Ndla : Bonjour ! L'unique pensée qui tourne inlassablement dans ma petite tête détraquée est "J'arrive pas à croire que je vais publier ça…" et, en effet, je n'arrive toujours pas à y croire. Ma santé me fait un peu chier et je ne suis pas censée faire d'effort (je cite) "mental ou physique". Donc, ouais... Désolée pour les fautes qui trainent encore. J'ai essayé de répondre à un maximum de reviews malgré ma santé en carton trempé, il en reste encore donc je m'adresse à ces lecteurs en particulier : ne vous sentez pas délaissés, je compte bel et bien vous répondre aussitôt que possible. Merci à vous tous, et je vous souhaite une très bonne lecture.

Dans l'ordre écoutées :
Daughter - Landfill ; xStill ; Smother
Low Roar - xxHelp Me
Sarah Jaffe - Swelling
Nexus - Serenity


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Juvia toqua deux fois.

Cela faisait déjà cinq ou six portes qui la renvoyaient vers leurs voisines. Serrant les dents, elle pria intérieurement.

« Faites que ce soit la bonne porte, cette fois-ci. », pensait la bleue en s'adressant à la quelconque puissance divine qui daignerait l'écouter en cette maudite journée. Elle avait mal aux pieds ; mal au cœur ; mal à la tête. Tout ce qu'elle désirait, c'était de sentir la présence de son aimé à ses côtés. Elle voulait le voir, pour… Juvia n'en savait rien, mais ressentait simplement ce besoin. Comme si ça pouvait tout arranger, tout à coup. Comme si c'était la seule chose que son cœur meurtri réclamait pour se calmer. La noble essayait vainement d'éloigner de son esprit la raison de cette amertume dans sa gorge ; l'irritation qui agaçait ses veines. Mais le souvenir, encore frais, flottait toujours dans son esprit.

Plus tôt, à l'aube, son père était finalement rentré de voyage.

Une agréable surprise qui avait ravi la photographe à son réveil.

Elle qui avait attendu son retour avec impatience et appréhension, elle n'avait jamais été aussi heureuse de le revoir. Sa mallette en cuir – dont il se séparait rarement – à la main, ses pas familiers heurtant le parquet du hall d'entrée, sa présence apaisante emplissant le manoir. La bleutée avait voulu se jeter dans ses bras, si seulement sa mère n'avait pas été présente, jaugeant ses pieds nus et sa tenue légère de son regard dégoûté. Sa génitrice avait ensuite insisté pour déjeuner ensemble, et la photographe n'avait su rechigner. Elle s'était plié aux exigences de Madame Lockser en abordant une tenue convenable.

Son père était enfin rentré, et Juvia n'avait en aucun cas voulu gâcher cette journée.

Ce qui était arrivé, malheureusement. La femme détestée avait abordé le sujet fâcheux, et la fille des Lockser avait attendu l'avis de son père, le cœur aux bords des lèvres.

Pendant ce temps, sa mère s'était extasiée devant la fortune de Lyon Vastia, sa soi-disant générosité et son physique plus qu'acceptable. Juvia avait grimacé devant tant de louanges, c'était à croire que c'était elle qui le voulait comme époux, et non celui de sa fille. Ses bonnes manières l'avaient, visiblement, complètement charmée. Mais la bleue le savait, elle, que Lyon n'était qu'un pervers.

Elle avait levé les yeux au ciel face aux mots prononcés presque religieusement par la femme abhorrée. Que lui trouvait-elle, sérieusement ? Il était beaucoup trop vieux pour Juvia, qui elle, n'avait d'yeux que pour l'élu de son cœur. Il n'y avait plus de place pour l'homme aux yeux dorés.

La jeune femme avait soupiré de lassitude, certaine que son père ne serait pas d'accord. Son sourire victorieux avait fondu comme neige au soleil lorsque l'homme avait parlé. Le souvenir de ses paroles brûlait encore vivement dans sa mémoire.

Ta mère a certainement raison…

Juvia avait eu envie de vomir. Son pain à moitié tartiné lui avait glissé des mains, et une domestique s'était empressée de nettoyer le sol tâché de miel. Et son père, lui, ne s'était pas arrêté de parler. Il avait continué à lui déchirer le cœur avec ses infâmes mots qu'elle avait eu du mal à croire. Certes, sa famille traversait une période difficile, mais jamais son père ne lui avait demandé de s'impliquer dans ses affaires.

Je regrette, Juvia.

Cela avait aussi été la première fois que son paternel n'avait pas pris sa défense, face à sa mère au sourire victorieux. La trahison l'avait frappée de plein fouet, se faufilant dans sa gorge et plantant cruellement ses crocs dans ses entrailles. Un serpent venimeux. Puis, le vide. Un néant dévastateur qui avait tout bouffé sur son passage, sa raison en premier. L'injustice avait chauffé sa poitrine, sa gorge. Alors Juvia avait un peu hurlé, ou peut-être beaucoup, elle n'en savait plus rien. Mais sa gorge lui faisait encore peu mal.

Pourquoi ne lui donnerais-tu pas une chance ?

Mais il a trente ans ! Et je ne veux pas, de toute façon ! Comment peux-tu me demander une telle chose ?!

La bleue savait qu'elle avait retint ses larmes de couler en mordant très fort ses lèvres. Comment pouvait-il réellement exiger d'elle d'accepter Monsieur Vastia ? Elle n'était pas prête, son cœur était déjà pleinement occupé. Son père était la dernière personne au monde qui l'aurait mise dans une telle situation. Et pourtant. C'était réel. Ses parents se liaient contre elle. Tous les deux. Même Melda lui avait jeté un regard suppliant, pour l'empêcher de hurler davantage.

Peut-être avait-elle ensuite craché des choses à son père qu'elle ne pensait même pas ? Et des choses qu'elle pensait pleinement à sa mère.

Si c'est uniquement pour ça que tu es revenu, tu peux déjà repartir !

Ses furieux pas l'avaient inconsciemment menée vers le portail du manoir. Son échappatoire, loin du mur contre lequel elle se sentait acculée. Un mur qui se mettait en travers de son chemin et s'obstinait à l'éloigner de Monsieur Fullbuster.

Je te déteste, papa.

Juvia chassa les souvenirs douloureux de sa colère explosive, et reporta son attention sur la porte dont la couleur fade la narguait.

La bleue s'était pourtant promise de ne pas venir empiéter sur son intimité. Elle ne voulait réellement pas se remettre à le harceler, surtout pas ici. Surtout pas maintenant qu'ils se rapprochaient enfin, après tant de temps à l'espionner et à espérer attirer son regard sur elle. Surtout pas après la veille, la plage, la journée qu'ils avaient passée ensemble au bord de la mer. Hésitant à se laisser piéger par Morphée ou profiter de la présence de son aimé. Il l'avait même raccompagnée chez elle le soir, dans la vieille BMW ; sifflant d'admiration devant le manoir Lockser ; la taquinant à propos de sa chambre visible depuis le jardin. Et son lit, où elle se faisait des choses délicieusement indécentes que le brun connaissait désormais jusqu'au moindre détail.

Juvia ne voulait vraiment pas profiter si rapidement de l'information partagée la veille, quand il lui avait indiqué le lieu où il habitait. Mais ses furieux pas, fuyant le manoir et sa famille, l'avait tout de même conduite devant ce vieil immeuble de cinq étages, dont la façade était délabrée et tâchée d'une couleur charbonneuse. La noble avait retroussé le nez devant la médiocrité de l'endroit, puis s'était réprimandée face à ses pensées hautaines.

L'ascenseur semblait être constamment en panne, au vu de l'état de l'acier des portes défoncées par elle ne savait quoi. Dans la morosité des couloirs éclairés par la brume du jour, Juvia avait dû emprunter les interminables escaliers, étroits et aux marches parfois crevassées. Prenant son courage à deux mains, elle avait toqué à différentes portes.

— Je cherche Monsieur Fullbuster, s'il vous plaît, récitait-elle poliment à chaque fois, même devant le gaillard barbu et effrayant, dont la désagréable odeur lui avait arraché un haut le cœur.

Un alcoolique, indubitablement.

Certains n'avaient même pas pris le temps de répondre, d'autres l'avaient renvoyée vers leurs voisins. D'autres l'avaient insultée pour les avoir réveillés à une heure aussi matinale. Il devait être neuf heures, peut-être bientôt dix.

Dans sa hâte, elle avait oublié sa montre, n'emportant que son fidèle appareil photo avant de furieusement quitter le manoir.

Juvia attendit patiemment devant l'appartement à l'apparence aussi miteuse que les autres. Le numéro onze avait perdu toute sa couleur, anciennement dorée, et se faisait ronger par la rouille affamée.

Mais les dieux n'étaient pas de son côté, ce jour-là.

Jamais.

Ses prières furent royalement ignorées.

Parce que ce ne fut pas Monsieur Fullbuster qui ouvrit la porte, comme elle s'y attendait, mais une femme aux longs cheveux bruns, bouclés, la lumière dégustant le caramel dans ses mèches ondulées.

Elle était vêtue uniquement d'un drap noir. Enroulé sensuellement autour de son corps, ses plis lui firent penser à une belle statue de marbre dont la gracieuse élégance aurait dû finir dans un musée. La photographe admira les courbes de cette étrangère, ses formes qui devaient en faire tourner plus d'un, son beau visage somnolant, un œil combattant la lumière aveuglante. Vaguement maquillée, une légère trace noirâtre imbibait ses paupières de négligence, tandis qu'une forte odeur d'alcool se dégageait de cette inconnue.

— C'est pour qui ? demanda une voix masculine au loin, une voix familière.

Trop familière. La question anodine se mua soudainement en un coup de poignard qui lui coupa le souffle. Juvia fixa la femme à moitié-endormie, adossée au seuil de la porte de façon nonchalante.

C'était la bonne porte, oui, mais pas le bon jour. Certainement pas le bon jour, non. Alors que la bleutée avait cru avoir affaire à une mauvaise journée, voilà que cette dernière se transformait abruptement en cauchemar.

L'enfer.

Monsieur Fullbuster habitait là. Il était à l'intérieur de cet appartement. Avec elle.

Cette séduisante femme enrobée dans son drap de sensualité. Dans un drap. Tous les deux, dans un lit ? Juvia cilla rapidement, les yeux écarquillés par les images écœurantes qui l'assaillaient. Etait-ce à cette personne qu'il avait parlé, dans les cuisines du Redfox ? L'avait-il abandonnée là-bas pour rejoindre cette femme qui n'avait rien à voir avec elle ? Pourquoi était-elle là, après la ruelle, le cinéma ? Après la plage ?

L'étudiante se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de pleurer devant cette exécrable inconnue.

La brune avait l'air tellement plus mature, plus belle, plus expérimentée. Juvia n'était qu'une gamine à côté.

La photographe eut honte de son corps, tout à coup, elle cacha ses mains dans les poches de son lourd manteau.

— Je… Mons… Monsieur Fullbuster… balbutia-t-elle stupidement, et Juvia se maudit pour ça.

— C'est pour toi, marmonna l'étrangère, disparaissant derrière la porte pendant quelques secondes.

La bleutée entendit l'homme à l'intérieur grommeler quelque chose d'une voix fatiguée, avant de dire plus clairement :

— Dis-lui de se casser, j'ai pas la tête à ça.

La femme reporta ses yeux embués par la fatigue sur elle, grimaça d'irritation. Puis, elle lui claqua la porte au nez. Comme ça. Sans un mot de plus, sans même la saluer, ni même répéter les mots du brun. La bleue cilla. Elle les avait déjà clairement entendus, de toute façon.

