Chapitre 10

Cinq heures de routes. Des heures de sommeil chaotiques juste avant. Une semaine entière infernale. Et surtout une espèce de déesse tombée du ciel à bout de force, encore inconsciente sur le siège passager.

Emma décida qu'il était temps d'une pause.

La nuit était bien avancée. L'heure annonçait bientôt minuit, et la blonde pensa amusée, que cette journée prendrait enfin fin. Quand bien même rien demain ne serait plus facile. Elle avait de toute façon du mal à croire, qu'elle avait ouvert sa fichue porte sur ce chaos le matin même. Et non, deux, trois, voire quatre jours auparavant.

Elle s'assura de se diriger vers la bonne adresse, puis quelque minutes plus tard, se gara dans le parking presque désert d'un Motel.

L'enseigne « Chez Angela » clignotant en mauve dans la nuit tira un sourire à la blonde, qui se pencha ensuite délicatement vers la Regina. Elle observa ses traits, sans intention de profiter de son inconscience, mais juste subjuguée. Et inquiète.

Avant la barrière magique qu'elle avait dressée, la brune ne lui avait même parler de l'état de sa blessure.

« Regina ? »

Après avoir touché son épaule, la brune reprit conscience, endolorie de sa position plus que précaire. Elle chercha immédiatement au dehors, où était leur position.

« On va s'arrêter quelques heures » annonça doucement la blonde.

Les yeux bruns s'aiguisèrent.

« Ca va aller, on est chez une connaissance. Elle... On sera à l'abri, au moins pour quelques heures répéta-t-elle. Le temps de manger un bout, se reposer et qui sait prendre une douche »

Comme espéré, ce dernier argument alluma des étincelles dans les yeux de la brune qui se redressa bien plus volontairement.

« Ca ira pour marcher ? »

La brune hocha la tête et sortit de la voiture, acceptant néanmoins sans rien dire, le soutien d'Emma qui l'aida à avancer. Elle se dirigèrent vers l'accueil, vide à cette heure et baignée d'une lumière trop vive.

La brune appuya sur la sonnette. Et fut au bord, d'appuyer de nouveau, lorsque des pas lourds se firent entendre dans l'escalier.

Une quinquagénaire apparut, l'air plutôt renfrogné, ses cheveux blancs maintenu par des bigoudis ridicules, prête certainement à les mettre dehors. Lorsqu'elle se figea et qu'un sourire ne se dessine sur son visage.

« EMMA SWAN ! » s'écria-t-elle en se précipitant vers cette dernière en l'engouffrant dans une étreinte. Emma suffoqua en riant « Bonsoir Angie »

« Mais regarde toi comme tu es belle... l'air libre te va bien ! » dit l'autre en la tenant à bout de bras .

« Et tu as clairement améliorer tes fréquentations » dit-elle en levant des sourcils suggestifs, se tournant cette fois vers Regina, qui se raidit.

Sans trop avoir le choix, elle se fit elle aussi engouffrer dans une étreinte.

« Je suis Angela, mais mes amis m'appellent Angie »

Une fois libre, Regina força un rictus crispé :

« Regina Mills » se présenta-t-elle, rigide.

L'atmosphère se suspendit, dans un malaise qui amusa Emma.

« Angie, on a besoin d'un endroit pour se poser pour la nuit »

Un regard s'échangea entre les amies de longue date, et l'hôte sembla pour la première fois saisir les signes. La fatigue certes, mais aussi l'état piteux de débardeur de la blonde, et de sa veste. Elle savait aussi reconnaître une femme blessée, lorsqu'elle en voyait une et la posture de la brune fit enfin sens.

Le soucis fut très bref, sur les traits de la vieille femme, presque fugitif. Avant qu'un sourire de forme n'allume son visage :

« Je vous donne tout de suite les clefs d'une des chambres... je vous apporte des draps et des serviettes. J'ai aussi quelques vêtements propres laissés par des clients... vous ne croirez pas à quel point certains sont tête en l'air » finit-elle en riant.

Elle chercha une clef pour la tendre à Emma :

« Premier étage à votre gauche dit-elle Je vais aussi préparer quelques encas au cas où »

La blonde accepta, souriant :

« Merci

-Oh ce n'est rien ! L'amitié est sacrée tu sais bien... Allez-y ! Je monte avec le linge dans quelques minutes »

La blonde acquiesça et aida de nouveau la brune à monter les escaliers, vers la chambre qui s'avéra modeste. Mais modeste, à ce point là du cours des choses, paraissait comme du luxe.

« La barrière que j'ai mise en place... ne durera pas éternellement... » souleva la brune et Emma comprit la méfiance implicite.

« J'ai...j'ai rencontré Angela en prison » informa-t-elle.

La brune écarquilla les yeux.

« Dans une crise de démence, elle a tué son mari et ses deux enfants... de 57 coups de couteau. Elle a fait 40 ans avec remise de peine. »

Un silence lourd s'installa.

« L'espoir pour ce genre de personne doit être difficile à définir »

La brune ne répondit rien, se crispa en s'asseyant sur le lit, dos contre le mur.

« Je pense que je préférais la contamination bactériologiques... » soupira-t-elle.

Emma rit, se laissant tomber sur le matelas jusqu'à s'y allonger. Elle replia ses bras derrière sa tête, pensive.

« Sans elle, je n'aurais certainement survécu une semaine dans cet enfer »

« Encore moins enceinte » rajouta-t-elle dans un soupir.

Regina et elle pensèrent en même temps, que la gratitude était comme bien des choses dans l'existence. Imprévisible. Peut-être même encore plus cinglante, quand elle naissait là où personne n'aurait pu l'attendre.

Quelques minutes plus tard Angela remonta, comme promis, des draps, des vêtements propres dans les bras, et glissées entre, des munitions. Emma rit à son clin d'oeil, à sa voix trop forte et ses manières aussi abruptes que dans ses souvenirs.

Puis elles se succédèrent à la douche, dans cette atmosphère lourde, pesante. Emma la première, pressée à vrai dire de laver le vacarme de son corps. Et elle avait attendu, oui, attendu, lorsque la brune avait prit le relais. Rechargeant son arme avec méthode, les pensées égarées jusqu'à ce que la brune réapparaisse, nimbée de silence, d'une chemise et d'un simple jean, qu'elle aurait pu faire croire sortis d'une collection haute couture.

L'effluve du shampoing bon marché contrasta avec l'ensemble, comme une note dissonante avec cette distinction qui se tendit lorsque la brune s'allongea finalement sur lit.

« Où en sont vos blessures ?

-Cicatrisées moins vite que d'habitude. Mais suffisamment pour faire ce qu'il reste à faire... »

Emma s'allongea elle aussi, les yeux ouverts fixés au plafond. L'envie aux bords des lèvres de revenir sur les événements, et de dire. Dire ses excuses d'avoir perdu le contrôle. Mais la pudeur dans le silence serra sa gorge. Et l'épuisement s'abattit sur ses membres.

« C'est une sorcière qu'on va voir hein ? Demain...

- Bannie de notre monde oui

- Hocus pocus le retour » rit la blonde au bout d'une seconde.

Et la brune rit aussi.

« Je ne vais pas énumérer le nombre d'inexactitudes colportées par ce genre d'inepties Miss Swan »

Et comme un signal, Regina éteignit la lampe de chevet, avant de s'installer, dos à elle. Emma, dans un bâillement acheva de plonger la chambre dans une obscurité pâle.

« Miss Swan ? » entendit-elle d'une voix déjà emportée par la fatigue.

-Mmm ?

-Joyeux anniversaire »

Emma regarda l'heure : 00h45, le 22 octobre.