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"Apprécier la danse est un pas en avant pour tomber amoureux."
Orgueil et Préjugés
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Pour Sam, la semaine suivante fila à une vitesse folle. Bien que peu de choses aient changées dans ses rencontres avec le Colonel O'Neill, il y avait désormais une prise de conscience qui pesait lourd dans l'air – quelque chose qu'elle reconnaissait comme un accord tacite d'attendre la soirée de son anniversaire pour officialiser une quelconque union entre eux.
Souvent, elle ressentait une tension inexplicable en elle et les tourments de son estomac ne pouvaient être calmés même par le plus doux bouillon du cuisinier. En dépit de tout cela, elle découvrait chaque jour une joie qui n'était comparable à aucun sentiment qu'elle avait éprouvé auparavant. Cela semblait si étrange qu'après tant d'épreuves, et surtout après avoir condamné toute intrigue romantique, elle attendait finalement avec impatience une nouvelle déclaration. Pourtant, elle ne pouvait comparer sa relation avec Jack O'Neill à aucun de ses précédents embarras. Bien qu'elle ne l'ait pas connu aussi longtemps que certains de ses autres prétendants, elle se sentait étrangement convaincue qu'une vie passée à ses côtés serait plus satisfaisante que tout autre issue possible. Peut-être que cela ne serait pas toujours particulièrement facile et elle ne connaitrait certainement pas toujours la même béatitude qu'elle ressentait en ce moment, mais au moins, elle n'aurait jamais à souffrir de l'ennui.
Durant les heures précédant le bal, Samantha se retrouva debout devant sa garde-robe, caressant la tenue déjà préparée pour l'évènement à venir. La robe était neuve et, elle pensait, particulièrement flatteuse. Même si d'ordinaire elle n'était pas le genre de femme à céder à la vanité personnelle, elle pensa que pour cette occasion, il était acceptable de se préoccuper de son apparence. Elle avait aimé le style du vêtement à l'instant où elle l'avait vu, et le couturier avait confectionné le brocart de soie avec une minutie soignée, digne des circonstances.
Quand elle fut finalement prête à descendre et vérifier l'état des préparatifs, elle avait la conviction que pour une fois, rien en elle ne pourrait aller à son encontre ou lui être reproché – ce soir, elle était une femme sans défauts.
Le hall était animé par des domestiques, des cuisiniers et d'autres aides du genre embauchées pour l'occasion, résolus à transformer la salle de bal d'un ennui banal en une somptuosité presque magique. Des fleurs et des guirlandes avaient été disposées un peu partout, et dans un coin les musiciens accordaient leurs instruments. L'odeur du rôti de porc et des garnitures parfumées emplissait l'air, et les ombres des bougies étincelantes dansaient sur les murs. S'il y avait une chose que l'on pouvait dire à propos des compétences de son père en matière de préparatifs c'était que, de concert avec Mr. Siler, il ne laissait certainement rien au hasard.
Oui, il semblait opportun que tout soit parfait pour cette soirée – c'était en fait la première fois que Sam s'en préoccupait assez pour être consciente de son environnement. Avec ce décor si méticuleusement mis en place par son père, c'était presque comme s'il donnait déjà sa bénédiction à leur union.
Venant se placer à ses côtés, Sam glissa son bras autour de celui de son père et l'enserra chaleureusement, ressentant une immense affection pour lui. "C'est absolument magnifique."
Le compliment sembla signifier beaucoup pour lui, et au moins pour cette raison si ce n'était pour aucune autre, elle était soulagée d'avoir essayé de l'émouvoir. "Je suis heureux que tu approuves. Je n'étais pas vraiment certain que tu serais ravie de toute cette agitation."
"Oui, et bien... j'ai changé d'avis."
"Une prérogative chez toute femme, je suppose", plaisanta Jacob.
"Oh, donc vous êtes enfin prêt à admettre que je ne suis plus la petite fille de douze ans qui a besoin d'être protégée à chaque instant ?"
Sa question sembla toucher Jacob d'une manière particulièrement significative car il resta silencieux un long moment avant de répondre. "Un père veut toujours protéger sa fille. Aucun anniversaire ne changera ça."
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Pour la quatrième fois, Jack saisit le bout de sa cravate, déterminé aujourd'hui à la nouer convenablement sans aide. Ses mouvements étaient mécaniques et méticuleux, et pourtant d'une façon ou d'une autre il réussissait à créer un nœud qui, à première vue, semblait correct. Malheureusement, l'illusion se dissipait à la seconde inspection et le colonel laissa sortir un cri frustré, accompagné d'un juron qui ne pouvait être répété en société.