Estomaquée, Juvia observa le vieux bois de la porte verdâtre.

Pars. Ne reste pas plantée là.

Elle avait étrangement mal au cœur, mais refusait de s'avouer vaincue. Peut-être qu'elle avait juste confondu, que ce n'était pas Fullbuster, juste quelqu'un doté d'une voix similaire à la sienne. Et du même nom.

Tu te fais du mal.

La bleue se mordit les lèvres, empêcha ses yeux de se noyer en prenant une profonde goulée d'air.

Prenant son courage à deux mains, elle toqua de nouveau, puis attendit de longues minutes, le cœur coincé amèrement dans la gorge.

Ne te laisse pas engloutir.

La porte s'ouvrit brutalement.

Des cheveux d'ébène. Un tatouage noir. Une croix argentée. En caleçon.

C'était vraiment lui. De cruelles serres empoignèrent douloureusement sa poitrine.

Il fronça les sourcils, surpris de la voir, la bouche ouverte alors qu'il s'apprêtait à la chasser, certainement.

— Qu'est-ce que tu fous là ?! demanda-t-il à la place, presque agressif, ahuri par sa présence devant son chez lui.

Juvia se mit furieusement à rougir.

— J-Juvia voulait v-vous voir, parvint-elle à souffler, la voix faible, enrouée par l'angoisse.

— C'est pas une garderie ici, grogna-t-il, irrité.

La jeune femme encaissa le coup en serrant les dents.

Elle n'aurait pas dû venir.

Il passa une main dans ses cheveux décoiffés, puis jeta un regard furieux derrière lui, là où la belle femme devait certainement être retournée se coucher.

— Qui est-ce ? s'aventura à chuchoter Juvia, comme un secret, pour ne pas se faire entendre par la personne concernée.

Le mal-réveillé lui adressa un regard torve, évita de fixer directement ses prunelles et une boule se forma dans la gorge de la bleue.

— C'est pers… commença-t-il puis se ravisa hâtivement, ce que Juvia ne manqua pas de noter. C'est ma sœur.

L'étudiante se mordit l'intérieur des joues face à ce mensonge flagrant. Elle ne savait si elle devait en rire, ou en pleurer.

— D'accord, lui concéda-t-il en soupirant devant son air dubitatif. Ce n'est pas vraiment ma sœur.

Il soupira d'agacement, fit un geste évasif de la main, comme contrarié par le questionnement de la photographe. Celle-ci, de son côté, s'imaginait déjà des choses incestueuses entre les faux frères et sœurs. Elle essaya de contenir sa jalousie, parce que ça ne lui servirait à rien. Peut-être était-ce encore un coup de son imagination paranoïaque ? Juvia espérait plus que tout que ce fût le cas.

— Tu veux entrer ? l'invita-t-il après un long moment d'hésitation, en s'effaçant pour lui céder le passage.

Juvia rougit, hocha la tête et s'avança dans son antre. Au passage, son épaule caressa le torse dénudé du brun, et elle se délecta du frisson qui la traversa à ce contact.

Elle déchanta rapidement.

L'endroit était réellement médiocre et ne rattrapait en rien l'apparence extérieure de l'immeuble.

Un minuscule studio, une chambre avec une petite salle de bain. Rien d'autre. Pas de hall d'entrée, pas de salon, ni même de cuisine. Tout était cloîtré dans le même espace. Rien à voir avec le luxe du manoir. Elle s'empêcha de justesse de grimacer – il ne manquerait plus que ça. Le lit défait, une désagréable odeur de moisissure flottant dans l'air, les volets résolument fermés. Leur bois miteux comptait des fissures, une multitude de petites brèches permettant à de minces faisceaux de lumière d'éclairer un peu la pièce.

Comment pouvait-on survivre ici un seul instant ?

Sur la peinture défraîchie, des affiches des groupes préférés du brun. Les MMJ occupaient grandement ses murs, tout comme le brun qui occupait ceux de la bleue. Le sol accueillait un drap noir, froissé et en boule, celui de la brune que Juvia ne voyait nulle part. Il y avait tout un tas de choses dispersées par terre, négligemment. Des boîtes de nourriture livrée, des chaussettes sales, une paire de jeans, des emballages…

Une chaîne stéréo, posée à même le sol, dans tout le désordre.

Un lit de taille moyenne trônait au fond de la pièce, pas loin d'une petite armoire en bois sur laquelle reposait une photographie. La bleue plissa les yeux, et dans la semi-pénombre, elle devina le visage d'une femme âgée d'une quarantaine d'année en apparence. Souriante et taquine, elle flattait les cheveux de deux petits garçons bougons, qui se chamaillaient comiquement sur la photo. Son geste maternel les faisait rougir d'embarras, ou peut-être d'irritation parce qu'elle les décoiffait. Celui à gauche tirait douloureusement la joue de son compagnon de jeu, tandis que celui-ci répondait d'un petit coup de poing, enfantin, dans la face grimaçante.

L'un était brun, qu'elle devina être son aimé, et l'autre… Juvia écarquilla les yeux. L'autre était Lyon Vastia. Il n'y avait pas de doute. Elle reconnaissait ce petit nez pointu, ses yeux bridés et la façon dont ses mèches blondes partaient dans tous les sens en une chorégraphie bien menée. Bien sûr, les reflets argentés n'avaient dû apparaître qu'avec la prise d'âge, et elle se fit la réflexion que le gris avait attaqué sa chevelure un peu trop tôt. En y repensant, ça lui donnait un côté plus mature, adulte.

Ses yeux voyagèrent sur le reste de la chambre, captèrent l'unique table de chevet dont l'un des quatre pieds avait été brisé.

Ça empestait la cigarette, encore et toujours. Combien de paquets par jour s'entêtait-il à vider ? Il se tuait. Tandis qu'elle se posait intérieurement la question, le brun coinça une clope entre ses lèvres. Encore. Juvia plissa les yeux en direction du bâtonnet blanc, un flingue dans la bouche de son aimé l'assassinant à petit feu.

— Mais vous avez un travail, se permit-elle de dire, estomaquée par les apparences de l'endroit. Pourquoi continuez-vous à vivre ici ?

Elle était certaine qu'il pouvait largement se payer un nouveau logement, rénové, propre et tellement plus confortable.

— De quoi je me mêle ?

Il inspira une goulée de sa clope, la recracha aussitôt, brusquement, irrité par l'indiscrétion de la bleue.

— Mais…

— Laisse tomber, cracha-t-il. Personne ne t'a demandé ton avis.

Juvia ravala ses mots, douloureusement.

Le brun ne lui accorda plus un seul regard de plus, se dirigea vers la porte de la salle de bain où il toqua. La femme jalousée par la bleue lui ouvrit, parfaitement habillée d'un jeans et d'un petit haut blanc dévoilant son joli nombril. Le regard vague et tenant à peine sur ses deux jambes, elle tendit hasardeusement les bras vers les épaules du serveur, comme pour s'y accrocher. L'homme fit un pas sur le côté et lui offrit le vide à la place.

Juvia soupira intérieurement de soulagement.

— Dégage Cana, et vire ton bordel d'alcoolo de ma piaule. Ça empeste.

Cana.

C'était un joli nom.

La bleue retroussa le nez. C'était donc cette forte odeur d'alcool qui sentait aussi mauvais dans la chambre. Le serveur semblait avoir hérité d'une alcoolique en guise de sœur. Avait-il réellement tenté de lui faire gober ça ? Juvia essaya de ne pas pouffer en y pensant, mais ce n'était pas réellement drôle après tout. Que voulait-il lui cacher, au point de sortir un mensonge aussi ridicule ? L'amoureuse au cœur d'eau ferma fortement les paupières pour ne pas se laisser de nouveau dévorer par sa jalousie.

Elle se devait de lui faire confiance, il ne pouvait la trahir maintenant. Surtout pas maintenant, pas après tout ce qu'ils avaient partagé. Il n'avait pas le droit.

— A part si tu veux descendre quelques verres aussi ?

Juvia sursauta lorsque l'homme lui adressa sa mauvaise humeur. Elle balbutia, prise au dépourvu.

— Qu… Je… je ne bois pas, désolée.

De quoi s'excusait-elle ? La bleutée se maudit une énième fois.

— T'es vraiment pas marrant depuis hier, toi… marmonna la dénommée Cana, la langue pâteuse.

La plus jeune assista à la scène en se faisant aussi petite que possible. Elle observa la femme qui avait sûrement dû boire la veille, ou peut-être ce matin même, pendant qu'elle enfilait maladroitement ses chaussures à talons. Elle trébucha à maintes reprises, se prit un peu les pieds dans le drap jonchant le sol, avant de s'emparer hâtivement d'un petit sac à main et de trois bouteilles d'alcool. Visiblement vides, celles-ci s'entrechoquèrent dans un désagréable bruit de verre. L'alcoolique tituba hasardeusement en direction de la porte, et Monsieur Fullbuster ne fit pas un seul geste pour l'aider.

Lorsque Cana s'en alla finalement en fermant bruyamment la porte d'entrée, laissant Juvia seule avec le brun, ce dernier soupira avec un claquement de langue agacé.

— J'ai besoin d'une douche, déclara-t-il simplement, en refermant déjà la porte de la salle d'eau derrière lui.

La photographe se retrouva de nouveau dans sa solitude, au milieu de cet endroit étranger. « Laisse tomber. », avait-il dit, mais elle était tout de même têtue. Se baissant, elle s'affaira à ranger quelque peu les lieux, en commençant par jeter le reste de nourriture périmée dans la poubelle débordante. Les emballages inutiles qui traînaient, les bouteilles d'eau vides, les cannettes de bière et de café. Les paquets de clopes finis depuis bien trop longtemps au vu de la date inscrite dessus. Ne rangeait-il jamais sa chambre ?

Les doigts de Juvia flattèrent quelque chose d'étrangement familier. Une photo en couleurs qui rappela à l'ordre le monstre dans son cœur. C'était un cliché de la belle Cana, au bord d'une piscine. La bleue était jalouse de cette magnifique femme en maillot de bain. Ses lunettes de soleil dissimulant son regard, elle bronzait sur une chaise-longue sous un magnifique ciel bleu. Un cocktail coloré de bleu et d'orange dans la main. Elle avait l'air tellement plus mature, tellement plus belle que l'étudiante. Plus vivante, moins déprimante.

Reposant prudemment la photo sur le sol, sous le jeans délavé du brun, Juvia se rappela du cliché délaissé dans la poche de son manteau. Elle s'empressa de le sortir, jeta un regard circonspect à son propre visage qui s'étalait sur la photographie. En petite tenue, on pouvait aisément deviner les pointes de ses seins à travers son sous-vêtement gorgé d'eau, à cause de la farce du brun. Ses pommettes rosies d'embarras et par l'effort qu'elle avait fourni en s'appliquant à… donner du plaisir à son aimé.

Aussitôt rentré chez elle, la jeune femme s'était affairée à développer cette photo, comme il le lui avait demandé.

Juvia déposa soigneusement l'image sur l'armoire, juste à côté de la photographie encadrée, qui accrocha de nouveau son regard. Fullbuster lui avait parlé au téléphone d'une certaine Ur. Etait-ce donc cette femme au sourire chaleureux ? Etait-ce peut-être la mère du brun ? Elle regarda longuement la scène familiale devant elle. Soudain, son regard s'éclaira.

