Voici donc un POV Alice, comme promis. Il n'est pas impossible qu'il y en ait encore, un ou plusieurs, alors j'espère qu'il vous plaira ! ^^
Bonne lecture ! :)
Sous-chapitre 4 : Gluttony (Alice)
Depuis mon entrevue avec Piers la semaine derrière, les vacances sont passées extrêmement lentement. Chaque jour, j'attendais un appel de Karim, qui devait me tenir au courant de son enquête. Je voulais l'aider, mais il m'avait plus ou moins forcé à le laisser s'en occuper, à me reposer. Je ne savais pas pourquoi, d'ailleurs. Enfin, si, j'avais une idée. Une partie de moi se disait simplement que Karim savait quelque chose que je ne savais pas, et qu'il avait peur de ce que je risquais de comprendre s'il me donnait trop d'indices. D'un autre côté, je lui faisais assez confiance pour ne pas lui en vouloir pour ça. Il était le premier contact amical que j'avais eu après avoir quitté la Routine, alors j'avais tendance à lui accorder une confiance aveugle. Ce qui n'était pas une bonne chose, mais jusque là, il ne m'avait pas trahie, et j'espérais que ça allait durer.
Finalement, le deux janvier, je reçus un appel d'un numéro inconnu. Ma déception en ne voyant pas le numéro de Karim s'afficher ne me surprit pas du tout, et je décrochai, l'air de rien.
-Bonjour ? lançai-je d'un ton prudent
-Bonjour mademoiselle Wesley.
Je ne reconnus pas la voix, mais je crus entendre un léger accent asiatique.
-Qui est à l'appareil ? repris-je
-Je suis un contact de monsieur Denzel dans les services secrets. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir.
Je fronçai les sourcils. Je me méfiai assez vite et assez fort des gens évasifs.
-Qu'est-ce qui me prouve que vous connaissez Karim ? demandai-je, méfiante
-Rien, hélas. Je ne vous demande pas de me faire confiance, mademoiselle Wesley. Juste de m'écouter. Ai-je votre attention ?
-Eh bien oui. Je n'ai pas vraiment le choix, dis-je d'un ton faussement amusé. Je vous écoute.
-La réponse à certaines de vos questions se trouve dans l'asile de Mount Massive, qui appartient à une société qui s'appelle Murkoff.
-Murkoff ? répétai-je d'un ton incrédule
-Oui. Murkoff. Y entrer ne sera pas facile, mais je vous promets que ça vaudra le détour.
-Super, une promesse faite par un anonyme, soupirai-je. En tous cas, merci du renseignement.
-Je vous en prie. Là encore, rien ne vous le prouve, mais nous poursuivons tous les deux le même but. Peut-être même que je vous retrouverai là-bas, qui sait ? ajouta-t-il d'un ton distrait
-Si vous voulez. Bon, si vous n'avez rien d'autre à dire, je vais raccrocher.
J'attendis quelques secondes, mais il ne répondit rien. Je crus qu'il avait déjà raccroché, lui. Alors j'allais faire de même. Mais au moment où j'allais appuyer sur le bouton, il parla de nouveau.
-Et je m'appelle Adam, dit-il
Et il raccrocha. Le plus ironique dans tout ça, c'est que Karim m'appela à peine une heure après. Coïncidence ? Non, je ne pense pas. Rien que ça me faisait réellement penser qu'ils étaient de mèche.
-Bonjour Karim, lançai-je avant qu'il ne dise quoi que ce soit
-Bonjour ma belle, me dit-il d'un ton souriant. Comment tu vas ?
-Je vais bien et toi ?
-Ouais, ça baigne, merci. Je t'appelle pour…
-Connais-tu un Adam ? lui demandai-je avant même de savoir pourquoi il m'appelait
-Oui. C'est un de mes contacts dans les services secrets. Pourquoi ?
-Il vient de m'appeler. Il m'a dit que je trouverais des réponses dans l'asile de Mount Massive.
-Oh, dit Karim, franchement surpris. C'est que ça doit être vrai, alors. Les renseignements fournis par Adam sont toujours justes. C'est grâce à lui que j'ai trouvé la tanière de Juliet.
-D'accord. Sinon tu appelais pour quoi ?
