Just a bit of Us

Petits rappels concernant la fiction :

Personnages principaux : Draco Malfoy, Harry Potter (ainsi que quelques autres qui sont tous (à quelques exceptions près) tirés des livres de Rowling, qui apparaîtront de temps à autres.).

L'histoire se déroule dans un Univers Alternatif, dans lequel les villes, les personnages, de même que les lieux seront soit tirés des livres, soit de mon imagination, de même que pas mal d'autres éléments, je pense.

Certains personnages peuvent être un peu (voire complètement) OOC, comparés à ceux des livres.

Résumé de l'histoire : Il a suffit d'une seule rencontre, une seule, lors de son enfance, pour que Draco Malfoy sorte de sa torpeur. Mais avec le temps, tout s'en va, et l'oubli frappe toujours. Aujourd'hui, Draco Malfoy est un jeune homme -plus ou moins- accompli et épanoui, profitant de la vie au maximum. Mais il suffira d'une seule rencontre, une seule, pour chambouler son monde, une fois de plus.

Rating : M

Catégorie : Romance, Angst.


Just a bit of Us

Pas un chapitre ultra passionnant, mais il est nécessaire pour plusieurs choses :) En espérant que ça vous plaise quand même!

Chapitre 10 - Playing games part 2

Harry s'avança jusqu'au jardin personnel de Fudge, là où lui et son père se trouvaient quelques instants plus tôt.

Il était distrait par la présence de son ancien meilleur ami. Il n'en revenait pas de sa surprise. Qui aurait crû qu'il le reverrait dans un tel contexte ? Et dire qu'il n'avait même pas fait le moindre rapprochement entre le blond et le nom de Lucius Malfoy… C'est qu'il ne portait pas ce nom-là, lorsqu'il vivait toujours près de lui ce qui dérangea également le brun qui se demandait pour quelle raison le garçon aurait pu soudainement décider de prendre le nom de son père à la place de celui de Narcissa, à savoir Black.

Il se trouva alors stupide de ne pas avoir remarqué la ressemblance des traits du père et du fils. C'était tellement logique ! Mais il était bien évidement passé à côté.

Lorsque Fudge lui demanda si tout allait bien, il remarqua que tous les autres le regardaient. Il croisa le regard en coin de Draco, incrédule et méprisant, et revint alors sur Terre, sentant son propre regard se durcir. Il rassura le Ministre et plaisanta en lui disant qu'il réfléchissait déjà à une tactique pour gagner le jeu. Après cela, Fudge commença à évoquer ce sujet et à parler technique. Harry ne l'écoutait cependant pas le moins du monde, presque fasciné par le haussement de sourcil simultané et identique des Malfoy. En temps normal, il aurait trouvé ça ridicule et passablement drôle, mais voir cette expression sur le visage du blond lui enlevait toute envie de sourire.

En réalité, il se sentait presque vexé qu'on lui adresse un tel regard, un regard qui semblait dire : Heh ! Toi, gagner ?

Mais Draco devait pourtant savoir pertinemment que le brun avait toujours été plus habile et patient que lui pour ce genre de jeu.

« Dîtes-moi, Draco, » commença Fudge avec un ton inquisiteur, « avez-vous déjà joué au croquet ? »

Harry leva les yeux au ciel. Bien sûr que oui, à chaque fois qu'il venait chez lui, et –

« Non, jamais. », répondit Draco, coupant Harry dans ses pensées. « Mais je connais les règles et il me tarde d'essayer. J'espère bien évidemment ne pas être trop mauvais. » Il sourit.

Harry fronça les sourcils pour de bon. Il mentait au Ministre? Par quelle audace ! Son père avait-il donc autant déteint sur lui, pour qu'il en vienne à cacher de telles subtilités ? Bien sûr, Draco avait toujours été du genre à avoir le mensonge facile, mais le brun n'aurait jamais imaginé ce genre de futilités. Une déception se fraya un chemin en lui et il se dit à nouveau que toutes ces années avaient fait changer le blond à un très haut point.

Fudge rassura Draco en le comparant à son père, qui était apparemment un pseudo-as du croquet. Harry fit la moue. Depuis quand Draco avait-il décidé que c'était acceptable de vivre en tant que le fils de Lucius, et non en tant que lui-même ? Il trouva cela presque triste, pathétique, venant d'un garçon tel que le blond.

Et pourtant, la dernière fois qu'il l'avait croisé au marché, il avait bien vu qu'il avait le même caractère qu'avant… en pire. Les enfantillages d'hier semblaient avoir fait place à une sorte de vilenie qui lui était inconnue lorsqu'ils se fréquentaient en petite école. Dans son costume gris parfaitement taillé et son air de nouveau riche snob, il s'était bien éloigné de ce qu'il avait été.

Quand deux yeux gris se tournèrent vers les siens, le brun tenta instantanément de les fouiller mais se heurta à un dur mur de briques. Il ne détourna cependant pas le regard et préféra observer l'entier visage du blond, le décortiquant. Il vit soudainement sa tête bouger et un sourire moqueur apparaître sur ses lèvres. Draco échangeait ce sourire avec son père et semblait vouloir lui dire que Lucius avait raison, que les Potter étaient des imbéciles.

Harry se détacha alors du visage du blond et se saisit d'un maillet, montrant qu'il savait tout de même où le jeu en était malgré son absence mentale remarquée. Il toussota et s'excusa avec un sourire. Il saisit ensuite la boule jaune correspondant à son maillet.