On a grandi ensemble, puis on s'est perdus de vue.

Si Ur était réellement la mère des deux enfants sur la photographie, alors Lyon Vastia était vraisemblablement un enfant adopté. Madame Vastia, cette femme blonde, hautaine et désagréable qui l'avait jugée l'autre fois, n'était pas sa vraie mère. Il n'y avait plus rien d'étonnant au manque de ressemblance entre les deux qu'elle avait observé. La bleutée considéra cette hypothèse un instant, se faisant l'effet d'une détective en pleine enquête. Sa mère n'avait jamais parlé d'une quelconque rumeur à leur propos, donc la famille Vastia voulait, visiblement, garder ce point secret. C'était une surprenante découverte à propos de Monsieur Vastia qui étira sa bouche en un petit sourire satisfait.

Se pinçant les lèvres, Juvia se figea, puis se força à hausser les épaules. Non pas que la vie de cet homme l'intéressait particulièrement…

La jeune femme s'installa timidement sur le lit qui grinça sous son poids, puis joua avec ses pouces, s'amusant à les tourner dans un sens puis dans l'autre. Le bruit de la douche lui parvenait facilement, et elle se força à ne pas penser à l'homme dénudé sous l'eau qui cascadait sur sa peau et ses muscles parfaits et...

Son regard tomba sur une page blanche, poignardée par un couteau de cuisine sur le dos de la porte d'entrée. Elle reconnut la liste qui la liait à celui qui faisait battre son cœur, accrochée de façon barbare au bois de la porte. Certains points avaient été barrés par l'encre noire. Lui qui disait de ne pas l'endommager… La bleutée leva les yeux au plafond souillé par l'humidité.

Cette pièce avait réellement besoin de rénovation.

Après un bon moment passé dans le silence, l'attente et l'appréhension, le sujet de ses pensées sortit enfin de la pièce d'eau, se séchant nonchalamment les cheveux avec une serviette.

Il était nu.

— T'es encore là, toi ? remarqua-t-il, indifférent.

Fullbuster semblait parfaitement à l'aise, il ne se gênait pas une seule seconde pour elle. Son agacement semblait l'avoir quitté après ces minutes passées sous l'eau rafraîchissante. C'était une bonne chose, Juvia n'avait aucunement envie de subir son humeur désagréable, ou pire, de se faire chasser par celui qui s'était, assurément, levé du pied gauche. Il bailla, se gratta paresseusement le ventre.

La bleutée détourna rapidement son regard de son sexe, s'affolant et rougissant comme jamais. Mais la curiosité la démangeait plus que tout, à chaque fois qu'elle essayait de ne surtout pas regarder là où il ne fallait pas, ses prunelles étaient attirées comme un aimant par l'entrejambe du brun.

— N'avez-vous jamais fait preuve d'un minimum de décence devant vos invités ?

— Quels invités ? C'est toi qui t'incrustes, rétorqua-t-il, son habituel sourire goguenard de nouveau plaqué sur les lèvres.

La bourgeoise demeura silencieuse, les pensées en ébullition. Il laissa tomber sa serviette sur le sol, négligent.

— Allez, regarde le bon côté des choses.

Elle fronça les sourcils, perplexe, jeta machinalement un rapide coup d'œil à l'érection du brun, puis se rappela à l'ordre. Pourquoi était-il déjà excité ?

— Ça te fait un point en moins à réaliser, expliqua-t-il, son attitude semblait l'amuser.

Juvia rougit, devina la silhouette de l'homme se rapprocher d'elle et elle déglutit difficilement. Même si elle s'obstinait à regarder avec attention ses propres pieds, la bleutée sentait la présence de ce sexe masculin anormalement trop proche.

Fullbuster ricana.

— Moi qui croyais que tu voulais l'étudier de plus près. Quelle mauvaise élève.

— J-je… je ne vois pas ce que v-vous voulez dire par là, arriva-t-elle à dire, tremblante et complètement embarrassée.

Choquée, elle le vit du coin de l'œil faire un pas de plus. Trop proche. Beaucoup trop proche. Elle se força à calmer sa respiration, en vain. C'était tellement gênant… mais une furieuse envie de relever les yeux n'arrêtait pas de la titiller. Elle voulait voir, le découvrir et l'admirer jusqu'à s'ancrer à jamais ce souvenir dans la tête.

— Tu ne la prends pas en photo ? railla-t-il, comme s'il devinait ses envies.

Il commençait à la connaître un peu trop bien.

— Quoi donc ? continua la bleue à nier, préférant refouler ses envies plutôt que de lui donner raison.

— Ma q…

— Taisez-vous ! s'écria-t-elle soudainement, mais son ouïe avait déjà deviné le reste de sa phrase transpirant de vulgarité.

— C'est toi qui demandes, dit-il, amusé par sa réaction de prude. Tu as mon autorisation, cette fois. Regarde.

— Vous allez encore me traiter de folle.

— Faut croire que je commence à y prendre goût…

Silence.

Courageusement, Juvia céda à cette envie calcinant sa raison. Ses paupières s'ouvrirent, ses prunelles maritimes glissèrent lentement sur les jambes masculines, flattèrent ses genoux, remontèrent encore…

Elle rougit furieusement, mais ses yeux se fixèrent résolument à ce membre beaucoup trop proche de son visage, de son nez, de ses lèvres. Un vague parfum d'urine étouffé par le savon. Le sexe. La chair intime. La goutte blanche perlant sur le gland rougi. L'odeur lui vrillait les neurones. Le brun se tenait à quelques centimètres d'elle, debout devant le lit où elle s'était permise de s'asseoir.

Il avait raison. Juvia crevait d'envie de sauvegarder cette image, et elle s'imprégna de chaque seconde passée à la regarder. Il la surplombait, l'observait pendant qu'elle admirait son sexe dressé par le désir. La situation l'excitait. Les excitait tous les deux.

D'une main fébrile, elle empoigna son appareil photo, le photographia honteusement, sans détacher son regard de la réalité. Pas une seule seconde. Elle ne voulait pas le voir à travers l'objectif. Parce que c'était réel. Parce que c'était mieux, en vrai.

L'exhibitionniste posa une main sur sa tête, caressa ses cheveux, comme un maître flatterait le crâne de sa possession. Comme dans la voiture, au bord de la mer. La photographe déclencha le flash quatre, ou cinq fois. Les pupilles dilatées. Hypnotisée. Se rapprochant à chaque éclat blanc de son obsession.

Ses lèvres se posèrent d'elles-mêmes sur la peau brûlante. Son nez s'écrasa contre les veines gorgées de sang. La jeune femme huma la forte odeur, agressive ; une pure fragrance de mâle. Les yeux grands ouverts, elle se vit lécher la peau hâlée, comme une spectatrice extérieure. Juvia ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait, mais elle savait que juste là, contre le plat de sa langue tendue, il y avait un sexe qui palpitait. Le sexe de Fullbuster-sama.

C'était tellement étrange. Elle qui s'était montrée réticente face à cette pratique, voilà qu'elle s'y aventurait de son plein gré. Elle le désirait ardemment. Sa raison flambait, se perdait dans ce goût étranger imbibant ses papilles. Tellement chaud, tellement dur. Sa verge épousait parfaitement sa cavité humide, reposait orgueilleusement sur le bord de sa lèvre et l'incitait à l'aspirer en elle.

— Je ne te pensais vraiment pas aussi audacieuse, souffla-t-il, taquin et quelque peu impressionné.

Juvia se figea, écarquilla les yeux devant son comportement indécent. Indécent. De qui se moquait-elle, au juste ? Le mot n'était même pas suffisamment fort pour qualifier ses propres gestes, la débauche et l'obscénité dans laquelle elle baignait complètement. Monsieur Fullbuster la rendait encore plus dingue qu'elle ne l'était déjà.

La noble, ahurie et honteuse, se détacha de lui.

— Je suis désolée, s'excusa-t-elle inutilement, plus pour elle-même. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive…

— Dévergondée, se moqua le brun en retour, sans cesser de caresser ses cheveux.

La seconde qui suivit, Juvia n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait. Elle se retrouva allongée, un lourd poids pesait sur son corps, l'empêchait de se relever. Ses boucles azurées s'éparpillèrent autour de son visage, se déversant sur le matelas souple en une profonde flaque bleutée dans laquelle sa tête se noya. Ses pensées aussi.

— Point numéro trois, souffla l'homme contre son oreille, l'humidité de ses mèches sombres chatouilla ses joues brûlantes.

Paniquée, Juvia réfléchit à toute vitesse alors que les mots de la liste, marqués par ses propres soins, se formaient dans son esprit. Les lettres invisibles défilèrent devant ses yeux et son cœur tressauta. Une contraction lui tordit délicieusement le ventre. Les bras repliés de façon apeurée contre sa poitrine depuis qu'il l'avait basculée sur le lit, elle fixa le plafond par-dessus l'épaule du brun.

— F…faire l'am…l'amour ? balbutia-t-elle, tremblante et n'arrivant pas à croire à cette réalité soudaine.

— Appelle ça comme tu veux, moi j'ai une putain d'envie de baiser.

Son cœur rata un battement. Il était sérieux, elle pouvait le sentir presser son érection contre le haut de sa cuisse. Le serveur la maintenait coincée entre son corps nu et ce lit grinçant sous leurs poids.

— Vous êtes tellement vulgaire, plaisanta-t-elle pour détendre l'atmosphère trop intense.

— Ferme-la, souffla-t-il, sa voix n'était plus qu'un murmure se répercutant sur la chaleur de son cou.

Le désir lui déchirait la voix. Il avait réellement envie d'elle, soudainement, en sortant d'une simple douche. Avait-il pensé à elle, à l'intérieur ? Un étrange sentiment s'empara de la bleutée, une sensation qu'elle n'avait jamais connue jusque-là. C'était la première fois que Juvia se sentait séduisante, sous ce regard enflammé par l'envie.

— Juvia n'a jamais fait ça…

— Je sais bien, dit-il simplement.

Juvia avait peur. Une certaine appréhension l'envahissait, même si elle désirait l'homme en elle, mais la crainte s'immisçait vicieusement dans son esprit et son cœur. La jeune femme essaya de se décontracter tandis qu'il butinait le creux derrière son oreille, lui arrachant quelques frissons de plaisir.

Elle haleta.

Ses dents mordirent fiévreusement la peau de son cou. La bleue ferma fortement les paupières sous la délicieuse douleur, dont l'homme s'excusa en donnant un coup de langue à l'endroit meurtri. Le brun était lourd, sur elle, son érection s'écrasait durement sur sa cuisse et elle sentait chaque mouvement que le fumeur faisait en se frottant contre elle.

Il se pressait contre sa chaire dénudée, entre les pans de son long manteau. Elle avait de nouveau préféré mettre une jupe, même si c'était plus par facilité que par envie de plaire au brun. Le vêtement tombait bien, parce que son aimé collait ainsi son sexe à sa peau, et c'était électrifiant. Étrange, mais grisant.

Ses lèvres trouvèrent les siennes, qu'il embrassa lascivement, comme pour l'aider à se détendre. Elle déplia ses bras, respira calmement l'odeur masculine. Etait-ce son eau de Cologne, ou son gel douche ? Sa peau était enivrante. La bleue se risqua à enfouir ses mains dans les cheveux de jais. La langue de son aimé ne tarda pas à s'inviter dans sa bouche, courtoisement, en se frayant un chemin entre ses lèvres humides. Elle embrassa la sienne, dansa sensuellement avec pendant de longues minutes.

