Ils s'étaient rapidement installés dans le manoir de Godric's Hollow. Les choses étaient bien différentes de leur dernière cohabitation. Tout d'abord, l'endroit était beaucoup plus accueillant, si lumineux que le premier jour, Lily n'avait pas pu se lasser de traîner dans le salon baigné de soleil jusqu'à ce que la nuit tombe, négligeant le rangement du peu d'affaires qu'elle avait toujours avec elle dans sa chambre.
Il y avait cela, aussi. Ils avaient chacun leur chambre. La sienne était en bas. Celle de James se trouvait à l'étage. Sirius Black avait fait une blague douteuse pendant qu'ils visitaient, prétextant que James préférait toujours être au dessus, et Lily n'avait vraiment pas voulu en entendre d'avantage alors elle s'était empressée de décréter qu'elle prendrait la chambre du bas qui était moins grande, mais plus claire.
A son grand dam, Snap, lui, avait décidé qu'il préférait dormir avec James. Elle n'osa pas l'en blâmer, hésitant chaque nuit à monter les escaliers pour les rejoindre. Ce n'était pas qu'elle avait absolument envie de se retrouver dans le même lit que son camarade, au contraire, elle était positivement ravie d'avoir sa propre chambre, mais elle n'arrivait pas à trouver le sommeil.
Elle n'avait jamais mieux dormi qu'avec James, aussi stupide cela puisse paraître. Elle détestait l'admettre, mais elle commençait à se demander si elle arriverait de nouveau à fermer l'oeil sans qu'ils ne se trouvent sous la même couverture, et Rémus lui avait fait remarquer le matin même qu'elle avait une mine horrible, ce à quoi elle avait répondu par un unique grognement un peu trop agressif.
Ils étaient arrivés ici depuis quatre jours, et elle avait l'impression qu'elle allait mourir dans les prochaines heures si elle ne parvenait pas enfin à grappiller quelques heures de sommeil. Elle se tournait et se retournait dans son lit, poussant des jurons de plus en plus sonores, lorsqu'elle décida enfin de mettre sa fierté de côté.
Elle grimaça quand les marches grincèrent sous ses pieds nus, mais elle continua de monter l'escalier et longea le couloir du hall jusqu'à arriver devant sa chambre. Elle frappa deux coup légers, et entrouvrit la porte.
« James ? appela t-elle à voix basse.
- Hmmm ? répondit une voix ensommeillée.
- Je n'arrive pas à dormir. »
Dans la pénombre, elle vit simplement la couette se soulever, et elle ne comprit ce que cela signifiait qu'après une minute de réflexion au court de laquelle elle pénétra dans sa chambre, referma soigneusement la porte derrière elle et se glissa là où il tenait la couverture en l'air. Il la lâcha sur elle dès qu'elle s'allongea, et il sembla retomber dans un sommeil profond presque aussitôt.
L'oreiller sur lequel elle posa son visage était imprégné de son odeur, et elle se sentit immédiatement un peu plus à sa place. C'était paradoxal. Deux semaines auparavant, elle aurait vigoureusement refusé de partager ne serait-ce qu'un toit avec lui, et maintenant, elle se surprenait à ne pouvoir faire sans. C'était bizarre, et un peu dérangeant quelque part. Elle sentait qu'il y avait quelque chose qu'elle ratait, mais elle ne voulait absolument pas y penser, et elle n'eut pas le loisir de le faire. Ses yeux se fermèrent, et sa respiration trouva instinctivement le même rythme que celle de James.
Elle fut tirée de son sommeil par une odeur de pâtisserie et ce fut la seule chose qui la poussa à se lever. Elle était si bien dans ce lit qu'elle avait songé y passer une partie de sa journée. James n'était plus dedans depuis probablement deux ou trois heures, et elle en avait profité pour s'étaler en plein milieu du matelas, pendant que Snap lui marchait inlassablement dessus comme pour lui dire de remuer son derrière.
Elle finit par le faire et descendit les escaliers, encore somnolente, les yeux partiellement fermés toujours dans le tee-shirt rouge de James. Entre l'attaque chez lui et leur arrivée ici, elle n'avait même pas eu la possibilité de passer prendre d'autres affaires que celles qui se trouvaient dans son sac. Son appartement n'était pas sûr et les membres de l'Ordre lui avaient tous vivement déconseillés d'y retourner. Quelques uns d'entre eux avaient été leur chercher deux ou trois babioles en plein après-midi, mais c'était tout.
