Chapitre 10
Sally ouvrait à peine le bureau que son portable sonna. Elle jeta un œil à l'écran pour voir qui l'appelait. Super pétasse. Elle sourit et répondit. "Harry, espèce d'andouille."
"Ça va?"
"Ouais, j'arrive seulement au bureau." Elle jeta le courrier sur son bureau et s'assit. "Quoi de neuf, dis-moi?"
"Je prends juste des nouvelles. John m'a interdit de l'appeler. Comment vont-ils?"
"Ils sont descendus dans le Sussex hier après-midi. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis. Tu as reçu le fax à propos des séances de promotion?"
"Oui, je l'ai reçu. Je regarde les vidéos comme tu me l'as demandé. Tous ceux qui voient mes alertes Google en sont jaloux. Et puis j'ai un agent secret."
"Ah?"
"Ouais, ta nièce Isabelle. Nous on se débrouille avec internet, mais elle, c'est une vraie ninja de la toile. Elle a pris sur elle de s'inscrire dans toutes les communautés de fan de John et de tout me rapporter. Je n'ai même pas eu besoin de lui demander de faire pareil avec celles de Sherlock. Elle est futée."
"Vous avez trouvé quelque chose?"
"Rien de nouveau. Pas de photos, pas de clichés tendancieux. Un fan a prétendu avoir vu John à Brentwood hier."
"Où il n'était vraiment pas."
"En effet. On dirait qu'ils sont sortis de la ville sans avoir été aperçus. J'ai peur pour eux s'ils sortent à Hailsham, cela dit. Tu penses qu'ils en ont l'intention?"
"C'est possible. S'ils ont besoin de thé ou d'autre chose. Mais je ne m'en ferais pas. Sherlock a été à Hailsham pendant des années et il n'a jamais été dérangé là-bas, si mes souvenirs sont bons. C'est une petite ville, c'est un habitué, tout le monde s'en fiche. C'est une sorte de règle tacite dans les endroits comme celui-là. Les gens célèbres viennent pour être tranquilles, alors on les laisse tranquilles."
"Si quelqu'un les voyait là-bas ensemble, ça suffirait peut-être pour venir à bout de cette charmante retenue provinciale."
"Je ne vais pas leur dire de rester séquestrés dans la maison."
Elle gloussa. "Comme si ça allait leur poser un problème. La plupart des ragots sur les sites de fan concernent l'apparition de John dans 'The Mentalist', et ils échangent encore les photos de tournage de Sherlock dans Closer. Mais ça commence à s'intensifier pour Le passant inconnu, cela dit. La sortie des coupures publicitaires a causé une véritable déflagration."
"D'accord, bon - ouvre l'œil."
"Absolument, chérie."
"D'accord." Elle raccrocha.
Sally eut à peine le temps d'allumer sont ordinateur que quelqu'un frappait à la porte. Elle fronça les sourcils. Personne ne venait jamais jusqu'ici. Le bureau de Sherlock était un endroit où elle pouvait travailler, entreposer les dossiers, et une adresse neutre où Sherlock recevait le courrier. Il y venait à peine lui-même et personne ne se déplaçait jamais jusque-là à moins d'y avoir été invité.
Elle se leva et ouvrit la porte, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. C'était Anderson, le producteur exécutif, et son propre petit ami à temps partiel. "Philip!" dit-elle, feignant la surprise, même si elle savait parfaitement la raison de sa présence. "Je ne t'attendais pas avant la semaine prochaine! Quelle agréable surprise."
Il avait l'air sévère. "Où sont-ils, Sally?"
"Attends, de qui tu parles?"
Il entra à l'intérieur et ferma la porte derrière lui. "Ne rends pas les choses plus pénibles. Je n'ai pas envie d'être ici, personne n'a envie que je sois ici mais la situation est critique. Où sont John et Sherlock?"
Elle croisa les bras sur sa poitrine. "Je ne travaille pas pour toi, Philip. Je travaille pour Sherlock. M'obliger à trahir sa confiance n'est pas le meilleur moyen de rester dans mes bonnes grâces."
"J'essaie seulement de prendre soin d'eux," dit Anderson. "Nous devons faire en sorte qu'ils ne soient pas aperçus."
"Et tu fais tout cela dans le but honorable de préserver la vie privée de Sherlock, bien entendu. Rien à voir avec la marge de profit de ton film."
"C'est aussi leur film."
"Il n'est pas stupide, tu sais."
"Non, mais il est têtu."
"Tu dis ça comme si tu m'apprenais quelque chose."
"J'ai juste besoin de lui dire un mot ou deux."
"Alors envoie un putain de mail, pour commencer!"
"Ce n'est pas le genre de chose qu'on dit par écrit."
"Je ne vais pas déranger Sherlock. Il est en vacances."
"Seul?"
"Je ne peux ni le confirmer ni le nier."
Anderson fit un pas en avant. "Est-ce qu'on peut arrêter de jouer la comédie? Nous savons tous les deux où il est, et avec qui."
"Alors pourquoi tout cet interrogatoire? Tu espérais que je te rende les choses plus faciles? Repenses-y la prochaine fois."
"Tu crois que nous sommes contents de nous soucier de ce genre de chose? Si ça ne tenait qu'à moi je leur enverrais du champagne et tous mes vœux de bonheur. Mais l'ordre vient d'en haut. Au-delà de Jim, même. Il faut qu'on empêche la catastrophe."
"C'est un mot qui convient plutôt aux désastres nucléaires."
"C'est exactement ce qu'on aura sur les bras si la presse apprend que nos deux acteurs principaux sont quelque part dans le Sussex en train de copuler à tout-va."
Sally serra la mâchoire. "Si tu dois parler à Sherlock, tu ne passeras pas par moi. Pas avant qu'il ne rentre de vacances."
Anderson acquiesça et marcha vers la porte. "Je trouverai un autre moyen, alors."
Une pure panique monta à la gorge de Sally. Elle se précipita et claqua la porte avant qu'Anderson ne puisse s'en aller. Elle s'appuya dessus pour qu'il ne puisse pas la rouvrir. Il tourna les yeux vers elle, surpris. "S'il te plait," dit-elle. "S'il te plait, laisse-les tranquille."
Il déglutit difficilement et eut l'air absolument misérable. "Je ne peux pas. Tu comprends? Je ne peux pas."
"Ils sont amoureux," dit Sally, abattant sa dernière carte. "Ils sont tellement amoureux, Philip. Tu sais ce que ça signifie pour eux? Tu réalises à quel point ce sera difficile, et ce qu'ils vont endurer? Donne-leur du temps avant de leur balancer la réalité à la figure. Juste quelques jours en tête à tête pour se remettre de leurs émotions. S'ils doivent survivre à tout ça ils devront avoir une relation solide. Ne leur gâche pas tout avant qu'ils aient eu la chance de passer du temps ensemble. S'il te plait."
Il soutint son regard un instant, puis s'affaissa en signe de défaite. "Très bien, Sally. Je ferai patienter les hautes sphères. Mais Jim et moi ne sommes pas vos ennemis."
Sherlock se réveilla tôt lundi matin, pour la seconde fois aux côtés de John. Il se demanda si cette présence de John dans son lit deviendrait jamais une habitude, un aspect banal et ordinaire de son existence. Il espérait que non; cette sensation d'émerveillement immédiat après le réveil était plutôt délectable.