-J'ai continué mon enquête sur l'usine de Toronto, dit-il d'un ton sérieux. Et de l'activité y a été vue le week-end dernier. Je te proposais de venir voir ça avec moi, comme tu es la première concernée. Qu'en dis-tu ?
-Ce sera avec plaisir, dis-je d'un ton enthousiaste. On se retrouve où et quand ?
-Rejoins-moi demain à l'aéroport, en fin de matinée. J'ai déjà les billets.
-Il faut que je soie de retour le six. Piers et moi on doit briefer nos nouveaux équipiers.
-Mais oui, ça va le faire, dit Karim d'un ton souriant. Ne t'en fais pas. Moi aussi je dois rencontrer les autres le six. Allez à demain, je n'ai presque plus de crédit, ajouta-t-il avec un rire gêné
-D'accord.
-Ah, et Alice ?
-Oui ? dis-je intriguée
-Je t'aime, dit Karim d'un ton tendre
-Je t'aime aussi, Karim. A demain.
Je raccrochai avec un peu de baume au cœur, et le reste de la journée passa effroyablement lentement. Evidemment, lorsqu'on attend quelque chose, le temps passe plus lentement. Le soir, je fis rapidement une valise avec des vêtements de rechange et des provisions… et j'arrivai à l'aéroport deux heures avant notre rendez-vous. Heureusement, il avait toujours tendance à arriver en avance, alors je ne dus l'attendre qu'une heure et demie. Dès qu'il me vit, il vint vers moi et posa sa valise pour me serrer contre lui.
-Salut, lui dis-je, toute contente
-Salut, me dit-il. Tu es parée pour le grand saut ?
-Oui. Ça fait très longtemps que je n'ai pas pris l'avion, alors j'ai un peu le trac, mais sans ça, ça va.
-Tu es plus inquiète pour l'avion que pour ce qu'on risque de découvrir à Toronto ? dit Karim d'un ton amusé
-Ce n'est pas ce que j'ai dit, gros malin, dis-je, amusée aussi
Karim et moi rîmes en cœur pendant une bonne dizaine de secondes, et nous nous arrêtâmes en même temps, ce qui donnait un air un peu faux et nerveux à notre hilarité. Ce qui n'était qu'à moitié faux, sans doute. Fort heureusement, nous étions côte à côte dans l'avion, du coup, on a parlé de tout et n'importe quoi pendant les deux heures de vol. Il me disait que les futurs membres de son équipe avaient l'air sympathique, mais, étrangement, il ne m'en dit pas plus. Moi par contre, je lui donnai tous les détails. Emmett m'inspirait une grande sympathie, et que je ne savais pas vraiment pourquoi ; nous avons un père de famille, en la personne de Joel ; Connor est le petit dernier, encore mineur ; Rose me rappelle quelqu'un mais je ne sais pas qui ; et les yeux de Waylon sont assez captivants. La jalousie exagérée de Karim sur cette dernière remarque était assez amusante. Lui aussi avait des yeux incroyables, en réalité. Mais je lui disais assez comme ça d'habitude pour ne pas avoir à le répéter encore et encore.
Je trouvais que ses yeux étaient presque trop brillants, comme s'il y avait un éclat surnaturel dedans. C'était aussi ça qui était merveilleux, quelque part. D'ailleurs, quand je lui demandais d'où lui venait cette couleur d'œil, il devenait évasif. Il lui aurait été tellement plus facile de répondre quelque chose du genre "d'un de mes parents", comme Waylon l'avait expliqué, mais Karim n'en faisait rien. Il éludait bien comme il faut, en inventant des histoires toutes les plus loufoques les unes que les autres. C'était d'ailleurs le seul sujet sur lequel il me mentait, depuis qu'on se connaissait. Mais ce n'était sans doute rien, alors je ne lui en voulais pas.
Lorsque nous avons atterri, nous avons repris notre sérieux. Karim a retrouvé son indic sur place, celui qui l'avait mis au courant de cette histoire d'activité suspecte dans l'usine, censée être déserte depuis presque vingt ans. Un type louche aurait été vu dedans, apparemment. En fait, le type en lui-même n'avait rien de louche, mais le fait qu'il se balade dans l'usine était louche. Cela méritait investigation, nous étions là pour ça. Ce qui nous désarçonna un peu, en revanche, c'est que l'indic a dit que le type ressemblait à Karim. C'est donc plus curieux que jamais que nous nous sommes dirigés vers l'usine.