Perdue dans cette caresse galvanisante, Juvia se rendit compte tardivement des mains la débarrassant de son manteau. Elles empoignaient perfidement ses généreux seins à travers son fin pull. Monsieur Fullbuster chassa habilement l'appareil photo qui faisait barrière entre eux. Sans prendre le temps de l'enlever de son cou, l'engin se retrouva délaissé quelque part près de la tête bleue. Elle ouvrit ses yeux, involontairement fermés, observa les paupières closes dominant son champ de vision. Calmant sa panique comme elle le pouvait, la jeune femme décida de refermer les siennes.

Juvia réfléchissait à vive allure, pendant qu'il pétrissait doucement sa poitrine, taquinait la pointe de ses seins visible à travers le tissu. Ce geste lui arracha un gémissement de plaisir, alors que de douces vibrations prenaient ses mamelons. La peur qui s'amusait à tordre son ventre la quitta peu à peu. Peut-être devrait-elle se laisser aller ? Après tout, à qui d'autre pourrait-elle ainsi offrir sa pureté ?

Vastia.

Juvia ferma fortement les paupières, se traitant mentalement de tous les noms pour avoir osé penser à cet homme. Il s'invitait toujours comme il le désirait dans sa tête, sans prévenir, dans les moments les plus inconvenants. Pendant que son serveur préféré lui faisait l'amour.

Faire l'amour.

La jeune femme était réellement sur le point de franchir le pas. Sa première fois, avec son Fullbuster-sama. C'était parfait. Que pouvait-elle demander de plus ? Elle qui désirait cet instant depuis longtemps déjà, elle ne pouvait se permettre de gâcher cet instant avec sa crainte injustifiée, ou pire, en pensant à quelqu'un d'autre. Juvia était une idiote.

Il était en train de caresser son ventre, chatouillant son nombril. Prenant place confortablement entre ses cuisses, son sexe se pressa fermement contre elle, lui rappelant l'étrange sensation qu'elle avait découverte au bord de la mer. A travers sa culotte, elle pouvait parfaitement le sentir. Parce que le brun ne portait rien, cette fois-ci. Plus de toile noire, uniquement l'infime barrière la séparant de la dureté de sa verge.

C'était particulier. Particulièrement excitant.

Pour l'aider, et surtout pour paraître plus active, elle décida de retirer son appareil photo et son pull elle-même, lui offrant la vue de sa poitrine à nouveau. La bleue voulait se sentir désirable. Elle posa hasardeusement son engin dans un coin du matelas, au-dessus de sa tête, et Fullbuster envoya valser son pull hors du lit couinant sous leurs corps. Le poids du regard bleu sombre remplaça celui de son appareil, pesa intensément sur sa poitrine exposée. Il s'en délecta un instant, admira ses deux pommes rondes où le brun nicha ensuite son visage avec délice. Juvia rougit fortement face à ce geste, mais le laissa faire quand la couronne de son sein se retrouva coincée entre ses dents. Tendrement, il la mordilla et la lécha du bout de la langue. La chair rosée goûtait à sa peau, tournoyait autour, chatouillait le bout sensible. D'agréables frissons traversèrent la bleutée, sa gorge laissa échapper des couinements plaintifs malgré elle.

C'était embarrassant.

— Ne me faites pas mal, lui souffla-t-elle sans pouvoir s'en empêcher, quand il la débarrassa de son sous-vêtement trempé par l'excitation.

Fullbuster se contenta d'émettre un simple grognement en réponse à sa crainte, puis il jeta un coup d'œil derrière elle.

— Tu me passes le truc derrière toi ?

Juvia bascula la tête en arrière, cherchant l'objet recherché du regard. Sur la table de chevet, pas loin de sa tête bleue, un petit emballage rouge y avait été délaissé.

Un préservatif.

Pourquoi y en avait-il un sur la table ?

Cana.

La jeune femme se fit violence et se força à contrôler le monstre dévorant son cœur. Il ne s'était absolument rien passé entre eux. Pourquoi l'aurait-il invitée à l'intérieur sinon ? Non, Fullbuster-sama était simplement un homme. Un homme prudent. Il était donc tout à fait normal pour lui d'avoir des protections. Au cas où.

Au cas où quoi ?

— Prends ton temps surtout, la pressa le brun. J'ai toute la journée…

Rougissant furieusement, Juvia tendit fébrilement le bras vers la chose, et la lui passa.

— D-déjà ? paniqua-t-elle, la boule de peur revenant à la charge dans son ventre.

N'était-il pas censé la préparer plus longuement ? Juvia sentait parfaitement la moiteur entre ses cuisses, mais la bleutée désirait sentir les doigts de l'homme enfouis de nouveau dans son intimité, comme dans la voiture. Elle mâchouilla sa lèvre inférieure tandis que la peur revenait vivement au galop. Il arqua un sourcil dans sa direction, avant d'esquisser un sourire amusé.

— Détends-toi un peu.

— J'essaie…

Elle tenta un sourire.

— Aide-moi, ordonna-t-il plus qu'il ne le demanda.

Juvia l'interrogea du regard, surprise par cet ordre incongru. L'aider à quoi ? Elle l'observa ouvrir l'emballage de la protection et l'en sortir. Il se redressa, la libérant de son poids, puis l'incita à en faire de même.

Assise sur le lit, ils se regardèrent un instant. L'incompréhension de la photographe se peignait de façon flagrante sur son petit visage rosissant, tandis qu'elle repliait ses genoux sous elle, assise sur le bord du lit. Le brun s'était de nouveau relevé. Son sexe, maintenu par une de ses mains, était fièrement tendu vers le visage de la bleue.

L'homme plaça le bout du préservatif sur sa verge raidie.

— Ça a tendance à me faire débander, lui expliqua-t-il.

Juvia cilla.

— J-je dois le f-faire ? balbutia-t-elle.

Il ricana, dévoilant vicieusement ses dents. La situation semblait clairement l'amuser.

— C'est extrêmement gênant, dit-elle inutilement, ses joues la brûlaient pendant qu'elle regardait curieusement le sexe palpitant de désir devant elle.

Alors que la bleue se décidait à tendre courageusement les doigts vers lui, Fullbuster en décida autrement. Sa proéminence se retrouva soudainement tout contre ses lèvres. Juvia écarquilla les yeux de surprise, figée par le choc. Elle le vit, le sentit, presser fermement son gland contre sa bouche, se frayant un chemin jusqu'à sa langue.

La forte odeur de sexe, les veines gorgées de sang, la rigidité de son érection. Tout à la fois, sans prévenir, s'invitant grossièrement dans sa bouche. Le préservatif était humide, gluant, avait un vague arôme de vanille.

C'était dégueulasse. Écœurant.

Elle réprima un haut le cœur mais le brun n'y fit guère attention. Il poussa un râle de plaisir tandis que sa verge poursuivait son parcours jusqu'au fond de sa bouche.

Trop tôt.

Juvia devait avoir une petite bouche, ou peut-être était-ce le sexe de Fullbuster-sama qui était bien trop grand ? Sa taille avait pourtant l'air d'être raisonnable, aux premiers abords. Peut-être. En vérité, la néophyte n'en savait strictement rien. La bleutée s'empêcha de penser au moment où il se retrouverait en elle.

Ça allait être douloureux.

Le brun déroula le reste de la protection en latex à l'aide de sa main, avant de quitter finalement la bouche de Juvia. Elle inspira une urgente goulée d'air, ayant oublié de respirer sous la masse de ce sexe envahissant sa cavité buccale. Celle-ci s'était imprégnée du goût répugnant de vanille gluante, et la noble s'empêcha de céder à l'envie de cracher.

— Allonge-toi, lui intima-t-il.

Ne pouvait-il pas être plus romantique ? L'obsessionnelle se remémora les scènes d'amour vues sur son écran de télévision. La réalité n'avait rien à voir avec ces gros plans sur les tendres caresses, les baisers fiévreux et les sensuels coups de reins enveloppés dans la discrétion d'un drap.

Non, là, c'était réel, crû, mais ses yeux ne se lassaient pas d'admirer la nudité du serveur.

Juvia garda pour elle ses réflexions stupides, et fit comme il le lui avait demandé. Il avait l'air de savoir ce qu'il faisait, contrairement à la bleue qui ne pouvait que se fier à son expérience. Elle faisait confiance à Monsieur Fullbuster.

— Ne me faites pas mal, dit-elle de nouveau, comme si ça pouvait y changer quelque chose.

— Je vais te faire mal.

Sa voix vibra délicieusement contre son épaule, là où il avait reposé sa tête en se plaçant de nouveau entre ses cuisses. Elle pouvait sentir son sexe frotter son intimité, juste là, directement contre sa peau.

Juvia frissonna.

— Alors essayez tout de même de m'en faire le moins possible.

— Cela va de soi, très chère, dit-il en exagérant délibérément son ton pompeux.

Il ancra ses prunelles aux siennes et elle se perdit dans la pénombre dévorante.

Et puis, la douleur.

Sa tentative de ne pas lui faire mal était un vrai fiasco. Juvia se sentit déchirée, écartée douloureusement par le sexe bien trop gros pour son étroitesse. Ses cils se noyèrent dans des perles salées de douleur.

— Juvia n'aime pas ça, arriva-t-elle à siffler entre ses dents serrées.

— Relaxe. Arrête de penser.

La bleue secoua la tête de gauche à droite, les lèvres résolument fermées parce qu'elle ne trouvait rien à rétorquer. Elle n'avait même pas le courage ni la force d'ouvrir la bouche de peur de hurler. Comment voulait-il qu'elle arrête de penser à ça ? Ça faisait mal.

Il progressait lentement, mais ça n'en était pas moins douloureux. Ses chairs brûlaient, irritées par l'intrusion du corps étranger. Chaque centimètre parcouru lui donna envie de hurler, ses ongles plantées dans le dos du brun. Un couinement aigu monta lentement dans sa gorge.

Juvia voulait qu'il arrête, qu'il se retire d'elle.

Non, elle ne le voulait pas réellement.

Le sexe de Fullbuster-sama était en elle.

Elle n'arrivait plus à penser correctement.

— Pense à moi.

Son cœur rata un battement à l'entente de ces mots susurrés doucement contre son oreille. Le souffle brûlant chatouilla la tendresse de son fragile lobe.

Seigneur. Elle aimait cet homme.

Il se redressa quelque peu et sa bouche s'empara de la sienne. La jeune femme répondit maladroitement à son baiser. Etait-ce ça, faire l'amour ? Rien à voir avec ses fantasmes lubriques qui la torturaient chaque soir. Juvia ne savait plus ce qu'elle désirait. La crainte déchirait ses entrailles. Non, elle le voulait entièrement, douleur ou pas. C'était un pas à franchir, à deux. Une union basée sur la confiance. Et Juvia faisait confiance à Monsieur Fullbuster. Pleinement. Son aimé s'enfouissait profondément en elle, son corps épousait ses formes, ses lèvres caressaient les siennes.

La bleutée concentra son attention sur sa bouche. En vain.

Elle le sentait parfaitement pousser en elle, se frotter à ses parois intérieures qui n'étaient pas aussi humides qu'elle l'avait pensé. Il arrêta soudainement sa progression ; demeura là. Juste là. Dans son ventre. C'était tellement étrange, elle se sentait… pleine. Rassasiée. Emplie par l'épaisseur du brun.