Il se glissa calmement hors du lit pour éviter de réveiller John. John aimait traîner au lit, contrairement à lui, et ils avaient tous deux été privés de sommeil récemment, pour des raisons banales aussi bien que pour des raisons extraordinaires. Sherlock alla dans la salle de bain satisfaire un besoin de la nature; quand il revint dans la chambre il dut s'arrêter un instant pour observer John, libre de le faire sans gêne maintenant que son sujet était endormi, roulé en boule sur le côté, les mains fourrées sous la joue. Sherlock marcha sur la pointe des pieds jusqu'au bord du lit et s'y assit, contemplant le visage de John, paisible dans son sommeil. Il se demanda de quoi il rêvait. John ne se considérait pas comme une personne d'une grande beauté. Sherlock ne savait pas comment lui dire à quel point il avait tort; John était certainement la plus belle chose au monde. Sherlock ne voyait pas ce qu'il pourrait regarder avec plus de plaisir.
Il se permit de regarder encore quelques instants, avant de commencer à se sentir mal à l'aise. N'était-ce pas un peu déplacé? D'observer le sommeil de son amoureux? De l'espionner pendant qu'il somnolait, inconscient? Il ne connaissait pas le protocole pour ce genre de choses mais il se sentait un peu pervers, alors il se releva et partit à la recherche de ses vêtements. Son pantalon de pyjama était localisé dans le coin derrière le fauteuil, et le t-shirt fourré entre les couvertures. Il les passa sur son corps nu et descendit les escaliers à pas feutrés pour mettre la bouilloire sur le feu.
Il se promena devant la fenêtre donnant sur l'arrière-cour, qui offrait une vue assez tranquille sur l'étang et les bois de la propriété. La maison s'étendait sur douze hectares qui empiétaient sur une réserve, où se trouvaient des sentiers de randonnée adorables menant à Hailsham et à ses environs. Le soleil du petit matin commençait à poindre, projetant des ombres pittoresques sur l'herbe étincelante de rosée, et pour une fois Sherlock se mit à savourer l'esthétique du moment au lieu de méditer sur l'humidité relative, ou d'évaluer la vitesse du vent suivant le mouvement des branches d'arbre.
Il était... content. C'était un état d'esprit dans lequel il ne se trouvait que rarement. Peut-être même jamais, en tout cas pas à ce point là. Content de l'endroit où il se trouvait, bien dans sa peau, satisfait de la compagnie.
Son violon se trouvait encore sur la chaise où John l'avait laissé. Sherlock frissonna légèrement en se souvenant du regard que John lui avait lancé après son concert improvisé, et puis ils étaient montés et ça avait été étonnamment bizarre et douloureux mais ensuite ça avait été bon - non, mieux que bon, ça avait été essentiel.
Puis, après une sérieuse conversation à laquelle Sherlock était déterminé à ne pas penser avant que ce ne soit absolument nécessaire, ils avaient encore fait l'amour avec leurs mains, leurs bouches et leurs corps et étaient tombés endormis alors que le soleil brillait encore, harassés et enchevêtrés. Ils s'étaient retrouvés complètement réveillés à minuit, campant dans le canapé avec un en-cas préparé à la hâte et blottis l'un contre l'autre sous une couverture, regardant L'Impossible Monsieur Bébé et riant ensemble, un peu éméchés par la bouteille de Gewürztraminer que Sherlock avait trouvée dans le frigo. La fin du film avait été ignorée en faveur d'une étreinte et d'un pelotage plutôt fiévreux sous la couverture, ce qui les avait conduits à trébucher dans les escaliers pour une deuxième tournée.
Ils étaient là depuis seulement une nuit et Sherlock avait déjà eu plus de sexe avec John qu'au cours des deux dernières années. Le sexe avait toujours été une obligation à remplir, quelque chose qu'on attendait de lui. Il n'avait jamais su ce que cela faisait de désirer vraiment quelqu'un; le désir s'adaptait mal à l'intérieur de lui, l'irritant du dedans avec des coins aigus et des angles inattendus, le surprenant perpétuellement, comme s'il surprenait son propre reflet en passant par hasard devant un miroir. Ses pensées dérivèrent vers le cou de John, ses mains, son corps, sa bouche, la sensation de ses mains sur le corps de Sherlock, la découverte stupéfiante de ce que cela faisait de s'enfuir à l'intérieur de lui, d'être enroulé à la fois autour et à l'intérieur de quelqu'un. Cela pouvait devenir une préoccupation s'il ne disciplinait pas son esprit.
Seigneur, était-ce pareil pour les autres aussi? Sans arrêt? Pas étonnant que personne ne soit capable d'accomplir la moindre tâche, ni de rassembler ses esprits pour réfléchir correctement. L'idée de sacrifier son propre équilibre mental sur l'autel de John Watson était dérangeante, mais qu'il soit damné si ça ne semblait pas la meilleure chose à faire.
Sherlock se secoua. Ces cinq minutes d'introspection émotionnelle approchaient de la limite autorisée.
Il sortit son ordinateur et s'assit au comptoir avec son thé. Une heure plus tard il avait lu ses mails (rien qui ne pouvait attendre), regardé les infos sur BBC news et passé beaucoup trop de temps à rechercher 'immobilier à Los Angeles' sur Google. Il fut interrompu par son téléphone qui vibrait. Message.
Perdu: un acteur oscarisé. Trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt, cheveux bruns foncés. Sexy à mort. Si trouvé le ramener dans les plus brefs délais au lit de John Watson. Une récompense généreuse sera offerte.
Sherlock sourit d'une oreille à l'autre, une floraison de bonheur chaleureux éclatant dans sa poitrine et pulsant jusqu'à ses doigts et ses orteils, la gravité semblant avoir momentanément perdu prise sur son corps.
Il jeta un œil au message impertinent de John. Alors c'était ça? Le sentiment à propos duquel les êtres humains écrivaient, peignaient et chantaient depuis toujours? Il avait depuis longtemps abandonné l'idée d'en faire l'expérience directement, mais si ce n'était pas ça, c'était quoi alors?
Je crois que - je suis peut-être amoureux de lui.
La pensée était là et puis partie, mise de côté pour être réexaminée plus tard, quand elle serait peut-être moins intimidante. Il avait d'autres choses à faire pour l'instant. Il se leva et monta les escaliers quatre à quatre. Il fut accueilli à son arrivée par la vue de John étendu sur le dos dans le lit, appuyé sur ses coudes, le duvet enroulé tout autour de lui. Il n'était que peau dorée, cheveux ébouriffés et sourires endormis, et il réussit presque à couper ce satané souffle dans la poitrine de Sherlock. "J'ai entendu parler d'une récompense," dit-il en retirant son t-shirt.
John lui fit signe de venir d'un mouvement du menton. "Viens par ici."
Sherlock se débarrassa de son pantalon de pyjama et plongea sous les couvertures, s'installant sur John, son érection du matin frottant contre la queue de Sherlock qui durcissait vite. "Je suis désolé. Tu t'es senti seul?"
"Affreusement," dit John en l'attirant dans un baiser langoureux, ses mains parcourant le dos de Sherlock de haut en bas. "Tu devrais savoir quelque chose à propos de moi."
"Que tu es irrésistible?"
John gloussa, et Sherlock ajouta une autre marque sur son tableau mental des petits rires de John. "Peut-être à tes yeux."
"À mes yeux, certainement. Tu sais que quand je suis arrivé ici et que je t'ai vu, j'ai oublié de respirer pendant un instant? C'était un peu inquiétant. Dieu merci je n'ai pas eu besoin d'aide médicale."
John se figea, ses yeux cherchant ceux de Sherlock. "Tu ne dis pas ça comme ça, n'est-ce pas? Je veux dire, tu ne me sors pas juste une réplique pour obtenir quelque chose. Tu le penses vraiment quand tu dis ce genre de choses."
"Bien sûr que je le pense. Pourquoi le dirais-je, sinon?"