Arrivée en bas des marches, elle s'étira et poussa un long bâillement. Elle avait l'impression d'avoir dormi une éternité, mais elle aurait pu repartir pour plusieurs heures encore. Elle n'ouvrit complètement les yeux que quand elle entendit quelqu'un se racler la gorge, et elle crut mourir de honte quand elle constata que les trois membres de la famille Potter la fixaient.
Euphémia et Fleamont, assis à la table de la cuisine, détournèrent poliment le regard quand elle se mit à tourner sur place sans savoir si elle devait étirer d'avantage le tee-shirt de James pour qu'il tombe sous ses genoux nus ou s'enfuir en courant, et le jeune homme en question, debout devant le plan de travail, pivota dans l'autre sens mais elle l'entendit parfaitement émettre un léger rire qu'il dissimula en toux.
« Bonjour Lily, l'avaient gentiment salué ses parents en esquissant un sourire amusé sans pour autant la regarder.
- Bonjour, je... Merlin, je suis désolée, je... Je dormais et je... Je n'avais aucune idée qu'il y aurait du monde et... Oh bon sang il est déjà treize heures... Qu'est-ce que je fais encore dans cette tenue ? Je... Je vais me changer ! Bafouilla t-elle, rouge d'embarras avant de disparaître dans sa chambre.
- Tout va bien, Lily ! entendit-elle Euphémia lui crier de la cuisine. »
La jeune femme ne répondit pas mais s'habilla en vitesse en murmurant tous les jurons qu'elle connaissait tout en se demandant si son visage allait un jour retrouver sa couleur d'origine. Elle fut tentée un instant de rester enfermée dans sa chambre, mais elle avait un point commun avec Snap : la nourriture était toujours plus forte que tout.
Alors elle prit son courage à deux mains, s'efforça d'oublier la scène fâcheuse qui avait eu lieue quelques minutes plus tôt, et rejoignit la famille Potter dans la cuisine. James venait de déposer une assiette pleine de gaufres au centre de la table déjà bien garnie quand elle débarqua, et il lui lança un sourire en coin qui lui donna envie de le noyer dans son jus de citrouille.
« Je crois que j'ai oublié de te prévenir que mes parents venaient bruncher aujourd'hui... Lui glissa t-il sournoisement, et elle sut qu'il n'avait absolument rien oublié du tout.
- Ne me parle pas sinon je risque de te planter ma fourchette dans la main, lui murmura t-elle en retour en affichant un sourire parfaitement doux lorsqu'Euphémia jeta un coup d'oeil dans leur direction. »
Voilà le genre de choses qu'il faisait et qui la rendait dingue. Il adorait la mettre dans des situations comme celle-ci, et elle était certaine qu'il avait pris son pied en la voyant se dandiner d'une jambe sur l'autre devant ses parents qu'elle admirait tant, dans un vêtement qui appartenait à leur fils et qui laissait clairement sous-entendre qu'ils partageaient bien plus qu'un manoir.
« La cohabitation a l'air de mieux se passer que ce que tout le monde aurait pensé... Commenta Fleamont juste avant que sa femme ne lui donne un discret coup de coude en lui lançant un regard désapprobateur qui lui signifiait clairement qu'ils ne devaient pas se mêler de leurs affaires.
- Lily ronfle, déclara simplement James en haussant les épaules.
- Bon sang ! s'exclama t-elle en se tournant rapidement vers lui pour le fusiller du regard. »
Il cligna plusieurs fois des yeux en la fixant d'un air innocent comme s'il se demandait pourquoi elle s'énervait, et Merlin, elle ressentit un fort désir de l'embrocher avec ses couverts mais la présence de ses parents l'empêchait clairement de laisser déborder sa rage, et il le savait très bien, alors elle opta pour une autre solution.
« James laisse traîner ses affaires. Constamment. Il fait son sport, le matin, et il balance son tee-shirt n'importe où. Hier, j'en ai même trouvé un dans le frigidaire.
- Combien de fois est-ce que je t'ai dit de ranger derrière toi ? Lui demanda alors sa mère sur un ton las, faisant apparaître un sourire satisfait sur le visage de Lily.