Ils se positionnèrent tous les cinq au premier piquet, d'où chacun observa le type de parcours installé. Un classique, ne présentant rien de réellement compliqué, avec peu de vraies difficultés. Harry observa Lucius, scannant avec nonchalance le parcours, comme s'il ne s'agissait que d'un jeu pour enfant. Le brun, quant à lui, ne jeta qu'un bref coup d'œil, bien décidé à ne pas s'embrouiller l'esprit plus qu'il ne l'était déjà. Son père le regardait avec prudence, les sourcils légèrement froncés, pas vraiment certain de la manière dont il fallait réagir. Lorsqu'il vit son fils s'appuyer sur son maillet, les lèvres pincées et les yeux rivés sur le fils Malfoy, il suivi son regard. Et ce qu'il voyait était impossible.

Lucius Malfoy discutait avec le Ministre. Il était plus grand que Harry, et devait mesurer un bon mètre quatre-vingt dix. Draco était plus petit, il l'avait bien vu la première fois qu'il l'avait vu. Au bar. Au… bar. Ah, oui. Il avait presque oublié ce qu'il s'y était passé. Il soupira.

L'attention de Fudge passa de Lucius à Harry, et il lui proposa de commencer la partie. Le brun obligea et se positionna de côté, écartant légèrement les jambes. Il posa sa boule par terre, plaça la tête de son maillet contre elle plusieurs fois, pour bien s'assurer de sa trajectoire. Après avoir bien calculé, il se concentra, frappa la boule… et loupa l'arceau. Une moue agacée se peignit sur ses lèvres et il serra la mâchoire. Il ne laissa pas montrer sa frustration de trop et préféra avancer pour récupérer sa boule, revenant au point de départ un air neutre.

Fudge, avec une mine compassionnelle, lui montra un sourire désolé. « Quel dommage. Allons, ne vous en faîtes pas, Potter. La prochaine fois sera la bonne ! »

Harry opina du chef, le remerciant. « Je ne me suis apparemment pas assez concentré. »

« Une erreur dont il faut se méfier, n'est-ce pas ? », ajouta Lucius, un sourire condescendant aux lèvres.

Le brun lui envoya un sourire sardonique agrémenté d'un mouvement de tête. Draco l'observa et lui adressa un regard réprobateur, avant de le regarder de haut en bas et de se retourner vers Fudge, clairement plus intéressé par ce que le Ministre racontait.

Lucius s'était entre temps avancé jusqu'au piquet, et ce fût une occasion parfaite pour que Harry s'approche et se positionne juste aux côté de Draco, le regardant du coin de l'œil. Si le blond avait remarqué son mouvement, il ne le montra pas. Il semblait concentré de toutes ses forces sur le jeu de son père et Harry tourna également ses yeux vers le pater Malfoy. Il espéra plus que tout qu'il loupe l'arceau, ou mieux : la boule. Mais avec un mouvement agile, le blond fit avancer sa boule en la frappant avec précision. Elle roula sur l'herbe avec fluidité, ne s'arrêtant pas. Et au grand dam d'Harry, elle passa. Elle passa très bien, même : le coup avait permis à la bougresse de passer deux arceaux. Le monde était tout simplement injuste.

Tandis que Fudge et James le félicitèrent, Harry leva les yeux au ciel, tapotant ses doigts sur le haut de son manche avec un réel agacement. Draco regarda son père avec une sorte d'admiration, et ce dernier arborait un air suffisant. Il bougea sur le terrain, se positionnant à nouveau à côté de sa boule. Il ne prit même pas la peine de regarder sa trajectoire ou même de viser il savait que ce coup marcherait haut la main. Harry le maudit intérieurement.

Il tourna la tête vers son père, qui lui sourit comme pour le réconforter et le calmer, lui dire que ce n'était pas grave et qu'il ne s'agissait que d'un jeu. Harry ne comprenait pas cette vision, cependant. Ce n'était pas un jeu, mais un moyen de montrer qu'il n'était pas un bon à rien comme semblait le penser Lucius. Il se fichait clairement des deux Potter et il ne pouvait pas l'accepter. Pas de la part de… ces hommes. Et surtout pas ici. Il était là pour impressionner Fudge, pas pour passer pour un clown !

Et pourtant, il savait que c'était en mauvaise voie. Il n'écoutait même pas ce que le Ministre lui disait. Il s'en contrefichait royalement, pour tout dire.

La boule de Lucius arriva à mi-chemin entre le second et le troisième arceau. Grâce au deuxième coup qu'il avait obtenu en passant deux arceaux, il frappa une nouvelle fois. Mais cette fois, cependant, la boule ne passa pas. Elle cogna contre le métal du petit arc, la faisant légèrement reculer. Harry sourit mais fût imité par le blond. Il semblait presque satisfait de cette action. Il retourna près des autres pendant que Draco continuait de regarder la boule de bois.

Son père posa une fois de plus sa main sur son épaule et Harry, tout en les regardant brièvement, réalisa alors que Lucius avait fait exprès de rater pour permettre à son fils de jouer plus rapidement et ainsi de probablement réussir à passer au moins le premier arceau.

Le brun retint de justesse un ricanement. Draco avait toujours été nul au croquet. Il finissait toujours par lancer la boule sur Harry par frustration ou alors il laissait tomber son maillet pour aller bouder auprès de Lily, qui le consolait généralement en lui donnant du chocolat et en avouant qu'elle aussi était une vraie calamité dans ce jeu. Mais maintenant qu'il ne pouvait pas aller se plaindre à sa mère, Harry se demanda comment le blond allait réagir en ratant son coup. Parce qu'il ne pouvait certainement pas se permettre de faire une scène. Peut-être qu'il allait bougonner ? Peut-être que son père allait lui ordonner de réussir la prochaine fois ? Peut-être même qu'il allait taper du pied ! Une fois, il avait été jusqu'à pleurer de colère et de déception… avant de lancer la boule sur Harry et d'aller se plaindre, bien entendu.