J'avais lu les rapports sur l'incident qui avait eu lieu en Afrique, il y a trois mois. Et je trouvais que l'usine de Toronto ressemblait trop au QG de Tricell pour que ce soit une coïncidence. Certes, ce genre de bâtiments avait toujours le même type de structure, mais, je ne sais pas… Cet endroit me donnait des intuitions, presque des frissons. Et ça me confortait dans ma théorie selon laquelle cet endroit avait une signification pour moi. Je n'étais pas capable de dire laquelle, par contre. Mais j'avais l'intime conviction que j'allais en avoir le cœur net un jour. A côté de moi, Karim me prenait la main, comme s'il sentait ma nervosité. Je lui adressai un sourire reconnaissant, et nous entrâmes dans l'édifice.
Le bâtiment n'était même pas en ruine, c'était le premier indice qui disait que l'endroit n'était pas si abandonné que ça. Le hall d'entrée était très grand, et les meubles ne paraissaient pas si vieux. Qui plus est, un coup d'œil suffisait pour voir qu'il n'y avait pas des masses de poussières, partout. Cela me fit supposer que la personne qui avait été vue ici n'était pas là que depuis hier. La théorie du SDF me vint à l'esprit, mais elle me paraissait assez simplette. Comme s'il avait lu dans mes pensées, Karim attira mon attention.
-Quoi ? lui demandai-je
-Tu m'as l'air bien sceptique, me dit-il. A quoi penses-tu ?
Je lui résumai en gros ce sur quoi j'étais en train de réfléchir, et il se frotta le menton avec sa main, comme à chaque fois qu'il réfléchissait franchement. C'était un peu cloché, mais c'était assez drôle. Je remarquai à ce moment-là qu'il était mal rasé, d'ailleurs.
-C'est vrai que c'est étrange, dit Karim d'un ton intrigué. Je pense qu'on pourrait demander directement à la personne en question si on la trouve. Mon informateur ne l'a pas vue sortir, alors elle doit encore être là.
-Genre tu lui as demandé de camper devant le bâtiment ? demandai-je d'un ton amusé
-Quand même pas. Mais en gros, il devait rester attentif, quoi.
-Je sais, je te fais marcher, dis-je en l'embrassant
-Ouais ouais. Allons chercher notre inconnu alors.
J'acquiesçai un bon coup, plus déterminée que jamais à avoir le fin mot de cette histoire. Ma main toujours dans celle de Karim, nous nous mîmes à déambuler dans les couloirs. A chaque coin, nous constatâmes ce que nous avions déjà vu dans l'entrée : le quelqu'un qui avait été vu ici entretenait les lieux. Néanmoins, il n'y avait aucune trace de quoi que ce soit avant que les lieux ne soient réinvestis. Il faudrait sans doute enquêter de nouveau dans l'entourage pour savoir ce qui se passait dans cette usine avant qu'elle ne soit abandonnée.
Pendant toute l'expédition, Karim était étrangement silencieux. Je voulais mettre ça sur le compte du fait qu'il devait être concentré dans ses recherches, mais je le connaissais bien. Quand il faisait une expression comme ça, c'est que quelque chose le travaillait. Je lui répétais sans cesse qu'il pouvait tout me dire, donc il m'en parlerait quand il voudrait. Alors je ne le pressai pas.
-Alice ? lança-t-il
Tiens, j'avais raison.
-Oui ?
-C'est cette histoire de ressemblance qui me travaille, me dit-il comme s'il savait que je savais que quelque chose le travaillait. Je me dis que c'est peut-être fortuit, mais…
-Mais ? répétai-je
-J'avais un frère, Alice. Un frère jumeau. Il est censé être mort à peine un an après notre naissance. Mais… Ma mère était une ordure. Et si elle m'avait menti, et que mon frère était encore en vie ?
Ça faisait beaucoup de données, ça. Karim a toujours été vague, concernant sa famille. Je savais seulement que son père était mort, on a été plusieurs fois sur sa tombe, ensemble. Mais c'était tout. Du coup, je ne trouvai pas tout de suite quoi dire.
