À La Science De Tout
Par : Provocative Envy
Traductrice : Bleak Dawn
CHAPITRE DIX
Je sortais de la bibliothèque, fouillant dans mon sac lorsque je le percutai.
« Je suis vraiment désolée—» commençai-je avant de lever les yeux.
Il afficha un rictus méprisant.
« Excuses non acceptées, » répondit-il acide.
Je le regardai s'éloigner.
« Sérieusement, Malefoy ? C'est donc comme ça que ça va être ? » L'appelai-je, en colère.
Lentement, il se retourna vers moi.
« Oui, c'est comme ça, » répliqua-t-il d'un ton cinglant qui irradiait un mélange particulier de malaise et de dédain.
« Tu crois que t'es tellement mieux que moi, c'est ça ? » accusai-je.
Je me sentais plus comme l'ancienne moi-même—je me sentais comme si peut-être la pluie de la veille avait emporté avec elle ma maladresse, la confusion que je n'arrivais pas à déceler, les questions auxquelles je n'arrivais pas à répondre complètement.
« Crois-tu qu'il est réellement nécessaire de me demander ça ? » dit-il d'une voix trainante, narquois.
« Oui, » rétorquai-je simplement, ostensiblement.
Il déglutit; je souris.
« Quoi, serait ce—de l'hésitation ? » demandai-je.
« Granger, je me découvre totalement indifférent face à tes hallucinations. J'étais particulièrement satisfait du fait de t'ignorer durant les quatre premiers mois de cours. Rends-toi service et perpétue la tradition, » soupira-t-il.
Je considérai ceci je le considérai comme étant une forme d'échappatoire, face au jugement, mépris, dédain, haine, tous lui appartenant, comme toujours. Et pourtant—et pourtant. Il y avait quelque chose qui clochait avec ce retour aux anciennes habitudes. Quelque chose qui n'allait pas dans le fait de prétendre que je m'en fichais. À quoi bon faire semblant d'agir comme si nous nous ne haïssions pas ? De feindre le bonheur d'une impasse ? De se dire quitte parce que c'était plus facile ? La science m'avait apprise que nous étions différents, d'un point de vue biologique, psychologique et physique. Je haïssais—ne pouvais pas supporter, pas même un peu—l'idée d'être son égale, pas avec la nouvelle raison d'être dans lequel je me complaisais.
Je ne pouvais pas fuir.
Plus désormais.
La passivité n'était plus une option.
« Non, merci, » répondis-je dans un haussement d'épaule.
Ses yeux s'élargirent, ses lèvres s'entrouvrirent.
« Je trouve la notion de prétendre que nous sommes égaux…déplaisante, » poursuivis je, ôtant un bout de fil de ma blouse.
Il me fixa pendant un moment avant de rire méchamment.
« Égaux ? Je ne proposais pas ça, Granger, » répliqua-t-il.
« Oh ? » défiai-je.
« Et dire que je pensais que t'avais appris ta place, » dit-il, hochant la tête avec une feinte désapprobation.
« De toute évidence non, » répondis-je, une étrange euphorie jaillissant dans la cavité de ma poitrine : Une consistance normale et l'anormalité inconstante sont les faiseurs, briseurs, les ingénieurs du bonheur tel que tu le perçois.
« Dommage, » pouffa-t-il, s'humectant nerveusement les lèvres : Une bouche sèche est l'unique évidence du paquet d'humides et suffocants mensonges qui se noient au fond de ta gorge.
« Tu m'as demandé de quoi ça avait l'air, hier soir, d'avoir peur, » dis-je, élevant la voix.
« Tu étais beaucoup trop apeurée pour répondre, comme tu t'en souviens, » fit-il remarquer, acerbe.
Je rougis.
« Non, je me suis seulement dit que tu le savais mieux que moi, » rétorquai-je véhément.
« Eh bien, je l'ignore. »
« Vraiment ? » demandai-je, exagérant ma surprise.
« De quoi pourrais-je bien avoir peur, Granger ? Puisque tu sembles si bien me connaitre, »
Je le scrutai.
« Tu as peur de toi-même, » répondis-je doucement.
Il arqua un sourcil, croisa les bras, et fit un bref mouvement de sa main afin de m'inviter à poursuivre : Les mains sont ce qui raconte une histoire, pas les visages, ni les bouches, ni même les mots.
« Tu as peur, je pense, de ce que tu penses pouvoir devenir…tu as peur de savoir que tu n'es pas le meilleur, de réaliser que tu ne le seras jamais, » continuai-je, le regardant plisser les yeux et faire un pas vers moi.
Il s'arrêta devant moi, un centimètre à peine nous séparant, et se pencha en avant. Nos bouches se touchaient presque, nos souffles s'entremêlaient : L'introspection devrait être, pouvait être, était possiblement une hormone, une phéromone, quelque chose qui nous fait suer, haleter, souffrir, avoir besoin, se demander et se demander et vouloir si fort que se relever est une corvée, une irritante conclusion courue d'avance.
Nos regards se figèrent, et il y avait une effrayante, envoûtante intensité dans le sien qui me fit regretter ma décision de lui dire ce que je pensais, ce que j'avais toujours pensé, de lui dire cette saisissante observation que j'avais faite qui nous rendait plus similaires qu'il ne pourrait jamais l'imaginer.
« Faux, » dit-il entre ses dents d'un ton mordant avant de bousculer mon épaule et de me dépasser : Déshonnêteté et déni sont des obstacles qui ne peuvent être évités ou arrêtés ou changés d'eux-mêmes, peu importe ce que l'on peut penser.
Je le regardai partir, regardai l'ondulation des muscles de son dos alors qu'il passait une main dans ses cheveux : Il n'y a pas de place pour l'indépendance ici, n'est-ce pas ?
Je souris, fermai les yeux, et secouai la tête.
Pour ceux qui ne l'aurait pas vu, j'ai commencé à poster la Tomione "Cauchemar" par Provocative Envy, le prologue ainsi que le premier chapitre sont disponibles.
Merci d'avoir lu, à vos reviews et au plaisir!