Il sourit et tendit le cou pour embrasser Sherlock à nouveau, tirant sur sa lèvre inférieure, une partie de lui qui semblait fasciner John. "Le fait que tu sois capable de poser une telle question - eh bien, c'est une raison supplémentaire d'être ici avec toi."
Sherlock baissa les yeux sur le visage de John, passant un doigt dans ses cheveux. "Tu allais me dire quelque chose que je devrais savoir à propos de toi."
"Ah, oui. Ce que tu devrais savoir à propos de moi c'est que j'adore, mais alors j'adore, faire l'amour le matin."
"Je vois. Alors te réveiller et te retrouver seul au lit..."
"Absolument décevant." Sa main migra du dos de Sherlock vers ses fesses, qu'il agrippa d'une manière possessive.
"Je ne voudrais pas que tu commences la journée sur une déception."
"Ce serait une honte."
"Dis-moi comment je peux me faire pardonner."
John réfléchit un moment, l'air un peu incertain. "J'ai adoré ce qu'on a fait la dernière fois. J'aimerais que tu puisses me pénétrer à nouveau."
"Et pourquoi pas?" Pour être franc, c'est ce qu'il avait eu en tête en arrivant. John s'en était sorti bien mieux que lui-même, mais c'était peut-être dû au fait qu'ils avaient appris de leurs erreurs. Ils y avaient été beaucoup plus doucement quand le tour de John était venu.
"Je ne pense pas pouvoir le refaire tout de suite. C'est un peu - sensible."
"Oh, John - je suis désolé, est-ce que j'ai..."
"Non, tu n'as rien fait de mal, ça semblait génial sur le moment. C'est juste que je ne suis pas habitué."
Sherlock l'embrassa fort, rapidement, en descendant vite vers son cou, qu'il savait être très sensible. John s'arqua sous sa bouche, une main s'enchevêtrant dans sa chevelure. "Je suis sûr que je peux trouver une alternative convenable," murmura-t-il. Il disparu sous les couvertures et prit la queue de John dans sa bouche. Il le sentit grogner et frissonner, mais après quelques instants il repoussait déjà Sherlock.
"Non, je ne veux pas jouir comme ça," dit-il, essoufflé.
"Comment, alors?"
John saisit les bras de Sherlock et le fit se retourner, posant ses genoux entre les jambes de Sherlock et encastrant leurs hanches l'une dans l'autre. Il passa une main derrière le genou de Sherlock et le leva; Sherlock comprit l'idée et enroula ses jambes autour de la taille de John. John s'allongea sur lui et l'embrassa avec une lenteur méticuleuse. "Je veux sentir chaque centimètre de toi," murmura-t-il à l'oreille de Sherlock.
Sherlock n'était pas certain de ce que cela signifiait. Si John voulait encore le pénétrer, il aurait pu élever la même objection que John quelques minutes plus tôt. Mais il aurait été obligé d'interrompre le baiser pour parler, ce qu'il ne voulait pas non plus. Pour l'instant John était juste allongé au-dessus de lui, roulant doucement des hanches et faisant jouer sa bouche sur celle de Sherlock. John se sentait malléable et ensommeillé, sa peau dégageant une odeur chaude, et toute l'expérience lui donnait l'impression de s'enfoncer dans un agréable tourbillon.
John se mit à pousser ses hanches plus fort contre Sherlock, se tournant jusqu'à ce que leurs queues soient alignées. Sherlock haleta à son contact et haussa son pelvis. John laissa tomber sa bouche dans le cou de Sherlock et leurs corps roulèrent en vagues dans le lit, s'écrasant l'un contre l'autre jusqu'à ce que John jouisse, en criant le nom de Sherlock. Il s'immobilisa un moment, puis glissa une main entre eux et attrapa la queue de Sherlock, la caressant jusqu'à ce qu'il jouisse sur les doigts de John, mordant sa lèvre et grognant. Et puis ce ne fut plus que souffle et baisers et glissement de sueur fraîche.
Sherlock embrassa John le long de sa mâchoire jusqu'à son oreille. "Faire l'amour le matin?"
John eut un petit rire. "C'est une manière agréable de commencer la journée."
Sherlock était bien obligé d'admettre que John avait eu raison concernant la meilleure manière de commencer la journée. Après leur étreinte, ils se levèrent juste assez longtemps pour se doucher, se chercher un petit-déjeuner, enfiler des pyjamas propres et retourner au lit. John lut un livre, Sherlock s'installa avec son ordinateur. Pendant des heures, jusque bien plus tard que midi, ils traînèrent là ensemble, chacun absorbé par sa propre tâche. Même ainsi, il y avait une complicité dans leur silence. Leurs pieds s'emmêlaient ensemble sous la couverture, ils s'appuyaient l'un sur l'autre à tour de rôle. Ils échangeaient des baisers rapides, tranquilles, chaque fois que le besoin s'en faisait sentir.
Aux environs d'une heure, John mit son livre de côté et se frotta les yeux. "Je suppose qu'on devrait se trouver quelque chose à manger," dit-il.
"Mmm."
"Et ça pourrait être agréable de sortir de la maison."
"Je suis plutôt heureux là où je suis."
"On ne peut pas rester au lit toute la journée, Sherlock," dit John en lui souriant.
"Pourquoi pas?"
"Eh bien - parce que - on ne peut pas."
Sherlock mit son ordinateur de côté et s'allongea près de John, le prenant dans ses bras. John se blottit contre sa poitrine. "Combien de temps peux-tu rester?" demanda-t-il.
John soupira. "Je dois prendre l'avion pour rentrer vendredi. Je voudrais voir mes parents d'abord, alors nous devrions passer le jeudi soir en ville."
"On rentrera jeudi, alors."
"Ça nous laisse seulement deux jours de plus ici, qu'est ce qui est arrivé à notre semaine?"
"Ça n'a jamais vraiment été une semaine, John."
John glissa son bras sur le ventre de Sherlock et se serra encore plus contre lui. "Alors il faudra encore combien de temps avant que tu ne viennes à Los Angeles?"
"Trois semaines."
Ils se turent un moment. "Merde," dit John.
Sherlock comprenait ce qu'il voulait dire. Ils n'étaient ensemble que depuis quelques jours mais déjà l'idée d'être séparé de lui ne serait-ce qu'une journée, et à plus forte raison trois semaines, paraissait déprimante. "Ça passera vite," dit-il, sans vraiment y croire.
"Tu sais, je ne pense pas que ça passera vite." John tourna la tête et embrassa la clavicule de Sherlock. "Tu me manqueras horriblement."
"Toi aussi."
Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre quelque minutes de plus, perdus dans leurs pensées respectives. "Bon, allez, alors. Bougeons-nous. Et si on allait à Hailsham? Chercher à manger, visiter les environs. Je n'y ai jamais été."
"Si tu veux."
John fronça les sourcils. "Est-ce qu'on risque d'être repérés?"
"Il y a peu de chances. Je n'ai jamais été pris en photo là-bas. Ou en tout cas, rien n'est jamais parvenu jusqu'au grand public. Mais on devrait quand même éviter de prendre la voiture. Trop voyant. Il n'y a que quatre kilomètres, on a des vélos dans la remise. On peut pédaler."
"Oh, parfait. Je n'ai pas roulé à vélo depuis une éternité." John sourit, excité. "Ce sera comme une sortie."
"Ce ne sera pas comme une sortie, ce sera une sortie."
"Je sais. Je suppose - je veux dire que ce sera comme quelque chose que font les gens normaux."
"Et nous ne sommes pas des gens normaux?"