"Requérez-vous de l'aide, O'Neill ?" demanda Teal'c alors qu'il entrait dans la pièce, paré de ce que Jack reconnaissait comme une robe de cérémonie que l'homme imposant réservait aux occasions les plus formelles et nobles.
"Teal'c, dit-il, fatigué, "suis-je fou ? Puis-je réellement envisager de me marier à nouveau quand je suis de toute évidence incapable d'accomplir une tâche aussi simple que nouer ma propre cravate ?"
De larges mains brunes vinrent soigneusement saisir la cravate et commencèrent à arranger l'accessoire en une forme appropriée. "Tel que je l'ai compris O'Neill, les talents d'un homme dans le mariage ne se rapportent pas directement à son habileté à s'habiller." Une fois fini, l'homme se recula et O'Neill fut à la fois heureux et quelque peu irrité de voir la cravate désormais correctement mise en place. "Vous êtes préoccupé par votre intention de demander Samantha Carter en mariage ce soir."
"Oui. Non. Je... ne sais pas vraiment. Juste nerveux en général, je suppose. Elle est... jeune."
"J'ai été amené à croire que la plupart des femmes dans votre société devenait épouse à un âge considérablement plus jeune que les vingt-cinq années de Samantha Carter."
"Et bien, oui, mais je suis toujours de douze ans son aîné", souligna Jack. "Et elle n'a pas mon... passé..."
"Il n'est pas rare qu'il y ait une différence d'âge entre deux époux."
"Je sais. J'ai simplement... Teal'c, j'ai vraiment envie de cela", dit Jack, entendant l'incrédulité dans l'écho de sa propre voix. "J'ai envie que cela fonctionne, j'ai envie qu'elle dise oui et que son père approuve... ça a de l'importance." Et il n'était pas utile de préciser que c'était la première fois, depuis très longtemps, qu'il pouvait se souvenir que quelque chose compta autant pour lui.
"Comme cela se doit d'en avoir, O'Neill."
C'était vrai également, et sa remarque repoussa ses doutes et incertitudes au fond de son esprit. En fin de compte, peut-être le fait qu'il soit si nerveux était le meilleur présage qu'il pouvait espérer.
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Il arriva en retard, apparaissant à la porte, Teal'c à ses côtés, juste au moment où Sam commençait à s'inquiéter de son absence. Le demi-sourire, désormais familier, présent sur son visage alors qu'ils s'inclinaient était un spectacle bienvenue, apaisant les doutes qui avaient agité son esprit hyperactif. "Colonel O'Neill, monsieur", dit-elle en guise de salutation, "merci d'être venu à ma fête."
"Je ne l'aurais manqué pour rien au monde", lui assura-t-il avec calme. "C'est en fait un événement que j'ai attendu avec impatience."
L'excitation s'empara d'elle. "Tout comme moi, je le reconnais." Lorsque son regard sombre lui sembla trop intense et trop absorbé par sa personne pour une rencontre fortuite dans le hall d'entrée, elle détourna son attention vers son compagnon. "Et Teal'c. Merci beaucoup d'être venu. Votre tenue est particulièrement remarquable."
Sa présence inébranlable apaisa ses nerfs une fois de plus agités. "Je vous remercie, Samantha Carter. Ce sont les vêtements que mon peuple réserve aux occasions les plus louables – j'ai pensé qu'ils seraient appropriés à la célébration d'un événement aussi notable que votre naissance."
Elle trouva l'explication étrangement flatteuse, et rougit devant un tel compliment de la part de l'homme habituellement insondable. "Je suis très touchée, Teal'c. Vous devrez discuter avec Daniel à ce sujet – je suis certaine qu'il voudra se renseigner sur le sens de chaque dessin et couture."
"Je serai heureux d'assouvir la curiosité de Daniel Jackson. Seriez-vous en mesure de me diriger vers son emplacement ?"
"Oh, il est dans la salle de bal avec tout le monde – je pense que la musique va commencer et Miss Carolyn Lam Landry s'est emparée de lui pour obtenir une danse."
Une expression de curiosité s'installa dans le regard de l'étranger."Je dois avouer une certaine curiosité de ma part pour vos coutumes de danse. Pensez-vous que si Janet Fraiser n'est pas déjà engagée, elle aurait l'amabilité de m'instruire sur les mouvements de votre culture ?"
