Chapitre 10
La proie
'De très bons amis…'
C'était injuste. Délirant. Dégeulasse. Mais qu'importe. Il ferait comme bon lui semble. Il n'admettrait plus qu'on lui dise quoi faire. Il avait déjà accepté trop d'ordres.
En y repensant, il n'avait jamais été du genre à se laisser marcher sur les pieds. Pourtant jusqu'ici, il s'était montré docile. Ça lui écorchait le cœur à chaque fois, encore aujourd'hui. Mais il n'avait eu pas le choix. On lui avait bien fait comprendre que pour sortir de l'obscurité qui l'avait vu naître, il devrait faire des concessions. Certes, au début, il avait tiqué. Obéir à des schémas imposés, très peu pour lui. Mais il fallait bien gagner sa croûte, et les petits boulots payaient mal. Alors quand un homme en costard s'était pointé chez lui en lui faisait miroiter gloire et argent, il avait cru à un canular. Puis, se rendant compte du projet ambitieux qu'on lui proposait, il avait signé.
« Tu feras partie d'une équipe prestigieuse, sinon la meilleure, lui avait-on dit. Crois-moi, ton salaire ne sera pas un problème. Tes collègues sont tous des athlètes, comme toi. Vous vous entendrez à coup sûr, et un jour, peut-être, vous viendrez à porter des médailles autour de vos cous. »
Des médailles. Tch. Un simple coup d'œil au tableau d'honneur de leur local vous donnait le tournis. Médailles brillantes, trophées toujours plus hauts à chaque compétition, coupes à leur nom, rien ne manquait. Mais là n'était pas la motivation qu'il lui fallait. Oh, bien sûr, être pris en photo par des hordes de journalistes et signer des autographes à n'en plus finir était grisant pour l'égo. Néanmoins, au-delà des centaines de milliers de yens qu'on lui versait à chaque nouvelle victoire, la lassitude s'était emparée de lui très vite. Il lui avait fallu trouver un nouveau 'truc', une distraction pour pouvoir supporter le train de vie expéditif et assidu qu'on lui imposait.
Il y avait eu les coups d'un soir, les mecs rencontrés dans un bar, trouvés dans le lobby de l'hôtel où ils résidaient selon les compétitions, puis les host boys, toujours prêts quand il l'était, quitte à les payer grassement dans le cas contraire. Ensuite, il s'était rendu compte que les fans pouvaient également lui servir. L'équipe n'était pas aussi populaire que les chanteurs ou les acteurs, mais on dénombrait d'importantes masses de groupies à chacun de leurs déplacements. Alors autant en profiter.
Il avait peu à peu pris goût à choisir les mecs les plus mignons, ou du moins ceux qui semblaient prêts à se donner sans la moindre hésitation. Ça faisait plutôt peur à voir quand ils se jetaient sur vous en vous suppliant de leur accorder ne serait-ce qu'un regard. Mais bon. Certains avaient de la chance et finissaient dans son lit. Le matin, c'était toujours le même rituel. Il se réveillait avant eux, commandait un énorme petit déjeuner et quand le plateau arrivait, il les congédiait d'un geste de la main. Il se fichait pas mal de leur déception. Eh non, il n'allait pas partager sa vie 'magnifique' avec eux. Pas même ses croissants et son café.
Depuis le temps qu'il faisait partie des Espadons, et malgré les apparences, il n'avait jamais vraiment été satisfait. On ne pouvait pas dire qu'il s'était fait 'des amis', non. Nnoi, Szayel, Ggio et ce taré de Gin étaient des collègues. Il tolérait la présence à ses côtés de Nnoi et Szayel, à la rigueur, mais ça s'arrêtait là. Les autres… Ils le rebutaient.
Ggio Vega avait été le dernier recruté dans l'équipe, et tous avaient soupçonné son père d'avoir forcé la main d'Aizen. Il faut dire que le gosse venait d'une famille de bourges : son grand-père avait fait fortune dans l'import-export (du moins c'est ce que Ggio disait). Quant à Gin, c'était l'âme damnée d'Aizen. Il l'avait toujours été. Son sourire machiavélique faisait écho au regard sombre de l'entraîneur. Ils pensaient pareil, apparemment. Avec un cœur de pierre. On ne pouvait pas lui faire confiance, et ce n'était certainement les évènements de ce soir qui allaient contredire ça.
Toujours appuyé contre le mur, comme il l'avait été depuis plus d'une heure, le regard perdu dans la circulation de Karakura, Grimmjow sentait ses poings se serrer de rage. Pourquoi avait-il fallu qu'Aizen apprenne pour Ichigo et lui ? Pourquoi si tôt ? C'était injuste, se disait-il. Vraiment injuste.
Avec l'Ondin, il se sentait différent. Surtout depuis leur dernière conversation. Il avait mis un moment à l'admettre, mais la perspective de le voir régulièrement avait fait son petit bout de chemin dans son esprit. Et ça lui convenait. Il avait enfin rencontré une personne qui avait assez de cran et de tempérament pour lui plaire. … Et puis le gamin était canon, il fallait l'avouer. On a beau être habitué à se faire aduler, quand on croise une vraie beauté, c'est presque un crime que de ne pas l'approcher pour la saisir.
Le cœur attendri, Grimmjow se remémora le dernier sourire d'Ichigo. Un sourire à fossettes qui vous donnait envie de croquer son propriétaire sur-le-champ. Mais après quelques secondes, la colère refit surface chez le bleuté. N'avait-il pas droit à un peu de bonheur, à un peu de légèreté en dehors du bassin ? Il fallait croire que non, vu les insinuations dangereuses d'Aizen. L'entrevue dans le bureau de ce dernier avait été brève et concise : c'était Gin qui avait vendu la mèche, après avoir intercepté un message d'Ichigo pendant que Grimmjow était à la douche.
Gin. Encore et toujours lui. Le confident, le toutou loyal d'Aizen, son second. Tu parles ! Son espion, oui ! Cette situation qui mettait Grimmjow sur les nerfs d'ordinaire était à présent un sérieux point noir au tableau. Si seulement le coach et Gin n'étaient pas tellement liés, il lui aurait volontiers flanqué une dérouillée méritée ! Mais Grimmjow se retrouvait maintenant dans une situation dangereuse. Le souvenir de sa discussion houleuse avec Aizen flottait encore dans sa mémoire.
« - Bien entendu, il est hors de question que tu le fréquentes.
- Vous êtes quoi ? Mon père ?
- Ne sois pas si ingrat, Grimmjow. Dois-je te rappeler d'où tu viens ? Comment tu vivais avant que je décide de te prendre sous mon aile ?
- Il est où, le rapport ? Et puis je vois pas en quoi mes fréquentations vous regardent. C'est… C'est privé !
- Tu n'as pas l'air de comprendre : Tu n'es pas en droit de demander quoi que ce soit. J'ai ici un contrat paraphé de ton nom, où tu acceptes de participer activement à mon entraînement et te soumettre à ma volonté en échange d'une rémunération conséquente. Si jamais tu faisais quelque chose contre mon avis, je serais malheureusement obligé de déchirer cette feuille. Ce serait fâcheux, n'est-ce pas ? »
Grimmjow se rappela avoir froncé les sourcils, son regard soutenant celui d'Aizen. Ce que le coach impliquait aurait certainement eu un effet dévastateur sur sa vie, et il ne pouvait pas imaginer revivre dans l'environnement sordide où il avait grandi…
Mais merde, c'était du chantage pur et dur ! Dit avec calme et un grand sourire, en plus. Grimmjow avait l'impression d'avoir signé un pacte avec le Diable. Il s'était senti piégé, assis sur son siège devant le bureau du Lucifer de la natation professionnelle.
« Alors nous nous sommes bien compris, mon cher Grimmjow ? Mieux vaudrait ne pas mettre fin à une aussi belle amitié que la nôtre... Tu es un élément important de l'équipe, j'aimerais autant que tu restes avec nous. Les conséquences de ton départ seraient regrettables. »
Les conséquences. Voilà le mot qui effrayait Grimmjow. Les conséquences sur lui, mais aussi sur Ichigo. C'était vraiment fou. Grimmjow s'étonna du raisonnement qui s'était installé dans son esprit dernièrement. Lui qui n'avait jamais pensé à autre chose qu'à lui-même depuis des années, le voilà qui s'inquiétait pour quelqu'un qu'il avait rencontré i peine un mois. Mais pour le coup, maintenant qu'il était heureux, il n'allait pas lâcher l'affaire ! Face à Aizen, il s'était contenté d'acquiescer, de jouer le gentil toutou qui a compris la leçon pour ensuite filer dans sa chambre, bien décider à ne pas se laisser faire. Cette fois, il en avait assez… Qu'on lui dise de passer une nouvelle heure dans l'eau, de répéter encore et encore les mêmes gestes jusqu'à ce que chacun de ses muscles le brûle, d'accord. Mais qu'on lui dicte une ligne de conduite qu'il n'avait pas choisie, pas question. Il n'avait pas signé pour se faire dire qui voir ou qui rejeter.
Qu'Aizen aille se faire foutre. Il n'allait pas rester tranquillement sous le joug d'un tel psychopathe manipulateur. Ichigo était là, dehors, à l'attendre. Le gamin voulait bien de lui, et Dieu sait qu'il l'avait poussé à bout. Mais Grimmjow voulait encore goûter à cette peau chaude qui sent la fraise. Il n'en avait pas fini, d'Ichigo. Oh non… loin de là!
Rejoignant son lit, Grimmjow s'allongea et saisit le portable qui était toujours dans la poche de son jean. Si Gin avait écouté le message d'Ichigo, cela expliquait le fait que lui-même n'avait pas vu que son répondeur était chargé. Grimmjow s'en voulu de ne pas avoir pu entendre la voix du rouquin en direct. Ça aurait tout changé s'il avait pu décrocher au lieu de se prélasser sous la douche. Mais bon. Ce qui était fait était fait.