"Seigneur, non. Nous sommes des gens étranges. Nous travaillons pendant les week-ends et les vacances et des gens sont payés pour nous rendre aussi pimpants que possible. Nous sommes payés pour faire semblant dans le but d'amuser les autres et les gens semblent vraiment intéressés de savoir qui a créé nos smokings. Notre travail implique des soirées, des films et parler de nous à des gens que nous ne connaissons pas. Nous menons une existence tordue et bizarre, Sherlock. Alors faisons un tour à vélo dans un village et prenons du thé avec des biscuits et faisons quelque chose d'ordinaire."
Ils s'habillèrent et s'assurèrent qu'ils avaient des sacs et des clés et ce genre de choses, puis allèrent dans la remise pour sortir les vélos. C'étaient des bicyclettes argentées rutilantes qui semblaient impatientes d'être emmenées en ballade. Ils les poussèrent jusque dehors, remontèrent les pédales et chacun lança une jambe par dessus et s'installa sur la selle.
À la suite de quoi Sherlock découvrit la faille dans leur plan. Ses fesses avaient été sujettes à une nouvelle activité récemment, et elles élevaient un drapeau rouge à l'idée d'un trajet de huit kilomètres à vélo. Il regarda John, qui venait clairement d'avoir la même révélation. "Ou on pourrait simplement marcher," dit Sherlock.
"Oui, marchons plutôt," renchérit John, hochant la tête. Les vélos retournèrent dans la remise - Sherlock imagina qu'ils étaient un peu déçus de ne pas sortir en fin de compte - et John et lui se mirent en route vers le sentier à l'arrière de la propriété.
C'était en fait ridiculement idyllique, songea Sherlock tandis qu'ils marchaient d'un pas tranquille. C'était une magnifique journée ensoleillée, pas trop chaude mais avec une brise agréable, et le feuillage de fin d'été était vert et luxuriant. Le soleil flattait John, il faisait scintiller ses cheveux comme de l'or, réchauffait ses traits et donnait à ses yeux des reflets d'aquarium bleu foncés. Le sentier qu'ils empruntaient était ombragé et isolé, assez pour qu'après quelques minutes de marche, John tende le bras et entrelace leurs doigts.
"Tes parents sont morts, n'est-ce pas?"
Sherlock hésita. "Wikipédia?"
"IMDB."
"Eh bien, c'est l'histoire officielle."
"Ils ne sont pas morts?"
"Mon père est mort. Ma mère est tout à fait vivante. Mais elle tient à son intimité. Rien n'égale son horreur d'avoir deux fils dans des carrières publiques, à part sa terreur que le public apprenne son existence. Alors nous disons aux gens que nos parents sont morts."
"C'est plutôt radical."
Il haussa les épaules. "Ma mère et moi ne sommes pas très proches. Elle était trop attachée au regard des autres pour se soucier beaucoup de nos vies véritables. Mon frère est plus obéissant que moi."
"Quel est son nom?"
"Mycroft."
"Je peux le rencontrer?"
Sherlock lui jeta un regard. "Tu en aurais envie?"
John s'arrêta et se tourna pour lui faire face, forçant Sherlock à s'arrêter aussi. "Sherlock, est-ce qu'on va faire partie de la vie l'un de l'autre? Au moins de manière semi-permanente?"
"Je l'espère vraiment."
"Alors oui, je veux rencontrer ta famille." Il hésita. "À moins que tu ne veuilles pas les mettre au courant pour nous deux."
"Non, j'ai absolument l'intention de le faire. Mycroft se fichera que tu sois un homme, il voudra juste savoir si tu as des relations avec la mafia ou toute autre organisation criminelle. Mère va gémir à propos de ce que les voisins penseront, puis quand elle t'aura rencontré elle te demandera quand nous prévoyons de lui faire des petits-enfants."
John rit. "Bon je suis plutôt sûr d'être tranquille en ce qui concerne la mafia et les organisations terroristes, et je m'en remettrai à toi pour les petits-enfants."
Ils reprirent leur marche. "Et ta famille?" demanda Sherlock. "Tu prévois de leur en parler?"
John se tut un moment. "Tu te souviens que j'ai dit que je voulais les voir avant de prendre l'avion?"
"Tu vas leur dire maintenant?"
"Il vaut mieux s'en débarrasser tout de suite."
"Tu n'as pas l'air très optimiste."
"Honnêtement je ne sais pas comment je vais le formuler. Est-ce que je fais mon coming out? En tant que quoi? Je ne sais pas si je peux juste leur sortir quelque chose de facile à avaler, du style 'je suis gay.' Je ne suis pas très sûr de l'être. Tout ce que je peux leur dire avec certitude est que j'ai rencontré quelqu'un avec qui je veux être, qui est important pour moi, et qui est un homme."
"Je suppose qu'ils conclurons eux-mêmes que tu es gay."
"C'est leur problème."
"Tu penses qu'ils n'approuveront pas?"
"Je n'en ai franchement aucune idée."
"Ta sœur est lesbienne, n'est-ce pas?"
"Harry? Elle joue dans les deux camps. Elle n'a jamais ramené de femme à la maison, seulement des hommes. Je ne sais pas si c'était par hasard ou volontairement, je ne lui ai jamais posé la question." John lui jeta un regard. "Tu ne sembles pas avoir de problèmes d'identité sexuelle."
"Je trouve le concept d'identité sexuelle binaire limité et improbable. Comme pour tout le reste concernant les êtres humains, la réactivité sexuelle existe sur une échelle de changement continu, elle-même affectée par une quantité vertigineuse de variables, alors il est inutile d'essayer de déterminer à l'avance des étiquettes absurdes et limitées."
"Eh bien, c'est certainement très progressiste de ta part."
"C'est plus simple de réagir quand je suis attiré par quelqu'un, sans faire attention à leur sexe, et de progresser à partir de là. Alors si j'ai une identité sexuelle c'est à l'occasion, quand je trouve un autre être humain séduisant."
"Et comment répondrais-tu si quelqu'un te demandait si tu es gay ou hétéro, alors?"
Sherlock eut un sourire suffisant. "Je dirais 'je suis Sherlock Holmes, je fais ce que je veux, et allez vous faire voir'."
John éclata de rire. "Waw, je veux ça sur un t-shirt."
"Ça peut s'arranger," dit Sherlock en riant avec lui. John l'attira plus près avec leurs mains jointes, lui sourit d'un air rayonnant, l'œil rieur, et Sherlock le sentit à nouveau. Cette déflagration de bonheur chaleureux dans sa poitrine, la joie brute d'être en présence de John et de s'y prélasser, de jouir de son attention, de son regard, de son approbation.
Je me disais tout à l'heure que j'étais peut-être amoureux de lui.
Il n'y a pas de 'peut-être' qui tienne.
Jeudi arriva bien trop vite.
Leur après-midi à Hailsham se déroula sans anicroche. Ils atteignirent le village, firent un tour rapide, prirent le thé avec des scones, achetèrent le thé préféré de John et rentrèrent comme le soleil se couchait, arrivant à la maison satisfaits malgré leurs pieds endoloris. Ils firent un feu de camp dans le jardin cette nuit-là et burent du vin, en échangeant des histoires d'horreur de comédiens, et se conduisirent au lit mutuellement, l'odeur évocatrice de la fumée s'attardant dans leurs cheveux.
Le mardi ils emballèrent de la nourriture et du matériel, montèrent dans la voiture et conduisirent jusqu'à la côte, où Sherlock connaissait des chemins de randonnée reculés. Ils passèrent la journée à parcourir des collines et des vallées avec vue sur la mer, s'arrêtant dès qu'ils en avaient envie, allant dans la direction qui leur plaisait, et profitant de leur liberté comme seuls peuvent le faire ceux dont la vie est excessivement programmée. Ils prirent leur repas sur le sommet d'un pic herbeux et passèrent une bonne demi-heure à évacuer leur trop-plein de calories sur un coussin d'herbes tendres.
