"La peur est plus tranchante qu'une épée."

Citation venant de la série "Games of Thrones"


C'est bon, c'est fini, il est temps de partir. Je me prépare assez vite pour ne pas louper Castiel. Kim, elle, est toujours en train de se doucher quand je l'aperçois les cheveux mouillés. Je le sais car on entend assez bien quand quelqu'un prend une douche ou non, je suis dans le couloir posée contre le mur en prenant une grande inspiration pour me donner du courage.

-Castiel, puis-je vous parler une seconde.

J'ai mal commencé, car je l'ai vouvoyé et tutoyé en même temps. Mais bon la plupart des professeurs appellent les élèves par leurs prénoms maintenant, ce n'est pas important. Il s'approche de moi avec souplesse comme une panthère et se pose devant moi.

-Oui, Madame?
-Je voudrais régler ce petit malentendu qu'il y a eu entre nous. Je fais référence à ce qu'il s'est passé le soir de Noël. Vous êtes mon élève et comme tout professeur je suis là si vous avez un problème et que vous avez envie d'en parler avec un adulte, mais je ne suis pas un pote ou quoique ce soit d'autre, il ne se passera rien entre nous et il ne se passera jamais rien. Vous avez compris?

J'ai débité tout cela d'un trait, voilà ce que j'avais réussi à concocter en deux heures, pas mal, hein? Je restai droite et sérieuse tout en étant soulagée d'avoir dit tout cela, il ne répondit pas tout de suite mais me fixa avec un regard vide avant de dire :

-J'ai envie de vous.

Je déglutis face à ces mots dits avec une voix qui se veut décidée et pleine de désir. Il me scruta et je compris qu'il avait dit aussi ça pour voir ma réaction.

-Et cela n'est pas mon cas, alors veuillez arrêter tout de suite ces conneries et retourner avec votre petite copine Ambre.
-Vous savez que j'ai une petite copine qui s'appelle Ambre?
-Je... Cela est une évidence pour tout le monde, vous vous pelotez dans les couloirs depuis le début de l'année.
-Ah parce que vous nous regardez le faire? Vous aimerez être à sa place?

Comment ce garçon plus jeune que moi pouvait-il me déstabiliser aussi facilement et en peu de temps avec de simples mots. J'avais la désagréable impression d'avoir été piégée. Je secouai la tête, le regardai dans les yeux et résistai à l'envie de les détourner pour avoir l'air déterminée et sûre de moi avant d'ajouter :

-Arrêtez de raconter n'importe quoi ! Ceci est ridicule, je ne veux plus en entendre parler, cette histoire est close.

Je tournai les talons pour m'apprêter à partir mais Kim m'appela pile à ce moment-là. Le bon point c'est que le rebelle n'avait pas eu le temps de répliquer. Le mauvais point c'est que j'avais raté ma sortie théâtrale.

-On mange ensemble ce midi?
-Ouais si tu veux, dis-je machinalement mais avec un sourire destiné qu'à elle.
-Kebab? Dit-elle malicieuse.
-Kebab, affirmais-je.

Elle tourna le regard vers Castiel et lui dit :

-Tu veux venir avec nous champion?
- Non ! Dis-je un peu trop fort et rapidement.

Elle me regarda les yeux ronds et j'essayai de me rattraper.

-Je veux dire qu'il doit sûrement rentrer chez lui, ses parents doivent l'attendre.

Moi-même je n'étais pas convaincue, car je venais de me souvenir que ses parents n'étaient quasiment jamais là.

- Mes parents ne m'attendent pas, mais j'ai déjà autre chose de prévu, merci quand même de me l'avoir proposé Madame, dit-il à l'intention de Kim.

Il posa un dernier regard sur moi avant de partir. J'ai cru y voir de l'amusement mais je ne suis pas trop sûre. Soit il avait vraiment quelque chose de prévu, soit il avait compris ce que je lui avais dit précédemment. J'espérais que ce soit la deuxième option.

-Bon y va, me dit Kim.

Je la suivis et on alla manger comme prévu. Mon estomac fut ravi par ce repas gras, tout comme moi. J'essuyai mes mains et pris une gorgée dans ma cannette avant de remarquer le regard soupçonneux de mon amie.

-Quoi? Dis-je.
-Il s'est passé quoi tout à l'heure avec Castiel? Tu avais l'air mal dans ta peau.
-Rien de spécial, on a un peu parlé c'est tout, en plus tu m'as épuisé, ça fait trois semaines que je n'avais pas fait de sport avec toi. Dis-je pour la taquiner et surtout pour parler d'autre chose.
-T'essayes encore de changer de sujet, tu sais très bien qu'avec moi ça ne marche pas !
-Bon d'accord ! Mais que ça reste entre nous.
-Bien sûr, dit-elle attisée par la curiosité.
-C'est à propos de Castiel Leclair, il m'a embrassé le soir de Noel, mais je l'ai repoussé, rajoutai-je plus fort pour me défendre.