Hésitante devant son étrange demande, Sam jeta un regard au colonel. "Il souhaiterait danser avec Mrs. Fraiser", précisa utilement Jack.
"Oh, je vois ! Et bien, je suis sûre qu'elle serait enchantée de se montrer obligeante."
O'Neill acquiesça. "Oui, mais pour ce faire, nous devrions d'abord les rejoindre. Miss Carter ?" La question était en fait une invitation, et elle prit avec une grande joie le bras qu'il lui offrait, profitant de la rareté d'être escortée à une réception par deux hommes d'une distinction si raffinée et agréable.
Quand ils eurent finalement repéré Daniel et Janet, qui avaient tenté de se fondre dans l'obscurité en se repliant dans un coin de la pièce, les danses étaient sur le point de commencer. Alors que leurs amis prenaient place sur la piste, Sam se retrouva à nouveau à lutter contre ses nerfs. Étrange, maintenant que l'évènement qu'elle avait tant attendu était arrivé, elle n'était plus certaine de la façon de procéder.
Heureusement, le Colonel O'Neill sembla avoir plus de présence d'esprit qu'elle – à ce moment précis, en tout cas. "Je crois que ce sont là les premiers accords d'une valse, Miss Carter."
"C'est bien le cas, Colonel O'Neill."
"Et il me semble me souvenir d'avoir réserver l'honneur d'une valse avec vous ce soir. Me complimenteriez-vous encore davantage en m'accordant la toute première danse ?"
Une vague de soulagement l'inonda et elle trouva tout à fait impossible de ne pas lui sourire. "Certainement, monsieur."
Et tandis qu'il la menait jusqu'à la piste et que la danse commençait, sa main fermement posée sur son dos et ses yeux fixant chaleureusement les siens, Sam pensa que peut-être, la soirée se révèlerait vraiment être tout ce qu'elle avait si longtemps espéré.
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Jack O'Neill fut plus surpris que quiconque quand il réalisa qu'il était plus qu'enchanté par les festivités de la soirée, entouré d'amis qui le protégeaient des regards curieux et intrusifs des personnes dont il était moins familier. Et il y avait une tension agréable entre lui-même et Samantha qu'il avait hâte de dissiper dès qu'il pourrait trouver un moment pour s'entretenir avec elle.
Distrait tel qu'il était, il ne remarqua pas l'approche de Jacob Carter avant que le général ne soit déjà au milieu de leur foule. "Tout le monde passe un bon moment ?" demanda Jacob.
"C'est en effet un événement des plus plaisants, Jacob Carter", reconnut Teal'c.
"Bien ! Je suis heureux d'entendre que les amis de Samantha trouvent la nuit divertissante." La courte discussion semblait pouvoir continuer de manière improvisée et gâcher leur plaisir, sauf que Jacob se tourna brusquement vers Jack et lui demanda, "Colonel O'Neill, je me demandais si vous viendriez faire un tour avec moi. Il y a quelque chose de particulier dont j'aimerais discuter avec vous."
Devant une telle requête, comment pouvait-il refuser ? Après s'être excusé auprès du groupe, il rejoignit Jacob sur la terrasse, se demandant de quoi il pouvait bien être question. "Non pas que ça me dérange, Général Carter, mais auriez-vous l'amabilité de m'expliquer mon extraction des festivités ?"
Sous le caractère légèrement agacé de sa question, Jack était en réalité quelque peu agité, essayant désespérément de se souvenir d'un incident au cours duquel il aurait pu offenser le général de quelques manières que ce soit. Le problème était que rien ne lui venait immédiatement à l'esprit – en fait, lui et Jacob semblaient s'entendre plutôt bien après leur première introduction légèrement maladroite.
Son aîné l'étudia d'une manière particulièrement approfondie qu'il trouva inquiétante. "Je retourne à mon poste dès demain, Colonel."
Se demandant en quoi cela pouvait bien avoir un rapport avec lui, Jack cligna des yeux. "Oh. Et bien... Je sais que Miss Carter sera triste de vous voir repartir si tôt."
"Pas autant que moi. Je suis inquiet à l'idée qu'elle passe tant de temps ici, toute seule. Une jeune femme ne peut se permettre tant de spéculations sur son personnage avant qu'il ne soit irrémédiablement terni, et je crains que Samantha ne s'approche de cette limite."