Alors Harry attendit avec impatience de voir sa réaction. Pour le moment, Draco balançait le maillet d'un air vaguement appréhensif. Il posa sa boule verte par terre et la repositionna plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle soit 'bien'. Harry sourit d'un sourire presque imperceptible en voyant cette vieille habitude du blond. Parfois, les années n'aidaient pas. Son ancien ami jeta ensuite un regard à son père, qui lui fit un mouvement de tête. Alors son fils se repositionna et imita la posture de son père, écartant les jambes à largeur de hanches et son dos droit. Il n'arriva pas à placer ses bras droits alors il les plia légèrement. Par la suite, tout comme le brun, il toucha plusieurs fois la boule en se préparant.

Mais lorsque Harry remarqua le discret mais bien présent balancement de hanches du blond, il ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire moqueur. Voir une posture aussi stricte accompagnée d'un petit mouvement inconscient de fessier était tout simplement étonnant. On ne s'attendait pas à ce genre de chose à première vue. C'était sans doute pour s'équilibrer, mais le brun n'y pouvait rien, il trouvait ça risible.

Son rire déconcentra Draco qui frappa sans réviser sa trajectoire une dernière fois. Il se tourna instantanément vers Harry, la bouche ouverte avec scandale. Il jeta ensuite un regard décontenancé à son père, qui affichait un air courroucé. Draco crût, pendant un instant, que c'était contre lui, mais comprit que ce n'était pas le cas lorsqu'il vit le regard gris se ficher sur le brun. Draco regarda le circuit et vit avec soulagement que l'arceau était passé, mais de justesse. Il soupira silencieusement mais ne pût ressentir aucune satisfaction à cause de ce crétin de Potter. Il le regarda d'un air glacial, décidant qu'il ne méritait même pas l'effort de se mettre en colère. Ce genre de chose serait capable de le faire se sentir important. Ce genre de type était du genre rustre et irritant au possible. Mal éduqué, de toute évidence.

« Qu'est-ce que tu fais, Harry ? », demanda James, les sourcils froncés. « Tu as empêché Monsieur Malfoy de jouer correctement. »

Harry s'arrêta brusquement de rire. « Oh. (Il resta silencieux quelques secondes.) Mais il s'en est merveilleusement tiré et ne s'est pas laissé distraire, et c'est tout à son honneur. », ajouta-t-il en essayant de justifier son acte.

« Excuse-toi. », ordonna son père.

Harry le regarda quelque secondes puis, avec un grand dépit, lui obéit. Il regarda le blond dans les yeux. « Je suis désolé d'avoir compromis votre jeu, Monsieur Malfoy. »

Draco le regarda une énième fois de haut en bas et ouvrit la bouche : « Eh bien, j'ai tout de même réussis mon coup. J'imagine que c'est l'essentiel. » Il s'efforçait visiblement de rester poli pour ne pas paraître mauvais et disgracieux aux yeux du Ministre.

Ce dernier n'accepta cependant pas les excuses du brun. « Mais j'imagine que sans votre aide, Potter, Malfoy aurait réussi à être un peu plus précis. N'oublions pas que c'est un jeu nous plaisanterons après la partie. »

Harry trouva cette phrase très ironique et paradoxale mais s'excusa néanmoins une nouvelle fois envers l'homme. Il savait à présent qu'il avait définitivement gâché tous ses espoirs de se faire bien considérer. Son but d'être mieux mis en valeur que les Malfoy avait marché, mais pour les mauvaises raisons. On ne pouvait même plus parler de valeurs, à ce niveau-là.

Le jeu reprit avec Cornélius qui passa avec enthousiasme les trois premiers arceaux, tout en expliquant que lorsqu'il était jeune, il avait gagné quelques importants tournois de croquet. Il expliqua les différentes variantes qu'il avait expérimentées et la manière dont il avait de justesse battu le joueur écossais Evan Gregor, un sérieux et redoutable concurrent, extrêmement doué 'quoiqu'un peu toqué'. Alors que les trois autres semblaient intéressés, Harry continua ses lamentations intérieures.

Imbécile ! Est-ce que tu réfléchis avant d'agir ? Tu n'es plus un enfant ! Et puis en plus, il a réussi à passer l'arceau, alors ça n'a servi à rien ! Et puis sérieusement, depuis quand est-ce correct de regarder les fesses des gens ainsi ? Je suis sûr que tu ne le ferais pas pour Lucius, hm ? Alors ne le fais pour personne d'autre ! Ingrat ! Tu devrais avoir honte !

Harry pinça les lèvres, chassant la voix moralisatrice de sa tête. Il ne ressentait, de toute manière, aucune trace de honte. Pas de s'être moqué en tout cas. Il lança un coup d'œil à Draco, qui le regardait aussi. Il semblait se demander à quoi le brun jouait, ou plus précisément ce qu'il essayait de faire exactement. Ce dernier haussa un sourcil, bientôt imité par le blond. Les deux hommes restèrent se fixer dans les yeux pendant de longues secondes. Harry fut surpris par la profondeur du regard gris, de sa dureté. Il détourna alors les yeux et observa le terrain. Lorsqu'il regarda à nouveau le blond, celui-ci le plaquait toujours de ses yeux. Draco lui offrit ensuite un simple sourire goguenard avant de se retourner vers son père, qui lui parla à voix presque inaudible.