Le nageur écouta sa messagerie et se délecta du son de la voix d'Ichigo. Quand il l'entendit prononcer son nom, un sourire s'installa sur son visage fatigué. Il avait hâte de l'entendre encore, dans des circonstances plus… intimes. Le seul fait d'imaginer Ichigo composer son numéro était excitant : il pensait à lui, il lui 'manquait' ! Si ça, c'était pas génial. Grimmjow ré-écouta le message et réfléchit. Ils allaient se revoir, c'était sûr. Mais il faudrait être discrets.
L' épée de Damoclès qu'était Aizen et ses menaces planait encore au-dessus de la tête de Grimmjow quand ce dernier répondit à Ichigo avec un SMS :
« Demain je suis libre. Tu tiendras jusque-là ? »
Le bleuté ricana de sa blague et posa le portable sur son torse. Il adorait embêter l'Ondin, c'était incroyable. Comme un jeu perpétuel entre eux.
Quand la réponse lui parvint dans la minute qui suivit, Grimmjow soupçonna Ichigo d'être collé à son portable, désespéré de ne pas avoir de ses nouvelles.
« Crétin. Va pour demain, alors. »
« Le crétin a hâte. »
« Il est pas le seul. »
Ichigo n'avait jamais autant souhaité être chez lui aussi vite. Pourtant, ce mardi-là, après le boulot, il aurait apprécié que le bus soit plus rapide. Debout entre deux vieilles dames qui discutaient de la pluie et du beau temps, il tenait à peine en place. Son pied martelait le sol, ses yeux cherchaient son arrêt, mais ce dernier mettait du temps à arriver.
Ichigo était nerveux. Ou plutôt impatient. Non, nerveux. Oh, il n'en savait rien. Ce qui était sûr, en revanche, c'est qu'il allait voir Grimmjow le soir même. Secrètement, il n'avait pas cessé de se le chantonner toute la journée, cette phrase sonnant comme une ritournelle dans sa tête dès qu'il arrêtait de penser au travail. Il était aux anges. Grimmjow avait accepté ses 'avances', se disait-il en grimaçant. Enfin, il n'aimait pas ce mot, ça faisait vieux pervers ou cougar désespérée. Mais peu importe, l'idée était là. L'Espadon lui avait donné une chance, c'était tout ce qui comptait. Et ce soir, il savourerait chaque moment passé avec lui...
Après ce qui lui avait semblé être une éternité, Ichigo sortit enfin du bus et se hâta de rentrer chez lui. Une fois débarrassé de son sac et de ses chaussures, il surprit la conversation enflammée de Karin et Yuzu dans la cuisine.
« - Je te jure, c'est pas comme ça entre nous ! Toshiro est un ami, c'est tout.
- Tu es vraiment la seule à le voir comme ça, alors ! Moi je suis persuadée que si vous vous retrouviez tous les deux au calme, il en profiterait pour déclarer sa flamme.
- Mais puisque je te dis qu'on est amis !
- À d'autres ! Je vois bien comment tu le regardes quand vous êtes à l'entraînement…
- Bon, on arrête d'en parler, ça commence à m'agacer que tout le monde se mêle de ma vie privée. C'est vrai, ça : Papa et toi vous êtes de vraies commères !
- Pfff… Tu voudrais qu'on parle de quoi, autrement ? D'Ichi ? Il a pas de copine en ce moment…
Ichigo entendit Karin descendre de sa chaise pour aller prendre un des fruits de la coupelle placée sur la table. La jeune fille croqua à pleine dents et enchaîna :
- Mmh… T'es chûre de cha ? Ch'ai plutôt l'imprechion qu'il est d'humeur choyeuse depuis quelques chours...
- Ah ? Tu crois qu'il nous cache un truc ?
- Mouais. Chinon il nous aurait déchà parlé de chette relachion.
- Peut-être… Mais avec lui, je sais plus quoi penser : Les dernières copines qu'il a eu, c'est à peine si on les a aperçues. Tu penses qu'il fait exprès ?
- Aucune idée. Mmh… Il fait ce qu'il veut. Après tout, il n'y a que Papa et toi qui vous inquiétez. Foutez-lui la paix et tu verras, ça viendra tout seul. »
Toujours tapi derrière la porte de la cuisine, Ichigo remercia mentalement Karin pour son support, aussi indirect fut-il. Puis le jeune nageur prit la direction de sa chambre et monta les escaliers quatre à quatre. Un sourire au coin des lèvres, il entra dans sa chambre et s'étendit sur son lit. Il devait voir Grimmjow à 19h devant le cinéma du centre-ville, autant être reposé d'ici là. Enfin, ça, c'était l'idée de départ d'Ichigo. Mais c'était sans compter sur l'excitation qui l'emporta très rapidement sur la sieste qu'il avait prévu de faire. Bien trop impatient pour dormir, il se contenta de fermer les yeux et d'imaginer ce que leur rendez-vous aller donner. Il n'avait jamais été très fleur bleue auparavant, aussi se surprit-il à rêver d'une soirée romantique, ce qui le rendit plus ou moins perplexe. Sans réellement savoir pourquoi, il aimait l'idée de se faire embrasser encore et encore par Grimmjow durant toute la durée du film, dans la pénombre du cinéma, à l'abri des regards au dernier rang. Mais patience. Il allait devoir attendre encore une heure et demie...
19h15, devant le cinéma central de Karakura. Une pluie battante s'était abattue sur la ville en début de soirée, ruinant tout espoir de balade passionnée. Avec un regard déchirant vers les nuages qui ternissaient le ciel, Ichigo regretta son choix de vêtements. Une veste fine et un jean n'arrêtaient pas les gouttes, et il s'était retrouvé trempé dès son arrivée. Bon, ça aurait pu aller s'il était rentré immédiatement au chaud dans le cinéma, mais voilà : il était seul.
Les rues à présent désertes n'accueillaient de temps à autre que des malheureux eux aussi surpris par l'averse, essayant de protéger leur visage de la gifle du vent. Ichigo, quant à lui, était adossé contre le mur du cinéma. Relativement protégé des intempéries par l'avancée du toit du bâtiment, il jetait un œil à sa montre toutes les deux minutes et plus le temps passait, plus il se sentait ridicule. Le retard grandissant de Grimmjow jouait avec ses nerfs. Et si jamais il lui posait un lapin ? Le bleuté n'avait pas eu l'air de blaguer quand il avait accepté qu'ils se revoient 'en plein jour'. Il avait répondu à ses SMS, ensemble ils avaient convenu de l'endroit et de l'heure… Le laissait tomber comme ça ne rimait à rien. Ichigo sentit son cœur se resserrer en imaginant la blague horrible que tout cela aurait été si jamais Grimmjow lui avait menti. Le froid commençait à imprégner sa peau à travers ses vêtements mouillés, lui soutirant un bon nombre de frissons. Si jamais Grimmjow arrivait enfin, il allait lui passer le savon de sa vie. On ne faisait pas attendre quelqu'un ainsi sans donner de nouvelles ! Mais en même temps, ça n'était pas vraiment le genre de Grimmjow…
Ichigo se poussa pour laisser passer un couple et suivit les deux amoureux du regard pendant quelques secondes. L'homme avait retiré son manteau et l'avait placé sur les épaules de la femme qui l'accompagnait, comme dans ces téléfilms à l'eau de rose qui passe à la télévision pour 'la ménagère de moins de cinquante ans'. Autant dire que c'était très cliché, mais là, tout de suite, Ichigo aurait adoré qu'on lui apporte une veste pour qu'il la mette sur ses épaules glacées. Il baissa la tête et se jura que si Grimmjow n'était pas là dans dix minutes, il rentrerait chez lui. Mais lorsque la silhouette athlétique de l'Espadon se dessina au bout de la rue, le rouquin ne put retenir un sourire. Le nœud dans son abdomen s'approfondit à la vue de la chevelure bleu électrique qui se rapprochait pas à pas. Avec une nonchalance maintenant familière à Ichigo, Grimmjow se dirigea vers lui.
« - T'es en retard, lui lança-t-il.
- Bonjour à toi aussi, répondit Grimmjow en ricanant. Eh ben, quelle joie de vivre !
- Oh excuse-moi, je t'avais pas prévenu : j'adore poireauter comme un idiot sous la flotte…
- Je connais pas la ville, je galère, c'est normal ! Mais bon, je suis là, non ?
- Ouais, 20 minutes après le début du film, super. T'aurais pu te grouiller quand même.
- Allez, ça va, arrête de râler. Entrons, on se les gèle sévère ici.
- Tch, tu crois que je suis pas au courant ? »
Les deux hommes poussèrent les portes du cinéma et prirent leurs tickets en vitesse avant d'aller s'engouffrer dans la salle obscure. Honnêtement, Ichigo se fichait pas mal du film qui passait, il voulait juste être près de Grimmjow. Mais après leur entrée peu discrète, il leur fut difficile de trouver des places au dernier rang comme il l'avait espéré. Ils finirent par s'asseoir dans un coin de la salle, à deux sièges d'un vieil homme qui semblait dormir profondément. Une fois installés, Ichigo essaya de se concentrer sur l'action du film mais l'odeur de Grimmjow se montra beaucoup trop distrayante. C'était cette même odeur qui l'avait envoûté lors de leur première 'vraie' rencontre, lors de l'épisode du téléphone portable oublié dans les vestiaires de la piscine. Grimmjow n'était pas aussi trempé que lui, juste assez pour que ses cheveux s'alourdissent, mais il dégageait un parfum étrangement attirant. Sa peau était chaude, contrairement à celle d'Ichigo, qui lui, avait passé de longues minutes sous l'averse. C'est donc comme d'une bouillote que le rouquin se servit de son partenaire, plaçant rapidement son bras sur l'accoudoir qui les séparait pour se rapprocher de lui. Agréablement surpris, Grimmjow laissa Ichigo s'appuyer sur lui et poser la tête sur son épaule au bout de dix minutes de film. Il n'était pas dupe, et lui aussi avait quelques idées en tête à propos de ce rendez-vous, mais il ne s'attendait pas à ce que le jeune homme soit à ce point impatiente d'entrer en mode 'câlin'. Pour quelqu'un qui venait de sortir du placard, les démonstrations d'affection en public ne semblaient pas lui poser beaucoup de problèmes ! Tant mieux, se dit-il, lui non plus, ça ne l'embêtait pas…
Laissant sa main gauche s'aventurer sur l'accoudoir qui les séparait, Grimmjow tenta lui aussi de se rapprocher de son attirant voisin. Ses doigts trouvèrent domicile sur l'avant-bras d'Ichigo et entreprirent une caresse langoureuse sans attendre. Il pouvait pratiquement sentir les poils du rouquin s'hérisser à son contact, sans un mot, sans un bruit.