- Je range ! protesta t-il. Il faut juste me laisser le temps de le faire.
- Tu ne vis pas tout seul ici ! Lily n'a certainement pas envie de se retrouver au milieu de ton linge sale ! continua t-elle en attrapant un croissant sur la table.
- Lily adore mon linge sale. Je suis sûr qu'elle le renifle quand j'ai le dos tourné, plaisanta James. »
Sa mère haussa un sourcil et dégaina sa baguette si vite qu'ils sursautèrent tous les trois quand elle la pointa sur son fils et qu'il se retrouva muet comme une carpe.
« Oh ne te méprends pas, Lily, j'aime mon fils plus que tout au monde, mais ses âneries me fatiguent... Expliqua t-elle alors que Lily s'était mise à rire en voyant la mine renfrognée de son camarade à côté d'elle.
- Regarde comme il est beau quand il ne parle pas, ajouta Fleamont avec humour.
- Est-ce qu'on doit vraiment utiliser le contre-sort un jour ? leur demanda Lily, les faisant éclater de rire tous les deux pendant que le jeune homme s'était rabattu sur sa nourriture, prétextant ne pas les entendre. »
Euphémia céda finalement quelques minutes plus tard et Lily décida de les laisser seuls dès qu'elle eut terminé son repas. Ils avaient probablement envie de se retrouver un peu en famille, et elle n'avait aucune intention d'interférer malgré les protestations des parents de James quand elle décréta qu'elle allait se retirer dans sa chambre pour écrire à Mary MacDonald et revoir quelques sortilèges de défense.
De plus, elle doutait être capable de se retenir encore plus longtemps de hurler sur le jeune homme qui n'avait cessé d'essayer de la faire enrager, et la dernière chose dont elle avait envie était de perdre son calme devant ses parents, alors elle s'était enfermée deux ou trois heures, et quand elle était sortie pour aller se chercher à boire, il n'y avait plus personne à part James, assis sur le canapé, en train de fixer d'un air curieux la télévision qui avait été laissée là par les habitants précédents.
« Tes parents sont partis ?
- Ils devaient aller au ministère cet après-midi, répondit-il simplement. Comment est-ce qu'on fait marcher ça ? La questionna t-il en faisant un signe de tête vers l'écran.
- Je ne sais même pas si elle fonctionne, attends. »
Elle abandonna son verre sur la petite table du salon et se pencha un instant derrière la télévision, remettant en place les quelques fils qui étaient débranchés, puis elle se saisit de la télécommande qui traînait sur le rebord d'une étagère en bois. Une seconde plus tard, des images défilaient sur l'écran et James semblait ébahi.
« Tu peux choisir de regarder autre chose en appuyant sur ces boutons, lui expliqua t-elle en lui tendant la télécommande.
- Qu'est-ce que tu me conseilles ?
- Je ne suis pas sûre que ce que je regarde t'intéresse beaucoup, répondit-elle en se saisissant de nouveau de son verre.
- Pourquoi ? Tu regardes des films d'amour avec des hommes douteux aux cheveux gras ? L'interrogea t-il avec un sourire en coin. »
Elle le fixa d'un air dépité puis lui reprit la télécommande des mains juste pour lui en administrer plusieurs coups sur le crâne pendant qu'il se protégeait avec ses mains.
« Tu. Es. Insupportable ! Articula t-elle entre chaque coups.
- Ce n'est pas un « non » ! Lui fit-il remarquer, l'agaçant encore plus. »
Elle soupira lourdement, tourna le dos et lui balança la télécommande par dessus son épaule avant de disparaître de nouveau dans sa chambre, se demandant s'il ne devait pas avoir d'avantage peur pour sa vie ici, que dans son ancien appartement. Elle manqua de s'étaler sur le parquet quand Snap lui fila entre les chambres, et elle crut entendre son camarade Gryffondor s'exclamer « Bien joué mon pote ! » quand elle eut fermé la porte de sa chambre derrière elle.
Debout devant la fenêtre, à observer la rue, elle songea qu'elle préférait peut-être la solitude de son appartement, et puis elle réalisa à quel point elle n'était jamais satisfaite de ce qu'elle avait. Elle voulait de la vie, et quand elle en avait, elle voulait du silence et de la solitude... Elle aurait juste tellement aimé autre chose. Quelque chose de plus... Facile. Quelque chose de moins... Extrême.
