Bon, j'ai promis à Lokness de poster le chapitre 10 aujourd'hui ! Voilà qui est fait ! Bonne lecture à tous.

Chapitre 10 :

Anselmius Jorkins éteignit sa cheminée, pris de lassitude. D'ordinaire, il se contentait d'envoyer un courrier aux parents des détenus qui décédaient dans sa prison, mais il était tenu de prévenir Bartemius Croupton de vive voix.

Il n'appréciait pas particulièrement l'homme qu'était Croupton. Lui-même avait été Auror, avant d'être nommé directeur d'Azkaban, il avait côtoyer des criminels presque toute sa vie. Mais il s'obstinait à penser que tout le monde pouvait s'amender. La série de procès bâclés qui avait rempli son quartier de Haute Sécurité lui laissait un goût amer dans la bouche. Il ne pouvait se défendre de penser que Croupton s'était plus occupé de démagogie que de justice.

Il n'était pas certain que tous les détenus confiés aux Détraqueurs aient vraiment mérité un pareil traitement. Combien d'entre eux s'étaient-il simplement pliés au Lord Noir par peur ? Les procès s'étaient contentés d'établir leur appartenance aux Mangemorts, et ils avaient été condamnés sans appel. Et ils mouraient les uns après les autres, sans qu'on leur laisse la moindre chance de s'amender.

Quelques coups secs à sa porte le tirèrent de ses réflexions moroses. Le chef Doherty entra dans son bureau. « Oui ?
- Un petit soucis, monsieur le directeur… Un règlement de compte un peu violent, entre deux prisonniers…
- Qui ?
- Ademius Floyd est à l'infirmerie… Miss Fudge l'examine. Finnigan Fox lui a littéralement démoli le portrait, si vous voyez ce que je veux dire…
- Fox… fit Jorkins, fronçant les sourcils. C'est le nouveau, n'est-ce pas ? Il n'a pas eu une histoire, déjà, la semaine dernière ?
- Avec Jonas Cole, oui.
- Vous l'avez interrogé ?
- Il se contente de dire que Floyd l'a bien cherché. Que doit-on faire, monsieur ?
- Faites-le venir ici. »

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Regulus entra dans le bureau du directeur, les mains entravées magiquement dans le dos. Celui-ci fit signe aux gardiens de sortir.

« Que s'est-il passé ? Le chef Doherty m'a appris que vous avez agressé Ademius Floyd…Assez violemment, apparemment.
- Il m'avait menacé plusieurs fois, répondit Regulus, posément.
- Les actes de violence sont sanctionnés par un séjour en Haute Sécurité, le saviez-vous ?
- Oui. Mon co-détenu m'en avait informé.
- Et pourtant, vous avez choisi d'agresser un autre détenu…
- Floyd est une pourriture. »

Jorkins se leva de son fauteuil et le contourna pour venir se planter devant Regulus. Celui-ci resta parfaitement droit, sans trahir le moindre signe de nervosité. Le directeur l'observa un long moment.

« Vous avez été arrêté pour cambriolage, c'est cela, dit-il.
- Oui.
- Il ne me semble pas avoir vu trace d'antécédents violents, dans votre dossier. Pourtant, Doherty lui-même a semblé être impressionné par le traitement que vous avez fait subir à Floyd…
- Je voulais faire en sorte qu'il ne puisse plus s'en prendre à personne, monsieur.
- Et vous n'avez pas trouvé d'autre moyen ?
- Sauf votre respect, monsieur… Le co-détenu de Floyd subit ses agressions jour après jour, sans que personne ne réagisse. Je me suis dit que si je voulais assurer ma propre sécurité, il ne restait plus que ce moyen-là.
- Je n'ai reçu aucune plainte, concernant Ademius Floyd…
- Demandez donc à Eddy combien de fois il a été violé par ce malade… »

Jorkins étudiait ses propos soigneusement. Regulus avait entendu dire que le directeur d'Azkaban était un homme intelligent, et profondément honnête. Son impression première allait dans le même sens.

« Si ce que vous dites est exact, reprit Jorkins, je ferai en sorte que Floyd ne puisse plus récidiver… Mais j'aurais aimé être informé des faits avant…
- Il semblerait que les gardiens préfèrent fermer les yeux sur beaucoup de choses, monsieur.
- Cela me regarde. Même avec les meilleures raisons du monde, vous vous êtes rendu coupable d'un délit majeur.
- Je sais.
- Vous ne couperez pas à la punition prévue en pareil cas.
- Je sais. »

Le directeur retourna s'asseoir à son bureau et sortit un parchemin et une plume d'un tiroir.