Tandis que les deux hommes fixaient l'écran devant eux, leurs corps se rapprochaient dangereusement. Mais ils ne pouvaient évidemment pas se faire trop remarquer. Non pas que cela aurait gêné Grimmjow, mais si on leur demandait de sortir, Ichigo serait vexé et lui reprocherait cette fin de séance prématurée. Donc non, pas d'étalages ou de câlins trop poussées pendant la prochaine heure.
« Mmhh… »
Grimmjow baissa les yeux. Lové dans le creux de son cou, Ichigo avait émit un son qui se rapprochait plus du ronronnement que du gémissement, trahissant son bien-être absolu. Cette situation soutira un énième sourire au bleuté qui se contenta de faire passer son autre bras derrière la nuque du jeune homme pour aller fourrer ses longs doigts dans la magnifique chevelure rousse d'Ichigo. Le crâne alors délicatement massé, une douce chaleur irradiant à ses côtés, l'Ondin crut qu'il allait s'endormir. Il était vraiment bien. Là, maintenant. Plus aucune pensée complexe ou dérangeante ne venait le perturber. Sa rage de tout à l'heure était oubliée et ses soucis balayés pour l'instant.
Grimmjow passait-il un aussi bon moment que lui ? Il ne pouvait que l'espérer, mais il lui semblait bien que c'était le cas, car lorsque que le bleuté posa sa tête contre la sienne, il sentit le léger soupir de quelqu'un qui est heureux d'être là.
Une fois le film terminé, Grimmjow et Ichigo quittèrent la salle et se fondirent dans la foule de badauds qui sortaient du cinéma. Avec un « Ah ! » collectif, les deux nageurs virent que l'averse avait cessé. Le bitume était encore noirci et dégageait cette odeur si particulière… Une odeur que Grimmjow aimait bien, sans trop savoir pourquoi.
« - Bon, et maintenant ? lança-t-il à Ichigo.
Le rouquin se mordit la lèvre tout à coup. Que faire à présent ? En fait, il n'y avait pas vraiment réfléchi. Ils pouvaient se balader, maintenant qu'il ne pleuvait plus. Mais l'atmosphère toujours humide n'était pas idéale. Mmh… Manger, peut-être ?
- Tu as faim ? répondit-il.
Devant le regard lubrique du nageur, Ichigo secoua la tête. Décidemment, ce type voyait tout d'un œil pervers… Grimmjow éclata de rire:
- Oh allez, fais pas cette tête, je déconne !
- Pfff, je sais. Je commence à m'habituer.
- Hé hé… Remarque, maintenant que tu le dis, je meurs de faim, ouais ! »
Ichigo amena Grimmjow quelques rues plus loin dans un bar restaurant qu'il connaissait bien. Il venait souvent là avec son père et ses sœurs quand il était plus jeune. C'était un endroit assez petit, avec des tables minces et une décoration originale. Quelques photos ornaient les murs moutarde, avec de ça et là des petits mots : des blagues, des anecdotes survenues ici, ou les autographes de gens célèbres venus faire un passage à Karakura. Ichigo se sentait à l'aise dans ce bar. Il choisit une table au fond de la salle et conseilla Grimmjow sur son choix :
« - Ils font les meilleurs sorbets de la ville, ici. Mais si tu veux quelque chose de plus consistant…
- Un sorbet, ça sera parfait. Je te fais confiance. »
Le rouquin regarda attentivement l'homme qui lui faisait face. C'était à peine si Grimmjow avait jeté un œil à la carte. Il lui avait répondu du tac-au-tac. Sa dernière phrase était simple, pourtant elle semblait chargée de sens. Ichigo se sentit alors important pour l'Espadon. Et il ignorait à quel point c'était vrai.
Grimmjow préférait penser au présent que d'imaginer avec effroi un futur banni de l'équipe pour manquement aux règles stupides d'Aizen. Il voulait accorder de l'importance à ce qui comptait vraiment : Ichigo. Et tant pis si ça voulait dire qu'ils allaient devoir se cacher. Ce qu'Aizen ne savait pas ne pouvait pas lui faire de mal.
Grimmjow commanda avec Ichigo et se retrouva quelques minutes plus tard à déguster un délicieux mélange menthe chocolat du bout de sa cuillère. Le jeune homme n'avait pas menti, ces sorbets étaient à se damner. Aussi les deux nageurs s'empressèrent-ils de finir leurs coupes glacées. Rassasié, Grimmjow passa une main dans ses cheveux et vit Ichigo rigoler. Apparemment, il lui restait de la crème sur le coin des lèvres. Dans l'idéal, il aurait demandé au rouquin de la lui enlever d'un coup de langue bien placé, mais ils n'étaient pas seuls dans le restaurant. Il ne devaient pas se faire remarquer, se rappela-t-il. Grimmjow se contenta donc de brosser la crème d'un revers de main comme l'aurait fait n'importe qui. Mais ce n'était pas drôle. Une nouvelle raillerie lui vint à l'esprit mais il n'eut pas le temps de la dégainer : un son étouffé le coupa dans son élan. Ichigo porta la main à sa poche de jean pour en sortir son portable qui vibrait à n'en plus finir. S'en suivit une courte conversation entre l'Ondin et un interlocuteur mystère.
« Non, je peux pas aujourd'hui. J'ai déjà un truc de prévu, mais… Oui. Ah, ok. Ben, je ferai peut-être une apparition, dans ce cas. Mais je suis accompagné, il faut que je vois ça, je suis sûr de rien. C'est ça, peut-être à tout à l'heure. »
Ichigo s'excusa de cette interruption, visiblement un peu gêné d'avoir gâché le moment.
« - C'était qui ?
Le rouquin leva les yeux au ciel avant de répondre. Il ne s'offusquait presque plus des remarques impertinentes de Grimmjow, à présent. Mais quand même !
- J'ai envie de te répondre que ça ne te regarde pas, mais ça servirait à rien, j'imagine…
- En effet ! Et puis… ajouta le bleuté en se rapprochant, chuchotant le sourire aux lèvres, … Je te rappelle que tu es 'à moi'.
- Que… ?
Ichigo sentit le regard perçant de Grimmjow sur son épaule, non loin de là où il l'avait 'embrassé' quelques jours auparavant. Enfin, 'mordu' serait certainement un terme plus correct. Le bleuté était un vrai carnassier. Mais peu importe. Ichigo finit par comprendre à quoi son ami voulait en venir. Oui, la marque qu'il lui avait laissée était toujours là, telle une preuve de leur attachement mutuel. Oh, elle s'en irait, à la longue. Mais comme on dit, les actes comptent plus que les mots, et la chair d'Ichigo se rappellerait de Grimmjow à tout jamais.
- Alors ? C'était qui au bout du fil ?
- Un ami, un autre membre de mon équipe, lâcha enfin Ichigo.
- Il voulait te voir, on dirait…
- Oh, c'est juste pour une fête qu'il organise chez lui. J'avais déjà dit que j'étais pas sûr d'y aller. Je m'était dit que comme on est ensemble pour la journée, toi et moi, il vaudrait mieux qu'on passe du temps tout les deux.
Devant le regard amusé de Grimmjow, Ichigo se redressa sur sa chaise.
- Quoi, j'ai eu tort ? Tu veux t'en aller ?
Le bleuté perçut de la crainte dans la voix du jeune homme et le rassura :
- Non, non, je reste avec toi. Mais je suis pas un boulet non plus, si tu veux aller à cette fête on peut y aller. »
Mais qu'est-ce qu'il faisait ? Grimmjow pouvait presque entendre la petite voix de la contradiction hurler dans sa tête. Il y aurait sûrement d'autres personnes de l'équipe d'Ichigo, là-bas, et il lui proposait d'aller taper l'incruste ? Il devenait maboule, ou quoi ? Certes, il avait bien des plans concernant la fin de cette soirée 'rendez-vous'… mais aller rencontrer tous les amis du rouquin n'en faisait certainement pas partie ! Il ne se comprenait plus. Pourquoi n'avait-il pas tout simplement fermé sa gueule, bordel ?
« - T'es sûr ? Je veux dire… On n'est pas obligés, si t'en a pas envie.
- T'inquiète, Ichigo. Je me ferai tout petit, tes potes me verront même pas.
Menteur. Même dans une foule, il était facile à repérer. On ne croisait pas un type avec des cheveux et des tatouages comme les siens à chaque coin de rue.
- Bon, alors… On y va. L'appart de Shuuhei n'est qu'à dix minutes à pieds d'ici, c'est pas très loin, tu verras. »
Grimmjow se leva, imitant Ichigo. Pourquoi avait-il accepté ? Pourquoi ? C'était à n'y rien comprendre. Où était donc passé le 'Vivons heureux, vivons cachés' de tout à l'heure ? Son cœur et sa raison ne semblaient plus communiquer. Et c'était bien le moment ! Cinq minutes plus tard, les deux nageurs se retrouvaient dehors, l'estomac rempli mais les tripes nouées. Ichigo, en particulier, était plein d'appréhension quant à l'issue de cette soirée. Il commençait à croire qu'avec Grimmjow, mieux valait ne rien planifier. Comment allait-il réagir face à ses amis ? Et eux, allaient-ils poser beaucoup de questions ? Sans aucun doute… Il se demandait ce qui avait poussé l'Espadon à aller à cette fête. Peut-être était-ce une décision parfaitement réfléchie, après tout. Il n'en savait rien. Mais il ne préférait pas le demander directement. Au lieu de ça, il repensa aux milliers d'interrogations qui tournaient autour du bleuté depuis qu'il l'avait rencontré. Grimmjow ne parlait pas beaucoup de lui. C'était un homme discret sur son passé malgré une carrière fulgurante dans la natation. Que pouvait-il bien y avoir de sombre chez lui qui l'ait conduit à se taire sur sa vie ? De mauvais parents ? Une éducation chaotique ? Des mauvais choix? Ichigo mourrait d'envie de poser ces questions indiscrètes à Grimmjow, mais il craignait de le voir se retourner contre lui face à un tel interrogatoire. Sa curiosité était accrue.