Le mercredi les trouva l'esprit plus tranquille. Sherlock était amèrement conscient qu'il s'agissait de leur dernière journée à la campagne et John semblait l'être tout autant. Ils réessayèrent les vélos, leurs fesses à tous les deux s'étant ajustées à la nouvelle tâche qu'on leur avait assignée, et se promenèrent sans but dans Hailsham et dans les environs éloignés, s'arrêtant fréquemment pour prendre des photos. Ils dînèrent précisément dans le genre de pub campagnard que John avait imaginé. Il passa tout le repas à regarder autour de lui avec une expression d'enchantement démesuré sur le visage; Sherlock le passa à regarder John. Ils rentrèrent bien après la tombée de la nuit, les phares de leurs vélos éclairant la route. Sherlock entraîna John dans le champ derrière la maison, traînant une vieille couverture derrière eux. "Je regardais les étoiles ici quand j'étais petit," dit-il en étalant la couverture sur le sol.
"Oh, je croyais que tu avais acheté cette maison toi-même," dit John tandis qu'ils s'étalaient sur le dos.
"Non, elle appartenait à mes parents. Quand mon père est mort, Mycroft et moi en avons hérité."
Ils regardèrent la couverture d'étoiles lumineuses au-dessus de leurs têtes. "C'est incroyable," dit John. "On ne voit pas aussi bien les étoiles à Londres. Ou à Los Angeles."
Sherlock le sentit entremêler leurs doigts ensemble. Il leva leurs mains unies sur sa poitrine et les garda là. "John, je - je redoute vraiment le moment où tu vas t'en aller."
"Je sais. Moi aussi."
"Je ne suis pas habitué à prendre en considération les envies et les besoins de quelqu'un d'autre. Je ne sais pas si je peux être un partenaire convenable pour toi."
Il faisait nuit noire alors il ne pouvait pas bien le voir, mais il pouvait sentir John se tourner pour le regarder. "Mais enfin d'où est-ce que ça sort?"
"Je veux juste que tu saches que si..." Il déglutit difficilement. "Si tu penses que le temps que nous avons passé ensemble est suffisant, et qu'il serait impossible de continuer, alors..."
"Non, arrête. Arrête-toi tout de suite. Sherlock - mon dieu, tu es incroyable. Après toutes les discussions que nous avons eues? Les décisions que nous avons prises ensemble? Les projets que nous avons faits? Tout à coup tu t'imagines que j'ai besoin d'une sortie de secours?"
"J'essaie d'être réaliste. Bientôt nous atteindrons le point de non-retour, ou du moins de retour difficile. Si je viens à Los Angeles et que j'emménage avec toi..."
"Pas si. Tu viens à Los Angeles et tu..." John s'interrompit, fronçant légèrement les sourcils.
Sherlock acquiesça. "Voilà, tu vois ce qui nous attend réellement. C'est merveilleux d'être sous le ciel bleu et les gazouillis d'oiseaux tant que nous sommes ici, mais là-bas, ce sera la réalité, John. Avec des gens qui demanderont des explications sur la raison pour laquelle je vis dans ta maison, des amis à qui il faudra mentir, et des photographes à chaque coin de rue. Nous envisageons d'emménager ensemble. Nous ne nous connaissons que depuis le printemps et nous sommes ensemble depuis moins d'une semaine. Ça parait un peu précipité, tu ne crois pas?"
John se laissa retomber sur le dos. "Si. En effet."
"Je viens à Los Angeles de toute façon. J'ai mon propre chez moi, je n'ai pas besoin de rester chez toi. On pourra se voir tous les jours."
"Ce sera pire. En faisant des allers-retours et des rendez-vous et ce genre de trucs, on est sûrs de se faire prendre."
Les entrailles de Sherlock se serrèrent à la suggestion qu'il s'apprêtait à faire. "John, ne te méprends pas, mais peut-être que ce serait mieux si on ne se voyait pas du tout jusqu'aux Oscars."
John était très calme. "C'est ce que tu veux?"
"Non. Ce n'est pas ce que je veux. Tu sais ce que je veux."
"Tu veux une relation officielle."
"Je sais pourquoi nous ne pouvons pas, et je l'accepte. Alors si on ne peut pas être ensemble ouvertement et le faire savoir, peut-être qu'il serait plus facile, moins blessant pour nous, de faire une pause jusqu'à ce que ce soit possible."
Il entendit John pousser un long soupir. "Peut-être que ça vaudrait mieux." Personne ne parla pendant quelques secondes. "Attends une minute, non, ça ne serait pas mieux!" s'exclama John à brûle-pourpoint. "Ce ne serait pas mieux! Plus facile, peut-être, moins compliqué, peut-être. Mais non, Sherlock. Je ne te laisse pas tomber parce que c'est plus facile." Il se rassit et attira Sherlock face à lui. "Je me fiche que ce soit rapide, ça n'a pas d'importance si c'est nouveau. Je ne pourrais pas être plus fixé sur toi si nous avions été ensemble dix ans. Et hors de question que je reste loin de toi pendant six mois. Trois semaines vont déjà bien m'achever." Il saisit le visage de Sherlock dans ses mains. "Tu te souviens de ce que tu as dit pendant notre première nuit ici, à propos de ce que tu voulais? C'est ce que je veux aussi. Toi dans ma vie, tous les jours, tout le temps. Je ne vais pas attendre. Je n'ai pas besoin que ce soit facile. Rien de ce qui en vaut la peine ne l'est jamais. Alors écoute-moi bien, Mr Holmes. Tu vas venir à Los Angeles à la minute où tu le pourras et tu vas emménager chez moi et on fera ce qu'il faut pour être discrets, mais rompre n'est pas une option, même temporairement."
Sherlock sentit les larmes lui monter aux yeux. Il leva les mains et les posa sur celles de John. "John," finit-il par dire. "C'est ce que j'espérais que tu dirais."
John le serra très fort contre lui. Sherlock passa ses bras autour de lui et l'agrippa, désirant ne jamais le voir partir, et désirant plus encore pouvoir le faire devant tout le monde.
Ils chargèrent la voiture le jeudi matin, tous deux silencieux, remplissant leurs tâches avec efficacité mais sans beaucoup d'entrain.
Même s'ils devaient encore avoir une nuit ensemble à Londres chez Sherlock, ils s'étaient défoulés la nuit dernière comme s'il s'agissait de leur dernière nuit sur Terre. John avait défait la couverture autour de Sherlock sous les étoiles et l'avait clamé à nouveau, arrachant de son corps des cris et des extases que Sherlock n'avait encore jamais imaginés. Ils avaient titubé jusqu'à la maison, s'appuyant l'un sur l'autre, et s'étaient écroulés sur le lit. John était exténué; il s'était allongé et avait laissé Sherlock faire comme il l'entendait, c'est à dire vénérer chaque centimètre de lui, lui montrer ce qu'il ne pouvait pas exprimer, c'est à dire que John l'avait changé et qu'il ne pouvait plus redevenir comme avant, qu'il ne le voudrait pas s'il le pouvait, et que si des gens le condamnaient pour cela alors il se laisserait condamner avec joie.
John jeta un regard sur la maison et les alentours. "J'adore cet endroit," dit-il.
"Je l'ai toujours adoré," dit Sherlock. "Mais je crois qu'il vient d'acquérir une plus grande valeur sentimentale."
"Est-ce qu'on pourra revenir?"
"Bien sûr. Quand tu voudras."
"Nous n'aurons probablement pas le temps avant un moment."
"La maison sera toujours là quand nous serons disponibles."
John prit les mains de Sherlock dans les siennes et l'embrassa. "J'ai l'impression d'aller à l'échafaud."
"Arrête, la M25 n'est pas si terrible."