-Même si ta mère t'a menti, ce serait super que ton frère soit encore en vie. Non ? tentai-je
-C'est sûr. Mais après tout ce temps, je ne saurai sans doute pas quoi lui dire, dit Karim en baissant les yeux
-Tout se passera bien, Karim, lui dis-je en prenant son menton entre mes doigts. S'il a un minimum de jugeote, il t'aimera. Comme tout le monde. Et comme c'est ton frère, je suis sûr qu'il en a.
-C'est gentil ce que tu me dis là, dit Karim avec un sourire trop mignon
-Je le pense. Tu es quelqu'un de bien.
-Pas autant que toi, me dit-il d'un ton tendre
Il m'embrassa encore, et ricana. Je l'interrogeai du regard.
-Tu ne dis pas ça juste parce que tu m'aimes, hein ? dit Karim d'un ton amusé
-Non non, dis-je, l'air de rien. Je suis tout ce qu'il y a de plus objective, tu me connais.
-Bien sûr. Allez, on est repartis.
Après ces paroles, nous fûmes donc de nouveau dans les couloirs, qui se ressemblaient tous. Mais rien n'y faisait, nous ne trouvions pas notre invité surprise. Soit il était sorti pendant que nous visitions, soit nous l'avions raté parce qu'il se cachait. Et honnêtement, je préférerais que ce soit la deuxième hypothèse. Lorsque je lui ai confié mes inquiétudes, Karim m'a affirmé que son indic montait la garde dehors, alors personne ne sortirait sans qu'il ne soit au courant.
Mais le temps passait, et nous ne trouvions toujours personne.
Pendant une bonne partie de la journée, nous avons fouillé sans succès les bureaux et les pièces quelconques en haut, en bas, en travers et en diagonale, mais rien n'y faisait. Notre mystérieux clone de Karim restait introuvable. Ce ne fut que lorsque la nuit tomba, quelques heures plus tard, alors que nous nous apprêtions à manger, que nous entendîmes des voix qui venaient de l'entrée. Plus prudents que jamais, nous restâmes à couvert, pour écouter ce qui se passait.
-Laissez tomber, dit une voix qui ressemblait étrangement à celle de Karim. Je ne vous suivrai pas. Je suis bien ici, alors fichez-moi la paix.
-Je crains que vous ne compreniez pas votre situation, Malik Denzel, dit une voix féminine. Ce n'est pas un choix que je vous propose, c'est un fait que j'énonce.
A côté de moi, Karim frissonna. Je sentais qu'il avait envie d'y aller, mais rien ne nous disait de quoi était capable la femme qui était avec Malik. Du coup, je tentai le tout pour le tout. Je glissai ma tête derrière le mur, pour essayer de voir ce qui se passait. Il y avait bel et bien une fille, mais j'eus la confirmation en la regardant qu'elle devait être jeune. Elle avait une espèce d'uniforme scolaire avec un haut court à manches longues pourpre, une jupe noire courte qui lui arrivait à peine à mi-cuisse, des bas noirs et des bottes marron. Elle avait les cheveux blonds foncé, attachés en couettes ondulées, et ses yeux rouges fixaient l'homme qui était en face d'elle.
-Vous n'avez aucune autorité ici. Je ne vous suivrai pas, et je n'ai pas peur de vous, dit Malik d'un ton encore plus sérieux en croisant ses bras sur son torse. Allez-vous en avant que je ne me fâche.
Malgré le ton grave de sa phrase, sa voix était encore calme. Même de loin, je voyais qu'il avait les mêmes yeux que Karim, et rien que ça suffisait à confirmer l'hypothèse du frère perdu. Ses cheveux noirs étaient légèrement plus longs et plus raides, par contre, et il portait une chemise noire, dont les manches étaient assez longues pour qu'on ne puisse pas voir ses mains, un pantalon noir et des chaussures noires. Je jetai un rapide regard amusé à Karim, qui n'avait pas du tout la même manière de s'habiller.
-Bon, si vous insistez, dit la fille d'un ton qui me paraissait neutre. J'avais pour ordre de ne pas vous amocher, mais mon ordre de vous ramener est plus important. Je vous mangerai, et je ramènerai vos restes au Patron.
