaces de la part d'à peu près tout le monde, refusait de rester allongé. Il s'était joint aux festivités, s'installant pour la majeure partie de la nuit sur les genoux de Wade. Natasha, souriante, avait donné un petit coup de coude dans les côtes de Steve. Un petit coup de coude qui signifiait « hé, regarde, hé, regarde, t'as vu ? » Et Steve avait levé les yeux au ciel, des yeux au ciel qui signifiaient « arrête, tu te fais des idées, ils ne sont qu'amis, c'est une amitié bien virile, voilà tout ».
Plus tard dans la nuit, quand Wade et Peter étaient partis ensemble se coucher, pour dormir sur le même canapé, Natasha avait donné un petit coup de coude dans les côtes de Steve. Un petit coup de coude qui signifiait « allez, avoue, soit pas aveugle, allez quoi, tu vois, tu vois ? » Et Steve, impassible, avait levé les yeux au ciel. « Peter est traumatisé, il n'a pas envie de de dormir seul, arrête de te faire des idées ! »
Quand, le lendemain, Steve avait surpris l'ancien mercenaire mettre sa langue dans la bouche de Peter au détour d'un couloir, sa mâchoire menaça de tomber au sol. Natasha avait beaucoup ri, et lui beaucoup bafouillé.
« Je te l'avais dit ! »
« Mais… Mais… ? »
Maintenant, Peter était bien sagement assis sur les genoux de Wade, passait un bras autour de sa nuque, attentif.
La table du comité de direction s'était agrandie. Steve, qui présidait, entouré de ses deux lieutenants. Puis Charles et Erik, confiants, stoïques, Raven, et Loki debouts un peu plus loin, adossés les bras croisés au mur, et Bruce, silencieux, observant le monde changé à travers ses petites lunettes noires.
Tony, lui, se tenait debout face à son auditoire. Le temps que tout le monde s'installe, il avait observé les deux tourtereaux, le grand homme silencieux et l'araignée blessée. Les regards glissaient sur eux. Il admirait leur capacité à assumer, à afficher leur relation au grand jour. Natasha se comportait en mère louve avec eux. Sur la défensive, toujours prête à venir les défendre, clouant sur place ceux qui osaient couler ne serait-ce qu'un regard étrange dans leur direction.
L'attention de l'ingénieur glissait vers Loki, toujours grave et sérieux, et il espérait qu'un jour, peut-être, il pourrait en être de même pour eux. Ils n'en étaient pas là, pour sûr, mais il n'était pas pressé. Le projecteur envoya sur le mur blanc une carte du monde. Tony n'allait pas passer par quatre chemins : ils ne disposaient pas de suffisamment de temps pour se permettre de le gâcher.
- J'ai reconstruit cette carte de mémoire. Elle résume toutes les données que j'ai pu trouver dans l'ordinateur principal de la centrale où nous étions.
Le silence se fit sur le petit groupe de dirigeants auto-promus. Tous buvaient ses paroles. Professeur dans l'âme, Tony joignit ses mains dans son dos, et entama une série d'allers et retours le long du mur.
- Pourquoi une centrale ? Exactement pour son utilisation principale. Créer de l'énergie. Et c'est exactement ce à quoi ils s'employaient. D'après leurs données, c'est aussi le cas dans tous les points marqués en rouge de cette carte. Ne vous ennuyez pas à compter, je l'ai fait pour vous. Ca fait cent-quarante-quatre.
Cent quarante-quatre points rouges clignotaient en effet sur la mappemonde, répartis inégalement sur tous les continents.
Tony leva l'index pour attirer l'attention sur un détail particulier.
- Pourtant, si elles sont toutes en activité, aucune n'envoie l'énergie ni dans le réseau à haute tension, ni dans des transformateurs. Vous voyez où je veux en venir… ?
Seul Bruce intervint, sourcils froncés :
- Ils parviennent à la stocker ?
- Pas exactement, grimaça Tony. C'est pire.
Trois nouveaux points, noirs, apparurent sur la diapositive. Un au Mexique, un en Arménie, et un tout au Sud de l'Afrique.
- Apparemment, et par un procédé qui m'échappe tout à fait, ils envoient toute l'énergie produite ici. Et croyez-moi… Ça fait une quantité terrifiante.
Steve résuma parfaitement la pensée générale :
- Mais… Pourquoi faire ?
Tony haussa les épaules.
- Honnêtement, je n'en sais rien. Pourquoi venir coloniser la terre, asservir l'humanité et l'obliger à produire une telle quantité d'énergie ? Dans tous les cas, je ne pense pas que ce soit dans un but caritatif…
Tous se retournèrent lorsque la voix suave de Loki s'éleva dans la pièce.
- J'ai bien une petite idée.
Toute l'attention était portée vers lui. Il se redressa un peu, le regard dur, le visage à peine éclairé de cette lueur taquine qui le définissait pourtant. Appréciant d'avoir cet auditoire captivé, il fit quelques pas dans la pièce, avec une lenteur calculée, théâtrale. Il écarta les bras, marchant pour pouvoir fixer l'un après l'autre tous les humains réunis dans la pièce.
- Savez-vous comment naissent les Titans ?
Tous se crispèrent. Ils n'étaient pas persuadés de vouloir l'apprendre.
- On dit qu'ils se nourrissent de l'énergie vitale d'une planète. Qu'ils en aspirent la moindre goutte, jusqu'à la fracturer.
L'audience était pendue à ses lèvres. Tony le trouva plus beau que jamais, drapé de noir et de vert, droit et sûr dans la tempête. La conclusion s'échappa de ses lèvres fines en une moue fataliste :
- Des débris d'un monde naissent les titans.
Voilà pour ce chapitre mes Cobayes. Dites-moi si vous l'avez aimé, ou frappez-moi pour ne pas poster assez vite, bref, lâchez- vous xD
Je vous embrasse,
Laukaz