Il rit, un peu faiblement. "Très bien, finissons-en. On a tout, alors?"
"On a tout."
Ils montèrent dans la voiture, la capote levée cette fois car la pluie s'annonçait, et John les reconduisit dans l'allée. Ils restèrent sur la A21 et arrivèrent dans les temps à Londres. Sherlock sentit la pression et l'enchevêtrement de son humanité condensée, de son architecture, et les regards qui s'accumulaient sur lui tandis qu'ils approchaient de son appartement. Il n'avait pas réalisé à quel point ils avaient été libres et détachés à la campagne, avant qu'ils reviennent en ville et ne le soient plus.
John se gara dans le garage souterrain et ils entrèrent dans l'ascenseur en traînant les bagages derrière eux. Ils poussèrent tous les deux un soupir de soulagement en arrivant au 221B. "Merde," dit John, en étirant son dos. "J'ai passé une nuit ici et je me sens déjà chez moi."
"J'ai à peine passé plus de temps ici moi-même." Il regarda autour de lui. "J'ai longtemps envisagé d'emménager ici d'une manière plus permanente, et d'aller à Los Angeles seulement quand j'y suis obligé."
"Mmh. Eh bien, c'est quelque chose dont nous devrons discuter, n'est-ce pas?"
Sherlock sourit, ses propres mots faisant écho dans sa tête. Je veux qu'il soit bien clair que tout ce qui m'impliquera t'impliquera toi aussi. "En effet."
John jeta un œil à sa montre. "Zut, je déteste ça mais il est déjà trois heures et si je veux voir mes parents, je ferais mieux d'y aller."
"Prends la voiture si tu veux."
John se ragaillardit un peu à ces mots. "Je peux?"
"Bien sûr. Je ne vais nulle part."
Il s'approcha et glissa ses mains autour de la taille de Sherlock. "Et que vas-tu faire ici tout seul pendant que je suis parti?"
"Je vais lire mes mails, je suppose. Demander à Sally de passer, régler quelques affaires."
"Cette réponse est incorrecte," dit John, lui lançant un regard faussement sévère.
"Oh, je te demande pardon. Naturellement, ce que je voulais dire c'est que je vais me languir sur ce canapé comme une héroïne de roman et rester allongé dans une désolation abjecte jusqu'à ce que mon seigneur me revienne."
John éclata de rire. "Voilà qui est mieux." Il tendit le cou vers le haut et l'embrassa. Quand il fit mine de s'en aller Sherlock le tira à nouveau vers lui, allongeant sa tête vers le bas et taquinant les lèvres de John. Il sentit John sourire contre sa bouche et ses mains remonter de sa poitrine vers son cou. "Mmh, tu ne facilites pas vraiment mon départ," murmura John, insérant les mots entre les baisers.
"Vous avez découvert mon plan diabolique, Mr Watson."
John tâta ses fesses une dernière fois et fit un pas en arrière. "Je suis un homme adulte et j'ai le pouvoir sur ma libido, je peux tout à fait résister à un petit ami sexy."
"Ah, encore raté." Sherlock croisa les bras sur sa poitrine et John et lui restèrent debout à se sourire pendant quelques instants.
"Ok, j'y vais. J'essaierai de ne pas rentrer trop tard. Mais cela dit je dînerai sûrement avec ma famille."
"D'accord."
John entra dans l'ascenseur, se retourna avec un petit signe de la main, et disparut.
Sherlock soupira, puis souleva sa valise et partit dans la chambre pour défaire sa valise.
Sally arriva peu après que John soit parti. "Comment étaient tes vacances?" demanda-t-elle. Sherlock fouilla son visage à la recherche d'ironie, mais elle semblait sincèrement intéressée.
"Trop courtes," dit-il.
"Tout s'est bien passé?" Il savait ce qu'elle voulait savoir. Vous vous êtes bien entendus? Le sexe était convenable? Avez-vous cohabité avec succès sur une courte durée? Est-ce que c'était plus qu'un coup de foudre temporaire? Est-ce que ça a duré après que l'adrénaline de vos retrouvailles soit retombée?
Il croisa son regard. "C'était parfait."
Sally sourit et lui pressa l'épaule. "Bien."
"En fait, nous avons décidé que quand je rentrerai à Los Angeles à la fin du mois, j'emménagerai chez lui."
"D'accord." Il vit la question muette sur son visage.
"Nous n'allons pas officialiser notre relation. Pas avant les Oscars."
Sally réfléchit un moment. "Ça va être dur."
"Je sais. On sait."
"Tu sais qu'Harry et moins nous ferons tout ce que nous pouvons pour vous aider."
"Je sais."
"En fait, nous avons déjà pris quelques initiatives."
"Je te fais confiance, Sally."
Elle sembla émue d'une manière absurde à ces mots. "Merci, Sherlock. Mon dieu, je crois que j'aime ce nouveau toi plus gentil. John doit avoir une influence bienfaisante."
Il ne put s'empêcher de rougir un peu. "Je crois que c'est le cas."
Ils s'assirent à la table de la salle à manger et pendant les heures qui suivirent ils s'occupèrent des e-mails, des horaires, des itinéraires, des projets et de la douzaine de messages vocaux sur le répondeur de Sherlock. Ils allaient juste avoir terminé aux alentours de cinq heures quand Sherlock entendit l'ascenseur se mettre en marche. Ça ne pouvait pas déjà être John; il supposa que c'était un voisin. Mais l'ascenseur s'arrêta et les portes s'ouvrirent.
Sherlock se retourna pour voir John entrer. En un seul regard il comprit que quelque chose avait très mal tourné. Il regarda Sally, qui venait de faire la même supposition. "J'allais m'en aller," dit-elle, rassemblant ses papiers. John lui lança à peine un regard quand elle passa devant lui pour prendre l'ascenseur.
"John, qu'est ce qui ne va pas? Tu es de retour plus tôt que prévu."
John ne répondit pas. Il retira sa veste avec des mouvements rapides, brutaux, et la lança contre le canapé, violemment. Il pressa le creux de ses mains sur son front.
Sherlock resta en retrait, ne sachant que faire. "Tu as - vu tes parents?" Ce qui s'était passé lui semblait évident, sinon en détail, du moins en général, mais il savait qu'il devait laisser John le dire à sa manière.
"Oui, j'ai vu mes putains de parents." John se tourna vers lui. "Ils étaient aussi charmants que d'habitude. Mécontents de tout dans leur vie, bien qu'ils ne paient rien, soit dit en passant. J'ai toléré l'habituelle litanie d'une heure sur leurs problèmes physiques et j'ai fait les bruits d'inquiétude appropriés concernant leur santé. Et quand ils ont finalement pensé à me demander comment j'allais, je leur ai dit qu'il y avait quelqu'un de nouveau dans ma vie et que j'étais vraiment heureux. Quand ils ont appris de qui il s'agissait, on m'a informé dans les termes les plus clairs qu'il était hors de question que leurs fils prenne dans le cul! Il cria les derniers mots, saisissant le premier objet à sa portée, qui se trouva être un livre, et le lança à travers la pièce. Il s'écrasa sur une lampe, qui bascula sur le sol. "Merde," dit John. "Je suis désolé."
"John, je..." Sherlock ne savait pas comment gérer cela. "Je ne sais pas quoi dire."
"Il n'y a rien à dire. J'espérais que ça n'arriverait pas, mais je le craignais. Je leur ai dit que si je n'étais plus leur fils, alors ils allaient probablement quitter la maison que j'ai acheté et virer le personnel que j'ai engagé et se trouver des jobs. Et là c'est devenu vraiment moche."
"Et là c'est devenu moche?"