Le brun observa rapidement les autres hommes autour de lui, vérifiant que personne ne lui parlait. Ce n'était pas le cas, mais il n'avait apparemment pas vu que son père était à présent en train de jouer. Après qu'il ait fait passer sa boule sous le premier arceau, il rejoua puis ce fut à nouveau le tour d'Harry. Cette fois, il devait réussir, il n'avait pas le choix. Il se positionna, et il sentit son regard, posé sur lui. Piqué de curiosité, il tourna sa tête mais ne vit rien. Le blond était parti. Il n'était pas dans la pièce, il l'avait quitté. Peut-être qu'il était retourné dans le bureau, ou qu'il avait un coup de fil à passer. Mais alors pourquoi avait-il senti qu'il le regardait ?... Il se faisait des idées.

Ben tiens. Et en plus tu perds la boule. Bravo, l'ami, chapeau bas ! Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

Harry se demanda si la voix n'avait pas raison, et juste lorsqu'il allait refocaliser son regard sur le jeu, Draco réapparut, rangeant son téléphone dans la poche de son pantalon et s'approcha lentement, semblant perdu dans ses pensées. Il récupéra son maillet.

Harry s'intéressa à nouveau au jeu. Il frappa la boule et la plaça juste à l'entrée du second arceau. Il pinça les lèvres. Si près… Au moins, il était finalement entré dans le jeu. Il se recula, se remettant au même niveau que les autres, laissant le tour à Lucius.

Draco s'était écarté de l'endroit où il se tenait avant. Il se trouvait presque à l'opposé de Harry. Ses yeux traçaient chaque courbe visible du brun, les repassaient en revue, les jaugeaient. Il se rappela pourquoi il s'était senti attiré ce soir-là. Il faisait tourner son maillet, tenant le manche du bout des doigts, son regard s'attardant sur les cuisses, le ventre et les bras du brun. Il plissa les yeux et ils changèrent de trajectoire, rencontrant les yeux verts de Potter.

Hey, Harry. J'voudrais pas me mêler de ce qui me regarde pas… Mais je croyais que tu étais ici pour te faire bien voir par cette tête de pioche de Fudge, et pas pour culbuter ce garçon avec les yeux ? Non, parce que depuis le début, tu passes ton temps à le mâter sec, et tu fais pas grand-chose autour. Fais au moins en sorte d'être discret ! … Oh et puis zut, tant pis, faîtes ce que vous voulez.

Draco finit par regarder ailleurs, rompant le contact. Lucius venait de réussir à passer le quatrième arceau, celui croisé avec un autre, montrant le milieu du circuit. Harry lui-même avait toujours eut du mal avec celui-là. Quant à Draco, c'était pire que tout ! Quand ils jouaient ensemble, le blond ne comprenait jamais pas la raison pour laquelle un tel arceau se trouvait là et trouvait ça complètement stupide. Et même s'il ne le disait pas toujours de vive voix, ça se voyait.

« Je suis presque appréhensif à l'idée de passer cet arceau ! », il plaisanta, étonnant à nouveau Harry. Draco réussit à passer le deuxième arceau. « Il a l'air complexe. »

Fudge acquiesça. « Il pose des difficultés aux débutants, c'est vrai. Mais pour une première expérience, vous ne vous débrouillez pas si mal. »

Draco échangea un regard avec son père, qui semblait satisfait. Son fils avait réussi la première étape : s'attirer la sympathie de Cornélius. Il y avait encore du chemin, mais c'était déjà ça.

Fudge commença le parcours du retour. Il menait la main et jouait avec dextérité. Il n'avait apparemment pas inventé cette histoire d'Ecossais battu lors d'un tournoi. Il n'arriva cependant pas à passer le second arceau. James manqua le quatrième et Harry passa le troisième. La partie se déroula sans encombre pendant quelques minutes jusqu'à ce que le Ministre s'esclaffe :

« Bien joué, Monsieur Malfoy ! (Draco le regarda avec incompréhension, ne sachant pas vraiment ce qu'il avait fait.) Votre boule a touché celle de Monsieur Potter. (Les yeux du blond s'agrandirent presque imperceptiblement, trouvant soudainement cette phrase étrange.) Ah, cette petite règle a dû vous échapper. » Fudge s'avança jusque Malfoy, restant cependant en-dehors du circuit. « Vous pouvez la croquer ! »

Le teint de Draco changea légèrement de couleur. « La… croquer ? »

Cornélius lui fit un geste nonchalant. « Bien évidemment ! Placez votre boule ici, contre l'autre. Le but est de pousser la boule de l'adversaire le plus loin possible. Mais c'est un peu plus ardu que l'on puisse penser. (Malfoy, qui s'était apprêté à frapper un grand coup pour repousser l'autre boule, s'arrêta en entendant ça.) Posez votre pied bien fermement sur votre boule. Non, non, pas trop fort, sinon ça ne marchera pas. (Il sourit avec bonhommie.) A présent, donnez un coup dans votre boule »

Draco hésita, sentant tous les regards posés sur lui. Il s'assura que son pied était bien posé, et fit des vas-et-viens de regards entre son maillet, les deux boules, son pied et l'espace autour. Il positionna le maillet de sorte à renvoyer la boule vers le précédent arceau. Lorsqu'il frappa dans sa boule, le choc se répercuta jusque l'autre, qui recula d'environ quatre centimètres. Il leva la tête, étonné. Fudge lui demanda si sa boule avait bougé. Draco la regarda et il lui sembla qu'elle n'avait pas changé de place.