« Vous passerez le reste de la journée et la nuit en Haute Détention. »

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Les portes bardées de métal du quartier de Haute Sécurité s'ouvrirent en grinçant. Regulus leva la tête pour embrasser la forteresse du regard et frissonna, malgré tout son courage. Un froid pénétrant régnait là, une atmosphère angoissante et malsaine.

« Les Détraqueurs se sont enfermés au sous-sol, pour nous permettre d'entrer, expliqua Doherty à Regulus. Les prisonniers auront un petit répit grâce à toi, Fox… Allez, entre… »

Regulus avança sans un mot. Il se sentait nerveux, au moins autant que Doherty et le second gardien qui l'escortait.

Sirius était là, si près de lui…

Les trois hommes montèrent un escalier plutôt raide, jusqu'au premier étage. Ils débouchèrent à l'entrée d'un long couloir glacial, suintant d'humidité. Les seules sources de lumière émanaient de petites lampes accrochées au-dessus des grilles de chaque cellule, à gauche et à droite. Quelques sanglots résonnaient de loin en loin, des cris étouffés, des plaintes. Regulus frissonna. Doherty ouvrit le premier cachot sur sa gauche et lui dit d'entrer, ce qu'il fit en silence.

« Essaye de ne pas perdre la boule avant demain… » lui dit le gardien, refermant la grille d'un coup de baguette.

Regulus les regarda s'éloigner vers l'escalier sans répondre, puis, il examina les lieux.

La cellule était exiguë, sans lumière et d'un froid glacial. Il y avait un seau, dans un angle du mur de pierre, et absolument rien d'autre. Pas même l'ébauche d'un lit. Les personnes enfermées-là étaient destinées à mourir.

Regulus s'assit sur le sol. Son angoisse devenait plus forte, maintenant qu'il allait revoir Sirius. Dans quel état serait-il ? Etait-il encore sain d'esprit ? Aurait-il la force de le suivre ?

Le reconnaîtrait-il seulement ?

Il sortit la petite fiole de potion de sa chaussure. Il la déboucha et commença à enduire deux des barreaux de sa cellule de potion. Il n'y avait plus qu'à espérer que cela fonctionne comme prévu. Il tira légèrement sur les barreaux et sourit lorsqu'il constata qu'ils étaient devenus complètement malléables. Il avait une bonne heure devant lui, avant que la potion ne cesse de faire effet. A ce moment-là, il devrait être de retour dans sa cellule.

Regulus écarta les deux barreaux, suffisamment pour avoir la place de passer. Une fois dans le couloir, il jeta un rapide coup d'œil à l'escalier, mais tout était silencieux, en bas. Alors, il se mit en marche. Il devait trouver la cellule de Sirius.

Les premiers cachots, sur sa droite et sur sa gauche, étaient vides. Mais il entendait des gémissements sourds, un peu plus loin.

Il devait être prudent. Il était préférable, pour lui, d'éviter d'attirer l'attention des autres détenus. Bien sûr, les Mangemorts les plus dangereux ne sortiraient vraisemblablement jamais d'ici, pour révéler que Regulus Black était bien vivant. Cependant, il valait mieux ne pas prendre de risques.

Mais Regulus constata vite que les prisonniers ne prêtaient aucune attention à ce qui se passait dans le couloir. Certains, même, entendant le bruit ténu de ses pas, se recroquevillaient au plus profond de l'obscurité de leur cellule, pour se garantir de ce qu'ils prenaient pour un Détraqueur. Regulus passait d'un détenu à l'autre sans s'attarder plus que le temps de lire le nom, inscrit sur une pancarte, sous chaque petite lampe.

Regulus arriva au bout du couloir sans avoir trouvé son frère. Mais il n'y avait pas là non plus les Mangemorts les plus dangereux. Il en déduisit que ceux-ci devaient se trouver à l'étage au-dessus. Il monta l'escalier en colimaçon quatre à quatre.

Le second étage était beaucoup moins calme. Hurlements, rires hystériques et sanglots se répercutaient sur les murs, amplifiés par la hauteur sous plafond. Et le froid, ici, était plus intense encore. Il comprit que c'était là qu'étaient enfermés les détenus considérés comme les plus dangereux. Ceux qui avaient le plus affaire aux Détraqueurs.

Regulus s'accorda un bref moment de pause pour se ressaisir. La détresse de ces hommes enfermés-là était si palpable qu'il sentait ses défenses débordées. Ne les écoute pas, trouve Sirius, ignore les autres, se répéta-t-il.