Je fus un peu surprise par la teneur des propos de la demoiselle, à peu près autant que par le fait qu'elle annonçait directement pour qui elle travaillait, mais en face, Malik ne se démontait pas. Et alors que la fille s'approchait de lui, il tourna la tête et me vit. Je n'étais pas sûre du sens de l'expression surprise qu'il a faite, mais ça a détourné l'attention de son adversaire quelques secondes. Je me suis de nouveau cachée, du coup, elle ne m'a pas vue. A côté de moi, Karim bouillonnait.
-Je vais l'aider, décida-t-il
-Ok. Je te suis.
Karim partit devant, avec son magnum à la main, et moi je sortis les deux sabres de ma valise. Je les avais pris, évidemment. La fille vit arriver Karim, et le jeta vers Malik, qui l'attrapa comme il pouvait.
-Karim ? demanda Malik d'un ton étonné
Karim ne répondit rien, et tenta de se relever, avec l'aide de son frère. Quant à moi, j'arrivai derrière la demoiselle pour essayer de l'attaquer, mais elle para mon coup d'épée avec son avant-bras, et m'envoya un coup de pied dans l'estomac, me faisait tomber un peu plus loin. Elle nous regarda tour à tout, Karim près de Malik et mettant en joue l'adversaire avec son arme, moi par terre, essayant de me redresser, et eut une sorte de sourire narquois.
-Alice Wesley et Karim Denzel, constata-t-elle en nous regardant tour à tour. C'est dommage, je n'ai pas le temps de jouer avec vous. Vous n'aurez pas toujours des samaritains pour vous sauver, Malik Denzel, ajouta-t-elle en regardant ce dernier. Je reviendrai.
Je la regardai passer près de moi en donnant un coup de pied dans mes épées alors que je peinai à me relever, et un gros coup de magnum retentit dans la pièce. L'inconnue s'arrêta net et se retourna vers Karim, dont l'arme était encore fumante.
-Qui vous a dit que vous pouviez partir ? lança Karim d'un ton froid
-Laisse-la s'enfuir, Karim, dit Malik. Ce n'est qu'une froussarde.
La principale concernée eut un rire caustique, et regarda sérieusement Malik.
-Vous trouverez ça moins drôle quand nous serons de nouveau seuls tous les deux, dit-elle en chantonnant presque
-Tu parles. Je ne sais même pas qui vous êtes, dit Malik, toujours aussi détendu
-Mais oui, où sont mes manières, dit la demoiselle en ayant une sorte de rire nerveux. Belzébuth de la Gourmandise, pour vous desservir, ajouta-t-elle en faisant une courbette. Quand nous nous reverrons, Malik, je vous rongerai jusqu'à l'os. Soyez en sûr.
-Vous vous croyez drôle, avec votre pseudo ringard et vos jeux de mots pourris? ricana Malik. Je vous ai dit que je n'ai pas peur de vous.
-Vous devriez, pourtant.
Sur ces mots, elle disparut. Karim sembla se souvenir de moi à ce moment-là, car il se précipité vers moi en remettant son magnum à sa ceinture. Il se mit à genoux à côté de moi, et me prit la main, comme si j'étais mourante.
-Alice ! Ça va ? me demanda-t-il
-Oui, je vais bien, dis-je en me tenant le ventre. J'ai juste besoin d'aide pour me relever. Je ne sais pas d'où elle sortait celle-là, mais elle avait une sacrée force.
-Ou alors elle savait où frapper, ajouta la voix de Malik au loin
Je réussis finalement à me redresser pour regarder celui qui semblait être mon beau-frère, et qui avait un air fanfaron étrangement familier sur le visage. D'ailleurs, Karim, qui était encore un peu à la masse, se releva dès que je fus debout pour aller prendre son frère dans ses bras. Celui-ci fit une tête surprise, mais rendit l'accolade. Et dès que Karim le relâcha, il lui mit un coup de poing dans la figure. Je crois que je fus presque aussi surprise que Malik.
-Karim ? demanda-t-il d'un ton étonné, une main sur sa joue
-Pourquoi tu ne m'as jamais contacté ? aboya Karim d'un ton plus qu'énervé. Pourquoi tu n'as jamais cherché à me retrouver ?