"Mon père a voulu savoir depuis combien de temps j'étais devenu une tarlouze, ma mère s'est lamenté sur le fait qu'elle n'aurait jamais de petits-enfants, ce qui n'a aucun sens puisqu'elle en a déjà six, et puis ça a été 'oh, on savait que ce truc de théâtre te rendrait pédé, rien que des pédés dans les films de nos jours', et puis mon père..." John avait parlé rapidement, mais soudainement il s'interrompit, sa pomme d'Adam remontant, et quand il parla à nouveau sa voix était étranglée par les larmes. "Mon propre père m'a dit qu'il ne me laisserait plus jamais seul avec mes neveux."
Sherlock crut qu'il allait être malade. "Oh mon dieu."
"Mes neveux, Sherlock. Comme si j'étais maintenant une sorte de danger pour eux, comme un pervers ou un prédateur...J'adore ces enfants, mon dieu, comment a-t-il pu croire..." Il secoua la tête.
Sherlock fit la seule chose qui lui vint à l'esprit. Il s'avança et prit John contre sa poitrine, l'enlaçant de ses bras. John s'appuya contre lui tout de suite et s'accrocha à lui. "Je suis désolé," dit Sherlock en pressant ses lèvres sur les cheveux de John. John essaya de garder son calme pendant un moment mais tout à coup il craqua. Sherlock le serra tandis qu'il pleurait, repoussant les idées qui lui venaient sur la manière d'infliger une lente, douloureuse vengeance aux parents de John pour l'avoir mis dans cet état.
John se reprit assez vite mais resta là quelque temps, le visage enfui dans l'épaule de Sherlock. "Seigneur," dit-il. "Je suis désolé, je ne voulais pas m'effondrer comme ça."
"Tu avais de bonnes raisons. Et si tu ne peux pas le faire devant moi, où pourrais-tu le faire?"
John acquiesça. Sherlock lui tendit un mouchoir et il se moucha le nez et s'essuya les yeux. Au moins mes frères et sœurs ne sont pas d'accord. Ils m'ont fait savoir que ça ne leur posait aucun problème. Ça aide. Et j'ai trente-huit ans, je ne suis plus un enfant, mais mes propres parents, ça fait plus de mal que je l'aurais cru."
"John, je n'ai jamais voulu m'interposer entre toi et ta famille. Si j'avais su..."
"Non, arrête-toi là," dit John, se dégageant et le regardant, l'œil incendiaire. "Mettons les choses au clair. Tu ne t'interposes pas entre eux et moi, Sherlock, ce sont eux qui s'interposent. Ce n'est pas ta faute ou la mienne, c'est la leur. Et ils vont s'y faire. Ils sont juste en pleine crise maintenant, c'est un choc. J'aurais pu mieux gérer les choses, je me suis énervé et ça a juste donné envie à mon père de riposter. Le temps va passer et mes frères et sœurs leur parleront, ils s'habitueront à cette idée, et..." Il renifla et eut un petit rire. "Eh bien, ils ne peuvent pas vraiment se permettre de m'effacer de leur vie, pas vrai? Je suis leur saleté de ticket-repas."
"Ce n'est pas bien non plus, si j'ose dire."
"Pourquoi pas? Qui d'autre prendra soin d'eux à part moi? J'en ai les moyens." Il lui sourit, d'un sourire fatigué et mouillé de larmes. "Merci."
"Pourquoi?"
"Pour être là. Pour me faire un câlin pendant que je m'égare."
"N'est-ce pas ce que font les amoureux?"
"Je pense que oui." John s'assit avec un soupir, son corps s'affaissant entièrement. Sherlock s'assit face à lui sur une ottomane rembourrée. "Je suis complètement crevé."
"On va manger quelque chose, tu dois être affamé."
"J'ai un petit creux, c'est vrai. Donne-moi une minute pour me ressaisir. J'ai l'air en piteux état."
Sherlock prit ses mains, secouant la tête. "Tout ça est tellement compliqué. Ta famille, notre travail, nos affaires, la presse - ça semble injuste. Les autres couples ne doivent pas gérer ce genre d'idioties pendant qu'ils s'habituent l'un à l'autre."
"Je crains que ce ne soit notre lot et que nous ne soyons obligés de le supporter." John croisa son regard. "Et ne vas pas encore te faire des idées sur la vie plus facile que nous aurions si nous n'étions pas ensemble."
"Qui a dit que j'allais le faire?"
"Moi, et je ne veux pas l'entendre." Il se rapprocha soudainement. "Parce que tu en vaux la peine, tous les efforts, tous les ennuis, tous les - tout ce qu'on fait." Ses yeux remontèrent vers le visage de Sherlock, et Sherlock le vit prendre une grande inspiration pour se donner du courage. Oh mon dieu, il va le dire."Sherlock, je..."
"Non," coupa Sherlock, la main levée. "Ne dis rien." Ne dis rien avant que j'aie eu ma chance. Je t'ai aimé tout ce temps, John, et c'est toi qui as fait cela. Tu as pris l'avion et tu es venu voir mon spectacle et tu nous a reliés avec un seul hortensia, tu m'as tenu dans tes bras et tu n'as pas lâché même quand tu aurais dû le faire. Tout est arrivé grâce à toi et tout ce que tu en retires ce sont des ennuis et de la peine et s'il te plait, laisse-moi te donner quelque chose en retour avant de me devancer pour ça, aussi.
John referma la bouche et battit en retraite, un air déconfit sur le visage. "Oh. Je, euh - d'accord, alors. Je ne dirai rien. Je suis désolé." Il commença à se lever, évitant le regard de Sherlock, et le visionnage instantané dans la tête de Sherlock lui repassa les dernières secondes et il réalisa de quoi il avait l'air, et ce que John devait penser. Oh, bien joué, Holmes. Tu as réussi à foutre les choses en l'air, n'est-ce pas? Arrange ça tout de suite, espèce de crétin sans cervelle.
"John, attends - ce n'est pas ce que je voulais dire, s'il te plait, rassieds-toi. Je suis désolé, j'ai fait n'importe quoi." John se rassit, fronçant les sourcils. "Je suis doué pour imiter les émotions, mais je suis sans espoir avec les miennes."
John sourit, un peu hésitant. "Je sais."
"Tu mérites quelqu'un qui puisse s'exprimer correctement, qui puisse te parler comme parlent les gens normaux."
"Oh, n'allons pas encore dans cette discussion ou tu prétends que je mérite mieux; personne n'est mieux que toi, et il n'y a rien d'anormal dans..."
"Je t'aime, John." John s'arrêta de parler brusquement, la bouche entre-ouverte. Sherlock soutint son regard. Les mots étaient maintenant sortis. Il se rendit compte que tout ce qu'il voulait faire était de les répéter jusqu'à ce qu'ils remplissent toute la pièce, jusqu'à ce que leur magnitude s'approche de la profondeur des sentiments qu'il éprouvait pour cet homme. "Je suis désolé de t'avoir coupé la parole, je savais ce que tu allais dire et je ne pouvais pas te laisser faire, tu ne pouvais pas encore être le plus courageux, parce que tu es toujours celui qui me montre le chemin pour ça et juste une fois, je voulais être celui qui saute le pas et être brave pour toi."
John avait un peu repris ses esprits. Il saisit le visage de Sherlock, souriant alors que ses yeux s'humidifiaient à nouveau. "Tu n'es pas obligé d'être brave pour moi, espèce d'idiot. Tout ce que je veux que tu fasses c'est rester toi-même."
"Ce n'est pas un concept auquel je suis habitué."
"Je sais, et je déteste ça, et je voudrais que ce soit différent."
Sherlock s'appuyait sur les genoux de John pour se stabiliser. "Tu es le seul à ne pas vouloir me réparer."