Serait-ce trop s'avancer de la part de Jack que d'assurer au général qu'avec un peu de chance, elle ne passerait bientôt plus autant de temps seule ? Compte tenu de la manière assez inhabituelle dont il courtisait Samantha, il supposait que ce serait probablement le cas. "Je peux vous assurer que Samantha est vue avec le plus grand respect par ceux dont l'opinion importe vraiment", fut la meilleure réponse qu'il trouva.
"Oui, je le constate. Mais il y a une autre source d'inquiétude. Comme vous le savez probablement, Samantha est pourvue d'un certain... passé. En tant que père, je ne me suis pas impliqué dans ses actions car j'ai confiance en son jugement. Toutefois, je crains qu'avec son âge avancé elle ne devienne laxiste au sujet de ses exigences envers la société qui l'entoure, à un moment où cela pourrait s'avérer être le plus dangereux pour elle."
L'idée que Sam ne devienne laxiste, même que peu, était légèrement ridicule, et bien que Jack reste persuadé que Jacob voulait bien faire, cette conversation devenait un peu plus absurde à chaque instant. Pourtant, l'implication que Samantha pouvait être en danger d'une façon ou d'une autre fit naître un peu de tension dans ses épaules. "Je crains de ne pas comprendre vos inquiétudes."
"Oui, bien sûr, mais j'essaye de vous les expliquer. Vous voyez, la mère de Samantha était issue d'une très riche ascendance et la seule héritière de la fortune plutôt considérable de sa famille – pas même un parent éloigné ne put être trouvé. Étant donné que ces richesses ne pourraient revenir qu'aux descendants directs de ma défunte épouse, le domaine a été administré de façon à ce qu'il ne tombe sous le contrôle de son héritière que lorsque celle-ci aurait un âge approprié."
Soudain, les raisons de son inquiétude apparurent aux yeux de Jack, et tous les plans qu'il avait soigneusement prévus pour la soirée commencèrent à s'effiler. "Son vingt-cinquième anniversaire", dit-il sombrement.
"Oui" confirma Jacob tristement. "J'avais espéré qu'elle serait convenablement mariée avant que la nouvelle ne se fasse connaître, mais les circonstances et Samantha étant ce qu'elles sont – enfin, voilà où nous en sommes." Un profond soupir lui échappa. "Tout mon mariage a été entaché par la présomption publique que je n'avais épousé la mère de Sam que pour des raisons d'argent. Bien que ce ne soit pas vrai, ce fut une ombre qui mit à rude épreuve ma relation avec ma femme. Je ne souhaite pas cela pour Samantha, ni pire encore, qu'elle ne soit séduite par un goujat dont le seul but serait de mettre la main sur une telle richesse."
"Non, bien sûr que non", approuva O'Neill, méprisant cette idée. Pourtant, il continuait de pester intérieurement contre la situation dans laquelle il se trouvait – cette nouvelle information compromettait sérieusement ses projets. S'il demandait la main de Samantha maintenant qu'il était au courant du capital et de la position que lui rapporterait une telle union, il apparaitrait pour beaucoup comme le genre d'homme à propos duquel Jacob était si inquiet. En fait, une telle déclaration n'aurait à cet instant pour seul effet que d'entrainer la colère et le mépris de Jacob – il lui semblerait qu'à l'instant où il ait entendu parler de sa fortune, il n'ait pas perdu une minute pour se l'approprier. L'idée de ternir sa relation avec Samantha par un tel comportement était inenvisageable. Peut-être que s'il expliquait tout, s'il lui assurait qu'il avait assez d'argent de son côté et aucune intentions de –
Mais ce n'était pas ce qui arriverait, car Jacob dit ensuite, "Vous et ma fille semblez avoir une solide amitié. Je me demandais si vous seriez mes yeux pendant que je suis loin d'ici, veillant au genre d'hommes qui pourrait chercher à tirer profit de sa situation."
Jack se trouvait maintenant dans une position impossible. Il n'y avait aucun moyen de refuser une telle demande sans apparaître comme une brute sans cœur aux yeux de Jacob, et s'il acceptait cette responsabilité, il était alors condamné par son devoir à renoncer à tous les desseins qu'il avait eu concernant Miss Carter et lui-même. Le désespoir se répandit dans sa poitrine, douloureuse et vide là où à peine quelques instants auparavant il y avait eu hâte et joie. Il semblait qu'il n'y avait plus aucun moyen de réaliser son souhait le plus cher en épousant la femme qu'il avait appris à aimer et admirer si ardemment.