« Non, je ne crois pas, » il dit en vérifiant. « Mon pied est toujours bien dessus… Enfin, elle est comme avant que je frappe. »

Cornélius leva un bras avec un sourire : « Alors le coup vous est accordé. »

Draco s'étonna du fait que Fudge ne soit pas venu s'assurer de la position de la boule, mais sourit en entendant ses félicitations. Si un jour il s'était imaginé que le Ministre l'encouragerait et le féliciterait pendant une partie de croquet, il se serait traité de fou. Ça ne plut pas du tout à Harry. Jamais Draco ne lui avait fais ça. Jamais il n'avait eut de soucis contre lui, Draco avait toujours été lamentable ! Et le voilà qu'il l'humiliait en public ! Le blond s'était entrainé, il en était sûr. Il le savait depuis le début, que cette histoire de première fois était un mensonge.

Lorsque la partie prit fin, tous semblaient plus ou moins épuisés par l'effort intérieur. Fudge avait gagné, bien entendu, devant Lucius. James avait réussi à finir troisième. Et, au grand dam de Harry, il avait fini dernier, juste derrière Draco. Il était estomaqué, choqué, déçu, et plus que tout : trahi. C'était impossible, de la pure tricherie ! Draco était un piètre joueur de croquet et le laminer aurait été dans l'ordre des choses. Et voilà que le blond avait soudainement des facilités dans ce sport. Un petit con, oui, voilà ce qu'il était ! Il l'avait poignardé dans le dos. Son père avait sans doute soudoyé le Ministre. Harry savait que ça n'avait rien à voir, mais il fallait bien trouver quelque chose, une raison, un coupable une manigance ou quelque chose du genre. Il passa une main en soupirant sur son front et regarda les deux Malfoy discutant entre eux.

Draco semblait extatique et un immense sourire était dessiné sur ses lèvres, montrant sa fierté. Et ce sourire toucha Harry en plein cœur. Quand l'avait-il vu sourire comme ça pour la dernière fois ?

(…)

Draco était sorti du bureau de Fudge pour prendre l'air. En réalité, il s'était surtout éloigné de son père, de celui de Potter et de Cornélius, qui devaient parler affaire. A vrai dire, il était plus que content de pouvoir sortir se balader un peu. Plusieurs personnes le saluèrent, le confondant avec son père. Draco se décida qu'il devrait en profiter. C'était satisfaisant, de se faire saluer par des employés du Ministère. Mais ce qui était plus satisfaisant encore, c'était de voir certains employés connaissant son nom alors qu'ils ne l'avaient jamais vu. Draco exultait intérieurement. Il était connu, il était célèbre même, et c'était grisant. Il se mit à marcher la tête haute, les mains dans les poches, regardant autour de lui comme si ces lieux lui appartenaient. Il bomba même le torse sans s'en rendre compte et un sourire supérieur peignait ses lèvres. Peut-être était-ce pour ça que les gens le confondaient avec son père. Le blond pouvait parfaitement imaginer son père se pavanant ici comme dans son Manoir. Et comme c'était compréhensible !

Il se rendit subitement compte qu'il avait faim, beaucoup même, et se mit à la recherche d'un quelconque distributeur. Cela lui fit parcourir et explorer les couloirs davantage. Le bruit des ascenseurs faisait partie intégrante du décor, les couinements de chaussures sur le sol aussi. Les quelques haut-parleurs, les chariots avec des dossiers dans des boîtes, et puis le vendeur de journaux, tout semblait à sa place.

Le blond s'avança jusqu'au garçon vendant la Gazette. Il lui en prit un exemplaire, en donnant un petit pourboire, et il remarqua que le type le dévisageait bizarrement. Il n'était pas bien vieux, dix-sept ou dix-huit ans peut-être. Il avait un nez remonté et des oreilles décollées, ainsi que des poches sous les yeux. Il devait travailler d'arrache-pied. Un travail d'étudiant sur une année complète ?

« Est-ce qu'il y a un problème ? », Draco demanda.

« Z'êtes Draco Malfoy, non ? », il demanda avec des yeux rougis, le regard presque vide.

Le blond leva les yeux au ciel. Il semblait qu'il ne pouvait échapper aux groupies nulle part. Et apparemment le garçon ne connaissait pas bien la politique de ne pas se droguer avant de bosser.

« Oui. », Draco répondit avec ennui.

« Il me semblait bien que je vous avais déjà vu quelque part avant. Ma sœur vous adore, vous savez. Et elle a même quelques photos de vous. (Draco interrompit son mouvement d'ouverture de journal et fronça les sourcils.) J'entends tout le temps parler de vous, au moins une fois par semaine. Que vous êtes une vraie tête, le plus doué de sa classe… Et après c'est juste des trucs de filles, une vraie nunuche. Je crois qu'elle est amoureuse de vous, mais je peux me tromper. »

Draco resta silencieux un instant puis souhaita simplement une bonne journée au garçon et s'en alla sans rien ajouter, se demandant comment quelqu'un pouvait prendre des photos de lui sans même le lui demander. Et Dieu sait à quel usage elles pouvaient servir... Il acceptait l'idée qu'on puisse fantasmer sur lui, mais certainement pas sur des photos !