"Pourquoi voudrais-je te réparer? Tu n'es pas cassé." John l'embrassa très fort, une fois, puis deux fois de plus. "Tu es complètement cinglé, incroyablement doué, étrange, merveilleux, exaspérant, extraordinaire et je t'aime à un point, Sherlock." Sherlock expira lourdement et laissa John l'attirer plus près, ils essayèrent de s'embrasser en se manquant à chaque fois, atterrissant sur la joue ou la mâchoire ou le nez de l'autre, mais c'était sans importance. Finalement, ils abandonnèrent et se tinrent juste dans les bras l'un de l'autre. Sherlock sentit quelque chose se calmer le long de sa moelle épinière, les nerfs s'apaisant, tout son être au repos.
"Je t'aime," répéta-t-il à l'oreille de John.
"Je t'aime aussi."
Il recula avec un soupir. "Bon, c'est réglé, alors."
John rit. "Oui, barrons ce point dans notre agenda."
"Viens, allons chercher à manger. Je meurs de faim."
Ils envisagèrent de sortir, mais aucun d'eux ne se sentait le courage de jouer le rôle des 'deux potes sortant manger un morceau' ce soir-là. "Je ne suis pas si bon acteur, Sherlock," dit John. "Il faudra peut-être plusieurs semaines avant que je puisse te regarder sans avoir deux énormes cœurs à la place des yeux." Alors ils se contentèrent des sandwiches et des chips de la cuisine et des bouteilles de bière laissées par Sally, qu'ils consommèrent devant la télévision.
"Ton vol est à quelle heure?" demanda Sherlock, mettant son assiette de côté.
John fit la grimace. "À dix heures."
"Oh. Il faudra que tu te mettes en route assez tôt, alors."
"Je prendrai un taxi."
Sherlock hésita. "Je pourrais te conduire."
"Absolument pas. Je ne supporterai pas de te dire au revoir en public, Sherlock." Il se retourna et le regarda. "Mon dieu, je ne veux pas y aller."
"Je serai là dans quelques semaines. Ce sera vite passé. En attendant on peut s'envoyer des mails et se parler sur Skype."
"Mmh. Tristes substituts."
Sherlock se leva et lui tendit la main. "Il vaut mieux rendre cette soirée inoubliable, alors."
John la prit et laissa Sherlock le remettre sur ses pieds. "J'en ai bien l'intention."
Le matin sembla débarquer par vengeance, comme toujours quand on souhaite qu'il n'arrive pas du tout. L'alarme sur le portable de John sonna à six heures et demie, mais ils étaient déjà réveillés. La main de Sherlock s'aventura sur la table de nuit pour éteindre cette alarme persistante aussi vite que possible pour pouvoir retourner sur la hanche de John. John gloussa, rejetant la tête en arrière tandis qu'il chevauchait Sherlock lentement, d'une manière entêtante, la lumière de l'aube filtrant par la fenêtre et moulant la peau de John comme de la feuille d'or, éclairant ses yeux de côté et leur donnant un éclat bleu cobalt. "John," grogna Sherlock. "Oh merde, oui, comme ça," dit-il à travers ses dents serrées.
John sourit et roula ses hanches en cercles et en arcs tortueux. Il se pencha en arrière et resserra ses mains sur les jambes de Sherlock, changeant d'angle et étirant son torse, sa queue dure dépassant de son entrejambe. "Tu veux jouir comme ça?" murmura-t-il, les yeux fermés.
"Oui," répondit Sherlock. Il était perpétuellement ébahi de voir à quel point John était différent chaque fois qu'ils faisaient l'amour. La nuit passée il avait tout simplement jeté Sherlock sur le lit et l'avait prit à quatre pattes, le martelant vigoureusement jusqu'à ce que Sherlock soit obligé de se rattraper à la tête de lit pour se stabiliser. Il avait été bruyant et énergique et juste assez brutal pour rendre les choses excitantes (et dire qu'ils étaient tous les deux anglais), mais maintenant il était tranquille, doux et endormi, chevauchant Sherlock avec une expression de bien-être comme s'il profitait d'un massage langoureux. "Toi d'abord, alors."
Sherlock attrapa John dans sa main et tira, en longs et lents mouvements, en observant le langage corporel de son amant. John ralentit sa cadence et laissa retomber sa tête, respirant plus fort maintenant que Sherlock le branlait. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il serre les dents et jouisse sur le ventre de Sherlock, ses pulsations pressant la queue de Sherlock à l'intérieur de lui. Il se remit tout de suite au travail, un peu plus vivement maintenant, reculant et poussant vers le bas, se penchant en avant et clouant Sherlock sur place par son regard. Il s'inclina et l'embrassa, suçant la lèvre inférieure de Sherlock.
"Merde, John," haleta Sherlock. "Mon dieu, tes fesses - si serrées, c'est incroyable."
John sourit contre les lèvres de Sherlock. "Jouis en moi, Sherlock."
"Oui, mon dieu, oui..."
"Je veux te voir." Il baissa les yeux sur le visage de Sherlock et avec une dernière poussée, Sherlock se libéra en criant, sans que John ne le quitte des yeux. "Mon dieu, tu es magnifique comme ça," murmura John, enfuyant son visage dans le cou de Sherlock. "Quand tu perds le contrôle et que tu lâches prise."
Sherlock passa ses bras autour de lui, essayant de reprendre sa respiration, le cerveau pas encore tout fait fonctionnel. "Mon dieu, je t'aime." C'est tout ce qu'il trouvait à dire, l'idée la plus claire et la plus brillante, écumant les sommets de son cerveau où elle avait jaillit à la surface, tandis que tout ce qui aurait pu l'altérer était pour l'heure enterré dans le sédiment.
John roula sur le côté, déposant un baiser sur la poitrine de Sherlock. "Je crois que tu aimes bien dire ça."
"C'est peut-être parce que je m'y habitue."
Ils s'allongèrent ensemble et se prélassèrent dans le bien-être ambiant un moment, mais pas pour longtemps. Le matin leur glissait entre les doigts.
Il y eut la douche, les vêtements, les valises et le petit-déjeuner, et avant que Sherlock ne s'en aperçoive il était huit heures et la voiture de John attendait en bas. Ils se tinrent devant les portes de l'ascenseur, dansant d'un pied sur l'autre. "Appelle-moi quand tu arrives," dit Sherlock.
John acquiesça. "Je n'y manquerai pas." Il leva les yeux et croisa le regard de Sherlock. "J'ai horreur de ça."
"Pareil." Sherlock s'avança et attira John dans ses bras. "Trois semaines."
Il sentit John hocher la tête. "Trois semaines." Il se dégagea et releva la tête. Ils s'embrassèrent, un baiser d'au revoir relativement chaste. "Je t'aime."
"Je t'aime aussi."
John s'éloigna et ramassa son sac. "On se voit sur Skype plus tard?"
"Si tu veux." Sherlock fourra les mains dans ses poches. "Bon voyage."
John acquiesça. "Au revoir, Sherlock." Il monta dans l'ascenseur, maintenant le contact visuel avec Sherlock jusqu'à ce que les portes se referment entre eux.
Sherlock alla à la fenêtre et regarda dehors jusqu'à ce qu'il voie John sortir avec son sac et marcher vers la voiture qui attendait. Il leva les yeux vers les fenêtres du 221B. Sherlock leva la main, même si, à cette heure de la journée et de cet angle-là, John était incapable de le voir. John fit quand même un signe de la main. Ensuite il monta dans la voiture, qui démarra, et disparut.
Sherlock se détourna et passa en revue son appartement vide et silencieux. Cet appartement ne contenait pas de John, comme c'était le cas depuis que Sherlock y habitait, et pourtant il semblait désormais incomplet sans lui.
