Stiles et Matt avaient réussi à réunir tout le groupe dans le couloir, non sans mal.
Lydia avait longuement hésité entre aller avec ses amis visiter le lieu dont elle avait tant rêvé et peupler sa penderie et sa salle de bains avec toutes ses affaires. Jackson avait dû promettre de l'aider à ranger plus tard pour qu'elle accepte d'accompagner le groupe.
Quant à Erica, elle comptait tester le moelleux de son lit avec Boyd. Mais son petit ami avait repoussé ses avances, préférant visiter le complexe avec le reste de la bande. La jeune blonde l'avait suivi à contrecœur, une moue boudeuse sur le visage.
Lydia annonça qu'il n'y avait rien de spécial à voir au deuxième étage, qui n'était constitué que des chambres. Le groupe se dirigea donc vers les escaliers pour rejoindre le premier étage. En passant devant une des fenêtres qui donnaient sur la cour intérieure, Stiles ne put se retenir de jeter un coup d'œil.
— Hé ! Venez voir ! s'exclama-t-il en plaquant son nez contre la vitre.
Les autres s'approchèrent et se collèrent derrière lui pour admirer la vue. La cour carrée était pavée et abritait une piscine au fond turquoise. Des bains de soleil multicolores fleurissaient tout autour du bassin sous des parasols blancs, encore repliés pour l'heure.
— On ira faire un tour après manger ? proposa Scott.
Le groupe approuva la décision et ils se reculèrent un par un pour se diriger vers l'escalier. Allison fut l'une des dernières à quitter la cour des yeux. Elle se tourna vers Matt, qui continuait de fixer la cour, sans ciller.
— Matt ? Tout va bien ?
Le photographe sursauta vivement.
— Hein ? Euh ... Oui. Ça va, ça va. J'étais juste ... Tu sais, dans mes pensées ...
— Tu viens ? On va rejoindre les autres ! lui proposa la jeune fille en désignant l'escalier qu'était en train de descendre Lydia.
Matt hocha la tête et suivit Allison, sans dire un mot.
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Le premier étage proposait une multitude d'activités très différentes les unes des autres. Lydia guida ses amis à travers les différentes salles.
Ils découvrirent en premier la salle de musculation, au parquet de bois sombre. Des poids étaient entreposés dans un coin de la pièce et de multiples appareils, que les filles qualifièrent « d'engins de torture », étaient disposés aléatoirement.
La salle mitoyenne servait à la fois pour les cours de danse, ceux de yoga et de gym. Lydia apprit à ses amis que des professeurs hautement qualifiés venaient à des horaires prédéfinis pour dispenser des leçons. La pièce était également disponible en libre-service en dehors des heures de cours prévues. Un grand miroir, longé par une barre en bois, occupait tout un mur. De grands rangements en bois laissaient apercevoir des ballons, des cerceaux, des tapis et des tabourets de step.
Le groupe découvrit ensuite la salle de cinéma. Un grand écran blanc faisait face à deux ou trois dizaines de strapontins gris. La jeune rousse annonça qu'il fallait réserver les séances à l'accueil et qu'il fallait choisir les films parmi la banque de données de l'hôtel.
Au grand plaisir de Danny, la pièce suivante était une salle informatique. Une dizaine d'ordinateurs derniers cris était disposés dans des box individuels. Des consoles étaient soigneusement rangées sur des étagères, à côté de hautes piles de jeux vidéo. Lydia expliqua aux garçons, très intéressés, qu'on pouvait les emprunter pour les emmener dans les chambres mais qu'il fallait d'abord obtenir l'autorisation de la réception.
Les filles poussèrent des cris de joie en découvrant le spa qui jouxtait la salle informatique. Un grand couloir aux murs de bois menait à deux portes. Derrière la première, on trouvait un grand jacuzzi entouré par des sièges sur lesquels se détendre. La deuxième cachait des tables de massage. Derrière son bureau, une femme releva les yeux.
— Vous désirez un massage ? supposa-t-elle en se levant.