Il soupira et commença à lire le journal quelques instants, survolant les gros titres. Puis, il le referma, le tenant enroulé dans sa main et se remit à la recherche de nourriture. Son ventre criait famine. Il n'y avait aucune indication, aucun panneau, et personne ne s'arrêtait jamais assez longtemps pour qu'il ait la possibilité de demander des renseignements. Il s'apprêta à perdre espoir, mais se dit que quitte à se laisser mourir de faim, autant le faire avec beauté. Il entra dans les toilettes et se mit face au gigantesque miroir qui ornait un pan entier de mur. La pièce était très grande, et bien décorée. Ça changeait des toilettes douteuses et peu chic de l'école. Il observa son reflet et trouva que son nez était rougi. Peut-être qu'il commençait à s'enrhumer, ou alors sa peau était un peu plus réactive aujourd'hui que d'habitude. Il ne s'en fit pas et préféra regarder ses cheveux. Il n'avait pas bien vu dans son miroir de poche, mais ses cheveux étaient en effet retombés comparé à leur état en partant de chez lui. Il passa sa main dedans et tenta de les re-plaquer en arrière une nouvelle fois. Ils restèrent en place pendant quelques secondes avant de retomber lentement. Le blond soupira.

Un bruit de chasse d'eau retentit et une femme sortit d'une cabine. Draco se rappela que ces toilettes étaient normalement celles pour hommes, mais il n'essaya finalement pas de chercher des explications. La personne vint se laver les mains et Draco la regarda à peine. Elle, en revanche, le regarda dans le miroir, avec insistance. Au bout d'un moment, le blond en eut assez et soupira avant de sortir sans le moindre mot. Parfois, il détestait être aussi beau. Ou d'être le fils de Lucius, au choix.

Après encore cinq minutes de recherche, il interpela quelqu'un, un homme avec les cheveux châtain et les yeux presque noirs, plutôt grand avec un air taciturne. Il s'arrêta avec un haussement de sourcils.

« Ah, Monsieur Malfoy, vous voir ici est étonnant. Comment allez-vous ? (L'homme s'approcha.) Les affaires vont bien, j'espère ? Les employés sont très occupés ces temps-ci, peut-être l'êtes-vous aussi… (Il se mit à parler à voix basse) J'allais justement vous amenez le dossier que vous m'avez demandé. Tenez. »

Il sortit une enveloppe kraft assez grande d'un attaché-case et la lui tendit. Draco observa l'objet en haussant un sourcil, trouvant ça particulièrement suspect. Cet homme devait en tout cas être un vrai imbécile, pour le confondre carrément avec son père, même de près. Ce n'était pas comme si ils faisaient la même taille, qu'ils avaient la même coiffure, ou même qu'ils avaient le même visage ! Ou alors Draco ressemblait vraiment à quelqu'un de trente-huit ans… Il se retint de grimacer, et finit par prendre l'enveloppe tendue.

« Un dossier ? », il demanda. « Bien. Je ferai passer le message à mon père, et je le lui donnerai. (Il vit le visage de l'homme se décomposer lorsqu'il réalisa qu'il ne s'agissait pas de Lucius.) Merci, j'imagine. » Il regarda encore l'enveloppe. Il n'avait pas de sac. Il faudrait qu'il la tienne à bout de bras, comme le journal, ou qu'il la cache sous sa veste. « Dîtes-moi… Est-ce qu'il y a un endroit où manger, ici ? Parce que ça doit faire presque une demi-heure que je cherche, mais il n'y a aucun panneau. »

L'homme lui indiqua avec une voix étrange qu'il y avait une sorte de petit restaurant au premier étage et qu'il était facile à repérer. Draco le remercia d'un mouvement de tête en agitant légèrement l'enveloppe avec un sourire goguenard, appréciant le teint blafard du type.

Il se mit en route vers un ascenseur et sélectionna le premier étage. Plusieurs personnes se tenaient autour de lui, mais elles étaient occupées à regarder leur téléphone, à lire des papiers ou le journal. Le blond décida qu'il lirait le sien en mangeant.

Le restaurant était en effet facile à repérer, puisque beaucoup de gens l'occupaient. Draco soupira. Il ne trouverait pas de place ici, il en était sûr et certain. Il entra tout de même pour être bien fixé, et trouva finalement une table qui venait de se libérer, tout à gauche de la pièce. Il jeta presque le journal et l'enveloppe sur la table et se précipita sur l'une des quatre chaises entourant la table histoire de montrer qu'elle était à lui. Une femme d'âge mûr vint lui demander ce qu'il désirait. Draco réfléchit. Ce n'était pas l'argent qui lui manquait, alors il pouvait bien se permettre quelques folies.

« Un café - non, un capuccino, et… Hm. Un croissant… Non, non, un beignet, un beignet au chocolat, oui. Et puis… Est-ce que vous avez des tartes au potiron ? Je vais en prendre une part, et puis si vous aviez des frites, ça serait fantastique aussi. Et mettez-y plein de mayonnaise. »

La femme trouva cette liste aberrante mais n'en dit rien. Un garçon qui mangeait tant que ça, elle se demandait comment il se débrouillait pour ne pas un peu plus rondouillet. Elle s'éloigna cependant pour donner la commande aux cuisiniers.

Draco enleva sa veste et la déposa sur l'une des chaises inoccupées et ouvrit le journal avec un soupir.

Des trous dans les caisses du Gouvernement, page 3… Ah, tiens. Il allait définitivement lire ça.

La vie secrète de Sir Nicholas de Mimsy-Porpington : dans les coulisses de son célèbre livre 'Les chasseurs sans tête', page 7… Draco sourit. Il attendait la sortie de ce livre depuis déjà quelques mois.

Quidditch : Leeds bat Sheffield 2-0 : déception ?, page 25… Celui-là, il le lirait aussi. Draco avait toujours été intéressé par ce sport.