Voyons… Il avait une dizaine de minutes devant eux. Autant meubler par la conversation. Ichigo tenta une approche légère :
« - Pourquoi tu t'es fait tatouer le coin des yeux ?
Super, Ichigo, pensa-t-il. La question à deux sous ! Tout le monde devait la lui poser, il devait en avoir assez. Mais étonnamment, Grimmjow répondit avec franchise.
- J'étais jeune, et je voulais un tatouage. Je venais d'avoir dix-sept ans quand c'est arrivé. J'avais pas vraiment réfléchi au motif, je voulais juste que ça aie de la gueule. Tu vois, j'avais pas envie de me retrouver avec la même chose que tout le monde : Un dauphin, une fleur, des kanjis, un dragon, et toutes ces conneries…
- Mais je croyais qu'on pouvait pas tatouer cette partie du visage ?
- Normalement non, mais c'est un ami qui me l'a fait. Légalement, c'est interdit, mais je m'en foutais. Et je m'en fous toujours. C'est mon corps et mon fric, j'en fais ce que je veux. Et puis… ça va bien avec mes yeux.
Ichigo profita de cette phrase pour croiser le regard glacé de Grimmjow. Il avait raison, ce trait soulignait à merveille le bleu céruléen de ses iris. Mais tout de même, cette procédure avait du être risquée. Il ne voulait pas imaginer une aiguille aussi près de ses yeux, ça le mettait mal à l'aise. Et c'est sans parler de la douleur. Quand il le demanda à Grimmjow, ce dernier confirma ses doutes :
- Ah ça pour sûr, ça a fait un mal de chien pendant plusieurs jours. Mais ça valait le coup.
- Tu m'étonnes…
- T'as d'autres questions du même genre ?
Surpris, Ichigo ouvrit la bouche sans pour autant prononcer une parole. Grimmjow le dévisageait en souriant, comme si de rien n'était. En réalité, on lisait la soif de réponses du rouquin sur son visage, c'était très drôle. Feindre un air détaché ne servait à rien.
- Non ? Bon, alors à mon tour! s'exclama Grimmjow sur un ton jovial qui trahissait son amusement. Mmh… qui t'a donné ta couleur de cheveux ? Je veux dire, si je te connaissais pas aussi bien, je croirais que c'est une teinture.
- J'en sais rien. Mon père s'est toujours posé cette question.
- Peut-être que ça vient du côté de ta mère.
- Non, elle avait les mêmes cheveux que Yuzu. »
Avait. Ce mot résonna dans l'esprit de Grimmjow tandis qu'il s'efforçait de garder son regard sur le trottoir devant lui. Ichigo n'avait donc plus sa mère ? C'est vrai qu'il ne parlait jamais d'elle. Grimmjow savait que l'Ondin avait un père médecin, deux sœurs adolescentes… mais en y repensant, il n'y avait eu aucune allusion à sa mère depuis leur rencontre. Sans doute était-ce un sujet tabou. Cette femme était probablement partie, malade ou morte. Dans tous les cas, Grimmjow regretta immédiatement d'avoir amené le sujet de la sorte.
Faire connaissance seulement après plusieurs semaines, voilà qui était étrange pour Ichigo et lui. D'habitude, une relation ne se construisait pas ainsi. D'abord on bavardait, et après on se liait plus intimement. Ils avaient tout fait à l'envers, en grande partie à cause de Grimmjow. Son jeu des leçons avait mené à bien plus qu'aucun d'eux n'aurait pu imaginer. Ce qui fait qu'à présent, ils apprenaient à se connaître assez maladroitement.
Après un court silence, Ichigo voulut rompre le malaise apparent :
« - Tu es proche de tes parents ?
- Euh… Pas vraiment.
- Pourquoi?
Ha, Ichigo devenait aussi impertinent que lui. Grimmjow se réjouissait de cette attitude. Il avait bien envie de le lui faire remarquer, mais on sentait que le rouquin était sérieux. Alors il opta pour la réponse moins facile, la vérité.
- Quand ils ont appris que j'étais homo ils m'ont flanqué dehors. J'avais seize ans. À partir de ce moment, j'ai fait un peu n'importe quoi, je me suis mis à traîner avec des amis et j'ai laissé tomber l'école.
- Woah… Ça a du être terrible.
- Pas tellement, en fait ! Au bout d'un moment, on s'habitue à la vie en solo. Je pouvais faire ce que je voulais, quand je voulais, où je voulais. J'étais libre. Mais je me suis vite aperçu que sans argent, ma vie allait être compliquée. Alors j'ai cherché du travail. J'ai fait pas mal de petits boulots, des trucs simples où on te demande pas de diplômes, juste de la force dans les bras. »
Grimmjow marqua une pause dans son récit. Il n'y avait pas de tristesse dans sa voix, juste de la lassitude. Il parlait d'une époque terne et omettait volontairement quelques évènements peu glorieux de sa vie, comme les fins de mois difficiles durant lesquelles il avait accepté de cambrioler des maisons pour se faire un peu plus de 'blé facile'. Mais Grimmjow refusait qu'on s'apitoie sur lui. Surtout que sa situation s'était nettement améliorée depuis cette époque:
« - Un jour, on m'a proposé de bosser comme agent d'entretien dans une piscine près de chez moi. Je devais veiller à ce que l'eau reste propre, à ce que les salles soient correctement climatisées et à ce que les vestiaires soient vides avant de fermer. Honnêtement, c'était chiant à mourir, mais le bon point c'est qu'après le travail, j'avais l'endroit pour moi tout seul. Je piquais une tête tous les soirs et ça me faisait un bien fou ! Peu à peu, j'ai appris à nager plus vite et plus longtemps, c'était génial. Malheureusement, mon patron m'a chopé un soir et je me suis fait virer. Mais j'ai pas arrêté la nage pour autant. J'étais devenu accro.
- Et c'est comme ça que tu es entré chez les Espadons, j'imagine ?
- En quelque sorte, oui. Un jour un mec est venu chez moi et m'a dit qu'il m'avait vu nager. Il a proposé de me faire entrer dans une équipe pro, avec un bon salaire et un vrai entraînement. Ça avait l'air cool. J'ai signé.
- Cet homme, c'était Aizen? demanda Ichigo.
- Lui-même. Je l'avais jamais vu avant. Je m'étais jamais aperçu qu'il me surveillait avant ce jour. D'après lui, j'avais 'un sacré potentiel'. Il débordait de compliments à mon égard, il voulait vraiment que j'accepte. Alors quand j'ai dit oui, il était aux anges, tu penses bien ! Et moi, à ce moment là, je me voyais déjà couvert de fric. Pourtant, passer du statut d'inconnu fauché à celui de sportif émérite, ça s'est pas fait en un jour. Il m'a fallu un an et demi pour atteindre mon niveau actuel. Je partais de rien. »
Ichigo hochait la tête en l'écoutant, attentif aux moindres informations qui sortaient de la bouche du bleuté. Il connaissait vaguement les méthodes de recrutement professionnel, mais il avait bénéficié d'un autre parcours : il avait toujours voulu être nageur, l'eau était vraiment son élément. Certes, son équipe n'était connue que localement, mais il s'en contentait. Et puis il s'était fait beaucoup d'amis grâce au sport. Il n'était pas payé, car les Ondins n'avaient pour l'instant aucun renom, mais si jamais ils venaient à remporter le trophée Neptune, ils accèderaient à un tout autre niveau. Les sponsors se jetteraient sur Urahara et l'équipe serait rémunérée. Il pourrait laisser tomber son boulot de serveur et quitterait probablement Karakura et sa famille.
S'ils gagnaient. Ce qui n'était pas prêt d'arriver en affrontant les Espadons. Il ne fallait pas se voiler la face, les Ondins n'étaient pas aussi expérimentés que leurs concurrents. Mais ils voulaient gagner, et ils se donneraient les moyens de le faire. Ils devaient essayer. Qui sait ? Peut-être seraient-ils surpris?
Grimmjow et Ichigo bavardèrent encore et encore sur le chemin qui les menait à l'appartement de Shuuhei. Au fil du temps, la conversation s'était adoucie et les langues s'étaient déliées. Grimmjow avoua son manque de confiance vis-à-vis de son entraîneur (en revanche, il n'aborda pas les menaces auxquelles il avait eu droit par peur d'effrayer Ichigo inutilement). Le rouquin était certain que le passé d'Aizen l'avait conditionné à être si méchant. D'après ce qu'Urahara lui avait confié, le coach des Espadons était doué, mais manipulateur : Il voulait de la reconnaissance, de l'admiration et le réconfort des trophées. Aizen visait les J.O et la célébrité, pour 'avoir réussi'. C'était ce qu'on pouvait appeler un écorché de la vie. Ni Ichigo ni Grimmjow ne l'aimait, comme la majorité des gens.
Heureusement, le sport ne fut pas l'unique sujet de conversation entre les deux hommes. Ils discutèrent musique (ils partageaient un goût prononcé pour le rock), voiture (quel dommage qu'Ichigo n'aie pas son permis) et amis. Enfin, surtout pour ceux d'Ichigo. Très vite, et sans raison apparente, le dialogue s'orienta vers le passé amoureux du jeune homme. Grimmjow voulu savoir combien de relations il avait eu auparavant, ce à quoi Ichigo ne préféra pas répondre précisément.
« - T'es pas doué avec les filles non plus, alors ? demanda le bleuté dans un éclat de rire.
- Pfff, tu peux pas savoir, toi, forcément ! C'est pas facile de comprendre les filles, elles pensent pas comme nous et… Tu vas arrêter de te marrer, oui ?!