Stiles et Matt, qui avaient poussé la porte en premier, secouèrent vivement la tête et reculèrent.
Ils découvrirent encore une salle où divers instruments de musique étaient entreposés. Scott alla s'installer derrière une batterie tandis que Jackson et Boyd s'amusaient avec des guitares électriques. Danny se saisit d'une guitare normale et en tira quelques notes pour l'accorder.
— Tu sais jouer ? lui demanda Isaac.
— Un peu. J'ai appris tout seul.
Lydia finit par mener tout le monde jusqu'à la pièce suivante, qui s'avéra être une salle de réunion et de visioconférence, comme en témoignait l'écran sur l'un des murs, la grande table circulaire et les sièges disposés tout autour.
Enfin, ils découvrirent une pièce qui ressemblait à une boîte de nuit, avec d'un côté un bar, de l'autre une plateforme de DJ surélevée et une piste de danse au milieu, encerclée par des poufs et des fauteuils.
— C'est fantastique, finit par avouer Erica, résumant l'opinion collective.
— Et encore ! On a pas été voir l'allure des terrains de sports !
— On pourra voir ça une autre fois ? proposa Peter en se tapotant le ventre. J'ai faim !
Le groupe approuva et ils se dirigèrent vers le rez-de-chaussée pour gagner le restaurant.
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Le restaurant était à l'image de tout le complexe : classe et luxueux.
Des tables aux nappes blanches étaient disposées aléatoirement dans la pièce. Deux clients étaient déjà en train de déjeuner. Des serveurs aux vestons argentés attendaient derrière des buffets, le dos bien droit, leurs mains gantées de blancs le long de leur jambe.
Incertain sur la conduite à tenir, le groupe resta devant l'entrée. L'un des serveurs finit par s'approcher d'eux.
— Vous désirez une table pour ... ?
— Douze, répondit Peter. Nous sommes douze.
Le serveur s'inclina et les invita à aller se servir au buffet. Il fit signe à l'un de ses collègues et ensemble, ils décalèrent plusieurs tables pour former un espace pouvant accueillir le groupe.
Les serveurs derrière le buffet s'enquirent de ce que chacun voulait et s'empressèrent de servir qui des salades composées, qui une tranche de saumon avec son petit toast beurré, qui des crudités, qui une tranche de bœuf marinée et sa sauce à l'échalote.
Les convives se retrouvèrent autour de la table et dégustèrent les plats qu'ils avaient choisis. Les aliments fondaient sous la langue et étaient parfaitement assaisonnés. Rien n'avait été laissé au hasard non plus dans le restaurant.
Les garçons n'hésitèrent pas à se resservir plusieurs fois alors que les filles, plus raisonnables, attendirent le dessert pour terminer leur repas.
En effet, si l'un des buffets, le plus grand, était occupé par les entrées et les plats principaux, le second, plus petit, proposait une gamme diverse de pâtisseries : petite pyramide de macarons, gâteau roulé à la fraise, tarte tatin, forêt noire, opéra ...
Une fois que Stiles eut fini sa troisième part de tarte aux pommes, Lydia proposa qu'ils aillent finir de ranger leurs affaires et de se retrouver à la piscine à 14h30.
— Tu vas pas commencer à faire ta loi, protesta Jackson. Pourquoi on n'irait pas à la piscine tout de suite ?
— De un, monsieur Whittemore, je ne fais pas ma loi, fit Lydia, la tête haute. J'essaie juste de passer le meilleur moment possible dans cet endroit idyllique. Et aller me noyer dans la piscine parce que je suis assez bête pour aller nager juste après le déjeuner ne rentre pas dans ma définition de « meilleur moment possible dans un endroit idyllique ». Et de deux, ne crois pas que j'ai oublié ta promesse de m'aider à ranger mes affaires. De toute façon, si ce n'est pas maintenant, ce sera ce soir. Autant que tu aies ta soirée libre, non ?