Alors qu'il progressait le long du couloir, il constata que la folie s'était emparée de plus d'un prisonnier, ici. Certains débitaient des phrases sans queue ni tête, d'autres se perdaient en vociférations, les mains crispées sur les barreaux de leur cellule. Il vit des silhouettes prostrées contre les murs, des prisonniers se balancer d'avant en arrière, les yeux perdus dans le vide. Quelques-uns l'apostrophèrent même, sans réaliser, apparemment, qu'il n'était pas un gardien, mais un détenu comme eux.

A mesure qu'il avançait, Regulus sentait son courage fléchir. Il lui devenait de plus ne plus difficile d'avancer, tant il finissait par se persuader qu'il n'était pas possible qu'il y ait une personne saine d'esprit, dans cet enfer. Sirius était fort, certes… Mais comment ne pas se laisser emporter par la folie ambiante ? Même sans la présence des Détraqueurs, le désespoir de tous ces hommes avait de quoi faire sombrer n'importe qui dans ses propres cauchemars.

Il hâta le pas. Il voulait sortir d'ici au plus vite, maintenant, s'échapper. Et la pensée de Sirius, loin de l'en dissuader, ne le portait que plus vers la fuite. Il ne voulait plus voir son frère. Il avait trop peur de le trouver dans le même état de délabrement psychique, les yeux exorbités, la bave aux lèvres, à hurler de désespoir et de terreur.

Il croisa la cellule de Rodolphus Lestrange. Celui-ci, allongé sur le sol, murmurait une suite sans fin de propos incompréhensibles. Il ressemblait si peu à cet homme altier et élégant qui avait épousé sa cousine… Son frère, dans la cellule lui faisant face, écroulé contre la grille, se rongeait les ongles au sang, et fixait la lumière au-dessus de sa porte à s'en brûler les yeux.

Regulus passa rapidement, osant à peine lire les pancartes au-dessus des cachots.

Mais trois cellules plus loin, le nom de Sirius lui sauta aux yeux.

Il s'arrêta, n'osant pas regarder plus bas, dans le cachot, n'osant même pas respirer. Il se sentait horriblement faible, littéralement écrasé par sa propre angoisse.

Il ne voulait pas savoir.

Il ferma les yeux et se força à inspirer profondément, calmement. Il fallait qu'il voit. Il était là pour ça. Lentement, il s'approcha de la cellule de son frère, jusqu'à sentir les barreaux glacés sous ses paumes, et se laissa glisser à genoux.

Puis, il ouvrit les yeux.

Une paire d'yeux gris le fixait avec intensité. Et il y eut un rire. Rauque. Terrifiant. Regulus sentit son cœur se briser, et des larmes amères lui brûlèrent les joues.

« Alors ça y est, je perds la boule aussi… fit la voix de Sirius, affreusement éraillée. Putain de prison… ! »

Regulus essuya ses yeux du revers de sa main, secoué. Sirius le regardait toujours, du fond de sa cellule, les jambes repliées contre sa poitrine, les bras serrés autour de lui comme pour se garantir du froid. Il était affreusement maigre, hirsute et dépenaillé. Mais il n'avait pas le regard vide des autres prisonniers. Non. Son regard, à lui, était étrangement alerte. Vivant.

Regulus reprit subitement courage.

« Sirius… chuchota-t-il. C'est moi, Regulus… Je suis là… Je vais te faire sortir de là… » Sa gorge était si serrée par l'émotion que parler lui était douloureux. Il avait pourtant tant de choses à dire !

Subitement, Sirius quitta le fond de sa cellule. Avant que Regulus ait eu le temps d'enregistrer son mouvement, une main ferme le saisit par le cou, l'obligeant à poser le front contre la grille. Les yeux de Sirius plongèrent dans les siens, le sondèrent, traquant le mensonge. « Regulus est mort… murmura-t-il, entre ses mâchoires crispées. Tu es mort ! Et si je te vois… »

Regulus secoua la tête. « Non, je suis là, bien là… Tu n'es pas fou ! » Sa voix se brisa sur les derniers mots. Non, Sirius n'était pas fou. Il ne pouvait pas l'être, il refusait qu'il le soit. Il tendit les bras à travers les barreaux, attrapa son frère et le serra tant bien que mal contre lui. La puanteur qui l'assaillit le suffoqua presque. Un bref instant, il eut l'impression d'étreindre un cadavre.