- Ah ah, pardon, c'est plus fort que moi ! Remarque, t'es pas nul dans tous les domaines, je capte pas pourquoi elles te plaqueraient… Situvoiscequejeveuxdire…
Devant un nouveau rire de Grimmjow, Ichigo enfonça rageusement les mains dans ses poches. Il pouvait sentir le sang lui monter aux joues.
- C'est moi qui rompais, pour l'info. J'étais pas à l'aise au bout d'un moment.
- Et tu t'es jamais posé la question ?
- Quelle question ?
- 'Quelle question ?' imita Grimmjow en lui lançant un regard moqueur. Bah de savoir s'il n'y avait rien qui clochait chez toi, imbécile !
- Mais il y a rien qui cloche !
- Dixit celui qui vient de virer gay.
- Je… Oh, t'es vraiment chiant ! »
Ichigo accéléra le pas. Grimmjow avait raison, et ça l'énervait.
« - Oh allez, fais pas la tête, t'es trop mignon quand tu boudes ! lâcha une voix dans son dos.
- C'est involontaire, alors !
- Ichi… »
Le surnom et la douceur avec laquelle on l'avait prononcé stoppèrent net l'élan du garçon. Il se retourna et fit face au regard hypnotisant de Grimmjow. C'était incroyable, ce don que le nageur avait pour l'agacer et l'apaiser en même temps. Leurs visages se rapprochèrent lentement. Encore un peu, un tout petit peu…
TUT TUUUUUUUUUUT !
Le son écrasant d'un klaxon vint interrompre l'harmonie presque achevée du couple. Ichigo fit volte-face pour se trouver nez à nez avec Yumichika, au volant de sa vieille coccinelle violette. Une voiture que tout le monde avait toujours trouvée ridicule, mais que Yumichika appréciait particulièrement. La petite Volswagen vint se rapprocher d'Ichigo et stoppa, son conducteur baissant sa vitre presque aussitôt :
« - Helloooooooo, Ichigo ! Quelle surprise !
- Salut, Yumi. Tu vas à la fête de Shuuhei, toi aussi?
- Tu rigoles ? Je n'aurai manqué ça pour rien au monde ! Oh… je vois que je dérange, ajouta l'homme aux cheveux de jai en avisant Grimmjow.
Ichigo afficha un demi-sourire et présenta son 'ami', Grimmjow Jaggerjack.
- Enchanté de te connaître… Mais on s'est déjà vus, non ?
- Oui, euh… ,balbutia Ichigo, Grimmjow est en fait…
- Je fais partie des Espadons, le coupa le bleuté.
- Ah…
La mine réjouie de Yumichika s'affaissa doucement en entendant cette nouvelle. Il venait de faire le lien entre la détresse qu'Ichigo avait montré récemment, ses questions concernant l'homosexualité, et tout le reste. C'était donc ça… Mais il ne faut pas juger un livre par sa couverture, comme dit le poète. Aussi, Yumichika crut bon de faire confiance à son collègue et ami sur ce coup-là. Cette relation était clairement à haut risque, mais bon. C'était le choix d'Ichigo, sûrement un choix mûrement réfléchi. Yumichika s'efforça de ne rien laisser paraître de son inquiétude.
- Je ne vous propose pas de vous accompagner, on est tous presque arrivés, et puis il n'y a pas assez de place dans mon petit tacot adoré !
- Oui alors, euh… On se voit tout à l'heure !
- Ça marche ! »
Yumichika démarra en leur faisant un dernier signe de la main avant de s'en aller. Puis ce fut le retour du silence. Gêné, Ichigo posa son regard sur Grimmjow, mais il ne parvint pas à déceler une émotion particulière chez lui. Il voulut s'excuser de cette interruption malvenue, mais ce fut le bleuté qui parla le premier :
« - 'Un ami', hein ?
- C'est tout ce que j'ai trouvé à dire, il fallait que je réponde vite! se défendit Ichigo.
- Mouais. T'as pas eu totalement tort. 'Le-type-que-je-saute-à-l'occasion', c'est assez vague.
- Je te 'saute' pas, ça va pas ?!
- Vraiment ?
- En tous cas, c'est pas ce que je considère comme sauter quelqu'un. Et puis c'est pas un bon mot, arrête un peu.
- On est quoi, alors ? Je veux bien rigoler cinq minutes, mais va falloir se mettre d'accord pour la soirée de ton pote, là ! »
Ichigo paniqua. Il n'aurait pas cru qu'il faudrait élucider ce problème tout de suite.
Bon. Il avait deux options: Mentir ? Non, les autres Ondins allaient reconnaître Grimmjow de toute façon. Dire la vérité ? Pas bon non plus, sa relation avec l'Espadon était trop floue pour qu'il puisse l'appeler son petit-ami. À moins que ce soit ce que Grimmjow voulait ? Cela aurait réglé bien des problèmes. Mais ça équivalait à faire son coming out tout de suite, et devant toute une assemblée.
« - On n'a qu'à dire qu'on s'entend bien… C'est global.
- Si tu le dis. Espérons qu'on aie pas droit à un interrogatoire, sinon on est foutus.
- Ou alors on y va pas.
- T'oublie que ton ami vient de nous voir ensemble, et que tu lui as dit qu'on y allait.
- Ah merde, c'est vrai ! Oh, je suis trop con !
- Mais non, mais non…
Grimmjow tenta de calmer Ichigo.
- Écoute, on y va, on reste discrets, et ça va bien se passer. T'auras qu'à leur demander de garder le secret. Tu leur fais confiance ?
- Oui, bien sûr!
- Alors tout est ok. On n'a pas non plus promis de rester des plombes. On les salue, et on avisera ensuite.
- D'accord, répondit Ichigo, la voix mal assurée.
- C'est parti. »
Ichigo emboîta le pas à Grimmjow et ils arrivèrent rapidement devant l'immeuble où vivait Shuuhei. Dans l'ascenseur, Ichigo essaya de rationaliser et de faire les comptes. Qui était au courant ? Tout d'abord, Renji. Lui, c'est sûr, il garderait ce secret. Il lui avait déjà tout raconté. Yumi et Ikkaku ? Ils se doutaient de son 'changement', et ça ne les dérangeaient pas, ça aurait été un comble. Ils étaient très tolérants. Restait Shuuhei. Le pauvre n'était au courant de rien, mais il y avait peu de chances qu'il rejette Grimmjow. C'était un garçon sensé et assez intelligent pour ne pas juger ses amis. Un soupir de soulagement passa sur les lèvres d'Ichigo quand il se rendit compte que ça n'allait pas être la catastrophe qu'il avait imaginée. Il sourit à Grimmjow tandis que le tintement de l'ascenseur indiquait qu'ils étaient enfin arrivés.
Ce fut un jeune homme blond qui leur ouvrit la porte de l'appartement. Ses yeux clairs se posèrent sur le couple étrange qui attendait qu'on les fasse entrer. Il reconnut Ichigo, il l'avait déjà rencontré plusieurs fois, mais l'homme à ses côtés lui était totalement inconnu.
« - Salut, Ichigo, lança-t-il.
- Bonsoir Kira. Tu vas bien ?
- La forme. Salut ! déclara-t-il en se tournant vers Grimmjow, la main tendue devant lui.
Main que Grimmjow serra avec conviction en se présentant :
- Je m'appelle Grimmjow.
- Enchanté. Moi c'est Kira, je suis le colocataire de Shuuhei. Tenez, entrez. »
Le jeune blond s'écarta et les laissa passer, manquant un regard soulagé entre les deux hommes. Puis il les conduisit dans le salon, là où tous les autres invités se tenaient. La fête battait son plein, la radio diffusait de la musique branchée et chacun avait son verre bien rempli. Il y avait là l'équipe des Ondins, désormais au grand complet. Tous tournèrent la tête vers les derniers arrivants et marquèrent une pause en voyant Ichigo à côté de ce type aux cheveux bleus. Ils avaient reconnu ces yeux, ce tatouage et cette crinière étrange. Assis sur le bras du canapé, Renji envoya un sourire satisfait à Ichigo. Il le mit à l'aise en venant lui taper dans le dos, invitant également Grimmjow à se servir un verre. Il était ravi de voir son ami en compagnie du bleuté, car il savait qu'Ichigo le trouvait irrésistible. S'il avait craqué pour lui, il y avait une raison. Grimmjow le remercia et avança dans la pièce, se soumettant au regard des autres. Dans le coin des apéritifs, Ikkaku et Yumichika semblaient eux aussi contents de voir les deux hommes ensemble. À coup sûr, Yumichika n'avait pas manqué de mettre son compagnon au courant dès qu'il avait su qui était la personne qui avait chamboulé Ichigo. Le couple serra la main de Grimmjow de manière conviviale. À côté d'eux Shuuhei n'avait pas bougé. Son regard voyageait entre Ichigo, Grimmjow et la porte. Que se passait-il ? Pourquoi personne ne s'offusquait de la présence d'un de leurs adversaires? Ils devenaient tous fous, ou quoi ?
C'est alors qu'il comprit. Encore une fois, il était le dernier au courant de tout. C'était rageant, ça arrivait à chaque fois ! Pourquoi personne ne le mettait au parfum ? Pfff, ça le dépassait. Mais visiblement, tous les autres acceptaient l'Espadon. Pour ne pas faire tâche, il serra sa main lui aussi, souriant, mais sans rien comprendre. Ichigo prit la parole :
« - Pour ceux qui ne se rappelle pas de lui, je vous présente Grimmjow. Il joue dans l'équipe des Espadons, mais c'est un ami. On s'entend bien, dit il en jetant un regard entendu à Grimmjow. Je sais que ça fait un peu bizarre, mais vous verrez, il est sympa.
- Tout ce qu'il y a de plus normal, ajouta Grimmjow en jouant légèrement la comédie. Il n'était pas normal, ça non.
- Si vous pouviez éviter de parler de notre lien à l'extérieur, ça nous arrangerait.
- Ça serait mauvais pour nos deux équipes, comprit Ikkaku.