Jackson se renfrogna sous les rires de ses camarades et le groupe se leva pour regagner le deuxième étage. Ils laissèrent leurs assiettes sur les tables car ils avaient remarqué que les autres clients le faisaient et que les serveurs s'occupaient de débarrasser.
En se levant, un mouvement dans le coin opposé attira l'attention de Stiles. Il posa son regard sur une serveuse qui était en train de retirer une nappe d'une table. Le garçon se figea sur place.
De beaux cheveux d'un brun aux reflets caramel qui ondulaient dans son dos. De longs cils qui recouvraient ses yeux d'un vert à se damner. Un nez au bout rond. Des pommettes hautes.
Scott posa la main sur l'épaule de son meilleur ami.
— Tu viens Stiles ?
Le jeune garçon adressa un sourire au loup garou avant de jeter un dernier coup d'œil vers le fond du restaurant.
La femme avait disparu.
Le cœur battant, Stiles rejoignit le groupe qui discutait joyeusement du programme de l'après-midi.
La ressemblance était plus que troublante. Pourtant, l'adolescent ne pouvait douter de ce qu'il avait vu.
Cette serveuse ressemblait trait pour trait à sa mère.
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Menton posé sur ses bras croisés, Stiles feuilletait l'album photo de sa mère. Il avait fouillé dans ses affaires, envoyant valser ses vêtements jusqu'à temps de retrouver le livre.
Pas de doute possible. Même si le garçon n'en avait jamais vraiment eu.
Cette femme qui travaillait à l'hôtel était le sosie de sa mère.
L'adolescent s'amusa à chercher les différences entre les deux photos qui étaient collées sur la page qu'il regardait.
Sur la première, sa mère avait des yeux bleus étincelants. Elle devait avoir une vingtaine d'années, guère plus. Ses cheveux lui arrivaient à peine aux épaules et étaient tout raides. La photo avait été prise dehors, probablement dans un parc ce qui expliquait la belle couleur azur de ses prunelles, bien que la qualité de la photographie ne leur rende pas hommage.
La seconde était plus récente. Sa mère avait trente-trois ou peut être trente-quatre ans. Ses yeux étaient verts cette fois-ci parce que la photo avait été prise à l'intérieur. Un Stiles âgé d'une dizaine d'années et vêtu de son survêtement des Mets avait la tête posée sur ses genoux et des cheveux ondulés venaient lui chatouiller le front.
L'adolescent se sentit envahi par la nostalgie et il essuya d'un geste brusque les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Il se releva sur les genoux et ferma l'album photo. Cela faisait trois ans que sa mère était morte. Le garçon avait eu du mal à surmonter son décès mais maintenant qu'il l'avait fait, il ne voulait plus se laisser abattre et replonger dans cette spirale de chagrin et de solitude.
Surtout qu'il était dans un hôtel paradisiaque, avec une bande d'amis prêts à faire une tonne de bêtises avec lui.
Stiles inspira plusieurs fois profondément pour se calmer. Quand il fut certain de ne plus avoir envie de pleurer, il rouvrit les yeux et rangea l'album photo dans le tiroir de sa table de chevet.
L'adolescent regarda avec découragement les affaires qu'il avait éparpillées dans sa chambre en cherchant les photos de sa mère. Il poussa un grognement et se leva pour commencer à remplir sa penderie, qui n'attendait que ça.
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— Non, Jackson. Cette robe n'est pas rouge, elle est framboise.
Le blond pinça le nez et se retourna lentement vers Lydia. La jeune fille était assise sur son lit, appliquant soigneusement du vernis sur ses ongles.
— Je ne saisis pas bien la différence, grogna l'adolescent entre ses dents.
Sa copine leva les yeux au ciel, comme si au contraire, la différence était particulièrement flagrante.
— Enfin, Jackson. Réfléchis cinq minutes, veux-tu ? De quelle couleur est une framboise ?
— Je ... Et bien ... Je dirais qu'une framboise est de la couleur framboise !
— Tu vois. Une framboise EST framboise, pas rouge. Donc il faut la ranger du côté des robes roses.