Luttant contre le goût amer au fond de sa gorge, Jack répondit, sans une once d'émotion, "Général Carter... Je vous assure que je saurais me montrer vigilant en votre absence."
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Les joues rosies d'avoir exécuté tant de danses et ri si longtemps, Samantha s'éloigna de la piste pour prendre le temps de se calmer, sirotant un peu de vin et observant les festivités, un sourire sur son visage.
Le sourire s'élargit lorsqu'elle aperçut le Colonel O'Neill se frayant un chemin parmi la foule jusqu'à elle. "Où aviez-vous disparu ?" demanda-t-elle lorsque il arriva à portée de voix. "Je profite d'une danse avec Daniel et vous disparaissez. Est-ce que tout va bien ?"
Bien qu'il sourit et lui assura, "Oui, bien sûr", la tension qu'elle sentait émaner de lui était nouvelle et tout à fait déplaisante venant de l'homme qu'elle connaissait si bien. Toutefois, quand il prononça les mots qu'elle avait attendus toute la nuit, l'inquiétude fut chassée de son esprit.
"Nous avons une nuit splendide ce soir. Feriez-vous quelques pas avec moi dans le jardin ?"
Essayant de ne pas paraître trop pressée, elle acquiesça et glissa une nouvelle fois son bras autour du sien, suivant son pas jusqu'aux portes menant à la douce brise de fin de printemps.
L'air était vivifiant maintenant que le soleil était couché, mais pas inconfortable, et les lumières scintillantes des bougies qui entouraient le porche de pierre, mélangées à la musique discrète qui s'échappait de la salle de bal, créaient une atmosphère romantique. Bien que tout cela soit un peu plus cliché qu'elle ne l'aurait d'ordinaire apprécié, à cet instant et pour cet homme, elle ne sembla pas s'en soucier. Il était difficile de distinguer les détails de ses traits dans la pénombre, et elle le regretta car elle aurait aimé le regarder dans les yeux pour cette occasion.
Quand ils furent assez éloignés de l'agitation pour apparemment convenir à ses goûts, il se tourna vers elle et saisit ses deux mains, sa prise se relâchant ou se resserrant alternativement presque par réflexe. "Miss Carter – Samantha – Sam..." commença-t-il, la voix grave et inhabituellement sérieuse, "j'espère que vous savez à quel point je... j'estime votre amitié."
Elle exerça une pression sur ses mains en retour, un sentiment de paix s'emparant d'elle. "Tout comme moi", assura-t-elle en toute honnêteté.
"Bien, bien, c'est... je veux dire, j'en suis heureux. Et je tiens à ce que vous sachiez que je...j'ai... que je... tiens à vous énormément. Beaucoup plus que..." là, son discours commençait à lui échapper et il baissa la tête, déplaçant son poids d'un pied à l'autre d'une manière qu'elle connaissait bien maintenant.
Ce fut à ce moment qu'elle réalisa que quelque part, quelque chose avait terriblement mal tourné. "Quelque chose ne va pas !" s'exclama-t-elle. "Dites-moi de quoi il s'agit, je vous en prie. Nous pouvons résoudre le problème ensemble."
Tout son corps sembla torturé à ces mots et il l'attira à lui, amenant sa tête à son épaule. Une alarme retentit en elle et elle s'accrocha à lui, se demandant qu'est-ce qui pouvait bien provoqué chez lui une telle détresse.
Après s'être légèrement ressaisi, il s'écarta d'elle, allant même jusqu'à libérer ses mains. Un éclat de lumière illumina de tristes yeux bruns et elle prit curieusement conscience que tous ses espoirs pour cette soirée étaient détruits sous ses yeux. "Je suis désolé", dit-il d'une voix basse et sérieuse. "Je ne peux pas..."
Avec grand soin, il se pencha sur elle et déposa un unique baiser sur son front, la sensation de ses lèvres chaudes contre sa peau maintenant glacée était à la fois merveilleuse et étrangement terrible. Quand il se recula, elle sentit la finalité résignée qui entourait l'homme mais elle ne put la comprendre. "Veuillez m'excuser auprès de tout le monde. Je ne peux pas... je ne peux tout simplement pas... bonne nuit, Miss Carter."
À ces mots, il fit demi-tour et descendit l'escalier de pierre avant de disparaître dans l'obscurité de la nuit, la laissant perplexe, debout dans la lumière des bougies.
Pas une seule fois il ne regarda en arrière.