- Exactement. Donc, motus et bouche cousue, d'accord ? Merci, les mecs. »
Lorsque le rouquin et son 'ami' allèrent remplir leurs verres, Shuuhei en profita pour agripper le bras de Yumichika et l'entraîner un peu en retrait.
« Toi, tu vas tout m'expliquer, et vite ! »
Trois quarts d'heure plus tard, la fête était à son apogée. Contrairement à ce qui était prévu, Ichigo et Grimmjow étaient restés après les présentations. Tout s'était bien passé, et personne ne posait de questions dérangeantes. Malgré la réticence d'Ichigo à laisser Grimmjow seul avec les autres, le bleuté se montrait particulièrement sociable. Il discutait mécanique avec Shuuhei près de la chaîne hi-fi tandis qu'Ichigo l'observait, de l'autre côté de la pièce. Renji et Ikkaku essayaient de convaincre Kira de venir les supporter pendant les épreuves de natation qui arrivaient à grands pas. Le jeune blond n'avait jamais été très branché sport, mais il aimait bien les amis de son colocataire, alors il finit par accepter. Yumichika, quant à lui, voulait glaner deux ou trois potins auprès d'Ichigo.
« - Je vois que mon livre t'a servi !
- Oui, un peu. Enfin, ça m'a surtout rendu confus, au début. Mais j'ai beaucoup réfléchi depuis.
- Et tu as bien fait, je suis content pour toi. Nous le sommes tous. En plus…
Yumichika se pencha pour murmurer.
- Il est plutôt bel homme, quand on y pense… Je n'y avais pas prêté attention plus tôt parce que c'était juste un concurrent parmi les autres, mais là… Je me sens obligé de te demander s'il s'est passé quoi que ce soit ! »
Embarrassé, Ichigo sourit et vida son verre. Ah, il ne savait pas exactement quel mélange d'alcools on lui avait passé, mais c'était vraiment fort. Yumichika attendait une réponse qui ne vint pas, ou plutôt si, mais sous la forme d'un haussement de sourcils maladroits.
« - Ça alors, j'en étais sûr ! Et qu'est-ce que ça a donné ?
- Pourquoi tout le monde veut savoir ça, bon sang ? dit Ichigo en jetant un regard vers Renji, qui avait visiblement un peu abusé de la boisson : son rire trop fort le trahissait.
- Parce que c'est nouveau, justement ! Et franchement, si tu m'annonçais qu'un si bel homme était nul sous la couette, ça tuerait le mythe.
- Il n'est pas nul, avoua Ichigo. Tout va bien de ce côté-là.
- Oh oh, je suis ravi pour toi! Ravi, ravi, ravi !
- Calme-toi quand même, ça doit rester entre nous. Si jamais nos coachs respectifs apprenaient quoi que ce soit…
- Oui, tu peux être sûr de ma discrétion, et de celle des autres. Ne t'en fais pas pour ça !
- Je sais. Pour l'instant, la seule chose qui m'inquiète, c'est de savoir où Renji va s'écrouler : je le connais, dans deux verres, il sera persuadé que le sol est son lit.
- Gardons un œil sur lui, alors ! »
Les minutes passèrent, et Ichigo resta à bavarder avec Yumichika. Il se sentait soulagé, en quelque sorte. Grimmjow s'était fait accepter…et lui aussi. Un poids s'était envolé de ses épaules. Maintenant, il se sentait en confiance, serein. La soirée se passait bien. Mais bientôt, la plupart des invités se retrouva 'transportée' par un trop plein d'alcool. Enfin, seul Renji était véritablement ivre, les autres avaient juste un petit coup dans le nez, comme on dit. Ils étaient distraits, riaient beaucoup et dansaient au son de la radio. Rien de bien sérieux.
Depuis sa dernière nuit alcoolisée et son numéro de danse improvisé, Ichigo savait ralentir sa consommation, heureusement. Quasiment sobre, il se tenait près de l'entrée et veillait à ce que personne ne se fasse mal : Kira et Shuuhei avaient entamé un concours de pompes –Dieu seul savait pourquoi-, Renji somnolait sur le sofa et Yumichika prenait sa photo, hilare. Ichigo sourit en imaginant à la tête de son meilleur ami une fois réveillé. La photo prise en ce moment ferait sûrement le tour de l'équipe pendant des semaines, comme un bon souvenir, une boutade. Avec un hochement de tête, il répondit à Yumichika qui lui adressait un pouce en l'air. Puis ses yeux se portèrent sur Grimmjow, toujours pris dans le filet de paroles d'Ikkaku, comme il l'avait été depuis plus de vingt minutes, maintenant. Le nageur chauve balbutiait des incohérences telles que l'écouter devenait de plus en plus pénible. D'ailleurs, Grimmjow ne l'écoutait plus depuis un petit moment. Il observait celui qui l'avait amené ici.
Content d'avoir enfin capté le regard d'Ichigo, il lui lança un sourire mutin, dévoilant lentement ses dents tel un prédateur. Soudain, Ichigo comprit ce que ce sourire signifiait, car il l'avait déjà vu, dans des circonstances plus… privées. Le jeune homme sentit ses joues chauffer et sa gorge se serrer rien qu'au souvenir des moments passés au près de Grimmjow. Il tenta de rendre son sourire au bleuté, mais c'était peine perdue. Tout à coup, un dernier regard troublé vers ses amis lui fit regretter d'avoir tant de personnes autour de lui. Il tenta vainement de se reprendre, mais c'était trop tard : il venait de déclencher chez l'Espadon une soif qui n'avait aucun rapport avec l'alcool…
Revenant vers Grimmjow, le regard d'Ichigo s'aventura le long de sa silhouette élancée, détaillant ses membres avec convoitise. Mais étrangement, ce fut sur les doigts du bleuté qu'il s'attarda. Il voulait que ces doigts soient ailleurs que sur le verre qu'ils tenaient. Il voulait que Grimmjow le touche. Peu à peu, il sentait son cerveau rationnel se déconnecter, laissant libre cours aux caprices de son corps. Et comme pour aider cette démarche, la radio diffusait à présent des chansons lancinantes et marquées, propices aux contacts rapprochés. La respiration d'Ichigo commença à s'accélérer, tout comme son pouls. Il était étranger aux appels soudains de la passion, comme ça, en public, mais ce n'était pas une sensation désagréable. Grimmjow n'était qu'à cinq mètres de lui, pourtant il déchiffrait parfaitement l'idée qu'il avait en tête : Toi, moi, maintenant. Le regard désapprobateur qu'Ichigo avait tenté de lancer au bleuté était mort en un rien de temps, et à présent, les deux hommes mourraient d'envie de se rapprocher l'un de l'autre. Ce qu'ils firent. Ichigo traversa la pièce lentement, de façon à ne pas laisser transparaître ses émotions ardentes. Mais de toute façon plus personne ne lui prêtait attention : Ses amis avaient tous joint le concours de pompes près du canapé. Ikkaku se rendit enfin compte qu'il parlait tout seul et alla se resservir un verre (pour une fois que Yumi ne surveillait pas sa consommation !). Grimmjow et Ichigo se retrouvèrent donc face à face, se dévisageant l'un l'autre avec appétit. Ils n'avaient pas besoin de mots, ils savaient ce qu'ils voulaient. Parler aurait sans doute rompu le charme de l'instant et ramené la raison dans l'esprit d'Ichigo. Tandis que le jeune homme avançait ses mains vers Grimmjow, les yeux de ce dernier considérèrent tout ce qui se passait à l'arrière-plan : il se faisait tard, chacun avait un taux d'alcool dans le sang résolument élevé et personne ne remarquerait leur départ. Parfait. Avec un peu de chance, il pourrait ramenait le gamin chez lui rapidement et profiter du reste de la soirée…
L'Espadon posa son verre encore à moitié plein sur la table derrière lui. Puis il entoura Ichigo de ses bras forts, embrassant par la même occasion la chaleur qui émanait du corps fin devant lui. Le rouquin leva la tête pour l'embrasser, quand l'odeur familière de la tequila chatouilla les narines de Grimmjow. Il comprit alors qu'Ichigo avait bu plus que lui. Trop peu pour être saoul mais juste assez pour perdre son inhibition. Voilà qui expliquait bien des choses !
Grimmjow avait été surpris que l'Ondin réagisse à ses 'appels' comme il l'avait fait : en temps normal, Ichigo aurait juste levé les yeux au ciel en le traitant de pervers obsédé. Mais ce soir, c'était tout à fait le contraire. L'occasion rêvée, se dit le bleuté avant de plonger sa main dans la poche de son jean pour y trouver ses clefs de voiture, prêt à embarquer Ichigo hors d'ici. Il savait que le jeune homme désirait la même chose que lui, alors pourquoi attendre ? Grimmjow glissa le bras qu'il avait dans le dos d'Ichigo sur la hanche de ce dernier et le rapprocha encore plus de lui. Ses yeux désignèrent la porte d'entrée au rouquin pour s'assurer qu'il avait compris qu'il voulait aller ailleurs, histoire de passer aux choses sérieuses. Mais à sa grande surprise, Ichigo fit 'non' de la tête et lui prit la main pour l'entraîner dans le couloir sur leur droite.
Le couloir était mince et plongé dans la pénombre, constituant une bonne cachette loin des autres participants de la fête. Il n'avait fallu trente secondes à Ichigo pour plaquer Grimmjow contre le mur avant de se ruer sur sa bouche. Stupéfait, l'Espadon n'osa pas le repousser. Et puis il n'allait pas refuser un tel entrain… Il répondit au baiser pour le moins fougueux du rouquin et prit ses lèvres entre les siennes. Ichigo était brûlant contre lui, réclamant toute son attention et ses caresses, glissant ses mains le long de son torse de manière impatiente. Était-il seulement conscient de ce qu'il faisait ? Il fallait l'espérer, car Grimmjow ne pourrait se contenir très longtemps si le jeune nageur continuait de l'aguicher de la sorte. Il voulait l'avoir encore plus près de lui, tout contre ses hanches. Il voulait le toucher, l'explorer encore une fois, parcourir son corps svelte de ses mains. Rapidement, une bouffée de chaleur explosa en lui et il sentit son sang affluer vers son bas-ventre, signe indiscutable d'excitation exacerbée.