Lydia tenait particulièrement à ce que ces vêtements soient rangés par type et par couleur. Jackson ne savait pas si la jeune fille faisait ça pour l'embêter ou si elle avait vraiment l'habitude de le faire chez elle. Quoiqu'il en soit, ce tri commençait à faire monter la moutarde au nez du jeune garçon.
— Quand je t'ai proposé mon aide, je pensais qu'on ferait le rangement ensemble, souligna-t-il.
Sa copine lui jeta un regard qui signifiait qu'elle commençait à le considérer comme particulièrement attardé et agita ses doigts devant elle.
— Je suis un peu obligée de rester sur le lit, tu ne crois pas ?
— Je ne trouve pas que ce soit une excuse suffisante pour te tourner les pouces.
Les yeux de Lydia commencèrent à jeter des éclairs et la jeune fille se leva d'un mouvement brusque.
— Très bien. Je vais ranger. Avec mes ongles qui ne sont pas secs. Quand je vais saisir mes vêtements avec mes ongles pas secs, je risque d'en mettre partout. Et je tâcherai mes belles affaires. Avec mes ongles pas secs. Et je vais gâcher tout mon vernis. Car mes ongles ne seront pas ...
— C'est bon, c'est bon ! J'ai compris ! s'écria Jackson. Je vais ranger tes affaires.
Avec un sourire satisfait, la jeune rousse se rassit sur le lit, admirant ses ongles. Son petit ami accrocha rageusement la robe framboise avec les autres robes roses et se saisit d'un gilet.
— Non, Jackson. Ce gilet n'est pas vert, il est bleu sarcelle.
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Boyd était en train de plier ses T-shirts pour les empiler correctement sur ses étagères quand une sonnerie retentit dans sa chambre. Il fronça les sourcils, chercha son téléphone, pensant qu'on lui avait envoyé un message, mais l'écran lui indiqua qu'il n'avait rien reçu.
La sonnerie se fit entendre de nouveau et le loup garou comprit que ce devait être l'interphone qui lui signalait que quelqu'un était devant sa suite. Le garçon se dirigea vers l'entrée et jeta un coup d'œil sur l'écran de surveillance.
Erica attendait devant la porte, bras croisés. Alors qu'elle allait sonner une troisième fois, Boyd lui ouvrit la porte.
— Ne te presse pas surtout ! le réprimanda-t-elle.
— J'étais en train de ranger mes affaires. J'ai eu du mal à réaliser que la sonnerie était celle de mon interphone, se justifia calmement le grand loup garou.
La jeune blonde rentra dans la chambre sans attendre d'avoir été invité.
— Besoin d'un coup de main ? proposa-t-elle innocemment.
— C'est plutôt toi qui devrais en avoir besoin. Vu la tonne de vêtement que tu as emmené.
Erica s'assit sur le lit et en penchant la tête sur le côté, elle tapota la place à côté d'elle.
— Mes habits peuvent attendre un peu. Moi, non.
Boyd esquissa un sourire avant de s'asseoir à côté de sa copine, qui le fit basculer en arrière en se jetant sur lui pour l'embrasser.
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Matt avait sorti son ordinateur et regardait les photos qu'il avait prises toute la matinée, depuis leur arrivée au Complexe du Paradis. Il s'amusa devant celle où Stiles et Scott faisaient semblant de se battre, rigola franchement en voyant Peter qui se cachait derrière une valise, ne laissant que son nez et son front dépasser, eut un sourire devant les trois filles qui se serraient les unes contre les autres avec des visages rayonnants de joie.
Ses préférées étaient sans contexte celles où ils étaient tous ensemble sur le parking. Il lui semblait qu'ils formaient une vraie bande d'amis, unie depuis toujours. Et la figure d'Allison prêt de la sienne, sourire éblouissant, yeux qui pétillent, le subjuguait.
Le garçon fit un clic droit avec sa souris et afficha la photo comme arrière-plan de son bureau d'ordinateur. Satisfait, il entreprit de retoucher les photos qu'il lui semblait nécessaire de modifier.