Mais Sirius passa ses bras autour de lui à son tour et laissa échapper un rire bref. Un véritable rire, celui-ci. Un immense soulagement envahit Regulus et les larmes qu'il laissa échapper alors étaient des larmes de joie.

Ils restèrent un moment ainsi, gênés par les barreaux entre eux et s'accrochant tant bien que mal l'un à l'autre. Puis, Sirius se dégagea lentement. « Raconte-moi », dit-il, simplement. Et son ton était si posé, si normal, que Regulus sentit tous ses doutes s'évanouir. Il s'assit sur le sol, face à son frère.

« Je sais que tu es innocent… commença-t-il.
- Tu es bien le seul à le croire ! remarqua Sirius, amer.
- Pettigrow est vivant, n'est-ce pas ?
- Oui. Pourriture de merde… Oui, il est vivant…
- Tu n'as pas trahi James… »

Toute trace de joie disparut aussitôt du visage émacié de Sirius. Il recula pour s'adosser au mur.

« Oh, si, je l'ai trahi… murmura-t-il. Il est mort par ma faute…
- Tu ne l'as pas vendu à Voldemort, pas toi… Tu… Tu n'es pas un Mangemort, Sirius… » coupa Regulus, mal à l'aise.

Sirius se remit à rire, de ce même rire qui perturbait tant Regulus.

« Moi, un Mangemort… ! Voilà bien la seule chose dont je sois encore sûr ! Je n'ai jamais léché les bottes de Voldemort ! » Il eut un temps de pause, comme s'il hésitait.

« Pas comme toi, Regulus… »

Toute la chaleur née de leur étreinte s'évanouit d'un seul coup. Et le dégoût que Regulus voyait maintenant sur le visage de son frère lui porta un coup aussi violent que cet instant où il l'avait cru fou. Peut-être Sirius l'aimait-il vraiment, dans le fond, mais sa haine à l'égard des Mangemorts était assez violente pour le lui faire oublier. Le constat était plus que douloureux.

« Non, Sirius, je t'en prie… murmura-t-il. Je n'ai jamais… Tout ça, c'était…
- Quoi ? coupa Sirius, sèchement. Tu n'as jamais suivi Voldemort de ton plein gré ? »

Regulus serra les poings. Ce n'était ni le moment, ni le lieu pour régler ces comptes-là. Et il n'avait sûrement pas besoin que Sirius le déstabilise ainsi.

« Je ne te demande pas de comprendre, Sirius, répliqua-t-il fermement. Nous aurons tout le temps de débattre de ça quand nous serons sortis de là. Mets-toi seulement dans le crâne que je n'ai jamais adhérer à tout ça. J'ai fait ce que j'ai fait pour de bonnes raisons. D'ailleurs, Voldemort l'a bien compris, puisqu'il a ordonné ma mort. »

Alors, aussi subitement qu'il avait été sur la défensive, Sirius se calma. Il glissa sur ses genoux jusqu'à lui et lui prit la main. « Tu aurais dû me faire savoir que tu étais vivant… dit-il – et cette fois, le reproche était doux. Tu n'imagines pas la douleur que ça a été, de te perdre…
- Je ne pensais pas que cela le serait… Nous étions ennemis depuis si longtemps…
- Imbécile… »

Regulus se sentait émotionnellement à bout. Si Sirius continuait à le balader ainsi, à passer de l'hostilité à la tendresse, c'était lui, qui deviendrait fou.

Pourtant, combien de fois les avait-il imaginées, ses retrouvailles avec son frère… !

Mais brusquement, Sirius se tendit, sur la défensive. Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi. « Va-t-en ! lâcha-t-il du bout des lèvres.
- Hein ?
- Va-t-en ! Tout de suite !
- Sirius, qu'est-ce qui… » Sirius l'agrippa par le col fermement. « Il faut que tu partes tout de suite ! Tu ne comprends pas ?! Les Détraqueurs, ils sont là ! S'ils te trouvent… »

Effrayé, Regulus tourna la tête vers le bout du couloir. De longues formes noires montaient l'escalier, arrachant des hurlements de terreurs aux détenus. Regulus frissonna. « Va-t-en, Regulus ! supplia Sirius, le repoussant tant bien que mal.
- Ils ne me feront rien, Sirius… Calme-toi… »

Sirius ne l'entendait plus. Il se réfugia au plus profond de sa cellule, serré contre le mur, la tête dans les bras, tétanisé.