Toujours occupé sur ses lèvres, Ichigo n'avait pas l'air de vouloir bouger d'ici, mais Grimmjow savait qu'ils devraient bientôt se séparer, ne serait-ce que pour pouvoir respirer, mais aussi pour trouver un endroit complètement à l'abri des autres. Lui-même se fichait de savoir si on les voyait, mais Ichigo ne penserait certainement pas la même chose et le lui reprocherait à coup sûr une fois totalement sobre.
Étouffé par un éclat de rire au loin, le gémissement d'Ichigo passa presque inaperçu tandis qu'il éloignait son visage de celui de Grimmjow. Mais il n'entendit pas ses amis dans la pièce voisine : les battements de son cœur étaient si violents qu'ils couvraient presque entièrement le bruit alentour. De vagues échos de voix lui parvenaient mais il ne s'en préoccupait pas. L'homme magnifique en face de lui était tout ce qui lui importait. Il le dévorait des yeux et fut ravi de constater qu'il n'était pas le seul émoustillé par la situation. Le souffle de Grimmjow s'était accéléré et ses mains refusaient de quitter ses hanches. Visiblement, il était prêt à passer à l'action.
Avec un sourire à peine dissimulé, Ichigo agrippa doucement le bras de Grimmjow. Ses doigts firent le tour de biceps et triceps parfaitement dessinés, durs comme le roc. Il l'attira vers lui puis entreprit de le conduire devant l'une des portes qui les côtoyaient. Sans aucune hésitation, il entra dans la première et ferma la porte à clef derrière eux.
« Là, c'est clair, il ne peut plus attendre… Ça me va. » se dit finalement Grimmjow.
Aussitôt dans le noir de la pièce, Ichigo sentit deux mains chaudes chercher les bords de son T-shirt tandis qu'on capturait à nouveau ses lèvres. Ajustant le rythme de ce nouveau baiser à sa guise, le jeune rouquin ne put empêcher un petit rire nerveux. Il se retrouvait à nouveau avec Grimmjow, sans aucune ambiguïté et pourtant ! C'était si différent de la dernière fois… La peur s'était muée en ferme intention d'accomplir ce qu'il voulait. Sans personne pour l'en empêcher, pour le rappeler à l'ordre.
Ichigo leva les bras pour permettre à Grimmjow de lui ôter son T-shirt. Il sentit l'air frais sur sa peau nue avant d'avoir à nouveau les paumes du bleuté sur son torse. Grimmjow jouait avec lui, remontant progressivement de son ventre souple et plat à ses côtes, avant de s'égarer sur ses tétons. L'Espadon délaissa alors la bouche du jeune homme pour son cou et Ichigo put respirer librement, cherchant de l'air en haletant. Tout en jouant des pouces sur la poitrine de son partenaire, Grimmjow prit un malin plaisir à tracer les contours de la jugulaire qui lui était présentée avec le bout de sa langue. Il s'amusa ensuite à souffler sur les dessins de salive qu'il venait de créer, envoyant de ce fait des frissons dans tout le corps en éveil d'Ichigo. Le rouquin dut batailler pour ne pas gémir une nouvelle fois.
Le couple enlacé ne fut pas long à se débarrasser de ses vêtements et bientôt, aucune barrière de tissu ne vint les séparer. Les yeux d'Ichigo, tout comme ceux de Grimmjow, s'habituèrent à la pénombre de la pièce et Ichigo se rendit compte qu'il avait choisi d'entrer dans la chambre de Kira. Ça ou celle de Shuuhei, aucune importance. Il voulait juste que ça arrive. Et il ne le regrettait pas. Il guida Grimmjow vers le lit et tous deux s'allongèrent. Ichigo ne ressentait plus la gêne d'autrefois, face à cet homme si… expérimenté. Il s'installa sur le bassin de Grimmjow, à califourchon sur ses hanches, déterminé. Il offrait une vue délicieuse au bleuté, et ça faisait son charme : l'Espadon tendit les bras vers lui pour l'effleurer. Ce faisant, leurs entrejambes entrèrent en contact et les deux nageurs soupirèrent. Grimmjow observa le visage rosi d'Ichigo. Sa lèvre inférieure disparaissait derrière ses dents, la pointe de ses cheveux couvrait son front, cachant la sueur qui y perlait, et ses yeux mi-clos s'était assombris. Ils étaient à présent presque noirs, voilés par le désir. Les sourcils froncés, il ondulait maintenant au-dessus de Grimmjow pour reproduire la friction qui les avait transportés quelques secondes auparavant.
Avec succès.
Grimmjow lâcha un juron en sentant le poids du jeune homme osciller sur ses cuisses sans relâche. Ichigo avait l'air de savoir ce qu'il faisait, et c'était un régal, tout simplement. Il le regarda porter la main à sa nuque, puis à son propre cou.
Les doigts d'Ichigo s'emparèrent des pectoraux du bleuté avec férocité et il se pencha pour venir l'embrasser. Profitant de cette proximité, Grimmjow saisit l'avant-bras du garçon et le retourna. Puis il détourna son visage de celui du rouquin et vint déposer un baiser à l'intérieur de son poignet. Étrangement, cela procura un certain plaisir à Ichigo qui répondit par une petite plainte à peine audible. Il plongea ses yeux dans ceux de Grimmjow et sourit, cherchant toujours à stabiliser sa respiration. Le bleuté l'accueillit au creux de son cou et se délecta de la sensation d'une haleine moite sur sa peau. La langue d'Ichigo s'amusa avec le lobe de son oreille, comme pour se venger, et Grimmjow haussa les sourcils.
« Alors comme ça, on veut la jouer viril, hein ? Tu vas voir… »
Ses pensées se mirent en application immédiatement et Ichigo sentit des doigts descendre dans le creux de son dos. Une fois arrivés au niveau des lombaires, les doigts changèrent subitement de chemin et partirent sur le côté, descendant sur sa hanche gauche pour finir sur sa cuisse, à étreindre la chair tendre et à la fois tonique. Ichigo n'avait jamais été très douillet, mais lorsque Grimmjow frôla l'intérieur de sa cuisse, il se redressa. Appuyé sur ses coudes, il croisa le regard amusé du bleuté. Il voulut dire quelque chose mais n'en eut pas le temps. Grimmjow venait d'enrouler ses doigts autour de son membre et le massait à présent, assez lentement pour lui procurer du plaisir mais également assez fort pour l'amener à en demander plus. Un soupir tremblotant s'échappa alors de la bouche d'Ichigo et le jeune homme se cramponna aux draps. Ses yeux s'étaient fermés d'eux-mêmes, mais Ichigo pouvait sentir le regard de Grimmjow en-dessous de lui, cherchant le meilleur moment pour accélérer le mouvement. Il força ses paupières à lui obéir et les ouvrit, découvrant le meilleur sourire de l'Espadon. Ce sourire carnassier et primal qui lui était irrésistible.
« - G-Grimm… chuchota Ichigo hors d'haleine.
Grimmjow lui répondit sur un ton joueur.
- Oui ?
- Ne… Ne t'arrête pas…
- À vos ordres, votre majesté ! »
Et Grimmjow s'exécuta, augmentant le rythme et l'intensité de son étreinte sur le sexe d'Ichigo. Tant et si bien qu'il dut s'arrêter après quelques minutes, de peur que le rouquin ne jouisse trop tôt. Oh, bien entendu, il aurait pu se contenter de le satisfaire ainsi, mais il ne voulait pas en rester là. Ç'aurait été dommage...
Ichigo restait contre lui, essayant de ne pas respirer trop fort, même si c'était peine perdue. Les yeux fermés, à la recherche de plus de sensations, il ne vit pas Grimmjow porter sa main libre à sa bouche. Le bleuté suçota son index avec application, puis son majeur et son annulaire. Son propre entrejambe était dur comme le bois, mais il s'efforçait de se concentrer sur Ichigo plutôt que sur lui-même. Avec un peu de chance, dans un moment il serait entièrement comblé.
La main qui prenait soin de l'Ondin jusqu'ici s'éloigna et vint palper et malaxer les muscles de ses fesses avec entrain. Ichigo laissa un « hmmm » s'envoler aux oreilles de Grimmjow tel un encouragement. Mais rapidement, quelque chose d'humide s'immisça dans la partie, frottant contre son coccyx et cherchant à aller beaucoup, beaucoup plus loin. Ichigo écarquilla les yeux d'un coup en prenant conscience de ce que c'était et de ce que Grimmjow essayait de faire. Il tenta de contenir un geignement comme preuve de sa surprise et de la crainte qui s'emparait de lui à nouveau. Mais Grimmjow s'aperçut de son trouble et amena la bouche du jeune homme à hauteur de la sienne. Il lui murmura quelques paroles réconfortantes en lui disant de ne pas avoir peur, que tout aller bien se passer s'il se détendait. Pfff, facile à dire, pensa Ichigo. Il en avait peut-être envie, mais il ne pouvait rien contre l'appréhension naturelle qui caractérise les débutants. Il respira profondément, décontracta chacun de ses muscles autant qu'il le pouvait et embrassa encore Grimmjow. Puis, lentement mais sûrement, les doigts mouillés de l'Espadon trouvèrent ce qu'ils étaient venus chercher.
Si jamais quelqu'un était passé dans le couloir à cet instant précis, il aurait sans doute entendu le cri miniature qui passa alors sur les lèvres d'Ichigo. Et pourtant : contrairement à ce à quoi il s'était attendu, le jeune homme n'avait pas eu mal. La sensation était vraiment étrange et loin d'être agréable, mais il ne souffrait pas. Et pour cela, il devait remercier Grimmjow, qui faisait très attention à ne pas être trop brusque. Après quelques secondes passées à tenter de s'habituer à ce nouveau contact, Ichigo put se relaxer car l'appréhension était retombée. Mais le plaisir aussi, malheureusement. En effet, si le fait d'avoir son sexe cajolé par la même main qui le traitait à présent était appréciable, se sentir étiré de la sorte n'était pas du tout du goût du rouquin. Il ne voulait pas se plaindre, ni vexer Grimmjow, mais ce moment obligatoire de l'acte ne serait probablement jamais sa tasse de thé. Enfin, ça, c'est ce qu'Ichigo se disait juste avant de sentir les doigts du bleuté effleurer une partie de son anatomie alors inexplorée. Pendant un court instant, peut-être un quart de secondes, il crut percevoir une sensation nouvelle qui elle, n'était pas désagréable. Au contraire. Et son visage avait dû le trahir, car Grimmjow se mit à ricaner doucement sous lui avant de recommencer le même mouvement, atteignant le même endroit avec plus de dextérité. Là, Ichigo poussa un grognement sourd, qui aurait pu passer pour de l'inconfort dans d'autres situations, mais qui traduisait ici tout autre chose.