Elmer Tourney : 'Oui, les femmes sont jalouses de mon maquillage.' Ah, Pansy serait intéressée.

Transcendance : nouvelle vague, la mode est aux bohêmes.

Draco soupira et se mit à lire les pages mode, inspectant le mouvement Transcendance. Il scruta les différentes nouvelles tenues proposées par des créateurs en vogue ou underground et remarqua qu'il possédait déjà presque tous les genres d'habits, mais qu'il ne les mettait presque jamais. Il réfléchit. Peut-être qu'il devrait les remettre, alors, puisque c'était le style du moment… Et puis ses vêtements étaient tous très beaux, alors il ne se sentirait pas coupable de les alterner.

Quand sa commande arriva, Draco ferma le journal et se saisit de sa tasse de café. L'odeur fit gronder son ventre, alors il préféra gober une frite avant de boire. Ses yeux voguèrent jusque l'enveloppe, et il regarda autour de lui pour voir si quelqu'un le regardait. Après s'être assuré que non, il s'en saisit et l'ouvrit avec précaution, regardant ce qu'il y avait à l'intérieur. Des papiers, bien évidemment quoi d'autre ?

Il mordit avec avidité dans sa part de tarte et renversa le contenu de l'enveloppe sur la table, l'ordonnant ensuite avec sa main libre. Il fronça les sourcils, avala le morceau et observa ce qui se trouvait sous ses yeux. Il devina que c'était quelque chose de très sérieux. Il posa la part sur son assiette, s'essuya les mains dans une serviette en papier et sortit ses gants en soie de la poche intérieure de sa veste. Il les revêtit et commença à se saisir des documents. Il vit tout d'abord des photos, qui lui firent froncer les sourcils. L'une d'entre elle montrait nulle autre personne qu'Arthur Weasley rôdant dans un couloir avec un air apeuré, comme s'il faisait quelque chose qu'il ne devrait pas. Qu'est-ce que…

Il se rappela de ce que son père lui avait dit, que cet homme était une racaille, quelqu'un dont il ne devait surtout pas s'approcher. Et quoi, il espionnait quelque chose ? Ou alors il était juste en retard au travail et il avait peur de se faire attraper ? Une autre photo : Weasley près de la porte du Ministre, semblant essayer d'écouter quelque chose. Draco haussa les sourcils avec étonnement. Alors il était vraiment en train d'espionner ? C'était absolument ridicule. Un homme comme ça n'avait sûrement pas l'étoffe d'un espion de grande envergure. Et puis franchement, la porte de Fudge devait être bien barricadée, aucune manière d'entendre ce qu'il se passait dans son bureau.

Il reposa les deux photos et se saisit d'un papier. Les finances du Ministère. Bien sûr ! Son père travaillait dans ce département ! Il observa les hausses et les baisses, les trouvant parfaitement normales, jusqu'à ce qu'une sortie lui paraisse un peu trop étrange.

Il fronça les sourcils, et ses yeux allèrent du relevé au journal, plusieurs fois. Il se saisit de la Gazette et se rendit à la page 3. Il lut très brièvement certaines lignes et se rendit compte que ce qui était dit là-dedans était exactement ce qu'il voyait dans le relevé : un trou dans les finances. Draco écarquilla les yeux. Ensuite, il sourit comme un enfant. Il se sentait comme un détective privé, travaillant pour le compte d'une haute instance, ou bien du Ministre lui-même.

Il se saisit d'un autre papier les comptes de Weasley. Draco haussa un sourcil, incrédule. Il commençait à comprendre. Cette insinuation était stupide. Comment un type comme lui pourrait voler de l'argent au Ministère ? Il n'était sûrement pas un pro du vol et de l'informatique à ce point ? Il fallait y aller, pour craquer tout ça, et pas qu'un peu ! Non, c'était tout sauf possible. Mais si son père avait demandé ces documents, c'était parce qu'il se posait déjà des questions. Et son père s'était-il déjà trompé, avant ? … A vrai dire, Draco n'en savait rien, mais il supposa que non.

Il fouilla encore dans les documents et se décida finalement à regarder les comptes de Weasley. Une brusque rentrée, et pas des moindres. Alors c'était vrai ? Un vol ? Directement dans les caisses ? Si c'était le cas, ça allait être dur de s'en sortir…

Mais Charlie n'avait pas pu lui mentir. Il lui avait dit qu'ils étaient pauvres ! Oh, mais qui essayait-il de tromper ? Il ne connaissait presque pas Charlie Weasley, et il aurait pu tout à fait lui dire n'importe quoi… Mais Draco l'aurait forcément remarqué. S'il y avait un bon avantage à être le fils de son père, c'est que Lucius lui avait inculqué les bonnes manières de voir lorsque quelqu'un voulait lui planter un couteau dans le dos ou le tromper. Alors peut-être que Charlie n'en savait rien… Il n'avait pas l'air d'un garçon malhonnête.

Il décida qu'il n'allait pas trop se plonger là-dedans. C'était déjà beaucoup de se mêler des affaires de son père, alors il ne voulait pas en faire trop. Et puis si jamais Lucius devinait que son fils était ami avec une des racailles Weasley… Il soupira. Peut-être que ce n'était que le hasard, et pas un vol.