Celui-ci attendit un long moment, haletant contre ses lèvres. Comme s'il faisait tout l'effort du monde pour ne pas la brusquer. Plusieurs minutes passèrent dans le silence, et Juvia se surprit à apprécier cette sensation particulière.

Cette impression d'être finalement à sa place, envahie par la hampe de son aimée.

Il bougea, se retira lentement et Juvia ignora la douleur, moins présente toutefois. Allait-il la quitter, finalement ? Une plainte s'échappa involontairement de sa gorge.

Elle ne voulait pas ça.

— Ne vous retirez-pas, quémanda-t-elle. S'il vous plaît.

— J'y comptais pas, la rassura-t-il en retour, vaguement amusé par son geignement suppliant.

Juvia sourit doucement, plissant ses yeux humides qu'elle s'empressa d'éponger du bout des doigts.

— Je n'arrive pas à croire que j'en ai pleuré, se moqua-t-elle de sa propre réaction de petite nature.

— Ça arrive, dit-il, indifférent. Tu saignes un peu.

Juvia grimaça. Ça arrive. Combien de femmes avait-il ainsi déflorées ? Non, elle ne voulait pas y penser maintenant.

— Ça m'importe peu, vous pouvez continuer.

— Tu n'as plus mal ?

— Si. Un peu.

Elle haussa les épaules. Juvia désirait cet homme plus que tout. Il était trop tard pour faire marche-arrière, sa vertu avait été goulument dévorée par le numéro sept. La bleutée n'avait aucune envie que tout s'arrête, surtout pas maintenant qu'il était déjà à l'intérieur d'elle.

Juvia ferma les yeux, soupira profondément pour se détendre.

Confiante, elle s'abandonna à son brun.

x

Juvia brûlait.

Elle n'aurait jamais cru que ça pouvait être aussi bon.

Ses attouchements dans la solitude de son lit étaient à des kilomètres de tout ça. À des années lumières.

Incomparables.

La jeune femme se calcinait sous le poids du serveur. Sa verge la martelait de l'intérieur, lustrant délicieusement ses parois. Ses coups de reins étaient rapides, violents, désespérés. Il lui faisait parfois mal mais elle s'en fichait, elle n'en avait absolument rien à faire. La douleur faisait son plaisir et elle prenait son pied sur le lit de Monsieur Fullbuster.

La sueur dégoulinait sur sa peau. La chambre puait le sexe et la clope.

La dépravation.

Avant, la petite bourgeoise aurait plissé le nez, dégoûtée devant cet écœurant tableau. Mais elle était maintenant là, les cuisses allégrement écartées pour recevoir la verge de son obsession. La chaleur l'étourdissait, la fièvre la dévorait tout entière. A chaque coup de reins, à chaque mouvement percutant son intérieur, juste là, dans son ventre... Elle se sentait venir, ça montait de plus en plus et les va-et-vient ne s'arrêtaient jamais. Il ne s'arrêterait pas, même si elle le lui demandait – ce qu'elle n'avait aucune intention de faire. Juvia ne voulait pas que ça s'arrête, elle le voulait encore et encore. Plus fort, plus vite. Il pressa un de ses seins, se pencha pour le prendre dans sa bouche. Fébrile, elle s'accrocha à ses cheveux, griffa son dos.

Puis tout s'arrêta.

Il se dégagea, l'incita à se retourner. Haletante, elle se laissa faire, ne cherchant qu'à retrouver l'intense plaisir dont il venait de la priver. Cruel. Elle enfouit son visage dans le matelas, humant l'odeur familière du joueur de Hockey.

— Fullbuster-sama, gémissait-elle inlassablement, se délectant du nom roulant sur sa langue.

Il haleta contre sa nuque, pressant et frottant son érection sur la rondeur moelleuse de sa croupe avec laquelle il avait visiblement décidé de se faire plaisir.

— Gray, souffla-t-il simplement, les lèvres posées sur son oreille.

Son cerveau calciné par le désir eut du mal à comprendre ce qu'il essayait de lui dire. La fiévreuse bleue ne l'écoutait même pas. Toute son attention était aimantée par la dureté qu'elle sentait contre ses fesses. Il frottait, glissait tout contre sa peau, se donnait du plaisir avec sa tendre chair de porcelaine. Trop pâle, blafarde, détestable. Et pourtant l'homme aimait cette peau, éprouvait même du plaisir à la caresser avec sa hampe. Sa rigidité, preuve de son intense désir, comblait et émerveillait Juvia. La jeune femme ne pensait plus qu'à ça.

Gray.

Elle le voulait de nouveau en elle, le sentir la compléter et jouer dans son antre. C'était douloureux, plaisant. Tellement bon. Ses chairs intérieures adulaient la hampe de son aimé, la réclamaient, avides et en manque. Mais le brun n'était pas près de satisfaire ses attentes, il continuait de butiner son cou, son oreille ; posait ses lèvres contre celle-ci, haletait et arrosait son ouïe de sa délicieuse voix. Son excitation, le plaisir qu'il prenait. Comme au téléphone. Ces délicieux sons qu'il laissait échapper. Rauques et excitants, qui la faisaient frissonner et encourageaient son propre plaisir.

Gray.

Juvia écarquilla soudainement les yeux, reposant pied sur terre. L'homme ne ralentit pas pour autant ses mouvements, continua à se caresser à l'aide de son corps. Gray. Etait-ce son prénom ? Lui faisait-il enfin assez confiance pour le lui dévoiler ? Gray…

La bleutée se mit à rire, et le brun fronça les sourcils, s'arrêtant.

— Mon nom te fait marrer ?

Gray n'avait pas l'air très content… Juvia rit encore un peu. Elle était à la fois surprise et amusée. Heureuse. Devant l'air grognon du brun, la jeune femme se força à se calmer, étouffant son rire cristallin dans l'oreiller.

— Non, lui assura-t-elle sans pouvoir s'arrêter de sourire. Je repensais à toutes les fois où je vous ai demandé un Earl Grey, sans me douter une seule seconde que je prononçais votre prénom.

— Maintenant tu le sais.

Il enfouit son visage dans le creux de son épaule, embrassa sa joue.

Un geste anodin qui étreignit doucement le cœur de Juvia.

Il y avait des fois comme ça, où Gray Fullbuster pouvait se montrer tendre et enjôleur. Presque affectueux. Et parfois… Parfois sa brutalité faisait complètement perdre la tête à Juvia, tellement elle était délicieuse.

— Oui, Gray-sama.

Il s'arrêta encore une fois de se frotter contre la pureté de sa peau opaline, et la bleutée le sentit sourire contre sa joue.

— Répète pour voir, souffla-t-il d'une voix étrange.

— Gray-sama, obéit-elle aussitôt, y prenant du plaisir. Gray-sama, Gray-s…

La bleue, aguicheuse et soumise, gémit bruyamment quand il mordit son épaule. Gray jura contre sa peau, pressa son érection douloureusement contre son intimité. Sa hampe dressée se frotta contre son orifice non-visité. Juvia écarquilla les yeux, incertaine et effrayée par les initiatives que prenait l'homme à la peau froide.

— Non ! s'écria soudainement Juvia. Ne mettez rien !

— Où ça ? Ici ? s'enquit-il vicieusement en posant le bout de sa verge exactement là où elle ne voulait pas.

Avant qu'elle ne pût se débattre, le brun l'ôta, lui arrachant aussitôt un soupir de soulagement… qui ne dura pas longtemps, parce qu'il le remplaça avec un de ses doigts, le pouce peut-être. Ses épaules se raidirent aussitôt. Qu'était-il en train de faire ? C'était indécent. Juvia jeta un coup d'œil paniqué à ce qu'il fabriquait, puis changea très rapidement d'avis. Les joues brûlantes, elle s'empressa de détourner les yeux du vicieux tableau. Affolant, troublant, embarrassant. La petite noble s'obstina à fixer le mur sale devant elle.

Gray-sama la caressait circulairement, tandis qu'elle se sentait rougir stupidement, la tête enfouie dans l'oreiller empestant le tabac et l'odeur de son aimé. Juvia poussa des couinements plaintifs, tandis qu'il flattait son antre impur, fermement. Lentement. Pour ne pas lui faire mal ; lui faire peur. Le brun prenait tout son temps pour la toucher aussi indécemment. Il ne cessait d'agiter son pouce contre elle, lascivement, tout autour, et la jeune femme eut honte de la réaction de son corps. Ses fesses qui se tendaient instinctivement vers la source de ce plaisir malsain. Elle sentait distinctement son entrée sale palpiter de plaisir sous ce toucher obscène.

Que lui arrivait-il ? Tous ses ancêtres devaient s'en retourner dans leurs tombes. Elle avait terriblement honte d'éprouver du plaisir à travers cette pratique.

Se ravisant à nouveau, Gray ricana doucement en retirant son doigt, pressa le bout de son sexe rigide contre son entrée interdite. Sans forcer, il tournoya autour, la caressant sans jamais la pénétrer. Ce n'était plus la sensation particulière de la pulpe de son pouce que Juvia sentait distinctement, mais bien la hampe de son aimé, cloîtrée dans la protection lubrifiée. Puis, Gray fit glisser sa virilité, de tout son long, entre ses deux fesses tenues fermement par ses mains. La bleue écarquilla les yeux et laissa échapper un couinement, choquée et offusquée. Mais le brun ne se formalisa pas une seconde de sa gêne. Les frottements ne s'arrêtaient plus, elle sentait sa rigidité aguichante tout contre son entrée sale, effleurant parfois sa fleur humide.

L'insatiable gémit faiblement, de plaisir et surtout d'envie. Capricieuse. Juvia voulait jouir aussi, pourquoi ne lui redonnait-il pas ce qu'elle voulait ? Il la privait de sa friandise après la lui avoir faite goûter. Le brun s'amusait à la torturer ainsi.

Gray se pencha sur elle, son souffle brûlant lui chatouilla l'oreille.

— Supplie-moi, haleta-t-il chaudement, d'une voix profonde et grave qui la fit vibrer.

Un gémissement incontrôlable s'échappa de ses lèvres. Elle aimait quand il lui donnait des ordres, il le savait parfaitement et profitait de sa petite faiblesse. Gray aimait clairement la dominer ainsi, et la bourgeoise adorait se soumettre à lui. Alors Juvia obéit, le pria de lui faire l'amour, de la prendre entièrement comme il le désirait. De faire tout ce qu'il voulait d'elle. La gêne lui flambait les joues comme jamais, mais l'élève ne cessa de le supplier, se plaisant à gémir le prénom de son maître. Il grogna de satisfaction.

L'objet de ses désirs était à nouveau à sa place, dans les profondeurs trempées de son intimité. Elle étouffa son cri dans l'oreiller qu'elle mordit. Ça faisait toujours aussi mal, mais la bleutée ferma les paupières, très fort, ne pensant plus qu'à Gray-sama et uniquement lui. Comme il le lui avait ordonné, plus tôt. Juvia était heureuse d'être dans le lit de l'homme de sa vie, et la douleur s'effaça peu à peu de son esprit. Elle demeura dans la cage du refoulement et de l'oubli. La verge du brun s'activait déjà en elle, lui donnait la raison de ses implorations désespérées et embarrassantes. A chaque vaguelette de plaisir, la jeune femme sentait ses parois glissantes se contracter autour de lui, chauffer, l'accueillir volontairement en elles.

L'obsédée bleue perdait délicieusement la tête, se laissant prendre comme un objet par son amant. Il la possédait, et elle adorait ça.

A quel moment avait-elle cessé de ressentir la douleur ?