Je m'approchai discrètement des deux frères. Moi-même, j'avais perdu le peu de famille que j'avais, alors si j'apprenais un jour que j'avais encore de la famille quelque part, je sais que je ferais tout pour la retrouver. Alors j'attendis les explications de Malik, à peu près aussi remontée que Karim.
-Je n'ai appris ton existence qu'il y a deux jours, se défendit Malik. J'ai bien vu qu'un des villageois me surveillait, alors je l'ai surveillé aussi, et j'ai entendu ton nom dans une de ses communications. Alors je t'ai attendu. Je t'ai vu arriver avec ta copine, mais dès que cette folle de Belzébuth est apparue, je me suis caché. Je ne sais pas comment elle a fait pour me retrouver, mais elle voulait que je travaille pour un type qui s'appelle le Patron. La suite, vous l'avez vue comme moi.
-Comment tu as deviné que tu étais mon frère ? s'enquit Karim, déjà un peu plus calme
-J'ai entendu ton nom de famille dans une communication, donc. Mais c'est quand je t'ai vu que c'est devenu clair. Je suis vraiment de te revoir, moi aussi, frangin. Et toi, tu es Alice c'est ça ? lança-t-il en me regardant
-C'est ça, dis-je. Enchantée Malik, ajoutai-je en lui tendant la main
-De même, dit-il en me serrant la main. Je pense qu'on aura pas mal de choses à se raconter, ajouta-t-il en me faisant un clin d'œil
-En effet, dis-je d'un ton amusé
-Hé ! Je suis là ! Ne complotez pas juste devant moi ! s'esclaffa Karim
Et nous rîmes tous en cœur. Finalement, nous n'avions rien trouvé me concernant, mais Karim avait retrouvé son frère. Et rien que pour ça, c'était un voyage tout sauf inutile.
Sur le chemin du retour, nous avons été un peu ralentis par le fait qu'il fallait prendre un troisième billet d'avion pour Karim, mais tout se passa bien. Les deux frères avaient du temps à rattraper, alors je les laissai parler ensemble pendant tout le vol. J'écoutai d'une oreille, pour en apprendre plus sur la vie de Karim, et je ne savais pas si ça le gênait. En tous cas, il ne laissa rien paraître. Il y avait quelques moments où l'un des deux me demandait si j'avais quelque chose à dire, mais je n'en faisais rien. Je n'avais rien à dire d'assez important pour que je les interrompe. Résultat, nous fûmes de nouveau à la maison dans la matinée du cinq janvier. Ni Karim ni moi ne serions en retard pour notre rendez-vous avec les nouvelles recrues. Enfin, pour le rendez-vous de notre capitaine respectif avec les nouvelles recrues.
Karim a bien entendu invité Malik à rester habiter chez nous, et évidemment, je n'avais aucune objection à faire. De toute façon, même si j'en avais une à faire, je ne la ferais pas. Je ne suis pas assez méchante pour séparer comme ça deux frères qui viennent de se retrouver après vingt ans de séparation. Du coup, mon quotidien changea sensiblement, mais pas dans un mauvais sens. J'aimais profondément Karim, alors le voir en deux fois tous les jours était assez satisfaisant, il faut le dire. Parfois, j'avais même l'impression que Malik avait un caractère encore plus doux que celui de son frère, et ça me désarçonnait.
Alors que Karim et moi étions sur la route du QG du B.S.A.A. dans la matinée du six janvier, nous eûmes le temps de méditer sur ce qui s'était passé deux jours auparavant. Le fait que nous n'avions aucune trace de ce que l'usine de Toronto faisait avant d'être abandonnée, et surtout la présence de cette jeune femme qui se faisait appeler Belzébuth, comme le démon de la gourmandise. Elle avait dit travailler pour le Patron, dont le nom m'est plus que familier à cause de ce qu'il a fait à la famille de Piers, ce qui nous fit nous demander, Karim et moi, ce qu'il voulait à Malik. D'ailleurs, en reparlant de ça, Karim fit demi-tour en vitesse à la maison, car il ne voulait pas le laisser seul chez nous. J'arrivai donc seule au QG, et, alors que je prenais juste place dans ma chaise de second, mon capitaine entra.
La suite, vous la connaissez.