Regulus recula. Les Détraqueurs l'ignoreraient. A condition qu'il se calme. Il s'assit le dos au mur, et ferma les yeux. Il se concentra sur sa respiration et força son esprit à devenir aussi impénétrable que possible. Ses dons d'occlumancie lui avaient permis de duper Voldemort, ils le sauveraient maintenant des Détraqueurs. Si rien ne filtrait de lui, ni pensée, ni émotion, ils ne le verraient pas.

Il entendit Sirius sangloter, à quelques pas de lui, tandis que la température s'abaissait brusquement de plusieurs degrés. Une robe noire le frôla, lui arrachant un frisson malgré lui, mais la créature était bien plus intéressée par Sirius. Deux Détraqueurs rejoignirent le premier devant la cellule et Regulus ferma les yeux. Garder le contrôle de ses pensées était incroyablement difficile, alors que son frère hurlait de terreur et de désespoir à deux pas de lui.

Quand les Détraqueurs s'éloignèrent enfin, il était à bout de force.

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Il fallut longtemps, à Sirius, pour réaliser que la voix qui l'appelait était bien réelle. Il ravala ses sanglots et essuya ses joues sales de sa manche crasseuse. Petit à petit, il reprenait le contrôle de ses pensées. James et Lily étaient morts. Il était enfermé à Azkaban. Il était innocent.

Et Regulus était là, bien vivant, devant la grille de sa cellule.

Il se traîna sur les genoux jusqu'à lui. « Ils sont partis, Sirius », lui murmura Regulus, passant ses bras autour de lui. Sirius acquiesça vaguement de la tête. C'était rassurant, de le sentir là, près de lui. Mais c'était curieux. Jamais il n'aurait pensé trouver du réconfort auprès de son petit frère. Non. Il avait toujours été le plus fort des deux. N'était-ce pas Sirius, qui le consolait lorsqu'il avait du chagrin ? N'était-ce pas dans son lit, que Regulus venait se réfugier, lorsqu'il faisait un cauchemar ? Sirius se souvint alors à quel point il aimait ces moments, où il sentait son frère contre lui. Rares moments de chaleur dans une maison dénuée de tendresse.

Comment avait-il pu laisser leurs parents les séparer comme ils l'avaient fait ?

« Est-ce que ça va, Sirius ? demanda Regulus, visiblement inquiet.
- Oui, ça va… Ne t'inquiète pas pour moi… Et toi ? Comment se fait-il que les Détraqueurs n'aient pas d'effet sur toi ?
- Parce qu'ils ne me voient pas. Tant que je parviendrai à user de mes dons d'occlumancie, ils m'ignoreront. Ecoute, Sirius, je ne peux pas rester plus longtemps, je dois repérer les lieux, avant de retourner dans ma cellule…
- Ta cellule… Pourquoi es-tu ici ?
- Je suis incarcéré dans l'autre bâtiment. Mais je passe la nuit ici en punition. Il fallait que je te vois.
- Je suis encore sain d'esprit, si telle était ton inquiétude.
- Nous allons sortir d'ici. Très bientôt. Je te ferai signe.
- Comment ?
- Je trouverai un moyen.
- Fais attention à toi, hein ? »

Regulus lui adressa un dernier sourire, avant de s'éloigner de la cellule.

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Regulus descendit les escaliers quatre à quatre. Il ne savait pas exactement combien de temps il lui restait, avant que la potion ne cesse de faire son effet. Mais il devait absolument visiter le rez-de-chaussée.

Il s'arrêta devant la porte principale. Elle était bardée de sorts de protections. Sans baguette, il était impensable qu'un prisonnier puisse sortir par là. Il revint sur ses pas. Il apercevait un escalier qui s'enfonçait vers le sous-sol, à l'autre bout du couloir. D'après ce que disait Doherty, c'était là que les Détraqueurs se massaient entre leurs rondes. Il était hors de question qu'il entraîne Sirius dans un lieu pareil.

Face à la porte d'entrée, il y avait un étroit couloir. Il débouchait sur une pièce circulaire, au milieu de laquelle trônait une table métallique. Regulus n'osait même pas se demander à quoi elle pouvait bien servir, dans un lieu pareil.

La porte du fond donnait sur une pièce beaucoup plus petite, entièrement carrelée. Un local de douche. Regulus avança jusqu'au système de plomberie rouillé. Le joint de la grille d'évacuation des eaux tenait à peine, mangé par l'humidité et la moisissure.

Regulus sourit.

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Ouf ! Celui-ci était dur à écrire ! Et bien non, l'évasion n'était pas pour aujourd'hui ! Nous n'en sommes encore qu'au début de l'histoire… Le prochain chapitre sera un chapitre de transition, avant que les choses sérieuses débutent !