Jamais, peut-être.

Mais un certain plaisir, vicieusement agréable, accompagnait la souffrance qui l'écorchait de l'intérieur.

Il l'incendiait.

Le tsunami de son plaisir déferlait inlassablement en son être.

Juvia ferma fortement les yeux, ébranlée par les vagues déchainées.

xx

C'était le plus beau jour de sa vie.

Tout ce qu'elle avait toujours désiré était là, tout contre elle, en elle. L'amoureuse bleue ne pensait plus du tout aux problèmes de sa famille, à ce mariage insensé, à tous ces regards dégoutés qu'on lui avait toujours jetés. Elle était belle et aimée, à cet instant précis. Juvia était à sa place, là dans les bras de son serveur. Allongée sous ce corps désiré depuis tout ce temps à l'espionner. Il lui faisait l'amour, ils partageaient leurs plaisirs, leurs corps se confondaient, s'emboîtaient, s'embrasaient, s'aimaient.

Son cœur s'était entiché de l'homme parfait.

Il était prévenant, tendre, et à la fois tellement fiévreux. C'était magique. La bleutée avait finalement fait connaissance avec le septième ciel, dans les bras de son numéro sept préféré. En vérité, peut-être pas réellement faire connaissance, parce que Juvia l'avait frôlé à plusieurs reprises sans parvenir à le saisir à pleine main. Cherchant hasardeusement son chemin, le plaisir avait tout de même été intense tout du long, et l'expérience plus que satisfaisante. C'était tellement bon, même si la jouissance absolue n'avait pas été au rendez-vous.

Elle le serait certainement la prochaine fois, quand la douleur disparaitrait complètement.

Une prochaine fois… Un frisson de plaisir la traversa rien que d'y penser, et ses chairs intimes se contractèrent autour de la verge du brun qui allait et venait en elle lentement.

— Je vous aime, souffla-t-elle amoureusement, en se perdant dans le bleu marin de ses yeux.

Aussitôt ces mots échappés, quelque chose fracassa l'abîme de ses prunelles. C'était l'une des rares fois où quelque chose de différent s'y invitait. Différent de la froideur, l'habituelle antipathie. Le trouble n'en restait pas moins inaccessible. Etait-ce de l'étonnement ? Non, Gray avait toujours été au courant de son inclination pour lui. Juvia n'eut pas le temps de lire cet étrange sentiment, le découvrir, le sonder pour trouver le juste mot. Il s'évanouissait déjà dans l'ombre de son indifférence.

Son amant s'arrêta un instant, la regarda, impassible. Ses sourcils se froncèrent quelque peu, et Juvia déposa un baiser hésitant sur ses lèvres, rougissante. Elle enfouit ses doigts dans les cheveux noirs, ses bras autour de sa nuque.

Gray-sama ne bougeait pas, ses lèvres ne lui rendaient pas son baiser. Il se contentait de la regarder fixement, et l'amoureuse rompit le baiser maladroit. Elle se mordilla la lèvre sous ce regard trop insistant. A quoi pensait-il ? Elle n'en savait rien.

Le brun tourna finalement la tête sur le côté, plongea de nouveau son visage dans son cou. Juvia haleta, tandis que les lèvres bleuâtres chatouillaient délicieusement sa peau. Quelques derniers coup de reins, lents et fermes, puis son amant se figea, le corps raidi. Son souffle brûla sa peau humide de transpiration, ses dents s'ancrèrent dans sa chair. La soumise gémit fiévreusement lorsqu'il la mordit un peu trop fort. Il jouit dans un râle qu'il parvint à taire, ou presque. Juvia se délectait des grognements rauques vibrant au creux de sa gorge.

La bleutée espéra fortement que la protection ait tenu.

Gray se décala sur le côté, la libérant de son poids. Juvia eut un peu froid, vêtue uniquement de sa jupe qu'il avait remontée au-dessus de son ventre. Elle se tourna sur le côté, se recroquevilla quelque peu sur elle-même. A ses côtés, le brun s'était allongé sur le lit et reprenait difficilement son souffle. Mollement, il se débarrassa du préservatif empli d'une curieuse substance blanche, le jeta sur le sol crasseux.

Gonflé par l'air happé, son ventre se soulevait hâtivement. Juvia caressa du bout des doigts son abdomen, elle joua avec le chemin de poils serpentant jusqu'à la base velue de sa verge. L'épiderme hâlé glissait sous la pulpe de ses doigts. Elle frôla son nombril, flatta quelques gouttes délaissées sur le bout de sa hampe, là où avait jailli sa semence nacrée. La chaleur de sa peau épousa sa paume un peu moite.

Gray retira sa main.

Étonnée, Juvia l'observa se relever. Ses prunelles bleues contemplèrent son dos nu pendant qu'il s'asseyait sur le bord du lit. L'étudiante fronça les sourcils lorsqu'il passa une main fatiguée dans ses cheveux. Il massa sa nuque une brève seconde, comme pour chasser un nœud. Silencieuse, la jeune femme se contenta de nicher sa tête dans l'oreiller de Gray. Elle ne savait pas ce qu'il faisait, mais elle était extenuée par leur activité et n'avait pas la force de faire autre chose.

Le lit grinça, son aimé se mit debout. Il ramassa un par un les habits dispersés sur le sol. Son lourd manteau hivernal, sa culotte souillée, son pull froissé. Avait-il finalement décidé de ranger sa chambre ? Les yeux plissés par ses larmes séchées, Juvia sourit doucement devant l'attention du brun. Il devait certainement vouloir faire bonne impression, maintenant qu'ils avaient fait l'amour ; n'avaient fait plus qu'un sur ce lit, leur nid à eux.

Cette pensée élargit son sourire.

Mais le regard de Gray heurta Juvia.

Ses deux orbes noirs, sans fond, froids et taciturnes. Nulle émotion, seule eau gelée. Le corps de l'iceberg caché sous la mer. Elle n'eut même pas le temps de ciller, il lui jeta déjà le tout au visage. Ses vêtements lui tombèrent dessus, fouettèrent sa joue et l'aveuglèrent un instant. Juvia se protégea à l'aide de ses mains, poussa un petit cri plaintif en repoussant les habits indésirables. Elle voulait seulement rester au lit avec son Gray-sama, collée à lui, dans ses bras.

A quoi jouait-il encore ?

Lorsqu'elle rouvrit ses yeux douloureux, le brun s'était déjà éloigné du lit. Incrédule, elle le regarda ouvrir la porte de son appartement et attendre là sans un seul regard pour elle. La lassitude laquait ses traits froids. L'homme en tenue d'Adam ne semblait pas un seul instant gêné par le vent s'engouffrant de l'extérieur, ni du potentiel regard indiscret des voisins.

L'exhibitionniste se contentait d'attendre, sans un mot.

— Qu'attendez-vous ? osa-t-elle demander, la gorge nouée.

Il indiqua évasivement la sortie, grande ouverte.

— A ton avis ?

Juvia le fixa sans comprendre. Que voulait-il dire ? La bleue observa le couloir, illuminé par la lumière frappante du jour. Elle s'infiltrait à travers les hautes fenêtres brisées et inondait l'immeuble de sa vive lumière lactescente. Mais il n'y avait rien d'autre que le vide, dans ce couloir désert. Que cherchait-il à lui indiquer ?

La jeune femme reporta son regard perdu sur Gray.

Seule la profonde lassitude imprégnait le visage du brun. Juvia chercha ses yeux, et le froid mordant la transperça de toutes parts. La bleutée eut l'impression d'être un mur d'eau, limpide et claire, que les prunelles sombres s'amusaient à geler. Lentement, douloureusement. Le liquide coagulait ; se cristallisait progressivement, zébré par de fines veines de glace qui se propageaient profondément dans l'onde.

Et la Femme Pluie comprit.

Ce fut comme un coup de poing dans la figure, le ventre, ou la poitrine. Juvia ne savait où situer cette douleur qui l'attaqua soudainement. Sa joue empourprée, giflée par les vêtements jetés. Son ventre tordu sans pitié, rongé par la panique. Sa poitrine tailladée, agonisant et poussant des hurlements sanglants.

Partout.

Le bruit de brisure que produisit son cœur fit écho aux mots du brun. Elle ne pouvait en croire ses oreilles et ses yeux.

C'était une blague. C'était forcément une blague.

Juvia rit nerveusement, face à l'éternel humour vaseux de Gray-sama.

Ses lèvres retroussées flanchèrent devant le regard glacial qu'il lui lança.

Il était sérieux.

Et Juvia n'avait plus du tout envie de rire, ni même de sourire.

— P-pourquoi faites-vous ça ?

Ses pensées carburaient à cent milles à l'heure. Pourquoi si soudainement ? Pourquoi maintenant ? Elle ne comprenait pas. La peur et le doute assaillirent son estomac et le tordirent dans tous les sens. Vis de métal qu'on resserrait vigoureusement ; douleur fixée aux fragiles murs de son être. Ça lui faisait mal, là, quelque part entre la poitrine et le ventre.

Elle ne comprenait plus rien. Ils venaient pourtant de partager un moment intime. Un précieux moment.

Juvia avala une urgente goulée d'air, pour éviter de se noyer.

Elle avait mal au ventre.

— Est-ce parce que j'ai dit que je vous aimais ? C'est ça ? Ce n'était pas… Je… Je voulais juste… Juvia est désolée…

Ses mains tremblaient ridiculement alors que son rythme cardiaque s'accélérait. Gray ne cherchait même pas à interrompre ses ridicules bégaiements. Pourquoi devait-elle s'excuser de l'aimer ? Mais elle éprouvait l'urgent besoin de parler, de dire quelque chose. N'importe quoi. Pour rattraper son erreur, quitte à devoir retirer sa stupide déclaration.

— J'en ai rien à foutre de ça. T'es un bon coup mais j'ai d'autres choses à faire.

— Quoi ? Je ne comprends pas…

Juvia ne comprenait vraiment pas. Bien entendu, qu'elle n'y saisissait rien. Qu'y avait-il à comprendre, après tout ? Tout était aberrant. Insensé. La tournure que prenaient les événements la liquéfiait sur place. Son regard paniqué lorgna la porte ouverte.

Ouverte pour elle. Pour qu'elle s'en aille d'ici. Gray-sama était en train de la mettre dehors.

Après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble ces derniers jours.

C'était impossible. C'était forcément une plaisanterie du brun. De très mauvais goût, certes, mais ça ne pouvait qu'être ça. La seule réponse envisageable.

— Alors tout ça, ce n'était rien ? Mais la plage…

— Casse-toi je t'ai dit, la coupa-t-il abruptement.

Juvia sursauta à l'entente de son ordre. Choquée, elle cilla plusieurs fois, pour chasser l'eau qui s'invitait sur le bord de ses paupières écarquillées par l'horreur.

La plage ne comptait pas, apparemment.

Rien n'avait compté. La douleur dans son ventre entama sa vive ascension, se répandit partout au niveau de sa cage thoracique. Les souvenirs défilaient inlassablement dans sa tête en un film d'horreur. Effroyable cauchemar.

L'effluve de la bergamote. La pénombre du cinéma. La main sur sa cuisse. L'écume caressant ses pieds. Le parfum toxique de nicotine. Le plaisir empoisonné. Leurs corps unis.

Chaque instant partagé avec Gray la narguait dans sa tête.

Chaque seconde passée avec lui n'avait été qu'un moyen de se moquer d'elle. De profiter de son obsession maladive pour lui.