Elle resta interdite avant de dire :

- Il t'a embrassé? Tu as mis les choses au clair avec lui j'espère, ça risque de t'apporter des ennuis.
-Oui justement, c'est ce que j'ai fait avant que tu n'arrives pour lui proposer de venir manger avec nous.
-Ah merde, heureusement qu'il a décliné.
-Oui, et c'est pour ça que je pense qu'il a compris et qu'il va laisser ce petit dérapage derrière lui.
-Bon en même temps c'est vrai que t'es plutôt sexy donc ça ne m'étonne pas qu'au moins un élève bave sur toi.
-Kim !
-Quoi c'est vrai ! Mais j'espère pour toi qu'il ne va pas recommencer, surtout qu'il a l'air plutôt borné. Fais attention à ne pas rester seule avec lui, et essaye de l'éviter, je pense que c'est mieux, montre lui que tu ne t'intéresses pas à lui et que tu le considères comme les autres élèves.
-Oui ne t'en fais pas, je vais faire gaffe. Mais si on pouvait changer de sujet, ça m'arrangerait car cette histoire m'a travaillé. Maintenant je pense que c'est en partie réglé donc j'aimerais me détendre un peu.

Elle compatit et on parla d'autres choses, comme par exemple qu'il faudrait qu'on retourne en boite.

Marchant dans le couloir pour aller jusqu'à la salle de cours, je remarque de loin un mélange de rouge et de jaune. Je ne fus pas surprise de voir les deux jeunes adolescents en train de s'embrasser à pleine bouche, par contre je ne m'attendais pas à ressentir un peu de jalousie. Ne soyons pas dupe, je sais reconnaitre de la jalousie, et ça me dérange beaucoup de ressentir ça. Cette histoire m'a sûrement plus affecté que je ne le croyais... Pourquoi il la laisse à ce point le toucher, nous sommes dans un lieu public tout de même. Je marche droit et essaye de ne pas les regarder quand je me dirige vers la salle. Tous les élèves rentrent, et je ne peux m'empêcher de voir l'air ravi de la blonde. Je repense aussi tôt à la question de l'élève rebelle, " Vous aimerez être à sa place?", je me mords la lèvre quand je pense à la réponse. J'ai vraiment un problème, un vrai, j'ai envie de Castiel, l'un de mes élèves et pire que tout, je suis jalouse d'Ambre, est-ce mon histoire avec mon ex qui me fait perdre la tête?
Je secoue la tête car ce n'est pas le bon moment pour penser à ça, je dois faire cours et mettre ce masque de professeur que je connais si bien. Je les salue et leurs fais ce que j'avais prévu de faire.
Le rebelle ne m'accorde aucun regard, ni rien en fait. Il m'ignore moi et mon cours, ce qui, avec incompréhension, m'énerve légèrement. Je ne laisse rien paraitre devant la classe, bien sûr, mais en mon fort intérieur, je ne sais pas trop ce qui se passe.
Toute la semaine se passa comme ça, un élève aux cheveux rouges et une élève aux cheveux blonds s'embrassant dans tous les couloirs où je passais. J'avais l'impression d'avoir des fantômes à mes trousses et qu'ils venaient me hanter pour le fun. Il ne m'adressa aucune regard ni rien comme si je n'existais plus, comme si je n'avais vraiment été qu'une distraction, j'aurais dû me sentir soulagée, mais pas du tout. Cela me mettait en colère, et ça m'énervait d'être en colère pour une raison qui m'échappait, donc j'avais passé une mauvaise semaine à cause de ce cercle vicieux.

C'était bientôt la fin du cours et c'est avec un sourire intérieur que je vis Castiel endormi sur sa table, téléphone à la main. Je vais pouvoir libérer cette colère qui s'était accumulée en quelques secondes. Je m'approchai donc doucement vers Castiel et tous les élèves me regardèrent silencieusement, je voyais déjà le sourire vaguement dissimulé de certains face à cette distraction. C'est avec un plaisir caché, que je posai violemment ma main sur table pour le réveiller. Et je me délectai de sa surprise face à cet événement non attendu.

-J'espère ne pas vous déranger Castiel, vous aviez l'air si paisiblement endormi sur la table, dis-je avec humour avant de rajouter sérieusement, donnez-moi votre carnet immédiatement !

Ma voix était cruelle et surtout tranchante, tout comme mon regard je suppose. C'est peut-être pour ça qu'il ne protesta pas, mais je pus voire une lueur d'amusement dans le fond de ses yeux gris quand il me donna le carnet que je pris. Je marquai qu'il dormait pendant mon cours, téléphone à la main et lui donnai une heure de colle face à ce comportement. Un peu exagéré peut-être, mais il l'avait bien mérité, n'est-ce pas? Je fus joyeuse jusqu'à ce que la sonnerie retentisse et que je le vois échanger un langoureux baiser avec boucle d'or. Ce qui me replonge dans mon abîme de colère, principalement quand il me regarda avec un sourire que je ne saurais décrire et qu'il replonge sur la bouche de sa petite copine.

Habillée avec un débardeur, un sweat et un jogging, je cours sur les trottoirs sans m'arrêter. Mes baskets suivent mon rythme avec plaisir, tout comme la musique. Quoique, ça serait plutôt le contraire, moi qui cours au rythme de la musique.
De la sueur coule dans mon dos, sur mon visage et entre mes seins. Mais mes jambes continuent de m'entrainer toujours plus loin, jusqu'à ce que je sois très fatiguée mais je ne m'arrêterais pas. J'essaye de ne pas penser à Castiel, mais sans y parvenir. J'essaye de faire atténuer cette frustration mais peine perdue. La musique assourdit mes oreilles pour que les paroles de la chanson et que le bruit des instruments de musique transpercent mes pensées, pour ne plus penser à ce qui me chiffonne. "Limbo" de Daddy Yankee résonne dans tout mon corps. Mon cœur bat fort et j'ai chaud à cause de la course.
Je n'arrive pas à faire sortir Castiel de ma tête, et j'ai peur, cela me terrifie.