Elle ne savait pas combien de temps ils allaient devoir rester cachés ici, mais elle savait déjà qu'ils allaient devenir fous. Ils n'étaient pas du genre à aimer être restreint dans leurs déplacements, l'un comme l'autre, et elle se demandait par quel miracle James n'était pas déjà aller voler dehors avec Sirius Black. Peut-être qu'il l'avait déjà fait. Peut-être qu'il avait attendu la nuit... Le contraire lui semblait hautement improbable. Il était inconscient et négligent, et elle savait déjà que c'était ce qui allait le tuer.
Elle soupira quand elle aperçut un groupe d'enfants courir dans la rue, un ballon à la main, et elle eut l'impression de se voir dix ans en arrière, chez ses parents, quand la guerre n'existait pas encore et qu'elle ne connaissait rien du monde sorcier. Parfois, elle se demandait si elle n'aurait pas préféré rester dans l'ignorance, et elle jouait à s'imaginer la vie qu'elle aurait eue si cette lettre de Poudlard n'était jamais arrivée.
D'abord, Pétunia serait restée à ses côtés. Elle n'aurait pas déménagé de chez leurs parents si tôt pour aller habiter avec son petit-ami, Vernon Dursley, un homme que Lily n'appréciait guère mais qu'elle avait appris à accepter parce que sa sœur en était amoureuse. Elles auraient eu les relations de deux sœurs, celles qu'elles n'avaient plus depuis ses dix ans. Elles auraient fait les magasins ensemble, auraient rit ensemble, auraient parlé garçons ensemble, auraient organisé de mémorables fêtes dans la maison familiale ensemble... Tant de choses qu'elle avait appris à ne plus envisager une seule seconde.
Ensuite, elle serait allée dans une école normale, avec des enfants normaux qui seraient devenus des amis extraordinaires, et elle aurait probablement passé sa vie au cinéma ou à la patinoire avec eux. Tout aurait été formidablement simple, prodigieusement banal, et jamais, jamais elle ne se serait doutée une seule seconde qu'une guerre avait lieue dans un monde parallèle qui débordait sur le sien. Elle n'aurait pas passé chaque journée de son existence à craindre pour sa vie et celle de son entourage. Tout aurait été si calme, si paisible...
Elle ferma les yeux et inspira longuement. De temps en temps, elle imaginait qu'elle allait se réveiller et réaliser que tout cela n'était qu'un rêve... La lettre, le Chemin de Traverse, le quai 9 ¾, le Poudlard Express, l'école toute entière, le quidditch, Mary, Alice, Potter et tous les autres... La guerre, et la magie dans toute sa splendeur... Elle n'avait cessé de se demander si tout cela était réel, mais jamais elle n'avait pu trouver une preuve du contraire.
Elle vivait vraiment, ressentait vraiment, comme elle ne l'avait jamais fait avant, et c'était ce qui la faisait toujours venir à la conclusion qu'une vie dans le monde moldu ne lui aurait jamais semblé complète. Il lui aurait manqué quelque chose, un soupçon de magie, une vague de féerie, et comme tout cela ne venait pas seul, un océan de dangers.
« Evans ! Courrier pour toi ! entendit-elle James s'écrier depuis le salon. »
Elle quitta la rue des yeux pour rejoindre le jeune homme qui passa cinq bonnes minutes à lui tendre la lettre et à la tirer vers lui dès qu'elle esquissait un geste pour essayer de s'en saisir, la mettant dans une colère noire. Il finit par la lâcher avec un rire moqueur et la regarda s'asseoir à la table de la cuisine tout en décachetant l'enveloppe.
Elle fut surprise d'en sortir un faire part rose vif qu'elle observa sous toutes les coutures avant de l'ouvrir et de rester choquée devant pendant une minute, parcourant sans cesse des yeux les mêmes mots :
« Vernon Dursley & Pétunia Evans sont ravis de vous convier à leur mariage le 6 Août 1978. »
Bouche bée, elle laissa le faire-part lui glisser entre les doigts et ne bougea pas d'un pouce lorsque James s'en empara pour le lire à son tour. En temps normal, elle lui aurait hurlé dessus et le lui aurait arraché des mains, mais elle tombait tellement de haut que cette simple pensée ne lui effleura même pas l'esprit.