Il était comme eux. Non, il était pire.

Comment avait-elle pu tomber sous le charme d'un être aussi répugnant ?

— Vous… vous m'avez… utilisée. Vous êtes un monstre…

Elle n'arrivait pas à y croire, à cette cruelle réalité.

Juvia se redressa maladroitement, s'assit sur le bord du lit. Ses pieds nus effleurèrent le préservatif usagé trainant par terre. Elle rassembla ses vêtements autour de son corps dénudé dans une vaine tentative de se protéger.

Protéger quoi ? Il avait déjà tout pris.

Elle avait tellement mal.

L'abominable poison infectait chaque parcelle de son corps, coulait furieusement dans son sang. Comment pouvait-il se permettre de faire ça ? Elle venait de lui offrir sa précieuse virginité, lui avait fait pleinement confiance, lui avait confié ses peines, son corps, son cœur.

Juvia avait envie de lui arracher la peau du visage.

Cette face si parfaite qu'elle avait tant adulée, tant aimée. Cette perfection soudainement imparfaite, écœurante, repoussante. Cette figure qui demeurait impassible pendant qu'il lui ordonnait de partir. Pendant qu'il la foutait dehors ; la chassait de chez lui ; détruisait et bousillait son cœur.

Indifférent à sa vive douleur. A son crève-cœur qui s'accentuait à chaque centimètre traversé par l'épine de glace.

— Quoi ? C'était pas bien ? T'avais l'air d'adorer te faire prendre pourtant.

Un coup de poignard dans la plaie béante.

Non. Ce n'était pas bien.

C'était parfait. C'était tout, pour elle. Jusqu'à la froideur du brun. Jusqu'à la fermeture du rideau. La fin de la mascarade scabreuse.

Il salissait tout le moment qu'ils venaient de passer ensemble. Tous, sans exception. Tous ces mois à l'espionner, à rêver de lui. Toute cette semaine, ces merveilleux jours à se chercher, se découvrir. Le café, la patinoire, la ruelle, le téléphone, le cinéma. La plage…

La plage.

La bleue mordit violemment sa lèvre inférieure alors que ses traits se déformaient. Le chagrin lui brouillait la vue. Elle ne voulait pas pleurer. Surtout pas pleurer. Mais un goût salé imprégnait déjà le coin de ses lèvres. Quelque part près de la porte d'entrée, la blessée devinait Gray qui ne bougeait pas. Il resta planté-là sans même lui accorder un regard, n'esquissa pas le moindre mouvement vers elle. Pour s'excuser, la rassurer, lui prouver que ce n'était qu'une très mauvaise blague.

Il soupira même d'agacement.

Comme s'il était face à une gamine capricieuse qui désirait quelque chose qu'elle n'aurait jamais ; qui s'entêtait à s'accrocher à lui.

Juvia était sur le point de fondre en larmes. Elle se sentait tellement sale. Tellement stupide de s'être ainsi faite avoir. Il ne l'aimait pas.

Il ne l'aimait pas.

Réveillez-moi, pitié.

Il l'avait juste baisée, comme il le disait si bien. Tous ces moments passés ensemble n'avaient pour but que celui de la mettre dans son lit. Il voulait juste profiter d'elle. Il ne l'avait jamais aimée. Il n'y avait même jamais pensé, jamais envisagé.

Pas un seul instant.

— Alors va le rejoindre ton fiancé de merde. J'peux pas te donner plus que ça.

Elle chercha ses yeux. Il évita les siens.

— Mais je croyais…

— Ouais, tu croyais. Gaspille pas ta vie. J'ai la gueule de quelqu'un qui va te donner ce que tu veux ? T'es un bon coup mais m'en demande pas plus.

Un bon coup. Pourquoi n'arrêtait-il pas de répéter ces infâmes mots qui lui déchiquetaient la poitrine ? Tailladée, broyée.

— J-Juvia… ne…

Les mots trépassèrent dans sa gorge nouée.

Pauvre idiote, se traita Juvia mentalement.

Idiote, idiote, IDIOTE !

Elle avait envie de hurler. C'était amer, ce mal dans sa gorge. Un goût de cyanure.

— Vous avez parfaitement raison, souffla-t-elle à la place d'une voix tremblante, une douloureuse résignation empoignant cruellement son cœur. J'ai été trop naïve encore une fois. Je m'en vais.

Le regard vide, les jambes vacillantes, Juvia quitta le lit. Un témoin de l'écœurante débauche où elle s'était plongée.

Une tâche de sang souillait le matelas grisé.

La rejetée s'avança fébrilement vers la sortie qui lui tendait doucereusement les bras. Elle marcha lentement, à petits pas, la tête baissée. Mais c'était inutile. Gray ne la retint pas, comme le désirait la dernière lueur d'espérance qui tentait de rester en vie. La flamme s'éteignit lorsque Juvia passa près de lui, qu'elle marqua une légère pause, sur le seuil. Son espoir s'obscurcit, avalé par la pénombre. Parce que le monstre refermait déjà la porte derrière elle, l'incitant à dégager.

La lumière agressa ses prunelles trempées, une douleur lancinante résidait entre ses jambes. Ses vêtements et son appareil photo tenus de façon protectrice contre elle, Juvia s'avança dans la solitude du couloir. Le vent agressa sa peau dénudée, mais ce n'était rien comparé à la froideur de Gray. Celle qui l'attaquait, s'insinuait perversement dans ses veines et gerçait son cœur. Tout le plaisir ressenti avait été entaché par la cruauté du monstre qui la chassait de chez lui. Le plaisir ne comptait pas, ne comptait plus du tout.

Seulement la douleur.

Lorsque la porte claqua derrière elle, la faisant tressauter, Juvia serra les dents pour retenir le sanglot amer cloîtré dans sa gorge. Derrière ses barreaux, il se démenait comme il le pouvait pour retrouver sa liberté.

Elle hoqueta, le chagrin déforma son visage. Tandis qu'elle se rhabillait lentement, une plainte s'échappa de sa trachée, et elle pinça les lèvres très fort pour ne pas faire de bruit. Ses larmes silencieuses faisaient trembler ses épaules.

Pitié, ouvre-toi, pria-t-elle désespérément en fixant le bois vert.

Rattrapez-moi.

Brisée, Juvia s'adossa à la porte obstinément close.

La porte du cœur de Gray Fullbuster.


Quatre coups. Forts, bruyants, qui résonnèrent distinctement dans la solitude du large parking empestant le carburant.

Les moteurs encore chauds réchauffaient les lieux, l'air était étouffant.

Écœurant.

Juvia retint sa respiration un moment, avant de s'obliger à respirer par la bouche.

Dans la semi-pénombre, elle fixa la grande porte du garage d'un regard morne, vide et insensible.

Un regard humide, rougeâtre.

La bleue renifla bruyamment.

Après un long moment où l'espoir de voir la porte s'ouvrir déguerpit complètement, un cliquetis attira son attention.

Doucement, le plafond avala la porte métallique dans un grincement assourdissant.

— Juv' ? demanda la voix rauque de son ami, alors qu'il baillait en se grattant le crâne.

Elle tenta un faible sourire, lui fit un petit signe de la main comme pour le saluer.

— Juvia ne veut pas rentrer à la maison ce soir, souffla la jeune femme d'une toute petite voix.

Mais l'écho conciliant parla pour elle, et Gajeel l'entendit parfaitement. Il la dévisageait, estomaqué par son apparence.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? s'enquit-il, choqué.

Sans doute était-il surpris de voir une telle nonchalance chez elle. Mais elle n'en avait rien à faire.

Elle s'en fichait de nettoyer le sol avec son manteau trop lourd pour son bras. Elle ne se souciait pas un seul instant de ses cheveux trempés par la pluie, parce qu'il avait forcément dû pleuvoir pour compléter l'affreux tableau. Et elle n'en avait rien à faire de son visage effrayant et ravagé par ses larmes ; des marques de griffures qu'elle s'était infligées pour se punir.

Ni du sang séché sur ses bras. Ni de sa gorge douloureusement nouée. Ni des traces de vomis sur ses chaussures.

— Entre, l'invita-t-il, comme pour la mettre à l'abri du regard des autres.

Mais il n'y avait personne à part eux, les voitures garées et leur éternelle solitude.

La porte se referma dans un geignement qui arracha d'ignobles frissons à Juvia. Des ongles sur un tableau noir.

Le garage de Gajeel n'était pas très grand, la taille d'une pièce et demie. Il se situait dans un immeuble de la ville basse, l'homme s'était arrangé avec le propriétaire pour pouvoir le louer. L'endroit allait bien à son ami, lui qui aimait tant les clous et la mécanique.

Ce n'était pas la première fois qu'elle se rendait chez lui. A plusieurs reprises, Juvia avait déjà eu l'occasion d'y passer la nuit. La chaleur de la pièce était réconfortante.

Tout ce dont elle avait besoin à cet instant précis.

Casse-toi.

Ses lèvres tremblèrent. Elle serra les dents.

Juvia jeta un coup d'œil au canapé-lit déplié.

— J'allais me coucher mais on peut… parler, s'tu veux.

Il passa une main sur son visage figé par le choc, tirant ses traits comme pour les détendre. Toute la curiosité résidant dans ses prunelles se déversa sur elle, et Juvia regarda ailleurs. Sans doute s'imaginait-il le pire.

— Rassure-moi, dit-il hésitant, cherchant prudemment ses mots, ce qu'il fallait ou ne pas dire. Tu t'es pas faite… t'sais. Si ?

Juvia ne connaissait pas la réponse à cette question. Après tout, c'était elle, l'idiote, qui s'était adonnée ainsi. Stupidement. On ne pouvait pas parler de viol. N'est-ce pas ?

Ce n'était pas son corps qui avait été violenté, mais son cœur.

Elle secoua tout de même la tête. Négatif.

Gajeel était un bon ami, mais il n'était clairement pas à l'aise lorsqu'il s'agissait de l'épauler. Elle savait à coup sûr qu'il devait se sentir particulièrement mal à l'aise devant son air perdu.

Mais c'était son unique ami.

Le seul à réellement se soucier d'elle. Levy n'était pas assez proche pour trouver un quelconque réconfort chez elle, et Melda… Juvia avait bien trop honte pour confier sa stupide histoire à sa nourrice. Sa mère.

Quel genre de regard déçu porterait-elle sur elle, face à sa naïveté ?

Face à ce nouveau corps où elle ne se sentait plus chez elle.

Le corps d'une femme qui la dégoûtait.

Qui était donc cette inconnue, qu'elle percevait dans le reflet du petit miroir au-dessus du lavabo ?

Un rasoir et une unique brosse à dent. Du savon. Gajeel avait le strict nécessaire pour survivre dans son garage. Il l'avait peu décoré, à peine de quelques vieilles parties de différentes voitures, qu'il bricolait durant son temps libre. Ses deux guitares électriques, une grande caisse noire. Sa chaîne stéréo.

Son regard évita de fixer cette dernière. Il en avait une chez lui. Une voix rauque s'invita aisément dans sa tête, en bonne vieille amie, comme si c'était chez elle. Elle chantonna doucereusement quelques paroles, faussement, en reprenant les musiques préférées de Gray.

Juvia se mordit l'intérieur des joues, lutta contre le pic de glace s'enfonçant dans sa poitrine. Elle chassa le fredonnement résidant dans son crâne, le mua en un lointain zéphyr.

Qui d'autre ? Son répertoire téléphonique ne comptait que peu de noms.