« - Aah, Grimmjow ! gémit-il.
- On dirait que j'ai trouvé… » chantonna le bleuté, l'air ravi.
Tout content de voir Ichigo réagir ainsi, Grimmjow appliqua plus de pression sur la prostate du jeune nageur et le regarda se tordre à chaque nouvelle vague de plaisir qui déferlait sur lui. Il dégusta cet instant comme on déguste un gâteau savoureux qu'on s'était refusé jusque-là. Ichigo ne s'entendait apparemment plus gémir, et c'était tout à son honneur, car Grimmjow trouvait cela très érotique. Et, comble du bonheur, il s'était remis à onduler contre lui, frottant leurs bassins l'un contre l'autre avec frénésie. Ce fut le top départ du bleuté. Il ne pouvait plus attendre, il le voulait trop. Il ôta ses doigts du corps d'Ichigo, non sans une légère plainte de ce dernier, et commença à se redresser. Ichigo mit un moment à se remettre de ce qui venait de se passer mais obéit quand Grimmjow lui demanda de s'écarter. Heureusement, ils s'étaient séparés pour mieux se retrouver : ils avaient changé de position. À présent, l'Espadon dominait, penché au-dessus de lui, dévoilant un torse approchant de près la perfection et des cheveux en bataille. 'Miam', ne put s'empêcher Ichigo. Voilà qui le mettait encore plus en appétit.
D'un geste expert, Grimmjow s'agenouilla entre les jambes du rouquin et lui saisit délicatement les mollets. Mais au lieu de les suspendre en l'air tout de suite comme on aurait pu le croire, il les caressa avec soin, examinant chacun des muscles comme on admire une œuvre d'art. Et pourtant, il avait des jambes plus imposantes que celles d'Ichigo, mais ça n'avait pas l'air d'importer. Il s'avança un peu plus sur le lit, de façon à atteindre le visage de l'Ondinen allongeant le cou. Ainsi, il pouvait l'embrasser à sa guise et lui donna un baiser tendre tandis qu'il faisait passer ses jambes derrière son dos. Une fois prêt, il demanda une dernière fois à Ichigo s'il allait bien, ce à quoi le garçon répondit par un sourire, un autre baiser et un 'oui'.
« - De toute façon, t'as plus le choix, se moqua Grimmjow.
- La ferme et applique-toi... »
Devant la répartie d'Ichigo, Grimmjow haussa les sourcils. Et comment qu'il allait s'appliquer ! Ce gosse jouirait comme jamais il n'avait jouit avant, se promit-il en riant à moitié.
Reprenant son sérieux, il prit son membre en main et le guida entre les jambes d'Ichigo, doucement, très doucement, trouvant soudain le chemin qu'il avait 'préparé' un peu plus étroit qu'il ne l'aurait cru. Il poussa un juron furtif, qu'Ichigo n'entendit pas. Le jeune homme était bien trop occupé à sentir son cœur battre la chamade à nouveau, sa respiration devenir aléatoire et ses yeux se fermer. Il aurait voulu continuer de regarder Grimmjow, mais il n'y pouvait rien. Il se cantonna au souvenir frais des cheveux défaits du bleuté, de ses yeux qui le désiraient et de sa bouche dont la saveur était encore sur ses lèvres. Il ne se rendit compte de l'augmentation de vitesse et d'intensité des vas-et-viens de Grimmjow que lorsque ce dernier gémit à son tour au-dessus de lui.
« - Ah bon sang, Ichi…
- Grimm… je... Embrasse-moi… »
Ichigo peinait à formuler des phrases correctes. Son cerveau était complètement out, il se laissait guider par la valse de leurs deux corps sans penser. C'était une expérience inédite pour lui. Même avec les filles les plus aventureuses avec lesquelles il avait été, il n'avait pas ressentit cela.
Grimmjow se pencha, sans atténuer pour autant ses mouvements de bassin, et embrassa Ichigo. Leurs langues se titillèrent l'une l'autre, vibrant au son des grognements de chacun.
Mais Ichigo demeurait le plus bruyant. Pas étonnant, sa prostate était sollicitée à chaque nouvel aller-retour de Grimmjow. Le bleuté était en sueur, tout comme lui, et son visage devenait de plus en plus rosé. Le moindre mouvement du corps embrasé d'Ichigo contre le sien était à se damner, c'était fou. Il allait encore augmenter la cadence quand il vit la main du jeune descendre presque inconsciemment jusqu'à son sexe. Ichigo voulait plus de sensation, hein ? Mais pas question de le laisser faire, pensa Grimmjow, c'était à lui de lui asséner le coup de grâce. Il balança tout son poids sur son coude gauche et libéra sa main droite, balayant d'un geste sec celle d'Ichigo –qui avait alors presque atteint son but-. Puis, il enroula une dernière fois ses doigts autour du membre palpitant de l'Ondin. Sa vitesse se cala sur celle de ses hanches, et très vite, ce fut trop pour Ichigo. Trop de sensations.
Les grincements progressifs du lit. Le manque d'air dans ses poumons. Le bruit des chairs qui claquent l'une contre l'autre. Les sons qui sortaient de la bouche de Grimmjow. Son odeur. Son adresse évidente.
Ichigo poussa un gémissement plus fort que les autres qui se mua en grognement, annonçant de ce fait l'orgasme qui venait de le frapper. La tête sur le côté, tremblant, les mains sur les épaules chaudes et moites de Grimmjow, il éjacula et perdit notion de l'heure et du lieu où il se trouvait pendant quelques secondes. Il fut rapidement suivit par l'Espadon, qui avait senti à l'instant les muscles du jeune nageur se contracter autour de lui tel un étau.
En sentant ses forces l'abandonner petit à petit, Grimmjow se retira et vint s'allonger aux côtés d'Ichigo. Tous deux retrouvèrent une respiration normale après une minute ou deux de calme. Ichigo regarda le bleuté se tourner vers lui et lui sourire et il ne put s'empêcher de penser qu'il avait de la chance. De la chance de l'avoir rencontré. Oui, comme dans ces films pour filles qui le faisaient mourir d'ennui. Mais il n'y avait rien d'ennuyeux dans ce qui venait de se passer. Il était complètement abasourdi et heureux à la fois. Abasourdi parce qu'il ne se serait jamais cru capable d'expérimenter un tel acte auparavant, et encore moins d'y prendre du plaisir. Heureux parce que cette soirée confortait son choix, il ne se poserait plus de questions.
Oui, il était homo. Et oui, il aimait l'homme allongé à ses côtés.
« - Tu veux qu'on s'en aille ? demanda soudain Grimmjow.
- Hein ? Pourquoi ?
- Bah… on est ni chez toi ni chez moi, ici. Tes potes vont pas apprécier qu'on se soit barrés comme ça, qui plus est pour une partie de jambes en l'air dans une de leurs chambres.
- Ils sont tous bourrés. Ils se rappelleront même pas qu'on les a laissés.
- L'horreur de l'alcool, hein ? »
Ichigo mit un moment à comprendre le sarcasme de Grimmjow, qui faisait en fait référence à sa propre expérience d'ivresse et à sa danse honteuse en public.
« - Merde, tu vas arrêter de me parler de ça ? C'est gênant !
- Moi je trouve pas. Si tu t'étais vu… T'était presque aussi canon que ce soir.
- Tu me flattes pour éviter la baffe ?
- Je te flatte parce que j'en ai envie. Mais si tu veux, j'arrête. »
Ichigo sourit et secoua la tête. Il aurait pu continuer cette conversation encore longtemps, mais la fatigue pesait de plus en plus sur lui. L'heure était tardive, et tout l'appartement était alors silencieux. Les autres avant dû s'endormir. Ichigo décida de les imiter, après avoir gratifié Grimmjow d'un baiser qui signifiait bien plus qu'un simple 'merci'.
« - Allô, boss ?
- Je suis là. Ils sont toujours à l'intérieur?
- Oui, monsieur.
- Alors c'est une histoire sérieuse, ça ne lui ressemble pas. Il va falloir prendre les mesures qui s'imposent. »
10 CHAPITRES, déjà!
Et celui-ci me tenait à coeur. Ainsi qu'aux gens qui me lisent, à en juger par tous les messages que j'ai reçu me demandant quand Grimmjow et Ichigo allaient enfin conclure... EH BAH VOILA, c'est fait! hehe Et pourtant, j'ai toujours une énorme appréhension quand je publie un passage sexuel u_u ('est-ce que c'est crédible/bon/pas trop chiant?')
Enfin. Mais comme je ne peux raisonnablement pas faire tout un chapitre 'guimauve', il fallait incorporer les manigances du vilain Aizen! Bouh, méchant Aizen! *feulement de chat à son égard*
Ahem...
L'instant courrier
ayu: Contente que tu aimes toujours, ça me fait chaud au coeur!
Ellie: L'explication du message que Grimm n'a pas pu écouter est là ;) Mais la punition d'Aizen sera plus cruelle que tout ce à quoi tu as pensé...
Yaoikage: Merci beaucoup! :D
- A l'origine, je voulais poster ce chapitre au Nouvel An, mais il n'était alors pas terminé et je faisais une overdose de bûche saveur café... Bref... J'espère que la dixième partie d'A contre-courant vous a plu! Dites-moi ce que vous en avez pensé et faites-moi signe en cas de fautes d'orthographe :)