Elle ne se doutait pas une seule seconde que sa sœur allait épouser Vernon Dursley. Elle n'avait aucune idée qu'ils en étaient à cette étape là de leur relation, et elle retint ses larmes en se demandant comment elles avaient pu en venir à prendre autant de distance l'une avec l'autre. Elle n'avait pas besoin d'être en face de sa sœur pour l'entendre lui dire qu'elle devrait déjà être contente d'avoir reçu une invitation, et elle en avait mal au cœur.
Motivée par un espoir fou et insensé, elle inspecta l'intérieur de l'enveloppe et fut instantanément soulagée d'y trouver un morceau de papier. Il avait l'air d'avoir été négligemment arraché d'un carnet à spirale, et l'écriture de Pétunia était brouillonne, mais Lily songea qu'il devait sûrement s'agir de ses consignes pour ses demoiselles d'honneur et elle se hâta de le lire.
« Comme j'imagine que tu n'as toujours personne dans ta vie, tu seras à la table des gens seuls. J'espère que ça ne te dérange pas.
Ps : J'attends une réponse rapide. Par voie NORMALE. »
Le dernier mot était écrit en lettres capitales et soulignés plusieurs fois. Elle l'avait également encadré en rouge. Ce fut loin d'être la pire des choses qu'elle lui ait écrite, mais la jeune femme fondit en larmes.
Encore une fois, James lui subtilisa le morceau de papier des mains, et elle ne s'en formalisa pas. Elle n'était même pas en colère contre sa sœur, elle était juste touchée en plein cœur, triste, et elle se demandait comment Pétunia avait pu, encore une fois, faire preuve d'une telle froideur. Elle avait rêvé d'être là pour elle lorsqu'elle se marierait, qu'elles choisiraient la robe ensemble et qu'elle l'aiderait à tout organiser, mais il était plutôt clair que sa sœur n'avait pas partagé ce genre d'envie.
« C'est l'invitation qui te mets dans tous tes états ? l'interrogea James sans montrer la moindre compassion.
- Ce n'est pas l'invitation ! Réfuta Lily, en larmes, agacée. C'est...
- La table des gens seuls ? La coupa t-il. C'est un peu humiliant, c'est clair...
- Non ! protesta t-elle en reniflant bruyamment, ses pleurs redoublants en prenant conscience de ce sur quoi il venait de mettre le doigt.
- Tu n'as qu'à lui dire que tu as quelqu'un et je viendrai, s'il n'y a que ça. Ce n'est pas comme si on avait jamais prétendu être en couple, répondit-il en haussant les épaules sans même avoir écouté sa réponse.
- Ce n'est pas ça ! S'exclama t-elle. Elle n'a juste pas... Je pensais... Je croyais que je serais sa demoiselle d'honneur.
- Ah, lâcha t-il simplement. »
Il laissa le morceau de papier retomber sur la table, enfonça ses mains dans les poches, et demeura immobile à côté d'elle pendant un long moment avant de reprendre.
« Elle a sûrement peur que tu lui fasses de l'ombre. »
Entre ses sanglots, Lily laissa échapper un rire tant cela lui semblait hautement vraisemblable. James ne connaissait même pas sa sœur, et il était quand même capable d'en venir à de telles conclusions. Elle avait toujours trouvé Pétunia beaucoup plus élancée, beaucoup plus jolie, mais pour une raison qui lui avait toujours échappé, sa sœur s'était évertuée à se montrer jalouse d'elle depuis leur adolescence.
« Je réserve mon 6 aout, alors ? Reprit-il.
- Quoi ?! Non ! James, non !
- Tu ne vas quand même pas accepter d'être à la table des gens seuls ?!
- Il n'y a aucun mal à...
- C'est le mariage de ta sœur ! Tu ne vas pas être à la table des gens seuls au mariage de ta propre sœur ! La coupa t-il, et elle manqua cruellement d'argument pendant une minute.
- Mais je ne vais pas lui mentir...