Melda Vallieres.

Gajeel Redfox.

Gray Fullbuster.

Un bon coup.

— Je connais son nom complet, maintenant, dit-elle d'une voix blanche en direction du barman.

— C'est cet enfoiré qui t'a mise dans cet état ?! brama Gajeel, comprenant tout à coup la raison de sa présence. Qu'est-ce qu'il a encore foutu ?!

Profiter d'elle. La toucher, la rendre accro, lui fracasser le cœur en un million de petits éclats qui faisaient mal, là, à l'intérieur. Tellement mal.

Gajeel ne la touchait pas, lui. Il était bien trop loin, entre ses outils et les meubles en acier dont elle ne connaissait pas l'utilité. L'homme n'avait jamais été de nature affective. En vérité, il n'avait jamais mis les mains sur elle, à part pour la secouer quand elle attentait à sa propre vie.

Parfois, la bleutée le frappait, sur ses bras gantés. Taquine. Mais à travers le cuir de son armure, elle ne touchait pas sa peau.

Elle avait soudainement envie qu'il la prenne dans ses bras.

Mais comment le lui demander ? Juvia refoula cette envie ridicule, et la solitude la berça dans son creux.

C'était mieux ainsi.

La bleue s'assit prudemment sur le bord du lit, puis se releva aussitôt.

Mauvaise idée. La dernière fois qu'elle s'était permise de s'inviter chez quelqu'un, son cœur avait fini en charpie.

— Tu peux dormir ici, déclara le plus âgé. Je vais dormir par terre, comme d'hab.

Juvia le remercia du bout des lèvres. Elle fixa ses chaussures sales, dont l'odeur lui donna un haut le cœur. Son intimité la brûlait étrangement, irritée.

— Je saigne, souffla-t-elle honteusement, sans oser le regarder.

Il s'éclaircit la gorge, gêné par cet aveu qui tombait de nulle part. L'adulte avait rapidement compris. Gajeel était âgé de vingt-sept années, il ne pouvait que comprendre. Même si Juvia avait tout le mal du monde à l'imaginer dans le même lit qu'une autre femme. Elle ne voulait pas y penser.

— Tu… Tu veux que je te laisse un moment, le temps de… Tu sais. Voir. Nettoyer.

L'hésitation de son ami étira ses lèvres dans un sourire désabusé.

— Je suis fatiguée.

Juvia haussa les épaules. Elle était épuisée, elle avait mal aux yeux. Mal au cœur. Mal au corps.

Gaspille pas ta vie.

— Putain ! jura soudainement Gajeel de sa voix forte et grave, enrouée.

La bleue tressauta.

— C'est moi qui lui ai filé ton numéro, quand t'es parti sans payer. T'sais, j'en ai rien à foutre du fric, puis j'savais bien que t'allais revenir, hein. Mais je pensais juste à t'aider, moi. Tu passes ta vie à le suivre, ce mec, ça avançait pas d'un pouce ! C'est ma faute.

Il parlait, parlait, parlait. Comme pour se justifier.

Juvia leva finalement les yeux, son regard se perdit quelque part derrière l'épaule de Gajeel.

— Ce n'est rien, ce n'est pas de ta faute. C'est moi.

C'était toujours elle, le foutu problème.

— Je vais lui en toucher un mot, à ce petit con. J'vais lui casser la gueule, ouais !

Et pour appuyer ses dires, Juvia l'observa se diriger furieusement vers la porte. Ses lourds pas heurtèrent bruyamment le sol. Elle écarquilla les yeux, paniquée.

— Non ! s'écria-t-elle sans pouvoir s'en empêcher. Ne dis rien, s'il te plaît.

Il s'arrêta brusquement, tout juste avant d'actionner l'ouverture de la porte qui demeura silencieuse.

— Et quoi ?! Je dois rester là à rien foutre alors que je devrais dégommer sa petite face de…

La rage suintait de ses mots, se répercutait sur les murs délabrés de son cœur.

Furieux, l'homme donna un coup de poing dans le mur à ses côtés. Un coup colérique, déchargeant toute sa rage sur le mur qui lui répondit dans un bruit sourd. Il grogna, fronça les sourcils, jeta des regards noirs autour de lui. Frustration. Comme un animal en cage, sa fureur cherchait à s'évader, sans toutefois y arriver. Son pied nu heurta violemment une boîte à outils, l'envoya valser dans un vacarme tonitruant. Son contenu se répandit hasardeusement sur le sol et Gajeel étouffa une plainte de douleur. Il jura.

Sa voix gronda sourdement dans sa gorge, la maîtrisant comme il le pouvait.

— Quel chien, sifflait-il inlassablement entre ses dents serrées, en assassinant le mur du regard.

Comme si la raison de sa colère était réellement là, devant lui.

Une douce caresse effleura le cœur de Juvia devant cet étrange spectacle. C'était agréable, de se sentir protégée, soutenue par quelqu'un. Par un ami qui lui tendait la main, la ramassait au bord du gouffre. Mais Juvia ne voulait réellement pas qu'il aille s'en prendre au monstre habitant son cœur. Non, ce serait encore plus pathétique. Elle s'était déjà assez ridiculisée ainsi.

— Je veux juste… oublier.

La lassitude débordait de sa voix. Elle n'avait plus le courage de crier, de combattre ses larmes et la peine envahissant son âme.

Juvia avait assez crié. Assez pleuré, devant cette porte close, dans ce couloir où certains voisins avaient jeté un rapide coup d'œil curieux. Qui était donc cette folle qui s'acharnait ainsi ?

Mais peu importe à quel point ses sanglots avaient déchiré le silence. La porte était restée fermée.

Pathétique tableau.

Elle aurait dû s'en aller, tout simplement. La femme au cœur lacéré imaginait le regard blasé, le sourire railleur, les ricanements moqueurs, la satisfaction se répandant dans les prunelles sombres. Partout sur la dégoûtante perfection de son visage.

Pendant que Juvia, elle, pleurait de l'autre côté.

Pendant qu'elle lui parlait à travers la porte, cette exécrable porte verte restée cruellement close. L'avait-il au moins entendue, écoutée ? L'abîmée n'en savait strictement rien.

Et le silence. Seulement l'éternel silence. Angoissant ; atroce. Intolérable. Pas un bruit, à part celui des portes qui s'ouvraient brièvement. Celles des voisins. Jamais celle du monstre.

Elle l'avait même supplié de ne pas l'abandonner.

Ridicule.

La douleur avait parlé à sa place, l'incitant à dire des choses aussi pathétiques les unes que les autres. Son orgueil avait fait profil bas, pour une fois qu'il aurait dû la ramener. Un chagrin d'amour, ça faisait vraiment dire n'importe quoi.

N'importe quoi.

Pour consoler sa douleur, pour ne pas se laisser dévorer.

Et puis les remords. Toujours les remords. Elle avait marché dans la ville, hasardeusement, ses pas évitant le manoir, l'école d'arts et le café. Toute la journée, sous la pluie. Puis elle s'était retrouvée ici, car Juvia ne savait plus où aller. Elle ne savait plus quel chemin prendre pour se retrouver. Pour s'y retrouver.

Sa place n'était nulle part.

— Désolée de te déranger, s'excusa-t-elle soudainement, se rendant compte de l'impolitesse dont elle faisait preuve.

Avec un claquement de langue agacé, Gajeel fit un geste évasif de la main, balayant ses excuses inutiles d'un coup.

— Qu'est-ce que tu racontes encore ? T'sais bien que t'es chez toi ici.

Et ces simples mots déversèrent la goutte en trop. Elle se fraya un chemin entre la barrière de ses cils, plongea dans ses yeux trop pleins et pourtant si vides ; les fit déborder.

Juvia serra les poings, se mordit la lèvre inférieure, tremblante, alors qu'une brusque vague de douleur chamboulait son cœur.

Elle qui pensait s'être asséchée, avoir pleuré toutes les gouttes de son corps. Fidèles amies, les larmes revenaient toujours. Elles ne cessaient jamais de lui tenir compagnie.

— Il… il m'a chassée… hoqueta-t-elle difficilement, la gorge nouée par ses sanglots.

La cascade d'eau arrosa chaudement son visage, dévala ses joues creuses. Ça faisait mal. Ça faisait mal de pleurer. Ses yeux la piquaient affreusement.

A l'aveugle, elle s'effondra de nouveau sur le canapé. La silhouette de Gajeel se rapprocha d'elle, prenant place à côté. Il chercha ses mots un instant, soupirant lourdement devant la gravité de la situation qui semblait le dépasser.

— T'es sûre que tu veux pas que j'lui démonte la gueule, à cette petite merde ?

Il pesta à voix basse, mais elle pouvait parfaitement l'entendre. Sa vulgarité ne la choquait même pas.

Juvia hocha la tête, sanglotant et reniflant bruyamment.

— T'sais, tu peux pas refouler ça à jamais. Et moi j'dis que ce bâtard a besoin d'une bonne raclée !

— Il ne m'aime pas, pleura Juvia, tremblant de partout comme si elle avait soudainement trop froid, malgré la chaleur du garage. Il ne m'a jamais aimé, n'est-ce pas ?

Gajeel se calma soudainement à l'entente de la voix brisée. Il ne répondit pas à sa question, mais l'écorchée n'était même pas certaine de vouloir une réponse. Elle la connaissait déjà.

Casse-toi.

Sans prévenir, une odeur métallique emplit pleinement son odorat. Un mélange de carburant et d'eau de Cologne. Une odeur singulière, masculine, et d'une certaine manière, réconfortante. Son visage s'enfouit dans le débardeur noir, ses joues s'écrasèrent douloureusement sur le torse robuste de l'homme qui s'était assis près d'elle.

C'était l'étreinte la plus maladroite au monde.

Un unique bras l'attirait contre lui, les clous de ses gants s'acharnaient à s'ancrer dans la peau de sa nuque. Les boucles bleues furent encore plus décoiffées, certaines mèches se coincèrent dans les petits bouts de métaux et tirèrent douloureusement. Les mains de Juvia se rattrapèrent prestement sur les genoux de l'homme. Elle s'y accrocha pour ne pas perdre l'équilibre, alors qu'il reposait simplement sa main sur son épaule.

Juste là. Sans la serrer trop fort, sans dire un seul mot de plus.

Il la laissait souiller son haut de ses chaudes larmes.

Gajeel était un très bon ami.

X


Je me suis découverte un penchant pour le compliqué et le malsain. Très malsain… Mais je vous avais prévenus, non ? Tout n'est pas blanc ou noir. (parce que c'est grey…) Il y a des détails, des choses qui se cachent perfidement dans les neufs parties déjà publiées. Voyez-vous toujours la fic de la même façon ? Gray utilisait-il réellement Juvia depuis le début ? S'est-il foutu de la gueule de la bleue ? Constamment ? Pendant tout ce temps ? Était-ce un viol pensé ? A-t-il planifié ça ? L'aime-t-il quand même, quelque part au fond de lui ? Juvia va-t-elle cesser de se faire bêtement avoir un jour ? Vont-ils se marier et faire sept bébés ? L'auteur est-elle complètement sadique, perfide ou détraquée ? Mayonnaise, ketchup ou moutarde ?

Les réponses dans les prochains chapitres à venir… Ou pas. A vous de comprendre l'histoire selon ce que vous y voyez. Je vous embrasse fort et à bientôt ! Quoi que j'ai énormément de travail et je ne suis pas très bien physiquement, donc à dans…

Prochaine publication : le 14 décembre 2013.