Il ramassa les papiers et referma l'enveloppe, avant d'enlever ses gants et de les ranger. Il piocha dans ses frites sans grand entrain, mais plus il en picorait, plus l'appétit lui revenait. Il but quelques gorgées de café et mordit dans son énorme beignet - sans doute un des plus gros qu'il lui ait été donné de voir. Le chocolat fondant dégoulina légèrement du gâteau et une goutte tomba sur la table. Le blond resta interdit, les dents toujours plantées dans le beignet et soupira de soulagement. Il ne manquerait plus qu'il se mette du chocolat sur les vêtements… Il fit un peu plus attention par la suite, mangeant lentement pour mieux savourer.

Son portable émit une courte sonnerie et il le sortit de sa poche. Il le déverrouilla et vit qu'il venait de recevoir un message de Charlie. Ses yeux restèrent regarder l'écran. Il hésitait à regarder ce qui était écrit. Après un long instant d'hésitation, il regarda.

« Salut ! Comment tu vas ? Tu t'amuses bien ? On se voit demain ? »

Draco pinça les lèvres de réflexion. Que dire… Un gars comme ça pouvait pas être un complice de vol, c'était pas possible. Il hésita encore et lécha lentement, distraitement le sucre sur le beignet en continuant de scruter le nom de Charlie. Il fronça les sourcils.

« Ça va, c'est sympa, ici. Ok pour demain. Je finis à quinze heures. Je passe direct' après ?», il envoya.

Quelques minutes plus tard, une réponse arriva :

« Oui, si tu veux. »

Le blond posa son portable sur la table et revint à sa dégustation de nourriture sans trop essayer de penser à toute cette histoire de vol.

Alors qu'il se sentait à nouveau parfaitement à l'aise entouré de nourriture, quelqu'un arriva face à lui et le fit violemment sursauter.

« Te voilà enfin. », dit Potter. Draco avait toujours un morceau de beignet dans la bouche. « C'était un bon jeu, n'est-ce pas ? (Il n'attendit aucune réponse.) Tu n'as pourtant pas l'air de quelqu'un de doué au premier abord. »

Draco ne releva pas la pique, encore étonné d'une présence autant antipathique près de lui. Il attendit d'avoir la bouche un peu moins pleine pour répondre :

« 'Faut croire que je suis doué. C'était pourtant la première fois que je jouais au croquet, vois-tu. Ça a l'air de t'étonner.», il lança avec un ton nonchalant étouffé par les restes de nourriture.

Harry le fixa avec incrédulité, le regardant prendre un nouveau morceau. « Impossible. Tu as juste cherché à arnaquer tout le monde. »

Draco ricana. « Mais regardez-moi ça, » il commença avec un ton railleur, « Monsieur est jaloux parce que même s'il a tenté de tricher, il ne m'a pas battu. C'est pas de ma faute si t'es nul. Alors va te plaindre ailleurs, tu m'empêches d'apprécier mon temps libre. Allez, va t'en ! »

Harry croisa les bras et parla avec un ton blasé :

« Tu l'as fais pour impressionner Fudge, c'est ça ? Je peux pas t'en blâmer. Mais enfin, quel drôle de mensonge, tu trouves pas ? Mais tu as le mérite d'avoir réussis à te le mettre dans la poche. » Draco ne répondit pas. « Me dis pas que maintenant tu vas faire semblant de pas m'entendre ? Tu penses pas que t'es un peu trop vieux pour ça, maintenant ? T'as quel âge, vingt-deux ans ? »

Draco mâcha une frite avec vigueur. « Vingt ans. Pas vingt-deux. Vingt, tout court. Et puis je vois même pas de quoi tu parles. J'ai pas menti. Ne rends pas ça bizarre, tu es jaloux, c'est tout. J'ai pas besoin de m'inventer une vie, moi… » Il ferma les yeux et haussa les sourcils, son grand mug couvrant le bas de son visage lorsqu'il buvait.

« Et moi je n'ai pas besoin de m'inventer une maturité d'adulte je l'ai déjà. » Harry se montra du pouce.

Draco rouvrit un œil et posa sa tasse. « Ah, oui ? Permet-moi d'en douter. Le fait même que tu répondes à ma provocation, et surtout de cette manière, montre le contraire. »

Harry leva les yeux au ciel et regarda la table. Il montra l'enveloppe d'un geste du menton. « Qu'est-ce que tu lis ? »

Draco le regarda d'un air froid. « Pas quelque chose que les idiots comme toi peuvent comprendre. »

Le brun resta silencieux un instant, regardant le blond silencieusement.

« Arrête de me fixer. », cracha ce dernier. « C'est flippant. Hey, qu'est-ce que tu crois faire ? Je ne me souviens pas t'avoir invité à t'asseoir. Voir ta tête d'aussi près va me donner des cauchemars. »

Harry sourit avec moquerie. « Ah ? Il m'en avait semblé autrement, pourtant, au bar. » Draco saisit une poignée de frites et les enfonça dans sa bouche. « Tu avais l'air plutôt partant. »

« Dans tes rêves, peut-être. » Le blond mâcha en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. « Va pas t'imaginer trop de choses. J'en ai peut-être pas l'air comme ça, mais je suis quelqu'un de raffiné. (Harry retint un sourire moqueur.) Les tocards dans ton genre, je les évite soigneusement. »

Harry pinça les lèvres et déplia ses bras, posant une main sur la table et se penchant en avant. « Je te trouve bien ingrat, garçon. T'as oublié pas mal de choses apparemment, hein ? Quand je pense que je t'ai aidé tant de fois. »

« Tu m'as aidé ? Toi ?», Draco demanda, sourcil haussé.

Harry fronça les sourcils et souffla avec colère. Il se leva et s'en alla à grands pas. Draco le regarda s'en aller et secoua la tête, incrédule.