- Tu es en train de pleurer à cause d'elle. Un minuscule mensonge ne fera de mal à personne. »
Il lui tendit une plume, un parchemin, s'assit à côté d'elle, et l'encouragea à écrire une réponse dans laquelle elle expliquerait à Pétunia qu'elle viendrait avec lui. Après avoir soupiré et jeté un regard hésitant en direction de James, elle trempa sa plume dans l'encre et se mit à écrire. Elle précisa plusieurs fois que James était un sorcier car elle savait que ce serait la première question que Pétunia lui poserait, et elle lui jura également à de nombreuses reprises qu'ils resteraient discrets.
« Rémus et Peter doivent passer demain... Je leur demanderai d'aller la poster. Rémus doit savoir comment ça marche, expliqua t-elle à James qui acquiesça. »
Il la laissa seulement pour retourner s'installer devant la télé, et elle s'affala sur le canapé à côté de lui. Elle n'avait plus envie de l'étriper pour l'instant, et sa compagnie lui parut même une très bonne alternative aux remises en question auxquelles elle s'attendait si elle retournait s'enfermer dans sa chambre.
« Tu te souviens quand tu t'es rendue compte que tu étais préfète-en-chef avec moi ? Lui demanda t-il soudainement. »
Son bras était négligemment posé sur le haut du canapé, pas très loin d'elle. Elle n'aurait eu qu'à se rapprocher un peu et elle était presque certaine qu'il serait tombé sur ses épaules, mais cette simple pensée la dérangea un peu et elle la chassa rapidement de son esprit. James avait tourné la tête vers elle et il arborait un sourire malin. Elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il ramenait leur septième année sur le tapis, mais elle oublia de penser à Pétunia pendant qu'il la forçait à se rappeler du passé.
« Oh clairement, répondit-elle en lâchant un rire lourd de sens. Je crois que je suis restée en état de choc pendant deux jours.
- Une semaine me paraît plus exact, corrigea t-il sur le même ton. Combien de fois est-ce que tu m'as demandé de vérifier la lettre de Dumbledore ?
- Je n'en sais rien... Dix ? Vingt ? tenta t-elle en se frottant le front en prenant un air gêné qui sembla amuser James.
- C'était très vexant...
- Je sais ! S'exclama t-elle avec embarras.
- Ça faisait beaucoup rire les gars... »
Elle lui lança un bref sourire d'excuse et reporta son regard vers le film policier qui passait à la télé. Un tueur en série était en train de se faire attraper par des agents qui lui tiraient dessus tout en évitant ses balles.
« Est-ce que c'est une espèce de baguette magique pour moldu ? La questionna James en désignant les revolvers.
- Oh, non, répondit Lily. Ça sert seulement à tuer.
- A tuer ? répéta James, perplexe. Quel est l'idiot qui a inventé un objet qui ne sert qu'à tuer ?
- Samuel Colt.
- Quoi ?
- C'est Samuel Colt qui a inventé le revolver, expliqua t-elle devant son air ahuri. »
Il lâcha un rire, passa sa main dans ses cheveux noirs alors qu'elle le dévisageait sans même s'en apercevoir, et rougit violemment quand elle l'entendit chuchoter.
« Quelle intello...
- Je suis juste à côté, lui fit-elle remarquer en fronçant les sourcils.
- Je posais la question comme ça, Evans. Je n'attendais pas spécialement de réponse.
- A quoi bon poser une question si tu ne veux pas de réponse ? Le questionna t-elle. »
Il la fixa étrangement comme quand ils étaient à Poudlard et qu'il essayait de déchiffrer les runes que leur professeur écrivait au tableau sans pour autant y parvenir (Merlin, il était incroyablement doué en magie, mais les runes n'étaient incontestablement pas pour lui), et elle esquiva son regard, un poil mal à l'aise.
« Tu es tellement premier degré...
- Est-ce qu'on joue à lister les défauts l'un de l'autre ? Parce que si c'est ça, j'espère que tu as toute la nuit devant toi, répliqua t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine avec mauvaise humeur.
- Et tu te vexes vite... Ajouta t-il avec un sourire moqueur. »
Elle se contenta de souffler bruyamment et de reporter son regard noir sur la télévision, le faisant rire aux éclats. Elle savait que si elle rentrait dans son jeu, elle n'avait pas fini, et elle ne voulait pas lui donner satisfaction, mais à le voir aussi hilaire, elle se demandait si elle ne l'avait pas déjà fait...
